Archive for the ‘Abdelaziz Bouteflika’ Category

Bouteflika sera-t-il le prochain?

13 février 2011
Je vous le dis tout de suite, je n’en sais rien.
Certains croient que la contestation politique pour l’avènement de la démocratie est une pathologie contagieuse qui diffuse d’autant mieux que les sujets sont réputés appartenir à la même espèce, des Arabes dans l’affaire qui nous occupe.
Les récents événements de Tunisie, d’Egypte ainsi que des mouvements de contestation en Jordanie, au Yémen ou en Algérie tendraient à accréditer ce genre de croyance. 

Pourtant, si on observe ce qui s’est passé dans les deux pays arabes où la contestation a abouti au départ du chef de l’Etat, force est de constater que s’il y a des similitudes, il y a également des différences très importantes.
Si on y réfléchit d’ailleurs, les points communs sont en bonne partie ceux de toutes les révoltes populaires sous toutes les latitudes: coût de la vie, chômage, corruption, injustices etc. Avec de plus des circonstances bien précises qui tiennent à une hausse des tarifs des denrées alimentaires de base, phénomène qui n’est propre ni à l’Egypte, ni à la Tunisie mais qui tient semble-t-il aux fluctuations des cours mondiaux (quels que soient les facteurs qui influent sur ces cours).
Pour le reste, tout est très différent.: la contestation en Tunisie part d’un incident isolé dont la réalité et la symbolique bouleversent dans son environnement immédiat qui est une petite ville de la périphérie tunisienne. La révolte diffuse à d’autres agglomérations périphériques avant d’atteindre la capitale.
En Egypte, il n’y a pas d’événement déclencheur à proprement parler, sinon une situation en état de pourrissement depuis les dernières élections truquées en avril 2010, et c’est là peut-être qu’on peut parler d’un rôle facilitateur de la contestation en Tunisie. Sinon, on doit constater que la contestation en Egypte touche aussi bien le centre que la périphérie: la capitale comme d’autres villes telles Alexandrie, Assouan ou Ismaïlia ont été le théâtre d’une forte mobilisation. Une autre différence importante est que dès le départ la contestation en Egypte est encadrée par des organisations de type politique. Cet encadrement n’est pas aussi prégnant que celui des partis politiques classiques mais il a montré son aptitude à canaliser et à orienter le mouvement. Le seul encadrement « fort » a été celui des Frères Musulmans mais ce parti n’a été ni à l’initiative ni dominant dans le mouvement. En Tunisie, la contestation n’était pas encadrée et les partis politiques et même le syndicat n’ont vraiment joué un rôle que lorsque tout était pratiquement joué.
En Tunisie, ce sont les Etats Unis qui ont obtenu le départ précipité d’un président qui avait pourtant la situation sécuritaire encore bien en mains et si c’est l’armée qui a démis M. Ben Ali, elle n’a cependant pas pris les rênes du pouvoir. En Egypte, les choses sont moins claires même si on a l’impression que l’armée a arbitré entre la volonté de M. Moubarak , celle de la population et les souhaits des Etats Unis. La contrôle direct du pouvoir par l’armée reste un gage donné aux USA que les Frères Musulmans ne pourront pas tenter un coup de force et que la pérennité du traité de paix avec le régime sioniste sera assurée.

De nombreuses différences pour une maladie contagieuse dont beaucoup de gens se demandent si elle ne va pas toucher l’Algérie.
Pourtant cette maladie avait déjà touché l’Algérie qui s’apprêtait à élire librement une assemblée nationale en majorité mais non exclusivement « islamiste ». Ceux qui ont de la mémoire se souviennent de ce qui s’est passé ensuite, d’autant que beaucoup se félicitaient de l’élimination d’un risque de contagion. Ce même virus avait touché les territoires palestiniens qui s’étaient empressés de mal voter comme on sait puisqu’eux aussi avaient donné une majorité parlementaire au Hamas. Aujourd’hui toutes les puissances reconnaissent pourtant comme légitime Abou Mazen (Mahmoud Abbas) qui n’a pourtant aucun mandat d’aucune sorte
.
Bref, revenons à nos moutons: la bactérie va-t-elle toucher l’Algérie?
Pour nous donner une petite idée de ce qui pourrait se passer en Algérie, j’ai cherché un article simple émanant d’un journal qui ne soit ni algérien, ni français. Parce que la presse française, je ne sais pas pourquoi, était si impatiente de voir le virus démocratique déferler sur l »Algérie que le temps d’émeutes dans ce pays, elle en avait oublié la Tunisie dont elle n’avait commencé à parler qu’à reculons.

Ce petit article n’a l’air de rien, mais il dit presque tout ce qu’il y a à dire. Notamment que les manifestants d’Alger ce samedi n’étaient pas bien nombreux et surtout (parce qu’après tout, les petits ruisseaux font les grandes rivières) que la mobilisation n’avait le soutien ni du mouvement syndical, ni des principales forces d’opposition (ce que l’article du Monde ne dit pas, comme quoi la presse française…) On verra si la mobilisation pourra s’élargir mais pour l’instant elle repose essentiellement sur les épaules du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du Dr Saïd Saadi. On s’en souvient, le Dr Saadi avait été un ardent défenseur du coup d’état qui avait précipité l’Algérie dans la guerre civile et son parti figurait dans le premier gouvernement Bouteflika jusqu’au début des troubles en Kabylie suite à la mort d’un jeune homme tué dans un poste de gendarmerie .
Comme lettres de créances démocratiques, il y a mieux!
Mais pourquoi s’agite-t-il en ce moment M. Saadi? Parce que la contagion de la contestation dans les pays arabes?
M. Saadi et son parti ont toujours cherché à nier ou à minorer le caractère arabe de l’Algérie.

Alors kézaco?
Saïd Saadi, ce n’est un secret pour personne, pense qu’il a un destin national, chef de l’Etat pas moins. Peu importe s’il s’était pris une veste aux élections dès lors que le front des Forces Socialistes avait pu y participer librement.
Et tout prétendu opposant qu’il est, il appartient en réalité à la sphère dirigeante du pays et il attend de récolter enfin les fruits de l’alliance qu’il a nouée avec certains potentats militaires et il pense que son heure a peut-être sonné. Car si, comme nous le rappelle l’article d’El Diario Montanes, le mandat du président Bouteflika court jusqu’en 2014, il n’est pas du tout certain qu’il puisse l’accomplir intégralement tant son état de santé semble décliner. Une rumeur ne le donnait-elle pas pour mort?
Une manoeuvre à l’intérieur du système de clans au pouvoir donc qui voudrait tirer parti de l’inquiétude suscitée dans les chancelleries occidentales par les contestations dans d’aurtes pays arabes. Et nul doute que Saïd Saadi espère sans doute bénéficier d’un appui des Etats Unis, pays avec lequel il a soigneusement entretenu ses relations (Bouteflika aussi d’ailleurs).
Tiens, on apprend que les Etats Unis viennent d’appeler les autorités d’Alger à la retenue.
S’il existe une inconnue, c’est celle-ci: quel poids ont les Etats Unis sur les groupes qui dominent le pouvoir en Algérie? 

Bouteflika ne veut pas être le prochain
El Diario Montanes (Espagne) 13 février 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Il y a peu de chances que l’élan de renouveau démocratique qui traverse l’Afrique du Nord prenne au dépourvu à l’un des présidents à vie qui restent dans la région, ils auront tiré des leçons intéressantes des événements de Tunisie et d’Egypte. La répression massive déclenchée hier à Alger contre une manifestation non autorisée est l’indice que Abdelaziz Bouteflika ne veut pas être le prochain à tomber. Et que pour l’éviter, il continue à chercher du côté de la violation des droits et libertés de ses concitoyens, avant même d’envisager, comme en Jordanie, de quelconques concessions à ceux qui manifestent. 

En Algérie, la contestation sociale en est venue à s’exprimer très fortement, comme récemment en janvier dernier. Des mobilisations comme celle d’hier, appelée à Alger, à Béjaïa, à Constantine, à Annaba ou à Oran – la deuxième ville du pays – inquiètent un régime qui a pu se maintenir et industrialiser le pays grâce à la rente du pétrole et du gaz, mais sans offrir à la population une lueur quelconque de démocratie, avec un taux de chômage parmi les plus élevés du monde arabe et des niveaux de corruption et de contrôle policier très importants aussi. S’il y a un scénario de changement potentiel, ce devrait être en Algérie.

Les autorités d’Alger ont interdit la manifestation d’hier et ont de plus tout fait pour empêcher qu’elle puisse avoir lieu. La veille, la capitale faisait l’objet d’un dispositif policier impressionnant, comportant près de 30 000 agents venus de tout le pays, dans des autobus civils, pour contenir une mobilisation à l’appel de partis d’opposition et d’organisations de la société civile regroupées dans le Coordination Nationale pour la Démocratie et le Changement.


Barrages routiers
 

Le déploiement policier s’est révélé excessif, pas seulement par rapport au nombre de manifestants – 10 000 au maximum selon les organisateurs, à peine 3 000 selon d’autres sources et même pas 250 selon le ministère de l’intérieur – mais par rapport au caractère de la manifestation qui n’avait ni le soutien, ni la participation des syndicats, des principales forces d’opposition ou des islamistes influents.Les appels à venir rejoindre la manifestation lancés via les réseaux sociaux ont été contrecarrés par la méthode classique du blocage des accès routiers à la capitale.

Des témoins oculaires ont déclaré à la chaîne télévisée Al Arabiya et au journal d’opposition ‘El Watan’ que des « dizaines d’arrestations » ont été effectuées à Alger. La marche avait commencé à 11h sur la place du 1er mai, aux cris de ‘Dehors Bouteflika’, et certains manifestants montraient des unes de journaux parlant de la démission de l’ex président Egyptien Hosni Moubarak. Les manifestants ont été encerclés par des policiers qui les ont empêchés de se rendre à leur destination, la place des Martyrs.
Bouteflika, réélu président pour un troisième mandat consécutif il y a moins de deux ans avec plus de 90 % des voix, achève son mandat en 2014
Il aura alors 77 ans et plus de 52 années d’activité politique. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la frustration économique que ressent le pays lui permettra de rester au pouvoir cinq ans de plus.

Sur le rôle des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran

21 juin 2009
Des partisans de Moussavi arborent une affichette écrite, bien pratique pour la presse occidentale, en anglais.
En attendant de voir si les troubles qui ont suivi le scrutin présidentiel en Iran débouchent sur une crise durable du régime voire sa chute, on constate que le dogme du trucage du score qui donne la victoire au rival du président Ahmadinedjad est battu en brèche, et pas seulement sans la blogosphère « alternative. »
Ainsi, on peut lire dans le
Washington Post (traduction ici) qu’un sondage indépendant créditait le président sortant d’une confortable avance sur son rival Mir Hosein Mousavi. On rappellera par ailleurs que Mahmoud Ahmadinedjad avait accédé pour la première fois à la présidence avec un score voisin de celui qu’il vient d’obtenir. Il avait certes obtenu ce score au deuxième tour…
Cependant, comme l’écrit Angry Arab, une bonne élection dans le tiers-monde doit correspondre aux douze critères posés par les Etats Unis et l’Occident. Et Ahmadinedjad ne répond à aucun de ces critères à la différence de, disons, de Zine el-Abidine Ben Ali (94,49 % des voix en 2004), de Hosni Moubarak (88,5 % des voix en 2005), d’Abdelaziz Bouteflika (90,24 % des voix en 2009) ou de… Jacques Chirac (82,21 % des voix en 2002).
Dans aucun de ces cas, nous n’avons observé plus que de timides réactions avant de passer à autre chose.
C’est que l’Iran est un pays qui dérange, pas à cause de sa stratégie de maîtrise du nucléaire (qui ne gêne réellement que les sionistes) mais par ses ressources en hydrocarbures et sa position stratégique au carrefour des grands flux énergétiques entre le nord et le sud, l’orient et l’occident.
D’où l’implication des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran. C’est tout le sens de cet article de Paul Craig Roberts qui milite, preuves à l’appui, en faveur de la thèse du rôle des Etats Unis dans ce qui se passe en ce moment en Iran.
J’ajouterai simplement que j’ai l’impression que l’administration Obama est un peu gênée par des événements qui risquent de remettre en cause sa stratégie iranienne. Car, rappelons le, les choix d’ingérence en Iran ont été faits non par l’administration actuellement en fonction à Washington mais par celle de George W. Bush.

Les manifestations iraniennes sont-elles une autre « révolution colorée » orchestrée par les USA ?
par Paul Craig Roberts – Counter Punch (USA) 20 Juin 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un certain nombre de commentateurs ont exprimé leur croyance en la pureté des idéaux de Mousavi, Montazeri, et de la jeunesse occidentalisée de Téhéran.
Le plan de déstabilisation de la CIA, annoncé il ya deux ans (voir ci-dessous), n’aurait d’aucune manière influencé les événements.
On prétend qu’Ahmadinedjad a volé l’élection, parce que le résultat a été déclaré trop peu de temps après la fermeture des bureaux de vote pour que tous les bulletins aient été comptés. Pourtant, Mousavi a proclamé sa victoire plusieurs heures avant la fermeture des bureaux de vote.

Cette déstabilisation est un classique de la CIA visant à discréditer un résultat contraire à ses attentes. Elle force à une déclaration précipitée du résultat. Plus était long l’intervalle de temps entre la déclaration anticipée de victoire et la publication des scores électoraux, et plus Mousavi avait de temps pour donner l’impression que les autorités se servaient de ce délai pour manipuler le vote. Il est étonnant que cette astuce ne soit pas perçue par les gens.
Ainsi de l’accusation formulée par le grand ayatollah Montazeri selon qui l’élection a été truquée; ce dernier est celui qui avait été initialement choisi pour succéder à Khomeini avant de s’effacer devant l’actuel guide suprême [Khamenei]. Il voit dans les manifestations une opportunité de régler ses comptes avec Khamenei. Montazeri a incité à contester l’élection, qu’il soit ou non manipulé par la CIA qui a une longue histoire réussie de manipulation de politiciens aigris. Il ya une lutte de pouvoir entre les ayatollahs. Beaucoup se rangent contre Ahmadinedjad parce qu’il les accuse de corruption, s’appuyant ainsi sur le monde rural iranien où les gens croient que le style de vie des ayatollahs est le signe d’un excès de pouvoir et de richesses. A mon avis, les attaques d’Ahmadinedjad contre les ayatollahs sont opportunistes. Cependant, elles rendent étranges les dires de ses détracteurs américains selon lesquels il est un conservateur réactionnaire aligné sur les ayatollahs.
Les commentateurs « expliquent » les élections iraniennes en se basant sur leurs propres illusions, fantasmes, émotions et intérêts. Que les résultats des sondages annonçant la victoire d’Ahmadinedjad soient fiables ou non, il n’existe, pour l’heure, aucune preuve en dehors de suppositions, que le scrutin a été truqué. Par contre, nous avons des informations crédibles selon lesquelles la CIA a œuvré depuis deux ans pour déstabiliser le gouvernement iranien.
Le 23 mai 2007, Brian Ross et Richard Esposito rapportaient sur ABC News : « La CIA a reçu l’approbation secrète du président pour monter une opération secrète [« black » operation] pour déstabiliser le gouvernement iranien, ont déclaré à ABC News d’anciens et d’actuels responsables de la communauté du renseignement.»
Le 27 mai, le Telegraph de Londres rapportait de son côté : «M. Bush a signé un document officiel approuvant des plans de la CIA pour une campagne de propagande et de désinformation visant à déstabiliser et finalement renverser le régime théocratique des Mollahs.» Quelques jours auparavant, le Telegraph signalait le 16 Mai 2007, que le néoconservateur belliciste de l’administration Bush John Bolton avait déclaré au Telegraph qu’une intervention militaire américaine contre l’Iran serait «une option ultime» en cas d’échec des sanctions économiques et des tentatives pour fomenter une révolution populaire.  »
Le 29 juin 2008, Seymour Hersh écrivait dans le New Yorker : «Selon des sources militaires, du renseignement et du Congrès, actuellement en exercice ou non, à la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à une demande du président Bush pour financer une escalade majeure des opérations secrètes contre l’Iran. Ces opérations, pour lesquelles le président avait demandé plus de 400 millions de dollars, étaient décrites dans un relevé de conclusions présidentiel signé par Bush et sont conçues pour déstabiliser le leadership religieux de ce pays.»
De nombreux participants aux manifestations de Téhéran sont sans aucun doute sincères. Ces manifestations ont également toutes les caractéristiques des manifestations orchestrées par la CIA en Géorgie et en Ukraine. Il faut être complètement aveugle pour ne pas le voir.
Daniel McAdams présente quelques points révélateurs. Par exemple, le néoconservateur Kenneth Timmerman écrivait la veille du scrutin que « on parle d’une ‘révolution verte’ à Téhéran. » Comment Timmerman peut-il le savoir s’il n’y a pas un plan orchestré ? Pourquoi une ‘révolution verte’ aurait-elle été préparée avant le scrutin, en particulier si Mousavi et ses partisans étaient si confiants dans la victoire comme ils le prétendent ? Cela ressemble à une preuve définitive que les Etats Unis sont impliqués dans les manifestations concernant l’élection.
Timmerman poursuit en écrivant que « le National Endowment for Democracy a dépensé des millions de dollars, pour la promotion de révolutions ‘colorées’. . . . . Une partie de cet argent semble s’être retrouvé entre les mains d’organisations pro Mousavi qui ont des liens avec des organisations non gouvernementales hors d’Iran et qui sont financées par le National Endowment for Democracy. » La propre fondation néoconservatrice de Timmerman, la Foundation for Democracy est « une organisation privée à but non lucratif créée en 1995 avec des subventions de la Natinal Endowment for Democracy (NED) pour promouvoir la démocratie et des normes des droits de l’homme internationalement reconnues en Iran.»

Sur le rôle des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran

21 juin 2009
Des partisans de Moussavi arborent une affichette écrite, bien pratique pour la presse occidentale, en anglais.
En attendant de voir si les troubles qui ont suivi le scrutin présidentiel en Iran débouchent sur une crise durable du régime voire sa chute, on constate que le dogme du trucage du score qui donne la victoire au rival du président Ahmadinedjad est battu en brèche, et pas seulement sans la blogosphère « alternative. »
Ainsi, on peut lire dans le
Washington Post (traduction ici) qu’un sondage indépendant créditait le président sortant d’une confortable avance sur son rival Mir Hosein Mousavi. On rappellera par ailleurs que Mahmoud Ahmadinedjad avait accédé pour la première fois à la présidence avec un score voisin de celui qu’il vient d’obtenir. Il avait certes obtenu ce score au deuxième tour…
Cependant, comme l’écrit Angry Arab, une bonne élection dans le tiers-monde doit correspondre aux douze critères posés par les Etats Unis et l’Occident. Et Ahmadinedjad ne répond à aucun de ces critères à la différence de, disons, de Zine el-Abidine Ben Ali (94,49 % des voix en 2004), de Hosni Moubarak (88,5 % des voix en 2005), d’Abdelaziz Bouteflika (90,24 % des voix en 2009) ou de… Jacques Chirac (82,21 % des voix en 2002).
Dans aucun de ces cas, nous n’avons observé plus que de timides réactions avant de passer à autre chose.
C’est que l’Iran est un pays qui dérange, pas à cause de sa stratégie de maîtrise du nucléaire (qui ne gêne réellement que les sionistes) mais par ses ressources en hydrocarbures et sa position stratégique au carrefour des grands flux énergétiques entre le nord et le sud, l’orient et l’occident.
D’où l’implication des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran. C’est tout le sens de cet article de Paul Craig Roberts qui milite, preuves à l’appui, en faveur de la thèse du rôle des Etats Unis dans ce qui se passe en ce moment en Iran.
J’ajouterai simplement que j’ai l’impression que l’administration Obama est un peu gênée par des événements qui risquent de remettre en cause sa stratégie iranienne. Car, rappelons le, les choix d’ingérence en Iran ont été faits non par l’administration actuellement en fonction à Washington mais par celle de George W. Bush.

Les manifestations iraniennes sont-elles une autre « révolution colorée » orchestrée par les USA ?
par Paul Craig Roberts – Counter Punch (USA) 20 Juin 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un certain nombre de commentateurs ont exprimé leur croyance en la pureté des idéaux de Mousavi, Montazeri, et de la jeunesse occidentalisée de Téhéran.
Le plan de déstabilisation de la CIA, annoncé il ya deux ans (voir ci-dessous), n’aurait d’aucune manière influencé les événements.
On prétend qu’Ahmadinedjad a volé l’élection, parce que le résultat a été déclaré trop peu de temps après la fermeture des bureaux de vote pour que tous les bulletins aient été comptés. Pourtant, Mousavi a proclamé sa victoire plusieurs heures avant la fermeture des bureaux de vote.

Cette déstabilisation est un classique de la CIA visant à discréditer un résultat contraire à ses attentes. Elle force à une déclaration précipitée du résultat. Plus était long l’intervalle de temps entre la déclaration anticipée de victoire et la publication des scores électoraux, et plus Mousavi avait de temps pour donner l’impression que les autorités se servaient de ce délai pour manipuler le vote. Il est étonnant que cette astuce ne soit pas perçue par les gens.
Ainsi de l’accusation formulée par le grand ayatollah Montazeri selon qui l’élection a été truquée; ce dernier est celui qui avait été initialement choisi pour succéder à Khomeini avant de s’effacer devant l’actuel guide suprême [Khamenei]. Il voit dans les manifestations une opportunité de régler ses comptes avec Khamenei. Montazeri a incité à contester l’élection, qu’il soit ou non manipulé par la CIA qui a une longue histoire réussie de manipulation de politiciens aigris. Il ya une lutte de pouvoir entre les ayatollahs. Beaucoup se rangent contre Ahmadinedjad parce qu’il les accuse de corruption, s’appuyant ainsi sur le monde rural iranien où les gens croient que le style de vie des ayatollahs est le signe d’un excès de pouvoir et de richesses. A mon avis, les attaques d’Ahmadinedjad contre les ayatollahs sont opportunistes. Cependant, elles rendent étranges les dires de ses détracteurs américains selon lesquels il est un conservateur réactionnaire aligné sur les ayatollahs.
Les commentateurs « expliquent » les élections iraniennes en se basant sur leurs propres illusions, fantasmes, émotions et intérêts. Que les résultats des sondages annonçant la victoire d’Ahmadinedjad soient fiables ou non, il n’existe, pour l’heure, aucune preuve en dehors de suppositions, que le scrutin a été truqué. Par contre, nous avons des informations crédibles selon lesquelles la CIA a œuvré depuis deux ans pour déstabiliser le gouvernement iranien.
Le 23 mai 2007, Brian Ross et Richard Esposito rapportaient sur ABC News : « La CIA a reçu l’approbation secrète du président pour monter une opération secrète [« black » operation] pour déstabiliser le gouvernement iranien, ont déclaré à ABC News d’anciens et d’actuels responsables de la communauté du renseignement.»
Le 27 mai, le Telegraph de Londres rapportait de son côté : «M. Bush a signé un document officiel approuvant des plans de la CIA pour une campagne de propagande et de désinformation visant à déstabiliser et finalement renverser le régime théocratique des Mollahs.» Quelques jours auparavant, le Telegraph signalait le 16 Mai 2007, que le néoconservateur belliciste de l’administration Bush John Bolton avait déclaré au Telegraph qu’une intervention militaire américaine contre l’Iran serait «une option ultime» en cas d’échec des sanctions économiques et des tentatives pour fomenter une révolution populaire.  »
Le 29 juin 2008, Seymour Hersh écrivait dans le New Yorker : «Selon des sources militaires, du renseignement et du Congrès, actuellement en exercice ou non, à la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à une demande du président Bush pour financer une escalade majeure des opérations secrètes contre l’Iran. Ces opérations, pour lesquelles le président avait demandé plus de 400 millions de dollars, étaient décrites dans un relevé de conclusions présidentiel signé par Bush et sont conçues pour déstabiliser le leadership religieux de ce pays.»
De nombreux participants aux manifestations de Téhéran sont sans aucun doute sincères. Ces manifestations ont également toutes les caractéristiques des manifestations orchestrées par la CIA en Géorgie et en Ukraine. Il faut être complètement aveugle pour ne pas le voir.
Daniel McAdams présente quelques points révélateurs. Par exemple, le néoconservateur Kenneth Timmerman écrivait la veille du scrutin que « on parle d’une ‘révolution verte’ à Téhéran. » Comment Timmerman peut-il le savoir s’il n’y a pas un plan orchestré ? Pourquoi une ‘révolution verte’ aurait-elle été préparée avant le scrutin, en particulier si Mousavi et ses partisans étaient si confiants dans la victoire comme ils le prétendent ? Cela ressemble à une preuve définitive que les Etats Unis sont impliqués dans les manifestations concernant l’élection.
Timmerman poursuit en écrivant que « le National Endowment for Democracy a dépensé des millions de dollars, pour la promotion de révolutions ‘colorées’. . . . . Une partie de cet argent semble s’être retrouvé entre les mains d’organisations pro Mousavi qui ont des liens avec des organisations non gouvernementales hors d’Iran et qui sont financées par le National Endowment for Democracy. » La propre fondation néoconservatrice de Timmerman, la Foundation for Democracy est « une organisation privée à but non lucratif créée en 1995 avec des subventions de la Natinal Endowment for Democracy (NED) pour promouvoir la démocratie et des normes des droits de l’homme internationalement reconnues en Iran.»

>Sur le rôle des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran

21 juin 2009

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Des partisans de Moussavi arborent une affichette écrite, bien pratique pour la presse occidentale, en anglais.
En attendant de voir si les troubles qui ont suivi le scrutin présidentiel en Iran débouchent sur une crise durable du régime voire sa chute, on constate que le dogme du trucage du score qui donne la victoire au rival du président Ahmadinedjad est battu en brèche, et pas seulement sans la blogosphère « alternative. »
Ainsi, on peut lire dans le
Washington Post (traduction ici) qu’un sondage indépendant créditait le président sortant d’une confortable avance sur son rival Mir Hosein Mousavi. On rappellera par ailleurs que Mahmoud Ahmadinedjad avait accédé pour la première fois à la présidence avec un score voisin de celui qu’il vient d’obtenir. Il avait certes obtenu ce score au deuxième tour…
Cependant, comme l’écrit Angry Arab, une bonne élection dans le tiers-monde doit correspondre aux douze critères posés par les Etats Unis et l’Occident. Et Ahmadinedjad ne répond à aucun de ces critères à la différence de, disons, de Zine el-Abidine Ben Ali (94,49 % des voix en 2004), de Hosni Moubarak (88,5 % des voix en 2005), d’Abdelaziz Bouteflika (90,24 % des voix en 2009) ou de… Jacques Chirac (82,21 % des voix en 2002).
Dans aucun de ces cas, nous n’avons observé plus que de timides réactions avant de passer à autre chose.
C’est que l’Iran est un pays qui dérange, pas à cause de sa stratégie de maîtrise du nucléaire (qui ne gêne réellement que les sionistes) mais par ses ressources en hydrocarbures et sa position stratégique au carrefour des grands flux énergétiques entre le nord et le sud, l’orient et l’occident.
D’où l’implication des USA dans ce qui se passe actuellement en Iran. C’est tout le sens de cet article de Paul Craig Roberts qui milite, preuves à l’appui, en faveur de la thèse du rôle des Etats Unis dans ce qui se passe en ce moment en Iran.
J’ajouterai simplement que j’ai l’impression que l’administration Obama est un peu gênée par des événements qui risquent de remettre en cause sa stratégie iranienne. Car, rappelons le, les choix d’ingérence en Iran ont été faits non par l’administration actuellement en fonction à Washington mais par celle de George W. Bush.

Les manifestations iraniennes sont-elles une autre « révolution colorée » orchestrée par les USA ?
par Paul Craig Roberts – Counter Punch (USA) 20 Juin 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un certain nombre de commentateurs ont exprimé leur croyance en la pureté des idéaux de Mousavi, Montazeri, et de la jeunesse occidentalisée de Téhéran.
Le plan de déstabilisation de la CIA, annoncé il ya deux ans (voir ci-dessous), n’aurait d’aucune manière influencé les événements.
On prétend qu’Ahmadinedjad a volé l’élection, parce que le résultat a été déclaré trop peu de temps après la fermeture des bureaux de vote pour que tous les bulletins aient été comptés. Pourtant, Mousavi a proclamé sa victoire plusieurs heures avant la fermeture des bureaux de vote.

Cette déstabilisation est un classique de la CIA visant à discréditer un résultat contraire à ses attentes. Elle force à une déclaration précipitée du résultat. Plus était long l’intervalle de temps entre la déclaration anticipée de victoire et la publication des scores électoraux, et plus Mousavi avait de temps pour donner l’impression que les autorités se servaient de ce délai pour manipuler le vote. Il est étonnant que cette astuce ne soit pas perçue par les gens.
Ainsi de l’accusation formulée par le grand ayatollah Montazeri selon qui l’élection a été truquée; ce dernier est celui qui avait été initialement choisi pour succéder à Khomeini avant de s’effacer devant l’actuel guide suprême [Khamenei]. Il voit dans les manifestations une opportunité de régler ses comptes avec Khamenei. Montazeri a incité à contester l’élection, qu’il soit ou non manipulé par la CIA qui a une longue histoire réussie de manipulation de politiciens aigris. Il ya une lutte de pouvoir entre les ayatollahs. Beaucoup se rangent contre Ahmadinedjad parce qu’il les accuse de corruption, s’appuyant ainsi sur le monde rural iranien où les gens croient que le style de vie des ayatollahs est le signe d’un excès de pouvoir et de richesses. A mon avis, les attaques d’Ahmadinedjad contre les ayatollahs sont opportunistes. Cependant, elles rendent étranges les dires de ses détracteurs américains selon lesquels il est un conservateur réactionnaire aligné sur les ayatollahs.
Les commentateurs « expliquent » les élections iraniennes en se basant sur leurs propres illusions, fantasmes, émotions et intérêts. Que les résultats des sondages annonçant la victoire d’Ahmadinedjad soient fiables ou non, il n’existe, pour l’heure, aucune preuve en dehors de suppositions, que le scrutin a été truqué. Par contre, nous avons des informations crédibles selon lesquelles la CIA a œuvré depuis deux ans pour déstabiliser le gouvernement iranien.
Le 23 mai 2007, Brian Ross et Richard Esposito rapportaient sur ABC News : « La CIA a reçu l’approbation secrète du président pour monter une opération secrète [« black » operation] pour déstabiliser le gouvernement iranien, ont déclaré à ABC News d’anciens et d’actuels responsables de la communauté du renseignement.»
Le 27 mai, le Telegraph de Londres rapportait de son côté : «M. Bush a signé un document officiel approuvant des plans de la CIA pour une campagne de propagande et de désinformation visant à déstabiliser et finalement renverser le régime théocratique des Mollahs.» Quelques jours auparavant, le Telegraph signalait le 16 Mai 2007, que le néoconservateur belliciste de l’administration Bush John Bolton avait déclaré au Telegraph qu’une intervention militaire américaine contre l’Iran serait «une option ultime» en cas d’échec des sanctions économiques et des tentatives pour fomenter une révolution populaire.  »
Le 29 juin 2008, Seymour Hersh écrivait dans le New Yorker : «Selon des sources militaires, du renseignement et du Congrès, actuellement en exercice ou non, à la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à une demande du président Bush pour financer une escalade majeure des opérations secrètes contre l’Iran. Ces opérations, pour lesquelles le président avait demandé plus de 400 millions de dollars, étaient décrites dans un relevé de conclusions présidentiel signé par Bush et sont conçues pour déstabiliser le leadership religieux de ce pays.»
De nombreux participants aux manifestations de Téhéran sont sans aucun doute sincères. Ces manifestations ont également toutes les caractéristiques des manifestations orchestrées par la CIA en Géorgie et en Ukraine. Il faut être complètement aveugle pour ne pas le voir.
Daniel McAdams présente quelques points révélateurs. Par exemple, le néoconservateur Kenneth Timmerman écrivait la veille du scrutin que « on parle d’une ‘révolution verte’ à Téhéran. » Comment Timmerman peut-il le savoir s’il n’y a pas un plan orchestré ? Pourquoi une ‘révolution verte’ aurait-elle été préparée avant le scrutin, en particulier si Mousavi et ses partisans étaient si confiants dans la victoire comme ils le prétendent ? Cela ressemble à une preuve définitive que les Etats Unis sont impliqués dans les manifestations concernant l’élection.
Timmerman poursuit en écrivant que « le National Endowment for Democracy a dépensé des millions de dollars, pour la promotion de révolutions ‘colorées’. . . . . Une partie de cet argent semble s’être retrouvé entre les mains d’organisations pro Mousavi qui ont des liens avec des organisations non gouvernementales hors d’Iran et qui sont financées par le National Endowment for Democracy. » La propre fondation néoconservatrice de Timmerman, la Foundation for Democracy est « une organisation privée à but non lucratif créée en 1995 avec des subventions de la Natinal Endowment for Democracy (NED) pour promouvoir la démocratie et des normes des droits de l’homme internationalement reconnues en Iran.»

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