La communauté syrienne en Argentine redoute une intervention militaire étrangère en Syrie

L’Argentine comporte une importante communauté d’origine syro-libanaise qui s’intéresse naturellement à ce qui se passe dans le pays d’origine.

D’après cet article du journal argentin La Nacion, les sentiments dans cette communauté sont mitigés, favorables à une démocratisation du pays mais également marqués par une forte crainte de voir une intervention militaire étrangère qui mettrait fin à un chapitre d’une histoire qui n’a apparemment pas que de mauvais côtés selon certains qui sont peut-être plus nombreux qu’on ne le pense.

Ces craintes sont fondées et je ne vois personnellement pas comment on peut attendre quoi que ce soit de bon de la part des forces qui sont soutenues par les monarchies arabes. Ces forces vont en effet des Frères Musulmans revanchards à ce qu’on appelle al Qaïda, c’’est-à-dire en réalité des desperados de tout acabit stipendiés par les clans wahhabites qui dirigent démocratiquement l’Arabie saoudite.

Bien sûr, l’opposition syrienne n’est pas composée seulement de ces gens là, mais ces fondamentalistes pro saoudiens sont dotés d’une cohésion qui fait défaut à la mosaïque qui compose l’opposition. Dans cette mosaïque, nous trouvons d’ailleurs, en plus des forces que nous venons de citer, des gens qui ne se revendiquent nullement d’une identité religieuse mais qui n’en sont pas plus démocrates ou paisibles pour autant.

Parce que, en soi, la référence religieuse ne permet en rien de stigmatiser un mouvement politique pas plus que son caractère irréligieux ou non religieux n’en fait ipso facto une force de progrès et démocratique. Ce qui doit être regardé, ce sont les schémas institutionnels de représentation, de consultation, de contrôle ainsi que les orientations économiques et sociales.

Si nous considérons ce qu’on appelle la mouvance des Frères Musulmans, il est clair que malgré un certain nombre de positions communes, on ne saurait confondre Nahda en Tunisie, les Frères Egyptiens ou ceux qui sont à l’œuvre en Syrie. En dehors de leur insistance sur la morale, leur seul véritable point commun est l’adhésion à l’économie de marché. Tout le reste n’est qu’inconsistance même dans leur antisionisme affiché. On a par exemple pu voir les contorsions du Tunisien Ghannouchi lorsqu’il était pressé de question sur l’entité sioniste aux Etats Unis. De même les Frères Egyptiens ne semblent pas prêts à dénoncer les accords de "paix" avec le régime sioniste. Il est vrai qu’ils doivent composer avec les militaires. 

Maintenant, il faut s’attendre à voir la confrérie égyptienne se différencier car sous son apparent monolithisme elle abrite des tendances en réalité presque opposées dont certaines arriveront sans doute bientôt à maturité.

Curieusement, en Tunisie, c’est l’armée et le chef de l’Etat Moncef Marzouki qui doivent composer avec Nahda, à tel point que la Tunisie s’est retrouvée à la pointe du combat contre le régime de Damas en chassant l’ambassadeur de Syrie à Tunis. C’est que Marzouki a beau être un démocrate, c’est un démocrate dans l’abstrait, c’est-à-dire qu’il a omis de réfléchir la démocratie avec l’économie. Or, les choix économiques faits en Tunisie «révolutionnaire» sont identiques à ceux de l’époque de la dictature de M. Ben Ali dans un contexte cependant plus difficile qui implique de ne pas fâcher bailleurs de fonds et investisseurs. Ces derniers se trouvent comme on le sait dans les pays de l’axe anti-syrien, que ce soit en Europe, en Amérique ou au Moyen Orient.

Bon, j’ai un peu divagué. Pour revenir à l’article que je vous propose, il faut rappeler que la communauté arabe d’Argentine (syro-libanaise essentiellement) a joué un rôle considérable dans la popularisation de la lutte de libération nationale algérienne en Amérique Latine. A ce titre, elle est chère à notre cœur.

La communauté syrienne en Argentine redoute une intervention étrangère

Elle croit qu’une intervention étrangère risque d’être une issue plus douloureuse ; elle est aussi préoccupée par l’islamisme

par Julieta Cuneo, La Nacion (Argentine) 14 février 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

«Nous vivons le conflit avec inquiétude : nous sommes enfants et petits enfants de Syriens, nous avons des amis et de la famille là-bas, et nous ne pouvons éviter de ressentir de la douleur devant ce qui se passe.»

C’est ainsi que Daniel Hosain, le président de la Asociación Pan Alauita Islámica de Beneficencia, exprime les sentiments de la communauté syrienne en Argentine par rapport au conflit que vit depuis près d’un an la terre de ses ancêtres.

Les Syro-libanais, le troisième groupe d’immigrants les plus nombreux après les Italiens et les Espagnols, représentent près de 10 % de la population totale de l’Argentine avec plus de 3,5 millions de personnes. Ils sont la troisième ou quatrième génération de descendants, mais ils maintiennent les liens avec leur patrie d’origine à travers de multiples associations, organismes et entités dont ils sont membres.

En dépit de prises de position en général conformes à la ligne officielle [du gouvernement syrien], la majorité s’accorde à dire qu’il est difficile de juger d’aussi loin. «Il faut être très prudent dans sa réflexion ; il importe de remarquer que nous sommes des Argentins élevés dans une mentalité occidentale et, à part le fait que nous maintenions un contact, la réalité syrienne ou du Moyen Orient en général est quelque chose qui nous dépasse, » explique Hosain.

Ces précautions prises, au moment d’énumérer les scénarios possibles, tous s’accordent à dire que tant que le conflit durera, la souffrance sera présente, mais ils préviennent qu’une intervention étrangère serait une issue tout autant douloureuse.

«Ce qui va se passer dépend du peuple syrien et de l’évolution au niveau mondial. Le scénario envisageable le plus négatif serait qu’encore plus d’innocents continuent à mourir. Pour moi, c’est une seconde patrie, et je ne voudrais pas voir la destruction du pays où sont nés mes grands-parents, un pays qui a une riche culture millénaire, » déclare Laïla Zay Abbas, petite fille de Syriens qui a visité le pays de ses aïeux en 2010.

 «Je ne veux pas une Syrie divisée, ou occupée ou sous le coup d’une intervention étrangère : je ne veux pas d’une Syrie qui ressemble à l’Irak, » déclare à La Nacion le cheikh Mohsen Ali, directeur de la maison pour la diffusion de l’Islam en Argentine et une des principales autorités islamiques du pays.

«Il y a des revendications populaires qui sont justes et doivent être entendues d’urgence, mais il ne faut pas prendre pour argent comptant l’idée d’un peuple syrien soumis qui veut se débarrasser de la tyrannie. La Syrie a sa propre idiosyncrasie qui doit être respectée, » ajoute-t-il.

Les représentants diplomatiques Syriens en Argentine sont d’accord pour dire que l’inquiétude est généralement grande, mais ils assurent qu’il est important d’observer que les affrontements, qui ont fait pour l’instant près de 6 000 morts selon l’ONU, ne touchent pas tout le pays.

«Les combats se déroulent dans des lieux précis et circonscrits, où le gouvernement intervient pour contrôler la situation,» explique à La Nacion le consul de la république arabe syrienne à Buenos Aires, Adnan Asaad.

«Dans les villes où il n’y a pas de terroristes qui provoquent des désordres, la vie continue normalement – ajoute-t-il. Mes enfants vont bien, mes êtres chers vont bien. La vie se poursuit normalement dans beaucoup d’endroits : si ce n’était pas le cas, je ne serais pas aussi tranquille.»

Le consul admet en outre que «on ne peut contester qu’au début les gens sont descendus dans la rue et qu’il y a eu des mouvements populaires pour réclamer des réformes,» et il affirme que « ses réformes sont en cours d’examen, » mais il affirme qu’après la reconnaissance des revendications populaires du début, «les extrémistes sont arrivés.»

CORDE SENSIBLE

Avec les extrémistes – que toutes les sources consultées s’accordent à qualifier de factions fondamentalistes islamiques, Asaad touche une corde sensible qui nourrit la colère et la peur aussi bien chez ceux qui sont nés en Syrie que chez leurs descendants.

C’est qu’une des plus grandes craintes de la communauté syrienne est qu’au milieu de ce conflit, finisse par se perdre ce qu’ils présentent comme une des valeurs importantes de la Syrie : son caractère d’Etat laïque.

« En Syrie, toutes les religions sont représentées et toutes cohabitent en harmonie, ce qui est un motif de grande fierté pour nous. Le conflit est très loin d’impliquer des questions interreligieuses,» explique Ali.

Il y a cependant maintenant une peur latente qu’une des conséquences du conflit soit que cette paix interreligieuse, une exception parmi les pays du moyen orient, disparaisse à jamais.

 «Il y a aujourd’hui des endroits où les gens de ma famille religieuse – les Alaouites, une branche minoritaire de l’Islam à laquelle appartient le président Bachar al-Assad – a peur. Certains proches de ma famille ont été assassinés pour le simple fait d’être des Alaouites, » déclare Abbas.

L’autre grande crainte est que l’annonce éventuelle d’une intervention militaire étrangère finisse par produire un effet opposé à celui qu’elle cherche à produite. « Il est certain que les gens veulent des réformes et vont les obtenir, mais elles doivent se faire de manière pacifique dans le respect de la volonté du peuple et du droit à l’autodétermination nationale,» explique le consul.

«Personnellement, j’espère que la raison va l’emporter et que la volonté et le désir du peuple seront respectés ainsi que la sécurité et l’intégrité [du pays].  Je crois que finalement devra arriver ce que le peuple a décidé et pas ce que quelqu’un à l’extérieur aura dit qu’il doit se passer, » conclut Hosain.

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