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Bouteflika sera-t-il le prochain?

13 février 2011
Je vous le dis tout de suite, je n’en sais rien.
Certains croient que la contestation politique pour l’avènement de la démocratie est une pathologie contagieuse qui diffuse d’autant mieux que les sujets sont réputés appartenir à la même espèce, des Arabes dans l’affaire qui nous occupe.
Les récents événements de Tunisie, d’Egypte ainsi que des mouvements de contestation en Jordanie, au Yémen ou en Algérie tendraient à accréditer ce genre de croyance. 

Pourtant, si on observe ce qui s’est passé dans les deux pays arabes où la contestation a abouti au départ du chef de l’Etat, force est de constater que s’il y a des similitudes, il y a également des différences très importantes.
Si on y réfléchit d’ailleurs, les points communs sont en bonne partie ceux de toutes les révoltes populaires sous toutes les latitudes: coût de la vie, chômage, corruption, injustices etc. Avec de plus des circonstances bien précises qui tiennent à une hausse des tarifs des denrées alimentaires de base, phénomène qui n’est propre ni à l’Egypte, ni à la Tunisie mais qui tient semble-t-il aux fluctuations des cours mondiaux (quels que soient les facteurs qui influent sur ces cours).
Pour le reste, tout est très différent.: la contestation en Tunisie part d’un incident isolé dont la réalité et la symbolique bouleversent dans son environnement immédiat qui est une petite ville de la périphérie tunisienne. La révolte diffuse à d’autres agglomérations périphériques avant d’atteindre la capitale.
En Egypte, il n’y a pas d’événement déclencheur à proprement parler, sinon une situation en état de pourrissement depuis les dernières élections truquées en avril 2010, et c’est là peut-être qu’on peut parler d’un rôle facilitateur de la contestation en Tunisie. Sinon, on doit constater que la contestation en Egypte touche aussi bien le centre que la périphérie: la capitale comme d’autres villes telles Alexandrie, Assouan ou Ismaïlia ont été le théâtre d’une forte mobilisation. Une autre différence importante est que dès le départ la contestation en Egypte est encadrée par des organisations de type politique. Cet encadrement n’est pas aussi prégnant que celui des partis politiques classiques mais il a montré son aptitude à canaliser et à orienter le mouvement. Le seul encadrement « fort » a été celui des Frères Musulmans mais ce parti n’a été ni à l’initiative ni dominant dans le mouvement. En Tunisie, la contestation n’était pas encadrée et les partis politiques et même le syndicat n’ont vraiment joué un rôle que lorsque tout était pratiquement joué.
En Tunisie, ce sont les Etats Unis qui ont obtenu le départ précipité d’un président qui avait pourtant la situation sécuritaire encore bien en mains et si c’est l’armée qui a démis M. Ben Ali, elle n’a cependant pas pris les rênes du pouvoir. En Egypte, les choses sont moins claires même si on a l’impression que l’armée a arbitré entre la volonté de M. Moubarak , celle de la population et les souhaits des Etats Unis. La contrôle direct du pouvoir par l’armée reste un gage donné aux USA que les Frères Musulmans ne pourront pas tenter un coup de force et que la pérennité du traité de paix avec le régime sioniste sera assurée.

De nombreuses différences pour une maladie contagieuse dont beaucoup de gens se demandent si elle ne va pas toucher l’Algérie.
Pourtant cette maladie avait déjà touché l’Algérie qui s’apprêtait à élire librement une assemblée nationale en majorité mais non exclusivement « islamiste ». Ceux qui ont de la mémoire se souviennent de ce qui s’est passé ensuite, d’autant que beaucoup se félicitaient de l’élimination d’un risque de contagion. Ce même virus avait touché les territoires palestiniens qui s’étaient empressés de mal voter comme on sait puisqu’eux aussi avaient donné une majorité parlementaire au Hamas. Aujourd’hui toutes les puissances reconnaissent pourtant comme légitime Abou Mazen (Mahmoud Abbas) qui n’a pourtant aucun mandat d’aucune sorte
.
Bref, revenons à nos moutons: la bactérie va-t-elle toucher l’Algérie?
Pour nous donner une petite idée de ce qui pourrait se passer en Algérie, j’ai cherché un article simple émanant d’un journal qui ne soit ni algérien, ni français. Parce que la presse française, je ne sais pas pourquoi, était si impatiente de voir le virus démocratique déferler sur l »Algérie que le temps d’émeutes dans ce pays, elle en avait oublié la Tunisie dont elle n’avait commencé à parler qu’à reculons.

Ce petit article n’a l’air de rien, mais il dit presque tout ce qu’il y a à dire. Notamment que les manifestants d’Alger ce samedi n’étaient pas bien nombreux et surtout (parce qu’après tout, les petits ruisseaux font les grandes rivières) que la mobilisation n’avait le soutien ni du mouvement syndical, ni des principales forces d’opposition (ce que l’article du Monde ne dit pas, comme quoi la presse française…) On verra si la mobilisation pourra s’élargir mais pour l’instant elle repose essentiellement sur les épaules du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du Dr Saïd Saadi. On s’en souvient, le Dr Saadi avait été un ardent défenseur du coup d’état qui avait précipité l’Algérie dans la guerre civile et son parti figurait dans le premier gouvernement Bouteflika jusqu’au début des troubles en Kabylie suite à la mort d’un jeune homme tué dans un poste de gendarmerie .
Comme lettres de créances démocratiques, il y a mieux!
Mais pourquoi s’agite-t-il en ce moment M. Saadi? Parce que la contagion de la contestation dans les pays arabes?
M. Saadi et son parti ont toujours cherché à nier ou à minorer le caractère arabe de l’Algérie.

Alors kézaco?
Saïd Saadi, ce n’est un secret pour personne, pense qu’il a un destin national, chef de l’Etat pas moins. Peu importe s’il s’était pris une veste aux élections dès lors que le front des Forces Socialistes avait pu y participer librement.
Et tout prétendu opposant qu’il est, il appartient en réalité à la sphère dirigeante du pays et il attend de récolter enfin les fruits de l’alliance qu’il a nouée avec certains potentats militaires et il pense que son heure a peut-être sonné. Car si, comme nous le rappelle l’article d’El Diario Montanes, le mandat du président Bouteflika court jusqu’en 2014, il n’est pas du tout certain qu’il puisse l’accomplir intégralement tant son état de santé semble décliner. Une rumeur ne le donnait-elle pas pour mort?
Une manoeuvre à l’intérieur du système de clans au pouvoir donc qui voudrait tirer parti de l’inquiétude suscitée dans les chancelleries occidentales par les contestations dans d’aurtes pays arabes. Et nul doute que Saïd Saadi espère sans doute bénéficier d’un appui des Etats Unis, pays avec lequel il a soigneusement entretenu ses relations (Bouteflika aussi d’ailleurs).
Tiens, on apprend que les Etats Unis viennent d’appeler les autorités d’Alger à la retenue.
S’il existe une inconnue, c’est celle-ci: quel poids ont les Etats Unis sur les groupes qui dominent le pouvoir en Algérie? 

Bouteflika ne veut pas être le prochain
El Diario Montanes (Espagne) 13 février 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Il y a peu de chances que l’élan de renouveau démocratique qui traverse l’Afrique du Nord prenne au dépourvu à l’un des présidents à vie qui restent dans la région, ils auront tiré des leçons intéressantes des événements de Tunisie et d’Egypte. La répression massive déclenchée hier à Alger contre une manifestation non autorisée est l’indice que Abdelaziz Bouteflika ne veut pas être le prochain à tomber. Et que pour l’éviter, il continue à chercher du côté de la violation des droits et libertés de ses concitoyens, avant même d’envisager, comme en Jordanie, de quelconques concessions à ceux qui manifestent. 

En Algérie, la contestation sociale en est venue à s’exprimer très fortement, comme récemment en janvier dernier. Des mobilisations comme celle d’hier, appelée à Alger, à Béjaïa, à Constantine, à Annaba ou à Oran – la deuxième ville du pays – inquiètent un régime qui a pu se maintenir et industrialiser le pays grâce à la rente du pétrole et du gaz, mais sans offrir à la population une lueur quelconque de démocratie, avec un taux de chômage parmi les plus élevés du monde arabe et des niveaux de corruption et de contrôle policier très importants aussi. S’il y a un scénario de changement potentiel, ce devrait être en Algérie.

Les autorités d’Alger ont interdit la manifestation d’hier et ont de plus tout fait pour empêcher qu’elle puisse avoir lieu. La veille, la capitale faisait l’objet d’un dispositif policier impressionnant, comportant près de 30 000 agents venus de tout le pays, dans des autobus civils, pour contenir une mobilisation à l’appel de partis d’opposition et d’organisations de la société civile regroupées dans le Coordination Nationale pour la Démocratie et le Changement.


Barrages routiers
 

Le déploiement policier s’est révélé excessif, pas seulement par rapport au nombre de manifestants – 10 000 au maximum selon les organisateurs, à peine 3 000 selon d’autres sources et même pas 250 selon le ministère de l’intérieur – mais par rapport au caractère de la manifestation qui n’avait ni le soutien, ni la participation des syndicats, des principales forces d’opposition ou des islamistes influents.Les appels à venir rejoindre la manifestation lancés via les réseaux sociaux ont été contrecarrés par la méthode classique du blocage des accès routiers à la capitale.

Des témoins oculaires ont déclaré à la chaîne télévisée Al Arabiya et au journal d’opposition ‘El Watan’ que des « dizaines d’arrestations » ont été effectuées à Alger. La marche avait commencé à 11h sur la place du 1er mai, aux cris de ‘Dehors Bouteflika’, et certains manifestants montraient des unes de journaux parlant de la démission de l’ex président Egyptien Hosni Moubarak. Les manifestants ont été encerclés par des policiers qui les ont empêchés de se rendre à leur destination, la place des Martyrs.
Bouteflika, réélu président pour un troisième mandat consécutif il y a moins de deux ans avec plus de 90 % des voix, achève son mandat en 2014
Il aura alors 77 ans et plus de 52 années d’activité politique. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la frustration économique que ressent le pays lui permettra de rester au pouvoir cinq ans de plus.

Emeutes et agitation politique et sociale en Afrique du Nord

9 janvier 2011
L’Algérie connaît ces derniers jours une importante agitation sociale qui a pris la forme d’émeutes et parfois de pillages. Le détonateur de cette agitation et de ces émeutes a été une brutale hausse des prix de produits alimentaires de première nécessité tels que l’huile ou le sucre sur un fond d’inégalités sociales croissantes.
Sommes-nous cependant à la veille d’une révolution ou encore d’un bouleversement politique, une inqilab comme dirait un baathiste ou sommes nous devant une intifada, un soulèvement?
En eux mêmes, il est vrai que ces événements sont d’une grande signification politique et rappellent à ceux qui gouvernent le pays qu’ils sont assis sur un volcan nommé inégalités, exclusion sociale, exclusion du politique. Et ces dirigeants qui ont l’habitude de gérer le pays par l’émeute seraient bien avisés de comprendre que ce mode de gestion ne saurait se substituer à une véritable gouvernance, ni à la démocratisation que ce soit à l’échelon local ou national.
Car des émeutes, l’Algérie en connaît sans cesse, pour les motifs les plus divers et généralement relatifs à des problèmes ou des drames locaux: bavure policière, tracé d’une route qui mécontente les riverains, ou au contraire absence de route pour desservir une commune, problèmes de logement, de corruption au niveau local. Même l’agitation qui s’était emparée de la Kabylie avait été motivée au début par une bavure dans un poste de gendarmerie qui s’était soldée par la mort d’un adolescent.
Dans ce dernier cas, une dimension politique avait tenté de se formuler mais selon des modalités qui la condamnait à rester ancrée dans le local et qui était combattue non seulement par les autorités gouvernementales mais aussi par les principales forces politiques présentes en Kabylie, c’est-à-dire le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Rassemblement Culture et Démocratie (RCD).
De fait, l’agitation n’avait que sporadiquement débordé la Kabylie et les autorités s’étaient montrées capables de reprendre en main la situation à la fois en jouant le pourrissement et les contradictions entre les différents acteurs de la contestation. Le maintien de l’état d’urgence que connaît le pays depuis l’annulation du scrutin qui avait entraîné le pays dans la guerre civile avait d’ailleurs été fort utile à ce moment là aux autorités d’Alger.
Si les événements en cours ont une grande signification politique, cela ne signifie cependant pas qu’ils sont le prélude à une remise en cause radicale du pouvoir. Car pour cela il faudrait que la colère de la jeunesse soit relayée par le politique, ce qui n’est absolument pas le cas.
Un blogueur Algérien anglophone le souligne dans son site, The Moor Next Door:

Alors que le discours des personnalités publiques diffère par des nuances, la majorité d’entre elles ont explicitement appelé au dialogue et au calme; pratiquement personne n’a cherché à encourager les jeunes émeutiers ou à revendiquer un leadership sur eux. S’ils sont nombreux à reconnaître les dimensions ouvertement politiques des émeutes, la plupart de ceux qui ont des élus au parlement ou participent aux fonctions gouvernementales ont cherché à reformuler le discours public vers des questions économiques et sociales qui peuvent être traitées par des changements ou des ajustements de la politique dans le cadre du régime actuel. Même ceux qui font porter les responsabilités à des facteurs systémiques évitent de s’en pendre au président ou à des individus en particulier.

La position du Parti des Travailleurs (trotskyste) exprimée par Louisa Hanoune est de fait particulièrement modérée et tournée surtout contre les grossistes et les patrons de l’agroalimentaire. On peut considérer que de ce point de vue, la position du FFS se démarque même s’il renonce clairement (ce qu’on peut comprendre) à prendre des initiatives en vue d’encadrer politiquement les manifestations de la colère populaire et se borne à réclamer « davantage d’ouverture politique ».
Car pour le FFS le changement n’est pas pour maintenant et sera le fruit d’un « long et patient travail de ré-encadrement de la société ». Le FFS réfère explicitement à la Tunisie où ces efforts ont été entrepris pas de véritables élites « qui n’ont pas perdu leur âme, qui ont choisi leur camp ».
Je rejoins volontiers le FFS pour dire que ce qui se passe en Tunisie a un caractère politique nettement plus important qu’en Algérie et que le pays voisin est peut-être à la veille d’un changement de régime et, qui sait, d’une évolution franche vers la démocratie. Et ce travail de ré-encadrement de la société,le FFS n’a pas su le faire ou en a été incapable dans un pays où la censure est très présente certes, mais à un degré incommensurablement plus faible qu’en Tunisie. Il suffit de dire qu’il n’existe en Algérie aucune censure sur le net. Essayez par contre de vous connecter sur bakchich info en Tunisie (tenez moi au courant si vous y parvenez).
Notons par ailleurs que si en Tunisie l’opposition a été victime d’une répression sans faille, avec incarcérations, torture etc. la société dans son ensemble n’a jamais été prise dans une spirale de violence telle que celle qu’a connue l’Algérie et qui en a vacciné plus d’un contre la politique. Par ailleurs, le régime algérien, tout en restant autoritaire, a su élargir sa base politique et sociale, ce dont témoigne la coalition de partis au gouvernement, coalition qui comprenait même à un moment donné le RCD. Et que reconnaît implicitement la déclaration du FFS.
Aucune force politique algérienne d’opposition n’est en fait capable d’encadrer la colère de la population et d’emmener le pays vers une alternative. La base (composite) de l’ancien Front Islamique du Salut a soit été éliminée physiquement, soit dissuadée par la violence d’Etat, tandis qu’une partie d’entre elle a vu ses aspirations satisfaites dans l’explosion de l’activité commerciale et est donc une des bases sociales du pouvoir..

Pour l’heure, la répression a fait quatre morts en Algérie, vingt en Tunisie. Si l’agitation semble tendre à se calmer en Algérie, elle semble partie pour durer en Tunisie. The Moor Next Door observe très justement qu’en Algérie, le président de la république comme le premier ministre se sont gardés de s’adresser publiquement aux jeunes et à la nation afin de ne pas donner de signal de faiblesse au niveau de la direction politique. Ben Ali a fait le contraire en Tunisie. Il est vrai qu’après 22 années d’exercice, son pouvoir est usé jusqu’à la corde.

Je conclurai en disant que les événements en cours au Maghreb ont encore permis de constater l’incurie de la presse française ‘libre » qui a mis un certain temps à couvrir largement les troubles en Tunisie alors qu’elle a relayé sans tarder l’agitation en Algérie. L’édition de ce dimanche du journal Le Progrès de Lyon est à cet égard tout à fait exemplaire: en page 4, rubrique France-Monde, nous trouvons un article illustré d’une photo et intitulé « Algérie: au moins trois morts dans les émeutes contre l’inflation. Rien par contre sur les troubles en Tunisie (compte tenu du nombre de victimes, l’édition internet de ce journal n’a cependant pas pu ignorer cette actualité).


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