Archive for the ‘Séfarade’ Category

Je ne suis pas arabe, je suis juif. Et je le prouve!

14 novembre 2010
C’est apparemment un big souci pour les autorités de l’entité sioniste.
Et dont parle un article amusant de Haaretz, un journal de l’entité sioniste, qui évoque le sentiment d’infériorité des Juifs d’origine arabe dans le squat sioniste où les Ashkénazes (Juifs d’Europe orientale) dominent culturellement, politiquement et économiquement.

L’entrée choisie par le journaliste est celle du problème que posent certains patronymes portés indifféremment par des Palestiniens ou par des Juifs ‘Mizrahim ‘, (de Misr=Egypte) un terme sans doute peu approprié pour désigner l’ensemble des Juifs des pays arabes.
Cette proximité ou identité des patronymes est effectivement source de confusion, renforcée par les caractéristiques physiques des Mizrahim, souvent très proches ou semblables à celles des autres Arabes. Je dois dire que cet article me parle tout à fait personnellement car aujourd’hui encore on me prend souvent pour un Juif d’Afrique du Nord, du fait d’une part que mon patronyme est tout à fait commun chez les Juifs du Maghreb, que mon apparence physique me situe quelque part entre Gad el Maleh et Patrick Bruel d’autre part et que, pour finir mon prénom tout en étant typiquement nord africain est  assez peu connu.

Je rassure mes lecteurs Juifs aussi bien que les antisémites : le fait d’être tantôt pris pour un Juif ne m’a jamais offusqué ou contrarié.

Ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde…

La décision de Carmel Shama d’ajouter un appendice à son nom est un exemple flagrant de la manière dont le ‘sionisme ashkénaze’, venu d’Europe, a corrompu les esprits des Juifs ‘Mizrahi’.

par Salman Masalha, Haaretz (entité sioniste) 14 novembre 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri


Carmel Shama en avait marre, alors ce parlementaire a décidé qu’il était temps de renouer avec ses racines ethniques. Pour répondre à toutes les confusions autour de son identité, il a demandé au ministère de l’intérieur l’ajout d’un appendice à son patronyme afin de devenir officiellement le député « Shama-Hacohen. »

Beaucoup de gens le prenaient par erreur pur un Druze. En fait, alors qu’il visitait Auschwitz, des députés l’avaient complimenté pour sa manifestation de « solidarité avec le peuple juif. » On lui a aussi fréquemment demandé de donner son avis sur des « affaires arabes en tant que membre de cette communauté.» Apparemment, c’était un peu trop à gérer pour lui.

C’est là un exemple flagrant de la manière dont le « sionisme ashkénaze » européen a corrompu les esprits de ceux qu’on qualifie de « membres du groupe Mizrahi, » originaires d’Afrique du Nord et du Moyen Orient.

Il convient de signaler que la raison première pour laquelle les Israéliens devaient mentionner leurs identités nationales ethno-religieuses sur les documents officiels était de permettre aux institutions ashkénazes de distinguer entre Juifs et Arabes, dès lors que de nombreux Juifs venaient de pays arabes et avaient des noms arabes. Au début, seules deux catégories apparaissaient : Juifs et Arabes. Dans une étape ultérieure, « Druze » sera ajouté comme catégorie distincte.

Comme le ministre de l’intérieur Eli Yishal a refuse d’appliquer un arrêt de la Haute Cour décidant d’inclure les Israéliens qui se sont convertis auprès du judaïsme réformé dans la catégorie des Juifs, la mention de la nationalité n’apparaît plus ces dernières années que comme une série d’astérisques sur les cartes d’identité. Mais d’autres marqueurs identitaires qui distinguent entre « Juifs » et Arabes subsistent.

Prenez, par exemple, un nom comme « Yosef Hadad » En se basant seulement sur le nom, il est impossible de savoir si celui qui porte ce nom est un Arabe ou un Juif. Des policiers entraînés, par contre, peuvent situer immédiatement la différence. Pour promouvoir l’objectif « digne d’intérêt » de séparer citoyens Juifs et Arabes, des officiels du ministère de l’intérieur ont voulu supprimer l’obligation de noter le nom du « grand père Juif. » En supposant donc que ce Yosef Hadad est Juif, le nom de son grand-père ne figurera pas sur sa carte d’identité. Mais s’il est Arabe, le nom de son grand père sera affiché fièrement. N’est-ce pas une assez élégante forme d’apartheid dans l’identification ?

Les années passant, les tensions nationalités ont incité de nombreux « Juifs Arabes » à essayer de s’éloigner de leur identité ethnique. Mais comment le pourraient-ils alors que leur apparence, leurs goûts musicaux et alimentaires et leurs styles de vie sont si proches du milieu culturel d’où ils sont venus ?

La seule manière pour eux de consommer la rupture a été d’adopter des signes ostensibles de l’identité religieuse juive, les kipas et les étoiles de David autour du cou en premier lieu. En fait, la mesure dans laquelle des étoiles de David pendent à leurs cous et des kipas couvrent leurs têtes, correspond directement à leur niveau de déni de leur appartenance ethno-religieuse arabe. L’expression la plus grotesque d’un tel déni, ce sont les chapeaux et les vêtements hassidiques portés par les membres du Shas.

Pour le dire autrement, un chapeau brûle sur la tête de chaque négateur de soi.

La séparation ethnique a été, et reste bien vivante chez les citoyens de ce pays. Le député Shama-Hacohen peut estimer s’en tirer à bon compte. Nous pouvons même profiter de l’occasion pour lui faire cadeau de deus députés Druzes, les députés Ayoob Kara (Likoud) et Hamad Amar (Yisrael Beiteinu) – qui à eux deux semblent encore plus extrémistes qu’Avigdor Lieberman et le rabbin Eliezer Sach pris ensemble. En fait, s’ils mettaient « Hacohen » à côte de leurs patronymes, ils feraient d’une pierre deux coups : premièrement, ils ne feraient plus honte aux Druzes ; deuxièmement, leur changement de nom rendrait fou le député Shama-Cohen.

Sionisme, magie et occultisme: le point de vue de David Shasha

11 juillet 2010
Je n’ai pas lu Buchner, une lacune impardonnable qui témoigne des limites de mon érudition et que n’a pas manqué de me reprocher un commentateur sioniste qui observe que je ne suis pas germaniste. Je le confesse, je ne comprends absolument pas l’allemand, ce qui m’interdit, à la différence de ce commentateur, de lire Mein Kampf dans le texte original. Autant dire que je ne vais pas me dépêcher pour lire l’un ou l’autre. En passant, nos amis sionistes devraient lire Collodi, ils comprendraient pourquoi leur nez s’allonge de jour en jour.
 
Buchner s’inscrivait dans un argument pour montrer l’importance des thèmes bibliques dans la révolution française. Comme si le recours à Buchner s’imposait dans ce cas précis car de nombreux mouvements politiques ont subi peu ou prou une influence religieuse, qu’il s’agisse de mouvements à visée émancipatrice comme la révolution française ou conservateurs comme la révolution nationale du Maréchal Pétain.
Ces procédés argumentatifs témoignent du caractère magique de la pensée sioniste : que la Bible ait pu être une des sources d’inspiration des révolutionnaires (avec l’antiquité grecque ou romaine ne l’oublions pas ainsi que l’importance de la raison) serait supposer refléter le rôle décisif du judaïsme via son livre sacré. Sauf que l’inspiration politique chez les Chrétiens vient de la Bible conçue comme Ancien et Nouveau Testaments, ce dernier étant rejeté par le judaïsme. Le fait que les peuples puisent dans les matériaux culturels à leur disposition, phénomène tout à fait ordinaire, deviendrait presque un de ces miracles avec lesquels la Bible nous a familiarisés. De même, la pensée magique des sionistes fait dériver l’Islam et le Coran de la Bible. Venant d’un Musulman, un tel propos aurait été jugé blasphématoire. Sans aller jusque là, ils s’agit surtout d’un blasphème contre la vérité.
En quoi tout cela justifie-til que des gens prétendent accaparer la Palestine au détriment du peuple indigène ? Mystère et boule de gomme.
Soit dit en passant, la Torah ne joue dans le judaïsme contemporain qu’un rôle de fétiche puisque la place première revient au Talmud, la fameuse Torah orale.
Comment comprendre autrement que par une pensée magique l’arrivée de Freud et d’Einstein dans la discussion ? Ni l’un ni l’autre n’étaient d’ailleurs franchement sionistes. Pour ne nous en tenir qu’à Freud, ce dernier était un libre penseur conservateur Autrichien issu d’une famille juive, inventeur d’une doctrine étrange qui a eu un succès encore plus étrange (sauf en termes thérapeutiques où elle s’est avérée de peu d’utilité).

Cette pensée magique est inscrite profondément dans la mentalité sioniste et si on a pu s’en apercevoir avec ce juge qui argumente son verdict à partir de la numérologie de la Kabbale, David Shasha, directeur du centre pour le patrimoine séfarade va très loin dans ce sens. Pour lui, le judaïsme qui inspire (et est inspiré par) le sionisme est surtout un culte qui mêle magie et occultisme. Maintenant, on comprend mieux le fonctionnement du juge numérologue.

 
Thèmes mystiques dangereux dans le judaïsme
Par David Shasha, The Huffington Post (USA) 11 juillet 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

 
Le mouvement concerté d’attaque des écrits de Moïse Maïmonide, peut-être le plus important des sages de l’histoire juive post-talmudique, trouve son origine dans les cercles rabbiniques ashkénazes et a été mis en pratique par une interdiction promulguée par leurs disciples en Espagne chrétienne. Il est intimement lié au triomphe de l’occultisme mystique dans le judaïsme. La bataille entre l’humanisme de Maïmonide, fondé sur la science et le rationalisme philosophique, et l’occultisme kabbaliste ashkénaze, est le plus important facteur dans notre démarche pour comprendre plus largement la civilisation juive.

  Au centre de cette controverse, se trouve l’épineuse question de l’authenticité juive.
 
Dans la conclusion de son livre de 1983, Problems and Parables of Law: Maimonides and Nahmanides on the Reasons for the Commandments, Josef Stern nous donne un aperçu fascinant sur la manière dont ce « choc des civilisations » s’est joué:
 
« L’explication par Maimonide des huqqim [les lois bibliques dont on pensait qu’elles n’avaient pas d’explication rationnelle] essayait d’aboutir à la fin du mythe dans le judaïsme. Elle a conduit, au contraire, à travers son influence intellectuelle sur Nahamides juste une génération après, à la ressuscitation de ces mêmes mythes. »

 Les prises de position de type socio-historique sont caractéristiques des travaux universitaires contemporains sur Maïmonide. Les supposées innovations de Maïmonide sont souvent blâmées pour l’échec de son projet.
 
Dans son étude de 2006, ‘Maimonides’ Confrontation with Mysticism, » Menachem Kellner adopte une approche qui est devenue la norme dans la plupart des cercles intellectuels juifs, et il écrit:
« Le monde juif dans lequel vivait Maïmonide ne prisait guère la vision austère, abstraite et exigeante de la Torah qu’il prêchait. Des témoignages émanant de sources très variées montrent qu’à l’époque de Maïmonide, les Juifs – gens du commun comme érudites – acceptaient l’astrologie, l’usage magique des noms divins, l’invocation des anges, etc. »
 
Dans une noble tentative pour élever la pensée de Maïmonide, l’argumentation de Kellner donne bizarrement crédit aux positions des anti-Maïmonide.
Dans la conclusion du livre, il observe:
D’un autre côté, le monde qui a la préférence des opposants à Maïmonide est un monde « enchanté ». Nombre d’opposants à Maimonide, à son époque et de nos jours, admettent en fait l’efficacité des charmes et des amulettes, et craignent le mal qui vient des démons et du mauvais œil. Mais ce n’est pas sur ce point que je soutiens qu’ils vivent dans un monde enchanté. Leur monde n’est pas un monde qui peut être expliqué en termes de résultats invariant de lois de la nature de source divine; ce n’est pas un monde qui peut être compris rationnellement. C’est un monde dans lequel la notion de miracle perd toute signification, dès lors que tout ce qui arrive tient du miracle. Dans un tel monde, les instructions divines, et le contact avec le divin en général, doit être médiatisé par une élite religieuse qui est la seule à pouvoir percevoir la véritable réalité cachée par la nature. C’est l’opposé d’une religion de responsabilisation dans la mesure où elle retire aux Juifs la maîtrise de leur destin et, en effet, la met entre les mains des rabbins.

Nous pouvons voir la tension au cœur de l’argument de Kellner, une tension qui le pousse à accepter l’authenticité absolue de la tradition mystico-occulte de la Kabbale et à rejeter la validité pour les Juifs du rationalisme de Maïmonide.

Le mot hébreu « Kabbalah » veut dire littéralement « accepter » [comme en arabe, NdT] et est utilisé dans le sens de « tradition. » Dans ce qui était connu à une époque comme un judaïsme « normatif » – un terme que les érudits du judaïsme contemporain ont âprement contesté et rejeté- la Kabbale était comprise dans le sens de transmission de la tradition talmudique par les académies de Palestine et de Babylone. Ce processus trouve son apogée dans l’œuvre de Maimonide, dont les compilations synthétisant les lois juives intégrées avec les principes de la science et de la rationalité représentent cette vigoureuse fusion que nous avons appelée « humanisme religieux. »

Le livre de Kellner contient une préface du professeur de l’Université Hébraïque Moshe Idel, l’universitaire peut-être le plus influent dans le monde du judaïsme, lauréat du prestigieux Israel Prize et référence incontournable dans l’univers des études juives. Idel a inlassablement promu tendance antirationnelle, pro magie et néo paganiste de la tradition juive qu’on appelle aussi Kabbale.
 
Comme nous le voyons dans un passage de son travail fondateur de 1998, « La Kabbale: Nouvelles Perspectives » :
 
La Kabbale peut être considérée comme un élément de la restructuration de ces aspects de la pensée rabbinique dont le système de Maïmonide rejetait le caractère authentique. Loin d’être une complète innovation, la Kabbale a représenté historiquement un effort continu pour systématiser des éléments préexistants de mysticisme, de mythes et de théurgie juifs en réaction pure et simple au défi rationaliste.
Le projet intellectuel d’Idel a été conçu pour affirmer l’authenticité de la kabbale mystico-occulte et sape la validité des normes rationnelles de l’humanisme religieux. Idel soutient que la vision commune de la Kabbale théurgico-mystique comme apport étranger au talmudisme rationaliste, illustrée par l’œuvre de Maïmonide en tant qu’héritier de la tradition sépharade andalouse, est erronée:

 Il est cependant possible de supposer que, si les idées transmises dans ces cercles [kabbalistes] inconnus faisaient partie d’une ancienne conception du monde [weltanschauung], leurs affinités avec la mentalité rabbinique seraient plus structurelles et aisément intégrées dans la structure mystique du judaïsme. Selon cette hypothèse, il est inutile d’expliquer pourquoi les anciens Juifs avaient adopté les doctrines gnostiques, pourquoi ils les ont transmises et, finalement, comment de judaïsme « gnostique » a été revivifié à l’époque médiévale par les autorités juives conservatrices. Par ailleurs, la démarche d’étude du mysticisme juif selon les axes que j’ai proposés a un avantage méthodologique manifeste: elle postule une évolution relativement interne du mysticisme juif qui peut être démontrée en utilisant le matériau hébraïque découvert dans les différentes strates de la littérature juive et qui, en conséquence, peuvent aussi être réfutés par l’analyse philologique ou historique des textes. 

C’est cette assertion finale qui est la plus critique pour la compréhension de l’identité juive contemporaine.
Une dialectique se trouve au cœur de la vision sioniste: la négation de la Diaspora et l’imposition d’une ancienne authenticité juive antérieure à la Diaspora. Comme l’explique l’historien Yitzhak Baer dans son livre de 1936 « Galut » [Diaspora]:
Notre place dans le monde ne soit pas être mesurée à l’aune de ce monde. Notre histoire suit ses propres lois, maintenant ses tendances les plus intimes devant les dangers extérieurs de la dispersion, de la désintégration, de la sécularisation et de la pétrification morale et religieuse.
 
Comme son ami Ben-Zion Dinur, Baer était connu pour son antipathie pour la tradition maimonidéo-andalouse de cosmopolitisme éclairé ainsi que pour son zèle sioniste. Dans la pensée de Baer, le judaïsme est quelque chose à part du reste du monde, il est à la base un occultisme qui a été préservé et transmis selon sa propre logistique au cours des siècles.

La nature problématique de la culture juive en Israël peut être identifiée comme la tentative paradoxale de réintégrer les juifs dans le concert des nations, mais de le faire par un processus occulte qui reste étranger à la civilisation universelle et aux normes de la science et de la rationalité.

Le danger inhérent à l’approche magico-mythique est à la base épistémologique. Ce point avait été traité de manière éloquente par l’écrivain Argentin Jose Luis Borges dans sa nouvelle « La Bibliothèque de Babel »:
 

Une des habitudes de l’esprit est l’invention d’horribles fantaisies. Il a inventé l’enfer, la prédestination, la prédestination à l’enfer, les idées platoniques, la chimère, le sphinx, la particularité des nombres transfinis (où les parties sont équipotentes à l’ensemble), les masques, les miroirs, les opéras, la monstrueuse Trinité: le Père, le Fils et le Saint-Esprit, tous articules dans un organisme unique… J’ai essayé de sauver de l’oubli une moindre horreur: l’immense bibliothèque contradictoire, dont les déserts verticaux de livres courent le risque incessant de métamorphose, qui affirment tout, nient tout et embrouillent tout – comme un Dieu devenu fou.

 
Ce texte de Borges est étrangement confirmé par l’état de choses actuel dans le judaïsme. Ayant repris sa terre ancestrale aux Arabes indigènes, le sionisme a recouru à une tradition juive occulte basée sur le concept « totalisant » d’un judaïsme mythique. Etranger aux traditions progressistes de la Diaspora qui ont permis au judaïsme d’évoluer en absorbant les influences extérieures afin de survivre, comme le fit Maimonide, la pensée sioniste a cherché à faire un saut en arrière dans le temps pour retrouver une tradition juive véritablement « authentique » et a découvert cette tradition dans l’antirationalisme des rabbins ashkénazes.

 Ce qui a conduit au rejet de l’humanisme séfarade juif tel que formulé par Maïmonide et à l’affirmation d’un chauvinisme juif ethnocentrique basé sur le mysticisme magique de la théurgie de la Kabbale. C’est un judaïsme qui rejette les principes d’une lecture critique du passé juif et nous a menés à cette sorte de pureté idéologique et de nationalisme militants qui est devenu caractéristique de l’impasse insoluble au Moyen Orient. Même si ce processus occulte a été sécularisé par le sionisme, il est visible que les valeurs idéologiques de la mystique continuent à animer l’auto-perception des juifs dans un sens nationaliste.
 

Haïti: les liens inattendus entre adoption illégale, proxénétisme, trafic d’enfants et de femmes

13 février 2010
Vous avez tous entendu parler de ces membres d’une église protestante US qui s’apprêtaient, avant d’être arrêtés, à faire sortir illégalement d’Haïti, encore sous le choc d’un terrible séisme, une trentaine d’enfants.
Des avocats ont été requis pour prêter assistance à ces ressortissants US désormais incarcérés à Port-au-Prince. Jusque là rien que de très normal, comme chaque fois qu’un prévenu est confronté à la justice. Il y a pourtant des choses moins normales dans cette affaire. Et quand je dis des choses, il s’agit en réalité de l’intervention, en faveur des présumés trafiquants d’enfants, d’un « avocat » citoyen de la république Dominicaine. Sauf que cet « avocat » n’est inscrit à aucun barreau et qu’il est recherché par la police du Salvador en tant que cerveau présumé d’un réseau de trafic de femmes et de fillettes destinées à la prostitution.
Je n’en dis pas plus car tout lecteur un peu attentif à l’actualité fera les liens nécessaires.

Enquête sur le conseiller juridique des Américains arrêtés en Haïti
par MARC LACEY et IAN URBINA, The New York Times (USA) 12 février 2010 traduit de l’anglais par Djazaïri

PORT-AU-PRINCE, Haiti — La police du Salvador a commencé une enquête pour savoir si un homme soupçonné de diriger un réseau de trafic de filles et de femmes d’Amérique Centrale et de la Caraïbe est aussi le conseiller juridique des Américains accusés d’avoir essayé d’emmener sans autorisation 33 enfants hors d’Haïti.

Quand le juge chargé de l’enquête sur l’affaire haïtienne a eu connaissance jeudi de l’enquête au Salvador, il a indiqué qu’il commencerait sa propre enquête sur le conseiller, un ressortissant Dominicain qui était dans les bureaux du juge quelques jours auparavant.

Ces enquêtes sont le dernier rebondissement d’un dossier très politique qui s’est ouvert en plein coeur d’une zone ravagée par un tremblement de terre. Un avocat de l’organisation a déja été récusé après avoir été accusé de tenter d’offrir des pots de vin pour faire sortir de prison les dix Américains.

Le conseiller, Jorge Puello, a déclaré jeudi, lors d’un entretien téléphonique, qu’il n’avait participé à aucune activité illégale au Salvador et qu’il ne s’était jamais rendu dans ce pays. Selon lui, il s’agit d’un cas d’erreur sur la personne. « Je n’ai rien à voir avec le Salvador, » a-t-il dit, donnant à comprendre que son nom était très courant en Amérique latine, comme John Smith aux Etats Unis.

 Jorge Puello

« Un trafiquant de drogue Colombien a été arrêté avec 25 cartes d’identité, dont une portant mon nom, » a-t-il dit sans donner de détails.

« Donnez des preuves, » a-t-il dit devant notre insistance sur les accusations de trafic d’enfants pendant le bref entretien qui s’est terminé quand il a annoncé qu’il entrait dans un ascenseur. Recontacté plus tard, il s’est mis en colère et a affirmé n’avoir enfreint aucune loi.

Les dix Américains sont incarcérés depuis le 29 janvier dans la partie arrière du même commissariat de police qui sert de siège au gouvernement haïtien de René Préval depuis le tremblement de terre. Ils ont su par leurs avocats que certains d’entre eux au moins pourraient sortir jeudi. Mais le juge chargé de leur dossier, Bernard Saint-Vil a recommandé au procureur de les mettre en liberté provisoire et de les autoriser à quitter le pays dès lors que l’un de leurs dirigeants restait sur place jusqu’à la fin de l’affaire.

M. Puello intervenait en tant que porte parole et conseiller juridique en République Dominicaine pour certains des détenus.

Le chef de la police des frontières du Salvador, le commissaire Jorge Callejas, a indiqué dans un entretien téléphonique qu’il enquêtait sur les accusations selon lesquelles un homme avec un passeport dominicain au nom de Jorge Anibal Torres Puello dirigeait un réseau de trafic d’êtres humains qui recrutait des femmes Dominicaines et des fillettes Nicaraguayennes pour les faire travailler comme prostituées au Salvador.

M. Puello dit ne même pas avoir de passeport. Quand on a montré à M. Callejas une photo de M. Puello prise en Haïti, M. Callejas a déclaré qu’il pensait que c’était celle de l’homme qu’il recherchait. Il a précisé qu’il essayerait d’arrêter M. Puello sur la présomption d’avoir attiré des femmes vers la prostitution et d’avoir pris des photos d’elles explicites qui ont été diffusées sur ds sites internet. « C’est lui, la même barbe et le même visage, » a déclaré M. Callejas dans une interview jeudi. « Ce ne peut être que lui. »

Le juge Saint-Vil a dit qu’il pensait aussi que lla photo du trafiquant présumé du dossier de la police salvadorienne semblait correspondre à celle de l’homme qu’il a rencontré au tribunal. Il a indiqué avoir l’intention d’entamer sa propre enquête pour savoir si un suspect pour trafic avait travaillé avec les Américains détenus en Haïti.

« J’étais sceptique à son sujet parce qu’il était arrivé avec quatre gardes du corps, ce que je n’ai jamais vu d’un avocat, » a déclaré le juge dans une interview. « J’envisage d’aller immédiatement au fond des choses. »

Le juge a déclaré qu’il demanderait l’assistance du Département US de la sécurité intérieure pour examiner les antécédents de M. Puello. Un porte parole du département d’Etat a affirmé que les officiels Américains apportaient un appui dans l’enquête concernant les Américains, « en fournissant les éléments d’enquête demandés. »

Un mandat d’arrêt Interpol a été émis pour quelqu’un nommé Jorge Anibal Torres Puello, selon la police et des documents publics.

On s’interrogeait pour savoir si M. Puello, le conseiller, qui dit que l’église baptiste de Central Valley en Idaho l’a recruté pour les Américains était autorisé à pratiquer le droit. Aucune personne de ce nom ne figure sur le registre du barreau de la République Dominicaine.

M. Puello a affirmé avoir une autorisation et appartenir à un cabinet juridique de 45 personnes. Mais son bureau de Saint Domingue s’est avéré n’être qu’un petit local qui ne pourrait pas accueillir 45 avocats. Alejandro, le frère de M. Puello, affirme que la société d’avocats dispose d’un autre bureau dans le quartier des affaires en centre ville,mais il a refusé d’en donner l’adresse.

M. Puello a déclaré dans une interview qu’il avait représenté les Américains gratuitement parce qu’il était un homme religieux qui compatissait à leur situation. « Je suis le président de la communauté juive sépharade en République Dominicaine, » a-t-il dit. « J’aide les gens dans ce genre de situation. Nous n’allons pas facturer un centime à ces gens. »
Mais d’autres avocats des détenus ont affirmé que les familles ont fait un virement de 12 000 dollars à M. Puello pour payer le transport des Américains hors d’Haïti s’ils sont relâchés, et que M. Puello leur a dit lors d’une conférence téléphonique mardi soir qu’il avait besoin de 36 000 dollars supplémentaires. M. Puello affirme ne pas avoir participé à une conférence téléphonique.

Un avocat des familles a affirmé que M. Puello lui a dit avoir une licence pour exercer comme avocat en Floride, mais l’avocat dit avoir vérifié et ne pas avoir trouvé trace de cette licence. M. Puello a déclaré dans l’interview ne jamais avoir dit qu’il avait une licence d’avocat en Floride.

M. Puello dit être né à Yonkers (Etat de New York) d’une mère Dominicaine. Il dit que son nom complet est Jorge Puello et qu’il n’a pas d’autres noms. Mais dans une autre interview, il dit que son nom est Jorge Aaron Bentath Puello. Il dit aussi être né en octobre 1976, et non en octobre 1977, qui est selon la police la date de naissance du suspect dans le dossier salvadorien.

Le dossier indique que la police a trouvé des documents ayant trait à la communauté juive séfarade dans une maison de San Salvador où les trafiquants avaient séquestré des femmes.

Blake Schmidt a contribué à ce reportage depuis San Jose au Costa Rica, et Jean Michel Caroit depuis Saint Domingue. Kitty bennett a contribué à l’enquête.


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