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Football Algérie-Egypte, la défaite finale des chauvins

9 février 2011
On s’en souvient, les matchs Algérie Egypte comptant pour les éliminatoires de le dernière coupe du monde avaient donné lieu à des incidents et à une virulente campagne hostile à l’Algérie. Le coup d’envoi de cette campagne avait été donné par un certain Amr Adib, présentateur vedette d’un talk show sur la télévision égyptienne. Larbi.org explique bien quel a été le rôle de cet individu et ses procédés.
Cet enfant chéri du régime Moubarak qui n’a pas lésiné à encourager toutes sortes de dérives chauvines dans l’opinion égyptienne a senti le vent tourner et il a donc entrepris de se montrer avec ceux qui manifestent pour la démocratie place de la Libération au Caire.
Mal lui en a pris ainsi que le rapporte sur son blog Hossam el-Hamalawy, un journaliste de gauche qui travaille dans l’édition anglophone du quotidien cairote Al-Ahram.
On entend surtout « barra! »: dehors! et « Imchi! »: dégage!
Hossam el-Hamalawy écrit:

Hier, le bouffon sensationnaliste Amr Adeeb, qui avait presque provoqué une guerre entre l’Egypte et l’Algérie pour un match de football, qui s’est toujours porté à la défense de Moubarak, a essayé de se montrer place tahrir, dans une démarche opportuniste. Il a été immédiatement expulsé par les révolutionnaires présents sur la place.
Et au nom du peuple égyptien, je voudrais m’excuser auprès de nos frères et soeurs Algériens pour toutes les saloperies qu’a proférées Adib sur la nation algérienne en novembre dernier [en fait 2009].

Indépendamment de ses opinions politiques, une personne comme Hossam el-Hamlawy symbolise à mon avis tout ce qu’il peut y avoir de bon dans le peuple égyptien comme dans les autres peuples du monde arabe. Ce sont ces voix qui doivent primer et non celles qui exaltent un chauvinisme qui en soi est mauvais et dont le but n’est en réalité que de renforcer le pouvoir des oppresseurs.
Et puis, ces incidents dont nous parlons tout comme ceux qui avaient entouré le parcours de l’équipe de France en Afrique du Sud montrent qu’il serait bon de ramener le sport, le football surtout, à ce qu’il est: un jeu
Merci à l’Arabe en colère.

Supporters de l’équipe de football du Betar, supporters de la haine raciale

31 janvier 2010
Depuis quelques années le football est le prétexte à de nombreuses dérives chauvines qui s’expriment lors de compétitions internationales, nationales et même parfois locales. Des exemples récents en ont été fournis par les matchs qualificatifs pour la coupe du monde 2010 entre les équipes d’Algérie et d’Egypte, ou encore dans un match comptant pour le championnat de France. Un certain nombre de facteurs convergents expliquent ces dérives: le rôle de plus en plus important de l’argent dans ce sport et les activités qui en dépendent, même dans des pays en voie de développement, les encouragements des couches dirigeantes toutes heureuses de canaliser le ressentiment de leurs concitoyens vers des boucs émissaires étrangers; une politique plus ou moins consciente qui cherche à détourner les gens de la politique et de leurs véritables problèmes. Une démarche facilitée aujourd’hui par l’existence de media de masse, télévisuels notamment.
Nous sommes désormais fort éloignés de l’époque où le sport, dont le football, prolongeait la politique tout en respectant sur le terrain l’éthique et les valeurs sportives ainsi que le démontrèrent en leur temps l’équipe de football du FLN ou les athlètes Américains John Carlos et Tommie Smith aux JO de 1968.
On sait l’importance accordée par Hitler aux performances sportives de la race supérieure ou encore le rôle joué par le sport en tant que vitrine des réussites du communisme. Le sport peut effectivement accompagner les idées porteuses de haine ou sectaires comme celles qui prônent l’amitié. L’article que je vous propose évoque justement un club de football emblématique d’une idéologie sectaire, le sionisme. Ce club est celui du Betar Jérusalem, fondé justement par le Betar, c’est-à-dire le mouvement sioniste dirigé par un fasciste  que Mussolini appréciait au point d’accueillir dans son pays une école navale du Betar. Un parti qui a vu entre autres figurer dans ses rangs les respectables Tzipora Livni et Ehoud Olmert ou encore le « spécialiste » du proche orient Frédéric Encel.
Miliciens du Betar en uniforme à Berlin en 1936

Le match entre un club de football qui représente l’extrême droite juive et un autre qui comporte des joueurs Arabes déchaîne les passions.
par RICARDO MIR DE FRANCIA, El Periodico (Espagne) 31 janvier 2010 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Plus d’un Barcelone-Real Madrid, ce serait une sorte de Celtic-Rangers, un duel qui transcende l’aspect purement sportif pour cheminer dans les méandres piégés de la religion, de la politique et de l’identité nationale. Aucun match de football ne suscite autant de passions en Israël que ceux disputés entre le Betar Jerusalem, l’équipe de la droite ultranationaliste juive, et Bnei Sakhnin, le vaisseau amiral de la minorité arabe [autochtones Palestiniens, NdT] en Israël. Les deux équipes se sont affrontées la semaine dernière dans la ville sainte. Sur la pelouse, un match qu’on peut oublier, sur les gradins, un cri répété: « Guerre, guerre, guerre. »
La rivalité qui oppose les supporters des deux formations, surtout les plus extrémistes d’entre eux, est apparue avec évidence quand la modeste équipe de Bnei Sakhnin, club d’une petite ville de 25 000 habitants en Galilée, a remporté pour la première fois la coupe d’Israël en 2004. La Famille, ainsi que se fait appeler le groupe des ultras du Betar, avait fait paraitre alors un communiqué dans le journal à plus grand tirage du pays, annonçant la mort du football israélien. Jamais un joueur Arabe n’a évolué au Betar, à la différence de celui de Sakhnin où Arabes et Juifs portent le même maillot.

Haine contre les Arabes
« Les supporters du Betar sont très à droite, ils détestent simplement les Arabes, » nous dit à l’entrée du stade un jeune homme d’une vingtaine d’années, vêtu de la chemise jaune et noire de l’équipe locale et qui tient à la main une boisson à la vodka. Son ami essaye de le faire taire. Cette présentation ne lui plait pas. Il veut expliquer. « Le club de Sakhnin représente le terrorisme arabe. Ils veulent faire de ce pays un émirat islamique. Israël est synonyme de liberté et nous sommes des patriotes. » 
A l’intérieur du stade, les notes de l’hymne israélien, la Hatikva (L’espoir), précèdent le coup d’envoi. C’est le prélude à tout un répertoire d’amabilités proférées contre les 200 supporters seulement de Bnei Sakhnin qui ont accompagné leur équipe. « Nous allons brûler la terre sous leurs pieds », « Muhammad n’est pas un prophète, ce n’est qu’un Arabe », ou « Guerre, guerre… nous parlons de Gaza ». Dans le public, quelques femmes, de nombreuses kippas de Juifs religieux. Pendant la mi-temps, certains vont  à la recherche d’un espace pour prier entre le bar et les toilettes. Faute de châle de prière, ils se couvrent la tête avec le drapeau du Betar.
Les chants de la Famille emplissent le stade Teddy Kollek, appelé populairement L’Enfer. En plus d’une occasion, ces chants ont coûté des sanctions au club. Pour certains supporters, ce sont des motifs constants de honte. « Si vous voulez voir le plus mauvais visage d’Israël, vous êtes au bon endroit, » nous dit un supporter. Comme quand ils avaient interrompu la minute de silence à l’occasion du douzième anniversaire de la mort d’Itzhak Rabin, en chantant le nom de son assassin et en acclamant les colons.
L’ultranationalisme du betar est imprimé dans ses gènes. Depuis sa création en 1936, le club a été associé au Betar, un mouvement de jeunesse fondé par Zeev Jabotinsky, le père du sionisme révisionniste et l’idéologue de la droite israélienne. Ses militants, qui adopteront comme tenue officielle la chemise noire de l’Italie fasciste de Mussolini, fourniront les premiers membres de l’équipe.
A ses débuts, l’équipe fut temporairement interdite de stades après l’arrestation et la déportation par les autorités mandataires britanniques de certains de ses joueurs pour leurs activités politiques. La ligne de démarcation entre le Betar et des organisations comme l’Irgoun ou le Lehi – guerillas de libération nationale pour certains, organisations terroristes pour d’autres – n’a jamais été claire. Leurs dirigeants, Menahem Begin et Itzhak Shamir passèrent par le Betar, de même que d’autres futurs premiers ministres ou dirigeants comme Ehud Olmert et Tzipi Livni.

Demande de pardon

Cet ADN politique distingue le Betar d’autres clubs israéliens dont une partie du nom est Hapoel ou Maccabi, issus des mouvements de jeunesse de la gauche sioniste. Il n’y a pas longtemps qu’Aviram Baruchyan, le capitaine du Betar, a dû demander pardon aux supporters après avoir décalré qu’il lui plairait de voir un Arabe jouer dans son équipe.
Dans les gradins, le débat est ouvert. « C’est un sujet très sensible. Les supporters exercent une forte ression pour maintenir le caractère juif de l’équipe, » déclare un supporter quadragénaire venu avec son fils. Son ami relativise le problème. éQuand le chien aboie, il ne mord pas. Pourquoi pas un joueur Arabe s’il est bon? Ils finiraient par s’y faire, » affirme-t-il. Le sujet est clos. 1 à 0 pour le Betar et tout le monde à la maison pour dormir.

Une lecture des incidents qui ont émaillé les rencontres de football entre l’Algérie et l’Egypte

18 novembre 2009

L’équipe nationale d’Algérie de football vient d’arracher son ticket pour la coupe du monde 2010 par une victoire 1 à 0 contre son homologue égyptienne.

Comme beaucoup d’Algériens, je suis heureux, bien sûr de cette qualification et du comportement des joueurs sur le terrain qui, dans l’ensemble, a été régulier en dépit de l’enjeu et de tous les événements qui ont précédé le match, d’abord en Egypte puis en Algérie.

 

Ces événements, je persiste à les déplorer. Certes, de graves incidents avaient d’abord eu lieu en Egypte, au moment de l’arrivée de l’équipe d’Algérie au Caire.
Des pseudo supporters Egyptiens, endoctrinés par une presse honteuse, aux ordres d’un régime lui-même honteux, s’étaient livrés au caillassage des footballeurs Algériens, causant des blessures qui auraient pu être très graves.
L’après-match au Caire ne fut pas non plus très digne, c’est le moins qu’on puisse dire.
Ceci dit, je persiste à déplorer les réactions excessives qui ont eu lieu en Algérie à l’encontre d’intérêts égyptiens, sans parler de l’attaque contre une maison hébergeant une famille égyptienne qui n’a peut-être dû son salut qu’à l’intervention des forces de l’ordre.
Tout cela est indigne et n’augure rien de bon, ni pour l’Algérie, ni pour l’Egypte et je ne parle même pas des relations entre ces deux pays.
Ces événements nous interrogent et suscitent des commentaires tels ceux d’As’ad Abu Khalil, cet universitaire Libanais qui exerce aux USA et anime le blog Angry Arab que je vous recommande en passant.
Son article, paru dans la rubrique Opinion d’Al Jazeera, a l’intérêt de remettre ces événements footballistique dans une perspective historique qui est celle du nationalisme arabe, de son échec et des régimes plus ou moins chauvins qui dominent maintenant la politique dans les Etats arabes.
As’ad Abu Khalil situe à juste titre, à mon avis, le grand tournant vers le chauvinisme avec l’accession au pouvoir de Sadate en Egypte et la signature du traité de paix entre l’Egypte et l’entité sioniste.
Sadate fit la promotion d’une idéologie chauvine en complète rupture, sur ce plan comme sur les autres avec le panarabisme populaire du colonel Nasser. Comme le signale justement As’ad Abu Khalil, la notion d’une Egypte arabe n’a pas toujours été quelque chose qui allait de soi en Egypte et cette idée ne s’est imposée que relativement tardivement avant d’être patiemment mise sous le boisseau par Anouar Sadate puis Moubarak.
Ceci dit, j’observe toutefois que les phénomènes chauvins liés au sport, surtout au football en réalité ne sont pas propres aux Etats arabes pas plus que la surmédiatisation du sport. Chacun, dans le pays où il vit, peur constater les problèmes de comportement liés au football aussi bien dans les tribunes, que dans la rue ou sur la pelouse (je parle du comportement des joueurs).  Ces problèmes, parfois graves, peuvent même s’observer dans des compétitions d’un niveau insignifiant comme des championnats locaux.
Ces faits sont autant liés à des intérêts politiciens qu’à l’entrée presque complète du sport dans la sphère marchande. Le football est en réalité le plus globalisé des sports mais aussi le plus inséré dans l’univers marchand.
Dans la sphère marchande dans un contexte libéral, les principes sont profit et compétitions. L’important n’est pas que de participer et l’abrutissement par le spectacle du sport ou les concours de chanteurs de variété n’est en rien le monopole des pays arabes. Et il ne faut pas non plus oublier qu’une fois passées les émotions liées à telle ou telle compétition, chacun revient à ses difficultés quotidiennes. Et que la victoire en coupe du monde d’une équipe de France « Black Blanc Beur » n’a pas empêché la montée en France d’un racisme qui présente une composante islamophobe initié par les élites politiques et intellectuelles.

Sur la question du panarabisme opposé aux nationalismes étroits, il faut remarquer que l’unité arabe est autant un fait qu’on a souvent l’occasion de vérifier qu’une utopie à construire. Certes la langue est commune dans sa forme littéraire, certes il y a de nombreuses convergences dans les coutumes, la religion, l’imaginaire et une histoire en partie commune.
Mais tout cela ne suffit pas à créer une nation ou un Etat supranational.
L’objectif unitaire est certes louable, mais pour être réalisé, il faut outre une volonté, une convergence des systèmes politiques et économiques.
On le voit bien dans le processus de construction européenne qui n’a pu se faire que sous ces deux conditions que des mécanismes institutionnels veillent à maintenir en l’état, que les peuples le veuillent ou non.
Les régimes en place dans les pays arabes n’y sont pas disposés tout simplement parce que leur pouvoir, qu’ils ne veulent effectivement pas partager et qu’ils tiennent rarement d’élections dignes de ce nom, leur permet d’accaparer les ressources des pays qu’ils dirigent.
Si on prend l’exemple du Maghreb qui à priori réunit des conditions importantes pour réaliser l’unité (un arabe littéraire mais aussi dialectal communs, un fond anthropologique commun, des complémentarités économiques actuelles ou potentielles), nous voyons bien que l’unité n’est pas pour demain et que l’Union du Maghreb Arabe est surtout une coquille vide.
Une première étape pourrait consister en l’accroissement de l’interdépendance économique de ces pays ou d’autres plus éloignés du Maghreb. Ceci bute encore sur l’écueil politique opposé par des élites rentières qui dépendent de quelques produits destinés à la consommation étrangère.
On voit donc bien que l’unité arabe, qui n’était pas pour hier, n’est pas tout à fait non plus pour demain alors que l’heure est à la constitution de grands ensembles géopolitiques.

Pour conclure et revenir au football, je remarquerai qu’un des joueurs de l’équipe nationale égyptienne s’appelle Zidan(e) comme un certain Zineddine et que le Lusitano-Algérien Mourad Meghni avait sur le stade une allure qui me rappelait furieusement Tariq Ramadan en moins mat.

Politique de la rivalité sportive
par As’ad Abu Khalil
Al Jazeera (Qatar) 18 novembre 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le hooliganisme et la violence qui ont marqué les matchs de football entre l’Egypte et l’Algérie qui cherchent toutes deux à se qualifier pour la Coupe du Monde 2010 sont un fait nouveau dans les cultures sportive et politique arabes.

La véhémence, le fanatisme et les récriminations qui se sont ouvertement exprimés dans les médiats et dans les rues en Algérie, en Egypte et au Soudan [le pays hôte où se jouera le match décisif] révèlent tous la même tendance. C’est l’aboutissement logique du nationalisme étriqué qui prévaut dans la politique arabe depuis la mort de Gamal Abdel Nasser, l’ancien président Egyptien.

Il existe deux formes de nationalisme dans le monde arabe. Le premier est le nationalisme arabe au sens large (souvent appelé panarabisme en Occident) qui vise à unir les Arabes dans un seul Etat.

C’était la vision de Nasser; il avait mobilisé les Egyptiens et les Arabes derrière les slogans de l’unité et de la fraternité arabes. Son projet, cependant, représentait une menace pour tous les régimes arabes; même le parti nationaliste arabe Baas s’inquiétait des plans de Nasser parce qu’ils signifiaient leur perte du pouvoir en Syrie et en Irak.

Ce parti était plus intéressé par la préservation de son pouvoir dans des régimes confinés à la Syrie et à l’Irak que par servir les objectifs de sa propre idéologie.

La rhétorique nationaliste

La rhétorique nationaliste arabe touchait une corde sensible: Nasser devint le seul et indiscuté leader du peuple arabe, prêchant par-dessus la tête de la plupart des dirigeants Arabes. Mais son projet n’était pas le seul à exister dans la région: l’Arabie Séoudite et ses alliés proposaient une alternative dans laquelle les Arabes vivaient installés dans les limites de leurs propres petits (ou grands) Etats.

On parle de ce modèle comme de celui d’un nationalisme étroit (nationalisme qutri en arabe). Il était, bien sûr, plus séduisant pour les régimes parce qu’il signifiait la préservation des frontières à l’intérieurs desquelles ils gouvernaient.

La mort de Nasser avait créé une occasion en or pour les partisans du nationalisme qutri. La parti Baas, qui n’était pas sérieux sur l’unité arabe, se scinda en branches syrienne et irakienne, et la querelle qui s’ensuivit entre les deux factions devins une des plus âpres et des plus violentes de l’histoire politique arabe contemporaine.

Anouar Sadate, le successeur de Nasser, voulait écarter l’Egypte de toute préoccupation arabe et souhaitait parvenir à un accord de paix avec Israël. C’était un accord qui permettrait d’aligner son pays avec les Etats Unis et dégagerait l’Egypte des responsabilités arabes dans le conflit avec Israël.
Il revint à une forme de nationalisme étroit et chauvin basé sur l’identité pharaonique. Ce genre d’idées existait en Egypte avant la révolution de 1952 et il leur insuffla une nouvelle vie lors de son arrivée au pouvoir.
Elles cadraient avec ses plans de paix avec Israël; l’idée de la supériorité égyptienne vis-à-vis des tous les Arabes lui étaient assez utiles pour expliquer l’isolement enduré par l’Egypte après son voyage en Israël.

Pour rompre franchement avec le passé, Sadate attaqua la Libye sans sommation et ce sont les pressions des Etats Unis qui lui firent cesser son agression avant qu’elle ne dégénère en guerre régionale.

Retour à l’antiquité

Mais il serait injuste d’imputer au seul Sadate ce nationalisme étriqué – tous les gouvernements arabes lui ont emboîté le pas en se référant à la période antique pour instiller un sentiment de supériorité chez leurs populations.

 

Au Liban, la parti phalangiste avait été complètement vaincu pendant la guerre civile, mais ses idées nationalistes ont essaimé dans diverses sectes libanaises. Dans le même temps, le nationaliste arabe Saddam Hussein invoquait des images, des symboles et des événements de l’histoire ancienne et préislamique de l’Irak.

L’explosion toute récente des télévisions arabes par satellite n’a pas servi à unifier les Arabes mais à les enfoncer encore plus dans leurs retranchements. Les points de différence ont été renforcées tandis que les points communs entre Arabes ont été rejetés avec constance, tout particulièrement dans les médiats arabes contrôlés par les Séoudiens (la majeure partie des médiats arabes est contrôlée directement ou indirectement par la famille royale séoudienne et ses affiliés dans le monde des affaires).

Les spectacles sportifs et la pléthore de concours musicaux ont été conçus pour mettre en relief les différences entre Arabes et inciter les spectateurs à se rallier derrière le drapeau de leurs pays. Les médiats séoudiens mènent toujours une bataille contre Nasse; l’humiliation subie par la famille royale séoudienne suite à sa politique n’a jamais été oubliée ni pardonnée.

Un document  qui avait divulgué à la presse états-unienne montrait que le Pentagone prévoyait de lancer une version irakienne du célèbre programme télévisé American Idol en vue de contribuer à instiller un sentiment de nationalisme irakien. Il est clair que ces rivalités sportives et artistiques ne sont pas aussi spontanées qu’on veut bien le croire.

Au contraire, elles résultent de décennies de mobilisation et d’agitation encouragée par les Etats derrière le drapeau de chaque pays arabe. Qu’elle se soit traduite elle-même en violence est à vrai dire une indication que le nationalisme qutri a fonctionné, jusqu’à un certain point.

Le culte du sport dans les médiats arabes est un autre facteur dans ce phénomène. Les sports sont une distraction inoffensive pour le peuple; les régimes aiment mieux que leurs peuplent regardent des spectacles sportifs plutôt que les scènes quotidiennes d’oppression et de carnage en Palestine, par exemple.

Une moindre attention à la politique

Cette culture des « arts » et du sport a été créée pour réduire la vigilance politique de l’opinion. Les médiats arabes consacrent énormément de temps et de ressources à la couverture du sport, singulièrement aux performances des équipes nationales.

Ce chauvinisme étroit qui associe la fierté nationale à la victoire des équipes nationales est devenu un élément de base des politiques de ces régimes.

La bataille sur Facebook entre amateurs de football Algériens et Egyptiens révèle à quel point la jeunesse arabe est réceptive au paradigme nationaliste. La performance des équipes a un effet d’image sur la réputation des régimes eux-mêmes.

Cela participe à expliquer pourquoi des princes de haut rang dirigent des équipes de football dans certains pays arabes. Saddam [Hussein] avait installé son propre fils à la tête du Comité Olympique Irakien. Et Jibril Rajub, un des anciens responsables de la sécurité de Yasser Arafat, dirige actuellement le comité palestinien du football.

Tout ce qui touche au sport est politique dans le monde arabe, ce qui rend le sport dangereux et potentiellement violent.


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