Le 22 mars, Bruxelles a été victime des « héros de la révolution »

Les attentats perpétrés le 22 mars à Bruxelles par des terroristes qui se rattacheraient à « l’Etat Islamique » (Daesh) ont provoqué à juste titre une vive émotion en Belgique et au-delà.

Les commentateurs se demandent pourquoi ces terroristes s’en sont pris à la petite et pacifique Belgique.

Ce sont les Français, en particulier les dirigeants politiques comme Patrick Kanner ou Michel sapin, qui ont donné quelques pistes en pointant du doigt le laxisme des autorités du royaume devant le communautarisme.

Patrick Kanner

Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

Un danger qui existe potentiellement en France selon nos dirigeants socialistes mais qu’une politique autrement plus judicieuse que celle menée en Belgique permet de maîtriser.

Je laisse ce genre d’explication aux imbéciles parce qu’elle ne permet certainement pas d’expliquer pourquoi maintenant et pourquoi en Belgique ?

Parce que même si assurément ces attentats commis à Bruxelles n’ont pas de bonnes raisons, ils ont cependant des raisons.

L’une d’entre elles est que la Belgique n’est pas ce pays pacifique où on se contente de faire des frites et de brasser de la bière. La Belgique, ancienne puissance coloniale particulièrement brutale, est un pays membre de l’OTAN qui est une alliance militaire dont le siège se trouve précisément dans la capitale belge. A ce titre, la Belgique a participé aux opérations militaires en Libye et est impliquée dans les opérations en cours en Syrie/Irak. Par ailleurs, peu de temps avant les attentats, le gouvernement belge se posait la question de savoir si le pays allait déployer son aviation sur ce théâtre d’opérations ainsi qu’il en était prié par les Etats-Unis.

Il va sans dire que les attentats ont précipité une réponse belge  positive de la Belgique.

Mais il y  a autre chose.

Comme d’autres puissances occidentales, la Belgique a très tôt été favorable à la tentative de renverser par la force le régime en place en Syrie. C’est ainsi que des centaines de jeunes Belges (pour la plupart issus de l’immigration maghrébine) sont partis grossir les rangs de ceux qui luttent les armes à la mai contre le gouvernement syrien.

Ces jeunes ont évidemment le même profil que ceux qui sont passés à l’action à Bruxelles et à Paris ; on nous dit même qu’ils revenaient de ce champ de bataille.

La vérité, ainsi que nous le rappelle l’article que je vous propose, est que ces « djihadistes » étaient très bien vus en Europe et en Occident à une certaine époque. On se souvient de l’appel au meurtre de Bachar el Assad lancé en 2012 par Laurent Fabius selon qui le président syrien « ne mériterait même pas d’être sur la Terre  » ou encore de son jugement positif sur le « bon boulot » réalisé par al Qaïda en Syrie.

Les autorités belges n’étaient pas en reste puisqu’en 2012, le chef de la diplomatie belge envisageait même la possibilité de dédier un monument en mémoire de ceux qu’il qualifiait de « héros de la révolution. »

Nos fils sont victimes du lavage de cerveau de Daesh – et de notre gouvernement

Par Arthur Neslen, The Observer (UK) 27 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Lorsque les fils de Jasmine sont partis pour la Syrie en 2013, elle en a informé la police qui n’a rien fait. Elle considère que sa famille a été trahie par les autorités belges.

Quand les bombes ont explosé à l’aéroport de Zaventem la semaine dernière, Jasmine avait d’abord été saisie par la peur pour sa propre vie et celles de ceux qui devaient prendre l’avion avec elle. Mais une autre crainte était tapie en elle, aussi : que ses fils qui avaient quitté Bruxelles pour la Syrie en 2013 aient pu être impliqués.

 “On ne sait jamais,” dit-elle. « J’ai cette crainte depuis les événements de novembre [à Paris] mais j’ai décidé d’arrêter de penser comme ça parce que c’est une attitude négative qui ne sert à rien pour améliorer les choses. »

Jasmine, qui se trouvait à l’aéroport au moment de l’attentat de la semaine dernière est furieuse que ses garçons aient eu l’autorisation de quitter tout simplement le territoire. Elle avait averti la police de sa crainte que son fils aîné ait été radicalisé et puisse se préparer à partir pour la Syrie après sa découverte dans son lit le soir de Noël 2012 d’un passeport et d’un billet d’avion pour Istanbul. La police n’avait pas été intéressée. « Ils m’avaient juste dit : ‘Non, votre fils a 22 ans. C’est un adulte. Nous n’avons pas de dossier sur lui et il n’est pas interdit d’aller en Syrie et de combattre Bachar, alors nous ne pouvons rien pour vous.’ »

 Son plus jeune fils, Rachid, avait suivi trios mois plus tard alors qu’il n’avait que 16 ans. Il avait dit à sa mère qu’il allait au cinéma puis au bowling avec quelques amis, et il l’avait appelée cette même nuit depuis Istanbul.

 “Comment avait-il pu passer le poste de douane de Zaventem alors qu’il n’avait pas 18 ans, Les autorités aéroportuaires auraient dû les stopper tous les deux, » dit-elle à The Observer. «J’étais complètement anéantie. J’ai juste eu la force d’appeler la police pour demander qu’elle aille là-bas pour me le ramener.»

 Elle fait campagne contre les organisations radicales et pour la réhabilitation de leurs recrues depuis 2013, mais sa colère n’est pas dirigée seulement vers les extrémistes. Le gouvernement a trahi ses enfants aussi, dit-elle, trop contents de laisser les extrémistes partir, et même les y encourageant tacitement.

 “Aujourd’hui, ils disent tous, ‘nous n’aurions jamais imaginé, nous ne savions pas,’ mais en fait, ils étaient complices,” dit-elle. « Nos enfants sont les premières victimes d’une organisation criminelle qui leur a lavé le cerveau. Mais ils sont aussi victimes de nos dirigeants politiques et du ministre des affaires étrangères. »

 Quelques jours après que Rachid eut quitté Bruxelles, Didier Reynders, le chef de la diplomatie belge avait dit de ceux qui partaient combattre : « Un jour, peut-être, nous leur élèverons un monument en tant que héros de la révolution. »

didier reynders

Didier Reynders, vice-premier ministre et ministre belge des affaires étrangères

 Moussa était ambitieux, il étudiait le génie mécanique et il rêvait de développer des moteurs pour voitures de course. Mais après avoir rencontré par hasard un prédicateur radical à Molenbeek – actuellement jugé pour avoir recruté de jeunes hommes pour Daesh – il a commencé à se replier sur lui-même.

 Le seul signal d’alerte qu’il avait donné à Jasmine le jour de son départ avait été une embrassade d’adieu inhabituellement longue dans la cuisine. Tour en se dirigeant vers sa voiture, « il a dit ‘Pardonne-moi maman, pour tous les moments difficiles que je t’ai donnés pendant Noël,’ » explique Jasmine. « Je n’avais pas réalisé qu’il me disait adieu en réalité. »

Rachid était plus calme que d’habitude, apparemment accablé par le départ de son frère, mais un thérapeute familial leur avait dit que c’était un comportement normal pour quelqu’un qui venait de perdre son frère pour cause de départ vers une zone de guerre. « Nous avions mis ça sur le compte du fait qu’il était en état de choc, » dit Jasmine. « Nous n’aurions jamais imaginé que quelque chose d’autre couvait. »

 Depuis lors, son seul contact avec ses enfants s’est fait par le biais de brefs messages écrits.

« Ils nous envoient occasionnellement un message pour demander des nouvelles de la famille et nous dire qu’ils ont la foi. Ils disent toujours qu’ils sont dans des lieux sûrs et que nous ne devons pas nous inquiéter, à part ça,je n’ai aucune piste. »

 Jasmine, Moussa et Rachid sont des pseudonymes

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