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L’Armée Electronique Syrienne (Syrian Electronic Army) dévoile le cybermensonge du journal Libération

mai 21, 2013

La guerre informatique ou cyberguerre est d’actualité en France en ce moment ainsi qu’on a pu le constater en écoutant le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Le cyberespace est effectivement déjà un lieu où se jouent certains conflits comme par exemple celui qui oppose l’Iran à l’entité sioniste et aux Etats Unis, deux pays qui se sont apparemment associés pour lancer une attaque informatique particulièrement vicieuse contre la république islamique en infestant les systèmes informatiques du réacteur de Natan avec le virus Stuxnet.

Comme d’habitude, ces pionniers de la guerre informatique jouent aujourd’hui les pères « la vertu » maintenant qu’ils comprennent que ce qu’ils ont fait aux autres, les autres peuvent le leur faire.

D’autant que leur cyberattaque contre l’Iran a lamentablement échoué, les techniciens de ce pays ayant parfaitement su gérer la situation.

La guerre en Syrie se joue aussi en partie dans le cyberespace, quoique à une échelle plus modeste. Elle est le fait de l’Armée Electronique Syrienne, de jeunes hackers favorables au gouvernement en place qui piratent des sites ou des comptes Tweeter, d’organes de presse essentiellement.

L’article que je vous propose s’intéresse à cette « armée électronique » et cherche à savoir à quel point elle obéit aux ordres du gouvernement.

On retiendra que si les méthodes très simples employées par les hackers excluent l’action d’une officine gouvernementale spécialisée, leur action serait néanmoins impossible sans l’assentiment  et les encouragements des autorités.

On notera que cette affaire de l’Armée Electronique Syrienne (Syrian Electronic Army en anglais) a amené le journal Libération à se comporter une fois de plus comme le très banal outil de propagande qu’il est.

En effet, dans un article consacré à ces hackers Syriens, Libération se réfère à un article du magazine américain Vice qui a pu s’entretenir avec Th3Pr0, un des hackers cités dans l’article que j’ai traduit. Iris Deroeux du journal Libération nous donne l’extrait suivant:

En témoigne |de la collaboration avec la police et l’armée syriennes] l’interview d’un membre de la SEA – usant du pseudonyme Th3 Pr0 – par le magazine américain Vice, en avril. «Non, nous ne transmettons pas d’information sur des militants [anti-Al-Assad, ndlr]. Le régime n’a pas besoin de nos informations, il dispose de ses propres services de renseignement», s’y défend le hacker. Mais le journaliste insiste, et Th3 Pr0 lâche : «Si les militants de l’armée syrienne de libération planifient un attentat ou le kidnapping de quelqu’un, alors oui, nous le dirons au gouvernement. Nous ne nions pas le fait que de nombreux mails que nous avons obtenus ont été transmis au gouvernement.»

Si vous trouvez ce (long) passage dans les deux articles (1 & 2) sur le sujet publiés par le magazine Vice faites moi signe parce que pour l’instant je ne l’y ai pas trouvé! (si vous le trouvez, je ferai mon mea culpa avant de suppprimer ce post)

Elle a piraté l’Associated Press, le Financial Times et la BBC  – mais qui est l’Armée Electronique Syrienne?

La bataille pour la Syrie fait rage sur plusieurs fronts – notamment dans le cyberespace. Tim Walker et Richard Hall ont traqué un membre de l’équipe de pirates de l’ombre dans sa mission pour défendre Assad

Par Tim Walker, Richard Hall, The Independent (UK) 20 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Début mai, plusieurs employés du site satirique d’informations The Onion ont reçu ce qui ressemblait à des courriels non sollicités inoffensifs, contenant des liens hypertexte apparemment anodins. Un de ces messages était censé provenir d’une adresse au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, il invitait le destinataire à cliquer sur un article apparemment du Washington Post. En fait, le lien redirigeait vers une page qui  demandait le mot de passe Gmail de l’utilisateur. L’email ne venait pas de l’ONU, mais du groupe hacktiviste connu sous le nom d’Armée Electronique Syrienne (AES).

Selon un article rendant compte de l’incident publié par la suite par The Onion, au moins un de ses employés a été piégé dans l’attaque par phishing menée par l’AES, le 3 mai. A partir du compte mail de cette personne, les pirates ont envoyé des mails à  plusieurs autres employés de The Onion, le 6 mai, les dirigeant vers un autre lien internet caché.

Deux ont cédé involontairement leurs authentifiants Google, l’un des deux ayant accès aux comptes du site sur les médias sociaux. Avant que the Onion ait pu colmater la brèche, l’AES avait commencé à poster à partir du compte du site du journal sur Twitter, suivi par près de cinq millions d’abonnés.

Les tweets avaient une tonalité familière aux adeptes de l’humour de The Onion, mais dans un esprit quelque peu différent. «L’ONU retire son rapport sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie : ‘Des tests en laboratoire confirment que c’est une odeur de corps de djihadiste [sic],’ » lit-on par exemple. Comme le monde avait été mis au courant du piratage, The Onion a régi comme il sait le faire, par des informations satiriques avec le titre : «L’Armée Electronique Syrienne a un peu de bon temps avant son inévitable mort des mais des rebelles» publié sur son site un peu plus tard le même jour.

Les médias sociaux ont joué un rôle significatif dans la guerre civile en Syrie. Malgré l’étendue de la censure d’internet et au moins deux longues coupures des communications, les militants pro-révolution se sont servis d’internet pour diffuser l’information, organiser la résistance et obtenir du soutien en Syrie et ailleurs. Ils ont cependant dû faire face cependant aux hacktivistes contre-révolutionnaires de l’AES, des partisans résolus du régime du président Bachar al-Assad selon qui les forces rebelles sont en réalité des terroristes islamistes soutenus par l’occident. Les hackers de l’AES se sont donnés pour mission d’humilier les médias qu’ils perçoivent comme hostiles à Damas.

Dans un discours de juin 2011, le président Assad a personnellement fait l’éloge de l’AES pour son action, décrivant l’organisation comme une armée virtuelle dans le cyberespace.» Les pirates de l’AES ont attaqué depuis les pages Facebook d’Oprah Winfrey et de Nicolas Sarkozy, les comptes Tweeter de Sepp Blatter, président de la FIFA, et le site web de l’université de Harvard dont la page d’accueil avait été transformée en page de propagande en faveur d’Assad. 

Mais leurs piratages de grande envergure ont été ceux des comptes Tweeter de grands organes de presse, dont le Financial Times, NPR, La BBC météo, The Guardian et E! News. Une tentative de pirater les comptes de journalistes de The Independent la semaine dernière s’est soldée par un échec. 

Malgré ses méthodes de phishing peu sophistiquées, l’AES a quand même été capable de faire plonger brièvement de 136 milliards de dollars l’index Dow Jones le 23 avril dernier après avoir réussi à pirater le flux de l’Associated press sur Tweeter en faisant passer une info selon laquelle le président Obama avait été blessé dans un attentat à la bombe contre la maison Blanche. 

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Certains observateurs supposent que l’AES est un groupe auto-organisé et sans chef, comme la célèbre organisation de piratage Anonymous. Mais l’AES a un site web officiel et un leader identifié, un jeune hacker de 24 ans connu sous le pseudonyme de L’Ombre. Dans une interview par email avec The Independent, Th3Pr0, le chef de la division des Opérations Spéciales de l’AES a expliqué que le groupe avait commencé par une communauté Facebook. «C’était en premier une page sur Facebook,» a-t-il dit. «En quelques jours, plus de 60 000 Syriens l’avaient rejointe. Facebook l’a fermée, c’est alors qu’in site web du groupe a été lancé en plus des comptes sur toutes sortes de médias sociaux. Beaucoup de gens nous ont rejoints, des centaines, des milliers.» 

Le groupe est issu, soutient-il, d’une masse organique [sic] de jeunes Syriens, qui soutiennent le gouvernement mais ne sont pas sous sa direction. Ils travaillaient ensemble en ligne à partir de chez eux et sur des ordinateurs portables en Syrie et hors de Syrie, en se servant de compétences élémentaires en hacking acquises sur internet. «Notre mission était de défendre notre pays contre la campagne médiatique, d’abord dans les médias arabes et plus tard dans les médias occidentaux,» a déclaré Th3Pr0. 

“Nous ne prenons pas d’argent pour notre travail, c’est notre devoir de défendre notre pays… Nous ne travaillons pas pour obtenir quelque chose. Nous voulons défendre notre pays dans le cyberespace, et c’est tout” 

James Lewis, expert en sécurité informatique au Centre for Strategic and International Studies de Washington DC, pense que les motivations de l’AES étaient plus émotionnelles que stratégiques. «Il faut voir ç comme un graffiti numérique, » dit-il. «Vous pouvez écrire des graffiti sur le siège de la Banque Mondiale pour dire ‘A bas le capitalisme,’ ou vous pouvez altérer son site web. Dans les deux cas, c’est une protestation qui vous fait vous sentir mieux mais qui n’a pas beaucoup d’effet. Assad ne peut pas faire un piquet de protestation devant le siège de la BBC, mais il peut encourager des gens à prendre le contrôle du fil de la BBC Météo sur Tweeter.» 

Le degré d’implication du président Assad dans les activités de l’AES est sujet à débat. Ses membres nient toute connexion directe avec le gouvernement syrien, mais plusieurs experts doutent de leurs affirmations d’indépendance. Peu de temps après que l’AES ait attiré l’attention de l’opinion publique il y a deux ans, Helmi Noman, un chercheur de l’université de Toronto observe que le groupe a des liens avec la Syrian Computer Society qui a autrefois été dirigée par  M. Assad lui-même.

Amjad Baiazy, un chercheur en informatique d’origine syrienne qui a passé plusieurs semaines comme prisonnier du régime en 2011, suppose que l’AES est financée par le gouvernement syrien et formée par des spécialistes Iraniens. 

 «Un débutant amateur serait capable de faire tout ce qu’a fait l’Armée Electronique Syrienne, » affirme Lewis. «Mais on ne peut pas croire qu’ils agissent de façon indépendante, sans aucune connexion avec le gouvernement. Demandez-vous si une seule organisation opposée à Assad en Syrie a pu mener à bien ce genre de chose ?»

 «Si la réponse est non, cela signifie que  le gouvernement consent ou dirige l’activité de l’AES. Une technique possible serait qu’un agent des services de renseignement intérieurs recrute une personne pour mettre en place des groupes informels sur internet. Le lien avec le gouvernement serait alors très ténu – mais présent quand même.» 

Un article du Guardian citait même des transfuges de l’AES qui prétendent que Rami Makhlouf, le riche cousin de M. Assad, a financé le déménagement du siège de l’AES à Dubaï. «Ce n’est pas vrai,» répond Th3Pr0. “Ils mentent encore” 

De quelque endroit que viennent les attaques, elles vont se poursuivre. «Tous les ennemis de la Syrie sont des cibles pour nous,» observe Th3Pr0. «Tous les médias qui continuent à publier de fausses informations et nouvelles sur la Syrie sont aussi une cible… Nous portons les attaques au niveau le plus élevé.»

 

Ils ont été piratés par l’Armée Electronique Syrienne

Associated Press 

Les hackers de l’Armée Electronique Syrienne ont revendiqué le piratage du compte tweeter de l’Associated Press le 23 avril et avoir tweeté que des explosions à la Maison Blanche avaient blessé le président Obama. L’information avait fait brièvement plonger le Dow Jones de plus de 150 points. 

Financial Times 

“Piraté par l’Armée Electronique Syrienne”, tel était le message de titre du blog du Financial Times sur la technologie la semaine dernière. Les comptes Tweeter du journal avait aussi été touché, les hacketrs se servant du compté du FT Markets pour tweeter «L’Armée Electronique Syrienne était ici.» à des centaines de milliers d’abonnés.

BBC Météo 

Des tweets avec de fausses informations météo dans les pays du Moyen Orient sont apparus sur le compte Tweeter de BBC Météo le 21 mars, dont celle-ci : «Station météo saoudienne en panne à cause d’une collision frontale avec un chameau. » L’AES en a ensuite revendiqué la responsabilité.

La Syrie victime de l’amour wahhabite

mai 20, 2013

Ce n’est pas un sujet vraiment abordé par la presse française. C’est sans doute pour cette raison qu’on n’entend pas ces féministes officielles, si promptes à plaider le droit des femmes en Afghanistan ou même en Russie (cas des ‘pussy riot’) pour justifier l’ingérence étrangère.

Or, dans les difficultés que subissent les Syriens, il y a ce drame particulier que vivent des jeunes filles poussées par la misère à épouser de riches ressortissants des pays du Golfe, toujours beaucoup plus âgés qu’elles, voire franchement vieux.

Il s’agit d’une forme d’exploitation qu’on peut assimiler à de la prostitution même si elle se fait en principe avec le consentement des jeunes filles et de leurs familles et avec l’imprimatur de « religieux » dûment stipendiés.

Et pourquoi n’en parle-t-on pas ?

Simplement parce que ces agissements ne sont pas du fait du gouvernement syrien, ni même des horribles shabiha, ces miliciens pro Assad à côté desquels les membres de la SS font figure de doux agneaux, mais de réseaux qui agissent parmi les réfugiés Syriens pour une clientèle qui vient de ces pays qui s’impatientent de voir la démocratie fleurir en Syrie.

En attendant, ces mécènes cueillent d’autres fleurs…

 

Adolescentes vendues, les oubliées de l’exil syrien

Dans la misère, des familles de réfugiés en Jordanie marient leurs filles pour de l’argent à de riches Saoudiens

Ces mariages qui impliquent des filles mineures se terminent généralement rapidement par un divorce

Par David Alandete à Ammán, El Pais (Espagne) 19 mai 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri 

Dégoûtée et sans le vouloir en réalité Rim s’est mariée à l’âge de 16 ans le 6 février avec un Saoudien de 70 ans qui avait versé un peu d’argent à sa famille pour le mariage. Entre les larmes, son seul soulagement était que son mari se lasserait bientôt d’elle, et la répudierait en demandant le divorce. C’est qui s’est passé, après deux mois de vie commune. L’annulation du mariage est tombée par téléphone, et elle n’a même pas eu besoin d’être présente. Elle est rentrée libre auprès de sa famille. Mais pas pour longtemps. Elle est maintenant demandée par un autre Saoudien,  de 47 ans celui là qui est prêt aussi  à payer. Elle espère répéter ce cycle, ne voulant pas être mariée à des hommes très âgés. Mais elle le fait, dit-elle, avec résignation, pour que sa famille puisse payer le loyer et acheter de la nourriture. Ce sont des réfugiés Syriens en Jordanie, après avoir fui une guerre qui dure depuis plus de deux ans et a déplacé 1,5 millions de personnes . Beaucoup d’entre eux sont dans la misère. 

La Jordanie est le pays qui accueille le plus de réfugiés Syriens, 532 000. Parmi eux, 382 400 vivent hors des camps de réfugiés, hôtes gênants dans un pays qui a ses propres problèmes économiques et est incapable de les absorber et de les intégrer dans sa société. La Jordanie ne peut pas leur donner de permis de travail parce que le chômage dans le pays atteint déjà les 12,8 %. En situation de nécessité, de nombreuses familles syriennes se sont retrouvées poussées à des pratiques qui seraient considérées dans les pays occidentaux comme proches de la traite des mineurs ou de la prostitution. Et même si dans des cas comme celui de Rim il existe un acte de mariage, délivré par un religieux, qui dans certains cas peut être valable du point de vue religieux, cet acte n’a aucune valeur juridique pour les autorités jordaniennes. 

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Les réfugiés Syriens se répartissent pour l’essentiel sur le territoire de la Grande Syrie

«Mon ex-mari ne me plaisait pas, je ne le nie pas,» dit Rim qui préfère ne pas faire connaître son nom de famille. Couverte du voile islamique, elle semble beaucoup plus jeune qu’elle ne le dit. Elle espère un jour retourner en Syrie et se marier avec son cousin, un jeune de 22 ans qui vit à Homs. «J’ai dû me sacrifier pour aider ma famille. Mon frère est petit, il a besoin de nourriture infantile et de couches.» Elle assure que son ex-mari l’a bien traitée pendant les six premières semaines de leur mariage. «Il disait qu’il m’aimait, que nous étions mariés pour toujours,» se souvient-elle sans cacher son dégoût. Puis elle a refusé d’obéir à certaines de ses demandes sexuelles. «Alors il s’est lassé. Il a commencé à me crier après. Il me frappait. Finalement, il a appelé ma famille pour qu’elle me reprenne et il est reparti en Arabie Saoudite, à Djeddah,» dit-elle. Pour le divorce, il a rencontré le religieux et tous deux ont informé Rim par téléphone qu’elle était libre. 

Le cas de Rim n’est pas exceptionnel à Amman. C’est par une de ses connaissances qui avait connu le sort qu’elle était allée trouver la marieuse qui a arrangé son mariage. Sa famiile avait besoin d’argent, et vite. En Syrie, son père avait rejoint l’Armée Syrienne Libre (ASL) pour lutter contre le régime de bachar al-Assad, mais il a été blessé. Il y a neuf mois, après la destruction de leur maison dans une attaque, il a décidé de quitter Homs où il habitait pour aller en Jordanie avec sa femme et ses quatre enfants de deux à seize ans. L’x mari de Rim avait promis à la famille 2 000 dinars (2 200 euros) pour se marier avec elle, mais il n’a finalement payé que la moitié.

 «C’est très triste. Je n’aurais jamais imaginé devoir faire ça. Ce n’est pas ce que je voulais pour ma fille,» dit la mère, Qamar, âgée de 36 ans. «Je veux toujours qu’elle épouse son cousin, qu’elle ait de véritables noces avec une robe blanche. Mais la vie ici est misérable. Nous devons de l’argent au propriétaire et au supermarché. Nous ne pouvons pas travailler. C’est douloureux. Chaque nuit, son père et moi, nous pleurons. Ça fait deux semaines maintenant que nous songeons à rentrer en Syrie, mais ça nous fait peur.» Qamar a essayé de gagner un peu d’argent en préparant et en vendant de la nourriture chez elle, mais elle dit que ce commerce ne marche pas parce qu’elle doit s’occuper de son mari et du plus petit de ses enfants. A ce jour, Rim est la seule source de revenus pour la maisonnée. 

Il y a déjà 1,5 million de personnes déplacées par le conflit syrien [sans compter les déplacés de l’intérieur, NdT]. La Jordanie est le pays qui a accueilli le plus de réfugiés mais la pression sociale de cette diaspora menace d’ébranler le pays. En Jordanie, l’âge légal du mariage est à 18 ans..

Dans le jargon des marieuses, les riches époux du Golfe Persique sont appelés des «donateurs .» C’est ainsi qu’en parle Hala Ali, 27 ans, elle aussi réfugiés Syrienne à Amman. Divorcée et mère de trois enfants, elle touche 50 dinars pour présenter les jeunes filles aux «donateurs.» Si finalement il y a mariage, elle empoche 400 dinars. Variable selon l’âge et le physique, le prix que touche une famille pour une épouse vierge peut aller jusqu’à 7 000 dinars. Les divorcées se dévaluent dans ce marché et atteignent au maximum 4 000 dinars.

«Les ‘donateurs’ disent qu’ils veulent aider la population syrienne et ils offrent de l’argent. Ce qu’ils exigent, c’est une fiancée, [‘novia’ qu’on peut aussi traduire par petite amie]» dit sarcastiquement cette marieuse.  Elle soutient qu’en Syrie, il est possible et même normal de marier des filles à partir de 13 ans avec l’accord de la famille ou du tribunal. «Ces filles se marient  avec un acte de mariage et ne deviennent  donc pas des prostituées. Elles obtiennent ainsi de l’argent et payent le loyer,» dit-elle. Mais ces mariages se font en Jordanie où l’âge légal est de 18 ans. Et les parties contractantes savent que le divorce est juste au tournant. « Qu’est-ce- que j’en sais ? Ce n’est pas de ma responsabilité. Je mets en contact l’épouse et l’époux. Et ce n’est pas légal ? Si les deux parties sont consentantes ! Et d’ailleurs, est-ce que c’est légal ce qui nous est arrivé en Syrie ?» 

Les autorités jordaniennes sont récemment allées devant le Conseil de Sécurité de l’ONU pour exposer le problème que posent ces réfugiés à sa population de 6,1 millions d’âmes. Ils apportent avec eux des problèmes de santé publique, comme de nouvelles poussées de tuberculose et, comme dans le cas présenté, les pratiques répréhensibles et gênantes. « Dans de telles situations en Jordanie, quelqu’un doit déposer plainte pour que l’Etat puisse agir,» explique Anmar Al Hmoud, coordonnateur du comité spécial du gouvernement jordanien pour les réfugiés Syriens. «Ce dont on a vraiment besoin ici, c’est d’une solution pacifique au conflit en Syrie pour que ces gens puissent finalement regagner leurs foyers,» ajoute-t-il.

Cette solution semble cependant s’éloigner de plus en plus chaque jour, avec des informations sur la violence et la mort qui arrivent chaque jour de Homs et du reste de la Syrie. En deux ans et deux mois de guerre, on compté déjà plus de 80 000 morts. Le pays est saigné par les affrontements et l’exode massif. «Cela ne se terminera que si Bachar tombe,» déclare Qamar, la mère de Rim. «Nous rentrerons alors dans notre pays même si c’est pour vivre dans les décombres» 

Pour Jeremy Salt, une seule option en Syrie: la victoire de l’armée et du gouvernement syriens

mai 19, 2013

On connaît Jeremy Salt sur ce blog. Salt a la particularité d’être un universitaire américain, spécialiste du Moyen Orient, qui enseigne dans une université turque !

Son point de vue sur la Syrie est donc particulièrement autorisé.

Quand je dis point de vue, je ne parle pas d’opinions alimentées par les informations très partielles ou déformées et la conception qu’on a du bien et du mal. Pas besoin d’avoir fait des études pour ça, et ce mode de construction de l’opinion est précisément le pain quotidien des propagandistes et des politiciens habiles à manipuler les foules.

Un vrai point de vue est d’abord un point de vue informé qui est le résultat d’une mise en relation pertinente des informations importantes, c’est-à-dire qui définit l’objet sur lequel porte le point de vue parce que cet objet n’est pas un donné à priori.

Pour Jeremy Salt, sauf évènement imprévu, le conflit syrien tire vers sa fin.

Il tire à sa fin militairement par la victoire qui se dessine de l’armée gouvernementale.

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Samedi 19 mai l’armée syrienne a investi le centre d’al Qussayr

Il tire aussi à sa fin politiquement du fait de l’implosion de l’opposition d’une part et du choix fait par les Etats Unis d’une sortie de crise négociée avec la Russie.

Cette crise syrienne aura permis de voir quelles sont les puissances qui comptent en ce moment sur la scène internationale avec le retour prévisible de la Russie au premier plan et l’irruption de la Chine.

Si les Etats Unis restent, c’est évident, un acteur majeur (le plus important) on aura par contre pu constater la vanité de puissances comme la France ou la Grande Bretagne qui, peinant à suivre les orientations de leur maître de Washington, sont soit en retard, soit en avance d’un retournement de veste. Ainsi de cette dernière sortie du gouvernement français qui prétend interdire à l’Iran de participer aux négociations sur la Syrie.

Pathétique de la part d’un gouvernement français qui a longtemps cru qu’il pourrait procéder en Syrie comme il l’a fait en Libye alors qu’il n’aurait rien pu faire en Libye (et a Mali non plus) sans le soutien politique et militaire des Etats Unis.

Un gouvernement français qui n’a cessé de mettre de l’huile sur le feu en Syrie alors que les autorités iraniennes ont pris soin d’ouvrir leurs portes à toutes les parties.

 

La crise syrienne: L’Option

By Jeremy Salt à Ankara, The Palestine Chronicle 18 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Alors que toutes les options sont censées être toujours sur la table, Barack Obama s’éloigne clairement de l’éventualité d’une implication plus profonde en Syrie maintenant qu’il est évident que rien,  à part une intervention  militaire directe, ne fera tomber le régime de Damas. Au cours des derniers mois seulement, les groupes armés ont perdu des milliers d’hommes. Même si  le conflit va perdurer un certain temps encore, l’armée syrienne est en train de réduire progressivement l’insurrection.

Ceux qui sont derrière cette aventure sont en plein désarroi. Comme le Conseil national syrien avant elle, la Coalition nationale syrienne a implosé. Muadh al Khatib [ex chef de la coalition] est maintenant une voix en marge. Ghassan Hitto [en passe d’être limogé] est la seule personne au monde à être premier ministre d’un comité. Ces personnes sont une cause complètement perdue.

Dans le monde réel, et non pas le monde des illusions, on est horrifié par la vidéo qui montre un chef «rebelle» arracher  le coeur du corps d’un soldat mort et  mordre dedans. Ou peut-être étaient-ce les poumons ou le foie. Si les médias semblent hésiter là-dessus, ils semblent considérer important assez important de savoir de quel organe il s’agit exactement. Loin de nier cet acte sanguinaire, son auteur l’a revendiqué avant de se vanter de la façon dont il avait découpé en morceaux le corps de shabiha [shabiha : désignation habituelle des milices pro gouvernementales] faits prisonniers.

Le cannibalisme semble être une première mais sinon, il n’y a pas grand chose que les psychopathes des groups armés n’ont pas encore fait en Syrie. Mais peut-être ne doit-on pas appeler  psychopathes les gens qui font ce genre de choses ? Ce sont après tout exactement le genre de personnes qu’il faut pour faire une guerre aussi sauvage. La soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL)a dit qu’elle  allait rechercher l’homme qui a découpé le cœur du soldat. Très bien. Elle pourrait aussi partir à la recherche des égorgeurs et des ‘rebelles’ qui ont décapité des gens.

Elle pourrait aussi traquer les homes qui ont tué des fonctionnaires avant de balancer leurs corps du tout du bureau de poste à Al Bab. Elle pourrait pourchasser leurs frères d’armes qui ont visé délibérément des civils avec des voitures piégées. Elle pourrait aussi traquer les assassins de l’imam et des 50 fidèles de la mosquée de Damas et elle pourrait pourchasser tous les violeurs et tous les ravisseurs, dont les Tchétchènes qui ont enlevé deux évêques  qui restent détenus à Alep tandis que les dirigeants Chrétiens des gouvernements occidentaux regardent ailleurs. Dans cette traque de tous les individus qui ont sali sa glorieuse réputation, l’ASL n’aura pas à aller chercher bien loin parce que beaucoup d’entre eux viennent de ses propres rangs. Ce ne sont pas les preuves qui manquent. Les médias regorgent de séquences vidéos sanguinolentes à la gloire des hauts faits de ces hommes qui sont fiers de leur bravoure et veulent la donner à voir au monde. Ce sont ces gens que le Qatar et l’Arabie Saoudite ont armés et financés pour prendre le contrôle de la Syrie.

Telle est la réalité derrière le récit bidon qu’ont refilé les médias pendant les deux dernières années. Les médias ont régurgité tous les mensonges et toutes les exagérations des ‘activistes’ et du soi-disant Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), selon qui la chute du ‘régime’ syrien était imminente et toutes les atrocités étaient du fait de l’armée syrienne. A l’exception de quelques reportages récemment publiés par Robert Fisk, pratiquement aucun média grand public n’a rapporté les combats vus de la perspective du gouvernement syrien et de son armée. Les journalistes passaient les frontières avec les groupes armés et rapportaient uniquement leur version des événements. C’est comme compter sur les journalistes ‘embedded’ avec l’armée des Etats Unis pour avoir un récit fiable de ce qui se passait en Irak. Et, encore comme en Irak, la même propagande se répète au sujet des armes chimiques.

La réalité devait finalement l’emporter. Ce n’est pas le ‘régime’ ou l’armé qui sont sur le point de s’effondrer mais l’insurrection. Seule une intervention militaire directe peut la sauver et, au vu des succès de l’armée syrienne et du ferme soutien apporté par la Russie au gouvernement syrien, elle est extrêmement improbable. Obama est exhorté à ‘faire plus’ mais il ne semble guère montrer d’inclination à se laisser aspirer plus avant dans ce bourbier. Les autres ne feront rien sans les Etats Unis à leur tête. L’Allemagne est opposée à une implication et l’Autriche a déclaré que fournir des armes aux ‘rebelles’, ce que la Grande Bretagne voulait faire, quand l’embargo de l’UE arrivera à terme le 31 mai, serait une violation du droit international.

Cette semaine, les projecteurs se sont tournés vers le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avec son voyage à Washington pour discuter de la Syrie avec Barack Obama. La Turquie a joué un rôle central dans l’évolution du conflit syrien. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Libye ont fourni l’argent et les armes, mais c’est la Turquie qui a ouvert son territoire à la mobilisation des hommes armés qui passent la frontière pour faire tomber le «régime». Erdogan n’a pas reculé d’un pouce de la position qu’il a prise contre Bachar al Assad il ya plus de deux ans. Le seul cas démontré d’une attaque à l’arme chimique à été celle faite avec un mélange à base de chlore placé dans une ogive et tiré sur un barrage de l’armée syrienne à Khan al Assal, tuant un certain nombre de soldats et de civils. Erdogan, cependant, maintient que c’est l’armée syrienne qui a utilisé des armes chimiques et, ce faisant, a franchi la ligne rouge tracée par Obama. »Interrogé peu avant son départ pour Washington pour savoir s’il soutiendrait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, il a répondu:« Nous dirions oui tout de suite ».

La semaine dernière, des voitures bourrées de plus d’une tonne de C4 et de TNT ont explosé dans la ville frontalière de Reyhanli dans la province de Hatay. Au moins 51 personnes ont été tuées. Les destructions ont été énormes. L’immeuble de la mairie et des dizaines de commerces ont été rasés. Dans les heurs qui ont suivi l’attentat, des voitures immatriculées en Syrie ont été détruites et des réfugiés Syriens ont été attaqués par des habitants fous de rage. Tout en s’affairant autour des décombres, ils maudissaient Erdogan. Cet attentat atroce suivait un modus operandi familier aux Syriens : une bombe explose suivie d’autres une fois que les gens se sont rassemblés atour du lieu de la première, ce qui permet de maximiser nombre de victimes.

En dépit des accusations du gouvernement turc pour qui l’attentat est l’oeuvre d’une organisation terroriste collaborant avec les services secrets syriens, seuls les groups armés ou un des gouvernements qui les soutient pouvait avoir un mobile evident de commettre ce crime. L’armée syrienne est en train d’écraser l’insurrection, le conseil des «traîtres» basé à Doha a implosé et les Russes et les Américains se sont assis pour discuter. L’attentat était clairement conçu pour attirer la Turquie à entrer directement dans le conflit de l’autre côté de la frontière. 

L’attentat de Reyhanli est intervenu une semaine après qu’Israël a lancé une série d’attaques aériennes sauvages contre la Syrie. Ce n’était pas une frappe avec un seul missile. Deux attaques en trois jours, qui ont duré des heurs avec un largage massif de bombes sur la périphérie de Damas, ce qui donne à penser que le but était de provoquer une riposte syrienne, ouvrant la voie à une guerre générale dans laquelle l’Iran pourrait être attaqué. Israël a prétendu que la cible était un chargement de missiles destiné au Hezbollah, mais alors qu’un centre de recherche militaire et une usine alimentaires de l’armée été touchés, rien n’indique que des missiles auraient été détruits. Ces attaques se sont avérée par la suite avoir été un échec politique et stratégique. Poutine a passé un savon à Netanyahou et l’a puni en fournissant ou en menaçant de fournir à la Syrie des missiles anti-aériens évolués de type S300. On peut mesurer l’arrogance d’Israël à son insistance pour dire qu’il lancerait d’autres attaques si nécessaire et qu’il détruirait le régime syrien s’il osait riposter.

Obama subit en ce moment aux Etats Unis des pressions pour “faire plus”. A Washington, les mêmes personnes qui appelaient à la guerre contre l’Irak appellent maintenant à un élargissement du conflit en Syrie. Le Sénateur Bob Menendez, un chaud partisan d’Israël, comme presque tous les élus au Congrès, a introduit un projet de loi pour que l’administration Obama fournisse des armes aux ‘rebelles’ (comme si ce elle ne le faisait pas déjà secrètement ou par son soutien aux livraisons d’armes effectuées par le Qatar et l’Arabie Saoudite).L’ancien rédacteur en chef du New York Times Bill Keller qui soutenait la guerre en Irak veut aussi que les Etats Unis arment les ‘rebelles’  et ‘défendent les civils qui sont massacrés dans leurs maisons’ en Syrie. Il ne parle bien entendu pas des civils qui ont été massacrés par les groupes armés.

Le Washington Post a été force de reconnaître que l’armée syrienne est en train de gagner cette guerre mais reste déconcerté par la tournure défavorable des évènements. ‘Que se passera-t-il si les USA n’interviennent pas en Syrie ?’ demande-t-il avant de donner les réponses. La Syrie se fracturera selon des lignes sectaires, avec le Jabhat al-Nosra contrôlant le nord et les ‘résidus du régime’ contrôlant des bandes de territoire à l’ouest. La guerre sectaire s’étendra à l’Irak – comme si elle n’était pas déjà une des conséquences de l’intervention américaine – et au Liban. Les armes chimiques seraient un des enjeux, ‘forçant probablement à  une nouvelle intervention israélienne pour empêcher leur acquisition par le Hezbollah ou al Qaïda.’. Si les Etats Unis n’interviennent pas pour empêcher tout ça, la Turquie et l’Arabie Saoudite ‘pourraient conclure que les Etats Unis ne sont plus un allié fiable.’

Il existe une autre réponse plus plausible à la question sur “ce qui va arriver”.  Cette réponse est que l’armée syrienne finira par expulser du pays les ‘rebelles’ survivants et que Bachar al-Assad en sortira plus populaire que jamais parce qu’il aura vaincu la plus grande menace de son histoire pour l’Etat syrien. Des élections se tiendront en 2014 et il sera élu président avec 75 % des suffrages. C’est du moins ce que prédit la CIA.

Erdogan est venu à Washington pour avertir lui aussi Obama de ‘faire plus’, mais il est clair que le président US ne veut pas faire grand-chose de plus. Les médias turcs ont rapporté qu’Obama a dit qu’Assad «doit partir» mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Obama a choisi ses mots avec soin. Dans sa conférence de presse avec Erdogan, il n’a pas dit qu’Assad ‘doit partir’ mais que «he needs to go» et que « he ‘needs ‘to tranfer power to a transitional body. (transférer le pouvoir à une autorité de transition) [effectivement on traduirait de la même façon ‘he must’ et ‘he needs’ par ‘il doit’ alors qu’il existe une nuance intraduisible me semble-t-il]. La différence est des plus importantes. A titre personnel, Obama ne voudra pas terminer sa présidence englué dans une guerre ingagnable et impopulaire, une guerre qui pourrait en outre rapidement évoluer d’une crise régionale vers une crise mondiale.

Un sondage récemment conduit par Pew montre que le peuple américain en a assez des guerres au Moyen Orient et les discussions entre Kerry et Lavrov indiquent que cette fois, après avoir permis à l’accord de Genève de juillet 2012 de tomber à plat, les Etats Unis sont sérieux dans la recherche d’une sortie négociée de la crise même si d’autres [pays] ne le sont pas [sérieux]. S’il existe un danger de déraillement de la position des Etats Unis, il viendra plus probablement des rangs de leurs amis et alliés.

 

- Jeremy Salt est professeur associé d’histoire et de politique du Moyen Orient à l’université Bilkent d’Ankara en Turquie. 

Le Qatar, grand argentier de la "révolution" syrienne

mai 17, 2013

Le Qatar n’a pas d’intentions «cachées» dans son soutien à l’opposition armée au régime de Damas.

C’est du moins ce qu’affirme le chef de la diplomatie de ce petit pays (très) riche mais victime de sa naïveté et de la pureté de ses intentions en faveur du peuple syrien.

Et c’est au nom de ces intentions pures que cet émirat a dépensé en deux ans entre 1 et 3 milliards de dollars pour soutenir ceux qui agissent militairement et politiquement pour évincer Bachar al-Assad, le chef de l’Etat syrien.

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Le Qatar soutient aussi les révoltés du Trocadéro

Je vous mets au défi de me citer un exemple d’une révolution dans n’importe quel pays qui a bénéficié de telles largesses en si peu de temps, qui plus est.

 D’autant que le Qatar n’est pas le seul gouvernement à mettre la main à la poche, vu que la Syrie compte de nombreux «amis» parmi les nations révolutionnaires que sont  la Turquie (révolution kémaliste), l’Arabie Saoudite (révolution wahabbite), la France (révolutions de 1789, 1830, 1848 et révolution nationale du Maréchal Pétain) pour s’en tenir à quelques exemples.

L’article que je vous propose nous apprend même que les monarchies du Qatar et d’Arabie Saoudite rivalisent de générosité auprès des «rebelles» Syriens. 

Et que l’Arabie Saoudite représente en quelque sorte la voix de la modération !? 

On aura tout vu ! 

Autant de raisons de souhaiter la défaite de cette prétendue révolution qui comporte même des cannibales dans ses rangs.

Le Qatar finance la révolte syrienne avec de l’argent et des armes

par Roula Khalaf and Abigail Fielding Smith, Financial Times (UK) 16 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le riche Etat gazier du Qatar a dépensé jusqu’à trois milliards de dollars ces deux dernières années pour soutenir la rébellion en Syrie, loin devant n’importe quel autre gouvernement, mais il est maintenant dépassé par l’Arabie Saoudite en tant que premier pourvoyeur d’armes pour les rebelles.

Le coût de l’intervention du Qatar, sa dernière action de soutien à une révolte arabe, ne représente qu’une petite partie de son portefeuille d’investissements à l’international. Mais son appui financier à la révolution qui s’est transformée en cruelle guerre civile éclipse le soutien qu’apporte l’Occident à l’opposition.

Le petit Etat à l’appétit gargantuesque est le plus important donateur pour l’opposition politique, dédommageant généreusement les transfuges (une estimation l’évalue à 50 000 dollars par an pour un transfuge et sa famille), et il fournit une grande quantité d’aide humanitaire.

En septembre, de nombreux rebelles de la province syrienne d’Alep ont reçu un versement exceptionnel de 150 dollars de la part du Qatar. Des sources proches du gouvernement qatari disent que la dépense totale a atteint pas moins de 3 milliards de dollars, tandis que des sources rebelles et diplomatiques parlent d’un montant d’un milliard de dollars au maximum.

Pour le Qatar, qui détient les troisièmes plus importantes réserves de gaz naturel au monde, l’intervention en Syrie s’inscrit dans une recherché agressive de reconnaissance international et est simplement la dernière étape de sa démarche pour se positionner comme un acteur régional de premier plan, et vient après son soutien aux rebelles Libyens qui ont renversé Mouammar Kadhafi en 2011.

Selon le Stockholm International Peace Research Institute qui étudie les transferts d’armes, le Qatar a été le principal fournisseur d’armes à l’opposition syrienne, avec plus de 70 avions cargo militaires qui se sont posés en Turquie entre avril 2012 et mars de cette année.

Mais même si son approche est plus guidée par le pragmatisme et l’opportunisme  que par l’idéologie, le Qatar s’est retrouvé impliqué dans la situation politique très polarisée de la région, s’attirant des critiques acerbes. «On ne peut pas acheter une révolution» affirme un homme d’affaires de l’opposition.

Le soutien du Qatar aux mouvements islamistes dans le monde arabe, qui l’a mis en porte à faux avec les autres Etats du Golfe, a nourri une rivalité avec l’Arabie Saoudite. Hamad bin Khalifa al-Thani, émir régnant du Qatar, “veut être le (Gamal) Abdelnasser islamiste du monde arabe, » déclare un politicien Arabe, en référence au panarabisme flamboyant et passionné de l’ancien leader panarabe.

L’intervention du Qatar est devenue l’objet d’une attention de plus en plus forte. Ses rivaux dans la région soutiennent qu’il utilise sa puissance financière simplement pour s’acheter une influence future et qu’il a fini par fragmenter l’opposition syrienne. C’est dans ce contexte que l’Arabie Saoudite qui jusqu’à présent avait apporté un soutien plus mesuré et réfléchi aux rebelles Syriens a accru son implication.

Les tensions récentes au sujet de l’élection d’un premier ministre par intérim de l’opposition qui a obtenu le soutien des Frères Musulmans Syriens a aussi amené l’Arabie Saoudite à resserrer ses liens avec l’opposition politique, une tâche qu’elle avait en grande partie laissée entre les mains du Qatar.

La relégation du Qatar à la deuxième place en matière de fourniture d’armes résulte des inquiétudes en Occident et dans certains pays arabes de voir les armes fournies échouer entre les mais du Jabhat al-Nosra, une organisation liée à al Qaïda.

Des diplomates disant aussi que les Qataris ont eu du mal à assurer un approvisionnement régulier en armement, chose que les Saoudiens ont été en mesure de faire via leurs réseaux plus développés.

Une route d’acheminement d’armes en Syrie passant par la frontière jordanienne a ouvert ces derniers mois. Le gouvernement jordanien. Le gouvernement jordanien qui est terrifié à la perspective de voir les djihadistes en position dominante chez son voisin a été réticent à autoriser les livraisons saoudiennes.

La réticence de l’Occident à intervenir avec plus de force en Syrie a eu pour conséquence de placer les opposants à Bachar al-Assad dans la dépendance du soutien du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie, quoique depuis l’an dernier, les Emirats Arabes Unis et la Jordanie ont rejoint le club des soutiens aux rebelles en tant que partenaires mineurs.

Khalid al-Attiyah,, le chef de la diplomatie du Qatar, qui est chargé de la politique syrienne, a rejeté les rumeurs sur une rivalité avec les Saoudiens et a démenti les allégations selon lesquelles le soutien qatari  aux rebelles a divisé l’opposition syrienne et affaibli les institutions naissantes.

Dans un entretien accordé au Financial Times, il a affirmé que tout ce qu’a entrepris le Qatar l’a été en conjonction avec le groups des pays occidentaux et arabes amis de la Syrie, pas seul. «Notre problème au Qatar, c’est que nous n’avons pas d’agenda caché, alors les gens nous en fixent un,» a-t-il dit.

Dans la ville turque martyre, l’hostilité à l’égard des "réfugiés" Syriens est à son comble

mai 12, 2013

Comme on l’a dit, les attentats à la voiture piégé qui ont endeuillé la Turquie ont eu lieu dans une ville et une région (le Hatay) favorables au gouvernement syrien et où l’exaspération à l’égard des réfugiés venus du pays voisin n’a cessé de croître.

Non pas que les gens de la province répugnent à aider des voisins en difficulté, mais plus vraisemblablement qu’ils ne supportent plus les agissements des réfugiés en question.

Ces derniers étant avant tout des miliciens et des hommes d’affaires se comportent comme tels : ils tiennent des commerces dans lesquels ils vendent à bas prix les marchandises pillées de l’autre côté de la frontière et ils se promènent en armes, comme s’ils étaient en terrain conquis ou à… conquérir.

C’est de fait un Etat dans l’Etat qui s’est constitué au Hatay sous les auspices d’un gouvernement turc qui aura sans doute bien du mal à faire rentrer dans sa boîte le «diable» qu’il a encouragé à combattre les autorités du pays voisin.

Ce «diable» ignore les frontières et pour lui, le Hatay fait partie de la Syrie, et c’est là un point où il est d’accord avec Bachar al-Assad.

Mais à la différence de Bachar al-Assad, les takfiristes et autres «djihadistes» vont faire, et font déjà, comme si la frontière n’existait plus.

Si cette situation n’est déjà pas reluisante telle quelle, elle risque de s’envenimer aussi bien en cas de victoire que de défaite des «rebelles.»

En effet, en cas de victoire les rebelles parvenus au pouvoir à Damas (ou à Alep) revendiqueront officiellement la province du Hatay. En cas de défaite, ils seront contraints de refluer en masse dans la province où ils animeront une guérilla cette fois hostile au gouvernement turc.

Bon, j’élucubre un peu mais la logique des événements va vers quelque chose d’approchant. 

Fortes tensions dans ce moment de funérailles au Hatay

HATAY – Hürriyet Daily News (Turquie) 12 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 

Le bilan des victimes des deux attentats à la voiture piégé à Reyhanli dans la province méridionale du Hatay a atteint 46 tués, a annoncé aujourd’hui le vice premier ministre Beşir Atalay tandis que les funérailles des victimes se tiennent dans une ambiance de vive tension.

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Obsèques d’une victime des attentats de Reyhanli

De nombreux habitants ont déjà quitté Reyhanli après le 11 mai et la plupart logent temporairement chez des proches dans d’autres villes, indiquent des habitants de la ville.

Seules les maisons où se tenaient des funérailles étaient pleines de membres des familles des victimes et de voisins.

La tension était très vive pendant les funérailles et les proches des victimes, maudissant la Syrie, accusaient les autorités «de ne pas avoir pris les mesures nécessaires autour de la frontière».

“Personne ne les aime”, déclare un habitant qui a survécu aux attentats, parlant ainsi des réfugiés Syriens qui se trouvent ici. Fatih Gül, dont le cousin âgé de 35 ans reste porté disparu, affirme que les réfugiés Syriens sont responsables des attentats. «Après les explosions, une voiture syrienne a été retournée ici, et les gens les ont frappés [ceux qui étaient dans la voiture], a-t-il dit au journal Hürriyet. Trois jours seulement avant les attentats, un affrontement s’était produit entre habitants de la ville et Syriens au même endroit où ont eu lieu les explosions, dit-il.

Des ressortissants Syriens ont aussi commence à quitter la ville car, selon eux, ils “ne peuvent pas vivre en sécurité en Turquie non plus.”

Mahmud Abdul et sa famille, arrives en Turquie il y a trois mois, ont quitté la ville ce matin, indiquant qu’ils allaient rentrer en Turquie par le poste frontière de Kilis.

 «La guerre continue en Syrie, mais nous ne sommes pas en sûreté ici non plus, et les gens du coin ne veulent pas de nous, nous avons été menacés,» a déclaré Abdul au journal Hürriyet tandis qu’il vidait son logement.

Armée Syrienne "Libre" et Armée sioniste, même combat!

mai 5, 2013

je ne le fais pas souvent, mais je vous propose un texte issu d’un autre site francophone. Il s’agit d’un article d’Angry Arab traduit par InfoPalestine (lien fin d’article) et qui porte sur les récents bombardements conduits par l’aviation sioniste en Syrie.

Je remercie encore Louise de m’avoir signalé l’existence de cette traduction.

 

Bombardements sur la Syrie : Israël jette le masque !

dimanche 5 mai 2013 – 17h:39

As’ad AbuKhalil

Il n’y a pas plus de mystère : Israël a toujours été un acteur majeur dans le conflit syrien.

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L’aviation sioniste a bombardé Damas en passant par l’espace aérien libanais (et peut-être même tiré ses missiles depuis le Liban)

Jouant pleinement son rôle de relais de l’impérialisme occidental au Moyen-Orient, l’État sioniste a mené des bombardements d’une extrême violence sur la banlieue de Damas
Le conflit syrien a été une arène ouverte pour tous les ennemis de la Syrie – surnommés par une ironie amère de l’histoire comme les « amis de la Syrie » – voués à la destruction de ce pays et non seulement de son régime. En fait, tous les ennemis de la Syrie auraient préféré une solution qui aurait permis de maintenir le régime intact afin de rassurer Israël.

L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie étaient les acteurs les plus visibles en Syrie, mais les États-Unis et Israël ne sont pas loin derrière (ou devant). Il est vrai cependant que les médias occidentaux sont assez explicites sur le fait que le Qatar et l’Arabie saoudite ne pourraient rien sans le consentement et les ordres de la Maison Blanche. Il s’agit de la deuxième agression majeure d’Israël contre la Syrie, mais Israël a aussi été très probablement – comme en Irak – complice des assassinats de scientifiques syriens et d’un certain nombre de ses adversaires. Il n’y a jamais eu de guerre civile ou de conflit interne dans le monde arabe dans lequel Israël n’a pas joué un rôle majeur. Certains médias américains ont noté la présence d’agents du Mossad en Syrie. Les gangs de l’Armée syrienne libre (FSA) ont agi en relation avec eux.

Les États-Unis et Israël ont décidé que les gangs de criminels de guerre de la FSA sont les milices sélectionnées pour recevoir une aide militaire des États-Unis (et probablement d’ Israël). Ce sont un peu comme les seigneurs de la guerre en Afghanistan : des criminels qui sont prêts à chanter les bons slogans et à émettre les communiqués dans la bonne ligne, et qui reçoivent en échange de grosses sommes d’argent et de l’aide occidentale.

Contempler les médias saoudiens et qataris est comme un retour vers le passé : le porte-parole de l’opposition syrienne en exil (appelons-les porte-parole, tous ces hommes de cette « révolution » pitoyable qui aurait été bien évidemment dirigée par des femmes laïques et féministes, selon les premiers récits pré-enregistrés destinés aux discours sur les campus et dans les médias occidentaux) jubilait de voir son pays bombardé par Israël. Ils ont utilisé le même langage que celui utilisé par Bashir Gemayel lorsqu’il justifiait sa relation avec Israël pendant les longues années de la guerre civile libanaise (et avant). Ils sont prêts à accepter l’aide de quiconque, de « Satan lui-même ». Nous connaissons ce langage codé. Et certains porte-parole de l’opposition ont commencé à jouer le rôle qui leur a été assigné dans l’opération psychologique israélienne en annonçant soudainement que « les grandes sections » de l’armée syrienne ont commencé à faire défection dès que le bombardement avait commencé.

Cela n’a jamais été une « révolution ». Moi-même et d’autres membres de la gauche libanaise, avons signé une pétition juste après les événements de Deraa, dans lequel nous avons dénoncé le régime, ridiculisé et rejeté sa version sur des groupes armés circulant dans le pays et tirant sur les gens. Je me dis maintenant que je me trompais : je crois que des groupes armés ont été entraînés et armés de façon à frapper lorsque les ordres (d’Israël et les pays du Golfe) arriveraient. Ils avaient une mission à remplir, et cela n’a rien à voir avec la volonté de libérer la Syrie d’un régime tyrannique.

Le régime est pour l’instant silencieux, préparant probablement le message habituel sur sa détermination à « choisir l’heure et le lieu de la bataille contre Israël ». Mais la bataille ne se produit jamais et les réponses aux attaques israéliennes encore moins. Le Golan est toujours occupé et le régime (comme l’opposition) sont disposés à utiliser leur puissance de feu uniquement à l’intérieur de la Syrie (ou à l’intérieur du Liban, les années précédentes), mais pas contre Israël. De même, les groupes armés syriens flirtent avec Israël depuis un certain temps maintenant, et leur jeu a été clairement dévoilé aujourd’hui. Leur déclaration de « neutralité » est démentie par les prises de position des « activistes » de l’opposition sur différentes comptes Facebook.

Le gouvernement américain et les médias jouent leurs rôles habituels. Ne jamais remettre en question ce qu’Israël fait partout dans le monde. Les justifications sont fournies instantanément, et ce n’était pas une coïncidence que le New York Times ait publié un article en première page sur le pauvre petit Israël qui doit se débrouiller tout seul pour se défendre contre les conflits et les troubles en Syrie. Il y a seulement une semaine, David Ignatius du Washington Post, après avoir reçu différentes instructions des services de propagande du gouvernement israélien, avait indiqué qu’Israël était en fait calme et ne faisait que jouir du carnage en Syrie.

Le conflit en Syrie a depuis toujours été hors des mains du peuple syrien. Il ne s’agit pas d’un conflit local interne qui serait devenu régional et international en l’espace de deux ans. Non ! Ce conflit était régional et international dès le début. Les États-Unis et ses obligés de la contre-révolution arabe étaient prêts à favoriser des soulèvements arabes dans une direction qui plairait aux États-Unis et à Israël. La chute de Moubarak imposait la chute du régime Assad, après que les États-Unis et Israël aient découvert qu’ils pouvaient continuer à faire des affaires avec les Frères musulmans.

Cela ne veut pas dire que le peuple syrien n’a une centaine de raisons de vouloir renverser le régime syrien. Mais ce qui se passe n’a rien à voir avec les causes sous-jacentes de la révolte en Syrie. L’attaque contre le régime syrien par le Qatar, l’Arabie, la Turquie, Israël et les États-Unis, n’a jamais eu à voir quoi que ce soit avec la démocratie. Le régime syrien a connu par le passé des révoltes et des soulèvements qui ont été réprimés brutalement, et il n’y avait pas eu de critiques. Le gouvernement saoudien, et plus tard le gouvernement qatari, étaient prêt à financer la dynastie Assad à condition qu’ils agissent tous de concert au Liban et dans la région.

Il ne faut pas prétendre qu’il n’y a pas de révolution en Syrie, mais l’issue du conflit ne sera certainement pas démocratique. Vous pouvez faire cette prédiction en vous basant sur l’idéologie (et les pratiques) « révolutionnaires » des groupes armés présents en Syrie. Mais les groupes armés syriens sont dupés par les États-Unis et Israël en pensant que le trône syrien est désormais à leur portée, alors que ces deux parties veulent un conflit très long, qui épuise toute la nation syrienne et la détourne de l’idée de s’attaquer aux intérêts israéliens.

Le régime syrien a montré dans le passé qu’il était prêt à faire des affaires sous la table avec Israël. La Coalition Nationale Syrienne et tous les groupes armés actifs en Syrie ont prouvé qu’ils étaient prêts à s’aligner sur Israël pour accéder au pouvoir et faire eux aussi faire des affaires avec Israël, mais sur la table. Tout cela n’augure vraiment rien de bon pour l’avenir de la Syrie.

5 mai 2013 – al-Akhbar – Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.al-akhbar.com/blogs/…
Traduction : Info-Palestine.eu – al-Mukhtar

Peuples d’Orient et d’Occident sont d’accord: il ne faut pas armer les forces qui combattent le régime syrien!

mai 1, 2013

Via Angry Arab à qui je reprocherai cependant (amicalement) de ne pas avoir mis le lien direct vers les tableaux de résultats de cette enquête d’opinion qui a été conduite par le Pew Research Center dans un certain nombre de pays du "Moyen Orient", un Moyen orient qui inclut la Tunisie qui appartient à l’Occident musulman comme on le sait. 

Le présent sondage porte sur les événements en cours en Syrie et il a été réalisé par le PEW Research Center qui se présente comme un organisme non partisan de collecte de faits pour informer l’opinion sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde. Le Pew Research Center

 fait des enquêtes d’opinion, de la recherche en démographie, de l’analyse des médias et d’autres études empiriques dans le domaine des sciences sociales. Pew Research ne prend pas de positions politiques. Il est une division de The Pew Charitable Trusts.

L’analyse de ce sondage titre sur la crainte des peuples du Moyen Orient d’un élargissement du conflit syrien aux pays voisins.

Les résultats saillants sont synthétisés dans plusieurs tableaux de chiffres.

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Ce premier tableau nous montre que tous les peuples de la région sont préoccupés voire très préoccupés par le risque que la violence en Syrie déborde dans leur propre pays. Les moins inquiets étant les Turcs avec 25 % seulement de personnes très inquiètes contre 46 % en Jordanie et 68 % au Liban où l’inquiétude est la plus forte parmi les Chrétiens.

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.Cette inquiétude d’un débordement de la violence dans les pays voisins de la Syrie est partagée par la majorité des personnes interrogées quelque soit le pays et atteint même les 89 % en Tunisie, ce qui est quand même un signe de l’impact politique et psychologique de la situation dans ce pays somme toute lointain (mais où de nombreux Tunisiens sont engagés dans les combats contre le gouvernement).

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On a demandé ici aux sondés s’ils étaient favorables ou s’ils étaient contre la fourniture d’armes et d’équipements militaires par les pays occidentaux aux milices d’opposition en Syrie.

A l’exception des Jordaniens, les citoyens des pays voisins de la Syrie ne veulent pas que l’occident équipe les forces de l’opposition syrienne en matériel militaire. Ce refus est le plus marqué au Liban où il est majoritaire dans les trois grandes communautés confessionnelles, même si elle est nettement moins forte chez les Sunnites que chez les Chrétiens et surtout les Chiites. Cette opposition est très nettement majoritaire également en Turquie, un pays dont on sait pourtant qu’il est une base logistique et de repli pour l’opposition syrienne.

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Cette opposition à une assistance matérielle occidentale pour les milices syriennes antigouvernementales s’observe aussi pour le même type d’aide en provenance de pays arabes. Moins marquée, elle demeure cependant majoritaire partout, sauf en Jordanie. Les Turcs se distinguent ici par leur constance puisqu’ils ne font pas de distinguo entre l’aide occidentale et l’aide arabe (sans doute parce qu’ils ne sont pas arabes).

On soulignera que ce refus arabe et turc d’une assistance militaire aux milices de l’opposition syrienne n’est pas associé à un soutien au régime syrien puisqu’il apparaît dans un autre tableau de chiffres que le président Assad n’est guère populaire dans les pays concernés par le sondage: 72 % d’opinions défavorables en Turquie, 81 % en Tunisie et en Egypte par exemple.

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Le Liban fait en quelque sorte exception avec 59 % d’opinions défavorables "seulement", un résultat dû à la quasi unanimité de la communauté chiite avec 91 % de sondés en faveur d’Assad ainsi qu’à ses 36 % d’opinions favorables dans la communauté chrétienne.

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Fait intéressant, les citoyens de la France, de l’Allemagne mais aussi de la Grande Bretagne et des Etats Unis sont majoritairement opposés à la livraison de matériel militaire par leur pays en faveur de l’opposition armée en Syrie. On constate ainsi que 82 % des Allemands sont opposés à de telles livraisons tout comme 69 % des Français et 64 % des Américains!

 

 

 

Jean Aziz et le face à face Iran – Arabie Saoudite au Liban et en Syrie

avril 30, 2013

La thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.

Ces forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).

Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.

Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog, grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.

Et c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en Libye.

Sauf que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !

Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.

Mais un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie, chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.

Oui, j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la région.

Même si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.

L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :

Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.

L’Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban

 

par Jean Aziz,  Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Trois semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former le nouveau cabinet.

Au début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour les élections législatives pour faire en sorte que les élections interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.

Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité  jusqu’à nouvel ordre.

Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.

Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.

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Jean Aziz prend la pose entre Michel Aoun (à droite sur la photo) et Hassan Nasrallah

De leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque : les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.

Il semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de la situation militaire en Syrie quand  cette évolution a en fait été favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370 kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli – par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.

Mais la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations: la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing, le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien ancienne.

Une autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire. Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti du Hezbollah.

Ces deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la guerre ?

Certains à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.

Toutes choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le nucléaire (si elles reprennent).

Entre temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la situation!

La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.

Jean Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.

Ajoutons que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah. Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.

Robert Fisk et l’armée syrienne

avril 28, 2013

J’ignore si Robert Fisk est le seul journaliste occidental à avoir été autorisé à être au contact des troupes syriennes, mais ses articles nous donnent une bonne indication sur le moral de l’armée gouvernementale syrienne.

Et le moral de l’armée syrienne est bon selon ce que rapporte un Robert Fisk qui n’en est pas pour autant tombé en amour avec le régime syrien.

L’article est très parlant, alors je ne vais pas le commenter, sauf pour dire qu’il est aussi supposé illustrer le thèse selon laquelle la crise syrienne sonnerait le glas de l’omnipotence des services secrets au profit d’une armée en quelque sorte citoyenne, soucieuse d’assurer une transition ordonnée vers un système de gouvernement plus ouvert sous l’égide au moins provisoire de l’actuel chef de l’Etat.

Ceci bien sûr dans l’hypothèse où le président Bachar al-Assad l’emporterait définitivement sur l’opposition armée.

Il se pourrait qu’ils se battent pour la Syrie, pas pour Assad. Ils pourraient aussi être en train de gagner.

Reportage de Robert Fisk en Syrie

La mort guette le régime syrien tout autant que les rebelles. Mais sur la ligne de front de cette guerre, l’armée du régime n’est pas d’humeur à se rendre – et elle affirme qu’elle n’a pas besoin d’armes chimiques.

Par Robert Fisk, The Independent (UK) 26 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les nuages bas surplombent de manière oppressante la ligne de front de l’armée syrienne dans les collines de l’extrême nord de la Syrie.

La pluie a simplement remplacé la neige, transforment cette forteresse puissamment protégée en marécage de boue et de flaques d’eau stagnante où les soldats se tiennent à leurs postes de guet avec le visage en plein vent, leurs antiques chars T-55 – le fer de lance  du Pacte de Varsovie dans les années 1950 – ruisselants de pluie, leurs chenilles enfoncées dans la boue, servent uniquement de pièces d’artillerie. Ce sont des «tanks épaves» – debeba khurda – dis-je au colonel Mohamed qui commande l’unité des forces spéciales de l’armée syrienne dans ce paysage morne. «Nous les utilisons pour la défense statique,» dit-il franchement en souriant. «Ils ne bougent pas.»

Char T 55

Char T 55

Avant la guerre – ou “la crise” ainsi que les soldats du président Bachae al-Assad sont obligés de l’appeler – Djebel al-Kawaniah était un relais de télévision. Mais quand les rebelles antigouvernementaux s’en sont emparés, ils ont fait sauter les tours [de télédiffusion] abattu la forêt de sapins autour de la station pour crée une zone de tir dégagée et ils ont construit des remparts en remblai pour se protéger des tirs de l’armée gouvernementale. L’armée a repris les collines en octobre dernier en passant par le village de Qastaf Maaf qui est maintenant dévasté et aplati le long de la vieille route vers Kassab à la frontière avec la Turquie – pour prendre d’assaut le plateau qui est maintenant leur ligne de front.

Sur les cartes, l’armée syrienne a donné un nom de code à la  “montagne de Kawaniyeh”. Elle est devenue le «Point 45» – le Point 40 se trouve à l’est, dans l’ombre de la montagne – et les soldats sont répartis dans des tentes sous les arbres de deux collines avoisinantes. Je grimpe sur un des T-55 et je peux les voir à travers l’averse. Il y a des explosions sourdes dans la vallée et le bruit occasionnel de tirs d’armes légères et, chose assez déconcertante, le colonel Mohamed me signale la forêt la plus proche, à environ 800 mètres de là, qui est restée entre les mains de ses ennemis. Le soldat assis sur la tourelle du tank ne quitte pas les arbres des yeux.

C’est toujours une expérience étrange de se retrouver parmi les soldats de Bachar al-Assad. Ce sont les «sales types» du régime selon le reste du monde – quoique, en réalité, c’est la police secrète du régime qui mérite ce titre – et j’ai bien conscience qu’on a dit à ces hommes qu’un journaliste occidental allait venir dans leurs casemates et leurs tranchées. Ils m’ont demandé de ne citer que leurs prénoms par crainte pour la sécurité de leurs familles ; ils me permettent de prendre toutes les photographie que je veux, mais jamais leurs visages – une règle que les rebelles demandent aussi parfois aux journalistes de respecter pour la même raison – mais chaque soldat ou officier avec qui j’ai parlé, dont un général de brigade, m’ a donné son nom complet et présenté son identifiant..

Un tel accès à l’armée syrienne était pratiquement inconcevable il y a seulement quelques mois et il y a de bonnes raisons à cela.

L’armée considère qu’elle est enfin en train de reprendre du terrain sur l’Armée Syrienne Libre (ASL), les combattants islamistes du Jabhat al-Nosra et les divers satellites d’al Qaïda qui contrôlent pour le moment une bonne partie de la campagne syrienne. A partir du Point 45, l’armée est à peine deux kilomètres de la frontière turque et a l’intention de récupérer cet espace.

Aux abords de Damas, les soldats ont livré un combat sanglant dans deux localités de banlieue tenues par les rebelles.

Au moment où je me déplaçais dans les positions sur les collines, les rebelles étaient en passé de perdre le contrôle de la ville de Qusayr, près d’Homs avec des accusations par l’opposition de tueries perpétrées contre les civils.

La route principale entre Damas et Lattaquié sur la côte méditerranéenne a été rouverte par l’armée. Et les soldats que j’ai rencontrés au Point 45 sont un autre type d’hommes que ces soldats corrompus par 29 ans de semi-occupation du Liban, qui étaient rentrés en Syrie ne 2005, sans avoir eu à faire la guerre, la discipline des soldats étant plus un motif de plaisanterie à Damas qu’une menace pour quiconque.           Les forces spéciales de Bachar apparaissent aujourd’hui confiantes, inflexibles, motivées politiquement, dangereuses pour leurs ennemis, avec leurs beaux uniformes et leurs armes bien nettoyées. Les syriens sont habitués depuis longtemps aux affirmations israéliennes  – reprises machinalement en écho par Washington -selon lesquelles les forces gouvernementales ont utilisé des armes chimique : «Pourquoi utiliserions-nous des armes chimiques alors que nos avions Mig et leurs bombes sont infiniment plus destructeurs ?» Les soldats affectés au Point 45 reconnaissent qu’il y a eu des défections vers l’ASL, de nombreux tués parmi leurs collègues – qualifiés invariablement de «martyrs» – et ne font pas mystère du nombre de morts parmi eux dans les batailles gagnées et perdues.

Leur dernier “martyr” à Point 45 a été abattu par un tireur embusqué rebelle il y a deux semaines, il s’agit de Kamal Aboud, 22 ans, un soldat des forces spéciales originaire de Homs. Il est au moins mort en soldat. Le colonel Mohamed parle avec tristesse des soldats en permission pour rejoindre leurs familles qui, dit-il, ont été exécutés à l’arme blanche lorsqu’ils sont entrés en territoire ennemi. Je me remets en mémoire que l’ONU porte des accusations de crimes de guerre contre cette armée et je rappelle au colonel Mohamed – qui a quatre marques de blessures par balles au bras qui prouvent qu’il dirige ses soldats sur le champ de bataille et pas à l’abri d’un bunker – que ses soldats étaient certainement préparés pour libérer le plateau du Golan de l’occupation israélienne. Israël est au sud, lui dis-je, et ici, il combat au nord près de la Turquie. Pourquoi ?

«Je sais, mais nous combattons Israël. Je suis entré dans l’armée pour combattre Israël. Et en ce moment, je combats les instruments d’Israël. Et les instruments du Qatar et de l’Arabie Saoudite, et donc en ce sens, nous combattons pour le Golan. C’est une conspiration et l’Occident aide les terroristes étrangers qui sont venus en Syrie, les mêmes terroristes que vous essayez d’éliminer au Mali.» J’ai déjà entendu ce discours auparavant, bien sûr. Il est question de conspiration dans toutes mes interviews en Syrie. Mais le colonel reconnaît que les deux T-55 syriens qui tirent des obus sur le Point 45 chaque matin – les mêmes engins de guerre désuets que ses propres chars – ont une même origine parce que l’ennemi a récupéré de l’artillerie de l’armée gouvernementale et que les opposants comprennent des hommes qui étaient initialement dans l’armée de Bachar al-Assad.

En route pour  Qastel Maaf, un général me dit que sur l’autoroute qui mène à la frontière turque, l’armée vient de tuer 10 Saoudiens, deux Egyptiens et un Tunisien – on ne me montre aucun document susceptible de le prouver – mais les soldats du Point 45 me montrent trois radions qu’ils ont prises à leurs ennemis. L’une est marquée «HXT Commercial Terminal,» les deux autres sont fabriquées par Hongda avec des instructions en turc. Je leur demande s’ils captent les communications des rebelles. «Oui, mais nous ne les comprenons pas,» explique un major. «Ils parlent en turc et nous ne comprenons pas le turc.» Il y a donc des Turcs et des Turkmènes Syriens des villages de l’est ? Les soldats haussent les épaules. Ils disent avoir aussi entendu des voix parler en arabe avec des accents libyen et yéménite. Et vu que le gratin de l’OTAN est en ce moment obsédé par les «djihadistes étrangers» en Syrie, il se pourrait bien que ces soldats Syriens disent la vérité.

Les sentiers de cette magnifique champagne du nord syrien cachent la brutalité des combats. Des buissons de roses rouges et blanches recouvrent les murs des maisons abandonnées. Quelques hommes s’occupent  de la masse d’orangers qui luisent autour de nous, une femme peigne ses longs cheveux sur un toit. Le lac de Balloran scintille sous le soleil printanier entre des montagnes encore coiffées d’une couche de neige.Ce paysage me rappelle tristement la Bosnie. Les villages sur ces quelques kilomètres restent encore habités, un hameau chrétien grec orthodoxe peuplé de 10 familles avec une église dédiée à l’apparition de la Vierge à une femme nommée Salma ; un village musulman alaouite, puis un village musulman sunnite proches de la ligne de front mais qui continuent à coexister ; un fantôme de l’ancienne Syrie sécularisée, non sectaire dont les deux camps promettent – de manière de moins en moins crédible – le retour une fois la guerre terminée.

Lac de Balloran

Lac de Balloran

Me voici maintenant dans un village détruit appelé Beit Fares où on peut voir des centaines de soldats Syriens patrouiller les forêts environnantes, et un autre général sort de sa poche un téléphone mobile et me montre une vidéo de combattants morts. «Ce sont tous des étrangers,» dit-il. Je m’approche pour regarder : la caméra s’attarde sur des visages barbus, certains déformés par la peur, d’autres dans le sommeil sans rêve de la mort. Ils ont été entassés les uns contre les autres. Le plus sinistre de tout est de voir une botte militaire qui se pose par deux fois sur les têtes de hommes morts. Sur la paroi de la fosse, quelqu’un a écrit : «Nous sommes les soldats d’Assad – allez au diable chiens des bandes armées de Jabel al-Aswad et de Beit Shrouk.»

Ce sont les noms d’une série de petits villages encore entre les mains des rebelles – on peut voir les toits de leurs maisons depuis le Point 45 – et le colonel Mohamed, 45 ans, qui a combattu eu Liban entre 1993 et 1995, énumère les autres : Jebel Saouda, Zahiyeh, al-Kabir, Rabia… Leur destin les attend. Quand je demande aux soldats combien ils ont fait de prisonniers suite à leurs batailles, ils répondent en s’exclamant  «aucun ». Quand je leur demande si c’est aussi le cas quand ils affirment avoir tué 700 «terroristes» en un seul engagement ? «Aucune», répondent-ils à nouveau.

A l’opposé d’une école criblée d’impacts de balles, se trouve une maison pulvérisée. «Un chef terroriste local est mort ici avec ses hommes,» déclare le colonel. «Ils ne se sont pas rendus.»

Je doute qu’on leur ait laissé le choix. Mais à Beit Fares, quelques rebelles se sont enfuis au début de cette année – selon le général Wasif de Lattaquié – avec leur chef local, un entrepreneur Syrien. Nous nous rassemblons dans la villa en ruinbes de cet homme sur la colline de ce village turkmène abandonné – les habitants sont maintenant dans des camps de réfugiés en Turquie, me dit le général – et il semble que l’entrepreneur était aisé. La villa est entourée de vergers irrigués avec des citronniers, des figuiers et des pistachiers. Il y a un terrain de basketball et une piscine vide, des balançoires pour les enfants, une fontaine de marbre brisée – sur laquelle on voit encore des boîtes de feuilles de vigne farcies avec des inscriptions en turc – et une salles de séjour et une cuisine avec des murs en marbre et une plaque délicate au-dessus de la porte d’entrée avec l’inscription en arabe : «Dieu bénisse cette maison» Ce n’a pas été le cas, semble-t-il.

Je cueille quelques figues dans le verger de l’homme d’affaires. Les soldats en font de même. Mais leur goût est trop acide et les soldats les recrachent, leur préférant les oranges qui pendent au bord de la route. Le général Fawaz parle avec un de ses collègues et il soulève une fusée non explosée pour inspection. Elle est de fabrication locale, la soudure n’est pas professionnelle – mais semblable aux fusées Qassam que le mouvement palestinien Hamas tire sur Israël depuis la bande de Gaza. «Quelqu’un parmi les Palestiniens a expliqué aux terroristes comment les fabriquer,» déclare le général Fawaz. Le colonel Mohamed observe en passant que quand ils ont investi le village, ils ont trouvé des camions et des voitures avec des plaques militaires turques – mais pas de soldats Turcs.

Il y a une relation étrange ici avec la Turquie. Recep Tayyip Erdogan condamne peut-être Assad, mais le plus proche poste frontalier turc à deux kilomètres d’ici reste ouvert, seul poste frontière qui relie encore la Turquie au territoire syrien contrôlé par le gouvernement. Un des officiers  raconte une vieille histoire sur le calife Moawiya qui disait garder une fine mèche de ses cheveux pour «avoir un lien avec mes ennemis.» «Les Turcs ont laissé ce poste frontalier ouvert avec nous,» explique l’officier, «pour ne pas couper la mèche de cheveux de Moawiya.» Il ne rit pas et je comprends ce qu’il veut dire. Les Turcs veulent garder un contact matériel avec le régime Assad. Erdogan n’a pas de certitude que Bachar al-Assad perdra cette guerre.

Beaucoup de soldats montrent leurs blessures dont je soupçonne qu’ils sont bien plus fiers que de leurs médailles ou de leurs grades. De leur côté, les officiers sur les lignes de front ont déjà retiré leurs insignes dorés – à la différence de l’amiral Nelson, ils n’ont pas envie d’être fauchés au petit matin par les tireurs d’élite rebelles. L’aube semble être le bon moment pour tuer. Sur la route, un sous-lieutenant me montre ses propres blessures. Il a la marque d’une  balle entrée sous son oreille gauche. Sur le côté gauche de sa tête, une vilaine cicatrice violacée s’étire vers le haut jusqu’à son oreille droite. Une balle a traversé son cou de part en part et il a survécu. Il a eu de la chance.

Tout comme les soldats des forces spéciales dont le chemin de patrouille allait vers une mine dissimulée, un IED dans le vocabulaire occidental. A Qastal Maaf, un jeune artificier de l’armée syrienne me montre les deux coques de métal qui étaient enterrées sous la route. L’une des deux est presque trop lourde pour que je puisse la soulever. Le détonateur porte une inscription en turc. Une antenne reliée aux explosifs pendait du haut d’un poteau électrique pour qu’un rebelle puisse actionner la bombe à distance en mode visuel. Un système de détection de mines – «tout notre matériel est russe,» se vantent les soldats – a prévenu la patrouille de la présence d’explosifs avant que les soldats marchent dessus.

Mais la mort plane sur l’armée syrienne, tout comme elle hante ses ennemis. L’aéroport de Lattaquié est désormais un lieu permanent de lamentations. A peine suis-je arrivé que je trouve des familles déchirées et en larmes devant le terminal, en attente des corps de leurs soldats de maris, frères et fils, des Chrétiens pour la plupart, mais aussi des Musulmans parce que la côte méditerranéenne est le fief des Alaouites et des Chrétiens ainsi que d’une minorité de Musulmans sunnites. Une femme Chrétienne est retenue par un home âgé alors qu’elle va s’affaler sur la route, le visage ruisselant de larmes. Un camion sur la voie des départs est orné de guirlandes.

Un général en charge des familles endeuillées me dit que l’aéroport est trop petit pour ces deuils de masse. «Des hélicoptères ramènent ici nos morts de toute la Syrie du nord,» dit-il. «Nous devons nous occuper de toutes ces familles et leur trouver un hébergement, mais parfois je vais à domicile pour leur annoncer la mort d’un fils et je découvre que deux ou trois de leurs enfants sont déjà tombés en martyrs. C’est trop». Oubliez le soldat Ryan. Je vois à côté de la tour de contrôle un soldat blessé qui clopine sur un pied, un bandage recouvre en partie son visage, le bras passé autour d’un camarade alors qu’il boîte en direction du terminal.

Les statistiques de l’armée qu’on m’a montrées suggèrent que 1 900 soldats de Lattaquié ont été tués dans cette guerre terrible, et 1 500 autres de Tartous. Mais il faut mettre en regard ces chiffres avec ceux de la population des villages à peuplement mixte chrétien et alaouite dans les monts qui surplombent Lattaquié pour comprendre le coût pour chacun. A Hayalin, par exemple, ce village de 2 000 âmes a perdu 22 soldats tandis que 16 autres sont portés disparus. Ce qui fait 38 morts en réalité. Beaucoup ont été tués à Jisr al-Shughur en juin 2011 quand l’armée syrienne avait perdu 80 hommes dans une embuscade rebelle. Un villageois nomme Fouad explique qu’il y avait eu un seul survivant originaire d’un village voisin. «Je lui ai téléphoné pour demander ce qui était arrivé aux autres hommes, » dit-il. «Il m’a répondu : ‘Je ne sais pas parce qu’ils m’ont arraché les yeux.’ Il a dit que quelqu’un l’avait emmené et qu’il avait pensé qu’on allait l’exécuter mais il s’est retrouvé dans une ambulance et avait été conduit à l’hôpital de Lattaquié.» Le corps d’un des tués de Jisr al-Shugur a été ramené à Hayalin, mais ses proches avaient découvert que le cercueil ne contenait que ses jambes. «Le dernier martyr de Hayalin a été tué il y a seulement deux jours,» me dit Fouad. «C’était un soldat nommé Ali Hassan. Il venait de se marier. Ils n’ont même pas pu rendre son corps.»

Les 24 hélicoptères de combat syriens qui tournent sur le tarmac après le terminal sont une manifestation de la puissance matérielle du gouvernement.  Mais les soldats ont leurs propres histoires de peur et d’intimidation. Le fait que les forces rebelles menacent les familles des soldats gouvernementaux est un fait établi depuis longtemps. Mais un simple soldat  m’a raconté avec tristesse comment son propre frère aîné avait reçu l’ordre de le persuader de déserter l’armée. «Quand j’ai refusé, ils ont cassé la jambe de mon frère,» dit-il. Quand j’ai demandé si d’autres avaient eu la même expérience, on m’a présenté un jeune soldat de 18 ans. Les officiers ont proposé de quitter la pièce au moment où je parlais avec lui.

C’était un jeune homme intelligent, mais il a raconté son histoire simplement et sans fioritures. Son discours ne relevait pas de la propagande. «Je viens de la province d’Idlib et ils sont venus voir mon père et lui ont dit qu’ils avaient besoin que je sois là,» dit-il. «Mais mon père a refusé et a dit, ‘Si vous voulez mon fils, allez et amenz-le ici – et si vous le faites, vous ne me trouverez pas ici pour le saler.’ Puis mon père a envoyé la plus grande partie de sa famille au Liban.  Ma mère et mon père sont encore là-bas et ils sont encore sous la menace.»

J’ai signifié par la suite aux officiers que je ne croyais pas que tous les Syriens passés à la rébellion l’ont fait parce que leurs familles étaient menacées, que certains soldats devaient avoir des divergences profondes avec le régime. Ils en conviennent mais soulignent le fait que l’armée reste forte.

Le colonel Mohamed, qui mélange stratégie militaire et politique, explique considérer le «complot» étranger contre la Syrie comme une nouvelle version des accords Sykes-Picot de la première guerre mondiale, quand la Grande Bretagne et la France avaient secrètement décidé de se partager le Moyen Orient, Syrie incluse. «Ils veulent faire la même chose aujourd’hui,» dit-il. «La France et la Grande Bretagne donnent des armes aux terroristes pour nous diviser, mais nous voulons une Syrie unie où tout notre peuple pourra vivre ensemble, démocratiquement, sans se soucier de la religion de son prochain mais vivant pacifiquement…» Et puis est arrivée la crise. «…sous la direction de notre champion, le Dr Bachar al-Assad.»

Mais ce n’est pas si simple. Le mot «démocratie» et le nom Assad ne s’accordent pas vraiment dans une bonne partie de la Syrie. Et je pense plutôt que les soldats de ce qui s’appelle officiellement l’Armée Arabe Syrienne combattent plus pour la Syrie que pour Assad. Mais en tout cas, ils combattent et sont peut-être en train de gagner, pour l’instant, une guerre ingagnable. A Beit Fares, je me penche une fois de plus sur le parapet, la brume se lève sur les montagnes. Ce pourrait être la Bosnie. Le paysage est à couper le souffle, des collines gris-vert qui se lovent dans des montagnes d’un bleu de velours. Un petit paradis. Mais les fruits qui poussent le long de cette ligne de front sont amers en réalité.

Enfants soldats recrutés à l’étranger pour combattre en Syrie

avril 3, 2013

On a pu voir dernièrement la photo d’un enfant soldat syrien posant cigarette au bec entre deux barbus en treillis engagés dans la lutte armée contre le régime en place et pour qui sa présence semble normale.

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Ce gamin s’appelle Ahmed, il a huit ans et ses parents auraient été tués dans un bombardement de l’armée syrienne sur Alep. Son père était lui-même engagé dans la guérilla contre le gouvernement. Ahmed est bien sûr incapable de se servir réellement du fusil de guerre dont on l’a doté mais ce ne sont certainement pas les occasions de risquer sa vie que lui refuseront ses deux camarades de combat.

On trouve d’autres images d’enfants soldats enrôlés par les forces hostiles au gouvernement, en général un peu plus âgés.

Par exemple celle-ci

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Ou celle-là

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Et on apprend que, non contents de recruter des enfants soldats en Syrie, on en recrute maintenant à l’étranger, comme cet adolescent parti de Ceuta pour lutter sur le «sentier de Dieu» contre le régime syrien.

Comme si c’était le régime syrien qui avait incarcéré son père !

 

Un jeune de Ceuta part en Syrie pour «combattre pour Dieu»

Les parents de Nourdine ont déposé plainte ce dimanche

Lundi, ils ont reçu un appel de leur fils leur confirmant qu’il était en Turquie

Par Ignacio Cembrero & Rocio Abad Madrid / Ceuta, El Pais (Espagne) 3 avril 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri 

Jusqu’à présent, seuls des adultes espagnols et musulmans s’étaient rendus en Syrie pour participer à la lutte armée contre le régime dictatorial de Bachar al-Assad, mais depuis la fin de la semaine dernière est venu s’ajouter un mineur, Nourdine âgé de 16 ans, selon des sources des services de sécurité espagnols. 

Nourdine a franchi, sans doute dans la soirée de samedi, la frontière avec le Maroc et c’est le lendemain matin que ses parents, Ahmed et Toria, ont découvert qu’il n’avait pas dormi dans leur maison du quartier du prince Alonso. Dans la soirée de ce même dimanche, ils ont déposé plainte au commissariat de police.   

Lundi dernier, les parents on reçu un appel de leur fils qui leur a expliqué les raisons de son départ. «Il nous a demandé pardon plusieurs fois, dit qu’il était en Turquie et qu’il allait en Syrie et qu’il n’allait pas rentrer,» a raconté le père au journal El Faro de Ceuta. Le jeune avait ajouté au téléphone qu’il «… allait combattre sur le sentier de Dieu.»

La surprise a été énorme parce que, selon ses parents, Nourdine était un adolescent tranquille qui n’avait jamais parlé du conflit syrien à la maison. Ahmed, son père, avait été lui-même arrêté et emprisonné en 2006 au cours de l’Opération Dune ordonnée par Baltasar Garzón qui était à l’époque juge de l’Audience nationale dans le cadre de la lutte antiterroriste. Nourdine était le plus petit des quatre enfants de la famille. 

Le délégué du gouvernement à Ceuta, Francisco Antonio González, a reconnu aujourd’hui devant la presse que des réseaux salafistes sont présents dans la ville, mais que l’adolescent a été pris en charge à Castillejos, la localité marocaine frontalière. Il a affirmé ne pas savoir combien d’habitants de Ceuta ont demandé à aller en Syrie pour se sacrifier et il a attribué son ignorance aux négligences du passé de la part de l’administration de l’Etat dans la traque des réseaux de recrutement. 

En juillet 2013, trois autres musulmans de Ceuta, dont Rachid Wahbi, 32 ans, père de famille et chauffeur de taxi, s’étaient eux aussi rendus en Syrie en passant par le Maroc où ils avaient été recrutés puis par la Turquie. Ils avaient fait le trajet en compagnie d’au moins une demi-douzaine de Marocains, selon des sources sécuritaires. Tous trois sont morts si on en croit des appels téléphoniques de condoléances en provenance de Syrie reçus par leurs proches à Ceuta. La police marocaine a démantelé plusieurs réseaux de recrutement de djihadistes, le plus récent l’ayant été le 19 janvier dernier selon un communiqué. 

Coïncidant avec l’annonce du départ pour la Syrie d’un adolescent de Ceuta, le Centre International d’Etudes de la Radicalisation, qui dépend du King’s College à Londres a rendu public un rapport dans lequel il assure que depuis début 2011, entre 135 et 590 – la fourchette est très large – musulmans européens ont rejoint l’insurrection en Syrie. Ils représentent de 7 à 11 % du total des combattants étrangers parce que la majorité de ces derniers vient de pays musulmans.

La majorité d’entre de ceux [des combattants venus d’Europe]  qui sont allés en Syrie sont partis du Royaume Uni, des Pays Bas, de France, de Belgique et d’Allemagne. L’Espagne figure en queue de peloton avec seulement six djihadistes, un chiffre qui a doublé depuis le départ des trois hommes partis de Ceuta pour la Syrie à l’été 2012. 


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