The Economist explique la finance « islamique »

Je sors des sujets purement politiques avec cet article de The Economiqt sur les placements financiers dits islamiques.

Ces placements qui pouvaient paraître anecdotiques il y a une dizaine d’années sont en plein essor et se distinguent par un rendement assez intéressant même si leur place dans les transactions financières est limitée par leur quasi absence du marché secondaire, c’est-à-dire de la revente des titres. Aujourd’hui, de grandes places financières comme Londres ainsi que des banques privées occidentales proposent ce genre de placements.

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En 2010, la Grande Bretagne s’était déjà immiscée dans un marché jusque là propre aux pays musulmans

J’ai trouvé cet article instructif même si je reste dubitatif quant au caractère islamique des formules proposées qui me rappellent un lointain souvenir de la lecture d’un livre dont un passage était consacré à la finance judaïque, la finance qui concerne les Juifs dans leurs relations financières entre eux. En effet, si les banquiers juifs pratiquent communément le prêt avec intérêt (parfois usuraire), ils doivent limiter cette pratique à leurs relations avec les non juifs.

Pourquoi les produits financiers islamiques prennent en dehors du monde musulman

par J.F. à Singapour, The Economist (UK) 8 octobre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

EN juin, la Grande Bretagne est devenue le premier pays non-musulman à émettre des sukuk , l’équivalent islamique d’une obligation (le mot lui-même est le pluriel de sakk , ce qui signifie contrat ou acte). L’Autorité monétaire de Hong Kong a procédé à une émission en Septembre , et les gouvernements du Luxembourg et d’Afrique du Sud suivront plus tard cette année. Mais la fièvre des sukuk ne s’est pas limitée limitée aux fonds d’Etat: le mois dernier Goldman Sachs a émis une obligation islamique, et avant la fin de l’année, la Bank of Tokyo-Mitsubishi et la Société Générale, une banque française, devraient faire de même. Toutes ces entités veulent être présentes sur un marché de la fiance islamique qui pèse $ 2000000000000 . Mais qu’est-ce que la finance islamique, et pourquoi suscite-t-elle l’intérêt des pays et des sociétés non-musulmans?

De façon générale, les produits financiers islamiques sont conformes au système de lois et de normes musulmanes connues par le terme charia . Les musulmans considèrent le porc, l’alcool, le jeu et la pornographie comme haram [illicites] , par exemple, donc les instruments islamiques d’investissement doivent clairement s’en détourner. Le Coran interdit avec véhémence l’usure. Le débat sur ​​ce qui est précisément entendu par là est ancien (et a conduit à la croissance d’une activité artisanale de conseillers en matière de charia: des savants religieux qui statuent sur ​​l’acceptabilité des produits et des innovations financiers et facturent souvent des honoraires considérables pour le faire). Mais dans la pratique, cela a amené la plupart des produits financiers islamiques à éviter le paiement ou la facturation d’intérêts, de sorte que les sukuk et les prêts hypothécaires islamiques doivent être structurés différemment des obligations et des prêts hypothécaires traditionnels. Au lieu de percevoir des paiements d’intérêts sur ​​l’argent prêté, comme dans une obligation classique, un sukuk ouvre généralement droit à son possesseur (nominal) à une participation aux actifs; il reçoit alors le revenu soit de profits générés par cet actif ou de loyers versés par l’émetteur [de l’emprunt]. Dans un prêt hypothécaire islamique, plutôt que de prêter de l’argent à un client qui va acheter une maison, la banque va acheter la maison elle-même. Le client peut alors soit racheter la maison à la banque à un prix convenu au-dessus du marché et payé par versements fractionnés (c’est ce qu’on appelle Murabahah ) ou il peut effectuer des versements mensuels comprenant une part de loyer et une part du prix d’achat jusqu’à ce qu’il devienne purement et simplement propriétaire de la maison ( ijara ).

La finance islamique traite aussi différemment le risque : la spéculation, ou maysir (mot utilisé aussi pour les jeux de hasard) et l’incertitude (gharar) sont considérées illicites. Ces interdictions tendent à exclure des produits dérivés options et opérations à terme qui ont tous été jugés nécessiter une spéculation excessive sur des événements à venir (ces répugnances expliquent que les banques islamiques ont généralement sorties de la crise financière en meilleure forme que les autres même si leur forte exposition dans le secteur de l’immobilier a fait qu’en fin de compte elles en ont aussi ressenti les effets). Plus largement, la finance islamique voit d’un mauvais œil les transactions qui ne reposent pas sur des actifs tangibles Les principes islamiques de partage des risques écartent les assurances conventionnelles parce qu’elles tendent ^être proposées par des compagnies dans l’intérêt des actionnaires plutôt que dans celui des assurés. Avec takaful, l’assurance islamique, plutôt que de payer des primes à une compagnie, l’assuré contribue à un fonds commun supervisé par un administrateur, et ils reçoivent tous les bénéfices des investissements réalisés par ce fonds.

Ces instruments peuvent sembler abscons, mais ils sont de plus en plus populaires. La vente par la Grande Bretagne de 323 millions de dollars en sukuk a attiré plus de 3 milliards de dollars de commandes. L’émission pour une valeur de 1 milliard de dollars par Hong Kong a attiré pour 4,7 milliards de dollars de commandes, dont près des deux tiers venaient de l’extérieur du monde musulman. Mais ces investisseurs n’ont pas pour autant placé leur argent en sukuk pour satisfaire à de bons sentiments multiculturalistes : ils l’ont fait parce que le produit proposé par Hong Kong était un actif à cinq ans libellé en dollars à 2,005 %, soit 23 points de base au dessus des bons du trésor américain à cinq ans. Le marché secondaire est peut-être limité – en général les investisseurs achètent et conservent les produits financiers islamiques plus qu’ils n’en font commerce – et, au risque de mélanger les métaphores abrahamiques , leurs structures de rémunération peuvent être quelque peu jésuitiques. Mais leur attrait se ramène à deux facteurs principaux. Premièrement, les produits financiers islamiques – en particulier les sukuk dont les émissions ont augmenté à un rythme annuel moyen de 35 % de 2001 à 2012 – ont commencé à attirer non seulement des clients religieux mais toutes sortes d’investisseurs en tant que pure proposition lucrative. Et en second lieu, ils ont permis aux institutions financières étatiques de puiser dans de vastes réserves de liquidités en quête de placements certifiés halal.

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Une Réponse to “The Economist explique la finance « islamique »”

  1. raimanet Says:

    A reblogué ceci sur raimanetet a ajouté:

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