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Quelle sera la riposte de l’Iran après l’assassinat du Général Qassem Soleimani par les Etats Unis?

3 janvier 2020

Je vous propose une traduction de l’analyse faite par Moon of Alabama des conséquences de l’assassinat par l’armée américaine de deux officiers supérieurs, l’un iranien, le général Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak, l’autre irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis . L’attention mondiale se focalisé évidemment sur l’officier iranien qui était le chef de la force al Qods qui est une composante des Gardiens de la révolution qui, comme leur nom l’indique, sont le soutien militaire le plus sûr de la République Islamique.

Il s’agit là d’une action qui vaut à la fois déclaration et acte de guerre contre l’Iran, mais aussi contre l’Irak compte tenu du fait que le chef irakien commandait une force paramilitaire plécée sous l’autorité du gouvernement irakien.

 Moon of Alabama s’intéresse à la riposte qui sera menée par l’Iran (mais aussi par l’Irak). Une entrée en guerre ouverte de l’Iran contre les Etats Unis est exclue car les iraniens ne sont évidemment pas dupes de leurs possibilités contre les Etats Unis qui auraient en plus tôt fait de rameuter leurs alliés traditionnels (Grande Bretagne, France, Belgique, Pays bas, Australie etc.).

La riposte va certes être ferme mais s’étaler dans la durée et rendre la position des forces américaines dans la région à la limite du soutenable.

A moins que les Etats Unis prennent l’initiative de déclencher une guerre de grande ampleur en attaquant directement le territoire iranien.

Une décision dont les conséquences seraient sans doute incalculables.

Les Etats Unis regretteront d’avoir assassiné Qassim Soleimani

Monn of Alabama (USA) 3 janvier 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

Aujourd’hui, les Etats Unis ont déclaré la guerre à l’Iran et à l’Irak

La guerre, voilà ce qu’ils obtiendront.

Plus tôt dans la journée, un drone ou un hélicoptère américain a tué le général de division Qassim Soleimani, le fameux commandant de la force iranienne Quds (Jérusalem), alors qu’il quittait l’aéroport de Bagdad où il venait d’arriver. Il avait prévu d’assister aux funérailles des 31 soldats irakiens que les États-Unis avaient tués le 29 décembre à la frontière syro-irakienne près d’Al-Qaim.

Qassim Soleimani

La force Quds est la branche extérieure du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne. Soleiman était responsable de toutes les relations entre l’Iran et les mouvements politiques et militants hors d’Iran. Hajji Qassim a conseillé le Hisbullah libanais pendant la guerre de 2006 contre Israël. Son soutien aux organisations irakiennes leur a permis de chasser les envahisseurs américains d’Irak. Il était l’homme responsable de la défaite de l’État islamique en Irak et en Syrie. En 2015, Soleimani s’était rendu à Moscou et avait convaincu la Russie d’intervenir en Syrie. Son soutien aux Houthis au Yémen leur a permis de résister aux agresseurs saoudiens.

Soleimani était arrivé à Bagdad par un vol régulier depuis le Liban. Son voyage n’était pas secret. Il avait été récupéré à l’aéroport par Abu Mahdi al-Muhandes, commandant adjoint de al-Hashd al-Shaabi, une force de sécurité irakienne officielle placée sous l’autorité du Premier ministre irakien. Les deux voitures dans lesquelles ils circulaient ont été détruites lors de l’attaque américaine. Les deux hommes ainsi que leurs chauffeurs et gardes ont péri

Les États-Unis ont créé deux martyrs qui deviendront désormais les modèles et les idoles de dizaines de millions de jeunes au Moyen-Orient.

Les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Djihad islamique en Palestine, les forces paramilitaires en Syrie, en Irak et ailleurs ont tous bénéficié des conseils et du soutien de Soleimani. Ils prendront tous des dispositions pour le venger.

Moqtada al-Sadr, le religieux chiite indiscipliné qui a des millions d’adeptes en Irak, a donné l’ordre de réactiver sa branche militaire «Jaish al-Imam al-Mahdi». Entre 2004 et 2008, les forces du Mahdi ont combattu l’occupation américaine de l’Irak. Elles le recommenceront.

L’assassinat pur et simple d’un chef militaire du calibre de Soleimani exige une réaction iranienne d’un niveau au moins similaire. Tous les généraux ou hauts responsables politiques américains qui voyagent au Moyen-Orient ou ailleurs devront désormais faire attention. Il n’y aura de sécurité pour eux nulle part.

Aucun politicien irakien ne pourra plaider en faveur du maintien des soldats américains dans le pays. Le Premier ministre irakien Abdel Mahdia appelé à une réunion d’urgence du Parlement pour demander le retrait de toutes les troupes américaines:

« L’assassinat ciblé d’un commandant irakien est une violation de l’accord. Il peut déclencher une guerre en Irak et dans la région. C’est une violation claire des conditions de la présence américaine en Irak. J’appelle le Parlement à prendre les dispositions nécessaires. »

Le Conseil de Sécurité Nationale iranien se réunit avec le dirigeant suprême Ali Khamenei pour « étudier les options de réponse ». Il existe de nombreuses options de ce type. Les États-Unis ont des forces stationnées dans de nombreux pays autour de l’Iran. Désormais, aucune d’entre elles ne sera en sécurité.

L’ayatollah Ali Khamenei a rendu publique une déclaration appelant à trois jours de deuil national, puis à des représailles.

«Son départ vers Dieu ne met fin ni à son chemin ni à sa mission », indique le communiqué, « mais une action de vengeance énergique attend les criminels qui ont son sur leurs mains son sang et le sang des autres martyrs de la nuit dernière.»

L’Iran liera sa réponse au calendrier politique. Le président américain Donald Trump entamera sa campagne de réélection avec des troupes américaines menacées partout. Nous pouvons nous attendre à ce que des incidents comme les attentats contre la caserne de Beyrouthse répètent au moment où il [Donald Trump] est le plus vulnérable.

Trump va apprendre que tuer l’ennemi est la partie la plus simple d’une guerre. C’est après qu’arrivent les difficultés.

En 2018, Soleimani avait répondu publiquement à un tweet dans lequel Trump avait menacé l’Iran:

« Monsieur. Trump, le flambeur! […] Vous connaissez bien notre puissance et nos capacités dans la région. Vous savez à quel point nous sommes puissants dans la guerre asymétrique. Venez, nous vous attendons. Nous sommes de vrais hommes sur le terrain, sachez-le. Vous savez qu’une guerre signifierait la perte de toutes vos capacités. Vous pouvez commencer la guerre, mais c’est nous qui déterminerons sa fin. « 

Depuis mai 2019, les États-Unis ont déployé au moins 14800 soldats supplémentaires au Moyen-Orient. Au cours des trois derniers jours, des éléments aéroportés et des forces spéciales ont suivi . Les États-Unis ont clairement prévu une escalade.

Soleimaniva être remplacé par le général de brigade Ismail Ghani, un vétéran de la guerre Iran-Irak qui a été actif pendant des décennies dans la Force Qods et a combattu l’EI en Syrie. C’est un officier de stature et de compétence égales.

Ismail Ghani

La politique iranienne de soutien aux organisations étrangères va s’intensifier. Les États-Unis n’ont rien gagné avec leur attaque mais ils en subiront les conséquences pendant les prochaines décennies. Désormais, leur position au Moyen-Orient sera fortement entravée. D’autres vont arriver pour prendre leur place.

Esclavagisme et système électoral aux Etats Unis

12 novembre 2016

Le droit constitutionnel est une discipline qui peut s’avérer intéressante et permettre de montrer quels intérêts sont cristallisés dans le texte législatif fondamental qu’est une constitution.

C’est seulement quand les rapports de force changent profondément que ce genre de texte évolue significativement ou est renouvelé complètement.

La Constitution américaine est pratiquement inchangé depuis sa rédaction au 18ème siècle par les Pères Fondateurs, ce qui donne à penser que les intérêts de l’époque restent bien représentés par ce texte, ou encore que d’autres intérêts qui ont émergés par la suite ont estimé que les lignes directrices tracées par lui leur permettent de défendre et de promouvoir leurs intérêts. Et donc que les rapports de domination contemporains sont dans leur essence de même nature que ceux qui avaient orienté la rédaction de la loi fondamentale.

L’article que je vous propose, sans aller vers ce genre de raisonnement, expose cependant un des principaux rapports de domination qui a justifié le système du Collège Electoral, ou des grands électeurs, souvent décrié, particulièrement au moment où ce système a permis à un Donald Trump légèrement distancé en nombre de voix de réunir plus de grands électeurs que sa rivale Hillary Clinton et donc de s’imposer dans la course à la présidence des Etats Unis.

votes

Deux  faits importants: une participation électorale en baisse et une légère avance pour Hillary Clinton en nombre de voix populaires

Une problématique à mettre en relation avec celle de l’hymne national des Etats Unis.

La raison troublante qui explique l’existence du Collège Electoral

Par Akhil Reed Amar, Time Magazine (USA)   8 novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les pères fondateurs avaient quelque chose de particulier à l’esprit quand ils ont mis en place le système électoral présidentiel américain : l’esclavage

Alors que les Américains attendent la mise en route quadriennale de la course d’obstacles qu’on appelle maintenant le Collège Electoral, il est bon en premier lieu de se souvenir de la raison pour laquelle nous sommes dotés de cet étrange dispositif politique. Après tout, les gouverneurs des 50 Etats sont élus au suffrage universel direct ; pourquoi ne pas faire de même pour le gouverneur de tous les Etats, c’est-à-dire le président des Etats Unis ? Les bizarreries du système du Collège Electoral ont été mises en évidence cette semaine quand Donald Trump a remporté la présidentielle avec une majorité de grands électeurs alors même qu’il était légèrement devance par Hillary Clinton en nombre de suffrages populaires.

Certains disent que les pères fondateurs avaient préféré le Collège Electoral au suffrage universel direct afin d’équilibrer les intérêts des Etats peu et très peuplés. Mais les coupures les plus nettes aux Etats Unis n’ont jamais été entre les petits Etats et les grands, mais entre le nord et le sud, et entre les côtes et l’intérieur.

Un argument de l’époque des pères fondateurs en faveur du Collège Electoral découlait du fait que les Américains ordinaires à travers un territoire immense ne disposeraient pas de suffisamment d’informations pour choisir directement et avec discernement parmi les candidats à la présidentielle les plus en vue.

Cette objection pouvait être justifiée dans les années 1780, quand la vie était beaucoup plus locale. Mais l’émergence précoce de partis présidentiels nationaux la rendit obsolète en associant les candidats à la présidentielle à toute une série de candidats locaux et de plateformes nationales qui expliquaient aux électeurs les positions des candidats.

Même si les rédacteurs de la Constitution à Philadelphie n’avaient pas anticipé l’émergence d’un système de partis présidentiels nationaux, le 12ème amendement – proposé en 1803 et ratifié un an plus tard – était rédigé avec un tel système partisan à l’esprit, suite à l’élection de 1800 – 1801. Lors de cette élection, deux partis présidentiels rudimentaires – les Fédéralistes dirigés par John Adams et les Républicains de Thomas Jefferson – avaient pris forme et s’étaient affrontés. Jefferson l’avait finalement emporté, mais seulement après une longue crise provoquée par plusieurs lacunes dans la mécanique électorale des rédacteurs de la Constitution. En particulier, les électeurs républicains n’avaient aucune possibilité formelle de signifier qu’ils voulaient Jefferson comme président et Aaron Burr comme vice-président plutôt que l’inverse. Certains politiciens avaient alors essayé de profiter de la confusion qui en avait résulté.

C’est le 12ème amendement adopté en 1803 qui permit à chaque parti de désigner un candidat à la présidence et un autre candidat à la vice-présidence. Les modifications du processus électoral introduites par cet amendement transformèrent le cadre défini par les rédacteurs de la Constitution, permettant aux élections présidentielles ultérieures d’être ouvertement populistes et des affaires de partis présentant un ticket avec deux candidats. C’est le système du Collège Electoral prévu par le 12ème amendement, pas la Constitution de Philadelphie, qui demeure en place aujourd’hui. Si le manque d’informations du citoyen moyen avait pu être la véritable justification du Collège Electoral, ce problème était largement résolu vers 1800. Alors pourquoi tout ce dispositif du Collège Electoral n’avait-il pas été abandonné à l’époque ?

Les cours d’instruction civique qui portent sur le Collège Electoral mentionnent rarement le véritable démon qui a condamné le suffrage universel direct au niveau national en 1887 et 1803 : l’esclavage.

A la convention de Philadelphie, le Pennsylvanien visionnaire James Wilson proposa l’élection du président au suffrage universel direct. Mais l’habile Virginien James Madison avait répliqué qu’un tel système s’avérerait inacceptable pour le Sud : « La base électorale était beaucoup plus large dans les Etats du Nord que dans ceux du Sud; » et ces derniers pourraient se retrouver sans influence sur l’élection du fait de la présence de nombreux Noirs. » En d’autres termes, avec le suffrage universel direct, le Nord pèserait beaucoup plus que le Sud dont les nombreux esclaves (plus de 500 000 en tout) n’avaient évidemment pas le droit de vote. Mais le système du Collège Electoral- dont Madison avait proposé un prototype dans le même discours – permettait à chaque Etat du sud de compter sa population servile, avec cependant une réduction des deux cinquièmes – pour le calcul de sa part de représentants au niveau national.

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Les 13 colonies fondatrices des Etats Unis

La Virginie avait été la grande gagnante – c’était la Californie de l’époque des pères fondateurs – avec 12 sur le total des 91 votes alloués par la Constitution de Philadelphie, soit plus du quart des 46 voix nécessaires pour emporter l’élection au premier tour. Au recensement de 1800, l’Etat libre de Pennsylvanie de Wilson qui avait 10 % d’habitants libres de plus que la Virginie obtint cependant 20 % de grands électeurs de moins. Par un effet pervers, plus la Virginie (ou tout autre Etat esclavagiste) achetait ou entretenait, plus son poids électoral était important. Quand un Etat esclavagiste affranchissait des Noirs qui partaient ensuite pour le Nord, l’Etat courait le risque de perdre des grands électeurs.

Si l’avantage donné par ce système à l’esclavagisme n’était pas massivement évident au moment de la ratification de la Constitution, ce fait apparut rapidement. Pendant 32 des 36 premières années de la Constitution, la présidence fut occupée par un Blanc de Virginie propriétaire d’esclaves.

Le Sudiste Thomas Jefferson, par exemple, gagna l’élection de 1800-1801 contre le Nordiste John Adams dans une compétition où les électeurs supplémentaires qui résultaient de l’esclavagisme furent la marge décisive pour la victoire ; sans les grands électeurs supplémentaires attribués du fait de la population servile, les Etats majoritairement sudistes qui soutenaient Jefferson n’auraient pas suffi à lui donner une majorité. Comme de fins observateurs l’avaient remarqué à l’époque, Thomas Jefferson s’était métaphoriquement transporté dans les murs de l’exécutif à dos d’esclaves.

La compétition de 1796 entre Adams et Jefferson avait été marquée par une division encore plus nette entre les Etats du nord et ceux du sud. Donc, à l’époque du 12ème amendement qui bricolait avec le système du Collège Electoral au lieu de le démanteler, le biais pro-esclavagiste de ce système n’était déjà plus un secret. De fait, pendant les débats parlementaires autour de cet amendement fin 1803, le député au Congrès Samuel Thatcher avait déploré que « la représentation des esclaves ajoute treize membres à cette chambre du présent Congrès, et dix-huit grands électeurs pour le président et le vice-président à la prochaine élection. » Mais la protestation de Thatcher était restée sans effet. Une fois de plus, le Nord avait cédé au Sud en refusant de pousser pour une élection nationale au suffrage universel direct.

A la lumière de cette histoire plus complète (quoique moins flatteuse) du système du Collège Electoral à la fin du 18ème et au début du 19ème siècles, les Américains devraient se demander s’ils veulent conserver cette institution bizarre au 21ème siècle.

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Le professeur Akhil Reed Amar

Akhil Reed Amar enseigne le droit constitutionnel à l’université de Yale. Cet article se base sur son livre publié récemment, The Constitution Today.


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