Archive for the ‘Donald Trump’ Category

Trump Vs Biden, fascisme à l’ancienne contre fascisme du XXIème siècle

27 juillet 2020

Je vous propose une analyse de la situation politique aux Etats Unis telle qu’elle est comprise par Glen Ford de Black Agenda Report.

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Glen Ford

Black Agenda Report se présente comme un média d’information, d’analyse et de commentaire politique de la gauche noire. L’article est extrait de leur site, Black Agenda Report dispose aussi d’une page Facebook.

D’après Glen Ford, c’est en tout cas ce que j’ai compris, Donald Trump en tant que figure du passé, d’un fascisme à l’ancienne, est un accident dans le paysage politique des Etats Unis, du moins c’est ainsi que le perçoivent les élites économiques et financières. Ces dernières auraient opté pour un nouveau modèle qui inclut le management de la diversité susceptible de permettre à une infime minorité richissime de maintenir son contrôle de l’État. Ce modèle n’est pas moins fasciste (ou fascistoïde dirait Emmanuel Todd) puisque son principe est le pouvoir de cette minorité d’ultra-riches, le militarisme et la guerre perpétuelle.

Pendant que cette élite dirige, le reste de la population est lancé dans une course vers le bas, la descente dont parle Emmanuel Todd dans son livre sur les luttes de classes en France au XXIème siècle.

Glen Ford a-t-il lu Todd où s’agit-il simplement d’une convergence qui résulte de l’analyse,

 

Qui est le fasciste le plus dangereux?

Par Glen Ford, Black Agenda Report (USA) Editor 23 Juillet 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

La plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme, et les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

«Dans leur vison politique caricaturale, fasciste signifie simplement «Trump».

Après la prise d’une première tête de pont autour des bâtiments fédéraux à Portland, en l’Oregon, Donald Trump menace d’envoyer ses über alles Storm Troopers [Sections d’Assaut] de la sécurité intérieure dans les villes du pays qui, selon lui, sont «dirigés par des démocrates très libéraux [à gauche dans la terminologie américaine]… par la gauche radicale». La prochaine sur la liste est Chicago, où 150 agents fédéraux devraient être déployés dans les prochains jours. Des agents de la sécurité intérieure ont déjà été envoyés à Seattle et à Washington DC, et Trump a évoqué la nécessité de «dominer» le terrain à Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland. Pendant ce temps, le ministère américain de la Justice prévoit d’étendre son intervention urbaine «Operation Legend», qui vise actuellement la criminalité locale à Kansas City, Missouri.

Tout comme d’autres présidents américains ont historiquement utilisé l’armée comme instrument pour leur réélection, organisant des attaques contre des pays désignés par les Etats Unis comme «voyous» et «terroristes» pour consolider leur assise électorale, Donald Trump fait campagne en tant que shérif qui fera régner la loi et l’ordre dans les vastes régions du pays occupées le mois dernier par les hordes inspirées de «Black Lives Matter». Bien que l’intervention armée de Trump dans les affaires locales et étatiques semble politiquement en contradiction avec ses sympathies confédérées, son déploiement massif d’agents de la force publique paraît légal.

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Le drapeau confédéré est généralement perçu comme un symbole raciste

Leur comportement dans la rue, cependant, est une autre affaire. «Des agents fédéraux non identifiés dans des véhicules banalisés enlèvent des manifestants pacifiques dans les rues, les transportent vers des lieux inconnus, sans les informer des raisons de leur arrestation, puis les relâchent sans trace de d’une procédure d’arrestation», a déclaré Marjorie Cohn, ancienne présidente de la National Lawyers Guild. «Ces actions rappellent la police secrète des dictatures qui kidnappe e t« fait disparaître» les opposants au régime. Elles sont conçues pour dissuader les gens d’exercer leur droit au premier amendement de protester contre le racisme et la suprématie blanche.»

Oui, ça «rappelle» la police secrète à d’autres époques et dans d’autres pays, mais les agents de la sécurité intérieure se comportent en fait comme le font les flics locaux un peu partout aux États-Unis. La police de Chicago a fait fonctionner pendant des années un centre de torture pas si secret dans lequel des hommes noirs disparaissaient jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Les villes du pays déploient régulièrement des «escouades» de policiers en civil qui sautent de véhicules banalisés pour enlever des gens dans les rues de leur quartier. Et la  plupart des flics locaux chargés de réprimer les manifestations anti-police retirent leurs badges et marques d’identification. Les équipes SWAT (unités d’élite de la police) locales et fédérales portent régulièrement des masques pour cacher leurs identités. Cela aussi «rappelle» le fascisme, mais cela n’a pas commencé avec Trump en janvier 2017.

De fait Trump est plutôt amateur dans le domaine de l’art sinistre de la répression intérieure, son expérience passée se limitant à terroriser les locataires de ses immeubles d’habitation et les «apprentis» dans les émissions de télé-réalité. Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents. Le FBI de Barack Obama a coordonné la répression par la police nationale des sites d’Occupy, il y a près de dix ans – une vaste opération impliquant les actions synchronisées d’un président démocrate noir, de maires principalement démocrates et de leurs chefs de police. La maire noire de Baltimore avait qualifié les personnes qui avaient pris part à la rébellion de Freddie Gray de 2015 de «voyous» – déshumanisant ainsi ses propres électeurs – tout comme  Obama, dont les procureurs fédéraux avaient exigé et obtenu des peines sévères pour les accusés de dégradations matérielles.

Obama a marqué un tournant dans l’histoire de l’État policier quand il a obtenu l’adoption par le Congrès d’une législation autorisant la détention pour une durée indéfinie de citoyens américains sans faire l’objet d’un procès ou d’une accusation – un saut dans l’abîme que même George W. Bush n’avait pas osé faire.

Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents.

Les libertariens en matière de droits civiques sont à juste titre préoccupés par le fait que le ministère de la Justice de Trump se coordonne avec la police locale pour se servir de Facebook pour accuser ceux qui protestent contre l’assassinat de George Floyd de crimes graves – un autre signe avant-coureur du fascisme. Mais les polices locales utilisent depuis des années Facebook comme outil d’enquête de premier ordre. Et les groupes de travail de la police fédérale- police de New-York sous le titre «Operation Crew Cut» s’étaient grandement appuyés sur des déclarations faites sur Facebook pour inculper plus de 100 jeunes dans deux quartiers HLM de Harlem en 2014 et 120 autres jeunes noirs et à la peau bronzée du Bronx en 2016– un raid présenté comme la plus grande opération de «répression des gangs» de l’histoire de New York. Est-il fasciste d’utiliser Facebook contre des dissidents politiques, mais normal quand il s’agit d’expédier les «suspects habituels» (jeunes de couleur ) dans le goulag de l’incarcération de masse? Ou est-cet fasciste seulement quand Trump le fait?

Si la plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme,les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

Comme je l’ai écrit dans des articles précédents (voir «91ll Legacy: Two Contending Fascisms », 15 septembre 2018), le système Jim Crow du sud des États-Unis a servi de modèle à l’État racial d’Adolph Hitler. Le Sud ségrégationniste entièrement sous les lois Jim Crow, correspondait en fait plus étroitement à la définition largement répandue du fascisme que la plupart des fascismes européens du XXe siècle:

* Nationalisme poussé à l’extrême

* Recours fréquent au pouvoir de la foule

* Oppression d’un «Autre» interne comme principe organisateur

* Militarisme

* La domination politique des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie

“ le système Jim Crow du sud des États-Unisa servi de modèleà l’État racial d’Adolph Hitler”

Donald Trump est un fasciste américain à l’ancienne, du genre Jim Crow – mais qui est également désireux d’utiliser tous les outils modernes de répression politique et raciale pour préserver un système capitaliste dans sa phase de déclin final. La politique ouvertement raciste de Trump (avec l’oppression d’un «Autre»interne comme principe organisateur») le rend incompatible avec la doctrine de la «diversité» managériale adoptée par nécessité par les multinationales. Il entre donc en tension avec le régime capitaliste au 21e siècle – mais est extrêmement utile comme repoussoir, c’est pourquoi il a été l’adversaire préféré des démocrates liés au monde des affaires en 2016 et 2020. N’ayant rien à offrir à leur base si ce n’est une austérité sans fin («la course vers le bas ”) et la guerre, les démocrates liés au monde du business ont fait de Trump le seul enjeu de leurs campagnes.

Le capital multinational et l’État sécuritaire (CIA, etc.) trouvent Trump totalement indigne de confiance en tant que gestionnaire de l’empire américain – c’est pourquoi ils ont concocté le Russiagate en collaboration avec les démocrates.

Les républicains sont depuis plusieurs générations les vassaux des grandes compagnies pétrolières, tandis que les démocrates sont le parti privilégié du capitalisme financier qui domine désormais tous les secteurs capitalistes, y compris les médias et la haute technologie. Au sein du duopole électoral, les Noirs n’ont d’autre choix que les Démocrates, tandis qu’environ la moitié des Blancs choisissent les Républicains, ouvertement le parti des Blancs bien avant l’avènement de Trump, l’intrus impulsif. Cependant, le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion], échangeant périodiquement les rênes du pouvoir exécutif avec le moins de perturbations possible pour l’ordre capitaliste. {C’est ce qu’ils appelaient le «génie» du système. ) L’humiliation de l’establishment corporatif républicain  par Donald Trump en 2016 – avec l’aide décisive des démocrates et des grands médias – a déstabilisé le duopole politique, le mécanisme institutionnel qui, avec les médias liés au monde des affaires, médiatise les divergences entre les secteurs capitalistes et construit un récit politique commun ( mensonges) pour la consommation populaire. Le résultat a été une scission ouverte et destructrice de la classe dirigeante, les instruments étatiques de la  sécurité nationale (CIA, etc.) collaborant ouvertement avec les démocrates pour rendre politiquement illégitime un président en exercice.

“ le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion]’”

La bonne nouvelle, c’est que la guerre civile interne à la classe dirigeante a délégitimé non seulement Trump mais l’ordre impérial US lui-même. Une fois perdue, la légitimité politique peut rarement être intégralement recouvrée – et certainement pas par un ordre capitaliste en bout de course en proie à un écheveau de contradictions accumulées en son stade terminal, et dont le domaine impérial se réduit progressivement.

La mauvaise nouvelle est que la gauche US est si faible qu’elle a été incapable de proposer un discours qui explique les crises multiples qui ont été si dévastatrices pour le peuple américain, ou même d’accomplir a minima nos obligations de solidarité avec les victimes de l’impérialisme US dans le monde. Imaginant le fascisme dans les termes d’une caricature personnifiée par Trump, les gauchistes américains semblent croire que anti-Trump égale antifascisme, alors qu’en fait Trump représente un avatar de Jim Crow que les champions du capital cherchent à écarter depuis un demi-siècle afin d’exercer leur pouvoir plus efficacement. Ces champions du capital ont, par contre, construit un ordre fasciste du 21ème siècle dans lequel un tout petit nombre de milliardaires peut exercer le pouvoir sans réelle opposition, tandis qu’une bonne partie du monde est enfermé et contraint à une «course vers le bas» et que la moitié de l’humanité vit dans la terreur d’interminables guerres américaines.

Le président Obama était un agent de ce fascisme – qui n’est pas une caricature de presse, et tue des millions de gens. Il en est ainsi de tous les Démocrates du jeu institutionnel. Ils sont les plus dangereux parce que si peu de gens les considèrent comme des fascistes, en dépit de leur servilité abjecte à l’égard de la dictature du monde des affaires, de l’État carcéral et des guerres sans fin. Nous battrons Trump pour la simple raison qu’il ne représente pas la véritable classe dirigeante capitaliste. L’oligarchie veut qu’il soit battu – et elle veut que nous la remerciions d’oeuvrer pour ses propres intérêts et se débarrasser de son propre problème: le genre de service que rend l’oligarque Michael Bloomberg quand il achète le contrôle de l’infrastructure du Parti Démocrate ainsi que la loyauté d’une partie substantielle de la (pseudo) classe politique noire.

Certains gauchistes américains, incapables de sortir de leur vision caricaturale craignent que Donald Trump refuse de quitter la Maison Blanche si le scrutin lui est défavorable en novembre. Ils imaginent que les généraux de l’armée américaine soutiendront un coup de force de Trump dans un scénario de «Sept jours en mai» à l’envers. Complètement ridicule! Un coup de force militaire ne pourrait venir que du J-SOC, le Joint Special Operations Command qui supervise les forces d’opérations spéciales de toutes les branches de l’armée, comme les Bérets Verts (armée de terre) et les SEALS (marine). Les unités d’opérations spéciales ont toujours travaillé main dans la main avec la CIA – de fait, les Bérets Verts sont souvent appelés «l’armée de la CIA». Donald Trump, le candidat de «l’arrêt des des changements de régimes» [no more regime changes] en 2016 s’est ainsi gagné un ennemi implacable dans la CIA.

Si un coup de force quelconque devait se produire en novembre, ce serait en faveur des Démocrates. Et beaucoup de gens qui se présentent comme de gauche applaudiront, se figurant la CIA comme un allié dans la lutte contre le «fascisme.»

Quelle sera la riposte de l’Iran après l’assassinat du Général Qassem Soleimani par les Etats Unis?

3 janvier 2020

Je vous propose une traduction de l’analyse faite par Moon of Alabama des conséquences de l’assassinat par l’armée américaine de deux officiers supérieurs, l’un iranien, le général Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak, l’autre irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis . L’attention mondiale se focalise évidemment sur l’officier iranien qui était le chef de la force al Qods, une composante des Gardiens de la révolution qui, comme leur nom l’indique, sont le soutien militaire le plus sûr de la République Islamique.

Il s’agit là d’une action qui vaut à la fois déclaration et acte de guerre contre l’Iran, mais aussi contre l’Irak compte tenu du fait que le chef irakien commandait une force paramilitaire placée sous l’autorité du gouvernement irakien.

 Moon of Alabama s’intéresse à la riposte qui sera menée par l’Iran (mais aussi par l’Irak). Une entrée en guerre ouverte de l’Iran contre les Etats Unis est exclue car les iraniens ne sont évidemment pas dupes de leurs possibilités contre les Etats Unis qui auraient en plus tôt fait de rameuter leurs alliés traditionnels (Grande Bretagne, France, Belgique, Pays bas, Australie etc.).

La riposte va certes être ferme mais s’étaler dans la durée et rendre la position des forces américaines dans la région à la limite du soutenable.

A moins que les Etats Unis prennent l’initiative de déclencher une guerre de grande ampleur en attaquant directement le territoire iranien.

Une décision dont les conséquences seraient sans doute incalculables.

Les Etats Unis regretteront d’avoir assassiné Qassim Soleimani

Monn of Alabama (USA) 3 janvier 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

Aujourd’hui, les Etats Unis ont déclaré la guerre à l’Iran et à l’Irak

La guerre, voilà ce qu’ils obtiendront.

Plus tôt dans la journée, un drone ou un hélicoptère américain a tué le général de division Qassim Soleimani, le fameux commandant de la force iranienne Quds (Jérusalem), alors qu’il quittait l’aéroport de Bagdad où il venait d’arriver. Il avait prévu d’assister aux funérailles des 31 soldats irakiens que les États-Unis avaient tués le 29 décembre à la frontière syro-irakienne près d’Al-Qaim.

Qassim Soleimani

La force Quds est la branche extérieure du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne. Soleiman était responsable de toutes les relations entre l’Iran et les mouvements politiques et militants hors d’Iran. Hajji Qassim a conseillé le Hisbullah libanais pendant la guerre de 2006 contre Israël. Son soutien aux organisations irakiennes leur a permis de chasser les envahisseurs américains d’Irak. Il était l’homme responsable de la défaite de l’État islamique en Irak et en Syrie. En 2015, Soleimani s’était rendu à Moscou et avait convaincu la Russie d’intervenir en Syrie. Son soutien aux Houthis au Yémen leur a permis de résister aux agresseurs saoudiens.

Soleimani était arrivé à Bagdad par un vol régulier depuis le Liban. Son voyage n’était pas secret. Il avait été récupéré à l’aéroport par Abu Mahdi al-Muhandes, commandant adjoint de al-Hashd al-Shaabi, une force de sécurité irakienne officielle placée sous l’autorité du Premier ministre irakien. Les deux voitures dans lesquelles ils circulaient ont été détruites lors de l’attaque américaine. Les deux hommes ainsi que leurs chauffeurs et gardes ont péri

Les États-Unis ont créé deux martyrs qui deviendront désormais les modèles et les idoles de dizaines de millions de jeunes au Moyen-Orient.

Les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Djihad islamique en Palestine, les forces paramilitaires en Syrie, en Irak et ailleurs ont tous bénéficié des conseils et du soutien de Soleimani. Ils prendront tous des dispositions pour le venger.

Moqtada al-Sadr, le religieux chiite indiscipliné qui a des millions d’adeptes en Irak, a donné l’ordre de réactiver sa branche militaire «Jaish al-Imam al-Mahdi». Entre 2004 et 2008, les forces du Mahdi ont combattu l’occupation américaine de l’Irak. Elles le recommenceront.

L’assassinat pur et simple d’un chef militaire du calibre de Soleimani exige une réaction iranienne d’un niveau au moins similaire. Tous les généraux ou hauts responsables politiques américains qui voyagent au Moyen-Orient ou ailleurs devront désormais faire attention. Il n’y aura de sécurité pour eux nulle part.

Aucun politicien irakien ne pourra plaider en faveur du maintien des soldats américains dans le pays. Le Premier ministre irakien Abdel Mahdia appelé à une réunion d’urgence du Parlement pour demander le retrait de toutes les troupes américaines:

« L’assassinat ciblé d’un commandant irakien est une violation de l’accord. Il peut déclencher une guerre en Irak et dans la région. C’est une violation claire des conditions de la présence américaine en Irak. J’appelle le Parlement à prendre les dispositions nécessaires. »

Le Conseil de Sécurité Nationale iranien se réunit avec le dirigeant suprême Ali Khamenei pour « étudier les options de réponse ». Il existe de nombreuses options de ce type. Les États-Unis ont des forces stationnées dans de nombreux pays autour de l’Iran. Désormais, aucune d’entre elles ne sera en sécurité.

L’ayatollah Ali Khamenei a rendu publique une déclaration appelant à trois jours de deuil national, puis à des représailles.

«Son départ vers Dieu ne met fin ni à son chemin ni à sa mission », indique le communiqué, « mais une action de vengeance énergique attend les criminels qui ont son sur leurs mains son sang et le sang des autres martyrs de la nuit dernière.»

L’Iran liera sa réponse au calendrier politique. Le président américain Donald Trump entamera sa campagne de réélection avec des troupes américaines menacées partout. Nous pouvons nous attendre à ce que des incidents comme les attentats contre la caserne de Beyrouthse répètent au moment où il [Donald Trump] est le plus vulnérable.

Trump va apprendre que tuer l’ennemi est la partie la plus simple d’une guerre. C’est après qu’arrivent les difficultés.

En 2018, Soleimani avait répondu publiquement à un tweet dans lequel Trump avait menacé l’Iran:

« Monsieur. Trump, le flambeur! […] Vous connaissez bien notre puissance et nos capacités dans la région. Vous savez à quel point nous sommes puissants dans la guerre asymétrique. Venez, nous vous attendons. Nous sommes de vrais hommes sur le terrain, sachez-le. Vous savez qu’une guerre signifierait la perte de toutes vos capacités. Vous pouvez commencer la guerre, mais c’est nous qui déterminerons sa fin. « 

Depuis mai 2019, les États-Unis ont déployé au moins 14800 soldats supplémentaires au Moyen-Orient. Au cours des trois derniers jours, des éléments aéroportés et des forces spéciales ont suivi . Les États-Unis ont clairement prévu une escalade.

Soleimaniva être remplacé par le général de brigade Ismail Ghani, un vétéran de la guerre Iran-Irak qui a été actif pendant des décennies dans la Force Qods et a combattu l’EI en Syrie. C’est un officier de stature et de compétence égales.

Ismail Ghani

La politique iranienne de soutien aux organisations étrangères va s’intensifier. Les États-Unis n’ont rien gagné avec leur attaque mais ils en subiront les conséquences pendant les prochaines décennies. Désormais, leur position au Moyen-Orient sera fortement entravée. D’autres vont arriver pour prendre leur place.

Esclavagisme et système électoral aux Etats Unis

12 novembre 2016

Le droit constitutionnel est une discipline qui peut s’avérer intéressante et permettre de montrer quels intérêts sont cristallisés dans le texte législatif fondamental qu’est une constitution.

C’est seulement quand les rapports de force changent profondément que ce genre de texte évolue significativement ou est renouvelé complètement.

La Constitution américaine est pratiquement inchangé depuis sa rédaction au 18ème siècle par les Pères Fondateurs, ce qui donne à penser que les intérêts de l’époque restent bien représentés par ce texte, ou encore que d’autres intérêts qui ont émergés par la suite ont estimé que les lignes directrices tracées par lui leur permettent de défendre et de promouvoir leurs intérêts. Et donc que les rapports de domination contemporains sont dans leur essence de même nature que ceux qui avaient orienté la rédaction de la loi fondamentale.

L’article que je vous propose, sans aller vers ce genre de raisonnement, expose cependant un des principaux rapports de domination qui a justifié le système du Collège Electoral, ou des grands électeurs, souvent décrié, particulièrement au moment où ce système a permis à un Donald Trump légèrement distancé en nombre de voix de réunir plus de grands électeurs que sa rivale Hillary Clinton et donc de s’imposer dans la course à la présidence des Etats Unis.

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Deux  faits importants: une participation électorale en baisse et une légère avance pour Hillary Clinton en nombre de voix populaires

Une problématique à mettre en relation avec celle de l’hymne national des Etats Unis.

La raison troublante qui explique l’existence du Collège Electoral

Par Akhil Reed Amar, Time Magazine (USA)   8 novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les pères fondateurs avaient quelque chose de particulier à l’esprit quand ils ont mis en place le système électoral présidentiel américain : l’esclavage

Alors que les Américains attendent la mise en route quadriennale de la course d’obstacles qu’on appelle maintenant le Collège Electoral, il est bon en premier lieu de se souvenir de la raison pour laquelle nous sommes dotés de cet étrange dispositif politique. Après tout, les gouverneurs des 50 Etats sont élus au suffrage universel direct ; pourquoi ne pas faire de même pour le gouverneur de tous les Etats, c’est-à-dire le président des Etats Unis ? Les bizarreries du système du Collège Electoral ont été mises en évidence cette semaine quand Donald Trump a remporté la présidentielle avec une majorité de grands électeurs alors même qu’il était légèrement devance par Hillary Clinton en nombre de suffrages populaires.

Certains disent que les pères fondateurs avaient préféré le Collège Electoral au suffrage universel direct afin d’équilibrer les intérêts des Etats peu et très peuplés. Mais les coupures les plus nettes aux Etats Unis n’ont jamais été entre les petits Etats et les grands, mais entre le nord et le sud, et entre les côtes et l’intérieur.

Un argument de l’époque des pères fondateurs en faveur du Collège Electoral découlait du fait que les Américains ordinaires à travers un territoire immense ne disposeraient pas de suffisamment d’informations pour choisir directement et avec discernement parmi les candidats à la présidentielle les plus en vue.

Cette objection pouvait être justifiée dans les années 1780, quand la vie était beaucoup plus locale. Mais l’émergence précoce de partis présidentiels nationaux la rendit obsolète en associant les candidats à la présidentielle à toute une série de candidats locaux et de plateformes nationales qui expliquaient aux électeurs les positions des candidats.

Même si les rédacteurs de la Constitution à Philadelphie n’avaient pas anticipé l’émergence d’un système de partis présidentiels nationaux, le 12ème amendement – proposé en 1803 et ratifié un an plus tard – était rédigé avec un tel système partisan à l’esprit, suite à l’élection de 1800 – 1801. Lors de cette élection, deux partis présidentiels rudimentaires – les Fédéralistes dirigés par John Adams et les Républicains de Thomas Jefferson – avaient pris forme et s’étaient affrontés. Jefferson l’avait finalement emporté, mais seulement après une longue crise provoquée par plusieurs lacunes dans la mécanique électorale des rédacteurs de la Constitution. En particulier, les électeurs républicains n’avaient aucune possibilité formelle de signifier qu’ils voulaient Jefferson comme président et Aaron Burr comme vice-président plutôt que l’inverse. Certains politiciens avaient alors essayé de profiter de la confusion qui en avait résulté.

C’est le 12ème amendement adopté en 1803 qui permit à chaque parti de désigner un candidat à la présidence et un autre candidat à la vice-présidence. Les modifications du processus électoral introduites par cet amendement transformèrent le cadre défini par les rédacteurs de la Constitution, permettant aux élections présidentielles ultérieures d’être ouvertement populistes et des affaires de partis présentant un ticket avec deux candidats. C’est le système du Collège Electoral prévu par le 12ème amendement, pas la Constitution de Philadelphie, qui demeure en place aujourd’hui. Si le manque d’informations du citoyen moyen avait pu être la véritable justification du Collège Electoral, ce problème était largement résolu vers 1800. Alors pourquoi tout ce dispositif du Collège Electoral n’avait-il pas été abandonné à l’époque ?

Les cours d’instruction civique qui portent sur le Collège Electoral mentionnent rarement le véritable démon qui a condamné le suffrage universel direct au niveau national en 1887 et 1803 : l’esclavage.

A la convention de Philadelphie, le Pennsylvanien visionnaire James Wilson proposa l’élection du président au suffrage universel direct. Mais l’habile Virginien James Madison avait répliqué qu’un tel système s’avérerait inacceptable pour le Sud : « La base électorale était beaucoup plus large dans les Etats du Nord que dans ceux du Sud; » et ces derniers pourraient se retrouver sans influence sur l’élection du fait de la présence de nombreux Noirs. » En d’autres termes, avec le suffrage universel direct, le Nord pèserait beaucoup plus que le Sud dont les nombreux esclaves (plus de 500 000 en tout) n’avaient évidemment pas le droit de vote. Mais le système du Collège Electoral- dont Madison avait proposé un prototype dans le même discours – permettait à chaque Etat du sud de compter sa population servile, avec cependant une réduction des deux cinquièmes – pour le calcul de sa part de représentants au niveau national.

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Les 13 colonies fondatrices des Etats Unis

La Virginie avait été la grande gagnante – c’était la Californie de l’époque des pères fondateurs – avec 12 sur le total des 91 votes alloués par la Constitution de Philadelphie, soit plus du quart des 46 voix nécessaires pour emporter l’élection au premier tour. Au recensement de 1800, l’Etat libre de Pennsylvanie de Wilson qui avait 10 % d’habitants libres de plus que la Virginie obtint cependant 20 % de grands électeurs de moins. Par un effet pervers, plus la Virginie (ou tout autre Etat esclavagiste) achetait ou entretenait, plus son poids électoral était important. Quand un Etat esclavagiste affranchissait des Noirs qui partaient ensuite pour le Nord, l’Etat courait le risque de perdre des grands électeurs.

Si l’avantage donné par ce système à l’esclavagisme n’était pas massivement évident au moment de la ratification de la Constitution, ce fait apparut rapidement. Pendant 32 des 36 premières années de la Constitution, la présidence fut occupée par un Blanc de Virginie propriétaire d’esclaves.

Le Sudiste Thomas Jefferson, par exemple, gagna l’élection de 1800-1801 contre le Nordiste John Adams dans une compétition où les électeurs supplémentaires qui résultaient de l’esclavagisme furent la marge décisive pour la victoire ; sans les grands électeurs supplémentaires attribués du fait de la population servile, les Etats majoritairement sudistes qui soutenaient Jefferson n’auraient pas suffi à lui donner une majorité. Comme de fins observateurs l’avaient remarqué à l’époque, Thomas Jefferson s’était métaphoriquement transporté dans les murs de l’exécutif à dos d’esclaves.

La compétition de 1796 entre Adams et Jefferson avait été marquée par une division encore plus nette entre les Etats du nord et ceux du sud. Donc, à l’époque du 12ème amendement qui bricolait avec le système du Collège Electoral au lieu de le démanteler, le biais pro-esclavagiste de ce système n’était déjà plus un secret. De fait, pendant les débats parlementaires autour de cet amendement fin 1803, le député au Congrès Samuel Thatcher avait déploré que « la représentation des esclaves ajoute treize membres à cette chambre du présent Congrès, et dix-huit grands électeurs pour le président et le vice-président à la prochaine élection. » Mais la protestation de Thatcher était restée sans effet. Une fois de plus, le Nord avait cédé au Sud en refusant de pousser pour une élection nationale au suffrage universel direct.

A la lumière de cette histoire plus complète (quoique moins flatteuse) du système du Collège Electoral à la fin du 18ème et au début du 19ème siècles, les Américains devraient se demander s’ils veulent conserver cette institution bizarre au 21ème siècle.

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Le professeur Akhil Reed Amar

Akhil Reed Amar enseigne le droit constitutionnel à l’université de Yale. Cet article se base sur son livre publié récemment, The Constitution Today.


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