La Libye, l’attentat de Lockerbie, et les magouilles judiciaires de l’Etat britannique

Vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais au moment de l’agression contre la Libye menée par les forces de l’OTAN, l’affaire Lockerbie avait été remise sur le tapis.

Une démarche d’autant plus étrange que l’affaire Lockerbie était réputée jugée et le coupable identifié et condamné par la justice britannique. Ce coupable était un certain Abdelbaset Ali al-Megrahi, un ancien agent des services de renseignements libyens.

Incarcéré pendant huit ans et demi en Ecosse, Megrahi avait finalement été libéré pour raisons de santé en 2009

Alors pourquoi la police britannique désire-t-elle se rendre en Libye pour interroger Megrahi car même si la décision de l’élargir pour raisons médicales fait parfois polémique, l’affaire a bel et bien été jugée 

Une volonté britannique qui a d’ailleurs le don d’irriter les nouveaux maîtres de Tripoli pourtant portés au pouvoir grâce aux bombardiers britanniques. Le ministre de l’intérieur Fawzi Abdelali déclare ainsi :

"Pourquoi la Grande-Bretagne s’est-elle tue toutes ces années et sort-elle ces sujets maintenant que nous sommes dans une période de transition où nous devons mettre sur pied des institutions à partir de zéro après des décennies de dictature", a ajouté le ministre libyen.
"Est-ce que l’Amérique et la Grande-Bretagne n’ont pas accepté des millions de dollars de Kadhafi pour clore ce dossier (Lockerbie)? Qui a libéré Abdelbaset al-Megrahi? Est-ce nous?", a-t-il encore dit.

 M Abdelali n’omet pas de citer les Etats Unis qui prétendent également, par la voix de Mme Hillary Clinton ‘obtenir justice pour les victimes de Lockerbie. ‘ Une déclaration qui s’inscrit dans la continuité d’une exigence qu’elle avait manifestée dans la phase initiale des troubles en Libye.

Je ne vais pas disserter sur l’hypocrisie et la mauvaise foi évidente de Mme Clinton ou des autorités britanniques, tellement elles sont criantes.

Non, je vais plutôt vous donner à lire un article qui parle d’un livre qui jette un sérieux doute sur les éléments de preuve qui ont servi à faire condamner Abdelbaset Ali al-Megrahi. Même si Dabid Cameron a fustigé la sortie de ce livre qu’il qualifie d’insulte aux familles des victimes, certaines de ces dernières comme celle de Jim Swire, sont favorables à ces thèses et exigent une nouvelle enquête afin d’identifier les véritables auteurs, qu’ils soient libyens ou autres.

Les éléments contenus dans ce livre sont connus de ceux qui lisent la presse écossaise où des voix s’étaient élevés pour l’élargissement de Megrahi iet avaient mis en doute la qualité de l’enquête  il n’apporte rien de nouveau sur ce plan sauf un impact plus grand auprès de l’opinion publique.

 

Les preuves pour le procès de Lockerbie “n’avaient pas été transmises aux avocats de Megrahi.

Un livre qui vient de paraître affirme que des informations de nature à disculper le Libyen n’ont jamais été transmises à ses avocats.

Par James Hanning et Paul Cahalan, The Independent (UK) 11 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des preuves très importantes qui auraient pu disculper Abdelbaset Ali al-Megrahi pour l’attentat de Lockerbie n’avaient pas été transmises à ses avocats, selon l’auteur d’un nouveau livre.

Une information décisive sur un fragment de circuit imprimé censé provenir de la bombe qui a détruit un avion de ligne au-dessus de Lockerbie en Ecosse, tuant 270 personnes en 1988, avait été donnée à la police en amont du jugement de Megrahi en 2000, mais n’avait jamais été révélée, est-il affirmé.

Ces allégations se trouvent dans le livre "Megrahi: You Are My Jury", écrit par John Ashton. Le livre a été condamné par David Cameron qui l’a qualifié « d’insulte » à l’égard des familles des victimes. Le livre soutient qu’une preuve essentielle, un fragment de circuit imprimé trouvé sur le site du crash à Lockerbie et dont l’accusation affirmait qu’il appartenait à la minuterie qui a fait exploser la bombe, ne pouvait pas faire partie du lot qui avait été vendu à la Libye par le fabricant.

Le fragment a été un maillon crucial dans le raisonnement de l’accusation visant à démontrer que la bombe avait été placée dans l’avion par Megrahi. Hier soir, des spécialistes qui ont suivi de près cette affaire ont expliqué que cette affirmation, si elle est vraie, signifie que le dossier contre Megrahi est désormais complètement discrédité.

Pendant le procès Megrahi, il avait été admis que le fragment de minuterie provenait de l’entreprise suisse Mebo. La compagnie avait reconnu avoir vendu 20 minuteries de ce genre aux Libyens, mais de nouveaux éléments de preuve indiquent que le fragment de Lockerbie ne venait pas de l’une d’entre elles. Celle de Lockerbie était recouverte d’étain tandis que celles vendues à la Libye l’étaient d’un alliage d’étain et de plomb, explique M. Ashton. Selon une déclaration sous serment du responsable de fabrication, l’entreprise n’utilisait que de l’alliage et non de l’étain pur.

Au cours du procès Megrahi, dues témoins cites par l’accusation avaient déclaré que l’absence de plomb sur le revêtement du circuit imprimé pouvait s’expliquer par le fait qu’il pouvait avoir fondu [s’être évaporé] sous l’effet de la chaleur de l’explosion. Aucun des deux témoins n’était un spécialiste en électronique.

Cependant, le livre révèle que l’avocat de Megrahi, Tony Kelly, avait mandaté des scientifiques, le Dr Chris McArdle, un ancien conseiller du gouvernement, et le DR Jess Cawley, consultant en ingénierie, pour tester cette hypothèse. Tous deux avaient conclu que cela n’avait pas pu se produire.

Le livre soutient également que des notes prises par un expert judiciaire, Alan Feraday, pendant son premier examen du fragment de circuit imprimé en 1991, révèlent qu’il était conscient de la différence dans la composition du circuit imprimé. Pourtant, ses constatations qui avaient été transmises à la police le 8 novembre 1999, ne furent pas divulguées à l’équipe d’avocats de Megrahi avant 2009.

“Si ces documents avaient été divulgués à l’équipe d’avocats, ils auraient été à la base d’un contre-interrogatoire percutant de Feraday mais, lors du procès, sa déclaration selon laquelle le fragment était « similaire sous tous les aspects’ aux échantillons de contrôle n’a pas été contestée », explique Ashton. « Je ne crois pas que la police aurait dissimulé ces documents à la justice, ce qui amène la deuxième question : pourquoi n’avait-il pas été communiqué à la défense,

«Est-ce que c’était délibéré ou non, je ne sais pas. Mais c’est quelque chose d’épouvantable dont quelqu’un devrait rendre compte. Ils n’avaient pas satisfait à leur devoir de transparence. C’est un énorme scandale.»

 

L’ Independent on Sunday a envoyé les extraits du livre qui le concernent à M. Feraday mais n’a pas reçu de réponse.

Un avocat de la défense, Gareth Peirce, a déclaré hier: “Ce que les recherches [journalistiques] rendent indiscutable, c’est que le caractère mensonger de toutes les prétendues investigations à ce jour a été démontré et que la défense a été privée illégalement d’une explication transparente et sincère.»

 

Peter Biddulph, qui enquête pour Jim Swire qui a perdu sa fille dans la tragédie, affirme que les allégations d’Ashton vont pousser les proches des victimes à faire pression pour une nouvelle enquête. Il a déclaré : «[ces allégations] montrent que le dossier contre Megrahi est complètement discrédité.»

Un porte parole du ministère public a déclaré: «Eu égard au fragment de minuterie, des experts en armement avaient conclu qu’il avait subi des dommages compatibles avec le fait d’avoir été associé à une explosion et qu’il provenait d’une minuterie MST-13.»

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2 Réponses to “La Libye, l’attentat de Lockerbie, et les magouilles judiciaires de l’Etat britannique”

  1. La Libye, l’attentat de Lockerbie, et les magouilles judiciaires de l’Etat britannique | News français | Scoop.it Says:

    [...] background-position: 50% 0px; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } mounadil.wordpress.com – Today, 7:00 [...]

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  2. Matthieu Says:

    Et ceci, c’est sans compter les rétractations des principaux témoins, dans la presse britannique, il y a quelques années. L’un d’eux avait affirmé avoir fait un faux témoignage et parjuré.

    Bien entendu nous n’entendons jamais parler de tout ceci, et hormis un article fleuve de la London Review of Books les milliers d’incohérences du procès n’ont jamais été étudiées par la presse.

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