Archive for the ‘police’ Category

Après le CRS arabe de Coluche, le flic juif de Gotham

4 juillet 2009

Comme chacun le sait, les agents de police sont des personnels assermentés et, faute de témoins en votre faveur, le moindre désaccord avec un agent sur une éventuelle infraction peut déboucher sur une inculpation pour outrage voire rébellion.
Un exemple du genre de situation (vécue) qui peut en arriver à ce genre de choses.
Il y a quelques années, je circulais en voiture dans le quartier de
Vaise à Lyon avant de prendre une voie en direction de Saint Cyr auMont d’Or dans la banlieue nord.
Après une centaine de mètres, mon véhicule est intercepté par une voiture de police dont sortent deux agents qui m’annoncent que j’ai commis pas moins de trois infractions : emprunté un couloir d’autobus, grillé un feu rouge et roulé sur une voie en sens interdit.
Devant la manifestation de mon incrédulité, un des agents m’adresse la question suivante : « Alors, vous nous traitez de menteurs ? »
Question piège s’il en est car, en répondant oui et sans prononcer moi-même le mot « menteurs,» j’étais bon pour une accusation d’outrage à agent.
Je ne suis heureusement pas tombé dans le panneau, à la différence d’autres automobilistes dans ce secteur car, on l’a su plus tard par la presse locale, ces policiers étaient coutumiers du fait.
C’est un peu une histoire de ce genre qui est arrivée à une certaine Chrissie Brodigan de Gotham, c’est-à-dire New York. Sauf que cette jeune femme est accusée d’une forme d’outrage particulièrement grave : avoir tenu des propos racistes (pardon, antisémites ce qui est pire) à l’encontre d’un policier juif hassidique. Sur la photo, on voit bien que l’agent est juif puisqu’il arbore une kippa et des mèches de cheveux en papillotes.
Les accusations d’antisémitisme ont été formulées dans le journal The New York Post, qu’on pourrait qualifier d’organe officieux du lobby sioniste dans cette ville. Ce qui est intéressant, c’est que ce journal a trouvé très rapidement un témoin à charge dans cette affaire. Alors qu’apparemment il était moins bien informé sur l’incident que le Gothamist, ce qui explique quelques propos acides sur le New York Post dans l’article que je vous livre dans une traduction en français.

Un témoin: la propriétaire du chien s’en est prise aux juifs pendant son arrestation dans le métro

Par John Del Signore, Gothamist (USA) 1er juillet 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un passant qui a assisté à l’arrestation lundi d’une femme qui transportait son carlin malade dans le métro affirme que la propriétaire de l’animal a proféré des remarques antisémites à l’encontre de l’agent qui procédait à l’interpellation et qui se trouve être le premier flic hassidique de la ville. Hier, la propriétaire du carlin, Chrissie Brodigan, nous a déclaré (ce que confirme un autre témoin) qu’alors qu’elle était toute retournée par l’incident, l’agent Joel Witriol lui a dit, « Si vous voulez vous comporter comme une femme, je vais vous traiter comme on traite une femme. »

Elle indique que quand Witriol a procédé à son arrestation, « Il m’a pis un coup de poing dans le dos (où il y a des bleus), il m’a menottée et, dans l’empoignade a pris mes seins et les a pincés. » Et Jason Wagner, un autre passant qui a pris des photos, nous a déclaré que Witriol a dit: « Vous voulez parler comme une femme? Vous voulez qu’on vous cogne dessus comme [on le fait sur] une femme? »
Mais un autre témoin, Viane Delgado, a indiqué au New York Post que Witriol a de manière « répétée » demandé à Brodigan de mettre le carlin « dans son sac. » (Brodigan explique qu’elle transportait son chien dans un sac mais qu’il avait vomi dedans et c’est pourquoi elle l’en avait sorti dans la station de métro). Delgado poursuit en mettant l’accent sur le fait qu’au cours de la dispute, Brodigan a dit au policier, «Enc.lé de juif, vous n’êtes même pas humain.» Et une source non identifiée a indiqué au New York Post que Brodigan s’était également exclamé «Les juifs pensent que tout leur appartient.»

Il est remarquable que le New York Post ait pu remonter si rapidement à un témoin et à une «source» alors qu’il nous avait envoyé un courriel à 17h10 pour nous demander des informations, vingt minutes après que nous ayons publié la nouvelle hier (peut-être ce journal a-t-il été lis en relation avec Delgado par le New York Police Department?). Pourtant, Melissa Randazzo, un témoin, nous dit, « Ca ne s’est pas du tout passé ainsi. Je n’ai entendu absolument aucun propos de ce genre.» Par courriel, nous avons demandé à Brodigan de confirmer ou démentir les allégations d’antisémitisme; l’intégralité de sa réponse est reproduite ci-dessous.

Je pense que cette affaire est prise en mains dans des lieux obscurs dont je ne suis pas familière. Je ne me rappelle pas avoir tenu les propos auxquels réfère le témoin. Je ne présentais certes pas non plus mon visage le plus avenant et je pleurais en implorant l’aide des témoins présents sur les lieux. Après avoir été malmenée et m’être entendue dire « Si vous voulez vous comporter comme une femme, je vais vous traiter comme on traite une femme. » J’étais dans une totale confusion.

Je sais avoir proféré quelques insanités. Je sais aussi que j’implorais pour mon ticket, mon chien et qu’on me laisse rentrer chez moi. Des témoins ont demandé l’aide de la police parce que c’était une situation tellement dingue.
Hier, j’ai été contacté par près d’une dizaine de personnes sur Facebook qui se proposent de témoigner. Je ne sais pas trop ce que je vais faire maintenant. Ca fait beaucoup d’histoires pour un chien.
Je l’ai bien traité de trou du cul, mais j’étais impuissante dans cette situation. J’admets l’avoir traité de trou du cul, de mauvais flic, d’agent de la circulation et lui avoir dit que ce qu’il faisait était inhumain. Je ne pense pas que vous pouvez faire respecter la loi si vous ne pensez pas que les femmes ont les mêmes droits [que les hommes. Quand un agent qui représente la loi menace, frappe et opprime une femme sur la base qu’elle se comporte comme une femme – c’est là qu’est le problème. Proférer des grossièretés me semble normal – quand il ne reste plus à une personne que sa voix. J’implorais à l’aide et n’utilisais pas ce moment comme plateforme antisémite.

Qu’en pensez-vous, vous qui n’y étiez-pas?

>Après le CRS arabe de Coluche, le flic juif de Gotham

4 juillet 2009

>

Comme chacun le sait, les agents de police sont des personnels assermentés et, faute de témoins en votre faveur, le moindre désaccord avec un agent sur une éventuelle infraction peut déboucher sur une inculpation pour outrage voire rébellion.
Un exemple du genre de situation (vécue) qui peut en arriver à ce genre de choses.
Il y a quelques années, je circulais en voiture dans le quartier de
Vaise à Lyon avant de prendre une voie en direction de Saint Cyr auMont d’Or dans la banlieue nord.
Après une centaine de mètres, mon véhicule est intercepté par une voiture de police dont sortent deux agents qui m’annoncent que j’ai commis pas moins de trois infractions : emprunté un couloir d’autobus, grillé un feu rouge et roulé sur une voie en sens interdit.
Devant la manifestation de mon incrédulité, un des agents m’adresse la question suivante : « Alors, vous nous traitez de menteurs ? »
Question piège s’il en est car, en répondant oui et sans prononcer moi-même le mot « menteurs,» j’étais bon pour une accusation d’outrage à agent.
Je ne suis heureusement pas tombé dans le panneau, à la différence d’autres automobilistes dans ce secteur car, on l’a su plus tard par la presse locale, ces policiers étaient coutumiers du fait.
C’est un peu une histoire de ce genre qui est arrivée à une certaine Chrissie Brodigan de Gotham, c’est-à-dire New York. Sauf que cette jeune femme est accusée d’une forme d’outrage particulièrement grave : avoir tenu des propos racistes (pardon, antisémites ce qui est pire) à l’encontre d’un policier juif hassidique. Sur la photo, on voit bien que l’agent est juif puisqu’il arbore une kippa et des mèches de cheveux en papillotes.
Les accusations d’antisémitisme ont été formulées dans le journal The New York Post, qu’on pourrait qualifier d’organe officieux du lobby sioniste dans cette ville. Ce qui est intéressant, c’est que ce journal a trouvé très rapidement un témoin à charge dans cette affaire. Alors qu’apparemment il était moins bien informé sur l’incident que le Gothamist, ce qui explique quelques propos acides sur le New York Post dans l’article que je vous livre dans une traduction en français.

Un témoin: la propriétaire du chien s’en est prise aux juifs pendant son arrestation dans le métro

Par John Del Signore, Gothamist (USA) 1er juillet 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un passant qui a assisté à l’arrestation lundi d’une femme qui transportait son carlin malade dans le métro affirme que la propriétaire de l’animal a proféré des remarques antisémites à l’encontre de l’agent qui procédait à l’interpellation et qui se trouve être le premier flic hassidique de la ville. Hier, la propriétaire du carlin, Chrissie Brodigan, nous a déclaré (ce que confirme un autre témoin) qu’alors qu’elle était toute retournée par l’incident, l’agent Joel Witriol lui a dit, « Si vous voulez vous comporter comme une femme, je vais vous traiter comme on traite une femme. »

Elle indique que quand Witriol a procédé à son arrestation, « Il m’a pis un coup de poing dans le dos (où il y a des bleus), il m’a menottée et, dans l’empoignade a pris mes seins et les a pincés. » Et Jason Wagner, un autre passant qui a pris des photos, nous a déclaré que Witriol a dit: « Vous voulez parler comme une femme? Vous voulez qu’on vous cogne dessus comme [on le fait sur] une femme? »
Mais un autre témoin, Viane Delgado, a indiqué au New York Post que Witriol a de manière « répétée » demandé à Brodigan de mettre le carlin « dans son sac. » (Brodigan explique qu’elle transportait son chien dans un sac mais qu’il avait vomi dedans et c’est pourquoi elle l’en avait sorti dans la station de métro). Delgado poursuit en mettant l’accent sur le fait qu’au cours de la dispute, Brodigan a dit au policier, «Enc.lé de juif, vous n’êtes même pas humain.» Et une source non identifiée a indiqué au New York Post que Brodigan s’était également exclamé «Les juifs pensent que tout leur appartient.»

Il est remarquable que le New York Post ait pu remonter si rapidement à un témoin et à une «source» alors qu’il nous avait envoyé un courriel à 17h10 pour nous demander des informations, vingt minutes après que nous ayons publié la nouvelle hier (peut-être ce journal a-t-il été lis en relation avec Delgado par le New York Police Department?). Pourtant, Melissa Randazzo, un témoin, nous dit, « Ca ne s’est pas du tout passé ainsi. Je n’ai entendu absolument aucun propos de ce genre.» Par courriel, nous avons demandé à Brodigan de confirmer ou démentir les allégations d’antisémitisme; l’intégralité de sa réponse est reproduite ci-dessous.

Je pense que cette affaire est prise en mains dans des lieux obscurs dont je ne suis pas familière. Je ne me rappelle pas avoir tenu les propos auxquels réfère le témoin. Je ne présentais certes pas non plus mon visage le plus avenant et je pleurais en implorant l’aide des témoins présents sur les lieux. Après avoir été malmenée et m’être entendue dire « Si vous voulez vous comporter comme une femme, je vais vous traiter comme on traite une femme. » J’étais dans une totale confusion.

Je sais avoir proféré quelques insanités. Je sais aussi que j’implorais pour mon ticket, mon chien et qu’on me laisse rentrer chez moi. Des témoins ont demandé l’aide de la police parce que c’était une situation tellement dingue.
Hier, j’ai été contacté par près d’une dizaine de personnes sur Facebook qui se proposent de témoigner. Je ne sais pas trop ce que je vais faire maintenant. Ca fait beaucoup d’histoires pour un chien.
Je l’ai bien traité de trou du cul, mais j’étais impuissante dans cette situation. J’admets l’avoir traité de trou du cul, de mauvais flic, d’agent de la circulation et lui avoir dit que ce qu’il faisait était inhumain. Je ne pense pas que vous pouvez faire respecter la loi si vous ne pensez pas que les femmes ont les mêmes droits [que les hommes. Quand un agent qui représente la loi menace, frappe et opprime une femme sur la base qu’elle se comporte comme une femme – c’est là qu’est le problème. Proférer des grossièretés me semble normal – quand il ne reste plus à une personne que sa voix. J’implorais à l’aide et n’utilisais pas ce moment comme plateforme antisémite.

Qu’en pensez-vous, vous qui n’y étiez-pas?

Un touriste autrichien : « Je n’ai jamais connu ce genre d’expérience, même pas dans des pays communistes ».

19 avril 2009

Drôle de mésaventure que celle qui est arrivée récemment à deux touristes autrichiens en visite à Londres. En effet, ce père et son fils, amateurs d’une vision des lieux visités plus proche de la vie des gens que celle qui intéresse d’habitude les touristes, ont eu la désagréable surprise de se voir contraints par deux policiers d’effacer les photos prises au cours de leur séjour.

Et ce, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Certes, il est probable que l’acte de ces policiers ne correspondait à aucune directive officielle donnée aux forces de l’ordre et qu’il s’agisse surtout d’un excès de zèle.

Oui, mais cette mésaventure nous rappelle que lorsqu’on donne des pouvoirs aux forces de l’ordre, elles tendent tout naturellement à s’en servir et parfois à en abuser pour des motifs que les policiers peuvent trouver cohérents avec la mission dont ils sont chargés.

L’article sur cet incident désagréable mais somme toute mineur fait d’ailleurs le lien avec la gestion policière des manifestations contre le G20, marquées par le décès de Ian Tomlinson et un certain nombre d’autres brutalités policières.

Le fait est qu’en Europe, on a l’habitude, à juste raison, de montrer du doigt les manques de libertés publiques et la répression policière tels qu’on les observe dans de nombreux endroits du monde.

C’est cependant oublier que les libertés publiques qui existent en Europe ne sont pas des dons du ciel mais le fruit de luttes séculaires et qu’elles sont réinventées chaque jour dans le cadre de rapports de forces politiques, économiques et sociaux.

Réinventées pour le meilleur ou… pour le pire. C’est-à-dire que si l’Europe, ici le cas du Royaume Uni, a connu une extension du champ des libertés publiques, ce dernier peut aussi connaître une régression qui pourrait aller à la mise en place par petites touches de quelque chose qui ressemblerait à un Etat policier. Et c’est un des principaux effets des lois et des plans supposés participer de la lutte contre le terrorisme.

Pour l’heure, la masse des citoyens peine à se rendre compte de ce qu’elles préfigurent dans la mesure où la plupart des personnes qui en subissent les conséquences les plus importantes appartiennent à des minorités ethno-religieuses. On notera qu’en France comme au Royaume Uni, les interpellations se succèdent parmi les membres de ces communautés ; régulièrement des « membres d’al Qaïda » sont interpellés puis mis au cachot avant d’être le plus souvent libérés sans inculpation ou après un non lieu.

Aujourd’hui les minorités dites visibles, demain…


Et quand notre touriste autrichien dit qu’il n’a jamais vécu cette expérience, même en pays communiste, je pense qu’il faut le prendre au sérieux.


Des policiers effacent les photos prises par des touristes à Londres pour ‘prévenir le terrorisme’


Par Matthew Weaver et Vikram Dodd, The Guardian (UK) 16 avril 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri


Un touriste autrichien qui avait photographié des autobus et des stations de métro déclare que ce ‘pénible incident’ l’a dissuadé de revenir à Londres

Comme la plupart des gens qui visitent Londres, Klaus Matzka et son fils Loris ont pris plusieurs photographies de quelques-uns des symboles de la ville, dont le fameux autobus rouge à étage. De manière peut-être plus inhabituelle, ils ont aussi pris des photos de la gare routière de Vauxhall que Matzka considère comme de « la sculpture moderne ».

Mais les deux touristes affirment avoir dû rentrer chez eux à Vienne sans leurs photos de vacances après avoir été contraints par deux policiers à effacer les photos de leurs appareils au nom de la prévention du terrorisme.

Matzka, un cameraman télé à la retraite âgé de 69 ans et qui apprécie l’architecture moderne s’est entendu dire qu’il était « strictement interdit » de photographier quoi que ce soit en rapport avec les transports. Les policiers ont également relevé l’identité des deux touristes, dont les numéros de leurs passeports et l’adresse de leur hôtel.

Dans une lettre à notre journal, Matzka écrit : «Je comprends la nécessité d’être vigilant dans une époque de terrorisme, mais n’est-il pas naïf de penser que le terrorisme peut être prévenu en terrorisant les touristes ?»

La police métropolitaine a indiqué qu’elle enquêtait sur ces allégations.

Au cours d’un entretien téléphonique, Matzka nous a dit depuis Vienne : « Je n’ai jamais connu ce genre d’expérience où que ce soit dans le monde, même pas dans des pays communistes.»

Il a décrit son état de choc quant lui ainsi que son fils âgé de 15 ans ont été obligés d’effacer de leurs appareils toutes les photos concernant des moyens de transports, dont des images de la station de métro Vauxhall.

Il affirme qu’il ne reviendra plus à Londres après cet incident qui a eu lieu la semaine dernière au centre de Walthamstow, au nord-est de Londres.

«Notre habitude est de sillonner les villes d’un bout à l’autre des terminus ferroviaires, nous aimons aller dans des lieux où d’autres touristes ne vont pas. Vous apprenez à connaître une ville en allant dans des lieux de ce genre, pas dans les places de centre cille. Il faut aller aussi à Buckingham Palace, mais vous devez aller ailleurs pour parvenir à connaître la ville,» dit-il.

Il affirme que cet « incident pénible » a tué chez lui toute envie de nouveaux voyages dans cette ville.»

Jenny Jones, membre de la Metropolitan Police Authority et élue du parti des «Verts» au conseil municipal de Londres affirme qu’elle soulèvera cet incident auprès de Sir Paul Stephenson; chef de la police métropolitaine, dans le cadre de discussions sur la gestion policière des manifestations contre le G20.

«C’est un autre exemple de la police qui abuse de ses pouvoirs en matière anti terroriste, » dit-elle. « Ils les utilisent d’une manière totalement inappropriée.»

«Je soulèverai ce problème avec le responsable de la police. Je lui ai déjà écrit au sujet de policiers qui confisquent des appareils photos et empêchent des gens de prendre des photos et je n’ai pas manqué de signaler que si des gens n’avaient pas pris des photos, nous n’aurions rien su sur la mort de Ian Tomlinson ou sur la femme qui a été frappée par un agent de police.»

Une porte parole de la police métropolitaine a déclaré : « L’intention de la police n’est pas d’empêcher les touristes de prendre des photos et nous étudions les allégations qui ont été faites.» La police dit n’avoir connaissance d’aucune interdiction de photographier les moyens de transports publics de la capitale.

>Un touriste autrichien : « Je n’ai jamais connu ce genre d’expérience, même pas dans des pays communistes ».

19 avril 2009

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Drôle de mésaventure que celle qui est arrivée récemment à deux touristes autrichiens en visite à Londres. En effet, ce père et son fils, amateurs d’une vision des lieux visités plus proche de la vie des gens que celle qui intéresse d’habitude les touristes, ont eu la désagréable surprise de se voir contraints par deux policiers d’effacer les photos prises au cours de leur séjour.

Et ce, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Certes, il est probable que l’acte de ces policiers ne correspondait à aucune directive officielle donnée aux forces de l’ordre et qu’il s’agisse surtout d’un excès de zèle.

Oui, mais cette mésaventure nous rappelle que lorsqu’on donne des pouvoirs aux forces de l’ordre, elles tendent tout naturellement à s’en servir et parfois à en abuser pour des motifs que les policiers peuvent trouver cohérents avec la mission dont ils sont chargés.

L’article sur cet incident désagréable mais somme toute mineur fait d’ailleurs le lien avec la gestion policière des manifestations contre le G20, marquées par le décès de Ian Tomlinson et un certain nombre d’autres brutalités policières.

Le fait est qu’en Europe, on a l’habitude, à juste raison, de montrer du doigt les manques de libertés publiques et la répression policière tels qu’on les observe dans de nombreux endroits du monde.

C’est cependant oublier que les libertés publiques qui existent en Europe ne sont pas des dons du ciel mais le fruit de luttes séculaires et qu’elles sont réinventées chaque jour dans le cadre de rapports de forces politiques, économiques et sociaux.

Réinventées pour le meilleur ou… pour le pire. C’est-à-dire que si l’Europe, ici le cas du Royaume Uni, a connu une extension du champ des libertés publiques, ce dernier peut aussi connaître une régression qui pourrait aller à la mise en place par petites touches de quelque chose qui ressemblerait à un Etat policier. Et c’est un des principaux effets des lois et des plans supposés participer de la lutte contre le terrorisme.

Pour l’heure, la masse des citoyens peine à se rendre compte de ce qu’elles préfigurent dans la mesure où la plupart des personnes qui en subissent les conséquences les plus importantes appartiennent à des minorités ethno-religieuses. On notera qu’en France comme au Royaume Uni, les interpellations se succèdent parmi les membres de ces communautés ; régulièrement des « membres d’al Qaïda » sont interpellés puis mis au cachot avant d’être le plus souvent libérés sans inculpation ou après un non lieu.

Aujourd’hui les minorités dites visibles, demain…


Et quand notre touriste autrichien dit qu’il n’a jamais vécu cette expérience, même en pays communiste, je pense qu’il faut le prendre au sérieux.


Des policiers effacent les photos prises par des touristes à Londres pour ‘prévenir le terrorisme’


Par Matthew Weaver et Vikram Dodd, The Guardian (UK) 16 avril 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri


Un touriste autrichien qui avait photographié des autobus et des stations de métro déclare que ce ‘pénible incident’ l’a dissuadé de revenir à Londres

Comme la plupart des gens qui visitent Londres, Klaus Matzka et son fils Loris ont pris plusieurs photographies de quelques-uns des symboles de la ville, dont le fameux autobus rouge à étage. De manière peut-être plus inhabituelle, ils ont aussi pris des photos de la gare routière de Vauxhall que Matzka considère comme de « la sculpture moderne ».

Mais les deux touristes affirment avoir dû rentrer chez eux à Vienne sans leurs photos de vacances après avoir été contraints par deux policiers à effacer les photos de leurs appareils au nom de la prévention du terrorisme.

Matzka, un cameraman télé à la retraite âgé de 69 ans et qui apprécie l’architecture moderne s’est entendu dire qu’il était « strictement interdit » de photographier quoi que ce soit en rapport avec les transports. Les policiers ont également relevé l’identité des deux touristes, dont les numéros de leurs passeports et l’adresse de leur hôtel.

Dans une lettre à notre journal, Matzka écrit : «Je comprends la nécessité d’être vigilant dans une époque de terrorisme, mais n’est-il pas naïf de penser que le terrorisme peut être prévenu en terrorisant les touristes ?»

La police métropolitaine a indiqué qu’elle enquêtait sur ces allégations.

Au cours d’un entretien téléphonique, Matzka nous a dit depuis Vienne : « Je n’ai jamais connu ce genre d’expérience où que ce soit dans le monde, même pas dans des pays communistes.»

Il a décrit son état de choc quant lui ainsi que son fils âgé de 15 ans ont été obligés d’effacer de leurs appareils toutes les photos concernant des moyens de transports, dont des images de la station de métro Vauxhall.

Il affirme qu’il ne reviendra plus à Londres après cet incident qui a eu lieu la semaine dernière au centre de Walthamstow, au nord-est de Londres.

«Notre habitude est de sillonner les villes d’un bout à l’autre des terminus ferroviaires, nous aimons aller dans des lieux où d’autres touristes ne vont pas. Vous apprenez à connaître une ville en allant dans des lieux de ce genre, pas dans les places de centre cille. Il faut aller aussi à Buckingham Palace, mais vous devez aller ailleurs pour parvenir à connaître la ville,» dit-il.

Il affirme que cet « incident pénible » a tué chez lui toute envie de nouveaux voyages dans cette ville.»

Jenny Jones, membre de la Metropolitan Police Authority et élue du parti des «Verts» au conseil municipal de Londres affirme qu’elle soulèvera cet incident auprès de Sir Paul Stephenson; chef de la police métropolitaine, dans le cadre de discussions sur la gestion policière des manifestations contre le G20.

«C’est un autre exemple de la police qui abuse de ses pouvoirs en matière anti terroriste, » dit-elle. « Ils les utilisent d’une manière totalement inappropriée.»

«Je soulèverai ce problème avec le responsable de la police. Je lui ai déjà écrit au sujet de policiers qui confisquent des appareils photos et empêchent des gens de prendre des photos et je n’ai pas manqué de signaler que si des gens n’avaient pas pris des photos, nous n’aurions rien su sur la mort de Ian Tomlinson ou sur la femme qui a été frappée par un agent de police.»

Une porte parole de la police métropolitaine a déclaré : « L’intention de la police n’est pas d’empêcher les touristes de prendre des photos et nous étudions les allégations qui ont été faites.» La police dit n’avoir connaissance d’aucune interdiction de photographier les moyens de transports publics de la capitale.


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