>
Remarquons simplement que Sacha Baron Cohen tend à faire rire surtout au détriment de ceux qui ne peuvent ni répondre, ni se présenter tels qu’ils sont réellement. C’était le cas avec Borat dans lequel Baron Cohen aurait déclenché l’hilarité sur le dos des Kazakhs. Avec Brüno, nous restons dans la même veine puisque le personnage incarné par Baron Cohen est présenté comme étant un homosexuel Autrichien. A n’en pas douter, la réaction des homosexuels a toutes chances d’être très modérée, car le souvenir de l’Anschluss n’est pas loin et gare aux accusations d’antisémitisme.
Dans Borat, Sacha Baron Cohen semble avoir utilisé des séquences sans l’autorisation de citoyens Kazakhs qui disent avoir été abusés. Le même procédé se retrouve dans Brüno. En effet, dans le film, Brüno rencontre un chef terroriste dans un camp de réfugiés Palestiniens au Liban car il a pour projet de se faire enlever afin d’accéder à la notoriété internationale.
Il faut savoir que ces passages sont, s’après Sacha Baron Cohen, des séquences de type documentaire renvoyant à des comportements ou à des personnages réels. Le terroriste du film Brüno serait un authentique militant palestinien rencontré grâce notamment à l’aide de la CIA.
Or, comme dans Borat, non seulement le droit à l’image du supposé terroriste n’a pas été respecté, mais le terroriste en question n’en est pas un. Si Ayman Abu Aita est bien un militant Palestinien, c’est en tant que membre de l’aile politique du Fatah, un civil donc, qui se consacre à l’activité politique et à son travail dans le cadre d’une fondation d’aide à la construction de logements en Cisjordanie où il réside (dans un secteur sous contrôle des soldats sionistes).
C’est ce que nous explique un article du Guardian britannique dont je vous livre une traduction.
Un membre d’une organisation à but non lucratif de Bethléem stigmatisé comme terroriste par Brüno
L’interview avait été filmée dans un hôtel, pas dans un camp de réfugiés
Il est bien connu dans le secteur et plusieurs personnes attestent de son bon caractère et de son bon sens de l’humour. «Brüno peut faire des plaisanteries sur tout ce qu’il veut, mais ce n’est pas une plaisanterie,» affirme Abu Aita. «Me qualifier de terroriste n’est pas drôle – c’est un mensonge.»
s
Pour un supposé terroriste, Ayman Abu Aita est remarquablement facile à trouver. Il a suffi d’un coup de téléphone pour organiser une rencontre avec cet homme décrit dans le film à succès Brüno comme un «chef d’une organisation terroriste.»
Apprécié des touristes, le restaurant se trouve près d’une installation militaire israélienne, non loin des sinuosités du mur de séparation et de ses miradors.
«Comment a-t-il pu dire ça de moi ? demande Abu Aita. « Il a menti dès le débit et il ment encore maintenant.»
Brüno, le personnage principal du film de Baron Cohen est un animateur de télévision Autrichien homosexuel et obsédé par la mode et qui, dans une brève séquence avec Abu Aita, demande à être enlevé afin de devenir célèbre. Il pense que les terroristes Palestiniens sont les «meilleurs» pour ce job parce que «al Qaïda est si 2001».
Promouvant son film récemment sur le talk show de David Letterman aux Etats Unis, Baron Cohen a expliquait que trouver un «terroriste» à interviewer pour le film avait demandé plusieurs mois et une certaine aide d’un contact à la CIA. Il décrivait les séculières [non religieuses] Brigades des Martyrs, dont la plupart ont signé un accord d’amnistie avec Israël en 2007, comme « les N°1 de l’attentat suicide par là-bas.»
Abu Aita explique : «Les Américains connaissent mon dossier. Je suis allé deux fois aux Etats Unis et je voyage souvent.» Il est un des représentants chrétiens du Fatah – de la branche politique du mouvement, insiste-t-il, pour le district de Bethléem. Il est aussi membre du conseil d’administration du Holy Land Trust, une organisation à but non lucratif qui œuvre dans le domaine du logement des Palestiniens. «Je suis un militant non-violent et je n’en ai pas honte, » dit-il.
L’interview avec Baron Cohen avait été arrangée par l’intermédiaire d’Awni Jubran, un journaliste de la Palestinian News Agency, PNN, qui avait reçu un appel du producteur du film. « Mon ami Awni m’avait dit qu’ils voulaient un qu’un militant Palestinien leur parle de la situation pour un documentaire, pour montrer aux jeunes à quoi ressemble la vie dans les territoires palestiniens,» déclare Abu Aita.
Il rencontrera Baron Cohen une semaine plus tard, accompagné de Jubran et de Sami Awad, fondateur du Holy Land Trust – bien que Baron Cohen les ait présentés comme étant des gardes du corps «du terroriste.» Abu Aita explique que l’équipe de Brüno avait choisi le lieu, qui est entièrement contrôlé par Israël – et qui est désigné dans le film comme étant le camp de réfugiés d’Aïn el-Hilweh au Liban.
« Nous sommes allés dans une des chambres de l’hôtel en étage et avons parlé de la situation palestinienne pendant deux heures, » dit Abu Aita qui ajoute que Brüno semblait sérieux – même si sa connaissance du problème était limitée.
En toute fin de discussion, Baron Cohen avait posé deux questions sur al Qaïda et Oussama Ben Laden qu’Abu Aita avait trouvées curieusement hors de propos et qu’il avait demandé à l’interprète de répéter.
Et quand Brüno a demandé à être kidnappé, Abu Aita explique que sa véritable réponse a été éliminée au montage. «Cette question m’avait mis en colère,» déclare Abu Aita. « J’ai dit que, tout d’abord, je n’étais pas un terroriste. Ensuite que vous êtes mon hôte ici, alors je dois prendre soin de vous jusqu’à votre départ de mon pays.»
«Ils me demandaient comment j’avais pu permettre qu’on se moque ainsi de moi, comment j’avais pu l’accepter,» dit-il. «Ils sont mécontents que j’aie mis le peuple palestinien dans l’embarras, parce qu’on nous représente de cette manière fausse et dégoûtante.»
Evoquant ses projets de poursuite en justice, l’officiel du Fatah affirme ne pas avoir signé d’autorisation d’utilises la séquence où il apparait dans le film. Son avocat, un Palestinien-Israélien de Nazareth indique que de tels cas aux USA peuvent aboutir à des indemnisations d’un million de dollars.