Archive for the ‘Iran’ Category

Tarek Aziz: la mort pour récompense

27 octobre 2010
Le régime irakien vient de condamner Tarek Aziz à la peine capitale au terme de ce que Pepe Escobar qualifie de processus judiciaire de vengeance. Pepe Escobar souligne en effet que les preuves de culpabilité admises par la justice irakienne auraient été rejetées par n’importe quel tribunal occidental.
Pepe Escobar oublie peut-être le tribunal de Nuremberg et la façon dont il gérait l’administration de la preuve…
Ceci dit, Tarek Aziz était sans doute le dernier très haut dignitaire du régime baathiste encore vivant. C’en était surtout la figure la plus connue dans le monde de par ses fonctions de ministre des affaires étrangères. Les téléspectateurs ont en effet eu maintes occasions de voir son visage à l’époque de la première, puis de la deuxième guerre dites du Golfe.
Tarek Aziz, de son vrai nom Mikhael Yuhann, doit se demander comment son pays a pu en arriver là et comment, en fin de compte, le pouvoir a pu échapper, sans doute pour toujours au parti Baath.
Je ne sais pas quelle est son analyse mais, selon moi, le compte à rebours du régime baathiste n’a pas commencé avec les guerres menées par les USA et leurs amis contre l’Irak. Tout a commencé en réalité avec l’agression lancée par l’Irak contre l’Iran voisin qui venait de vivre une révolution islamique et d’abolir la monarchie.
La guerre déclenchée par le gouvernement irakien ne répondait à aucune menace du pays voisin, où la révolution n’était pas stabilisée avec un poids des ayatollahs bien moindre que ce qu’il sera par la suite. Le président Saddam Hussein avait en fait dénoncé les accord d’Alger, signés entre l’Irak et l’Iran, pour régler un différend frontalier relatif à l’embouchure des deux fleuves qui traversent l’Irak
Ce fut une guerre dure et meurtrière dont l’enjeu allait au delà bien sûr de la querelle frontalière. Le régime irakien avait pensé tenir là l’occasion d’accéder à un leadership régional, de s’affirmer comme un allié de l’occident face à l’islamisme au pouvoir en Iran, et peut être de faire main basse sur les secteurs iraniens pétrolifères limitrophes de l’Irak.
Sa démarche rencontrait l’assentiment et le soutien des monarchies arabes, qui craignaient d’être submergées à leur tour par une révolution, mais aussi des pays occidentaux. Ces derniers venaient en effet de perdre un allié de taille avec le Chah et s’inquiétaient aussi d’une contagion révolutionnaire. Et c’est pourquoi les pays occidentaux n’hésitèrent pas à renforcer l’arsenal militaire irakien, la France allant même jusqu’à « prêter » des avions de combat (sans doute avec leurs pilotes) à l’armée irakienne. Ce sont ces mêmes pays qui fourniront au régime irakien ces fameuses armes chimiques qu’ils lui reprocheront plus tard de détenir. Ces armes chimiques seront en effet utilisées contre les troupes iraniennes.
On connaît la suite: l’Irak dût accepter de revenir aux accords d’Alger. Sauf que ce n’était plus le même Irak mais un Irak appauvri, endetté auprès des pétromonarchies, à l’économie désorganisée sans parler bien sûr des nombreuses pertes en vies humaines. C’est cette situation d’après guerre qui avait incité Saddam Hussein à s’emparer de l’émirat koweïtien voisin, ce qui aboutira à la première guerre du Golfe. Là encore, Saddam Hussein peu instruit par la guerre contre l’Iran avait cru bon d’interpréter des propos d’une diplomate américaine comme un feu vert à son entreprise.
D’une manière générale, la diplomatie irakienne a toujours fait preuve d’une étrange naïveté dans ses relations avec l’Occident et les Etats Unis, ne parvenant jamais à analyser correctement la situation et les rapports de force, ni à comprendre que « l’alliance » objective avec les USA ne pouvait être que tactique et non stratégique. Que les Etats Unis ne voulaient pas d’une victoire irakienne contre l’Iran mais plutôt d’une défaite des deux pays.
L’Iran est également sortie affaiblie de son conflit avec l’Irak mais le résultat le plus important de cette guerre est qu’elle aura permis aux mollahs de consolider la révolution à leur main, en en éliminant politiquement les autres composantes. Sans la guerre, les choses se seraient peut être passées autrement.
Ce qui est par contre certain, c’est que a situation géopolitique qui prévaut actuellement dans cette sous-région s’est décidée en ce jour fatidique du 17 septembre 1980.
Tarek AZIZ

L’histoire d’Aziz restera non dite
par Pepe Escobar, Asia Times 27 octobre 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les néo conservateurs ont toujours soutenu que les Etats Unis avaient envahi l’Irak pour apporter la « démocratie » (au bout du fusil). Il semble que faute de démocratie, les plus gros succès du système judiciaire américain ont bel et bien été institués dans l’Irak (qui reste occupé); la torture (comme WikiLeaks l’a amplement démontré) et la peine de mort. Vous parlez d’une libération.

Et parlons de récompense pour services rendus. L’ancien vice premier ministre Tarek Aziz, 74 ans, malade, fragile, déjà emprisonné, et victime d’une attaque cérébrale cette année, vient d’être condamné ç la pendaison par la Cour Suprême de Baddad, selon la télévision irakienne d’Etat, « pour son rôle dans l’élimination des partis islamiques [chiites]. »

Aziz, né Mikhael Yuhann à Mossoul en 1936, un Chrétien de rite chaldéen – le seul dans le cercle rapproché de l’ancien pouvoir baathiste sunnite et laïque, son « visage humain » le plus connu dans le monde – diplômé en langue et littérature anglaises, purge déjà une peine de 15 ans de prison pour l’assassinat de 42 commerçants en 1992 plus une condamnation supplémentaire de sept ans pour son rôle présumé dans la déportation des Kurdes Irakiens à l’époque de Saddam Hussein. Aucun tribunal occidental n’aurait accepté ce qu’on a présenté comme des preuves de son implication personnelle dans chacun de ces crimes.

L’Union Européenne (UE) a été au moins fidèle à sa charte (la peine de mort est « inacceptable »); Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, va appeler Bagdad à ne pas exécuter la sentence. Les avocats d’Aziz vont faire appel au Vatican – qui condamne aussi la peine  capitale. Le leader du parti Radical Marco Pannella a commenceé une grève de la faim pour la dénoncer.

Ne pas voir ce verdict comme politique revient à croire à la démocratie par le « choc et l’effroi. » Dans ce cas précis, la vengeance est celle de l’actuel premier ministre Nuri al-maliki et de son parti chiite Da’wa qui fit l’objet de persécutions par le régime sunnite de Saddam. Sinon il n’y a que des perdants – parce que Aziz est sans doute la seule personne sur terre qui pourrait raconter la véritable histoire et toutes les délicieuses étapes de dizaines d’années du sale jeu des Etats Unis en Irak.

C’est le suprême best-seller politique que nous aurons jamais l’occasion de lire – nous disant par exemple comment le Royaume Uni, les Etats unis et l’Arabie Séoudite ont dépensé 60 milliards de dollars pour que l’Irak entre en guerre contre l’Iran dans les années 1980; ce qui a été réellement discuté entre Saddam Hussein, lui-même et l’ancien secrétaire à la défense US Donald Rumsfeld lors de leur rencontre de 1983 à Bagdad; comment chaque politicien Occidental rendait hommage à la cour de Saddam – l’homme qui devait éliminer ces ayatollahs déments; comment Saddam a vaincu les vagues humaine de martyrs de feu l’ayatollah Khomeini en répandant des armes chimiques fournies par l’Occident; et comment ces « armes de destruction massive » imaginaires n’existaient plus depuis 1995 au moins – ce qui rendait le casus belli de Tony Blair et George Bush nul et non avenu.

Quand l’US Marine Corps est entré à Bagdad le 9 avril 2003, sa villa a été pillée – par les marines et par des pillards locaux. Je suis allé voir cette aussi vite que possible (A (mis)guided tour of Baghdad Asia Times Online, 18 avril 2003), découvrant une boîte de DVD de la saga du « Parrain » – la préférence de Saddam allait pour le premier film de la saga – juste à la porte. Le 24 avril, Aziz se rendait aux Américains. Il était le huit de pique de l’infâme jeu de cartes du pentagone (Saddam était l’as de pique).
L’histoire jugera peut-être que Blair et Bush – avec leur Moloch technologique terrifiant baptisé « choc et effroi » – n’ont pas été meilleurs que le cercle rapproché de Saddam Hussein et que, directement et indirectement, leurs « politiques » ont tué plus de civils Irakiens que Saddam ne l’a jamais fait. Pourtant ils ont publié (Blar) et vont publier (Bush) des livres à leur propre « gloire ».

Aziz est par contre le seul qui reste et a une histoire à couper le souffle. Et comme l’homme qui en sait trop dans le proverbe, il doit être éliminé.

Tu tweetes ou tu tweetes pas?

13 octobre 2010

La contestation du scrutin qui avait conduit à la réélection du président Iranien Mahmoud Ahmadinejad promettait d’être une révolution colorée de plus mais, surtout, la une des premières révolutions par le tweet, une tweet révolution!

Peu importait d’ailleurs si le taux d’équipement informatique personnelle en Iran est sans doute sensiblement inférieur à celui qu’on peut observer dans des pays comme la France, les Etats Unis ou la Belgique.

 Concernant l’Iran, personne, sauf peut-être L’Express, ne s’était d’ailleurs posé la question de savoir qui utilise vraiment Tweeter. L’intérêt de cette question déborde d’ailleurs le cas de l’Iran.

La société Sysomos a non seulement posé cette question mais tenté d’y répondre. Et les conclusions de son enquête sont édifiantes:

Qui s’intéresse vraiment à Twitter ?

Phénomène de société encensé par la presse, Twitter s’est imposé en quelques mois comme le gadget communicatif incontournable. Pourtant, il semble que l’intérêt des foules pour les «informations » qui peuvent y circuler ne soit pas à la hauteur de la réputation du site de microblogging. Ainsi, la société Sysomos vient d’achever une étude portant sur plus d’1.2 milliards de tweets afin de décrypter la manière dont les utilisateurs consomment Twitter. Et les résultats sont pour le moins surprenants.

Sur l’ensemble des tweets examinés, 71 % n’entraînent aucune réaction, qu’il s’agisse d’une simple réponse ou d’une reprise ailleurs (un « retweet »). Concernant les 29 % de messages qui entraînent une réaction, 23 % sont des réponses directes et seulement 6 % des retweets. Pour aller encore plus loin, l’étude précise que 92.4 % de ces retweets s’effectuent dans l’heure qui suit la parution du message original, contre uniquement 1.63 % pour l’heure suivante. Si l’on s’attarde sur les 23 % de réponses directes, 96.9 % d’entre elles sont publiées durant la première heure. Enfin, pour ce qui est des tweets qui ont généré une réponse, 85 % n’en ont obtenu qu’une seule !

Evidemment, cette étude ne vise pas à démontrer l’inutilité de Twitter qui reste un vecteur d’information très apprécié et utilisé par les internautes. Cependant, il apparaît évident que Twitter délivre une information instantanée qui, au-delà de la première heure de publication, est déjà obsolète. Parce que le monde peut changer en 24 secondes

L’Etat qui a boycotté le discours du président Obama à l’ONU

25 septembre 2010
Le discours de M. Ahmadinejad, le chef de l’Etat iranien, à l’ONU a suscité des réactions irritées et scandalisées en Europe et aux Etats Unis. Le discours de M. Ahmadinejad a d’ailleurs été marqué par la sortie ostensible des délégués des USA, du Canada et de l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne, dont la France. (ceci dit, cette sortie, comme d’autres auparavant, était nécessairement prévue avant le discours du président Iranien).
Il est assez amusant de constater, en allant sur les sites des journaux qui ont laissé s’exprimer des commentaires qu’un nombre non négligeable de lecteurs, parfois très sévères à l’égard du leader Iranien, admettent cependant partager ses soupçons sur la version officielle des attentats du 11 septembre.
Certains s’insurgent des propos du président Iranien, au nom des personnes tuées à New York (et au Pentagone, ne l’oublions pas) dont la mémoire exigerait un silence respectueux.
C’est cependant oublier un peu vite, comme l’a rappelé M. Ahmadinejad, que les attentats du 11 septembre ont servi à justifier deux guerres (Irak et Afghanistan) qui ont causé la perte de centaines de milliers de vies humaines, causé le déplacement de millions de personnes et entraîné d’immenses destructions. Autant de raisons pour souhaiter que toute la lumière soit faite sur ces fameux attentats du 11 septembre dont la version officielle est pourtant devenue aujourd’hui une vérité théologique au même titre que le discours sur « l’holocauste ».
A l’occasion du discours de Nick Clegg, le N°2 du gouvernement britannique, modifié à la va-vite pour fustiger les assertions du président Iranien, le Daily Mail de Londres présente une abondante couverture photo de l’Assemblé Générale. On y voit sans surprise des délégations quitter la salle au moment de la prise de parole de M. Ahmadinejad mais aussi des délégués s’agglutinant nombreux sur l’aile de la salle de l’Assemblée Générale pour être au plus près du président Obama lors de son discours..
Pourtant, quelques places avaient été laissées vides au moment où M. Obama s’exprimait pour parler de démocratie et de droits de l’homme. Ces places étaient celles de la délégation de l’Etat sioniste qui a boycotté, sans faire d’éclats contrairement à ses domestiques d’Europe et d’Amérique du Nord, le discours du président des Etats Unis.
La délégation suédoise quitte l’assemblée pendant le discours de M. Ahmadinejad
Des exemplaires du Coran et de la Bible en main, M. Ahmadinejad affirme que « On ne peut pas brûler la vérité »
Délégués massés pour écouter le discours de M. Obama
Les délégués de l’Etat sioniste n’étaient pas dans la salle au moment du discours de M. Obama

"Lula, le fils du Brésil", un film qui dérange aux Etats Unis

20 juillet 2010
C’est un peu la même histoire que celle qui était arrivée au film de Mel Gibson sur la Passion du Christ: aucun censeur n’interdit officiellement mais le résultat est le même. 
Le tort de ce film? Montrer que, contrairement à ce qu’on veut faire croire à l’opinion aux Etats Unis, la communauté internationale n’est pas unanime dans sa volonté d’en découdre avec l’Iran. Que des pays comme la Turquie (72 millions d’habitants) ou le Brésil (192 750 millions d’habitants) entre autres discutent avec les autorités iraniennes comme le fait aussi l’inde qui de son côté affirme le caractère stratégique de sa relation avec l’Iran, indépendamment de ce qu’en pensent des pays comme les Etats Unis…

Les producteurs de la « Biopic » de Lula imputent les problèmes de distribution du film aux USA à son amitié pour l’Iran
Par correspondant au Brésil)-NOTICINE.com (Espagne) 20 juillet 2010 traduit de l’espagnol par Djazaïri 

« Lula, le fils du Brésil » (« Lula, o filho do Brasil »), de Fabio Barreto, qui en ce moment même est présenté au musée d’art moderne (MOMA) de New York ne va pas avoir une carrière bien longue aux Etats Unis. La productrice de la famille Barreto a déclaré à la presse que la compagnie qui avait acheté les droits de distribution dans ce pays de cette production coûteuse sur la vie de l’ancien syndicaliste et actuel président brésilien n’envisage pas de le distibuer… par la faute de Lula da Silva lui-même.
Le chef de l’Etat est parvenu récemment, avec la Turquie, à un accord aves l’Iran pour retraiter son uranium, ce qui déplait ai puissant « lobby » juif à Hollywood.

« Le distributeur est juif et nous a dit qu’il était impossible de montrer le film dans une salle où la majorité du public est juif, » a déclaré à la presse la productrice Paula Barreto, soeur du réalisateur Fabio Barreto qui, conséquence d’un tragique accident de la circulation, se troube dans un coma irréversible depuis la fin de l’année dernière.
Le journal Folha de Sao Paulo, cité par l’agence ANSA, explique que les images de Lula da Silva célébrant le 17 mai l’accord de médiation nucléaire avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad, et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, à Téhéran « autaient trop associé le président brésilien au régime islamique qui promeut la destruction d’Israël. »

La dynastie Barreto, une des plus prestigieuses et reconnues dans le monde, fera l’objet d’un hommage le mois prochain au 14ème festival de Lima, organisé par la Pontificia Universidad Católica pour sa contribution en matière de production, de réalisation, d’écriture et de performance cinématographiques. Participeront à l’évenement Bruno (réalisateur, scénariste), Luiz (producteur, directeur de la photographie), Lucy (productrice), Lisa (actrice), et Paula déjà citée (productrice). Fabio Barreto a quitté l’hôpital en février dernier mais il n’est malheureusement pas sorti du coma jusqu’à présent.
 

Sanctions contre Iran, la lecture stratégique de Pepe Escobar

24 mai 2010
Mme Clinton vient d’exiger l’adoption par l’ONU de nouvelles sanctions en lien avec le programme nucléaire iranien. Et ce, en dépit de l’accord sur un échange de combustible nucléaire obtenu par le Brésil et la Turquie.
Mme Clinton va sans doute obtenir l’adoption de ces nouvelles sanctions même si comme le laisse entendre Pepe Escobar, elles seront sans doute fortement édulcorées après être passées à la moulinette des autres membres permanents (Russie, Chine) et non permanents (Liban, Turquie, Brésil).
Quelle que soit la teneur des sanctions, elles auront d’abord un prix pour Washington, celui que les Etats Unis devront payer à la Russie et surtout à la Chine, deux pays qui n’ont aucun intérêt ni à un embargo sur l’Iran ni dans une guerre à leurs portes.
En effet, il suffit de regarder une carte pour voir que l’Iran est limitrophe d’anciennes républiques soviétiques, de l’Afghanistan et du Pakistan. Les répercussions sur ce dernier pays d’un conflit militaire en Iran sont d’une importance essentielle pour les autorités de Pékin.
La Turquie non plus n’a aucun intérêt au déclenchement d’un conflit à ses portes.
Pepe Escobar considère que ce qui vient de se passer à Téhéran, ce fameux accord irano-turco-brésilien, est symptomatique de l’avènement d’un monde multipolaire avec l’apparition de nouvelles puissances moyennes, comme la Turquie, ou très importantes comme la Chine, sans parler du renouveau russe. En fait, plus que d’apparition de puissances, Escobar parle d’éveil à la dimension internationale de ces pays qui, par ailleurs, sont souvent en phase avec cette communauté internationale qui n’est pas exactement celle dont parlent Mme Clinton ou M. Sarkozy. Car le monde, nous rappelle Pepe Escobar, ne se résume pas aux Etats Unis, au Canada et à quelques Etats européens.
En appelant à un nouveau train de sanctions juste après l’annonce de l’accord conclu par le président Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan, Mme Clinton a adressé un camouflet à ces derniers, où un coup de cravache pour rester dans le ton de Pepe Escobar.
Ceci ne restera pas sans conséquences. Mme Clinton est peut-être satisfaite de son coup, plier apparemment à sa volonté la fameuse « communauté internationale, » le coût politique en sera sans doute exorbitant pour les Etats Unis. Car si des pays comme le Brésil ou a Turquie s’éveillent à la dimension internationale, ce n’est certainement pas pour jouer les gros bras mais simplement parce que c’est leur intérêt: le Brésil comme la Turquie dépendent de l’étranger pour leurs approvisionnements en gaz et en pétrole; le Brésil notamment est en train de devenir un géant économique et ses intérêts prennent, et prendront de plus en plus, une dimension mondiale. Ceci est encore plus vrai pour la Chine.
Maintenant, tout le monde aura compris que ce que cherchent les Etats Unis, ce ne sont pas des garanties sur la nature du programme nucléaire iranien, mais un changement de régime. L’idée est de rendre la vie difficile aux Iraniens pour qu’ils contestent de plus en plus leur régime qui, à son tour se durcira: une spirale de l’instabilité pouvant déboucher sur un coup d’Etat ou une révolution colorée.
Le succès de la démarche n’est pas à écarter. L’Iran est sous le coup de sanctions depuis des années et est littéralement assiégée par les troupes US sans parler des gesticulations militaires sionistes. Les menaces de toutes sortes sur le régime sont évidentes et ce dernier s’est effectivement durci ces dernières années, tout en restant bien plus démocratique que d’autres pays, comme l’Egypte par exemple, qui figurent sans problème sur la liste des amis es Etats Unis.
Enfin, qu’on ne s’y trompe pas, les sanctions unilatérales voulues par l’Occident ont tout d’une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom. La seule question qui vaille est: les Etats Unis agiront-ils  militairement contre l’Iran?
Pour cause d’économie chancelante, ils ne le feront, à mon avis, que si les délinquants de Tel Aviv leur forcent la main en bombardant l’Iran provoquant une riposte iranienne. Une réédition en quelque sorte du coup de Suez de 1956. Un coup qui avait été un succès militaire pour la France et la Grande Bretagne, mais qui avait aussi sonné le  glas de leur statut de très grande puissance.

    
L’Iran, Sun Tzu et la dominatrice
By Pepe Escobar, Asia Times (Chine) 22 mai 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Voyons les choses en face: Hillary Clinton est une satanée dominatrice.

Au départ, la Secrétaire d’Etat des Etats Unis avait dit que la médiation turco-brésilienne pour amener l’Iran à accepter un échange de combustible nucléaire était vouée à l’échec. Puis les Etats Unis ont dit que c’était la « dernière chance » pour un accord sans sanctions. Et finalement, moins de 24 heures après l’aboutissement à un accord à Téhéran, Hillary Clinton soumet le Conseil de Sécurité de l’ONU à la cravache et annonce triomphalement au monde qu’un projet de résolution pour une quatrième bordée de sanctions a été établi.

Elle a situé la démarche pour des sanctions dans le cadre « d’une réponse aux efforts entrepris ces tout derniers jours par Téhéran. » Attendez une minute. Immédiatement après une véritable – et fructueuse – médiation par deux puissances émergentes – et intermédiaires honnêtes -, le Brésil et la Turquie, dans ce monde multipolaire sur un dossier très sensible, Washington et ses deux alliés de l’Union Européenne au Conseil de Sécurité, la Grande Bretagne et la France, la torpillent. Est-ce cela qu’on fait passer pour de la « diplomatie » globale? 
Pas étonnant si les alliés importants des États-Unis que sont le Brésil et la Turquie, tous deux membres non permanents du Conseil de sécurité, et toutes deux grandes puissances régionales, ont été furieux après un tel camouflet public. Le Brésil a d’abord annoncé qu’il ne voulait même pas discuter des sanctions à l’ONU. Ensuite, le Brésil et la Turquie ont envoyé une lettre officielle à l’ONU, demandant à participer aux négociations du « groupe des six sur l’Iran. » et les sanctions « pour empêcher l’adoption de mesures allant à l’encontre d’une solution pacifique « .

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva – qui avait dit personnellement à Hillary Clinton plus tôt dans l’année qu’il n’était « pas prudent d’acculer l’Iran » – n’a pas pu s’empêcher de fustiger un Conseil de Sécurité obsolète, en insistant sur le fait qu’après tout il n’était guère enclin à des négociations. Le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a prévenu que le nouveau train de sanctions « empoisonnerait l’atmosphère. »

Et le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan a souligné que cette démarche remettait gravement en cause la crédibilité du Conseil de Sécurité – sans omettre de rappeler ironiquement à chacun l’idée absurde qui consiste à voir les cinq puissances dotées de l’arme atomique et membres permanents du Conseil de Sécurité chercher le démantèlement du programme nucléaire civil d’un pays en développement.

Quant à la « crédibilité des USA », elle mord la poussière une fois de plus, pas seulement au regard de Lula et d’Erdogan, mais à travers l’ensemble des pays en voie de développement – la véritable « communauté internationale » de chair et de sang, suite à cette interminable charade.

Frénésie de flagellation sur l’enrichissement

Ces derniers mois, la dominatrice Clinton a accusé sans relâche l’Iran de rejeter un accord similaire d’échange de l’uranium proposé par les Etats Unis en octobre dernier. Cela fait partie du script habituel en usage à Washington – se conduire de manière des plus sournoises, en insistant pour affirmer que les sanctions ‘n’ont rien à voir » avec l’enrichissement de l’uranium alors que quelques semaines auparavant, l’accord sur l’enrichissement était le motif principal de nouvelles sanctions.

Et il y a pire. Comme Gareth Porter l’a révélé (Washington burns its bridges with Iran Asia Times Online, May21, 2010), Washington n’a proposé un accord sur l’échange de combustible en octobre dernier que parce qu’elle voulait dès le début contraindre l’Iran à accepter de suspendre toutes ses activités d’enrichissement de l’uranium (auxquelles elle a droit aux termes du TNP, (le Traité de Non Prolifération nucléaire). Mais cela n’avait jamais été annoncé publiquement.

L’Iran continuera de toute façon à produire de l’uranium enrichi à 20 % (le TNP l’autorise à le faire), et entamera la construction d’une nouvelle usine d’enrichissement d’à peu près la même taille que celle de Natanz. Cette nouvelle usine s’inscrit dans un plan de construction de dix nouvelles usines, annoncé l’an dernier par le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. En outre, la centrale nucléaire construite à Bushehr par la Russie est en phase d’essais finaux et sera inaugurée cet été. Ce sont des faits irréversibles sur le terrain.

Saeed Jalili, Secrétaire du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale de l’Iran, principal négociateur de facto côté iranien, pourrait bientôt rencontrer en Turquie Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l’Union Européenne. Ashton, négociatrice désignée de la « communauté internationale » est aussi représentative de l’opinion publique mondiale que l’est un communiqué de presse de BP sur le déversement de pétrole dans le Golfe du Mexique. Notamment parce que l’Union Européenne est en voie de proclamer ses propres sanctions unilatérales contre l’Iran. Même chose au Congrès des Etats Unis comme l’a confirmé cette semaine le sénateur Chris Dodd, un Démocrate du Connecticut. Donc, en dehors du Conseil de Sécurité, l’Iran devra aussi faire face à des sanctions supplémentaires de la part d’une coalition de droite emmenée par les USA et composée de caniches européens déclinants.

La Chine et la Russie tirent un Sun Tzu

Sun Tzu, l’ancien général, stratège, philosophe et auteur de l’Art de la Guerre disait, « Permettez à votre ennemi de commettre ses propres erreurs, et ne les corrigez pas. » La Chine et la Russie, toutes deux maîtresses en stratégie, appliquent cette maxime avec panache en ce qui concerne les Etats Unis.

Les 10 pages du projet actuel de résolution de l’ONU portant sanctions ont déjà été diluées à l’extrême par les membres permanents que sont la Russie et la Chine – et ce qu’il en reste de langage belliqueux sera encore démoli par des membres non permanents, le Brésil, la Turquie et le Liban (sans unanimité du Conseil de Sécurité, les nouvelles sanctions seront sans doute vidées de leur contenu concret). Washington n’a aucun moyen d’exercer une coercition sur le reste du Conseil de Sécurité pour qu’il endosse de nouvelles sanctions alors que l’Iran est effectivement engagée dans la voie de la coopération.

Comme il se présente, le nouveau train de sanctions touche aux importations d’armes conventionnelles par l’Iran, aux importations liées aux missiles balistiques, gèles les avoirs de hauts responsables du corps des Gardiens de la Révolution Islamique, et met en place des inspections des cargos dans les ports et les eaux internationales. La plupart de ces sanctions s’appliquent sur une base volontaire -ne sont pas contraignantes- et n’auront aucun impact sur le commerce mondial de gaz et de pétrole iraniens.

Pékin et Moscou ne sont pas exactement en train de lécher le fouet de Mme Clinton. Immédiatement après son annonce grandiloquente, l’ambassadeur de Chine à l’ONU, Li Badong, a affirmé que le projet de résolution « ne fermait pas les portes à la diplomatie, » insistant encore une fois sur le « dialogue, la diplomatie et les négociations. »

Et Sergei Lavrov, le ministre Russe des affaires étrangères a tenu à parler au téléphone à Mme Clinton pour soutenir une analyse plus approfondie de l’accord pour l’échange de combustible issu de la médiation du Brésil et de la Turquie. Lavrov a aussi insisté pour dire que la Russie n’appréciait pas du tout les sanctions supplémentaires unilatérales de l’Union Européenne et des Etats Unis.  Le ministre Russe des affaires étrangères a affirmé que des sanctions unilatérales comprendraient des mesures « de nature extra territoriale, allant au delà des décisions acceptées par la communauté internationale et en contradiction avec le principe de la règle du droit international consacré dans la charte de l’ONU. »

Nous en sommes donc à une situation où un véritable accord pour l’échange de combustible accepté par l’Iran est sur la table à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) au moment où une offensive pour des sanctions contre l’Iran est en cours à l’ONU. A qui la vraie « communauté internationale » va-t-elle faire confiance? Erdogan n’aurait pas pu le dire mieux, « Le moment est venu de débattre afin de savoir si nous croyons en la suprématie de la loi ou à la loi des dominants et de la supériorité… »
Surtout, ce que le monde en voie de développement observe, c’est le passé – les USA, la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne – luttant contre l’avènement du futur – la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Indonésie.
L’architecture mondiale de sécurité – contrôlée par un groupe de la peur  de gardiens occidentaux auto-désignés – est dans le coma. L’ouest « atlantiste » coule à la manière du Titanic. 

Nous voulons la guerre et nous la voulons maintenant

Seul le puissant lobby US pro guerre infinie est capable de présenter comme un désastre une première étape vers un accord complet sur le nucléaire avec l’Iran. Ce lobby comprend le largement discrédité, pro guerre en Irak, New York Times (la médiation turco-brésilienne « complique les discussions sur des sanctions ») et Washington Post (L’Iran « crée l’illusion d’une avancée dans les négociations sur le nucléaire »).

Pour le lobby belliciste, l’accord sur l’échange de combustible obtenu par la médiation du Brésil et de la Turquie est une « menace » parce qu’il entre en collision directe avec une attaque contre l’Iran (déclenchée par Israël puis entraînant les USA) et le « changement de régime » – un désir de Washington qui ne s’est jamais démenti.

Lors d’un récent discours au Council on Foreign relations à Montréal, le lumineux  Dr Zbigniew « à la conquête de l’Eurasie » Brzezinski a prévenu qu’un « réveil politique mondial » ainsi que des luttes intestines au sein des élites mondiales était quelque chose à redouter fortement. L’ancien conseiller à la sécurité des Etats Unis a remarqué que « pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, le genre humain est politiquement éveillé – c’est une réalité complètement nouvelle – il n’en a pas été ainsi pendant la majeure partie de l’histoire des hommes. »

Pour qui se prennent ces nouveaux venus sur la scène internationale comme le Brésil et la Turquie – pour oser déranger « notre » domination sur le monde? Et les Américains désinformés continuent à se poser la question « Pourquoi nous détestent-ils? » Parce que, entre autres raisons, fondamentalement unilatéraliste, Washington n’hésite pas à montrer du doigt même ses plus proches amis.

Une autre traduction de cet article ici

Argentine: le rôle de l’organisation communautaire juive pendant la dictature

19 mars 2010

Dans les années 1970,-1980, le plan Condor a associé différentes dictatures latino-américaines dans une politique de terreur visant à éliminer les défenseurs des droits de l’homme et étouffer toute opposition démocratique, de gauche notamment. A partir de 1976, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie et Argentine coopèrent ainsi sous la houlette des Etats Unis qui assurent la coordination des opérations depuis une base au Panama.
Tout cela nous le savons, mais nous ne le savons pas puisque les Etats Unis sont une grande démocratie qui plaide pour la démocratie partout (en Iran, au Soudan, en Corée, en Chine etc.) mais pas ailleurs (en Arabie Séoudite, en Egypte, en Afghanistan, en Palestine et en Amérique Latine).
La dictature argentine a fait figure de bon élève du Plan Condor puisque dans ce pays, au temps de la dictature, on tuait, on torturait, et on faisait disparaître en masse. On estime à 30 000 le nombre de disparus en Argentine, auxquelles il faut ajouter un nombre équivalent d’enfants disparus en général adoptés par des familles proches du régime militaire.
10 % des adultes disparus étaient Juifs, ce qui fut le cas de 6 % voire un peu plus des enfants.
Il est incontestable que la proportion de Juifs dans les disparus sous la dictature argentine est supérieure à la part des Juifs dans la population argentine totale. Sommes-nous en face d’antisémitisme?
La réponse doit être nuancée car si l’antisémitisme n’était pas absent de l’état d’esprit des potentats militaires, il est également probable que nombre des victimes juives avaient aussi la caractéristique d’être des militants ou supposés militants de gauche et donc pourchassés comme tels.
Cette phase de l’histoire de l’Argentine n’est pas dénuée d’intérêt car elle apporte des éléments de compréhension sur la nature de l’organisation des communautés juives et l’évolution de ces organisations. L’article que je vous propose rend compte d’un livre qui nous éclaire sur ce point.
En Argentine, les associations juives sont rassemblées dans un organisme nommé DAIA,
(Délégation des associations israélites argentines) qu’on peut considérer comme l’équivalent du CRIF en France. Compte tenu du tribut élevé payé par la communauté juive à la dictature argentine, on peut s’attendre à voir la DAIA assumer un rôle de protection, au moins au niveau verbal, de ceux qu’elle est déclarée représenter.
Or, comprend-on à la lecture de la note de lecture publiée par Clarin, ce ne fut pas le cas et la DAIA resta silencieuse tout au long du règne de la dictature. Mieux, la DAIA avait été informée bien à l’avance du projet de putsch militaire lors d’une rencontre avec un membre du complot. L’article, et peut-être le livre, plaide l’aveuglement de la DAIA qui n’aurait pas su voir l’antisémitisme du régime militaire parce que ce dernier ne s’était pas attaqué à la structure communautaire juive.
Cette thèse est bien entendu difficilement compatible avec le fait que la DAIA était informée et était donc partie prenante du coup d’Etat. La DAIA a, au contraire, couvert la politique d’enlèvements et d’assassinats du pouvoir militaire.
Pourquoi?
Nous sommes ici au croisement des intérêts des Etats Unis et de l’entité sioniste dans le continent américain. Les Etats Unis ont toujours cherché à éviter l’émergence de régimes qui affirment leur autonomie vis-à-vis d’eux, que ces régimes se mettent en place suite à une révolution ou à un processus électoral. Ceci est encore parfaitement palpable aujourd’hui dans leur attitude vis-à-vis de pays comme le Vénézuela, l’Equateur ou la Bolivie, trois pays qui détiennent d’importantes ressources naturelles, en hydrocarbures notamment.
L’entité sioniste a toujours volontiers joué le rôle de supplétif des Etats Unis dans la région. C’est encore le cas de nos jours avec les conseillers militaires fournis par l’armée sioniste où ces nombreux spécialistes de la lutte anti-subversive qui dépendent officiellement d’officines privées. Et en Argentine, lé régime sioniste ne s’était pas fait prier pour apporter son concours à la junte militaire, particulièrement par la fourniture d’armements comme ces succédanés d’avions Mirage auxquels l’aviation et la DCA britanniques s’affronteront pendant la guerre des Malouines.
Si la DAIA a fermé les yeux, c’est aussi parce qu’elle représentait des intérêts catégoriels parmi la communauté juive, intérêts qui se reconnaissaient dans la démarche de la dictature. Penser le communauté juive comme monolithique est en effet une erreur, du genre de celles que veut précisément nous faire gober la propagande sioniste. Les Juifs qui ont été sacrifiés étaient tout bonnement des militants démocrates dont les intérêts en termes de catégories sociales, où dont simplement les valeurs ne coïncidaient ni avc ceux de la dictature, ni avec ceux de l’encadrement de la DAIA. DAIA qui obéit de toutes façons au gouvernement de Tel Aviv. Pour la DAIA, et donc pour Tel Aviv, la communauté juive était « florissante » sous la botte des militaires.
La DAIA avait cependant oublié que même les meilleures choses ont une fin puisque la dictature sombrera avec la défaite dans la guerre contre le Royaume Uni. On nous explique ainsi que, une fois la dictature terminée, la DAIA tentera maladroitement de recoller les morceaux avec des segments de la communauté juive durement éprouvés. Des explications hypocrites que tout le monde n’a pas avalées tel Marcos Weinstein, un des fondateurs de l’association des familles juives de disparus.
Pourtant la structure communautariste a pu reprendre le contrôle de la communauté juive argentine. La recette pour obtenir ce résultat est simple: pour souder une communauté, il suffit bien souvent de lui faire percevoir l’imminence ou la réalité d’un péril qui affecte ses membres sur un critère fondamental, indépendant de l’éducation, de la fortune, voire même des convictions religieuses réelles. Pour la communauté juive, ce qui permet de rassembler le troupeau est évidemment la menace antisémite. Cette menace antisémite s’est concrétisée en Argentine avec l’attentat commis en 1994 contre le siège de l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), attentat imputé sans preuves au Hezbollah libanais et à l’Iran.
L’attentat contre l’AMIA s’est avéré être un puissant instrument de mobilisation de la communauté juive argentine et, derrière elle de la population et des autorités de ce pays.  Car cet attentat, avant d’être un moyen de pression sur l’Iran a été celui de pressions sur le  gouvernement argentin, pressions exercées par l’organisation communautariste mais aussi par la bande de Tel Aviv et le gouvernement des Etats Unis. L’attentat a ainsi été à l’origine d’évolutions diplomatiques considérables du gouvernement argentin qui a été amené à prendre ses distances avec l’Iran, pays avec lequel il entretenait de bonnes relations avec des perspectives importantes de coopération dans le domaine nucléaire. L’Argentine est en effet un des rares pays a avoir développé sa propre technologie nucléaire et à être donc en capacité de l’exporter sans l’aval des Etats Unis (même la France n’est pas dans ce cas).
Sur l’affaire de l’AMIA, vous pouvez consulter les articles qui se trouvent ici ou .


Une enquête se penche sur le rôle de la communauté juive dans la dictature

« Zikaron – mémoire. Juifs et militaires sous la terreur du Plan Condor », de Guillermo Lipis s’intéresse à la manière dont l’armée a visé cette communauté et à la complicité éventuelle de ses dirigeants.
Par Clarín.com (Argentine) 15 mars 2010 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Des données selon lesquelles certains secteurs de la communauté juive d’Argentine étaient accusés d’être une « organisation terroriste et/ou politique d’un pays étranger » en soutien à des groupes qui opéraient dans la zone du Plan Condor, que dès fin 1975, la direction de la DAIA (équivalent du CRIF en Argentine) était informée au cours d’une réunion avec l’amiral Massera du coup d’Etat qui sera perpétré en 1976, ou la liste des enfants Juifs volés [adoptés illégalement] par les militaires sont quelques unes des informations révélatrices du nouveau livre ‘Zikaron – Memoria: Judios y militares bajo el terror del Plan Condor’ qui vient de sortir sur le marché local.

Ces informations et d’autres – que nous connaissons grâce à cette enquête journalistique réalisée par Guillermo Lipis et publiée par les Ediciones del Nuevo Extremo – s’insèrent dans le propos de l’auteur qui souligne la sur-représentation des Argentins d’origine juive et affirme que « ces disparitions pendant la dictature ne furent pas le simple fruit du hasard. »

On estime le nombre d’enfants Juifs disparus entre 1800 et 2000 sur un total de 30 000 enfants disparus, c’est pourquoi on considère que ce fut la minorité la plus touchée en termes de disparitions.

« Il existe de nombreux témoignages des dirigeants juifs de l’époque qui soulignent que cette communauté était florissante, qu’ils avaient réussi à assurer une forte activité des institutions juives et que nul n’avait été arrêté pour le fait d’être juif sauf que, une fois arrêté et son affiliation religieuse connue, on avait droit à une plus forte dose de torture.

« Les dirigeants de cette communauté faisaient référence à des poches d’antisémitisme enkystées dans les forces de sécurité, mais ne considéraient pas les gouvernements en place comme structurellement antisémites, » ajoute Lipis.

En parcourant certains documents déclassifiés de cette époque, Lipis observe par exemple que la DAIA avait affirmé, pendant une réunion avec des anciens combattants judéo-américains du 3 novembre 1977 à l’ambassade des Etats Unis, que « l’antisémitisme n’est pas une politique du gouvernement. »

Que s’est-il passé pour que, pendant que la communauté développait une vie apparemment normale, ses dirigeants n’aient pas su voir  dans les disparitions l’émergence de l’antisémitisme des gouvernements militaires? se demande-t-il dans le livre.

Certains observateurs et des survivants de l’époque ont donné leur sentiment à ce sujet. Pour Leonardo Senkman, chercheur à l’université hébraïque de Jérusalem, « les dirigeants maniaient les concepts classiques d’antisémitisme et les disparitions ou la détention dans ces centres clandestins ne revêtaient pas des formes traditionnelles. Pour eux, l’antisémitisme c’était celui de Tacuara, Lopez Rega ou les textes de la revue Cabildo. »

Marcos Weinstein, père de Mauricio – un des Israélites disparus – et cofondateur de l’Association des Familles de Disparus Juifs, considère qu’ils « se sont comportés comme une structure de pouvoir qui pensait que si les organes répressifs de l’Etat n’attaquaient pas les institutions, alors on ne pouvait pas parler d’antisémitisme. »

Le livre présente la « Lettre d’excuses transmise par la DAIA aux proches des disparus et des détenus Juifs Argentins » dans laquelle elle admet « des erreurs » dans la gestion institutionnelle pendant la dictature.

« Sans doute – disait alors la DAIA – que dans des époques ou circonstances difficiles, les erreurs sont probablement plus manifestes ou fréquentes, particulièrement si on les analyse rétrospectivement… Nous avons ressenti l’obligation – poursuivait la lettre – de nous tourner vers les proches des Juifs disparus pendant la dernière dictature militaire pour leur faire savoir que, de notre analyse critique, il ressort que… bien au-delà de de la prédisposition à assumer les responsabilités de direction de la communauté à cette époque et du dévouement des dirigeants qui eurent de telles responsabilités dans la DAIA pendant la dictature militaire tant en relation aux dits disparus qu’eu égard à leurs proches, la politique institutionnelle, bien au-delç des bonnes intentions et des secours que les disparitions ont empêché, il y a eu un certain nombre d’erreurs… »

Les familles des disparus n’ont jamais répondu à cette timide tentative d’excuses.

Que s’est-il passé entre ces 2000 disparitions et l’idée que tout était « florissant »? se demande l’auteur.

« Entre les 2000 disparitions et cette communauté ‘florissante’ explique l’auteur – il y a probablement eu un espace de laxisme politique provoqué par l’inaction, la paralysie, la peur ou une mauvaise lecture de la réalité dont le résultat fut que du début à la fin [de la dictature]  ont été perdues ces âmes, ce qui ne fut rien d’autre que 2000 chances perdues de sauver des vies et d’adopter une autre prise de conscience ou attitude devant la tragédie dont a souffert l’Argentine, et la communauté juive en particulier. »

La Californie peut bien couler… ce n’est pas le problème du lobby sioniste

6 mars 2010
Certains prétendent que le lobby sioniste n’existe pas. Pas plus aujourd’hui qu’hier, pas plus en un lieu qu’en un autre. Pourtant ce lobby qui n’existe pas ou, qui n’est pas si puissant qu’on veut bien le croire, est d’une efficacité indéniable.
L’article que je vous propose en donne un bon exemple. Si le lobby sioniste n’est jamais cité, l’article nous montre les effets de ce lobby qui parvient à orienter un débat politique (ou politicien comme on voudra) vers les thèmes qui lui tiennent à coeur, c’est-à-dire l’entité sioniste elle-même et l’Iran.
Au détriment d’autres thèmes d’intérêt général et qui présentent peut-être un caractère plus urgent pour les électeurs ainsi que le signifie explicitement le titre de l’article.
Eh oui, la Californie peut couler, de nombreux habitants de cet Etat se retrouver sans logement ou crever faute de soins médicaux accessibles, ceci n’entre pas dans les préoccupations des sionistes qui n’hésiteront pas à saigner la bête jusqu’à ce qu’elle meure. Si elle est consentante, c’est encore mieux. Et c’est un des miracles du système électoral américain, démocratique sur le papier, de permettre à une minorité (et pour être plus précis une minorité dans la minorité) de contrôler le vote des électeurs. Le mieux étant bien entendu de ne laisser aux électeurs que le choix entre des candidats de camps « opposés » mais tous adoubés au préalable par le lobby dont la pression est encore plus efficace dans le processus de sélection des candidats par les partis.
Il est question d’un certain Sami Al-Arian présenté comme un extrémiste dans cet article. Vous trouverez facilement des informations sur cette personne qui est avant tout une victime des néoconservateurs (qu’Al-Arian avait soutenus en la personne de George Bush fils!): Al-Arian avait été acquitté de 8 des 17  accusations portées contre lui tandis que le jury s’était déclaré incapable de se prononcer sur les autres. Ce qui aurait dû avoir pour effet sa libération immédiate mais l’histoire nous dit que ce ne fut pas le cas.

La Californie est en train de couler mais la campagne sénatoriale des Républicains porte sur Israël
par Rob Hotakainen | McClatchy Newspapers (USA) 4 mars 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – La Californie est ruinée, sont taux de chômage de 12,1 % est un des plus élevés du pays, les prix de l’immobilier ont plongé, les saisies immobilières ont grimpé en flèche et une sècheresse menace l’approvisionnement en eu déjà en baisse de l’Etat. De nombreux autres sujets s’offrent au débat pour les candidats à l’élection sénatoriale comme une économie mal en point ou l’immense effort pour réformer le système national de santé.

Au lieu de quoi, la primaire républicaine pour le Sénat s’est enflammée au sujet d’Israël

Alors que le candidat Républicain et ancien membre du Congrès Tom Campbell mène dans les sondages, ses concurrents pour l’investiture républicaine – l’entrepreneure Carly Fiorina et le membre de l’assemblée de Californie Chuck DeVore – lancent des piques incessantes à celui qui est en tête, affirmant que son action a toujours été anti-Israël.

En conséquence, Campbell sera sur la défensive vendredi quand les candidats Républicains au Sénat se rencontreront pour leur premier débat.

Lundi, Fiorina, ancienne directrice générale chez Hewlett-Packard, a demandé à Campbell d’expliquer pourquoi il avait voté contre une aide à Israël quand il était au Congrès, pourquoi il s’était opposé à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et pourquoi il avait accepté des contributions d’organisations qui ont été reliées à des extrémistes islamiques.

Dans le camp de Campbell, on a répondu que le bilan de l’ancien membre du Congrès était pro-Israël et qu’il attendrait le débat, qui se tiendra dans une station radio de Sacramento, pour répondre à ces accusations spécifiques de Fiona. Campbell s’est efforcé de faire en sorte que le débat de vendredi soit une manière d’étaler au grand jour les accusations qu’on lui porte.

Cependant, Fiorina fera elle aussi face à des questions difficiles. DeVore envisage de l’interroger sur ses années à la tête d’Hewlett-Packard quand, accuse-t-il, la compagnie gagnait des millions en vendant des imprimantes et d’autres produits à l’Iran par l’intermédiaire d’un distributeur au Moyen Orient.

« C’est la bombe à retardement prête à exploser pendant la campagne de Fiorina, » explique Josh Trevino, porte parole de DeVore.

Julie Soderlund, une porte parole de Fiorina, a qualifié ces accusations « d’attaques infondées. »

« Ces allégations motivées politiquement sont fausse, basées uniquement sur des spéculations des média et ne sont étayées par aucun faits vérifiés, » dit-elle. « Pendant la gestion d’HP par Carla, l’entreprise s’est conformée à la loi et n’a pas enfreint les sanctions US relatives au commerce avec l’Iran. »

DeVore, qui est dernier dans les sondages, est très désireux d’orienter le débat sur Israël et l’Iran pour que Campbell et Fiorina consacrent du temps à défendre leurs bilans.

« C’est une excellente occasion de se confronter avec ces personnes et d’expliquer pourquoi il est le seul conservateur cohérent qui n’a rien d’étrange à expliquer sur son passé, » explique Trevino. « Je pense que le contraste sera très net. »

Tout compte fait, la compétition risque d’être très disputée et elle sera tranchée dans un scrutin primaire le 8 juin. Le vainqueur tentera en novembre de détrôner la sénatrice Démocrate Barbara Boxer.

Anticipant le débat, la rhétorique s’est beaucoup échauffée: la semaine dernière, un des plus importants soutiens de Campbell a déclaré que le directeur de campagne de Fiorina avait qualifié Campbell d’antisémite, une accusation très vite démentie.

James Fisfis, porte parole de Campbell, considère que les attaques contre Campbell « sont d’une bassesse inattendue, allant du bizarre au grotesque maintenant. »

Campbell, qui a été élu cinq fois à la Chambre des représentants après s’être mis en congé de l’université de Stanford où il enseignait le droit, veut que le débat de vendredi se concentre sur la sécurité nationale et la politique étrangère.

En réponse à la controverse sur Israël, Campbell a dit avoir coté contre une augmentation de 30 milliards de dollars de l’aide à Israël parce que cet argent aurait été pris sur une enveloppe d’aide pour l’Afrique. Il a observé que la mesure pour Jérusalem en 1990 avait été introduite par un démocrate comme moyen d’embarrasser l’administration de George H.W. Bush.

Concernant ses liens allégués avec des extrémistes, campbell affirme avoir fait une erreur en s’associant avec Sami Al-Arian, un sympathisant de mouvements islamiques radicaux. Campbell avait écrit une lettre de recommandation en faveur d’Al-Arian, mais il affirme que même George W. Bush avait posé pour une photo avec Al-Arian au printemps 2000, alors que Bush était en campagne présidentielle.

Le Turkménistan ne veut pas du Mossad chez lui

3 mars 2010
Il n’y a pas qu’à Dubaï qu’on n’apprécie guère le Mossad. Au Turkménistan non plus on n’aime pas bien cette officine spécialisée dans le meurtre et les coups tordus. Ce pays a récemment accepté d’accueillir une ambassade de l’entité sioniste. Cette dernière, ravie d’établir des relations diplomatiques avec un pays notoirement plus démocratique que l’Iran ou l’Egypte (dans ce dernier cas ce n’est pas difficile) s’est empressé d’appointer un certain Reuven Dinel.
Pas de pot, Reuven Dinel, un proche d’Avigdor Lieberman, le videur de boîtes de nuit, est aussi un ancien agent du Mossad, expulsé antérieurement de Russie pour s’être livré à des activités d’espionnage dans ce pays.
Et le Turkménistan ne veut pas d’un ancien agent du Mossad comme plénipotentiaire de l’Etat délinquant. Peut-être parce que ce pays frontalier de l’Iran se méfie des ses éventuels agissements de nature à créer de la tension avec un pays voisin, peut-être parce que la Russie qui garde un oeil sur son proche étranger y est opposée. Où les deux.
Des relations diplomatiques qui commencent donc par un impair. 

Le Turkménistan: Nous ne voulons pas d’un ancien du Mossad comme ambassadeur
par Barak Ravid, Haaretz (Sionistan) 3 mars 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Cela fait quatre mois maintenant que le Turkménistan retarde la ratification de la nomination de Reuven Dinel, un proche du ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman, en qualité de premier ambassadeur d’Israël dans ce pays. Des sources du ministère des affaires étrangères ont  indiqué qu’il s’agissait d’un procédé diplomatique inhabituel visant à faire comprendre que le Turkménistan n’est pas intéressé par cette nomination parce que Dinel a travaillé au Mossad. « Ils espèrent que nous comprendrons le sous-entendu et désignerons quelqu’un d’autre à ce poste, » a déclaré un cadre supérieur du ministère.

Fin juillet 2009, Lieberman avait annoncé son intention de nommer Dinel en qualité d’ambassadeur à Achkabad, la capitale du Turkménistan. Le ministre des affaires étrangères avait attribué une importance particulière à cette nomination du fait qu’il s’agit d’inaugurer une ambassade dans un pays qui a une longue frontière commune avec l’Iran. Lieberman pensait que cela permettait aussi d’envoyer un message à Téhéran.

En 2003, alors ministre des transports, Lieberman avait nommé Dinel, qu’on considère domme un proche du ministre, à la tête de Carmel, l’office portuaire d’Haïfa. Actuellement, Dinel est directeur général adjoint du management des ressources à l’Israel Ports Development and Assets Company.
Lieberman voyait l’affectation de Dinel au Turkménistan comme un fait marquant de sa première année en tant que ministre des affaires étrangères et mettait beaucoup d’espoirs sur Dinel et les compétences qu’il pourrait tirer pour son rôle d’ambassadeur  de son passage au Mossad.
Le 25 octobre, le gouvernement approuvait la nomination et quelques jours après, comme il est de coutume dans le protocole diplomatique, Israël envoyait une lettre officielle au Turkménistan pour donner des précisions sur le nouvel ambassadeur ainsi que demander au gouvernement étranger d’accepter la nomination.

Technique et symbolique, le processus d’accréditation de la nomination d’un ambassadeur ne pose habituellement aucun problème. Cependant, le Turkménistan a décidé exceptionnellement de ne pas donner l’accréditation. Près de quatre mois son passés depuis l’envoi de la requête israélienne, mais le gouvernement turkmène n’a rendu aucune réponse à Jérusalem au sujet de la nomination de Dinel. La conduite du gouvernement du Turkménistan a provoqué un sérieux embarras chez le ministre des affaires étrangères compte tenu de la grande importance qu’il avait accordé à cette nomination et à l’ouverture d’une nouvelle ambassade dont il a fait une affaire personnelle.

En arrière-plan du refus turkmène d’accréditer Dinel en qualité d’ambassadeur d’Israël, pourrait bien se trouver une affaire embarrassante qui le poursuit depuis 1996 quand il servait en tant que premier envoyé du Mossad à Moscou. Cette anné là, Dinel avait été expulsé de Russie après que des agents des forces de sécurité moscovites l’avaient pris en flagrant délit en train de réceptionner des photos satellites classifiées que lui apportaient des officiers Russes.

Des sources du ministère des affaires étrangères ont établi dimanche que les Russes, qui considèrent Dinel persona non grata, ont envoyé des messages au Turkménistan indiquant qu’ils souhaitaient que ce pays ne donne pas son accord à la nomination.

« Cette nomination était étrange dès le départ, » explique une source haut placée au ministère des affaires étrangères. « Ils ont pris quelqu’un qui est un espion notoire, qui a même été expulsé de Russie pour ça, et ils le mettent au Turkménistan. Ils ont fait tout ça sans consulter un seul professionnel du secteur. Que pensaient-ils qu’il allait se passer? Il n’y a aucune chance qu’il obtienne l’accréditation des autorités du Turkménistan. »

Le bureau du ministre des affaires étrangères a déclaré en réponse: « L’ouverture de l’ambassade ai Turkménistan a été retardée parce qu’un certain nombre de difficultés sont apparues, essentiellement au sujet de questions de sécurité comme c’est fréquemment le cas lors de l’ouverture d’une nouvelle représentation. Nous espérons qu’il sera possible de régler les problèmes dans les semaines à venir. »

Il y a des années que l’Iran doit avoir sa bombe atomique dans six mois!

28 février 2010
Je n’aime pas trop traduire des articles issus de blogs, mais il m’arrive de faire exception comme maintenant. Car si j’évite de me référer aux blogs pour des informations « brutes » au profit de sources grand public (c’est-à-dire la presse ordinaire), il faut reconnaître que les blogueurs ont souvent une vision fine de l’information. C’est le cas ici avec cet article d’un blogueur australien qui nous rappelle opportunément que cela fait des années qu’on nous prédit le plus sérieusement du monde la bombe atomique iranienne… dans six mois.
On notera que David Albright, le « spécialiste » dont il est question dans l’article est cité par le journal Le Monde et donne encore une prédiction de l’ordre de six mois.
Bizarre que ce chiffre de six se soit imposé.

Cela fait des années maintenant que l’Iran est capable d’avoir une ‘arme nucléaire en six mois’ – mais, comme ‘demain’, elle n’arrive jamais.
Lataan (Australie) 28 février 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les trente ans qui ont suivi l’éviction du Shah par le peuple iranien ont vu divers intervalles de temps mentionnés pour situer le délai nécessaire aux Iraniens pour fabriquer une bombe atomique, mais le chiffre de six mois semble très populaire. Peu importe, bien entendu, l’absence complète de preuves suggérant seulement que les Iraniens font autre chose que construire des réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité ou des isotopes pour des fins médicales. Mais cela n’a pas arrêté les propagandistes qui semblent insister pour dire que l’Iran est à seulement six mois de posséder une arme atomique.

Si j’avais commencé en 1980, après le départ du Shah, la liste des affirmations selon lesquelles l’Iran disposerait d’une arme atomique dans les six mois, il vous faudrait… six mois pour les lire! J’écourterai donc la liste pour commencer avec certaines des affirmations qui remontent au début de ce siècle.

En août 2003, le Los Angeles Times rapportait que l’Iran pourrait avoir une ‘arme nucléaire en six mois.’ Un peu plus de deux ans après, en septembre 2005, Israël affirmait que l’Iran aurait des « armes nucléaires dans six mois.’ Puis, près de trois ans plus tard, en juin 2008, on nous a encore dit que l’Iran aurait une ‘arme nucléaire dans six mois.’ Un an plus tard, en juillet 2009, Haaretz rapportait que ‘L’Allemagne pense que l’Iran pourrait avoir une bombe nucléaire dans six mois.’

Présentement, dans la toute dernière déclaration datée du 23 février par le soi-disant ‘expert sur l’armement iranien’ David Albright, l’Iran, d’après ce spécialiste, est aujourd’hui à seulement … (surprise) six mois d’avoir une arme nucléaire. C’est précisément le même David Albright qui nous disait il y a un peu plus d’un an, en février 2009: « C’est une affaire de quelques mois pour que l’Iran soit capable d’avoir suffisamment d’uranium de qualité militaire pour des armes nucléaires. » C’est également le même David Albright qui avait déclaré en 1999 dans l’émission ’60 minutes’ sur CBS que Saddam Hussein était « à quelques mois ou un an d’avoir une arme nucléaire. »

Albright? Pas possible! C’est ce type qui criait au loup dès le début! Malheureusement, les media continueront à faire écho à ses jérémiades et à celles de ses semblables et il y aura ceux qui les croient. En fin de compte, l’Occident emmené par Israël et les Etats Unis, attaquera l’Iran sur la base de ces mensonges, mais le pire que des centaines, des milliers ou peut-être des millions de morts plus tard, le reste du monde s’en accommodera sans un murmure.

Iran: où était l’opposition lors de la commémoration de l’anniversaire de la République Islamique?

14 février 2010
Quand on en vient à l’Iran, nous avons le plus souvent droit à une approche simpliste de ce pays de 70 millions d’habitants: dictature, dictature intégriste, menace iranienne, nucléaire iranien.
S’agissant des deux derniers points, on ne peut s’empêcher de remarquer que la dernière fois que l’Iran a été à l’initiative d’un conflit armé remonte à bien loin. J’ai beau chercher dans mes souvenirs, je n’en trouve pas trace en dehors de l’intervention des forces impériales iraniennes au Dhofar (sultanat d’Oman) pour mater une rébellion communiste. Pour ne rien vous cacher, cette participation iranienne avait alors été vue d’un bon oeil par les puissances occidentales. On citera aussi la présence de Pasdarans au Liban pour épauler le Hezbollah naissant [dans leur suffisance, les Occidentaux ignorent d’ailleurs que les liens entre Chiites Libanais et Chiites Iraniens ne sont pas seulement idéologiques et religieux, mais laissons les dans leur ignorance]. En ce qui concerne le programme nucléaire, je dirai que la seule erreur de l’Iran a été de signer le Traité de Non Prolifération (TNP) nucléaire. L’Iran aurait dû faire comme l’entité sioniste, l’Inde ou le Pakistan, évitant ainsi d’avoir à se soumettre à des contrôles que les Etats Unis, la France ou le Royaume Uni ne trouveront jamais suffisants, sauf à placer l’Iran sous statut de protectorat.
Et la démocratie? Je ne sais pas si l’Iran est aussi démocratique que la France, mais il est clair qu’Ahmadinejad est tout sauf un dictateur. Et que le régime iranien est bien plus démocratique que n’importe lequel des régimes musulmans alliés des Etats Unis et de l’Occident en général: Maroc, Tunisie, Egypte, Arabie Séoudite, Oman. Ou encore que l’Algérie dont je ne sais si elle figure parmi les alliés des Etats Unis comme certains esprits naïfs à Alger aiment à se l’imaginer ou à se l’entendre dire. Sans oublier que, à côté de feu le régime du Shah, le régime iranien actuel fait figure de démocratie avancée, non seulement par les apparences qu’on associe à la démocratie (multipartisme, élections) mais aussi par la démocratisation de l’accès aux soins ou à l’éducation, notamment des filles qui sont maintenant majoritaires dans l’enseignement supérieur iranien.
Ce sont probablement ces caractéristiques qui sous tendent en partie des évolutions des demandes de la société civile qui se traduiront tôt ou tard par une évolution, tranquille ou brutale d’un régime. C’est la rançon normale des succès des gouvernements issus de la Révolution Islamique.
Jeudi dernier, c’était justement l’anniversaire de l’avènement de la République Islamique d’Iran, fêtée avec éclat dans la capitale. On s'(attendait à une présence vigoureuse de l’opposition, le fameux mouvement Vert qui a contesté (à tort comme on le sait) l’honnêteté du scrutin qui a abouti à la réélection de M. Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. Or l’opposition a été quasiment absente. Si l’explication de cette absence réside en partie dans l’important dispositif de sécurité déployé dans la capitale iranienne, le magazine TIME nous apporte un autre élément d’explication: simplement que beaucoup des manifestants potentiels d’opposition ont mis à profit les cinq jours de congés liés à la commémoration pour… partir en vacances, qui à Dubaï, qui à Istamboul, qui dans les stations balnéaires de la Caspienne.
Notons qu’il s’agit d’une indication précieuse sur la nature de l’opposition à M. Ahmadinejad: des citadins aisés pour l’essentiel. Tandis que les partisans du président se trouveraient plus dans les couches populaires, paysannes et ouvrières notamment.
Eh oui, même en république islamique la situation politique a quelque chose à voir avec la lutte des classes…

Anniversaire de la révolution iranienne: Où était l’opposition?
par la rédaction de TIME (USA) 11 février 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

La circulation était incroyablement fluide dans le nord de Téhéran pour le 31ème anniversaire de la révolution islamique de ce pays. Un trajet qui dure normalement une heure et demie s’effectuait en trente minutes. C’est des quartiers de ce secteur que provenaient certains des manifestants anti-gouvernementaux les plus fervents après l’élection présidentielle contestée de juin. Mais apparemment, de nombreux habitants – qui font partie des couches sociales les plus aisées de la ville – ont profité du début de ces cinq jours de congés pour réserver des séjours vers des destinations touristiques comme Dubaï, Istamboul ou des cités iraniennes en bordure de la mer Caspienne, peut-être pour éviter la violence qui avait accompagné les fêtes religieuses de décembre. Un voyagiste indiquait que des vols pour Dubaï avaient été réservé des semaines à l’avance pour ces congés. Ce qui expliquerait en partie le silence relatif de l’opposition en ce jour que beaucoup s’attendaient à voir comme un jour d’affrontements bruyants, voire incendiaires, dans la capitale iranienne.

Le trafic se concentrait en centre ville. Des centaines de milliers d’Iraniens, près d’un million selon une estimation, se trouvaient autour de la place Azadi de Téhéran ce jeudi matin pour commémorer la révolution de 1979. En majorité, ceux qui participaient à la cérémonie pro-gouvernementale étaient des familles, dont des enfants et des personnes âgées. Certains avaient emprunté des autocars gratuits, mais beaucoup avaient pris le métro de Téhéran, gratuitement également. Dans les artères principales qui aboutissent à de vastes places publiques, des kiosques s’alignaient sur des kilomètres traduisant l’ambiance de carnaval qui caractérise habituellement les périodes de fêtes en Iran. Un stand présentait un clud de jeunes karatekas à l’entraînement sur des tapis de gymnastique, tandis qu’un autre accueillait une émission en direct de la radio publique iranienne. Dans chaque bloc d’immeubles, on trouvait un camion ou une tente avec des gens offrant gratuitement des juis de fruits ou des casse-croûtes que de nombreux marcheurs se bousculaient pour obtenir. Des pancartes étaient mises gratuitement à disposition, arborant des slogans de soutien aux positions du Guide Suprême, l’appel à l’unité et, bien sûr, le slogan « A bas l’Amérique ».

L’opposition avait essayé d’organiser des manifestations pour l’anniversaire de la révolution, mais on ne voyait guère, si ce n’est aucune, trace de la présence du mouvement Vert autour de la place Azadi quand les cérémonies ont débuté vers 11h. Près de l’estrade où le président Ahmadinejad devait prendre la parole, l’espace était bouclé par une clôture. Néanmoins, tout le monde pouvait entrer dans cette zone à condition de se plier à un contrôle de sécurité. Lors d’un discours auquel a assisté TIME, il n’y a eu apparemment qu’un seul incident lié à la contestation – une grande pancarte montrant l’ayatollah Khomeini le visage barré d’un X rapidement confisquée par le service d’ordre.

Entre les chants révolutionnaires crachés par les hauts parleurs (installés jusqu’à plusieurs kilomètres de la place), des tonnes de confetti étaient répandus sur la place depuis la Tour Azadi tandis que des parachutistes en larguaient depuis le ciel. Certains des parachutes étaient attachés à de longs drapeaux iraniens qui ont flotté dans la foule quand les parachutistes se sont posés. Ahmadinejad est arrivé et a fait un discours de plus d’une heure où il a martelé les importants progrès de l’Iran, dont ses avancées dans le domaine nucléaire. Le président n’a pas évoqué le scrutin de juin 2009 qui est toujours contesté par l’opposition – l’orateur précédent l’avait déjà fait pour lui. Des sites web d’opposition ont signalé des slogans « Mort au dictateur » pendant le discours, mais Time n’a pas constaté de perturbation de ce genre.

Il était facile de voir comme toute tentative de perturbation aurait pu être enrayée. Sur la rue de la Révolution, qui s’étire vers l’est depuis la place Azadi, des dizaines de milliers de policiers ainsi de des Basiji (paramilitaires) montaient la garde. Dans une rue adjacente, se trouvait une rangée de 20 basiji regroupés près de leurs motocyclettes, en train de discuter et de rire – en contraste évident avec les manifestations précédentes au cours desquelles les basiji étaient constamment sur la brèche pour réagir aux manifestations d’opposition dans diverses places de la ville. En fait, le Mouvement Vert, et son organisation tant vantée de type viral, a sans doute été mis en échec par le régime cette fois ci. Mercredi soir encore, des manifestants potentiels se contactaient mutuellement pour essayer de deviner si les endroits où ils avaient prévu de se rassembler avaient été ciblés [par les autorités}.

L’opposition a-t-elle échoué à manifester sa présence? Le leader d’opposition mehdi Kharroubi avait annoncé sa présence sur la place Sadeghiyeh, au nord-ouest de la place Azadi; CNN.com a diffusé une vidéo en provenance d’un partisan de Kharroubi, montrant des images de ce qui semble être une manifestation avant qu’une paire de mains tente de recouvrir l’objectif de la caméra. Certains informations prétendent que les Basiji ont réprimé la manifestation de Kharroubi. D’autres manifestants avaient prévu de se rassembler place Haft-e-Tir, au nord-est de la place Azadi. Par ailleurs, des vidéos ont circulé sur des sites web d’opposition montrant des gens en train de déchirer des affiches gouvernementales et chantant des slogans dans le métro. La télévision publique a aussi mentionné de petites manifestations de quelques centaines de personnes en marge de la grande manifestation.

Cependant, si perturber ou éclipser le rassemblement pro gouvernemental était l’objectif principal, les sympathisants de l’opposition risquent d’être déçus. Tous les affrontements de rue qui ont eu lieu étaient des cas isolés et peu importants. La plupart des Iraniens n’en ont rien su.


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