Jésus au checkpoint contre le sionisme « chrétien »

Le combat armé n’est qu’une des modalités du conflit qui oppose Palestiniens et Sionistes pour le contrôle de la Palestine. A un certain stade de la lutte du peuple palestinien il peut en être une caractéristique prédominante, à d’autres il peut passer au second plan, question de stratégie et de circonstances.

Parce que la lutte des Palestiniens pour le recouvrement de leurs droits sur leur patrie ancestrale est avant tout un combat politique qui ne s’achèvera qu’une fois satisfaits les objectifs nationaux de ce peuple.

Comme toute lutte politique, le combat palestinien prend diverses formes outre la lutte armée : manifestations, information, appels au boycott etc. Et ce combat politique n’a pas de frontière pour trois bonnes raisons : le déni des droits des Palestiniens est une question de droit international, plusieurs pays de la région sont impliqués directement, ne serait-ce que par le fait que certains accueillent de nombreux réfugiés palestiniens et enfin parce que l’entité sioniste s’appuie aujourd’hui comme hier sur d’importants soutiens en Occident, aux Etats Unis en premier lieu.

De ce fait, tout ce qui popularisera la lutte du peuple palestinien et son caractère juste est de nature à être suivi de mesures concrètes venues du terrain (comme les boycotts ou les missions humanitaires) et de nature à affaiblir le régime sioniste.

La popularisation de la lutte palestinienne amènera tôt ou tard les gouvernements occidentaux à réduire ou conditionner leur soutien au régime sioniste même si dans l’immédiat ce dernier a choisi d’exercer de plus en plus directement son contrôle sur les politiciens occidentaux, un fait que l’affaire Dieudonné a démontré de manière éclatante en France.

Aux Etats Unis, où le lobby sioniste est très influent à tous les échelons du pouvoir politique, les choses sont en train de bouger et elles le font sur deux fronts qui se chevauchent parfois : les campus universitaires ou l’activisme sioniste est de plus en plus contesté, y compris au sein d’organisations juives, et les différentes églises qui constituent la religion protestante majoritaire aux Etats Unis.

On l’a vu récemment avec l’église presbytérienne et on le voit aussi jusque dans les églises évangéliques qui sont considérées comme le socle du sionisme chrétien.

L’article que je vous propose laisse entendre qu’il faut nuancer le propos et que l’engagement sioniste n’a jamais été le fait de la majorité des dirigeants de ces élises évangéliques. Il laiss entendre aussi que les choses sont en train de changer dans le sens d’un rééquilibrage plus favorable aux positions pro-palestiniennes,

Ce sont des évolutions assez timides qui inquiètent toutefois Christians United For Israel (CIFI), l’expression organisationnelle du sionisme chrétien dont le directeur exécutif est un certain David Brog qui n’est autre que le cousin d’Ehud Barak.

Ehud Brak est le fils d'Israel Brog

Ehud Barak est le fils d’Israel Brog

 L’emprise israélienne sur les Chrétiens évangéliques se désserre

La jeune génération est ouverte au point de vue palestinien sur le conflit

par Nathan Guttman, The Jewish Forward (USA) 11 mars 2014

L’affaiblissement du soutien à Israël chez les Chrétiens évangéliques est à l’origine d’une nouvelle lutte pour conquérir les esprits et les cœurs des membres les plus jeunes du groupe pro-Israël le plus important en nombre.

Même si on ne dispose pas de chiffres précis, les dirigeants évangélistes des deux tendances relativement à Israël sont d’accord pour dire que les membres de la génération du millénaire ne partagent pas la passion de leurs parents pour l’Etat juif;nombre d’entre eux sont même en recherche d’une certaine forme d’impartialité dans l’approche du conflit israélo-palestinien.

« Ce qui se passe, c’est que la ligne dure du sionisme chrétien n’a pas été transmise avec succès à la génération suivante parce qu’elle est basée sur des thématiques théologiques qui sont maintenant remises en question par de jeunes évangéliques, » explique David Gushee, professeur d’éthique chrétienne et directeur du Center for Theology and Public Life à l’université Mercer d’Atlanta.

L’emprise du sionisme chrétien sur les évangéliques les plus jeunes s’affaiblit depuis quelques années, selon des observateurs membres de la communauté. Mais dans les dernières semaines, la plus importante organisation évangélique pro-israélienne, Christians United for Israel (CUFI), a tiré la sonnette d’alarme dans des articles et des interviews qui dénoncent les percées réalisées par les activistes pro-palestiniens dans la communauté évangélique. Les dirigeants de CUFI appellent à une stratégie nouvelle pour les contrer.

« La seule manière de résoudre le problème est d’en informer les gens, » affirme le directeur exécutif de CUFI, David Brog, qui a pris la tête de l’offensive pour récupérer les jeunes évangéliques. « C’est la meilleure façon de rassembler nos troupes. »

Brog a écrit un long article, publié dans l’édition de printemps du Middle East Quarterly dans lequel il expose en détail ce qu’il voit comme un phénomène croissant et les raisons qui sont derrière. Intitulé « La fin du soutien évangélique à Israël ? », l’article déplore que la remise en cause du soutien sans réserve des Chrétiens à l’Etat juif est en train de rapidement devenir une des voies royales chez les millénaristes pour faire preuve de compassion chrétienne et de bona fides. » Brog soutient que les jeunes évangéliques sont maintenant « en jeu » et que leur soutien à Israël ne peut plus être tenu pour acquis.

Cette conclusion se base d’abord sur un ressenti et sur des informations anecdotiques. En juin 2011, le Pew Ressearch Center avait réalisé une enquête auprès de leaders évangéliques réunis au Cap en Afrique du Sud pour le troisième Congrès de Lausanne pour l’Evangélisation du Monde. Les résultats indiquaient un soutien pour Israël moindre que prévu. Une majorité (43%) des dirigeants évangéliques exprimaient leur neutralité quand on les interrogeait pour savoir s’ils éprouvaient plus de sympathie pour les Israéliens ou pour les Palestiniens . 30 % d’entre eux avaient exprimé leur soutien à Israël contre 13 % aux Palestiniens.

L’enquête n’avait touché que les dirigeants qui avaient participé à cette conférence internationale et n’éclairait en rien sur les opinions de la base évangélique. Mais elle avait mis en lumière le fait que seule une minorité parmi les dirigeants évangéliques actuels avaient des opinions franchement pro-israéliennes en ce qui concerne l’occupation de la Cisjordanie par Israël et le conflit avec les Palestiniens.

Pourtant, le sionisme chrétien est de loin le plus important courant organisé sur la question du Moyen Orient chez les évangéliques. CUFI, présidé par le révérend John Hagee, fondateur de la Cornerstone Church à San Antonio, a 1,6 millions d’adhérents et a 25 employés à plein temps. Avec un budget de fonctionnement supérieur à 7 millions de dollars, CUFI organise des dizaines d’événements en faveur d’Israël dans tout le pays ainsi qu’une conférence annuelle à Washington qui réunit des activistes évangéliques et des politiciens. Les dirigeants de CUFI essayent maintenant de mobiliser des bailleurs de fonds et des soutiens pour traiter le changement qui s’opère dans la jeunesse de leur communauté religieuse. Le défi auquel ils sont confrontés est constitué d’individus, de militants et de professeurs sur les campus universitaires et même de films documentaires qui présentent Israël comme entravant la liberté religieuse des Chrétiens en Terre Sainte.

 Dans les campus universitaires, le Palestiniens chrétiens ont eu une certaine réussite face aux 120 sections de CUFI bien installées. Des militants du Wheaton College, une importante faculté chrétienne de l’Illinois, ont protesté en 2009 contre une manifestation prévue par CUFI sur le campus ; à Tulsa, dans l’Oklahoma, l’université Oral Roberts a nommé un critique acerbe d’Israël à son conseil d’administration, et à l’université Bethel dans l’Ohio, le président de l’université, Jay Barnes, a visité Israël et les territoires palestiniens dans un voyage qui a changé la vision du conflit par les participants. Barabara Barnes, l’épouse du président de l’université, a publié un poème après le voyage dans lequel elle écrit : « L’apartheid est devenu un mode de vie. Je suis sûre que Dieu pleure. »

Les évangéliques américains qui ont de la sympathie pour les Palestiniens font aussi venir des coreligionnaires en Israël et en Cisjordanie pour des circuits et des conférences. Cette semaine, le Bethlehem Bible College et le Holy Land Trust dont le siège se trouve à Bethléem organisent leur 3ème conférence « Jésus au checkpoint ».Parmi les orateurs participant à cette réunion qui présente aux Chrétiens le point de vue palestinien sur l’occupation de la Cisjordanie par Israël, se trouvent le Dr Izzeldin Abuelaish, le médecin de Gaza qui travaillait en lien étroit aussi bien avec les Arabes qu’avec les Juifs israéliens jusqu’à ce que ses trois filles soient tuée chez dans leur maison par un tir de blindé israélien pendant la campagne militaire de 2008 ; William Wilson, le président de l’université Oral Roberts  et Gary Burge, un professeur de théologie au Wheaton College et auteur du livre « Whose Promise ? What Christians Are Not Being Told About Israel and the Palestinians. » [La promesse de qui ? Ce qu’on ne dit pas aux Chrétiens sur Israël et les Palestiniens .]

Le « manifeste » en douze points de la conférence condamne fermement « toutes les formes de violence » et met en garde contre « la vision stéréotypée de toutes les formes de religion qui trahit le commandememnt divin d’aimer nos voisins et nos ennemis. » Il rejette aussi « toute prétention exclusive sur la terre de la Bible au nom de Dieu » et souligne que « l’appartenance ethnico-raciale à elle seule ne garantit pas les privilèges de l’alliance abrahamique. » Pour certains sur les campus universitaires chrétiens, l’attrait exercé par les opinions pro-palestinennes entre peut-être dans le cadre d’une tendance générale de remise en cause du conservatisme de leurs parents par la jeune génération évangélique. Certains étudiants sont en quête d’une lecture théologique de leur religion qui soit plus progressiste sur les questions de société. Des enquêtes réalisées ces dernières années montrent que les jeunes évangéliques blancs sont moins conservateurs sur les questions du mariage homosexuel, de l’avortement et de la contraception. La même tendance à la diversification politique est peut-être à l’oeuvre sur des questions de politique internationale.

L’inquiétude de CUFI, telle qu’énoncée par Brog dans son article, porte sur la nouvelle génération de leaders évangéliques ; à la différence de Jerry Falwell et Pat Robertson, ils ne donnent pas de la voix sur la question d’Israël. Il décrit la nouvelle génération de leaders d’opinion évangéliques «comme des gens généralement bien coiffés et habillés à la mode qui se consacrent à vendre le christianisme à une génération sceptique en en faisant quelque chose de cool, humaniste et moins ouvertement politique. »

Une des organisations qui attire le plus l’attention sur ce plan est le Telos Group, une association créée il y a cinq ans à Washington et qui se présente elle-même comme « pro-israélienne, pro-palestinienne, pro-américaine et pro-paix. » Dans un entretien pour « The Blaze TV », l’émission de Glenn Beck, Brog a pointé particulièrement cette organisation en disant : « Ce n’est pas l’organisation anti-Israël de papa. Ces gars sont rusés, ces gars sont intelligents. »

Gregory Khalil fondateur de Telos

Gregory Khalil fondateur de Telos

Telos, qui consacre une bonne partie de son travail aux communautés religieuses, a à ce jour organisé 43 séjours de groupes en Israël et dans les territoires occupés. Son président et fondateur, Gregory Khalil dit que son organisation va à la rencontre  de Palestiniens et d’Israéliens très divers pendant ses séjours. « Je pense en fait que David Brog pourrait apprendre beaucoup de choses sur Israël s’il participait à un de nos séjours, » déclare Khalil qui affirme que Brog dénature le travail de Telos.

Mais s’il y a bien un débat naissant sur Israël dans le monde évangélique ; son importance ne doit pas être surestimée. « Nous sommes une petite organisation, » dit Khalil au sujet de son association qui a seulement deux employés. D’autres publications et organisations citées par CUFI comme pro-palestiniennes sont également de dimension bien moindre que l’entreprise pro-israélienne de CUFI.

CUFI a décidé de ne pas attendre que ces organisations se développent. En janvier, à une manifestation juive de collecte de fonds, l’organisation a présenté son plan consistant à emmener chaque année en Israël deux groupes de jeunes leaders d’opinion évangéliques. « Nous devons utiliser le même outil pour riposter, » déclarait CUFI dans son argumentaire pour obtenir le soutien des bailleurs de fonds juifs. «L’organisation lance aussi des tournées de conférences dans les campus et va investir dans la vidéo et les médias sociaux pour faire une veille [to monitor = surveiller, contrôler] sur les Chrétiens influents et « leur répondre quand ils dépassent la limite. »

Le précédent marquant que citent les évangéliques pro-israéliens pour justifier leur démarche est le chemin emprunté par les grandes églises protestantes. Par le passé, beaucoup d’entre elles étaient favorables à Israël, ou au pire neutres. Mais certaines sont depuis devenues le repaire de points de vue pro-palestiniens dans le monde du christianisme américain. Quelques organisations, comme l’église presbytérienne, ont ouvert la voie en appelant au boycott et au désinvestissment contre IsraëL.

 Mais Gushee affirme que les évangéliques ne prendront sans doute pas ce chemin. Les grandes églises protestantes sont peut-être aujourd’hui agressivement anti-Israël, dit-il, mais l’évolution chez les évangéliques ne consistera pas à passer de « pro-Israël à anti-Israël, mais de pro-Israël a une approche plus équilibrée. »

 

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Une Réponse to “Jésus au checkpoint contre le sionisme « chrétien »”

  1. raimanet Says:

    A reblogué ceci sur raimanet.

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