Archive for the ‘Saddam Hussein’ Category

La guerre sunnites- chiites n’aura pas lieu

5 décembre 2010

Un bon article encore d’Antiwar cette fois sur le prétendu désir de guerre arabe contre l’Iran, d’après les fuites diplomatiques révélées par WikiLeaks. Si nous savons en effet depuis longtemps que les régimes arabes corrompus souhaitent intimement que les occidentaux et les sionistes agressent militairement l’Iran, tout un chacun sait que ce n’est pas ce que veulent les peuples arabes dans leur majorité. Parce que le chef d’Etat le plus populaire chez les Arabes en ce moment est sans doute Mahmoud Ahmadinejad (ou alors le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan). Et que l’aura du Hezbollah, pourtant chiite, est à son summum dans tous les pays arabes dits sunnites.

Le mythe d’une confrontation chiite-sunnite/perse-arabe

par Arshin Adib-Moghaddam, Antiwar (USA) 30 novembre 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Existe-t-il un axe chiite menaçant la stabilité de l’ouest de l’Asie et de l’Afrique du Nord? Existe-t-il une animosité arabo-perse ancrée dans l’histoire et sous-tendant les relations internationales dans la région? Est-elle multiséculaire et est-elle aujourd’hui perçue comme une lutte pour la suprématie régionale? Si on en croit les commentaires des médiats sur la dernière vague de documents publiés par WikiLeaks, alors tel est le cas. « Israël voit les informations de WikiLeaks sur l’Iran comme une aubaine pour sa propagande, » lit-on sur un titre de Reuters. « Coupez la tête du serpent: comment les dirigeants Arabes exhortent les Etats Unis à attaquer l’Iran », affirme le Daily Mail. « Israël affirme que WikiLeaks montre la ‘cohésion’ sur l’Iran, » proclame l’Agence France Presse (AFP). « Les Etats Arabes stigmatisent l’Iran, » titre le Guardian. Un thème est commun à tous ces gros titres: il existe apparemment un consensus « arabe » ou « sunnite » en faveur d’une guerre contre l’Iran.

Il est très simple de démentir ce mythe selon lequel il existe une fracture chiites-sunnites ou une sorte d’éternel affrontement préparant à une future guerre avec l’Iran.

A priori, la Syrie « arabe sunnite » a des relations très cordiales avec l’Iran « perse et chiite. ». De son côté, l’Iran « chiite et perse » est accusé de soutenir le Hamas « arabe et sunnite ». Apparemment, le Hezbollah « arabe et chiite » est un fidèle allié de l’Iran non arabe mais chiite. » La Turquie « sunnite » et non arabe est à la pointe des efforts pour une solution diplomatique au dossier nucléaire iranien. L’Egyptien Hosni Moubarak, un dirigeant laïque [secular] selon les normes en vigueur et à aucun titre « sunnite », accuse l’Iran de soutenir les « Frères Musulmans », une organisation créée plus de 70 ans avant la révolution de 1979 en Iran, par des nationalistes « arabes » et des islamistes « sunnites. » Sayyid Qotb un des dirigeants des Frères musulmans et référence centrale pour de nombreux mouvements « islamistes » contemporains a été très lu par les Iraniens et ses livres ont été traduits par l’ayatollah Ali Khamenei, l’actuel chef suprême de l’entité à priori « chiite perse » d’Iran.

Le problème pour les Etats qui veulent la guerre avec l’Iran n’est pas un quelconque renouveau chiite, mais leur propre déficit de légitimité. Cette situation est aggravée par le fait que la popularité de Hassan Nasrallah surpasse celle des dirigeants actuels de la région, notamment de ceux qui sont perçus comme trop dépendants des Etats Unis ou trop asservis à Israël. Ce qui n’a rien à voir avec l’alliance de l’Iran avec le Hezbollah, bien entendu, ni avec la philosophie démocratique ou non de Nasrallah; mais avec le fait que Nasrallah est perçu comme quelqu’un qui tient tête à Israël. C’est la même raison qui sous tend la relative popularité des dirigeants Iraniens et du Hamas. Leurs politiques populistes entrent en résonance avec les aspirations de beaucoup de monde dans la région. Ceci est très bien rendu dans un livre récent d’Elaleh Rostami-Povey intitulé Iran’s Influence (Zed, 2010). Le livre s’appuie sur une recherche de terrain approfondie et toute une série d’entretiens réalisés en Asie occidentale et en Afrique du Nord. Il montre clairement que la popularité des dirigeants politiques de la région est liée à leur opposition à la politique israélienne en Palestine et aux guerres conduites par les Etats Unis en Irak et en Afghanistan. En bref, tenir tête à la politique étrangère américaine et à Israël est la manière la plus sûre d’accéder à la popularité politique.

Un sondage effectué en juin 2010 par Zogby International et l’université du Maryland et couvrant l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Maroc, le Liban et les Emirats Arabes Unis conforte cette observation. Le sondage révèle un fort soutien au programme nucléaire iranien, chez les Egyptiens tout particulièrement, Il suggère aussi qu’Israël et les Etats Unis sont perçus par respectivement 88 % et 77 % des sondés comme les plus fortes menaces pour la sécurité de leurs pays. A l’inverse, seulement 10 % considèrent l’Iran comme une menace. Ce qui a beaucoup à voir avec la perception de l’Iran comme poursuivant une politique étrangère indépendante et s’en tenant à des principes sur la Palestine, et que plus généralement, ce pays tient tête à l’hégémonie israélienne.

L’analyse des politiques dans le monde ne doit pas commencer ou s’arrêter avec les proclamations des gouvernements, notamment parce que les « guerres » à grande échelle ne sont plus le monopole des Etats. Bien plus de personnes ont été tuées en Irak après la fin des combats importants entre armées nationales que pendant la guerre proprement dite. La plupart d’entre elles ont été tuées par des acteurs non étatiques, toute une série d’entreprises privées, d’affiliés à al Qaïda et de milices sectaires. Et plus de personnes ont péri le 11 septembre que dans l’attaque contre Pearl Harbour. En outre, les guerres actuellement en cours en Irak et en Afghanistan ont débordé de leur contexte régional, des bombes ont explosé dans des capitales ailleurs dans le monde. Les Etats ne peuvent plus contenir les guerres [sur le champ de bataille] et il y aura toujours un effet « boomerang. » Cette nouvelle réalité de la politique internationale implique une nouvelle logique centrale: la prévention de toute nouvelle confrontation militaire doit devenir une question de principe, pas seulement de stratégie. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle où les guerres entre deux pays engendrent facilement de multiples confrontations régionales ou même globales, avec des victimes un peu partout. De sorte qu’aujourd’hui « notre » sécurité est de plus en plus entremêlée à celle des Irakiens, des Afghans, des Palestiniens, des Israéliens, des Coréens et des Iraniens. Leur sort est devenu le nôtre t il est temps que cela se reflète dans la diplomatie internationale. C’est pourquoi il est inutile de déformer et de simplifier à l’excès la complexité des mondes « islamiques » dans des catégories comme chiites, sunnites, Perses ou Arabes. N’oublions pas que c’étaient Saddam Hussein et le Shah d’Iran qui croyaient aussi à une confrontation atavique entre « Arabes » et « Perses ». L’idéologie officielle du premier reposait sur une haine viscérale de la menace « perse » contre le « monde arabe ». D’un autre côté, le Shah d’Iran s’était auto-intronisé « Lumière des Aryens » et célébrait le patrimoine iranien non musulman (i.e. préislamique) de façon mégalomane. A coup sûr, leurs idéologies appartiennent à ce vieux « Moyen Orient » dont plus personne ne veut le retour parmi ceux qui s’intéressent à cette région.

Tarek Aziz: la mort pour récompense

27 octobre 2010
Le régime irakien vient de condamner Tarek Aziz à la peine capitale au terme de ce que Pepe Escobar qualifie de processus judiciaire de vengeance. Pepe Escobar souligne en effet que les preuves de culpabilité admises par la justice irakienne auraient été rejetées par n’importe quel tribunal occidental.
Pepe Escobar oublie peut-être le tribunal de Nuremberg et la façon dont il gérait l’administration de la preuve…
Ceci dit, Tarek Aziz était sans doute le dernier très haut dignitaire du régime baathiste encore vivant. C’en était surtout la figure la plus connue dans le monde de par ses fonctions de ministre des affaires étrangères. Les téléspectateurs ont en effet eu maintes occasions de voir son visage à l’époque de la première, puis de la deuxième guerre dites du Golfe.
Tarek Aziz, de son vrai nom Mikhael Yuhann, doit se demander comment son pays a pu en arriver là et comment, en fin de compte, le pouvoir a pu échapper, sans doute pour toujours au parti Baath.
Je ne sais pas quelle est son analyse mais, selon moi, le compte à rebours du régime baathiste n’a pas commencé avec les guerres menées par les USA et leurs amis contre l’Irak. Tout a commencé en réalité avec l’agression lancée par l’Irak contre l’Iran voisin qui venait de vivre une révolution islamique et d’abolir la monarchie.
La guerre déclenchée par le gouvernement irakien ne répondait à aucune menace du pays voisin, où la révolution n’était pas stabilisée avec un poids des ayatollahs bien moindre que ce qu’il sera par la suite. Le président Saddam Hussein avait en fait dénoncé les accord d’Alger, signés entre l’Irak et l’Iran, pour régler un différend frontalier relatif à l’embouchure des deux fleuves qui traversent l’Irak
Ce fut une guerre dure et meurtrière dont l’enjeu allait au delà bien sûr de la querelle frontalière. Le régime irakien avait pensé tenir là l’occasion d’accéder à un leadership régional, de s’affirmer comme un allié de l’occident face à l’islamisme au pouvoir en Iran, et peut être de faire main basse sur les secteurs iraniens pétrolifères limitrophes de l’Irak.
Sa démarche rencontrait l’assentiment et le soutien des monarchies arabes, qui craignaient d’être submergées à leur tour par une révolution, mais aussi des pays occidentaux. Ces derniers venaient en effet de perdre un allié de taille avec le Chah et s’inquiétaient aussi d’une contagion révolutionnaire. Et c’est pourquoi les pays occidentaux n’hésitèrent pas à renforcer l’arsenal militaire irakien, la France allant même jusqu’à « prêter » des avions de combat (sans doute avec leurs pilotes) à l’armée irakienne. Ce sont ces mêmes pays qui fourniront au régime irakien ces fameuses armes chimiques qu’ils lui reprocheront plus tard de détenir. Ces armes chimiques seront en effet utilisées contre les troupes iraniennes.
On connaît la suite: l’Irak dût accepter de revenir aux accords d’Alger. Sauf que ce n’était plus le même Irak mais un Irak appauvri, endetté auprès des pétromonarchies, à l’économie désorganisée sans parler bien sûr des nombreuses pertes en vies humaines. C’est cette situation d’après guerre qui avait incité Saddam Hussein à s’emparer de l’émirat koweïtien voisin, ce qui aboutira à la première guerre du Golfe. Là encore, Saddam Hussein peu instruit par la guerre contre l’Iran avait cru bon d’interpréter des propos d’une diplomate américaine comme un feu vert à son entreprise.
D’une manière générale, la diplomatie irakienne a toujours fait preuve d’une étrange naïveté dans ses relations avec l’Occident et les Etats Unis, ne parvenant jamais à analyser correctement la situation et les rapports de force, ni à comprendre que « l’alliance » objective avec les USA ne pouvait être que tactique et non stratégique. Que les Etats Unis ne voulaient pas d’une victoire irakienne contre l’Iran mais plutôt d’une défaite des deux pays.
L’Iran est également sortie affaiblie de son conflit avec l’Irak mais le résultat le plus important de cette guerre est qu’elle aura permis aux mollahs de consolider la révolution à leur main, en en éliminant politiquement les autres composantes. Sans la guerre, les choses se seraient peut être passées autrement.
Ce qui est par contre certain, c’est que a situation géopolitique qui prévaut actuellement dans cette sous-région s’est décidée en ce jour fatidique du 17 septembre 1980.
Tarek AZIZ

L’histoire d’Aziz restera non dite
par Pepe Escobar, Asia Times 27 octobre 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les néo conservateurs ont toujours soutenu que les Etats Unis avaient envahi l’Irak pour apporter la « démocratie » (au bout du fusil). Il semble que faute de démocratie, les plus gros succès du système judiciaire américain ont bel et bien été institués dans l’Irak (qui reste occupé); la torture (comme WikiLeaks l’a amplement démontré) et la peine de mort. Vous parlez d’une libération.

Et parlons de récompense pour services rendus. L’ancien vice premier ministre Tarek Aziz, 74 ans, malade, fragile, déjà emprisonné, et victime d’une attaque cérébrale cette année, vient d’être condamné ç la pendaison par la Cour Suprême de Baddad, selon la télévision irakienne d’Etat, « pour son rôle dans l’élimination des partis islamiques [chiites]. »

Aziz, né Mikhael Yuhann à Mossoul en 1936, un Chrétien de rite chaldéen – le seul dans le cercle rapproché de l’ancien pouvoir baathiste sunnite et laïque, son « visage humain » le plus connu dans le monde – diplômé en langue et littérature anglaises, purge déjà une peine de 15 ans de prison pour l’assassinat de 42 commerçants en 1992 plus une condamnation supplémentaire de sept ans pour son rôle présumé dans la déportation des Kurdes Irakiens à l’époque de Saddam Hussein. Aucun tribunal occidental n’aurait accepté ce qu’on a présenté comme des preuves de son implication personnelle dans chacun de ces crimes.

L’Union Européenne (UE) a été au moins fidèle à sa charte (la peine de mort est « inacceptable »); Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, va appeler Bagdad à ne pas exécuter la sentence. Les avocats d’Aziz vont faire appel au Vatican – qui condamne aussi la peine  capitale. Le leader du parti Radical Marco Pannella a commenceé une grève de la faim pour la dénoncer.

Ne pas voir ce verdict comme politique revient à croire à la démocratie par le « choc et l’effroi. » Dans ce cas précis, la vengeance est celle de l’actuel premier ministre Nuri al-maliki et de son parti chiite Da’wa qui fit l’objet de persécutions par le régime sunnite de Saddam. Sinon il n’y a que des perdants – parce que Aziz est sans doute la seule personne sur terre qui pourrait raconter la véritable histoire et toutes les délicieuses étapes de dizaines d’années du sale jeu des Etats Unis en Irak.

C’est le suprême best-seller politique que nous aurons jamais l’occasion de lire – nous disant par exemple comment le Royaume Uni, les Etats unis et l’Arabie Séoudite ont dépensé 60 milliards de dollars pour que l’Irak entre en guerre contre l’Iran dans les années 1980; ce qui a été réellement discuté entre Saddam Hussein, lui-même et l’ancien secrétaire à la défense US Donald Rumsfeld lors de leur rencontre de 1983 à Bagdad; comment chaque politicien Occidental rendait hommage à la cour de Saddam – l’homme qui devait éliminer ces ayatollahs déments; comment Saddam a vaincu les vagues humaine de martyrs de feu l’ayatollah Khomeini en répandant des armes chimiques fournies par l’Occident; et comment ces « armes de destruction massive » imaginaires n’existaient plus depuis 1995 au moins – ce qui rendait le casus belli de Tony Blair et George Bush nul et non avenu.

Quand l’US Marine Corps est entré à Bagdad le 9 avril 2003, sa villa a été pillée – par les marines et par des pillards locaux. Je suis allé voir cette aussi vite que possible (A (mis)guided tour of Baghdad Asia Times Online, 18 avril 2003), découvrant une boîte de DVD de la saga du « Parrain » – la préférence de Saddam allait pour le premier film de la saga – juste à la porte. Le 24 avril, Aziz se rendait aux Américains. Il était le huit de pique de l’infâme jeu de cartes du pentagone (Saddam était l’as de pique).
L’histoire jugera peut-être que Blair et Bush – avec leur Moloch technologique terrifiant baptisé « choc et effroi » – n’ont pas été meilleurs que le cercle rapproché de Saddam Hussein et que, directement et indirectement, leurs « politiques » ont tué plus de civils Irakiens que Saddam ne l’a jamais fait. Pourtant ils ont publié (Blar) et vont publier (Bush) des livres à leur propre « gloire ».

Aziz est par contre le seul qui reste et a une histoire à couper le souffle. Et comme l’homme qui en sait trop dans le proverbe, il doit être éliminé.

Une lecture des incidents qui ont émaillé les rencontres de football entre l’Algérie et l’Egypte

18 novembre 2009

L’équipe nationale d’Algérie de football vient d’arracher son ticket pour la coupe du monde 2010 par une victoire 1 à 0 contre son homologue égyptienne.

Comme beaucoup d’Algériens, je suis heureux, bien sûr de cette qualification et du comportement des joueurs sur le terrain qui, dans l’ensemble, a été régulier en dépit de l’enjeu et de tous les événements qui ont précédé le match, d’abord en Egypte puis en Algérie.

 

Ces événements, je persiste à les déplorer. Certes, de graves incidents avaient d’abord eu lieu en Egypte, au moment de l’arrivée de l’équipe d’Algérie au Caire.
Des pseudo supporters Egyptiens, endoctrinés par une presse honteuse, aux ordres d’un régime lui-même honteux, s’étaient livrés au caillassage des footballeurs Algériens, causant des blessures qui auraient pu être très graves.
L’après-match au Caire ne fut pas non plus très digne, c’est le moins qu’on puisse dire.
Ceci dit, je persiste à déplorer les réactions excessives qui ont eu lieu en Algérie à l’encontre d’intérêts égyptiens, sans parler de l’attaque contre une maison hébergeant une famille égyptienne qui n’a peut-être dû son salut qu’à l’intervention des forces de l’ordre.
Tout cela est indigne et n’augure rien de bon, ni pour l’Algérie, ni pour l’Egypte et je ne parle même pas des relations entre ces deux pays.
Ces événements nous interrogent et suscitent des commentaires tels ceux d’As’ad Abu Khalil, cet universitaire Libanais qui exerce aux USA et anime le blog Angry Arab que je vous recommande en passant.
Son article, paru dans la rubrique Opinion d’Al Jazeera, a l’intérêt de remettre ces événements footballistique dans une perspective historique qui est celle du nationalisme arabe, de son échec et des régimes plus ou moins chauvins qui dominent maintenant la politique dans les Etats arabes.
As’ad Abu Khalil situe à juste titre, à mon avis, le grand tournant vers le chauvinisme avec l’accession au pouvoir de Sadate en Egypte et la signature du traité de paix entre l’Egypte et l’entité sioniste.
Sadate fit la promotion d’une idéologie chauvine en complète rupture, sur ce plan comme sur les autres avec le panarabisme populaire du colonel Nasser. Comme le signale justement As’ad Abu Khalil, la notion d’une Egypte arabe n’a pas toujours été quelque chose qui allait de soi en Egypte et cette idée ne s’est imposée que relativement tardivement avant d’être patiemment mise sous le boisseau par Anouar Sadate puis Moubarak.
Ceci dit, j’observe toutefois que les phénomènes chauvins liés au sport, surtout au football en réalité ne sont pas propres aux Etats arabes pas plus que la surmédiatisation du sport. Chacun, dans le pays où il vit, peur constater les problèmes de comportement liés au football aussi bien dans les tribunes, que dans la rue ou sur la pelouse (je parle du comportement des joueurs).  Ces problèmes, parfois graves, peuvent même s’observer dans des compétitions d’un niveau insignifiant comme des championnats locaux.
Ces faits sont autant liés à des intérêts politiciens qu’à l’entrée presque complète du sport dans la sphère marchande. Le football est en réalité le plus globalisé des sports mais aussi le plus inséré dans l’univers marchand.
Dans la sphère marchande dans un contexte libéral, les principes sont profit et compétitions. L’important n’est pas que de participer et l’abrutissement par le spectacle du sport ou les concours de chanteurs de variété n’est en rien le monopole des pays arabes. Et il ne faut pas non plus oublier qu’une fois passées les émotions liées à telle ou telle compétition, chacun revient à ses difficultés quotidiennes. Et que la victoire en coupe du monde d’une équipe de France « Black Blanc Beur » n’a pas empêché la montée en France d’un racisme qui présente une composante islamophobe initié par les élites politiques et intellectuelles.

Sur la question du panarabisme opposé aux nationalismes étroits, il faut remarquer que l’unité arabe est autant un fait qu’on a souvent l’occasion de vérifier qu’une utopie à construire. Certes la langue est commune dans sa forme littéraire, certes il y a de nombreuses convergences dans les coutumes, la religion, l’imaginaire et une histoire en partie commune.
Mais tout cela ne suffit pas à créer une nation ou un Etat supranational.
L’objectif unitaire est certes louable, mais pour être réalisé, il faut outre une volonté, une convergence des systèmes politiques et économiques.
On le voit bien dans le processus de construction européenne qui n’a pu se faire que sous ces deux conditions que des mécanismes institutionnels veillent à maintenir en l’état, que les peuples le veuillent ou non.
Les régimes en place dans les pays arabes n’y sont pas disposés tout simplement parce que leur pouvoir, qu’ils ne veulent effectivement pas partager et qu’ils tiennent rarement d’élections dignes de ce nom, leur permet d’accaparer les ressources des pays qu’ils dirigent.
Si on prend l’exemple du Maghreb qui à priori réunit des conditions importantes pour réaliser l’unité (un arabe littéraire mais aussi dialectal communs, un fond anthropologique commun, des complémentarités économiques actuelles ou potentielles), nous voyons bien que l’unité n’est pas pour demain et que l’Union du Maghreb Arabe est surtout une coquille vide.
Une première étape pourrait consister en l’accroissement de l’interdépendance économique de ces pays ou d’autres plus éloignés du Maghreb. Ceci bute encore sur l’écueil politique opposé par des élites rentières qui dépendent de quelques produits destinés à la consommation étrangère.
On voit donc bien que l’unité arabe, qui n’était pas pour hier, n’est pas tout à fait non plus pour demain alors que l’heure est à la constitution de grands ensembles géopolitiques.

Pour conclure et revenir au football, je remarquerai qu’un des joueurs de l’équipe nationale égyptienne s’appelle Zidan(e) comme un certain Zineddine et que le Lusitano-Algérien Mourad Meghni avait sur le stade une allure qui me rappelait furieusement Tariq Ramadan en moins mat.

Politique de la rivalité sportive
par As’ad Abu Khalil
Al Jazeera (Qatar) 18 novembre 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le hooliganisme et la violence qui ont marqué les matchs de football entre l’Egypte et l’Algérie qui cherchent toutes deux à se qualifier pour la Coupe du Monde 2010 sont un fait nouveau dans les cultures sportive et politique arabes.

La véhémence, le fanatisme et les récriminations qui se sont ouvertement exprimés dans les médiats et dans les rues en Algérie, en Egypte et au Soudan [le pays hôte où se jouera le match décisif] révèlent tous la même tendance. C’est l’aboutissement logique du nationalisme étriqué qui prévaut dans la politique arabe depuis la mort de Gamal Abdel Nasser, l’ancien président Egyptien.

Il existe deux formes de nationalisme dans le monde arabe. Le premier est le nationalisme arabe au sens large (souvent appelé panarabisme en Occident) qui vise à unir les Arabes dans un seul Etat.

C’était la vision de Nasser; il avait mobilisé les Egyptiens et les Arabes derrière les slogans de l’unité et de la fraternité arabes. Son projet, cependant, représentait une menace pour tous les régimes arabes; même le parti nationaliste arabe Baas s’inquiétait des plans de Nasser parce qu’ils signifiaient leur perte du pouvoir en Syrie et en Irak.

Ce parti était plus intéressé par la préservation de son pouvoir dans des régimes confinés à la Syrie et à l’Irak que par servir les objectifs de sa propre idéologie.

La rhétorique nationaliste

La rhétorique nationaliste arabe touchait une corde sensible: Nasser devint le seul et indiscuté leader du peuple arabe, prêchant par-dessus la tête de la plupart des dirigeants Arabes. Mais son projet n’était pas le seul à exister dans la région: l’Arabie Séoudite et ses alliés proposaient une alternative dans laquelle les Arabes vivaient installés dans les limites de leurs propres petits (ou grands) Etats.

On parle de ce modèle comme de celui d’un nationalisme étroit (nationalisme qutri en arabe). Il était, bien sûr, plus séduisant pour les régimes parce qu’il signifiait la préservation des frontières à l’intérieurs desquelles ils gouvernaient.

La mort de Nasser avait créé une occasion en or pour les partisans du nationalisme qutri. La parti Baas, qui n’était pas sérieux sur l’unité arabe, se scinda en branches syrienne et irakienne, et la querelle qui s’ensuivit entre les deux factions devins une des plus âpres et des plus violentes de l’histoire politique arabe contemporaine.

Anouar Sadate, le successeur de Nasser, voulait écarter l’Egypte de toute préoccupation arabe et souhaitait parvenir à un accord de paix avec Israël. C’était un accord qui permettrait d’aligner son pays avec les Etats Unis et dégagerait l’Egypte des responsabilités arabes dans le conflit avec Israël.
Il revint à une forme de nationalisme étroit et chauvin basé sur l’identité pharaonique. Ce genre d’idées existait en Egypte avant la révolution de 1952 et il leur insuffla une nouvelle vie lors de son arrivée au pouvoir.
Elles cadraient avec ses plans de paix avec Israël; l’idée de la supériorité égyptienne vis-à-vis des tous les Arabes lui étaient assez utiles pour expliquer l’isolement enduré par l’Egypte après son voyage en Israël.

Pour rompre franchement avec le passé, Sadate attaqua la Libye sans sommation et ce sont les pressions des Etats Unis qui lui firent cesser son agression avant qu’elle ne dégénère en guerre régionale.

Retour à l’antiquité

Mais il serait injuste d’imputer au seul Sadate ce nationalisme étriqué – tous les gouvernements arabes lui ont emboîté le pas en se référant à la période antique pour instiller un sentiment de supériorité chez leurs populations.

 

Au Liban, la parti phalangiste avait été complètement vaincu pendant la guerre civile, mais ses idées nationalistes ont essaimé dans diverses sectes libanaises. Dans le même temps, le nationaliste arabe Saddam Hussein invoquait des images, des symboles et des événements de l’histoire ancienne et préislamique de l’Irak.

L’explosion toute récente des télévisions arabes par satellite n’a pas servi à unifier les Arabes mais à les enfoncer encore plus dans leurs retranchements. Les points de différence ont été renforcées tandis que les points communs entre Arabes ont été rejetés avec constance, tout particulièrement dans les médiats arabes contrôlés par les Séoudiens (la majeure partie des médiats arabes est contrôlée directement ou indirectement par la famille royale séoudienne et ses affiliés dans le monde des affaires).

Les spectacles sportifs et la pléthore de concours musicaux ont été conçus pour mettre en relief les différences entre Arabes et inciter les spectateurs à se rallier derrière le drapeau de leurs pays. Les médiats séoudiens mènent toujours une bataille contre Nasse; l’humiliation subie par la famille royale séoudienne suite à sa politique n’a jamais été oubliée ni pardonnée.

Un document  qui avait divulgué à la presse états-unienne montrait que le Pentagone prévoyait de lancer une version irakienne du célèbre programme télévisé American Idol en vue de contribuer à instiller un sentiment de nationalisme irakien. Il est clair que ces rivalités sportives et artistiques ne sont pas aussi spontanées qu’on veut bien le croire.

Au contraire, elles résultent de décennies de mobilisation et d’agitation encouragée par les Etats derrière le drapeau de chaque pays arabe. Qu’elle se soit traduite elle-même en violence est à vrai dire une indication que le nationalisme qutri a fonctionné, jusqu’à un certain point.

Le culte du sport dans les médiats arabes est un autre facteur dans ce phénomène. Les sports sont une distraction inoffensive pour le peuple; les régimes aiment mieux que leurs peuplent regardent des spectacles sportifs plutôt que les scènes quotidiennes d’oppression et de carnage en Palestine, par exemple.

Une moindre attention à la politique

Cette culture des « arts » et du sport a été créée pour réduire la vigilance politique de l’opinion. Les médiats arabes consacrent énormément de temps et de ressources à la couverture du sport, singulièrement aux performances des équipes nationales.

Ce chauvinisme étroit qui associe la fierté nationale à la victoire des équipes nationales est devenu un élément de base des politiques de ces régimes.

La bataille sur Facebook entre amateurs de football Algériens et Egyptiens révèle à quel point la jeunesse arabe est réceptive au paradigme nationaliste. La performance des équipes a un effet d’image sur la réputation des régimes eux-mêmes.

Cela participe à expliquer pourquoi des princes de haut rang dirigent des équipes de football dans certains pays arabes. Saddam [Hussein] avait installé son propre fils à la tête du Comité Olympique Irakien. Et Jibril Rajub, un des anciens responsables de la sécurité de Yasser Arafat, dirige actuellement le comité palestinien du football.

Tout ce qui touche au sport est politique dans le monde arabe, ce qui rend le sport dangereux et potentiellement violent.


%d blogueurs aiment cette page :