Archive for mars 2011

Le vice premier ministre Britannique préfère al Qaïda à Kadhafi

mars 31, 2011

Nick Clegg n’est pas exactement n’importe qui puisque, chef du parti Libéral Démocrate britannique, il occupe la fonction de vice premier ministre au service de Sa Majesté la reine Elizabeth II. Il est donc ce qu’on appelle une grosse pointure de la coalition au pouvoir à Londres.

On n’avait pas trop entendu Nick Clegg s’exprimer à propos de la Libye. C’est maintenant chose faite à l’occasion d’un discours prononcé à Mexico où il se trouve en visite officielle.

 

Et Clegg a reconnu publiquement que le résultat de l’agression militaire contre la Libye à laquelle participe son gouvernement pourrait bien se terminer par l’instauration de ce qu’il appelle un régime islamiste radical en cas d’éviction du colonel Kadhafi.

 

Quand Nick Clegg pense extrémisme, il fait explicitement référence à l’Iran, ce qui témoigne d’une confusion complète car il aurait dû dire radical comme l’Arabie Saoudite ou les pétromonarchies de la péninsule arabique. Ou encore comme le régime que les Américains ont mis en place en Irak.
Oui, mais tous ces gouvernements sont des alliés de la Grande Bretagne et à ce titre ne sauraient être qualifiés de radicaux ou extrémistes.


Les femmes n’ont pas le droit de vote en Arabie Saoudite ? Pas le droit de passer le permis de conduire ? C’est ce que M. Clegg doit appeler une saine modération parce qu’en Grande Bretagne, depuis que les femmes ont des droits, tout va mal comme on ne le sait que trop bien.


Ce qui pend au nez des Libyens, quoique les choses ne sont pas encore complètement jouées, c’est en fait un régime de type saoudien qui mêle brigade des mœurs, libéralisme économique et alliance avec les puissances de « l’axe du bien ».


Je n’ai pas pu m’empêcher de m’étonner de l’argumentation de Nick Clegg  qui dit que  « Ce n’est pas à nous de choisir le gouvernement libyen ni même le système de gouvernement en Libye » mais qui pense quand même qu’il revient à la Grande Bretagne et à ses alliés de sommer M. Kadhafi de quitter le pouvoir dans son pays.


Clegg reconnaît que la Libye pourrait devenir un Etat islamiste radical si Kadhafi est renversé.
Par Jason Groves, Daily Mail (UK) 30 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Libye pourrait devenir un Etat islamique du type iranien après le renversement du colonel Kadhafi, a déclaré hier Nick Clegg.

Dans son premier grand discours de politique étrangère depuis le début de l’intervention militaire en Libye, le vice premier ministre a écarté toute forme de « détournement de la mission » qui amènerait l’Occident à influencer le mode de gouvernement du pays.
M. Clegg a dit qu’il maintiendrait ce point de vue même s’il signifie la création d’un régime islamiste radical à proximité de l’Europe.


S’exprimant pendant une visite à Mexico, M. Clegg, dont le parti s’était farouchement opposé à la guerre en Irak, a insisté pour dire que l’intervention militaire en Libye était juste.
Mais il a admis que l’issue en Libye était ‘incertaine’ et a averti qu’il y aurait des ‘échecs et des conséquences’ en cours de route.

Il a affirmé qu’après la guerre en Irak, l’Occident devait agir avec “humilité et réalisme’ par rapport à ce qu’il pouvait réussir.
Il a ajouté: ‘Nous devons être clairs sur ce qu’il est juste pour nous de faire et ce que nous sommes capables de faire.
‘Ce n’est pas à nous de choisir le gouvernement libyen ni même le système de gouvernement en Libye.
C’est l’affaire du peuple de Libye. Ce que nous pouvons faire aujourd’hui en Libye, c’est prévenir le déploiement par un dictateur de forces militaires meurtrières contre des civils.’

Une source de haut niveau du parti Libéral Démocrate explique que M. Clegg a accepté que le vide politique qui suivra le départ de Kadhafi puisse aboutir à la création d’un régime islamique radical, vu que les institutions politiques séculières du pays sont ‘très faibles’ après 40 années de dictature.
Mais cette source précise que M. Clegg trouvait le régime de M. Kadhafi si abominable que le ‘pari’ en valait la peine.
Elle ajoute: ‘Nous avons actuellement en poste un fou qui a commis la pire des atrocités terroristes sur le sol britannique, alors sommes-nous prêts à prendre les paris sur qui prendra la suite ? Oui.’


L’idée que des forces britanniques puissent  être mises en danger en Libye simplement pour permettre la création d’un Etat islamique hostile inquiétera les faucons du gouvernement, dont le ministre des finances George Osborne et le ministre de l’éducation, Michael Gove. Elle mettra aussi en colère Israël et ses puissants alliés en Occident.

M. Clegg a également dit hier aux journalistes qu’il était réticent à ce que Kadhafi se voie accorder un sauf conduit pour quitter la Libye parce qu’il voudrait que le tyran ‘affronte la justice’ soit devant un tribunal en Libye soit devant le tribunal pénal international de La Haye.

Les rebelles Libyens sont-ils 100 % casher?

mars 30, 2011

Je n’ai pas bien compris si Gene A. Cretz est toujours ambassadeur des Etats Unis à Tripoli. Il avait en effet été rappelé pour consultations à Washington début janvier 2011 suite à la révélation par WikiLeaks d’un de ses câbles dans lequel il parlait de la « voluptueuse » infirmière Bulgare qui faisait office de dame de compagnie pour le colonel Kadhafi. Cette divulgation n’avait pas provoqué de réaction officielle libyenne mais impossible de savoir si le diplomate en question avait depuis réintégré son poste.

Quoi qu’il en soit, le New York Times qui fait le point sur le débat qui agite Washington pour savoir s’il faut ou non armer les rebelles qui luttent contre Kadhafi offre le point ce vue de cet ambassadeur qui a officié en Libye à partir de 2007 et qui est un diplomate chevronné puisqu’il a servi en Syrie et dans l’entité sioniste.

Gene A. Cretz, l’ambassadeur Américain en Libye, a déclaré la semaine dernière qu’il était impressionné par les instincts démocratiques des dirigeants de l’opposition et qu’il ne pensait pas qu’ils étaient dominés par des extrémistes. mais il a reconnu qu’on n’avait aucun moyen de savoir s’ils étaient « 100 % casher«  pour dire les choses ainsi. »

Mais l’ambassadeur devrait peut-être poser la question à notre philosophe chevelu qui n’a pas hésité à les certifier casher.

 

info repérée via The Angry Arab

La résolution 1973 et le fiasco de la diplomatie sud-africaine

mars 30, 2011

 

La crise libyenne a au moins ce mérite d’agir comme un révélateur puisqu’elle a permis de voir le vrai visage de gens prétendument de gauche, hostiles parait-il au néocolonialisme, ainsi que celui d’Arabes supposés démocrates qui attendent en réalité que la démocratie et la liberté leur soient fournies dans un paquet cadeau livré non par un avion de l’aéropostale mais par un Tornado ou un F16. Il paraîtrait même que les avions chargés de bomber le mot « liberté » sur le sol libyen rivalisent d’efficacité pour plaire à d’éventuels consommateurs du produit.

Si de nombreux gauchistes Européens ont montré leur inconséquence, de nombreux pseudo démocrates du monde arabe ont donné dans l’abject. Des gens colonisables hier comme aujourd’hui car le diagnostic établi par Malek Bennabi reste d’une cruelle actualité.

Cette crise a eu aussi le don d’agir comme révélateur des graves lacunes de la diplomatie sud africaine. Comme on le sait, l’Afrique du Sud joue déjà un rôle très important sur le continent africain et aspire, avec quelque raison, à jouer un rôle plus significatif sur la scène mondiale. Et l’adoption de la résolution 1973, qu’elle a votée avant de s’en mordre les doigts quelques jours plus tard, a montré la naïveté de la mission diplomatique de ce pays au Conseil de Sécurité de l’ONU où il siège en tant que membre non permanent.

L’article du Mail & Guardian que je vous propose tente d’analyser les raisons de ce loupé diplomatique. On retiendra que, comme le rappelle une diplomate Européenne, les délégations avaient tout loisir de consulter leurs spécialistes de la défense pour prendre la mesure des implications militaires du projet de résolution. D’où nous comprenons que les diplomates Sud-Africains ne l’ont pas fait. La même diplomate explique d’ailleurs aux Sud-Africains que s’ils avaient su lire le texte de la résolution, la mort de civils du fait des bombardements des forces occidentales était inscrite en toutes lettres.

 

On apprend (moi tout du moins) par ailleurs que des efforts de paix engagés par un comité ‘désigné par l’Union Africaine ont été court-circuités  par la résolution 1973. L’Afrique du Sud figurait dans ce comité…

Le vote de l’Afrique du Sud en faveur d’une zone d’exclusion aérienne traverse des turbulences

Par Mandy Rossouw, The mail & Guardian (Afrique du Sud) 25 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

La position confuse de l’Afrique du Sud sur l’opération « Aube de l’Odyssée » contre la Libye a été un effet de choc en retour de la mauvaise réputation qu’elle s’était faite lors de sa première participation en qualité de membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, ont affirmé ce weekend des sources diplomatiques sud africaines.

La délégation d’Afrique du Sud au Conseil a voté cette semaine en faveur d’une zone d’exclusion aérienne en sachant parfaitement que l’application de la résolution entraînerait des frappes aériennes. Au cours de son dernier passage en tant que membre non permanent sous Thabo Mbeki, l’Afrique du Sud s’était attire les foudres en raison de son indifférence apparente pour la cause des droits de l’homme dans des pays comme le Zimbabwe ou la Birmanie.

Des diplomates Sud-Africains à New York insistent cependant pour dire que l’Afrique du Sud a vote la résolution la semaine dernière dans le but de protéger les civils des forces de Mouammar Kadhafi en Libye et que le vote n’était pas destiné à approuver implicitement une intervention militaire.

« Nous voulions faire cesser les frappes aériennes. L’idée était de mettre un terme aux tueries indiscriminées et de menacer Kadhafi en exigeant un cessez-le-feu, » explique Nomfanelo Kota, porte parole de la mission diplomatique sud africaine à New York. « Nous ne pouvons pas endosser la responsabilité de ce qui se passe maintenant. Nous savions que les gens n’avaient pas tous les mêmes idées ni les mêmes motivations derrière la tête, mais nous devions voter pour, sinon nous aurions été accuses une fois encore [de négliger les considérations relatives aux droits de l’homme] et on aurait dit que nous étions du côté de Kadhafi. »

Après le déroulement du vote mardi dernier, le gouvernement sud-africain a été fortement critiqué à l’interne par la Ligue des Jeunes de l’ANC qui a considéré que le pouvoir avait été donné à des forces non africaines alors que le conflit en Libye aurait dû être dénoué par l’Union Africaine. Un comité de nations africaines, dont l’Afrique du Sud, avait été constitué par l’Union Africaine pour s’occuper du problème libyen, mais ses démarches ont été sabordées par l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, ce qui signifiait que le comité ne pouvait plus se rendre en Libye pour effectuer une mission d’enquête.

Zuma prend ses distances

Le président Zuma a pris ses distances avec l’intervention militaire US-européenne dans le pays d’Afrique du Nord, en affirmant qu’elle avait excédé le mandat de l’ONU en mettant en danger la vie de civils. Une diplomate Européenne dont le pays a voté en faveur de la résolution a affirmé que cette explication ne tenait pas.

« Tout le monde sait que quand on parle de zones d’exclusion aérienne on parle d’usage de la force et d’intervention militaire, » a déclaré la diplomate. « L’idée n’est pas seulement d’empêcher quiconque de survoler la zone concernée, mais aussi de détruire tous les matériels qui peuvent servir à tirer sur des avions. »

Elle a expliqué que les pays avaient la possibilité, durant les deux semaines de discussion du dossier de consulter leurs spécialistes des affaires militaires sur ce à quoi il fallait s’attendre. La question des pertes civiles ne demandait pas beaucoup de jugeote dans la mesure où il n’existait aucune garantie qu’elles puissant être évitées pendant une opération militaire.

Un vieux routier de la diplomatie sud africaine établi à New York considère que le vote de la délégation sud africaine a aussi pu mettre la pression sur le groupe constitué par la Chine, le Brésil, la Russie et l’Inde qui se sont abstenus. Cependant, en tant que membres permanents, la Russie et la Chine auraient pu mettre un veto contre la décision. « Il sera intéressant de voir comment vont évoluer nos relations maintenant, » affirme le diplomate.

Kota a démenti une info du New York Times selon laquelle Susan Rice, ambassadrice des USA à l’ONU avait escorté l’ambassadeur d’Afrique du Sud Baso Sangu dans la salle où a été votée la résolution 1973. Les diplomates Sud Africains insistent pour dire que Sangu est arrivé à l’heure et n’a pas parlé avec Rice pendant la procédure d’adoption de la résolution.

Ils ont laissé entendre que les Etats Unis cherchaient à conforter l’image de Rice comme possible candidate au poste de Secrétaire d’Etat, actuellement tenu par Hillary Clinton, si le président Barack Obama obtient un deuxième mandat présidentiel.

La porte parole de l’ambassade US à Pretoria, Elizabeth Trudeau, a refusé de s’exprimer sur cette affaire. « Le plus important, c’est que l’Afrique du Sud s’est levée et a voté pour la résolution visant à protéger les civils sur le terrain, » a-t-elle dit au Mail & Guardian.

David Zounmenou, chercheur à l’ Institute for Security Studies de Pretoria affirme que l’Afrique du Sud aurait dû voir qu’une clause appelant à la protection des vies des civils par tous les moyens possibles, » comme il est prévu par la résolution laissait la porte ouverte à une intervention militaire.

Il affirme que l’Afrique du Sud a peut-être voulu « se racheter  » après sa gestion de la crise ivoirienne. Jusqu’à récemment, l’Afrique du Sud refusait de reconnaître le vainqueur de l’élection Alassane Ouattara comme le président ivoirien légitime, contrairement au point de vue de nombreux pays africains et occidentaux.

« La politique étrangère sud africaine souffre d’incertitude et de faiblesses dans ses orientations, » explique Zounmenou. « Le problème réside dans le processus d’élaboration des décisions. Vous ne pouvez pas prendre une décision et ensuite vous rétracter. « Nous ne savons pas comment trouver l’équilibre entre nos intérêts nationaux et notre ambition de devenir un acteur clef dans les forums multilatéraux tels que l’ONU.

 

L’anti-impérialisme de gauche, victime collatérale de l’agression contre la Libye

mars 30, 2011

Tariq Ali nous livre son analyse sur l’agression des Etats-Unis et de leurs satrapes Européens, contre la Libye.

Il dénonce le prétexte humanitaire qu’on tente de faire avaler aux gens et que même des personnes réputées de gauche semblent avoir gobé.

Parce que si les civils ont bel et bien par euphémisme le statut de victimes collatérales des bombardements « ciblés » des forces de l’OTAN, ce qui subsistait d’anti-impérialisme à gauche vient selon toute vraisemblance de subir également le coup de grâce. C’est du moins ce qu’on peut penser à voir les réactions des uns et des autres, dont celle très décevante de Jean-Luc Mélenchon.

Des réactions tout simplement atterrantes.

Tariq Ali, en observateur averti de la politique internationale, nous explique quel est le plan des Etats-Unis pour la Libye : établir un protectorat aux frontières définies par leurs soins et doté d’un gouvernement à leur main dont la liste est établie par le Département d’Etat à Washington.


La Libye n’est qu’un autre cas occidental de justice sélective

Bombarder Tripoli tout en soutenant d’autres despotes dans le monde arabe montrent que les frappes sous couvert de l’ONU pour renverser Kadhafi relèvent du cynisme pur et simple.

par Tariq Ali , The Guardian (UK) 29 mars 2011, traduit de l’anglais par Djazaïri

L’intervention de l’US-OTAN en Libye sous couvert du conseil de sécurité de l’ONU s’inscrit dans une réponse orchestrée pour  montrer un soutien à un mouvement contre un dictateur en particulier et, de la sorte, mettre un terme aux rébellions arabes en affirmant le contrôle occidental, en confisquant leur élan et leur spontanéité pour essayer de restaurer le statu quo antérieur.

Il est absurde de penser que les raisons pour bombarder Tripoli ou pratiquer le tir au pigeon aux alentours de Tripoli ont pour but de protéger les civils. Ce dernier argument est avancé pour s’attirer le soutien des citoyens d’Europe et d’Amérique et d’une partie du monde arabe. « Regardez-nous, » expliquent Obama/Clinton et leurs satrapes de l’Union Européenne, « nous faisons le bien. Nous sommes du côté du peuple.” Un tel cynisme laisse pantois. Nous sommes supposés croire que les dirigeants qui ont les mains rouges de sang en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Sont en train de défendre le peuple libyen. Dans leur bassesse, les media britanniques et français sont capables de gober n’importe quoi, mais le fait que des libéraux [des gens plutôt de gauche dans le vocabulaire anglo-saxon, NdT] sincères avalent encore ces bobards est déprimant. La société civile est facilement émue par certaines images et la brutalité de Kadhafi envoyant son aviation bombarder son peuple a été le prétexte saisi par Washington pour bombarder une autre capitale arabe. Dans le même temps, les allies d’Obama dans le monde arabe étaient à pied d’oeuvre pour promouvoir la démocratie.

Les Saoudiens sont entrés au Bahreïn où la population est tyrannisée et où ont lieu des arrestations en grand nombre. Al Jazeera n’en parle pas beaucoup. Je me demande pourquoi ? Cette chaîne télévisée semble avoir été quelque peu continue et ramenée sur la ligne politique de ceux qui la financent.

Le tout avec un soutien actif des Etats Unis. Le despote du Yémen, honni par la majorité de son peuple continue à tuer chaque jour sa propre population. Pas le moindre embargo sur les armes, ne parlons même pas d’une « zone d’exclusion aérienne, » ne lui a été imposé .La Libye est encore un autre cas  de justice sélective de la part des Etats-Unis et de leurs chiens d’attaque en Occident.

Ils peuvent compter aussi dur les Français. Sarkozy était impatient d’agir. Incapable de sauver son ami Ben Ali en Tunisie, il a décidé de contribuer à évincer Kadhafi. Les Britanniques sont toujours prêts à rendre service et dans ce cas, après avoir soutenu le régime libyen ces deux dernières décennies, ils font en sorte d’être du bon côté afin de ne pas rater le partage du butin. Que peuvent-ils obtenir ?

Les divisions à l’intérieur de l’élite politico-militaire des Etats Unis au sujet de toute cette opération révèlent qu’elle n’a pas d’objectif clair. Obama et ses satrapes Européens parlent de changement de régime. Les généraux  font de la résistance et disent que ça ne fait pas partie de leur vision de la situation.

Le département d’Etat s’affaire à préparer un nouveau gouvernement constitué de collaborateurs Libyens anglophones. Nous ne saurons donc jamais combien de temps l’armée déliquescente et affaiblie de Kadhafi aurait pu maintenir sa cohésion devant une forte opposition. La raison pour laquelle il perdait du soutien dans ses forces armées était justement qu’il leur avait ordonné de tirer sur sa propre population. Maintenant il parle de la volonté de l’impérialisme de le renverser et de prendre le pétrole et même de nombreuses personnes qui le méprisent peuvent voir que c’est rai. Un nouveau Karzai est en route.

Les frontières du misérable protectorat que l’Occident va créer sont décidées à Washington. Même ces Libyens qui, par désespoir, soutiennent les bombardements de l’OTAN, pourraient – à l’instar de leurs équivalents Irakiens – regretter leur choix.

Tout cela pourrait déclencher une troisième phase à un moment donné: la montée d’une colère nationaliste qui pourrait submerger l’Arabie Saoudite et là, soyez en certain, Washington fera tout ce qu’il faudra pour maintenir la famille royale au pouvoir. Qu’ils perdent l’Arabie Saoudite et ils perdront les Etats du Golfe. L’agression contre la Libye, grandement facilité par l’imbécillité de Kadhafi à tous les niveaux, a été conçue pour retirer l’initiative à la rue en se présentant comme les défenseurs des droits de la population. Les Bahreïnis, les Tunisiens, les Egyptiens, les Saoudiens et les Yéménites n’en seront pas convaincus, et même dans l’Euro-Amérique il y a plus de gens pour s’opposer à cette dernière aventure que pour la soutenir. La bataille n’est en aucune façon terminée.

Obama parle d’un Kadhafi sans pitié, mais la propre pitié de l’Occident ne tombe jamais du ciel comme une fraîche ondée sur ceux qui sont en dessous. Elle n’est angélique que pour la puissance qui la déverse, la puissance parmi les puissances.

La raison pour laquelle Obama n’impose pas de zone d’exclusion aérienne dans le ciel de Gaza

mars 29, 2011

C’est qu’il ne veut pas se suicider politiquement.

C’est par le site de Philip Weiss que mon attention a été attirée sur un article du Washington Post et un autre de la revue Commentary.

Commentary est une de ces revues politiques très lues par les décideurs et ceux qui s’intéressent aux décideurs aux Etats Unis. Commentary se présente comme le porte drapeau du néo conservatisme.

Il va de soi que Commentary est infestée de sionistes…

Un certain Jonathan S. Tobin, dont on apprend qu’il est rédac chef exécutif de Commentary après avoir dirigé la rédaction du jewish Exponent de Philadelphie et publié régulièrement au jerusalem Post, propose justement un commentaire au sens propre du terme d’un édito de Jackson Diehl, publié dans le Washington Post dont il est un des responsables de la rédaction.

Que dit Jackson Diehl dans son édito ?

Jackson Diehl expose un point de vue sioniste des plus orthodoxes qui consiste à dire que le président Obama n’a toujours pas compris que Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité Palestinienne (non élu, soit dit en passant) n’était en réalité pas intéressé par la conclusion d’un accord de paix.

Selon M. Diehl, M. Obama qui pensait au début de son mandat que les sionistes devaient geler la colonisation, est resté dans les mêmes dispositions : Barack Obama est en quelque sorte plus Palestinien que Mahmoud Abbas:

 

Le président a clarifié ses positions dès le début de son mandat, quand il a choisi de commencer son action diplomatique en exigeant un gel complet de l’activité de colonisation – une condition qu’Abbas n’a jamais posée mais qu’il a rapidement faite sienne. Lors d’une réunion à la Maison Blanche ce mois-ci avec des leaders Juifs Américains, Obama a signalé qu’il n’avait pas changé de point de vue. Abbas, a-t-il insisté, est prêt à établir un Etat palestinien. Le problème est qu’Israël n’a pas fait d’offre territoriale sérieuse.

 

Quand Diehl écrit qu’Abbas ne s’intéresse pas à la conclusion d’un accord de paix avec le régime sioniste, il veut en fait dire que le responsable Palestinien a le tort de vouloir mêler l’ONU à l’affaire pour sortir de l’impasse des discussions animées par les Etats Unis qui privilégient en réalité le cadre bilatéral et l’Etat sioniste.

Or, les sionistes veulent à tout prix éviter que ce dossier se retrouve sur l’agenda de l’ONU et ils comptent sur le gouvernement des Etats Unis pour faire échouer les démarches palestiniennes.

Diehl semble penser qu’une telle aide des Etats Unis aura un coût pour le gouvernement de Tel Aviv qui sera mis sur la sellette à l’occasion du discours qu’il dot prononcer en mai prochain devant les élus du Congrès des Etats Unis à Washington.

Jackson Diehl répond ainsi qu’il pose en titre de son édito: de quel côté penche Obama? Du côté d’Abbas, c’est évident!

Nous sommes là en pleine supercherie sioniste où les partisans du gouvernement Netanyahou jouent encore la carte du David « juif » contre le Goliath Philistin-Américain. Alors que la réalité politique est bien différente.

Et c’est ce que rappelle à juste titre Jonathan S. Tobin qui est lui un ultra sioniste sans complexes, et qui conclut ainsi son article :

 

Mais la vraie question n’est pas de savoir si Israël aura l’habileté de présenter une position raisonnable et cohérente affirmant son désir d’une solution à deux Etats basée sur le respect des droits des deux peuples. La question est de savoir si, dans les mois à venir, les Démocrates Juifs feront clairement savoir au chef de leur parti que trahir Israël n’est pas seulement une faute, mais un suicide politique.

 

Les choses sont dites et expliquent que, alors que les Etats Unis associés entre autres à la France et à la Grande Bretagne, outrepassent allègrement les dispositions de la résolution 1973 concernant la Libye, le président Obama n’est même pas fichu d’exiger une levée du blocus de Gaza ou d’imposer une zone d’exclusion aérienne au dessus des territoires palestiniens.

Une zone d’exclusion aérienne qui serait d’autant plus facile à contrôler que, à la différence des rebelles en Libye, les Palestiniens ne disposent pas d’un seul avion de combat.

 

La CIA aux commandes de la Libye « démocratique »

mars 28, 2011

Les événements de Libye, avec la guerre qui est imposée à ce pays par la coalition des « bienfaiteurs » occidentaux à laquelle se sont ajoutées des démocraties bien connues du proche Orient, sont le lieu d’une grande déception.

Pas du fait des agissements de Nicolas Sarkozy ou de David Cameron. Ils sont après tout dans leur rôle  quand ils tentent de maintenir des prérogatives impériales sur le continent africain et dans le bassin méditerranéen. Et M. Sarkozy a peut-être quelque raison de penser qu’un succès militaire et politique obtenu aux dépends du colonel Kadhafi pourrait contribuer à remobiliser en sa faveur un électorat qui semble le bouder.

Non, comme Patrick Martin dont je vous propose un article, je suis déçu par ces gens qui se disent de gauche et qui approuvent l’intervention de ce qu’il faut bien appeler les forces impérialistes. Ils montrent ainsi qu’ils sont au fond dépourvus de principes. et que leur prise de position revient à approuver rétroactivement les interventions militaires en Irak et en Afghanistan. Il n’y a rien d’autre à ajouter, tout le reste n’est que du bla-bla.

Mais je suis encore plus déçu par ces Arabes prétendus eux aussi de gauche ou démocrates qui ne trouvent pas non plus grand-chose à redire à cette intervention, au contraire.

Malek Bennabi parlait de « colonisabilité » pour désigner les dispositions mentales qui font qu’un peuple peut être subjugué par une entreprise de colonisation. Je m’étais gaussé un jour de cette notion qui, selon moi, était trop psychologique. Il s’avère cependant que c’est Bennabi qui avait raison et de nombreux Arabes, prétendument de gauche ou démocrates, se montrent maintenant sous leur jour véritable d’admirateurs inconditionnels de l’Occident dont ils attendaient en fait leur salut.

Or, si l’Occident a développé des valeurs et des savoirs que les pays arabes auraient tort d’ignorer, ces valeurs ne se confondent pas avec les puissances occidentales dont les actions dans le tiers-monde et le monde arabe en particulier, ne visent qu’à la satisfaction de leurs intérêts économiques et stratégiques.

Ces Arabes dont il est question, qui sont bien souvent des « intellectuels, n’utilisent même pas ce qu’ils ont appris dans leurs écoles ou leurs universités pour analyser les situations politiques. Ils fonctionnent bien souvent sur le même principe que les dictateurs qu’ils disent réprouver. Ils ne sont simplement pas du bon côté du manche. Et ils sont prêts à tout accepter pour assouvir leur haine.

J’en rajoute sans doute un peu beaucoup, mais la réalité est quand même navrante

En attendant, je vous laisse prendre connaissance du pedigree d’un futur dirigeant de la Libye « libre »

Un collaborateur de la CIA pour commander les rebelles Libyens

Par  Patrick Martin World Socialist Web Site 28 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le Conseil National Libyen, l’organisation basée à Benghazi qui parle au nom des forces rebelles qui luttent contre le régime de Kadhafi, a désigné un collaborateur de longue date de la CIA pour diriger ses opérations militaires. Le choix de Khalifa Hifter, un ancien colonel de l’armée libyenne a été signalé jeudi par McClatchy Newspapers, et le nouveau chef militaire a été interviewé par un correspondant d’ABC News dimanche soir.

Hifter, dont l’arrivée à Benghazi avait été rapportée pour la première fois le 14 mars par Al Jazeera, a fait l’objet le 19 mars d’un portrait flatteur d ans le Daily Mail, un tabloïd britannique farouchement belliciste. Le Daily Mail présentait Hifter comme une des « deux étoiles militaires de la révolution » qui « est rentré récemment d’exil en Amérique pour apporter une certaine cohérence tactique aux troupes rebelles au sol. » Le journal n’évoquait pas ses liens avec la CIA.

McClatchy Newspapers a publié un profil d’Hifter ce dimanche. Intitulé ‘Le nouveau chef rebelle a passé une bonne partie des 20 dernières années dans une banlieue en Virginie, » l’article note qu’il avait été auparavant un officier supérieur du régime de Kadhafi jusqu’à « une aventure militaire désastreuse au Tchad à la fin des années 1980. »

Hifter avait ensuite rejoint l’opposition à Kadhafi puis finalement émigré aux Etats-Unis où il a vécu jusqu’à ces dernières semaines qui ont vu son retour en Libye pour prendre le commandement de Benghazi.

Le profil par McClatchy concluait, « Depuis son arrivée aux Etats-Unis au début des années 1990, Hifter a résidé dans une banlieue de Virginie aux environs de Washington DC. ».  Il citait un ami qui « disait ne pas trop savoir comment Hifter subvenait à ses besoins, et qu’Hifter s’occupait d’abord d’aider sa grande famille. »

Pour ceux qui savent lire entre les lignes, c’est une indication à peine voilée du rôle d’Hifter en  tant qu’agent de la CIA. Comment en effet, un ancien officier supérieur de l’armée libyenne a-t-il pu entrer aux Etats-Unis au début des années1990, seulement quelques années après l’attentat de Lockerbie, puis s’installer près de la capitale fédérale, sans l’accord et l’aide active des services de renseignements US ? Hifter a vécu en fait pendant une vingtaine d’années à Vienna en Virginie, à seulement une dizaine de kilomètres du siège de la CIA à Langley.

La CIA était bien au courant des activités militaires et politiques d’Hifter. Un article du Washington Post du 26 mars 1996 parle d’une rébellion armée contre Kadhafi en 1996 et écrit son nom dans une transcription différente. L’article cité des témoins selon qui la rébellion a pour « chef le colonel Khalifa Iftar  [et est] une organisation du type « contra » basée aux Etats-Unis et appelée Armée Nationale Libyenne. »

La comparaison est faite avec les forces terroristes “contra” financées et armées par le gouvernement des Etats Unis dans les années 1980 contre les autorités sandinistes au Nicaragua. Le scandale Iran-Contra, qui avait secoué l’administration Reagan en 1986-87, concernait la mise au jour de ventes illégales d’armes US à l’Iran, dont le produit servait à financer les contras au mépris d’une interdiction par le Congrès. Les parlementaires Démocrates avaient couvert le scandale et rejeté les appels à une procédure d’impeachment contre Reagan pour avoir financé les activités d’une illégalité flagrante ourdies par une brochette d’anciens agents des services secrets et de conseillers à la maison Blanche.

Un livre publié par Le Monde Diplomatique en 2001; Manipulations Africaines, fait remonter la relation avec la CIA encore plus loin, en 1987, signalant qu’Hifter, alors colonel de l’armée de Kadhafi, avait été capture au Tchad où il combattait avec une rébellion soutenue par la Libye contre le gouvernement d’Hissène Habré, soutenu par les Etats-Unis. Il fit défection pour le Front National de Salut Libyen (FNSL), la principale force d’opposition à Kadhafi, qui avait le soutien de la CIA. Il organisa sa propre milice qui opéra au Tchad jusqu’à la déposition d’Hissène Habré en 1990 par Idriss Déby, son rival appuyé par la France.

Selon ce livre, “la force de Haftar, créée et financée par la CIA au Tchad, disparut dans la nature avec l’aide de la CIA peu de temps après le renversement du gouvernement par Idriss Déby. » Le livre cite aussi un rapport du service de recherche du Congrès daté du 19 décembre 1996, selon lequel le gouvernement des Etats-Unis apportait une aide militaire et financière aux membres du FNSL qui avaient été repositionnés aux Etats-Unis.

Ces informations sont accessibles à tous ceux qui se livrent à une recherche même superficielle sur internet, mais elles n’ont pas été relayées par les media contrôlés par les grands groupes, hormis une dépêche de McClatchy qui évite toute référence à la CIA. Les chaînes de télévision,  trop occupées à faire l’éloge des « combattants de la liberté » de l’est libyen, ne se  sont pas fatiguées à signaler que ces forces étaient désormais commandées par un collaborateur de longue date des services de renseignements des Etats-Unis.

Pas plus que n’en ont tenu compte ceux qui parmi les libéraux ou la “gauche” s’enthousiasment pour l’intervention des Etats Unis et de l’Europe en Libye. Ils sont trop occupés à saluer l’administration Obama pour son approche multilatérale et « consultative » de la guerre, présumée être différente de l’approche unilatérale à la « cowboy » de l’administration Bush en Irak. Que le résultat soit le même – mort et destruction qui s’abattent sur la population, la souveraineté et l’indépendance d’un pays anciennement colonisé foulées aux pieds – ne signifie rien pour ces thuriféraires de l’impérialisme.

Le rôle de Hifter, présenté à juste titre il y a 15 ans comme le chef d’une “organisation du genre contra”, montre quelles sont les véritables classes sociales à l’oeuvre dans la tragédie libyenne. Quelle que soit l’authenticité de l’opposition populaire qui s’est exprimée dans la révolte initiale contre la dictature corrompue de Kadhafi, la rébellion a été détournée par l’impérialisme.

L’intervention de l’Europe et des Etats Unis en Libye n’a pas pour but d’apporter la “démocratie” et la “liberté” mais d’installer au pouvoir des pantins de la CIA qui dirigeront le pays aussi brutalement que Kadhafi, tout en permettant aux puissances impérialistes de piller les ressources pétrolières du pays et de se servir de la Libye comme base d’opérations contre les révoltes populaires qui soufflent sur le Moyen Orient et l’Afrique du Nord.

Premières conséquences pour l’Europe de l’agression contre la Libye

mars 27, 2011

Nicolas Sarkozy et David Cameron ont pensé que leurs armées pouvaient s’en prendre à peu de frais au régime du colonel Kadhafi.

Du point de vue strictement militaire, ils ont parfaitement raison tant la disproportion des forces est importante, et la réalité sur le terrain le démontre amplement.

Il n’empêche que leurs agissements ne resteront pas sans conséquences pour l’Europe. Je ne parle pas là d’une quelconque menace terroriste que pourrait brandir le gouvernement de Tripoli.

Non, je parle de ce que redoutait tant le gouvernement italien et qui semble commencer à se produire puisque, nous apprend RFI, une embarcation chargée de trois cents migrants Africains vient d’arriver en provenance de Libye sur l’île italienne de Linosa.

Une autre embarcation avec 200 migrants à bord est également sur le point d’arriver tandis que, toujours selon RFI, cinq autres bateaux seraient partis des côtes libyennes.

MM. Sarkozy et Cameron devront sans doute accueillir un certain nombre de ces migrants. Par exemple à proportion du nombre de bombes que leurs armées respectives ont largué sur le territoire libyen.

Je pense personnellement que M. Kadhafi avait tort de participer au mur de la Méditerranée voulu par les démocraties occidentales dont l’intervention aura  eu au moins un effet positif.

Vers la fin du régime baathiste en Syrie?

mars 27, 2011

Joshua Landis est un universitaire américain spécialiste de la Syrie et qui anime un site internet intitulé justement « Syria Comment »

Dans un sens, ce qui se passe en Syrie ressemble beaucoup plus à ce qui s’est passé en Tunisie qu’aux événements vécus par exemple au Yémen ou en Egypte avec une réaction populaire spontanée pour protester contre l’arbitraire du pouvoir suivie par une répression d’une brutalité extrême. Comme en Tunisie, l’épicentre de la contestation est une cité restée aux marges du développement incontestable qu’ont pu connaître d’autres agglomérations comme Damas ou Lattaquié.

Landis nous propose son analyse des éléments qui pourraient faire que la crise actuelle en Syrie débouche sur une insurrection généralisée avant d’aller vers une guerre civile et/ou un changement de régime. Landis fait une lecture en termes de classes sociales combinée avec la réalité segmentaire de la Syrie et nous explique que la clef du destin du régime de Damas se trouve dans le maintien de l’alliance nouée entre les militaires alaouites et la bourgeoisie sunnite.

Landis est pessimiste sur la possibilité pour le régime d’aménager une transition en douceur, ce qui ne veut pas dire forcément qu’il est déjà au bout du rouleau. Il note en particulier que, contrairement au cas tunisien, l’armée semble rester fidèle au président .D’un autre côté, Angry Arab annonce, sans entrer pour l’instant dans les détails, que de sérieux craquements se font jour dans l’élite dirigeante syrienne

L’impopularité du régime baathiste en Syrie n’est un secret pour personne, et ce sont bel et bien les symboles de ce pouvoir qui ont été ciblés par les manifestants telle cette statue d’Hafez al-Assad que des contestataires ont tenté de mettre à bas. Cette hostilité se nourrit aussi bien des travers communs à tous les régimes autoritaires (injustices, corruption, absence de libertés publiques) que des problèmes économiques auxquels sont confrontées les couches sociales populaires et paysannes ou encore de la mémoire des répressions brutales exercées par le régime à différentes périodes de l’histoire du pays. Par ailleurs, les couches sociales favorables au régime le sont avant tout par intérêt, comme toujours.

Il n’empêche que, comme en Libye, des acteurs extérieurs à la scène syrienne s’invitent. Nous avons certes les Américains qui auraient tort de se gêner d’encourager tout ce qui pourrait affaiblir le régime de Damas. Mais, ainsi que le note Joshua Landis d’autres acteurs sont également présents dont l’origine est cependant inconnue : des étrangers armés qui excitent les tensions entre les membres des diverses confessions.

On ne sait rien sur ces étrangers sauf bien sûr qu’ils ‘s’expriment en arabe mais sont cependant reconnus comme étrangers par les autochtones de Syrie. Toutes les hypothèses sont envisageables et , la présence de nombreux réfugiés Palestiniens et surtout Irakiens sur le sol syrien permet à toutes sortes d’individus douteux de se noyer dans la masse.

Peut-on envisager une intervention militaire des Etats Unis et de leurs supplétifs français et britanniques comme en Libye ?

Probablement pas pour plusieurs raisons. La première est de pure forme : autant il y a un consensus politico-médiatique pour dire que Mouammar Kadhafi est « fou », autant il n’existe rien de tel concernant Bachar al-Assad qui est relativement peu connu du grand public. Ensuite, la Syrie tout en étant « prenable » militairement est tout de même un plus gros morceau que la proie facile libyenne et qu’aucune intervention de ce genre ne pourrait se faire sans la participation du régime sioniste. Le régime sioniste a par ailleurs peut-être plus intérêt au maintien du régime baathiste, prévisible et virulent seulement dans le langage, qu’à l’instauration d’une démocratie voire à l’arrivée au pouvoir de quelque chose qui ressemblerait aux Frères Musulmans. Nous avons sans doute ici un point supplémentaire de divergence fondamentale d’intérêts entre les Etats Unis et la voyoucratie sioniste.

Il est enfin douteux que la Turquie se laisse aller à permettre une telle agression à ses frontières (en tout cas pas sans garanties que ses intérêts seront préservés voire renforcés).

Alors que la contestation monte, la Syrie peut-elle s’en sortir en douceur?

Joshua Landis Syria Comment (USA) 25 mars2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le régime a été ébranlé par les manifestations et propose de procéder à des changements tout en s’accrochant au pouvoir. Mais compte tenu des divisions sectaires et de classes, son destin pourrait bien se trouver entre les mains des élites sunnites.

Le régime baathiste qui dirige la Syrie depuis 48 ans se retrouve dos au mur. Même le président Bachar al-Assad en personne semble avoir été choqué par le niveau de la violence utilisée par les forces de sécurité syriennes pour réprimer les manifestations qui ont commence il y a une semaine, et le jeudi après midi, son cabinet a annoncé des concessions sans précédent aux revendications populaires. Mais la question de savoir si ces concessions vont calmer la contestation où être considérées comme insuffisantes et trop tardives trouvera sa réponse après les prières du vendredi.

Les manifestations ont commence il y a une semaine dans la ville agricole poussiéreuse de Dera’a, près de la frontière avec la Jordanie et avaient été causées par l’arrestation de lycéens pour avoir tracé des graffiti anti-gouvernementaux. Ces manifestations ont rapidement échappé à tout contrôle, rejointes par des milliers de personnes inspirées par la vague de révolutions qui a touché le monde arabe, pour exiger des libertés publiques, la fin de l’état d’urgence et de la corruption. Le gouvernement a réagi brutalement, tuant plus de trente manifestants et en blessant beaucoup d’autres, selon des militants. Des vidéos épouvantables de la répression, diffusées sur internet ces derniers jours, ont suscité la colère des Syriens d’un bout à l’autre du pays.

Jeudi, le régime a commencé à essayer une autre tactique, la porte parole d’Assad, Boutaina Shaaban présentant ses condoléances à la population de Dera’a et reconnaissant leurs demandes comme « légitimes », en insistant cependant pour dire que les informations sur l’importance des manifestations et le nombre des victimes avaient été exagérées. Il est à noter que le président lui-même n’est pas apparu à la télévision depuis le début des troubles politiques en Syrie, apparemment dans l’espoir de se mettre à l’abri de la critique. Mais Shaaban a souligné qu’Assad était complètement opposé aux tirs à balles réelles dans la répression des manifestations. Elle a insisté sur le fait qu’elle était présente dans le bureau présidentiel quand le président a ordonné aux forces de sécurité de s’abstenir de tirer sur les manifestants, « pas une seule balle. »

Mais les seules promesses qui se sont concrétisées sont des hausses de salaires de 30 % pour les fonctionnaires et la libération de tous les militants arrêtés ces dernières semaines.  D’autres réformes que le régime a entrepris d’étudier sont la création d’emplois, la liberté de la presse, l’autorisation de partis politiques d’opposition et la levée de l’état d’urgence. S’ils étaient appliqués, ces changements seraient presque une révolution. Mais beaucoup d’activistes ont déjà rejeté les offres d’Assad qu’ils qualifient de manœuvre dilatoire pour passer sans encombre les journées à venir de funérailles et surtout les prières du vendredi. L’opposition a appelé les Syriens à se rassembler en grand nombre dans les mosquées pour une journée de  la « dignité » et de manifestations.

Pour constituer un défi sérieux à la main mise du régime sur le pouvoir, les militants d’opposition devront étendre leurs actions de protestation au-delà de Dera’a et de ses villages environnants pour toucher les grandes villes. Leur démarche dans ce but place le pays devant un choix aux conséquences importantes. Ils doivent décider si la Syrie est plus comme la Tunisie et l’Egypte où les peuples ont été suffisamment unis pour renverser leurs dirigeants, ou si la Syrie est plus comme l’Irak et le Liban, qui se sont enfoncés dans la guerre civile un factionnalisme sans fin.

Comme le Liban et l’Irak voisins, la Syrie est une société religieusement plurielle et ethniquement diverse. Le président Assad appartient à la secte Alaouite, un dérivé du chiisme dont les adhérents ne représentent que 12 % de la population syrienne. Les manifestations de Dera’a ont incité les Alaouites de la cité côtière de Lattaquié à se rassembler nombreux dans une place du centre ville, Dawwar az-Ziraa, pour montrer leur soutient à leur président aux prises avec des difficultés. Beaucoup ont remplacé les images de leur profil sur Facebook par une photo de Bachar. Les Syriens Chrétiens et d’autres minorités religieuses qui forment 13 autres pour cent de la population syrienne ont aussi montré un large soutien à Assad qui a défendu le sécularisme. Beaucoup se sont causés des frayeurs en imaginant la possibilité que l’agitation politique ouvre la voie aux islamistes, comme ce fut le cas en Irak. Près d’un million de réfugiés Irakiens vivent en Syrie et leur présence témoigne de l’histoire d’un changement de régime qui a mal tourné.

La clef pour la réussite d’une révolution est la division de l’élite syrienne qui comprend la catégorie des hiérarques de l’appareil de sécurité et les grandes familles de commerçants et d’industriels sunnites qui contrôlent l’économie ainsi que la sphère culturelle et morale en Syrie. Si ces élites restent soudées, il est difficile d’envisager  qu’une révolte populaire généralisée mais en ordre dispersé puisse venir à bout du régime. Mais une scission au sein de l’élite entre alaouites et sunnites sonnerait la fin du régime. La cohésion de ces élites est cependant autant une question d’appartenance confessionnelle qu’à une classe sociale.

La centralité de Dera’a dans le soulèvement a peut-être restreint son intérêt pour les élites citadines. La poussiéreuse ville frontalière, caractérisée par les allégeances tribales, la pauvreté et un conservatisme islamique peut inspirer des masses rurales syriennes qui souffrent de la pauvreté, d’une sécheresse prolongée et du chômage, mais les manifestations de masse qui ont eu lieu là bas ont effrayé les élites urbaines syriennes. Même ceux qui partagent avec les ruraux  la colère contre la répression et l’aspiration à la liberté craignent néanmoins les pauvres et la menace du désordre.

En fait, les élites citadines perçoivent le régime lui-même comme une dictature  des gens de la campagne. Le parti Baath qui a pris le pouvoir en 1963 était dominé par de jeunes officiers de l’armée et des éléments ruraux qui avaient à peine plus qu’un niveau scolaire secondaire et une idéologie de bric et de broc mêlant socialisme et arabisme pour les guider. Leur faible niveau d’éducation associé au ressentiment contre la richesse et les privilèges des élites urbaines syriennes fut un poison mortel qui précipita la nationalisation des terres et des entreprises.

Ayant été éduqué dans un milieu privilégié à Damas; le président a plus en commun avec les élites de la capitale qu’avec les alaouites des montagnes de la côte qui portèrent son père au pouvoir. Quand Bachar al-Assad prit sa succession après le décès de son père en 2000, il commença à libéraliser l’économie et la société. La haute culture a pris son essor, les importations de l’étranger comme le tourisme et les arts ont été revivifiés. La Syrie est un endroit formidable si on a de l’argent, la vie est amusante et trépidante pour les gens aisés.

Pour la majorité pauvre, par contre, le paysage est sombre. Un tiers de la population vit avec deux dollars par jour ou moins. Le chômage est endémique et quatre années de sécheresse ont réduit la campagne de l’est de la Syrie à un paysage désolé de villes et de villages poussiéreux et sans ressources comme Dera’a. La dernière chose dont veulent les habitants d’Alep, de Homs et de Damas, est une révolution qui amène au pouvoir une nouvelle classe sociale de paysans pauvres, ou que le pays sombre dans le chaos et éventuellement la guerre civile.

La rébellion arabe “départage” les pays du Moyen Orient en distinguant ceux qui sont devenus de véritables nations avec une communauté politique homogènee et la capacité à tourner le dos à l’ère postcoloniale de dictature et de répression, de ceux qui sont minés par les tensions sectaires, tribales et ethniques. Le Liban et l’Irak ont tous deux failli. La Libye s’effondre sous nos yeux et le Yémen pourrait aussi suivre cette spirale descendante.

Selon toute probabilité, il n’y aura pas d’atterrissage en douceur pour le régime syrien, quelque soit le moment où interviendra l’échéance. De peur d’être exclus du pouvoir et persécutés, les chefs militaires alaouites vont probablement rester avec le président. Ce qui reste à voir, c’est si l’élite sunnite qui  s’est tenue aux côtés de la famille Assad pendant plus de quarante années au nom de la sécurité et de la stabilité, continuera à le faire ou si le président Assad aura la volonté d’oser prendre le risque de procéder à de profonds changements.

Joshua Landis is the director of Center for Middle East Studies, University of Oklahoma and author of the blog http://www.syriacomment.com

 

Bernard-Henri Lévy, VRP d’al Qaïda au Maghreb, Sarkozy bras armé de (feu) Ben Laden

mars 25, 2011

 

Pendant que la presse française qui est « libre » comme chacun sait gaspille des milliers de litres d’encre dans le cadre de l’effort de guerre contre la Libye, un certain nombre d’informations qui apparaissaient dans des organes de presse à la notoriété assez restreinte notamment en Grande Bretagneaux Etats Unis commencent à apparaître dans la presse grand public.

Pas en France ? Non, pas en France, du moins pas encore vu que le sieur Bernard-Botul-Henri Lévy siège au conseil de surveillance d’Arte, et dans des instances du même genre dans les quotidiens Libération et Le Monde.

Je vous évoquais sur ce blog les liens allégués entre ce qu’on appelle al Qaïda (une entreprise saoudo-sioniste de destruction du monde arabo-musulman) et les rebelles Libyens au nom desquels la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis (entre autres) déversent des tonnes de technologie sur les têtes libyennes. Oui, de la technologie guerrière, car cette dernière est en train de devenir le créneau de spécialisation de l’Occident.

Ces informations sont maintenant relayées par un journal italien repris par le Daily Telegraph de Londres. Et cette fois, aux sources indirectes évoquées précédemment, s’ajoute le témoignage d’un des dirigeants de la rébellion libyenne qualifiée hâtivement de démocratique par qui nous savons : le crétin chevelu et aux chemises ouvertes et Sarkoléon.

Si on lit avec un minimum d’attention cet article, on comprendra les risques énormes encourus par l’Afrique sahélienne et le Maghreb du fait de cette intervention occidentale. Je pense que c’est un danger mortel, surtout pour l’Algérie, et je pèse mes mots.

Un commandant rebelle Libyen admet que ses combattants ont des liens avec al Qaïda

Abdel-Hakim al-Hasidi, le chef rebelle Libyen, a déclaré que des djihadistes qui avaient combattu contre les troupes alliées en Irak sont sur les lignes de front de la bataille contre le régime de Mouammar Kadhafi

par Praveen Swami, Nick Squires et Duncan Gardham, The Daily telegraph (UK) 25 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans un entretien accordé au journal italien Il Sole, M. al-Hasidi a admis avoir recruté environ 25 hommes dans la région de Derna en Libye orientale pour lutter contre les troupes de la coalition en Irak. Certains d’entre eux, a-t-il dit, sont aujourd’hui sur la ligne de front à Adjabiya.

M. al-Hasidi a insisté pour dire que ses combattants « sont des patriotes et de bons musulmans, pas des terroristes, » avant d’ajouter que les « membres d’al Qaïda sont aussi de bons Musulmans et luttent contre l’envahisseur. »

Ses révélations surviennent au moment même où Idriss Deby Itno, le président du Tchad, a affirmé que al Qaïda avait réussi à piller des arsenaux dans la zone libyenne rebelle et pris des armes, « dont des missiles sol-air, qu’ils ont ensuite envoyées clandestinement dans leurs sanctuaires. »

M. al-Hasidi a admis avoir par le passé combattu contre « l’invasion étrangère » en Afghanistan avant d’être capturé en 2002 à Peshawar au Pakistan. » Il avait ensuite été livré aux Etats Unis

Des sources gouvernementales aux Etats Unis et au Royaume Uni indiquent que M. al-Hasidi appartenait au Libyen Islamic Fighting Group ou LIFG qui a tué des dizaines de soldats Libyens dans des attaques de guérilla dans les secteurs de Derna et Benghazi en 1995 et 1996.

Même si le LIFG ne fait pas partie de l’organisation al Qaida ; l’académie militaire de West Point aux Etats Unis a signalé que tous deux entretenaient une « relation de coopération de plus en plus étroite. » Des documents saisis en 2007 par les forces alliées dans la ville de Sinjar ont montré que les membres du LIFG étaient la seconde plus importante cohorte de combattants étrangers en Irak après les Saoudiens.

Au début de ce mois, al Qaïda a lancé un appel à ses partisans pour qu’ils épaulent la rébellion libyenne qui, selon elle, permettrait l’imposition du « règne de l’Islam  dans le pays.

Les islamistes Britanniques ont soutenu aussi la rébellion et l’ancien chef de l’organisation interdite al-Muhajiroun a proclamé que l’appel à « l’islam, à la sharia et au djihad venu de Libye avait « ébranlé les ennemis de l’Islam et les Musulmans bien plus que le tsunami qu’Allah a envoyé contre leurs amis, les Japonais. »

 

Mauvaises raisons et faux prétextes pour agresser la Libye

mars 25, 2011

Un papier intéressant de Diana Johnstone qui contribue à la démystification des motifs « humanitaires » ou missionnaires (pour la démocratie, pas des croisades). de l’agression contre la Libye La Libye est effectivement tombée dans un piège qui lui a été tendu par Bernard-Henri Lévy associé aux monarques du Golfe. Dans sa démarche, le pseudo philosophe n’a sans doute pas obéi qu’à son amour immodéré pour Sion mais aussi à son narcissisme qui résiste à toutes les déconvenues comme celles consécutives aux révélations de ses diverses impostures.

BHL a certes obtenu ce qu’il voulait, la guerre contre le régime libyen, mais pas comme il voulait et, finalement malgré lui. Car BHL a d’abord précipité la France dans une impasse diplomatique dont Alain Juppé, grand commis de l’Etat typique, a su la sortir en empruntant la seule issue qui pouvait la tirer, au moins momentanément, du ridicule : la guerre sous couvert d’un mandat de l’ONU assimilé à un chèque en blanc pour ce qu’il faut bien appeler une agression impérialiste.

On verra peut-être plus tôt qu’on ne le pense que cette agression est une grave erreur stratégique et je crois que cet article nous livre un des aspects de cette faute stratégique qui tient aux rapports entretenus par le gouvernement libyen avec ses homologues d’Afrique au sud du Sahara.

Ce retour en force de l’Europe en Afrique s’accompagnera sans doute d’une accélération de sa sortie en douceur du reste du continent, sous la poussée des Américains d’une part, de la Chine d’autre part.

Pourquoi font-ils la guerre à la Libye ?

par DIANA JOHNSTONE CounterPunch (USA) 24 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Raison N°1: Changer le régime.

C’est le motif réel qui est apparu dès lors que le président Français Nicolas Sarkozy avait pris l’initiative extraordinaire de reconnaître les rebelles de Benghazi comme seul représentant légitime du peuple libyen. Cette reconnaissance violait de manière extraordinaire tous les principes et les usages diplomatiques. Elle signifiait la non reconnaissance Elle signifiait la non reconnaissance du gouvernement libyen existant et de ses institutions qui, contrairement aux connotations magiques associées au mot « dictateur » ne peuvent pas être réduites à la personnalité d’un homme fort. Une grande nation européenne, la France, a balayé d’un revers de main ces institutions pour proclamer qu’un obscur groupe de rebelles d’une région traditionnellement séditieuse de la Libye constituait le gouvernement légitime de cette nation d’Afrique du Nord.

Comme ce n’était en réalité pas le cas, ce ne pouvait être que l’affirmation d’un objectif à atteindre par la guerre. L’annonce française équivalait à une déclaration de guerre contre la Libye, une guerre pour vaincre Kadhafi et mettre ces rebelles mystérieux au pouvoir à sa place.

Faux prétexte N°1 « protéger les civils ».

La fausseté de ce prétexte est évidente, tout d’abord parce que la résolution onusienne autorisant l’action militaire « pour protéger les civils » a été élaborée par la France – dont l’objectif est clairement un changement de régime – et ses alliés occidentaux. Si la véritable préoccupation du Conseil de Sécurité de l’ONU avait été de « protéger les vies d’innocents », il aurait pu, il aurait dû envoyer une solide mission d’observation neutre pour vérifier ce qui se passait vraiment en Libye. Il n’existait aucune preuve des assertions des rebelles selon lesquelles le régime de Kadhafi massacrait des civils. S’il avait existé des preuves visibles de ce genre d’atrocités, nous pouvons être certains qu’on nous les aurait montrées régulièrement aux heures de grande écoute à lé télévision. Nous n’avons vu aucune preuve de ce genre. Une mission d’enquête de l’ONU aurait pu très vite établir les faits, et le Conseil de Sécurité de l’ONU aurait agi sur la base d’informations factuelles plutôt que sur celle des affirmations de rebelles en quête d’un soutien international pour leur cause.

Au lieu de quoi, le Conseil de Sécurité, qui n’est désormais guère plus qu’un instrument des puissances occidentales, s’est précipité vers les sanctions, et le renvoi devant le Tribunal Pénal International sur la base d’allégations de “crimes contre l’humanité” en cours ou à venir, et a finalement autorisé une zone d’exclusion aérienne dont on pouvait être certain que les Occidentaux l’interpréteraient comme un permis de mener une guerre ouverte contre la Libye,

Quand les Etats Unis et leurs principaux alliés de l’OTAN sont autorisés à “protéger les civils”, ils le font avec les instruments dont ils dispose,t: bombardements aériens et missiles de croisière, Les frappes aériennes, les bombardements et les missiles de croisière ne sont pas faits pour “protéger les civils” mais plutôt pour détruire des cibles militaires, ce qui entraîne inévitablement la mort de civils, Mis à part ces “dommages collatéraux”, quel droit avons-nous de tuer des personnels militaires Libyens qui gèrent des aérodromes et d’autres installations de la défense libyenne? Que nous ont-ils fait?

Raison N°2: Parce que c’est facile.

Les forces de l’OTAN étant enlisées en Afghanistan, des dirigeants de pays de l’alliance (mais pas tous) ont dû penser que ce serait une bonne idée de remporter une victoire rapide et facile dans une jolie petite “guerre humanitaire,” Ce qui, du moins l’espèrent-ils, pourrait ranimer l’enthousiasme pour des actions militaires et relancer la popularité en berne de politiciens qui pourront s’exhiber fièrement comme des champions de la démocratie” et des destructeurs de “dictateurs,”

Faux Prétexte N° 2: Les Arabes nous ont demandé cette guerre.

Le 12 mars, la Ligue Arabe réunie au Caire annonçait son soutien à une zone d’exclusion aérienne en Libye, Ce dont s’est servi l’opération partiellement OTAN conduite par la France, “Nous répondons aux demandes du monde arabe,” pouvaient-ils prétendre, mais quel monde arabe? D’un côté, Sarkozy a effrontément présenté sa croisade contre Kadhafi comme étant dans le droit fil des soulèvements dans le monde arabe contre des dirigeants autocratiques, tout en prétendant dans le même temps répondre aux demandes des,,, plus autocratiques parmi ces dirigeants, nommément les monarques du Golfe, eux-mêmes affairés à réprimer leurs propres mouvements de contestation démocratique, (on ne sait pas exactement combien d’Etats de la Ligue Arabe ont participé à cette décision, mais la Syrie et l’Algérie ont émis de fortes objections),

L’opinion occidentale était supposée ne pas se rendre compte que ces dirigeants Arabes avaient leurs propres raisons de détester Kadhafi, très différentes de celles qui sont formulées en Occident. Kadhafi leur a jeté en pleine figure leur trahison de la Palestine, leur duplicité et leur hypocrisie. L’année dernière, incidemment, l’ancien député Britannique George Galloway avait relaté comment, en comparaison des obstacles mis en travers de l’aide pour Gaza par le gouvernement égyptien, son convoi avait vu le volume de son chargement d’aide humanitaire doublé pendant son passage en Libye. Il y déjà longtemps que Kadhafi, considérant ses dirigeants comme des incapables, a tourné le dos au monde arabe, pour se tourner vers l’Afrique.

Alors que la position  intéressée de la Ligue Arabe contre Kadhafi a été saluée en Occident, peu d’attention a été accordée à l’opposition unanime de l’Union Africaine à la guerre contre le dirigeant Libyen. Kadhafi a investi une grande quantité de ses revenus pétroliers dans la construction d’infrastructures et dans le développement de l’Afrique sub-saharienne. Les puissances occidentales qui vont le renverser continueront à acheter du pétrole libyen comme avant. La grande différence pourrait être que les nouveaux dirigeants, mis en place par l’Europe, suivront l’exemple des émirs de la Ligue Arabe en transférant leurs revenus pétroliers d’Afrique vers la bourse de Londres et les marchands d’armes européens.

Vraie Raison N° 3: Parce que Sarkozy a suivi le conseil de BHL

Le 4 mars, le dandy littéraire Français Bernard-Henri Lévy a rencontré en privé avec Moustapha Abdeljalil, un ancien ministre de la justice qui a retourné sa veste pour devenir le dirigeant du « Conseil National de Transition » (CNT) des rebelles. Le soir même, BHL appelait Sarkozy sur son téléphone portable et obtenu qu’il accepte de recevoir des chefs du CNT. La rencontre s’est tenue le 10 mars au palais de l’Elysée à paris. Comme l’a relaté le spécialiste des relations internationales du Figaro Renaud Girard, Sarkozy a alors annoncé à des Libyens ravis le plan qu’il avait concocté avec Bernard-Henri Lévy : reconnaissance du CNT comme seul représentant légitime de la Libye, nomination d’un ambassadeur de France à Benghazi, frappes de précision sur des aérodromes militaires libyens ; avec la bénédiction (qu’il avait déjà obtenue) de la Ligue Arabe. Le ministre Français des affaires étrangères Alain Juppé avait été stupéfait d’apprendre après les media cette évolution spectaculaire de la diplomatie française.

Kadhafi a expliqué en long et en large après le début du soulèvement  qu’on ne pouvait pas lui demander de démissionner parce qu’il n’avait aucune fonction officielle. Il n’était, avait-il insisté, qu’un « guide » vers qui le peuple libyen pouvait se tourner pour des conseils sur des questions délicates.

Il s’avère que les Français aussi ont un guide spirituel non officiel : Bernard Henri Lévy. Tandis que Kadhafi porte des costumes colorés et réside sous une tente, BHL porte des chemises blanches impeccables ouvertes sur un torse viril et passe le temps à Saint Germain des Prés, un quartier de Paris.

Aucun des deux n’a été élu. Les deux exercent leur pouvoir par des voies mystérieuses.

Dans le monde anglo-saxon, Bernard-Henri Lévy est considéré comme un personnage comique, assez comme Kadhafi. Sa « philosophie » a à peu près autant d’adeptes que le Livre vert du guide Libyen. Mais BHL a aussi de l’argent, beaucoup ; et il a de nombreux amis encore plus riches. Il exerce une influence énorme dans le monde médiatique français ; il invite des journalistes, des écrivains, des gens du spectacle dans son coin de paradis à Marrakech, il siège au conseil d’administration de deux quotidiens de « centre gauche », Libération et le Monde. Il écrit régulièrement dans toutes les publications grand public quand il le veut, il apparaît sur toutes les chaînes de télévision quand il le choisit. Il est souvent détesté par les Français ordinaires. Mais ils n’ont aucun espoir d’en être débarrassé par une résolution de l’ONU.

Diana Johnstone is the author of Fools Crusade: Yugoslavia, NATO and Western Delusions.She can be reached at diana.josto@yahoo.fr


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