Archive for the ‘Proche-Orient’ Category

Actualité du judéo-christianisme

10 mai 2009
La visite du Pape Benoît XVI au Proche Orient est un des faits marquants de l’actualité. Après un passage en Jordanie, le Pape se rend en Palestine occupée où un accueil mitigé lui est réservé aussi bien par les juifs que par les musulmans.
Pas pour les mêmes raisons cependant. La réserve des musulmans tient pour partie aux propos qu’avait tenus le Pape, tendant à assimiler Islam et violence mais surtout à sa renonciation, sous les pressions du régime sioniste, à l’idée de prendre la parole publiquement près du mur de séparation qui marque la limite du ghetto sioniste.
Entre l’église catholique et les juifs, les sujets de contentieux surabondent ; ce sont surtout les juifs qui font des reproches à l’église catholique : ils rejettent par exemple le projet de béatification de Pie XII, rappellent l’appartenance de Benoît Ratzinger aux Jeunesses Hitlériennes et n’oublient pas la remise au goût du jour de la prière pour la conversion des juifs.
En dépit de ce tombereau de reproches, le Pape a tenu à affirmer «le lien inséparable qui unit l’Eglise et le peuple juif.»
On s’interrogera sur la nature de ce lien inséparable. Peut-être s’agit-il de celui constitué par la corde qui, selon le Talmud, a servi à pendre Jésus.
Oui, car selon le Talmud, Jésus n’a pas été crucifié mais lapidé puis pendu par les juifs eux-mêmes, et non exécuté par les romains.
On dira que j’ai pêché ça dans un site antisémite qui accomode le Talmud à sa sauce (au passage, rappelons que pour l’Islam, Jésus n’a été ni crucifié ni pendu).
Que nenni. J’ai trouvé ça dans un article publié par Forward, un magazine juif édité aux USA. Ce qui est d’ailleurs amusant dans cet article, c’est que l’auteur feint de découvrir le sort fait à Jésus dans le Talmud. On aurait pu le croire si l’auteur avait une culture juive minimale alimentée par une version expurgée du Talmud. Or ce n’est pas le cas puisqu’il nous indique avoir effectué un travail universitaire sur (Saint) Paul dans le Talmud.

Les juifs ont-ils un problème avec Jésus?
Le Polymath
Par Jay Michaelson Jewish Forward (USA), le 29 avril 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

La blague, si c’en est une, dit ceci : «Vous devez nous pardonner, nous les Juifs, d’être un peu nerveux. Deux mille ans d’amour chrétien ont usé nos nerfs.»
C’est tout dire, n’est-ce pas ? Les cicatrices de l’antisémitisme et de l’action missionnaire, le sens de l’humour rempli de pathos, le mépris de la chrétienté – c’est certainement ainsi que je voyais majoritairement notre religion dans ma jeunesse. Quand j’étais enfant, le christianisme était comme un grand tyran stupide : à la fois idiot et extrêmement puissant. Etaient-ils incapables de voir à quel point leur religion était ridicule ? Une naissance virginale ? Le Père Noël ? Un lapin de Pâques? Un messie qui a été tué, mais est mort en réalité pour nos péchés? Et pourtant, telles étaient les personne qui dirigeaient notre pays, nous disant les jours avec école et les jours sans, et nous jouant leur musique insidieuse chaque hiver.
Si les livres soumis à la lecture du journal Forward indiquent une quelconque tendance, alors je ne suis pas le seul dans ma névrose par rapport à Yeshu ben Yoseph. Même si rien, semble-t-il, ne rivalisera avec le flot interminable de livres sur l’holocauste, ces dernières années ont vu une petite montagne de livres sur Jésus arriver sur mon bureau, la plupart d’entre eux ne méritant pas d’être signalés. Des balivernes sur comment Jésus s’est trompé sur le judaïsme ou comment le christianisme s’est trompé sur Jésus, ou à quel point nous sommes mieux qu’eux [les chrétiens] – des livres du genre que j’aurais pu écrire dans ma jeunesse.

A coup sur, la jésumanie est en partie due au succès du livre de David Klinghoffer paru en 2005, «Pourquoi les juifs ont rejeté Jésus.» (Réponse : Nous sommes le peuple élu – une nation, pas des universalistes.) Mais je pense qu’elle est en bonne partie liée au renforcement de notre confiance en tant que minorité assimilée aux Etats-Unis. Si à une époque nous aurions pu être torturés ou placés sur le bûcher pour le fait de ne pas accepter Jésus, nous pouvons maintenant publier des livres qui le critiquent.
Il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, les textes discutés dans le meilleur livre de la dernière moisson de publications, « Jésus dans le Talmud » par Peter Schafer ont été autrefois considérés si scandaleux qu’ils firent l’objet d’une autocensure dans les éditions européennes du Talmud. Non pas que cette démarche ait réussi : les autorités chrétiennes brûlèrent tout de même le Talmud et l’antisémitisme continua sans relâche. Mais la censure a quelque peu réussi ; ces textes sont pratiquement inconnus, même à ce jour.
Et ils restent assez scandaleux. Ce que Schafer montre, c’est que les rabbins du Talmud connaissaient suffisamment le Nouveau testament pour le parodier et s’inquiétaient suffisamment de la croissance de la nouvelle secte judéo-chrétienne pour condamner le Nouveau Testament. Et ils le firent dans des termes impitoyables.
L’image de Jésus qu’on retire du Talmud est celle d’un hors la loi, un maniaque sexuel adepte de la magie noire qui recourait à la tromperie pour égarer Israël. Dans BT [Talmud de Babylone] Sanhédrin 103a, Jésus est représenté comme un mauvais disciple qui a « gâché sa nourriture, » ce qui, spécule Schafer, pourrait être un euphémisme pour l’inconduite sexuelle : « manger le mets » étant un euphémisme talmudique connu pour désigner l’acte sexuel lui-même. Une correction ultérieure ajoute qu’il « pratiquait la magie et a égaré Israël. » Et la naissance virginale est ridiculisée comme un camouflage de la véritable filiation de Jésus : sa mère était une « femme illicite » (autre locution talmudique), peut-être même une prostituée.
C’est du lourd – pas étonnant qu’on ne l’enseigne pas dans les cours du dimanche. Mais fascinant aussi, à condition bien entendu, de ne pas le prendre trop au sérieux (ce que certains juifs font, à n’en pas douter). Les textes étudiés par Schafer – tous relativement tardifs, remontant au 3ème ou 4ème siècle après JC, suggérant un effort conscient pour combattre la montée de la secte – montrent que les rabbins talmudistes n’ont pas rejeté Jésus pour les nobles raisons suggérées par Klinghoffer et ses émules. Selon ces textes tout au moins, ils l’ont rejeté parce qu’ils pensaient qu’il incarnait le mal ou le percevaient comme une menace.
De manière choquante, cependant, le Talmud ne fuit pas la responsabilité de la mort de Jésus. Au contraire, il dit qu’il l’avait méritée et qu’elle est l’œuvre des juifs eux-mêmes. Jésus était, indiquent les textes, un sorcier, un idolâtre et un hérétique qui guidait Israël dans l’idolâtrie. Sa condamnation était absolument justifiée et son exécution – lapidation puis pendaison – a été effectuée en stricte conformité avec le droit rabbinique.
Pourquoi le Talmud fait-il cette revendication ? Schafer suppose que c’est pour saper le récit des Evangiles et affirmer le pouvoir des rabbins. Dans le récit des Evangiles, les rabbins sont pratiquement des instruments de Rome. Dans la version du Talmud, ils sont tout puissants – si puissants qu’ils condamnèrent le héros de la secte chrétienne à une mort brutale (croyez-le ou pas, il y a en fait des textes encore plus crus et que Schafer a inclus dans son livre. Il suffit de dire que l’enfer de Dante n’est rien à côté de leur horrible récit. Mais je n’en parlerai pas dans ce journal familial.)
Ce qui est fascinant dans la lecture de ces textes ainsi que des commentaires soigneux et méthodiques de Schafer, est que l’ambivalence envers jésus que j’ai ressenti dans ma jeunesse, semblait déjà présente dès le 4ème siècle. D’un côté Jésus est objet de mépris, de l’autre son pouvoir est dangereux. Ces textes ont été écrits avant que l’église devienne la plus grande force en ce monde, mais ils ne dépareilleraient pas dans la liste des livres que j’ai choisi de ne pas présenter ici.
En fait, je suis certain que certains lecteurs auraient préféré que ces commentaires ne soient pas publiés du tout. Les textes présentés dans l’ouvrage de Schafer restent dangereux. Ils pourraient encore inciter à la violence contre les juifs. Et ils menacent des décennies de progrès des relations judéo-chrétiennes.
On se demande quand, si jamais, les juifs pourront se remettre du traumatisme de l’oppression chrétienne et apprendre réellement, tout en nous en différenciant, de la tradition et de l’enseignement chrétiens. Au cours de mon propre cheminement spirituel, j’ai été étonné d’avoir appris autant des enseignements d’autres traditions – bouddhisme, hindouisme, paganisme, soufisme – et de mon degré de nervosité quand il s’agit du christianisme. Certes, comme beaucoup de juifs, j’accorde de la valeur aux enseignements de Jésus et j’ai même fait mon mémoire de master sur Paul et le Talmud. Mais ce n’est pas assez. Je veux comprendre le Christ à la manière des chrétiens – pas pour devenir l’un d’entre eux, mais pour enrichir ma propre vie religieuse. Je veux apprendre d’eux comment avoir une relation personnelle avec un Dieu personnel, humanisé, incarné qui veille et qui sauve. Je veux ressentir Jésus comme un être humain assez éclairé pour voir chacun comme sacré, même l’impur, le lépreux et le marginal. Et je veux suivre son exemple, voir tous mes frères en humanité et moi-même comme les fils et les filles de Dieu.
Il y a quatre ans, j’avais développé certaines de ces réflexions dans un essai publié par Zeek magazine. J’avais avec humour intitulé l’article « Comment j’en suis finalement venu à accepter le Christ dans mon cœur, » expliquant cette ironie dans le premier paragraphe. Lors d’une conférence où ce magazine était en vente, quelqu’un a vu ce titre, a pris le lot entier de magazines et l’a jeté à terre, avant d’accuser le libraire de vendre des détritus de missionnaires.
Eh bien, je pense que vous devrez nous pardonner, à nous les juifs, d’être encore un peu nerveux…

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10 mai 2009

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La visite du Pape Benoît XVI au Proche Orient est un des faits marquants de l’actualité. Après un passage en Jordanie, le Pape se rend en Palestine occupée où un accueil mitigé lui est réservé aussi bien par les juifs que par les musulmans.
Pas pour les mêmes raisons cependant. La réserve des musulmans tient pour partie aux propos qu’avait tenus le Pape, tendant à assimiler Islam et violence mais surtout à sa renonciation, sous les pressions du régime sioniste, à l’idée de prendre la parole publiquement près du mur de séparation qui marque la limite du ghetto sioniste.
Entre l’église catholique et les juifs, les sujets de contentieux surabondent ; ce sont surtout les juifs qui font des reproches à l’église catholique : ils rejettent par exemple le projet de béatification de Pie XII, rappellent l’appartenance de Benoît Ratzinger aux Jeunesses Hitlériennes et n’oublient pas la remise au goût du jour de la prière pour la conversion des juifs.
En dépit de ce tombereau de reproches, le Pape a tenu à affirmer «le lien inséparable qui unit l’Eglise et le peuple juif.»
On s’interrogera sur la nature de ce lien inséparable. Peut-être s’agit-il de celui constitué par la corde qui, selon le Talmud, a servi à pendre Jésus.
Oui, car selon le Talmud, Jésus n’a pas été crucifié mais lapidé puis pendu par les juifs eux-mêmes, et non exécuté par les romains.
On dira que j’ai pêché ça dans un site antisémite qui accomode le Talmud à sa sauce (au passage, rappelons que pour l’Islam, Jésus n’a été ni crucifié ni pendu).
Que nenni. J’ai trouvé ça dans un article publié par Forward, un magazine juif édité aux USA. Ce qui est d’ailleurs amusant dans cet article, c’est que l’auteur feint de découvrir le sort fait à Jésus dans le Talmud. On aurait pu le croire si l’auteur avait une culture juive minimale alimentée par une version expurgée du Talmud. Or ce n’est pas le cas puisqu’il nous indique avoir effectué un travail universitaire sur (Saint) Paul dans le Talmud.

Les juifs ont-ils un problème avec Jésus?
Le Polymath
Par Jay Michaelson Jewish Forward (USA), le 29 avril 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

La blague, si c’en est une, dit ceci : «Vous devez nous pardonner, nous les Juifs, d’être un peu nerveux. Deux mille ans d’amour chrétien ont usé nos nerfs.»
C’est tout dire, n’est-ce pas ? Les cicatrices de l’antisémitisme et de l’action missionnaire, le sens de l’humour rempli de pathos, le mépris de la chrétienté – c’est certainement ainsi que je voyais majoritairement notre religion dans ma jeunesse. Quand j’étais enfant, le christianisme était comme un grand tyran stupide : à la fois idiot et extrêmement puissant. Etaient-ils incapables de voir à quel point leur religion était ridicule ? Une naissance virginale ? Le Père Noël ? Un lapin de Pâques? Un messie qui a été tué, mais est mort en réalité pour nos péchés? Et pourtant, telles étaient les personne qui dirigeaient notre pays, nous disant les jours avec école et les jours sans, et nous jouant leur musique insidieuse chaque hiver.
Si les livres soumis à la lecture du journal Forward indiquent une quelconque tendance, alors je ne suis pas le seul dans ma névrose par rapport à Yeshu ben Yoseph. Même si rien, semble-t-il, ne rivalisera avec le flot interminable de livres sur l’holocauste, ces dernières années ont vu une petite montagne de livres sur Jésus arriver sur mon bureau, la plupart d’entre eux ne méritant pas d’être signalés. Des balivernes sur comment Jésus s’est trompé sur le judaïsme ou comment le christianisme s’est trompé sur Jésus, ou à quel point nous sommes mieux qu’eux [les chrétiens] – des livres du genre que j’aurais pu écrire dans ma jeunesse.

A coup sur, la jésumanie est en partie due au succès du livre de David Klinghoffer paru en 2005, «Pourquoi les juifs ont rejeté Jésus.» (Réponse : Nous sommes le peuple élu – une nation, pas des universalistes.) Mais je pense qu’elle est en bonne partie liée au renforcement de notre confiance en tant que minorité assimilée aux Etats-Unis. Si à une époque nous aurions pu être torturés ou placés sur le bûcher pour le fait de ne pas accepter Jésus, nous pouvons maintenant publier des livres qui le critiquent.
Il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, les textes discutés dans le meilleur livre de la dernière moisson de publications, « Jésus dans le Talmud » par Peter Schafer ont été autrefois considérés si scandaleux qu’ils firent l’objet d’une autocensure dans les éditions européennes du Talmud. Non pas que cette démarche ait réussi : les autorités chrétiennes brûlèrent tout de même le Talmud et l’antisémitisme continua sans relâche. Mais la censure a quelque peu réussi ; ces textes sont pratiquement inconnus, même à ce jour.
Et ils restent assez scandaleux. Ce que Schafer montre, c’est que les rabbins du Talmud connaissaient suffisamment le Nouveau testament pour le parodier et s’inquiétaient suffisamment de la croissance de la nouvelle secte judéo-chrétienne pour condamner le Nouveau Testament. Et ils le firent dans des termes impitoyables.
L’image de Jésus qu’on retire du Talmud est celle d’un hors la loi, un maniaque sexuel adepte de la magie noire qui recourait à la tromperie pour égarer Israël. Dans BT [Talmud de Babylone] Sanhédrin 103a, Jésus est représenté comme un mauvais disciple qui a « gâché sa nourriture, » ce qui, spécule Schafer, pourrait être un euphémisme pour l’inconduite sexuelle : « manger le mets » étant un euphémisme talmudique connu pour désigner l’acte sexuel lui-même. Une correction ultérieure ajoute qu’il « pratiquait la magie et a égaré Israël. » Et la naissance virginale est ridiculisée comme un camouflage de la véritable filiation de Jésus : sa mère était une « femme illicite » (autre locution talmudique), peut-être même une prostituée.
C’est du lourd – pas étonnant qu’on ne l’enseigne pas dans les cours du dimanche. Mais fascinant aussi, à condition bien entendu, de ne pas le prendre trop au sérieux (ce que certains juifs font, à n’en pas douter). Les textes étudiés par Schafer – tous relativement tardifs, remontant au 3ème ou 4ème siècle après JC, suggérant un effort conscient pour combattre la montée de la secte – montrent que les rabbins talmudistes n’ont pas rejeté Jésus pour les nobles raisons suggérées par Klinghoffer et ses émules. Selon ces textes tout au moins, ils l’ont rejeté parce qu’ils pensaient qu’il incarnait le mal ou le percevaient comme une menace.
De manière choquante, cependant, le Talmud ne fuit pas la responsabilité de la mort de Jésus. Au contraire, il dit qu’il l’avait méritée et qu’elle est l’œuvre des juifs eux-mêmes. Jésus était, indiquent les textes, un sorcier, un idolâtre et un hérétique qui guidait Israël dans l’idolâtrie. Sa condamnation était absolument justifiée et son exécution – lapidation puis pendaison – a été effectuée en stricte conformité avec le droit rabbinique.
Pourquoi le Talmud fait-il cette revendication ? Schafer suppose que c’est pour saper le récit des Evangiles et affirmer le pouvoir des rabbins. Dans le récit des Evangiles, les rabbins sont pratiquement des instruments de Rome. Dans la version du Talmud, ils sont tout puissants – si puissants qu’ils condamnèrent le héros de la secte chrétienne à une mort brutale (croyez-le ou pas, il y a en fait des textes encore plus crus et que Schafer a inclus dans son livre. Il suffit de dire que l’enfer de Dante n’est rien à côté de leur horrible récit. Mais je n’en parlerai pas dans ce journal familial.)
Ce qui est fascinant dans la lecture de ces textes ainsi que des commentaires soigneux et méthodiques de Schafer, est que l’ambivalence envers jésus que j’ai ressenti dans ma jeunesse, semblait déjà présente dès le 4ème siècle. D’un côté Jésus est objet de mépris, de l’autre son pouvoir est dangereux. Ces textes ont été écrits avant que l’église devienne la plus grande force en ce monde, mais ils ne dépareilleraient pas dans la liste des livres que j’ai choisi de ne pas présenter ici.
En fait, je suis certain que certains lecteurs auraient préféré que ces commentaires ne soient pas publiés du tout. Les textes présentés dans l’ouvrage de Schafer restent dangereux. Ils pourraient encore inciter à la violence contre les juifs. Et ils menacent des décennies de progrès des relations judéo-chrétiennes.
On se demande quand, si jamais, les juifs pourront se remettre du traumatisme de l’oppression chrétienne et apprendre réellement, tout en nous en différenciant, de la tradition et de l’enseignement chrétiens. Au cours de mon propre cheminement spirituel, j’ai été étonné d’avoir appris autant des enseignements d’autres traditions – bouddhisme, hindouisme, paganisme, soufisme – et de mon degré de nervosité quand il s’agit du christianisme. Certes, comme beaucoup de juifs, j’accorde de la valeur aux enseignements de Jésus et j’ai même fait mon mémoire de master sur Paul et le Talmud. Mais ce n’est pas assez. Je veux comprendre le Christ à la manière des chrétiens – pas pour devenir l’un d’entre eux, mais pour enrichir ma propre vie religieuse. Je veux apprendre d’eux comment avoir une relation personnelle avec un Dieu personnel, humanisé, incarné qui veille et qui sauve. Je veux ressentir Jésus comme un être humain assez éclairé pour voir chacun comme sacré, même l’impur, le lépreux et le marginal. Et je veux suivre son exemple, voir tous mes frères en humanité et moi-même comme les fils et les filles de Dieu.
Il y a quatre ans, j’avais développé certaines de ces réflexions dans un essai publié par Zeek magazine. J’avais avec humour intitulé l’article « Comment j’en suis finalement venu à accepter le Christ dans mon cœur, » expliquant cette ironie dans le premier paragraphe. Lors d’une conférence où ce magazine était en vente, quelqu’un a vu ce titre, a pris le lot entier de magazines et l’a jeté à terre, avant d’accuser le libraire de vendre des détritus de missionnaires.
Eh bien, je pense que vous devrez nous pardonner, à nous les juifs, d’être encore un peu nerveux…

De l’USS Liberty à l’Irak, le prix à payer pour l’élection d’un président aux USA

5 novembre 2007
Le texte qui suit est important car il montre comment la politique américaine au Proche-Orient a définitivement basculé en faveur de l’entitté sioniste. Et que ce basculement n’est intervenu que tardivement, à la veille même du vote onusien qui légalisa, à l’encontre des principes du droit et de la charte de l’ONU, la partition de la Palestine.
A ma connaissance ce texte n’avait pas encore été traduit en français. S’appuyant sur des sources de première main, il nous donne à comprendre que la choix définitif des Etats-Unis en faveur de la partition ne répondait pas fondamentalement à des considérations stratégiques sur la place de ce pays dans la région mais était plutôt une réponse aux problèmes conjoncturels d’un président Truman en difficulté dans son propre camp et qui s’inquiétait avant tout de sa réélection. Les conséquences structurelles de ce choix finalement conjoncturel avaient pourtant été clairement exposées au président Truman par le Département d’Etat. Truman a été réélu, mais de l’USS Liberty à l’Irak aujourd’hui les Etats-Unis et le monde n’en finissent pas de payer la facture de sa réélection.
Publié en 1994, ce texte amenait finalement aux mêmes conclusions que les réflexions actuelles sur le lobby sioniste et son rôle contraire aux intérêts fondamentaux des USA.
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Truman avait ignoré un clair avertissement du Département d’Etat contre la partition de la Palestine en 1947
Publié initialement dans le Washington Report de septembre-octobre 1994. Une version légèrement remaniée a été publiée dans Fifty Years of Israel par Donald Neff
Traduit de l’anglais par Djazaïri
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Le 22 septembre 1947, Loy Henderson avait clairement averti le Secrétaire d’Etat George C. Marshall que la partition de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif n’était pas faisable et provoquerait des troubles imprévisibles dans l’avenir. Henderson était Directeur du Bureau des affaires africaines et moyen-orientales au Département d’Etat et son mémorandum, qui intervenait moins d’un mois après la recommandation d’une partition par le comité spécial de l’ONU, reste une des analyses les plus clairvoyantes des risques qu’entraînerait une partition.Henderson avait informé Marshall que sa vision des choses était partagée par « presque tous les membres des affaires étrangères ou du Département qui avaient eu à travailler à un niveau appréciable sur les problèmes du Proche-Orient. » Parmi les points soulevés par Henderson :« Le plan qui a obtenu la majorité à l’UNSCOP (comité spécial de l’ONU sur la Palestine) n’est pas seulement impraticable; s’il était adopté ce serait la certitude de voir le problème de la Palestine devenir permanent encore plus compliqué à l’avenir.
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« Les propositions contenues dans le plan de l’UNSCOP non seulement ne reposent sur aucun des principes en vigueur au plan international, principes dont le maintien serait dans l’intérêt des USA, mais sont en contravention complète avec divers principes inscrits dans la charte de l’ONU ainsi qu’avec des principes sur lesquels les conceptions américaines de l’Etat sont basées.Par exemple, ces propositions ignorent des principes tels que l’auto-détermination et le pouvoir de la majorité. Elles reconnaissent le principe d’un Etat racial et théocratique et vont même, dans plusieurs cas, jusqu’à distinguer sur la base de la religion et de la race des personnes qui se trouvent hors de Palestine. Jusqu’ici, notre diplomatie a toujours soutenu que les ressortissants Américains, sans distinction de race ou de religion, avaient droit à un traitement uniforme. L’accent porté sur le fait que des personnes soient juives ou non-juives renforcera à coup sûr aussi bien chez les Juifs et les Gentils aux USA comme à l’étranger, le sentiment que les citoyens Juifs sont différents des autres citoyens.
s
« Nous n’avons aucune obligation envers les Juifs d’établir un Etat juif. La déclaration Balfour et le Mandat [britannique sur la Palestine] visait non à l’instauration d’un Etat juif mais d’un foyer national juif. Ni les USA, ni le gouvernement britannique n’ont jamais interprété l’expression ‘foyer national juif’ au sens d’Etat national juif. »Malgré l’alignement du Département d’Etat sur les positions de Henderson opposées à la partition, la Maison Blanche et Harry Truman étaient en faveur de la partition en raison de fortes pressions politiques. Truman était si impopulaire à l’époque qu’on spéculait sur sa capacité à obtenir l’investiture du Parti Démocrate et encore plus à gagner la compétition présidentielle. Alors que le vote de l’assemblée générale de l’ONU se rapprochait, Henderson fit une autre tentative pour faire changer Truman d’opinion. Le 24 novembre, il écrivait : « Je considère encore comme de mon devoir de qu’il me semble, à moi comme à tous les membres de mon service en connaissance du Proche-orient, que la politique que nous poursuivons actuellement à New York en ce moment est contraire aux intérêts des USA et nous plongera en fin de compte dans des difficultés si graves que la réaction à travers le monde, comme dans notre pays, sera très forte. »Il poursuivait : « Je me demande si le Président réalise que le plan que nous soutenons pour la Palestine laisse le maintien de l’ordre en Palestine aux seules services de sécurité locaux. Il est suffisamment évident qu’une violence de grande ampleur se déclenchera dans ce pays à laquelle les autorités locales seront incapables de faire face… Il me semble que nous devrions réfléchir à deux fois avant d’apporter notre appui à tout plan qui se traduirait par l’envoi de troupes américaines en Palestine. »Le sous-Secrétaire d’Etat Robert A. Lovett avait été si impressionné par ce mémo qu’il en fit lecture au Président Truman. Mais Truman, soucieux de sa campagne électorale de l’année suivante et pressé par des conseillers comme Clark Clifford d’adopter la partition comme moyen de s’assurer le soutien Juif, ignora les avertissements de Henderson. Cinq jours plus tard, les USA votaient la partition dans cette session historique de l’Assemblée Générale.Comme les mois passaient et que la Palestine sombrait dans le chaos et la violence prédits par Henderson et le Département d’Etat, Truman ne pouvait plus longtemps ignorer le fait que la partition avait provoqué un bain de sang massif. George Kenan, le directeur de la planification politique au Département d’Etat avertissait le 24 février 1948, que la violence en Palestine ne pouvait être arrêtée que par l’introduction de troupes étrangères. Il pressait les USA de ne pas se laisser entraîner dans ce bourbier.
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De lourdes responsabilités
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Les pressions que subit actuellement ce gouvernement nous poussent vers une position qui nous amènera à assumer une lourde responsabilité pour le maintien et même l’expansion d’un Etat juif en Palestine… Si nous n’effectuons pas un revirement assez radical par rapport aux orientations suivies jusqu’à présent, nous finirons soit par nous retrouver responsables militairement de la protection de la population juive de Palestine contre l’hostilité déclarée du Monde Arabe, soit par partager cette responsabilité avec les Russes et donc les aider à s’établir comme une des puissances militaires dans la région. Des points de vue similaires avaient été exprimés par la CIA et le Département de la Défense.Malgré ces graves motifs d’inquiétude, Clifford avait continué à presser Truman de garder son soutien à la partition.
Dans un mémo du 6 mars, Clifford plaidait que si les USA abandonnaient ce plan maintenant la conséquence en serait que « … les Etats-Unis apparaîtraient dans la posture ridicule d’être effrayés devant les menaces de quelques tribus nomades du désert… les Arabes ont plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’eux. Sans les royalties du pétrole ils vont à la faillite. » Le message implicite était que les Juifs étaient plus importants que les Arabes pour l’élection de Truman. Comme Truman l’avait dit lui-même : « Je suis désolé messieurs, mais je dois une réponse aux centaines de milliers de personnes qui espèrent ardemment le succès du sionisme. Je n’ai pas des centaines de milliers d’Arabes parmi mes électeurs. »
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A cette époque, Arabes et Juifs s’entre-tuaient quotidiennement. Les forces juives se renforçaient et étaient sur le point de lancer des attaques importantes à l’extérieur des limites définies par l’ONU pour l’Etat juif. Des dizaines de milliers de Palestiniens étaient déjà devenus des réfugiés, augurant de la tragédie qui ferait que très vite plus de la moitié de l’ensemble des Palestiniens perdraient leurs foyers. Les horreurs qui se passaient en Palestine ne pouvaient pas être ignorées. Le 19 mars, Truman renonçait à la partition. Les USA annoncèrent au Conseil de Sécurité de l’ONU que l’Amérique pensait que la partition était infaisable et qu’une supervision onusienne devait être installée pour se substituer aux Britanniques au terme de leur retrait de Palestine le 14 mai.
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La réaction dans la presse et la communauté juive fut cinglante. Les unes titraient : « Faiblesse, » « Indécision, » « Perte du prestige américain. » Depuis Jérusalem, le consul Américain rapportait : « La réaction juive… est la consternation, la désillusion, le désespoir et la détermination. La plupart des gens pense que les USA ont trahi les Juifs par intérêt pour le pétrole du Moyen-Orient et par crainte des visées russes. » Truman tenta de faire porter le chapeau au Département d’Etat en affirmant qu’il avait agi sans son approbation. Il est pourtant clair qu’il avait personnellement donné son aval au changement de stratégie.
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En fin de compte, Truman regagna l’appui juif deux mois plus tard en ignorant la ferme opposition du Département d’Etat et fit des USA la première nation à reconnaître Israël comme un Etat indépendant le 14 mai. La décision de Truman avait suscité tant de dégoût chez le Secrétaire d’Etat Marshall que ce dernier dit en face à Truman qu’il considérait que le président agissait sur la base des calculs de Clifford pour s’assurer le soutien juif et d’ajouter : « J’ai dit franchement que si le Président devait suivre le conseil de M. Clifford et si je devais voter aux élections, je voterais contre le Président ». Le 2 novembre Truman battait Thomas E. Dewey à l’élection présidentielle.
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Lectures conseillées:
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Donovan, Robert J., Conflict and Crisis: The Presidency of Harry S. Truman, 1945-1948, New York,
W.W. Norton, 1977.Grose, Peter, Israel in the Mind of America, New York, Alfred A. Knopf, 1983.
Khouri, Fred J., The Arab-Israeli Dilemma, Syracuse, NY, Syracuse University Press, third edition, 1985.
Laqueur, Walter and Barry Rubin (eds.), The Israel-Arab Reader (revised and updated), New York, Penguin Books, 1987.
Mallison, Thomas and Sally V., The Palestine Problem in International Law and World Order, London, Longman Group Ltd., 1986.Rearden,
Steven L., History of the Office of the Secretary of State: The Formative Years?1947-1950, Washington, DC, Historical Office, Office of the Secretary of Defense, 1984.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1947 (vol. 5), The Near East and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1971.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1948 (vol. 5), The Near East, South Asia, and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1975.
Wilson, Evan M., Decision on Palestine: How the U.S. Came to Recognize Israel, Stanford, CA, Hoover Institution Press, 1979.
Notes:Foreign Relations of the United States (hereafter referred to as FRUS), “The Director of the Office of Near Eastern and African Affairs (Henderson) to the Secretary of State,” Sept. 22, 1947. Text is also in Wilson, Decision on Palestine, pp. 117-21.

>De l’USS Liberty à l’Irak, le prix à payer pour l’élection d’un président aux USA

5 novembre 2007

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Le texte qui suit est important car il montre comment la politique américaine au Proche-Orient a définitivement basculé en faveur de l’entitté sioniste. Et que ce basculement n’est intervenu que tardivement, à la veille même du vote onusien qui légalisa, à l’encontre des principes du droit et de la charte de l’ONU, la partition de la Palestine.
A ma connaissance ce texte n’avait pas encore été traduit en français. S’appuyant sur des sources de première main, il nous donne à comprendre que la choix définitif des Etats-Unis en faveur de la partition ne répondait pas fondamentalement à des considérations stratégiques sur la place de ce pays dans la région mais était plutôt une réponse aux problèmes conjoncturels d’un président Truman en difficulté dans son propre camp et qui s’inquiétait avant tout de sa réélection. Les conséquences structurelles de ce choix finalement conjoncturel avaient pourtant été clairement exposées au président Truman par le Département d’Etat. Truman a été réélu, mais de l’USS Liberty à l’Irak aujourd’hui les Etats-Unis et le monde n’en finissent pas de payer la facture de sa réélection.
Publié en 1994, ce texte amenait finalement aux mêmes conclusions que les réflexions actuelles sur le lobby sioniste et son rôle contraire aux intérêts fondamentaux des USA.
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Truman avait ignoré un clair avertissement du Département d’Etat contre la partition de la Palestine en 1947
Publié initialement dans le Washington Report de septembre-octobre 1994. Une version légèrement remaniée a été publiée dans Fifty Years of Israel par Donald Neff
Traduit de l’anglais par Djazaïri
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Le 22 septembre 1947, Loy Henderson avait clairement averti le Secrétaire d’Etat George C. Marshall que la partition de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif n’était pas faisable et provoquerait des troubles imprévisibles dans l’avenir. Henderson était Directeur du Bureau des affaires africaines et moyen-orientales au Département d’Etat et son mémorandum, qui intervenait moins d’un mois après la recommandation d’une partition par le comité spécial de l’ONU, reste une des analyses les plus clairvoyantes des risques qu’entraînerait une partition.Henderson avait informé Marshall que sa vision des choses était partagée par « presque tous les membres des affaires étrangères ou du Département qui avaient eu à travailler à un niveau appréciable sur les problèmes du Proche-Orient. » Parmi les points soulevés par Henderson :« Le plan qui a obtenu la majorité à l’UNSCOP (comité spécial de l’ONU sur la Palestine) n’est pas seulement impraticable; s’il était adopté ce serait la certitude de voir le problème de la Palestine devenir permanent encore plus compliqué à l’avenir.
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« Les propositions contenues dans le plan de l’UNSCOP non seulement ne reposent sur aucun des principes en vigueur au plan international, principes dont le maintien serait dans l’intérêt des USA, mais sont en contravention complète avec divers principes inscrits dans la charte de l’ONU ainsi qu’avec des principes sur lesquels les conceptions américaines de l’Etat sont basées.Par exemple, ces propositions ignorent des principes tels que l’auto-détermination et le pouvoir de la majorité. Elles reconnaissent le principe d’un Etat racial et théocratique et vont même, dans plusieurs cas, jusqu’à distinguer sur la base de la religion et de la race des personnes qui se trouvent hors de Palestine. Jusqu’ici, notre diplomatie a toujours soutenu que les ressortissants Américains, sans distinction de race ou de religion, avaient droit à un traitement uniforme. L’accent porté sur le fait que des personnes soient juives ou non-juives renforcera à coup sûr aussi bien chez les Juifs et les Gentils aux USA comme à l’étranger, le sentiment que les citoyens Juifs sont différents des autres citoyens.
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« Nous n’avons aucune obligation envers les Juifs d’établir un Etat juif. La déclaration Balfour et le Mandat [britannique sur la Palestine] visait non à l’instauration d’un Etat juif mais d’un foyer national juif. Ni les USA, ni le gouvernement britannique n’ont jamais interprété l’expression ‘foyer national juif’ au sens d’Etat national juif. »Malgré l’alignement du Département d’Etat sur les positions de Henderson opposées à la partition, la Maison Blanche et Harry Truman étaient en faveur de la partition en raison de fortes pressions politiques. Truman était si impopulaire à l’époque qu’on spéculait sur sa capacité à obtenir l’investiture du Parti Démocrate et encore plus à gagner la compétition présidentielle. Alors que le vote de l’assemblée générale de l’ONU se rapprochait, Henderson fit une autre tentative pour faire changer Truman d’opinion. Le 24 novembre, il écrivait : « Je considère encore comme de mon devoir de qu’il me semble, à moi comme à tous les membres de mon service en connaissance du Proche-orient, que la politique que nous poursuivons actuellement à New York en ce moment est contraire aux intérêts des USA et nous plongera en fin de compte dans des difficultés si graves que la réaction à travers le monde, comme dans notre pays, sera très forte. »Il poursuivait : « Je me demande si le Président réalise que le plan que nous soutenons pour la Palestine laisse le maintien de l’ordre en Palestine aux seules services de sécurité locaux. Il est suffisamment évident qu’une violence de grande ampleur se déclenchera dans ce pays à laquelle les autorités locales seront incapables de faire face… Il me semble que nous devrions réfléchir à deux fois avant d’apporter notre appui à tout plan qui se traduirait par l’envoi de troupes américaines en Palestine. »Le sous-Secrétaire d’Etat Robert A. Lovett avait été si impressionné par ce mémo qu’il en fit lecture au Président Truman. Mais Truman, soucieux de sa campagne électorale de l’année suivante et pressé par des conseillers comme Clark Clifford d’adopter la partition comme moyen de s’assurer le soutien Juif, ignora les avertissements de Henderson. Cinq jours plus tard, les USA votaient la partition dans cette session historique de l’Assemblée Générale.Comme les mois passaient et que la Palestine sombrait dans le chaos et la violence prédits par Henderson et le Département d’Etat, Truman ne pouvait plus longtemps ignorer le fait que la partition avait provoqué un bain de sang massif. George Kenan, le directeur de la planification politique au Département d’Etat avertissait le 24 février 1948, que la violence en Palestine ne pouvait être arrêtée que par l’introduction de troupes étrangères. Il pressait les USA de ne pas se laisser entraîner dans ce bourbier.
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De lourdes responsabilités
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Les pressions que subit actuellement ce gouvernement nous poussent vers une position qui nous amènera à assumer une lourde responsabilité pour le maintien et même l’expansion d’un Etat juif en Palestine… Si nous n’effectuons pas un revirement assez radical par rapport aux orientations suivies jusqu’à présent, nous finirons soit par nous retrouver responsables militairement de la protection de la population juive de Palestine contre l’hostilité déclarée du Monde Arabe, soit par partager cette responsabilité avec les Russes et donc les aider à s’établir comme une des puissances militaires dans la région. Des points de vue similaires avaient été exprimés par la CIA et le Département de la Défense.Malgré ces graves motifs d’inquiétude, Clifford avait continué à presser Truman de garder son soutien à la partition.
Dans un mémo du 6 mars, Clifford plaidait que si les USA abandonnaient ce plan maintenant la conséquence en serait que « … les Etats-Unis apparaîtraient dans la posture ridicule d’être effrayés devant les menaces de quelques tribus nomades du désert… les Arabes ont plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’eux. Sans les royalties du pétrole ils vont à la faillite. » Le message implicite était que les Juifs étaient plus importants que les Arabes pour l’élection de Truman. Comme Truman l’avait dit lui-même : « Je suis désolé messieurs, mais je dois une réponse aux centaines de milliers de personnes qui espèrent ardemment le succès du sionisme. Je n’ai pas des centaines de milliers d’Arabes parmi mes électeurs. »
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A cette époque, Arabes et Juifs s’entre-tuaient quotidiennement. Les forces juives se renforçaient et étaient sur le point de lancer des attaques importantes à l’extérieur des limites définies par l’ONU pour l’Etat juif. Des dizaines de milliers de Palestiniens étaient déjà devenus des réfugiés, augurant de la tragédie qui ferait que très vite plus de la moitié de l’ensemble des Palestiniens perdraient leurs foyers. Les horreurs qui se passaient en Palestine ne pouvaient pas être ignorées. Le 19 mars, Truman renonçait à la partition. Les USA annoncèrent au Conseil de Sécurité de l’ONU que l’Amérique pensait que la partition était infaisable et qu’une supervision onusienne devait être installée pour se substituer aux Britanniques au terme de leur retrait de Palestine le 14 mai.
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La réaction dans la presse et la communauté juive fut cinglante. Les unes titraient : « Faiblesse, » « Indécision, » « Perte du prestige américain. » Depuis Jérusalem, le consul Américain rapportait : « La réaction juive… est la consternation, la désillusion, le désespoir et la détermination. La plupart des gens pense que les USA ont trahi les Juifs par intérêt pour le pétrole du Moyen-Orient et par crainte des visées russes. » Truman tenta de faire porter le chapeau au Département d’Etat en affirmant qu’il avait agi sans son approbation. Il est pourtant clair qu’il avait personnellement donné son aval au changement de stratégie.
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En fin de compte, Truman regagna l’appui juif deux mois plus tard en ignorant la ferme opposition du Département d’Etat et fit des USA la première nation à reconnaître Israël comme un Etat indépendant le 14 mai. La décision de Truman avait suscité tant de dégoût chez le Secrétaire d’Etat Marshall que ce dernier dit en face à Truman qu’il considérait que le président agissait sur la base des calculs de Clifford pour s’assurer le soutien juif et d’ajouter : « J’ai dit franchement que si le Président devait suivre le conseil de M. Clifford et si je devais voter aux élections, je voterais contre le Président ». Le 2 novembre Truman battait Thomas E. Dewey à l’élection présidentielle.
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Lectures conseillées:
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Donovan, Robert J., Conflict and Crisis: The Presidency of Harry S. Truman, 1945-1948, New York,
W.W. Norton, 1977.Grose, Peter, Israel in the Mind of America, New York, Alfred A. Knopf, 1983.
Khouri, Fred J., The Arab-Israeli Dilemma, Syracuse, NY, Syracuse University Press, third edition, 1985.
Laqueur, Walter and Barry Rubin (eds.), The Israel-Arab Reader (revised and updated), New York, Penguin Books, 1987.
Mallison, Thomas and Sally V., The Palestine Problem in International Law and World Order, London, Longman Group Ltd., 1986.Rearden,
Steven L., History of the Office of the Secretary of State: The Formative Years?1947-1950, Washington, DC, Historical Office, Office of the Secretary of Defense, 1984.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1947 (vol. 5), The Near East and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1971.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1948 (vol. 5), The Near East, South Asia, and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1975.
Wilson, Evan M., Decision on Palestine: How the U.S. Came to Recognize Israel, Stanford, CA, Hoover Institution Press, 1979.
Notes:Foreign Relations of the United States (hereafter referred to as FRUS), “The Director of the Office of Near Eastern and African Affairs (Henderson) to the Secretary of State,” Sept. 22, 1947. Text is also in Wilson, Decision on Palestine, pp. 117-21.

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