Il était une fois l’Islam en Amérique

La mort de trois étudiants musulmans assassinés à leur domicile sur le campus de Chapel Hill aux Etats Unis révèle l’impact dévastateur d’une campagne islamophobe qui a pris son essor après les attentats du 11 septembre.

Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans

Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans

On découvrira peut-être que leur meurtrier agissait de manière isolée, sans avoir reçu d’ordre de quiconque.

C’est fort possible. L’Amérique est un pays qui se vit comme un pays de l’initiative individuelle, même dans le crime. Il n’en reste pas moins que ces initiatives individuelles se déploient dans un cadre mental et idéologique patiemment construit par des gens très organisés, qui ont de l’argent et savent taper aux bonnes portes.

Cete affaire sera peut-être l’occasion d’un sursaut de conscience aux Etats Unis. Il est à craindre que ce ne soit pas suffisant parce que la campagne islamophobe aux USA répond avant tout à des questions de politique extérieure, le conflit du Proche Orient pour être précis. C’est la même chose qu’en France, sauf que c’est plus évident dans un pays où la (ou les) communauté(s) musulmanes sont ultra-minoritaires et représentent environ 1 % de la population du pays.

Les campagnes islamophobes articulées généralement autour de la menace terroriste et de la menace sur le droit local/les coutumes/traditions que représenteraient les exigences des populations musulmanes amènent le plus souvent à une surestimation par l’opinion globale de la part de ces dernières dans la population totale.

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Le tableau ci-dessus montre l’écart (dans les bandeaux bleus)dans certains pays entre la proportion réelle de Musulmans évaluée par la statistique et la proportion de Musulmans telle que les opinions se la représentent. l’importance des écarts est un témoin direct de l’importance de la campagne islamophobe

Si tout le monde s’accorde à dire que la présence musulmane n’est pas une nouveauté en Europe,on sait moins qu’elle n’est pas non plus une nouveauté aux Etats Unis.

En effet, l’histoire de la présence musulmane aux Etats Unis est assez méconnue alors même qu’elle est assez ancienne et qu’elle a longtemps été incarnée par les esclaves de confession musulmane parmi lesquels ne manquaient pas les gens instruits en langue arabe.

C’est ce que rappelle Peter Manseau dans l’article du New York Times que je vous propose où il évoque notamment la figure d’Omar Ibn Saïd.

Peter Manseau

Peter Manseau

Les Musulmans des débuts de l’Amérique

par Peter Manseau, The New York Times (USA) 9 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ce n’était pas la première fois que l’imam venait au rodéo

Alors que sa présence était programmée pour prononcer une invocation religieuse au Fort Worth Stock Show la semaine dernière, Moujahed Bakhach de l’Islamic Association of Tarrant County avait dû annuler sa présence en raison des réactions négatives à une prière qu’il avait faite quelques jours auparavant. On avait demandé à l’imam de bénir les chevaux, des cavaliers et les membres de l’armée. Son intervention avait été accueillie par des hoquets indignés du public et des protestations sur les médias sociaux : « Choqué par une prière musulmane à un événement américain ! » « Les cowboys n’en veulent pas ! »

L’expression ouverte du sentiment anti-islamique est en plein renouveau. Quatre jours avant l’annulation de sa bénédiction par l’imam, des manifestants devant le State Capitol (siège du gouverneur et des chambres élues) à Austin ont empêché les orateurs musulmans de parler en affirmant que seul Jésus a droit de cité au Texas. En Caroline du Nord, deux semaines plus tôt, le projet de l’université Duke de diffuser un appel musulman à la prière avait été abandonné suite à des menaces de violence. Dans le même temps, le gouverneur républicain de Louisiane, Bobby Jindal, soutenait que si les Américains musulmans « veulent affirmer leur propre culture et leurs valeurs, ce n’est pas de l’immigration, c’est une véritable invasion. »

Quel que soit le niveau d’inquiétude des gens concernant l’Islam, l’idée d’une invasion musulmane dans ce pays majoritairement chrétien n’a aucune base factuelle. En outre, il y a cette affirmation au passage que l’Islam est anti-américain : les Musulmans sont arrivés ici avant la fondation des Etats Unis – et pas seulement quelques uns mais des milliers.

Ils ont été largement ignorés parce qu’ils n’étaient pas libres de pratiquer leur culte. Ils n’étaient eux-mêmes pas libres et pour cette raison ils n’étaient le plus souvent pas en mesure de laisser des traces de leurs convictions religieuses [écrits, monuments, NdT]. Ils en ont laissé cependant juste assez pour confirmer que l’Islam en Amérique n’est pas une religion d’immigrés récents qui se serait fait connaître tardivement, mais une tradition qui a des racines profondes ici, malgré le fait qu’elle a été parmi les plus réprimées de l’histoire nationale.

En 1528, un esclave marocain nommé Estevanico avait fait naufrage en compagnie d’un groupe d’explorateurs espagnols près de l’endroit où se trouve aujourd’hui la ville de Galveston. La ville d’Azemmour où il avait grandi avait été un bastion de la résistance musulmane à l’invasion européenne jusqu’à sa chute pendant sa jeunesse. Bien qu’ayant reçu un nom chrétien après son asservissement, il avait fini par échapper à ses ravisseurs chrétiens et fait sa propre route à travers une bonne partie du sud-ouest.

Deux cents après, les propriétaires de plantations en Louisiane se faisaient un devoir d’ajouter des Musulmans asservis à leur main d’oeuvre car ils comptaient sur leur expérience dans la culture du riz et de l’indigo. Les chercheurs universitaires ont constaté la présence de noms musulmans et de titres religieux musulmans dans les inventaires d’esclaves de la colonie et dans les registres de décès.

Le Musulman le plus connu à être passé par le port de la Nouvelle Orléans était Abdul-Rahman Ibrahim Ibn Sori, un prince dans son pays d’origine et dont le sort avait attiré une large attention. Comme l’observait un article de journal, il avait lu la Bible et en admirait les préceptes, mais,ajoutait l’article, « Sa principale objection était que les Chrétiens ne les suivaient pas. »

Parmi les esclaves musulmans en Caroline du Nord, se trouvait un dignitaire religieux nommé Omar Ibn Saïd. Capturé à nouveau en 1810 après avoir fui un maître cruel qu’il qualifiait de kafir (infidèle), il s’était fait connaître par les écrits en caractères arabes qu’il avait inscrits sur les murs de sa cellule. Il a écrit un récit de sa vie en 1831 dans lequel il explique comment, à l’époque où il était libre, il aimait lire le Coran, mais devenu esclave, ses propriétaires l’avaient converti au christianisme.

L’histoire de l’Islam des débuts de l’Amérique n’est pas simplement l’histoire de quelques individus isolés. On estime que 20 % des Africains asservis étaient musulmans, et beaucoup d’entre eux cherchèrent à reconstituer des communautés telles que celles qu’ils avaient connues. En Géorgie, qui a rejoint une dizaine d’autres Etats dans la comédie politicienne qui consiste à débattre de l’interdiction pour les juges de se référer à la charia, on sait que les Musulmans d’une plantation isolée avaient vécu sous la direction d’un chef religieux qui avait écrit un manuscrit de droit musulman pour transmettre ce savoir traditionnel.

Un indice de ce qui est arrivé à ces Américains musulmans oubliés peut être trouvé dans les mots d’un missionnaire qui sillonnait le Sud pour prêcher l’évangile aux esclaves des plantations. Beaucoup d’ «Aafricains mohammédiens » observait-il ont trouvé des façons d’ « accommoder » l’Islam aux nouvelles croyances qui leur étaient imposées. « Dieu, disent-ils, est Allah et Jésus Christ est Mohammed. La religion est la même, mais différents pays donnent des noms différents. »

Le missionnaire y voyait la preuve lamentable de l’inaptitude des Musulmans à reconnaître l’importance des vérités religieuses. Mais en fait, c’est juste la preuve du contraire. Ils comprenaient que leur foi était si importante qu’ils devaient être prêts à l’écouter partout, même dans un pays si éloigné de ceux où ils entendaient autrefois l’appel à la prière.

L’Islam fait partie de notre histoire commune – une foi résiliente qui n’est pas que celle des asservis mais aussi d’immigrants arabes à la fin du 19ème siècle, et au 20ème siècle de nombreux Afro-Américains l’ont revendiquée et en ont refait leur religion. Pendant des générations, ses adeptes ont connu les secousses d’une nation qui bascule des promesses de liberté religieuse vers des événements qui démentent ces promesses.

Dans un sens, l’Islam est aussi américain que le rodéo. Le rodéo a aussi été importé mais est maintenant indéniablement une partie de la culture. Que les manifestants du Texas y soient prêts ou non, il est inévitable que certains Musulmans laisseront leurs gosses devenir des cowboys. Quelques cowboys pourraient aussi devenir Musulmans en grandissant.

Le dernier livre de Peter Manseau s’intitule « One Nation Under Gods: A New American History. » [Une nation et des Dieux : une nouvelle histoire américaine]

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2 Réponses to “Il était une fois l’Islam en Amérique”

  1. islam-states | raimanet Says:

    […] Il était une fois l’Islam en Amérique https://mounadil.wordpress.com/2015/02/11/il-etait-une-fois-lislam-en-amerique/ […]

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  2. aventerrien Says:

    A reblogué ceci sur L'horreur islamique نet a ajouté:
    C’est dommage pour les deux femmes car elles vont aller en enfer comme toutes les femmes, selon le prophète; par contre lui va avoir droit à ses 72 vierges encore plus expertes en amour que les call girl de New York, merci les islamophobes

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