Sur la situation en Iran (Moon of Alabama)

2 janvier 2018

Un article perspicace de Moon of Alabama sur l’Iran et l’agitation qui semble s’être emparée de ce pays. Selon l’auteur, les protestations légitimes des couches défavorisées de la population contre la vie chère et d’autres problèmes comme la faillite de banques privées, ont été saisies comme une opportunité par de petits groupes d’agitateurs violents. En lien avec l’étranger, ces agitateurs ont lancé les slogans appelant à la fin du régime et même à la fin du soutien à la cause palestinienne. Des slogans que la presse occidentale s’est évidemment empressée de reprendre et de commenter.

Selon Moon of Alabama, nous sommes maintenant dans une phase où la contestation sociale a semble-t-il été apaisée, au moins momentanément, par l’affirmation par le gouvernement que les doléances sur les questions sociales seraient prises en charge. Un gouvernement qui a aussi rappelé que le peuple avait tout à fait le droit de manifester.

La place est maintenant occupée surtout par des émeutiers peu nombreux qui ne représentent en aucune façon une menace pour les autorités en place.

Le changement de régime ne viendra probablement pas des présents troubles. Mais comme le relève l’auteur, l’objectif est avant tout pour le lobby sioniste et son partenaire américain d’essayer de trouver un moyen d’enfoncer un coin dans le rapprochement entre l’Iran et l’Europe.

Comme on le sait en effet, Emmanuel Macron doit se rendre à Téhéran en octobre 2018 et une visite préparatoire du chef de la diplomatie française vient d’être reportée en raison de la situation en Iran.

Iran – Moins de manifestations – Plus d’émeutes – Les Etats Unis préparent la phase suivante

Moon of Alabama (USA) 2 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les émeutes et les manifestations en Iran en sont à leur 6ème jour. Alors que les médias « occidentaux » affirment que les manifestations se multiplient, je n’en vois aucun signe dans les différentes vidéos diffusées en ligne. Les protestations légitimes contre la hausse des prix, la faillite de banques privées et le budget néolibéral d’austérité du Président Rohani ont été très vite détournées par des bandes d’émeutiers. Ces bandes sont à l’évidence coordonnées depuis l’étranger par le truchement de diverses applications Internet, en particulier Télegram et Instagram:

Amad News, une chaîne sur Telegram semble avoir joué un rôle central dans la vague de protestations. Selon les témoignages, Rohollah Zam, un journaliste en exil, fils d’un clerc religieux réformiste, aurait fui le pays après avoir été accusé d’avoir des liens avec des agences de renseignement étrangères …

Le blocage des chaînes de contrôle [de l’action émeutière] spécifiques s’est avéré insuffisant :

Les logiciels spéciaux utilisés pour contourner les filtres du gouvernement pouvaient encore être téléchargés facilement. Et lundi, comme les autres jours, il y a eu des appels à manifester sur des médias en ligne et   sur des chaînes satellitaires en langue persane basées à l’étranger.

Le blocage des applications internet a été levé aujourd’hui.

Les manifestations de départ sur les problèmes économiques semblent s’être essoufflées après que le président Rohani ait confirmé le droit de manifester, reconnu les problèmes économiques et promis de les prendre en charge. En effet, il n’y a que peu de nouvelles vidéos montrant de véritables marches de protestation, mais on a une avalanche de vidéos d’émeutes, d’incendies criminels et de heurts avec les forces de police. La taille de ces protestations est de quelques centaines de personnes ou moins. Les contre-manifestations, exprimant la loyauté envers la république (non signalées dans les médias «occidentaux»), sont plus importantes que les manifestations antigouvernementales. Entre le 28 décembre et aujourd’hui, des manifestations et des émeutes ont eu lieu dans un total de 66 villes, mais seulement environ 30 villes ont vu des manifestations tous les soirs. Cela pourrait être le signe d’une certaine planification derrière les événements. Un changement quotidien des sites de l’agitation pourrait avoir pour but d’empêcher la police de se préparer.

Les groupes d’émeutiers sont entre 30 et 80 personnes plus quelques badauds autour d’eux. Ils semblent suivre une stratégie de type flash mob apparaissant ici et là pour disparaître à nouveau lorsque la police apparaît en force. Dans certaines villes, les émeutiers ont attaqué des postes de police, des locaux militaires et même volé des camions de pompiers. Certains des émeutiers essayent évidemment de mettre la main sur des armes.

Au total, seuls quelques milliers de personnes, majoritairement des jeunes hommes, semblent être impliqués. Des milliers de personnes protestent chaque semaine en Israël contre la corruption du Premier ministre Netanyahou. Au Nouvel An, plus de 1000 voitures ont été brûlées en France par des incendiaires. Rien de tout cela n’est en première page, mais quelques dizaines d’émeutes en Iran sont qualifiées de «révolution».

Le nombre total de morts parmi les « manifestations pacifiques » est maintenant de 21 (d’après mon décompte) dont au moins cinq policiers tués dans des attaques par des « manifestants » et deux civils qui se trouvaient là par hasard qui ont été renversés et tués par des émeutiers qui conduisaient un camion de pompiers volé. Six émeutiers ont été tués lorsqu’ils ont tenté d’attaquer un poste de police dans la ville de Qahderijan. Le gouverneur a affirmé que les assaillants étaient munis d’armes à feu.

La même fabrication de photos de grandes manifestations et de «preuves» de la brutalité du gouvernement que nous avions vu à propos de la guerre contre la Syrie est mise en œuvre dans le cas iranien. Des vidéos de manifestations en Argentine et à Bahreïn sont utilisées pour illustrer la réalité de grandes manifestations en Iran. Un tweet avec la vidéo de Bahreïn diffusée par un « journaliste » qui prétendait être en Iran a reçu plus de 17 000 re-tweets. Des vidéos d’Espagne ou même des scènes de films sont censées montrer la violence policière en Iran. Une vidéo d’un homme couché sur le dos et recevant des soins le présente dans un cas comme ayant été touché par un tir de la police tandis qu’un autre propagandiste prétend que l’homme a eu un arrêt cardiaque après que la police ait utilisé un Taser contre lui. On ne voit aucun signe apparent de blessure ou autre traumatisme. Le gars vient probablement simplement de s’évanouir.

L’organisation terroriste MEK (CNRI, OMK, Moudjahidine-E Khalq) a  » divulgué  » de faux compte rendus d’une réunion supposée du gouvernement qui, selon elle, témoignent de la panique du régime au face aux manifestations. Le gouvernement craindrait la chef de l’OMPI [ou MEK, Organisation des Moudjahidine du Peuple Iranien], Maryam Radjavi [l’organisation est établie en France, NdT]. Le MEK a payé des sommes importantes pour obtenir le soutien de politiciens, dont le Sénateur John McCain, à Washington et ailleurs. Pendant la guerre Irak-Iran, le MEK a combattu l’Iran aux côtés de l’Irak. Après que les États-Unis eurent envahi l’Irak, l’OMPI a été détenue dans des camps spéciaux sous contrôle américain. Selon un article publié en 2012 par Seymour Hersh, l’armée américaine a entraîné des combattants de l’OMPI aux États-Unis pour les former aux techniques de sabotage et d’insurrection. Ces gens sont profondément détestés en Iran, mais certainement pas craints. Leur engagement précoce dans les « manifestations » via leur site web et leurs opérations de propagande en Iran peut indiquer un rôle plus profond dans les émeutes

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Maryam Radjavi, leader des MEK ,et le Sénateur John McCain, un des principaux animateurs de la politique belliqueuse contre l’Iran aux Etats Unis

Les néoconservateurs habituels dans les médias américains plaident pour « plus d’aide » pour le « peuple iranien ». L’aide qu’ils veulent lui d’offrir est conçue pour aggraver la situation économique du peuple iranien.

J’ai déjà soutenu que le plan plus large des instigateurs de ces émeutes ne vise pas obtenir un «changement de régime» par la violence, mais à provoquer une réaction du gouvernement iranien qui pourrait alors être utilisée pour pousser les Européens à isoler à nouveau l’Iran. Ce plan est maintenant confirmé par un éditorial du Washington Post . Michael Singh du lobby sioniste à Washington écrit :

Si le régime recourt quand même à la violence, la réponse internationale devrait se concentrer sur l’isolement diplomatique. Les États européens et asiatiques devraient réduire leurs relations diplomatiques avec l’Iran et limiter la participation de l’Iran aux forums internationaux. Les sanctions peuvent aussi avoir un rôle …

Sans surprise, la rédaction néoconservatrice du WaPo est parfaitement synchrone avec le lobby:

Les dirigeants européens, qui ont été beaucoup plus prudents, devraient prendre la parole. … Dimanche [le président iranien Rohani] a reconnu que les manifestants avaient des griefs légitimes et a nominalement reconnu leur droit de manifester. L’administration Trump et les autres gouvernements occidentaux devraient viser à faire en sorte qu’il respecte sa parole par la diplomatie et la menace de sanctions en cas d’effusion de sang.

Au niveau qui est le leur actuellement, les émeutes ne mettent en aucun cas en danger la république iranienne. Si certains émeutiers acquièrent des armes, la situation pourrait se durcir un peu. Mais à moins de recevoir un soutien en matériel et en hommes de l’extérieur, comme ce fut le cas en Syrie, la situation devrait bientôt se calmer. Le peuple iranien est opposé à une telle violence et le gouvernement est très loin d’avoir mobilisé ses capacités multiformes.

J’avais déjà indiqué de manière documentée dans des publications antérieures que l’administration Trump, en étroite coopération avec Israël, s’est préparée depuis longtemps à l’intensification d’un conflit avec l’Iran. Il y a six mois, la CIA a mis en place un bureau spécial avec un faucon e matière de politique iranienne de haut niveau qui mène la charge. Le mois dernier, Trump a nommé un autre faucon « iranien » pour diriger la Direction Moyen-Orient du Département d’Etat.

Depuis que le peuple iranien a réussi le «changement de régime» en 1979, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont adopté une politique hostile à l’Iran. Elle a fluctué en intensité mais n’a jamais changé. Sous Trump nous allons assister à une augmentation rapide des actions hostiles. L’administration vient d’appeler à une session d’urgence de l’ONU sur la situation. C’est un geste risible quand on considère le nombre d’assassinats que les États-Unis et leurs alliés commettent quotidiennement au Yémen, en Syrie et en Palestine. Mais l’opération qui se déroule actuellement n’est probablement qu’une petite partie d’une stratégie anti-iranienne plus large ne se déploie pas encore ouvertement.

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Les néocons ont du mal à faire le deuil de leur rêve d’éliminer Bachar al-Assad

26 décembre 2017

Chacun se souvient certainement que, pendant les premières années du conflit en Syrie, les appels à la destitution du président syrien, voire sa mise à mort, définissaient ce qui devait être un préalable au règlement de la crise.

Sur le terrain, les jours du régime syrien semblaient en effet comptés. Pourtant le régime et son armée (constituée essentiellement de conscrits) ont fait preuve d’une remarquable résilience, d’abord en adaptant leur stratégie à la réalité du rapport de forces puis en s’appuyant sur de solides alliances qui l’ont aidé à faire basculer la situation sur le terrain. Aux côtés de l’armée syrienne, on a vu intervenir le Hezbollah libanais, l’Iran et enfin la Russie. L’intervention russe a été décisive non seulement au plan militaire mais aussi au plan diplomatique en renvoyant au statut de chimère le souhait occidental d’une élimination du pouvoir en place à Damas.

Certains Occidentaux pensent cependant encore que leur projet initial de destruction du pouvoir syrien est seulement différé dans le temps comme on a pu le comprendre, et comme le président syrien l’a compris, des propos de M. Macron lors de son interview du 17 décembre avec Laurent Delahousse sur France 2. De fait, les Occidentaux continuent à s’exprimer publiquement comme s’ils étaient les principaux acteurs, voire les seuls, de la défaite de Daesh en Syrie.

La mythologie diplomatique occidentale veut en effet que le gouvernement syrien n’a pas combattu le prétendu Etat Islamique voire même qu’il l’a parrainé.

C’est cette mythologie élaborée par des think-tanks essentiellement américains qui est dénoncée dans l’article que je vous propose. Ces think-tanks, tout en se parant de noms qui fleurent bon un académisme de bon aloi, produisent pourtant un savoir particulier en ce sens qu’il a pour but premier d’inciter des gouvernements à entreprendre certaines actions (belliqueuses) et qu’il ne s’appuie pas sur les méthodes et les travaux des chercheurs spécialisés dans les domaines de la science politique et des relations internationales.

Si on prête attention à cette tribune libre signée par deux universitaires, on comprend parfaitement que, au moins jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis donnaient la priorité non à la lutte contre Daesh mais à celle contre le gouvernement syrien dont la défaite était le préalable à l’élimination de Daesh.

Tribune libre: Les experts avaient tort à propos d’Assad et de l’État islamique. Comme d’habitude, ils ne veulent pas l’admettre

Par Max Abrahms et John Glaser, The Los Angeles Times (USA) 10 décembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

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John Glaser et Max Abrahms

L’Eta Islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2014, l’organisation extrémiste semblait avoir fait des avancées substantielles dans son projet avoué de constitution d’un Califat. Il comptait des dizaines de milliers de combattants et exerçait un contrôle sur un territoire à peu près aussi vaste que la Corée du Sud. Sous la plupart des aspects, l’Etat Islamique s’est effondré dans son bastion syrien ainsi qu’en Irak. Comme un ancien combattant étranger [de Daesh] le reconnaissait récemment, « C’est terminé ; il n’y a plus de Daesh. »

Le démantèlement de l’Etat Islamique doit choquer le chœur des journalistes et des experts qui ont passé des années à soutenir avec insistance qu’un tel résultat ne pourrait jamais être obtenu sans au préalable renverser le régime de Bachar Assad – qui est, bien sûr, toujours en place. Toute une troupe de faiseurs d’opinion ont pendant longtemps affirmé que l’Etat Islamique en Syrie allait prospérer en Syrie tant qu’Assad serait au pouvoir parce que l’Armée Arabe Syrienne faisait partie de la même maladie.

John Bolton, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies sous George W. Bush, affirmait dans le New York Times que « défaire l’Etat Islamique » n’est « ni faisable ni souhaitable » si Assad reste au pouvoir. S’exprimant dans le Wall Street Journal, les Sénateurs John McCain et Lindsey Graham prétendaient que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad. » Kenneth Pollack de la Brookings Institution prescrivait une politique de « construction d’une nouvelle armée de l’opposition syrienne capable de vaincre à la fois le Président Bachar al-Assad et les islamistes les plus militants. » De la même manière, Max Boot, qui collabore au Los Angeles Times, soutenait que vaincre l’Etat Islamique était futile sauf si les Etats Unis agissaient aussi pour déposer le « régime alaouite à Damas ». Comme d’autres marchands de changement de régime, il argumentait en faveur d’une zone d’exclusion aérienne à travers le pays pour faciliter les frappes aériennes contre le régime Assad tout en renforçant l’aide aux soi-disant rebelles modérés.

D’éminents spécialistes de la Syrie avaient aussi prétendu qu’Assad soutenait, et même parrainait l’Etat Islamique. Michael Weiss de CNN déclarait qu’Assad et le président russe Vladimir Poutine ne combattraient pas l’État islamique et que la Syrie et la Russie étaient la «force aérienne non déclarée» de l’organisation terroriste. Son co-auteur, Hassan Hassan ,  affirmait que le régime syrien n’a jamais combattu [État islamique] auparavant. »

Pendant un moment, partout où l’on regardait, les médias colportaient le même discours. Le Daily Beast présentait les combattants de l’État Islamique comme des «sbires d’Assad». Le New York Times promouvait l’idée que les «forces d’Assad aidaient» l’État islamique en « non seulement évitant » l’organisation terroriste « mais en essayant activement de renforcer ses positions ». Time Magazine répétait comme un perroquet la ligne pro-changement de régime selon laquelle « Bachar Assad ne combattra pas l’Etat Islamique. »

Mais ces arguments en vogue ont été, pour dire les choses gentiment, réfutés empiriquement [dans les faits].

Le dossier en faveur d’un changement de régime à Damas rappelait celui concocté pour Bagdad en 2003 : les interventionnistes avaient joué sur les peurs des Américains en prétendant que les dirigeants irakiens étaient de mèche avec les djihadistes salafistes (la tendance ultra-conservatrice au sein de l’Islam sunnite). Les preuves qu’Assad parrainait l’Etat Islamique était à peu près aussi solide que celle démontrant que Saddam Hussein soutenait al Qaïda.

Comme l’a relevé le spécialiste de la Syrie Aymenn Jawad Al-Tamimi en février 2014, l’Etat islamique « a des antécédents de combat contre le régime sur plusieurs fronts, y compris la zone de Cheikh Saïd dans la province d’Alep, la base aérienne militaire de Kuweiris (où une offensive est en cours sous la direction du bataillon muhajireen Suqur al-Izz, en coordination avec le Bataillon Vert, l’État islamique et Jabhat al-Nusra, à Nubl et Zahara ,  la base aérienne de la brigade 17 dans la province de Raqqa, l’aéroport militaire de Tabqa,  Qalamoun ,à Sayyida Zainab, et Sakhna dans le désert de Homs, la région de Qamishli et la province de Lattaquié. En plus de ces lieux, il faut aussi se souvenir du rôle décisif [de l’État islamique] dans la prise de la base aérienne de Mannagh . « 

L’idée que Assad « ne combattra pas l’Etat Islamique a toujours été fausse. L’idée que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad » était également fausse. Il devrait sembler évident aujourd’hui que l’Armée Arabe Syrienne a joué un rôle dans la dégradation de l’Etat Islamique en Syrie – pas seule évidemment, mais avec ses partenaires iranien et russe, sans même parler de l’impressionnante coalition emmenée par les Etats Unis. Contrairement aux attentes des experts, la disparition du groupe était inversement liée au pouvoir d’Assad. La fortune de l’État islamique diminuait à mesure que son influence [du gouvernement syrien] sur le pays augmentait.

Tout aussi contraire aux prédictions des analystes, l’organisation terroriste a implosé juste après que le soutien extérieur aux rebelles « modérés » s’est tari. L’affaiblissement des rebelles a été un revers majeur pour l’État islamique, car Assad pouvait finalement concentrer sa puissance de feu l’organisation terroriste. En outre, moins d’envois d’armes sur le théâtre des opérations signifiait moins d’armes tombées entre les mains des djihadistes salafistes.

Il est donc étrange que nous n’ayons pas entendu ces nombreux experts reconnaître leurs erreurs; ils ne sont pas pressés de faire acte de contrition pour avoir presque forcé au lancement d’une autre mission de changement de régime basée sur la base d’analyses discréditées.

Feu le bon sens commun était non seulement en opposition avec le constat empirique, mais complètement détachée des apports de la science politique. À quelques exceptions près, les chercheurs en relations internationales ont semblé se contenter de rester en retrait et de regarder les experts des think tanks faire l’analyse quotidienne de la situation en Syrie tout en ignorant les drapeaux rouges qui parsèment le domaine de la recherche.

Certaines des meilleures recherches en sciences politiques au cours des deux dernières décennies ont montré que les militants sont moins susceptibles d’émerger en réponse à des griefs politiques que des conditions propices à leur organisation. Pour l’État islamique, le « modèle d’opportunité » du terrorisme était toujours un meilleur ajustement que le «modèle des revendications». Après tout, c’est une organisation qui s’est établie dans le désert, loin de l’armée syrienne; a attaqué des cibles faciles comme les Yazidis qui n’ont jamais opprimé la population sunnite; et a implanté des branches dans des pays connus non pour leur gouvernement anti-sunnite, mais pour l’absence d’un gouvernement qui fonctionne.

Comme en Irak, une décennie plus tôt, un changement de régime en Syrie aurait créé le vide absolu de pouvoir qui aurait permis à l’État islamique de prospérer.

En outre, l’idée qu’injecter des armes et des combattants en Syrie amènerait à une réduction des troubles en Syrie est en réalité en contradiction avec tout ce que la recherche a établi. La littérature sur les conflits montre clairement qu’un soutien extérieur à l’opposition tend à exacerber et à étendre les guerres civiles qui, habituellement, ne se résorbent pas par des accords e partage de pouvoir entre des parties combattantes égales mais quand un camp – en général celui qui est déjà au pouvoir – parvient à dominer.

Le paradigme réaliste nous rappelle que les Etats Unis n’ont pas besoin de partager la même idéologie qu’un acteur international détestable pour accepter de travailler avec lui contre un ennemi commun. Avec sa sensibilité aux dépenses financières excessives et aux retours de bâton, le Réalisme souligne aussi les dangers des interventions militaires pour mettre en place des gouvernements à à travers le monde.

Même si le califat de l’Etat Islamique n’est plus, la guerre d’Assad contre les terroristes en Syrie continue. Espérons que les analyses à venir de ce conflit éviteront le genre de plaidoyers idéologiques anti-empiriques qui ont contribué à l’ascension d’al Qaïda en Irak et puis de l’Etat Islamique

Max Abrahms est professeur de sciences politiques à la Northeastern University et membre du Council on Foreign Relations. John Glaser est directeur des études de politique étrangère à l’Institut Cato.

Le livre pour enfants qui fait peur aux sionistes

2 décembre 2017

Un beau texte de Steven Salaita, un universitaire américano-palestinien dont la carrière avait été mise à mal du fait de ses prises de position hostiles au régime sioniste au moment où ce dernier agressait Gaza une fois de plus en 2014 [opération dite Bordure Protectrice].

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Steven Salaita

On avait présenté sa critique des agissements criminels de l’entité sioniste comme une manifestation d’antisémitisme…

Salaita nous parle ici d’un petit livre pour enfants des iraniennes Golbarg Bashi et Golrokh Nafisi  en forme d’abécédaire et titré P est pour la Palestine.

Evidemment.

Et M est pour Meftah, la clef de leurs maisons que les palestiniens ont emportée avec eux dans leur exil.

Un abécédaire de la Palestine

Ce petit livre a pourtant suscité des réactions fortes aussi bien dans la presse juive que dans la presse d’extrême-droite et la presse tabloïd newyorkaise.

Steven Salaita nous explique pourquoi ce livre fait peur à ceux qui soutiennent l’entité sioniste.

Pourquoi un livre pour enfants fait-il perdre la tête aux sionistes ?

Par Steven Salaita, MondoWeiss (USA) 1er décembre 2017, traduit de l’anglais par Djazaïri

En ces temps de prolifération nucléaire, de brutalité policière, de résurgence du nazisme et d’énormes inégalités, les sionistes ont réussi à trouver le véritable ennemi : un livre pour enfants. Le titre incriminé, P is for Palestine [P pour Palestine], a récemment été publié par Golbarg Bashi et Golrokh Nafisi après une longue campagne de financement participatif. Les sionistes ont réagi comme si c’était la charte du Hamas.

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Golbarg Bashi et Golrokh Nafisi

Ma femme et moi avons acheté le livre pour notre fils de cinq ans. C’était un achat logique. Deux de ses grands-parents sont palestiniens, après tout. Le gamin n’était pas particulièrement excité par le livre, mais il l’aime. Je ressens la même chose. Le texte est un inventaire d’objets culturels et géographiques en ordre alphabétique, encadré par des illustrations (souvent belles). Rempli d’une imagerie culturelle romantique il faut environ cinq minutes pour le lire.

En d’autres termes, c’est un livre pour enfants typique. La seule façon dont il diffère de ses nombreux pairs sur le marché de la «diversité» est que le pays étranger qu’il magnifie est la Palestine. Par conséquent, il est ipso facto intolérable aux organisations professionnelles sionistes.

Nous pourrions simplement relier ce nouvel accès d’angoisse sioniste à un sentiment accru d’inquiétude devant le net déclin du prestige d’Israël dans le monde, poussé par un mouvement BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions] en plein essor. Cela aide à expliquer la réaction excédée à un document politique écrit au crayon de couleur.

Il y a plus que ça à l’œuvre, cependant. Quelque chose à propos du P pour la Palestine a touché une corde sensible. Depuis quand parle-t-on d’un livre pour enfants dans le New York PostPage Six », un magazine people, pas moins), Forward , Ha’aretz , le New York Daily News et Breitbart ? Chaque fois que les partisans d’Israël se fâchent, de nombreuses publications se font une joie d’amplifier leurs griefs. Le fait que l’indignation ait commencé immédiatement après la publication du livre illustre comment la Palestine peut brusquement créer ou modifier un cycle de l’information aux États-Unis.

Mais quelque chose semble un peu plus désespéré dans ce procédé, presque comme si une Palestinienne en images dessinées avait la capacité spéciale de faire survenir une maladie grave et mortelle. Cela a probablement à voir avec la nature du genre. Les livres pour enfants ne sont pas simplement un divertissement précieux ; nous les imaginons comme des conduits pour la transmission de certaines valeurs. Depuis la prédiction dramatique de David Ben Gourion selon laquelle les futures générations d’enfants palestiniens oublieraient la Nakba [catastrophe de la proclamation de l’Etat juif et de l’exode palestinien], enseigner et apprendre sur la Palestine a été un point sensible pour les sionistes (voyez comment la chose est abordée dans les écoles secondaires et les universités).

Dit simplement, rien ne menace plus Israël que la survie de l’identité palestinienne à travers les générations successives, ce qui est exactement ce que le P est pour la Palestine essaye d’accomplir. Les sionistes ne s’opposent pas à son contenu ; ils s’opposent à sa simple existence comme document de la mémoire historique. Les sionistes expriment constamment leur mépris pour les Palestiniens qui refusent de valider Israël. Même les keffiehs et les falafels en caricature deviennent une menace existentielle.

M est pour Meftah, la clef de la maison perdue mais qu’on espère retrouver

P est pour la Palestine rend manifeste quelque chose que les sionistes craignent mais ne peuvent pas contrôler : de Santiago à Toronto, d’Athènes à Oslo, d’Abou Dhabi à Alep, les Palestiniens continuent de réclamer et d’honorer leur terre ancestrale. Les sionistes le savent et ne peuvent rien faire pour l’empêcher. Le livre fournit une cible visible à leur angoisse existentielle.

Israël possède une armée dévastatrice, d’une base territoriale sans cesse plus importante et d’une économie avancée, mais il est affligé d’un psychisme remarquablement fragile. Il n’y a pas d’autre raison pour que ses fidèles piquent une crise sur un livre pour enfants en autoédition. Les sondages ont montré à maintes reprises que l’attachement des Juifs américains à Israël, en particulier les jeunes, est en déclin. Dans le même temps, les Palestiniens sont unis par le désir de récupérer leur patrie.

Nous ne devons pas non plus négliger le public auquel P est pour la Palestine est destiné. Pendant 70 ans, Israël a infligé une misère indicible aux enfants palestiniens. Le désir de l’État [juif] de pureté ethnique a politisé les notions d’enfance dans l’imaginaire dominant. Le livre transforme vraisemblablement les enfants palestiniens en le genre de créatures politiques que les sionistes sont obligés de haïr.

Les États-nations sont fragiles. L’indigénéité ne l’est pas. Elle s’affirme constamment devant les forces qui veulent sa destruction. À son tour, elle s’attribue sans cesse le pouvoir de détruire – et elle le fait sans armes ou sans tromperie, mais avec la simple intemporalité de l’être.

P est aussi pour la paranoïa. Dans la mesure où le fétichisme politique de certains exige que les Palestiniens capitulent ou disparaissent, cet état [de paranoïa] est parfaitement justifié.

Le projet américano-sioniste pour la Palestine

2 décembre 2017

Une initiative de « paix » » américaine » est imminente selon Natan Sharansky, ce dirigeant sioniste malencontreusement sorti des geôles soviétiques en 1986.

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Févrie1986: Natan Sharansky acceuilli à sa l’aéropoort Ben Gourion par Shimon Peres, premier ministre du gang sioniste à l’époque

Sharansky, président de l’Agence Juive, feint de ne rien savoir officiellement mais dit tout. En tant que président de l’agence qui a fondé l’entité sioniste, il est naturellement au courant de tout ce qui se trame en matière d’initiatives américaines pour le Moyen Orient d’autant que, comme il le dit lui-même, l’équipe de négociateurs américain est constituée exclusivement de Juifs pratiquants, dont Jared Kushner, le propre gendre de Donald Trump.

Jamais la mainmise sioniste sur les appareils d’Etat occidentaux n’aura été aussi évidente qu’aujourd’hui. C’est vrai en France, c’est vrai en Grande Bretagne, en Australie tandis que cette emprise est totale à Washington où un Donald Trump à priori peu désireux de s’impliquer au Moyen Orient a délégué le dossier à des sionistes intransigeants.

Natan Sharansky peut bien se figurer que les Etats arabes (lesquels,) acquiesceront à un plan qui vise à faire de la Palestine un bantoustan, ce qu’il ne comprend pas, n’est pas Frederik de Klerk qui veut, c’est que le refus d’aller vers une solution honorable et acceptable pour les Palestiniens, aura pour conclusion, tôt ou tard, la disparition de l’Etat juif, que ce soit par la force des armes ou d’une autre manière.

Israël obtiendra ‘plus de compréhension’ de la part des négociateurs de Trump parce que ce sont des Juifs pratiquants, déclare Sharansky.

par Philip Weiss, MondoWeiss (USA) 30 novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’équipe de négociateurs de Donald Trump pour le Moyen Orient prépare une proposition de paix « sérieuse » parce que l’équipe est constituée de Juifs pratiquants qui comprennent mieux Israël que les précédents négociateurs américains, dit Natan Sharansky, le président de l’Agence Juive pour Israël.

« Franchement, oubliez le président, mais si vous prenez simplement les gens qui sont impliqués dans les négociations, sachez que ces gens comprennent beaucoup mieux Israël que les équipes précédentes », a déclaré Sharansky. « Et ils comprennent vraiment les préoccupations des Juifs, parce qu’ils en font partie … Il est vraiment très intéressant de voir que lorsque le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] siège avec Ron Dermer, [Jared] Kushner, David Friedman, et [Jason] Greenblatt, le seul qui n’a pas de kippa est le premier ministre. Donc, vous pouvez vous attendre à plus de compréhension. « 

La fondation de la famille de Jared Kushner a donné des dizaines de milliers de dollars aux colonies israéliennes illégales. Par le passé, Netanyahou a séjourné dans la maison de la famille [Kushner] dans le New Jersey. David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël, a dirigé une organisation qui a collecté des fonds pour une colonie.

De gauche à droite: Jason Greenblatt, Jared Kushner, Benjamin Netanyahou, la conseillère US à la sécurité nationale, Dina Powell, et David Friedman, ambassadeur à Tel-Aviv

Sharansky a déclaré que le Premier ministre israélien présenterait une proposition de paix pour un Etat palestinien démilitarisé, et que les dirigeants palestiniens rejetteraient l’accord, mais que les pays arabes feront pression sur les Palestiniens pour qu’ils l’acceptent. « Ils [les Etats arabes] ne seront pas automatiquement avec les Palestiniens. C’est une nouvelle donne. « 

Sharansky s’est exprimé au Centre communautaire juif de Manhattan mardi soir. Il a dit qu’il ne basait cette prédiction sur aucune information privilégiée, bien qu’il ait passé du temps avec l’ambassadeur israélien Ron Dermer et qu’il ait assisté récemment à des discours de Netanyahou, dont il a été membre de l’équipe gouvernementale autrefois.

Si vous écoutez simplement avec attention, attentivement, il est absolument clair pour vous que quelque chose se prépare », a-t-il dit. « J’écoute simplement ce qu’il dit partout dans le monde, j’ai le sentiment, encore une fois que ce n’est pas officiel, c’est officieux, j’ai le sentiment que quelque chose de sérieux se prépare. »

En ce qui concerne les grandes lignes de l’accord, Sharansky a déclaré : « D’après les discours de Bibi, je comprends plus ou moins ce que ce sera. Les Palestiniens obtiendront probablement, eh bien, un Etat, mais les questions de sécurité ne seront pas entre leurs mains … parce que dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui la compétition sera entre le Hezbollah et le Hamas – qui sera contrôlé. Donc, Israël ne peut pas se le permettre ».

Sharansky a déclaré que le Secrétaire d’Etat du président Obama, John Kerry, n’avait jamais envisagé un Etat palestinien sans armée.

Netanyahou, a-t-il dit, « sait comment leur donner [aux Palestiniens] l’occasion de gérer leur vie, comment ne pas leur donner l’occasion de contrôler la sécurité au Moyen-Orient ».

Les Israéliens seraient en grande majorité favorables à un plan de paix, parce qu’ils veulent de l’espérance, a-t-il poursuivi. « Je suis presque sûr que … les dirigeants palestiniens ne l’accepteront pas. Et encore une fois je ne sais pas ce qui se prépare. Je suis sûr que la réaction du monde arabe sera très différente du passé. « 

Sharansky a dit qu’il avait passé toute sa vie, y compris quand il avait été emprisonné dans l’ex-Union soviétique, à essayer de construire des ponts entre les Juifs et Israël. L’organisation qu’il dirige, l’Agence Juive, a contribué à la création d’Israël au siècle dernier et travaille aujourd’hui à construire un soutien juif mondial pour l’Etat [sioniste].

Sharansky a parlé avec Jodi Rudoren du New York Times et Amir Tibon de Haaretz. En écoutant l’entretien discours, j’ai été frappé par l’arrogance de cette discussion. Pourriez-vous imaginer un forum sur les questions de harcèlement sexuel aujourd’hui dans lequel seuls les hommes auraient été invités à parler ? Impossible. Pourtant, à maintes reprises, le processus de paix est débattu aux États-Unis – et négocié aussi – et la partie la moins puissante, les Palestiniens, n’est jamais invitée d’égal à égal. Le jeu est ouvertement truqué. Et vous vous demandez pourquoi le processus de paix n’a rien produit en 25 ans.

Traduction de l’article du New Yorker: « Comment le scandale Tariq Ramadan a fait dérailler le mouvement #Balancetonporc en France »

2 décembre 2017

L’affaire Harvey Weinstein a amené une certaine libération de la parole aux Etats Unis chez des femmes, comédiennes, journalistes etc., qui ont été victimes d’abus sexuels, allant de la main aux fesses au viol caractérisé, de la part d’hommes puissants, producteurs, présentateurs TV, politiciens et même acteurs.

Cette libération de la parole a traversé l’Atlantique pour s’inviter en France mais, du fait de la personnalité d’un des hommes ciblés par une puis plusieurs accusations, le débat public a rapidement dérivé de l’oppression exercée sur des femmes par des hommes puissants, le plus souvent avec la complaisance du système politico-médiatique, vers la stigmatisation d’une oppression de la gent féminine qui serait une spécificité de l’Islam.

L’accusé en question est évidemment Tariq Ramadan, bête noire de la droite traditionnelle mais aussi de la gauche laïcarde qu’incarnent des personnalités comme Caroline Fourest et manuel Valls.

Cette dérive est analysée de manière précise par Adam Shatz dans un article qui a rencontré un écho certain chez ceux qui, tout en admettant évidemment que M. Ramadan soit sanctionné pénalement si les faits qui lui sont reprochés sont avérés, n’acceptent pas que les errements réels ou supposés de l’islamologue suisse soient l’occasion d’une accentuation de la campagne qui vise à stigmatiser la communauté musulmane française ou même au rejet de toute démarche venue de l’intérieur de l’Islam visant à mobiliser les membres d’une communauté en vue de l’exercice d’une citoyenneté respectueuse des lois du pays tout en vivant harmonieusement sa foi.

Je le dis d’autant plus aisément que, même si je ne suis pas du tout musulman pratiquant, je comprends parfaitement les enjeux considérables qu’a pointés mieux que beaucoup d’autres Tariq Ramadan. Adam Shatz rappelle à juste titre que ce qui a suscité la haine féroce que vouent des personnes comme Caroline Fourest à l’encontre de Tariq ramadan c’est qu’il a souligné la possibilité de concilier citoyenneté française et spiritualité musulmane sur la base du fait que l’Islam et la communauté musulmane, les Musulmans eux-mêmes, sont des données de la société française et non des éléments allogènes.

Or la représentation de l’Islam comme un phénomène allogène est ce qui permet à certains d’en parler en des termes qui scandaliseraient s’ils portaient sur une autre communauté religieuse et d’exiger, eux les « laïques », que cette religion se naturalise en quelque sorte.

Les accusations contre Tariq Ramadan, si elles correspondent à la réalité, et même si ce n’est pas le cas sans doute, risquent de porter un coup fatal à une approche qui, loin du prétendu double-discours dénoncé par Caroline Fourest, propose un socle minimal pour que tous les habitants de ce pays puissent cheminer ensemble quelles que soient leurs convictions religieuses.

Cette affaire a cependant permis aussi de constater de manière claire que Tariq Ramadan n’a pas que des amis parmi les Musulmans. Son discours est en effet jugé trop conservateur pour ceux qui prétendent concilier leur foi avec des valeurs de gauche, trop progressiste pour d’autres tel le fameux « Etat Islamique » pour qui M. Ramadan est un apostat.

J’ignore si M. Ramadan est coupable d’un ou plusieurs des crimes et délits dont on l’accuse. J’espère que non, mais la justice doit passer et si crime il y a il ne doit pas rester impuni.

Certes, M. Ramadan ne renvoie pas l’image d’un agresseur sadique mais c’est le propre de certains délinquants, sexuels ou autres, de renvoyer une image lisse et de garder un calme semble-t-il à toute épreuve tant que leur culpabilité n’a pas été démontrée. Et encore…

Comment le scandale Tariq Ramadan a fait dérailler le mouvement #Balancetonporc en France

par Adam Shatz, The New Yorker (USA) 29 novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Peu après la formation du mouvement #MeToo aux Etats Unis, en réaction au scandale Harvey Weinstein, « #Balancetonporc  » a surgi en France. L’effet en a été un coup sans précédent porté à ce que Sabrina Kassa  a appelé le « ventre patriarcal » d’un pays où le harcèlement et d’autres crimes sexuels ont souvent été dissimulés ou balayés par un discours gaulois sur le flirt et le libertinage.. En 2008, Dominique Strauss-Kahn, qui était le Président Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI), avait été l’objet d’une enquête interne du FMI suite à des allégations selon lesquelles il aurait contraint une subordonnée à avoir des relations sexuelles avec lui. Bien qu’il se soit excusé pour une « erreur de jugement », la presse française avait célébré en lui « le grand séducteur. » S’il n’avait pas été arrêté à New York en 2011 sur des accusations (qui seront ensuite abandonnées) d’avoir violé Nefissatou Diallo, une femme de chambre, dans la suite présidentielle de l’hôtel Sofitel, Strauss-Kahn, une personnalité influente du Parti Socialiste, aurait pu être élu président de la France en 2012.

Le mouvement #Balancetonporc a dénoncé des personnalités du monde des affaires, du divertissement et des médias, mais le scandale le plus médiatisé a été celui de Tariq Ramadan, un intellectuel et activiste musulman accusé de viol et d’abus sexuels par plusieurs femmes. (Ramadan nie toutes ces allégations) Ramadan est une figure controversée en France depuis plus d’une vingtaine d’années – une sorte écran projectif, ou de test de Rorschach pour les angoisses nationales autour de la « question musulmane ». Comme Strauss-Kahn, il a souvent été dépeint comme un séducteur, mais cette caractérisation n’était pas entendue comme un compliment : il est accusé depuis longtemps d’avoir dangereusement envoûté les jeunes membres de la population musulmane française, fragilisant ainsi leur acceptation es normes françaises, en particulier celles qui touchent à la laïcité, au genre et à la sexualité.

Né en 1962 en Suisse, Ramadan est le fils de Saïd Ramadan, un dirigeant exilé des Frères Musulmans qui était le gendre d’Hassan al-Banna, le fondateur de la confrérie. Tariq Ramadan, qui n’est pas membre des Frères Musulmans, est néanmoins un conservateur religieux – un « salafiste réformiste » selon ses propres termes – qui prêche depuis longtemps les vertus de la pudeur chez les femmes dans l’habillement et le comportement sexuel. (Son frère Hani Ramadan est connu pour son approbation de la lapidation des femmes adultères, sa haine des homosexuels et sa conviction que les attentats du 11 septembre étaient une conspiration occidentale)

Dans les années 1990, Tariq ramadan a attiré un public parmi les Musulmans français, aussi bien dans les banlieues que dans les classes moyennes. Son message était simple, révolutionnaire et électrisant : l’islam faisait déjà partie de la France, et donc les citoyens musulmans n’avaient nulle obligation de choisir entre leurs identités. Ils pouvaient pratiquer leur foi librement, même de façon stricte, et pourtant rester Français tant qu’ils respectaient les lois du pays. Les Musulmans français, soutenait-il, devaient dépasser leur « mentalité de victimes » et se prévaloir en même temps de leur foi et de leur francité. Dans le même temps, la France devrait reconnaître que l’islam est une religion française ; les citoyens musulmans n’ont guère besoin d' »assimilation » dans un pays qui est déjà le leur, une notion paternaliste enracinée dans l’histoire coloniale de la France. Il ne contestait pas la laïcité, la modalité française de la sécularisation, mais il affirmait qu’elle était appliquée de manière discriminatoire contre les Musulmans, en particulier en matière de port du foulard qui a été en définitive interdit dans les écoles publiques en 2004.

Ramadan, avec sa barbe élégamment taillée, ses vestes de sport et ses chemises ouvertes, offre une silhouette charismatique et plutôt lisse. (Il a sans doute l’inspiré le personnage de Mohamed Ben Abbes, le Musulman qui devient président de la France dans le roman de Michel Houellebecq  » Soumission. »)  Sorte de Bernard-Henri Lévy musulman, il semblait être aussi à l’aise avec le jargon de l’intellectualisme parisien qu’avec celui du Coran. Bien que n’étant pas de gauche, Ramadan a gagné le respect de certaines de ses personnalités les plus prestigieuses, dont Edwy Plenel, l’ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur et rédacteur en chef de Mediapart ; Alain Gresh, l’ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique ; et le sociologue Edgar Morin. Lorsque Ramadan prenait la parole, des politiciens et des journalistes, des célébrités et des commerçants musulmans, des imams et des militants altermondialistes l’écoutaient. Au début des années 2000, il jonglait avec tant de publics que, comme l’avait dit l’expert de l’Islam Bernard Godard, un ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, il semblait être en même temps « partout ». . . et nulle part.

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Puis, en 2003, au sommet de son influence, la démarche de Ramadan pour se rapprocher de l’intelligentsia française a commencé à se déliter. Il avait d’abord provoqué un tollé avec un article accusant un groupe d’intellectuels « juifs » de renom – dont l’un n’était pas, en fait, juif – d’avoir abandonné les principes universalistes pour défendre les intérêts juifs et israéliens. L’indignation avait été encore plus forte quand, pendant un débat télévisé avec Nicolas Sarkozy, qui était alors ministre de l’Intérieur, il avait déclaré être en faveur d’un « moratoire », mais pas d’une interdiction, de la lapidation des femmes en cas d’adultère. Ramadan avait dit clairement être personnellement opposé à cette pratique mais, en tant que théologien musulman avait-il expliqué, « Vous ne pouvez pas décider tout seul d’être progressiste sans les communautés, c’est trop facile. »

Dans « Frère Tariq », un livre publié en 2004, la journaliste Caroline Fourest avait dressé le portrait scabreux d’un Ramadan membre irréductible des Frères Musulmans qui « joue sur la faiblesse de la démocratie pour promouvoir un projet politique totalitaire ». Peu importe si Ramadan n’a pas fait mystère de ses convictions, même sur ce problème controversé de la lapidation : il pratiquait ce que Mme Fourest qualifiait de « double discours ». S’il plaidait pour le respect de la loi française à côté de l’observance de l’Islam, c’était une preuve supplémentaire de ses intentions malveillantes. Depuis lors, l’élite française en est venue à considérer Ramadan comme un danger, qui pousse les Musulmans marginalisés des banlieues agitées à l’islamisation et même vers le djihadisme. Ramadan a eu des difficultés à organiser des réunions publiques avec ceux qui le soutiennent en France ; sa tentative l’an dernier de demander la citoyenneté française (sa femme est de nationalité française) a échoué. En 2009, il a pris une chaire à Oxford – financée par l’émirat du Qatar à travers une de ses fondations – et il passe maintenant beaucoup de temps à Doha où il dirige un centre de droit et d’éthique islamiques subventionné par le gouvernement. Ces temps-ci, ses interlocuteurs ont plus de chance d’être des clercs orthodoxes que des intellectuels européens.  La plupart des Musulmans français se sont soit lassés de son culte de la personnalité un peu lourd, soit détournés de lui. Quant aux djihadistes de l’Etat Islamique (Daesh) avec lesquels certains théoriciens du complot de droite pensent qu’il est de mèche, ils l’ont condamné pour apostasie à cause de sa croyance en la démocratie.

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Caroline Fourest

Ramadan semblait sur le point de devenir un has-been-quoique avec deux millions de fans sur Facebook – quand, le 20 octobre, une musulmane de quarante ans nommée Henda Ayari l’a publiquement accusé, entre autres, de l’avoir violée dans une chambre d’hôtel à Paris en 2012. Mme Ayari, qui a depuis reçu des menaces de mort, est une ancienne salafiste qui a rompu avec l’Islam et est devenue une féministe engagée et laïque à la française. Elle est une sorte d’héroïne dans les cercles d’extrême-droite de la fachosphère, où l’islamophobie est un ticket d’entrée. (« Soit tu es voilé, soit tu es violée », a-t-elle dit sur la condition des femmes dans l’Islam.) Les affiliations politiques d’Ayari ont fait se froncer quelques sourcils, mais une semaine plus tard, une femme identifiée par le prénom « Christelle », une Française convertie à l’Islam, affirmait que Ramadan l’avait violée dans une chambre d’hôtel en 2009. Sept jours plus tard, de nouvelles accusations ont été portées, cette fois par trois anciennes étudiantes de Ramadan que ce dernier aurait violées quand elles étaient âgées entre quinze et dix-huit ans. Selon de nombreuses sources, les récits [d’agressions sexuelles] se multiplient.

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Henda Ayari avant (à droite) et après

Et pourtant, l’affaire Ramadan n’a jamais porté simplement sur le fait de savoir si Ramadan avait ou non commis les crimes dont il est accusé, ni même sur les souffrances qu’il aurait infligées à ses accusatrices. Ramadan, qui s’est mis en congé d’Oxford, dit être victime d’une campagne de diffamation. Ses plus proches partisans ont hurlé à la conspiration sioniste, une théorie reprise par Hani, son fondamentaliste de frère. Les adversaires de Ramadan dans l’establishment français ont vite fait de s’emparer de ces accusations comme d’une bonne occasion pour discréditer leurs propres détracteurs. Le 5 novembre, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, sous la présidence de François Hollande, dénonçait les intellectuels qui dialoguaient avec Ramadan comme «complices» de ses crimes présumés. Valls, fils d’immigrants espagnols, est un laïciste intransigeant qui a contribué à introduire la démagogie antimusulmane, ainsi que des préjugés anti-Roms, dans le Parti Socialiste. (Il a présenté le concept même de l’islamophobie comme étant le «cheval de Troie» des salafistes.) En tant que Premier ministre, il a aidé à faire adopter les mesures d’urgence temporaires annoncées après les attentats terroristes de 2015, dont certaines ont été transcrites dans la loi. Et donc normalisées, sous le président Emmanuel Macron.

© MARTIN BUREAU / AFP

Manuel Valls est aujourd’hui un islamologue réputé

Valls n’avait jamais auparavant exprimé beaucoup d’inquiétude pour les victimes de crimes sexuels commis par des hommes puissants. En fait, il avait déploré la «cruauté insupportable» de l’arrestation de Strauss-Kahn à New York. (Quelques membres du Parti socialiste, dont Strauss-Kahn lui-même, ont prétendu avoir été victimes d’un complot orchestré par le président Sarkozy, qui voyait Strauss-Kahn comme une menace à sa réélection. Sarkozy a nié ces allégations). Mais début octobre, Valls a condamné les journalistes de Mediapart en tant que compagnons de route de gauche de l’Islam politique ; par la suite, il a insinué que Plenel avait délibérément caché ce qu’il savait des dépravations sexuelles de Ramadan. (Valls n’a proféré aucune accusation publique contre Bernard Godard, qui travaillait sous son autorité au ministère de l’Intérieur, ou Caroline Fourest, bien que tous deux aient admis avoir au courant des rumeurs sur les mauvais traitements infligés aux femmes par Ramadan.) Ce n’est peut-être pas une coïncidence si Plenel, le président de Mediapart», avait étrillé Valls dans son livre de 2014, «Pour les musulmans», une critique éloquente de l’islamophobie dans la vie publique française, inspirée par le « Pour les juifs » d’Emile Zola publié en 1896, une dénonciation de l’antisémitisme. En fait, Plenel a pris la responsabilité de publier un portrait en cinq parties de Ramadan, par Mathieu Magnaudeix, qui le dépeint comme un « show man » autoritaire et égoïste qui « construit sa renommée sur un mélange de mauvais buzz (contre l’élite) et une séduction digne des meilleurs télévangélistes

Plenel a insisté sur le fait qu’il n’avait rien su de l’inconduite de Ramadan, ajoutant que l’un des dossiers les plus complets sur ce que Mediapart a appelé le « système Ramadan » était paru dans Mediapart à peine une semaine après le scandale. Mais le magazine satirique français Charlie Hebdo a promptement recyclé les accusations de Valls contre Plenel. Depuis le massacre perpétré dans ses locaux, en janvier 2015, Charlie Hebdo a acquis une auréole de martyre, et  » Je Suis Charlie » est devenu une devise presque aussi sacrée que » liberté, égalité, fraternité « . En même temps, le magazine est devenu de plus en plus provocateur dans sa parodie de tout ce qui touche aux musulmans ou à l’islam. La couverture du numéro du 8 novembre comportait une grille de quatre caricatures de Plenel, sous le titre « affaire Ramadan, Mediapart révèle : » Nous ne savions pas.  » Dans les dessins, il couvre sa bouche, cache ses yeux et se bouche les oreilles, les trois singes qui ne parlent pas, ne voient pas, n’entendent pas le mal. (Charlie a également publié une couverture sur laquelle Ramadan se déclare le « sixième pilier de l’Islam », tandis qu’une énorme érection gonfle son pantalon.) En quelques semaines, l’affaire Ramadan s’est transformée en l’affaire Plenel-Valls- Charlie : un débattre qui porte moins sur Ramadan et son traitement des femmes que sur des intellectuels français, leurs relations avec Ramadan et leurs points de vue sur l’islam dans la société française.

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Philippe Val, ancien rédac chef de Charlie Hebdo, aurait appris par la police que son ami et collaborateur Patrick Font était un pédophile

Sur Twitter, Plenel a tourné en dérision la caricature comparée à une  » affiche rouge », par allusion à la fameuse affiche rouge placardée par les occupants allemands à Paris, en 1944, dans le cadre de leurs efforts pour dénigrer un groupe de résistants présenté comme une « conspiration étrangère contre la vie française.  » La première page de Charlie, soutenait-il, était le prolongement d’une » campagne générale « . . . de guerre contre les Musulmans « en France. En réponse, Laurent (Riss) Sourisseau, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, a accusé Plenel de « condamner Charlie à mort une seconde fois ». Accuser Charlie d’exciter la haine antimusulmane, comme l’a fait Plenel, c’est risquer d’être accusé d’incitation [à la haine raciale], comme Valls le savait sûrement quand, le 15 novembre, il déclara au sujet, de Mediapart : « Je veux qu’ils soient écartés du débat public ».

Pour beaucoup en France, la culpabilité présumée de Ramadan n’était pas tant la preuve de la prévalence d’un comportement misogyne en France, ni d’une trahison de ses obligations religieuses, mais la preuve en fait qu’il n’était pas différent des autres «obscurantistes islamiques» qui prêchaient la pudeur aux femmes tout en en tirant cruellement avantage, comme le soutenait Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde , dans une tribune pour le New York Times. Ce prisme a une histoire aussi vieille que le colonialisme français. Comme l’explique Joan Wallach Scott dans son nouveau livre, « Sex and Secularism », la représentation du patriarche musulman répressif et pourtant lubrique a longtemps servi à détourner l’attention de la discrimination subie par les femmes dans la société française, tout comme la prétendue « situation abjecte » des femmes musulmanes tenait lieu d' »‘antithèse de tout ce que » l’égalité « signifie en Occident. »

Ces dernières années, les Musulmans en France ont découvert qu’il ne suffit pas de respecter les lois françaises : pour appartenir vraiment à la France, ils doivent dénoncer les mauvais musulmans, rendre grâce à Charlie et autres démonstrations de loyauté, tout comme leurs ancêtres dans l’Afrique coloniale du Nord et de l’Ouest avaient appris à honorer «nos ancêtres, les Gaulois». Plus ils sont français, plus leur francité, leur capacité à «s’assimiler» semble être mise en question, ce qui a accentué leur sentiment d’aliénation. Les organisations et les institutions musulmanes se sont largement abstenues de commenter le scandale Tariq Ramadan – un silence qui, pour certains, vaut expression de solidarité avec un compatriote musulman longtemps dénigré en France. Les autres qui ont été invités à commenter publiquement l’affaire du Ramadan ont choisi de rester silencieux à cause de leur sentiment de malaise, ou peut-être d’irritation, d’être convoqués pour passer un autre test décisif pour prouver leur valeur en tant que citoyens, ou à cause de l' »islamisation » de l’affaire. Une affaire dans laquelle Ramadan est soit perçu comme la victime d’une conspiration antimusulmane, soit comme un symbole de la violence sexuelle musulmane.

Lallab, une association féministe musulmane, n’a jamais été invitée à commenter #balancetonporc, mais a immédiatement été soumise à la pression des médias pour répondre aux accusations contre Ramadan. C’était, a écrit une porte-parole, « comme si nous étions musulmanes avant d’être des femmes. . . Comme si nous avions seulement le droit légitime de dénoncer la violence commise par d’autres Musulmans. »

Un autre produit de cette aliénation historique fut la naissance, en 2005, du Parti des Indigènes de la République, un groupuscule composé en grande partie de militants originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest qui brandissent leur aliénation de la société française comme un titre de fierté. Le PIR considère les musulmans français et les autres personnes de couleur comme des citoyens colonisés à l’intérieur, d’éternels citoyens de seconde zone, et préconise une politique de séparatisme beaucoup plus radicale que le message d’inclusion de Ramadan. Houria Bouteldja, la porte-parole charismatique du Parti, a connu la notoriété ces dernières années pour sa défense des hommes musulmans accusés de violences sexuelles. Elle a fait valoir que, face à la «virilité alimentée par la testostérone chez les hommes indigènes», les femmes de couleur devraient rechercher son côté rédempteur, «la partie qui résiste à la domination coloniale», et rester avec leurs frères. Mais les nombreuses accusations portées contre « Frère Tariq » semblent avoir amené Bouteldja à faire une pause. Dans une déclaration laconique et inhabituellement mesurée sur Facebook, elle a mis en garde contre « l’instrumentalisation raciste de cette affaire » mais dit aussi que la justice devra décider « si les faits sont avérés et si Henda Ayari a été honnête dans sa démarche. »

Alors que la plupart des commentateurs de l’affaire Ramadan ont été – comme c’est souvent le cas avec les discussions sur l’islam, la laïcité et le terrorisme en France – blancs et masculins, certaines des idées les plus importantes sur le scandale viennent des féministes musulmanes qui sont consternés par les préjugés de Valls et de Charlie, et déçues par l’apparente indifférence de Bouteldja envers les victimes d’abus sexuels. Pour elles, le scandale exemplifie la nécessité d’une sorte d’«intersectionnalité» ou de compréhension de la nature imbriquée de l’oppression raciste et sexiste, qui fait partie du discours féministe aux États-Unis depuis la fin des années quatre-vingt. Comme l’écrit Souad Betka dans un essai publié dans le magazine en ligne Les Mots Sont Importants, «nous les féministes musulmanes refusons de sacrifier la lutte contre le sexisme et la violence patriarcale à celle contre le racisme. » «Depuis plus de cinq ans, de nombreuses militantes associatives musulmanes de mon entourage m’ont témoigné avoir été victimes d’insultes, de manipulation et de harcèlement sexuel de la part de cet homme» [Tariq Ramadan]. Mais les organisations antiracistes dans lesquels militaient ces femmes avaient choisi d’ignorer la violence sexuelle perpétrée par des hommes «indigènes» par crainte d’attiser l’islamophobie française. Il n’est dès lors pas surprenant que des femmes musulmanes comme Henda Ayari cherchent auprès d’écrivains comme «Caroline Fourest le soutien que d’autres, plus proches, tardent à leur apporter.». Pour une grande partie de la société française, écrit Betka : « un homme musulman est toujours plus qu’un homme. Il est l’arbre qui représente la forêt, faute de la cacher. Il est la forêt. »

Pour Manuel Valls et Charlie Hebdo, Ramadan représente la menace de la conquête islamique ; pour les partisans musulmans de Tariq Ramadan, il représente l’Oumma elle-même. Pour ceux qui sont coincé entre la manipulation raciste par Valls des crimes présumés de Ramadan et le déni des partisans de ce dernier, la position la plus radicale consiste à souligner le fait qu’il n’est qu’un homme.

Sur le danger posé par les Juifs

5 novembre 2017

Aux Etats Unis, en France, en Grande Bretagne ou en Pologne comme ici, les sionistes s’ingénient à couvrir l’ensemble du spectre des opinions politiques,de la gauche à la droite extrême, étant bien compris que l’objectif reste toujours de promouvoir les intérêts de l’entité sioniste et de contrer ses adversaires.

Il est particulièrement impressionnant de voir une personne qui n’a aucune attache avec un pays se retrouver propulsée parmi les faiseurs d’opinion par la grâce de l’extrême droite, qu’elle soit polonaise ou américaine et néoconservatrice.

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Jan T. Gross

Les thèses de cet individu sont d’autant plus sidérantes que l’historien Jan T. Gross a soutenu récemment que les résistants polonais, qui n’étaient pas tous communistes tant s’en faut, ont tué plus de Juifs que de Nazis pendant la seconde guerre mondiale.

Sur le danger posé par les Juifs

Par Larry Cohler-Esses, The Jewish Forward (USA) 5 novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

En Pologne ces temps-ci, le responsable de l’association de mémoire de l’holocauste le plus en vue avertit les Polonais que les attaques contre leur pays viennent des « médias juifs de gauche. »

Il dit que les histoires de Polonais qui ont réellement aidé des Juifs pendant la seconde guerre mondiale n’étaient pas relatées avant son arrivée malgré des dizaines d’années de recherches dans ce domaine par des institutions aussi importantes que Yad Vashem à Jérusalem.

Il affirme que la Pologne devrait exiger des réparations à l’Allemagne, citant pour exemple les réparations qu’Israël a obtenues de ce pays après l’holocauste.

Et il semble qu’il s’attire un soutien dans l’opinion et même une aide financière de la part du gouvernement polonais d’extrême-droite que beaucoup de leaders [communautaires] juifs polonais accusent de fermer les yeux devant la montée de l’antisémitisme dans le pays.

Jonny Daniels, un Israélien né en Grande Bretagne, est un agent de relations publiques dont les clients sont entre autres Donald Trump et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Mais c’est en qualité de président de son association à but non lucratif du souvenir de l’holocauste sise à Varsovie, « From the Dephts » qu’il a suscité la controverse parmi les chercheurs, les universitaires et les militants qui se consacrent à l’enseignement des leçons de la shoah.

Jonny Daniels, à droite sur la photo

Par une série d’interventions récentes dans des médias grand public en Pologne et aux Etats Unis, Daniels      a diffusé un message qui fait écho aux thèmes mis en avant par l’actuel gouvernement polonais constitué par le Parti de la Loi et de la Justice, une faction politique de la droite nationaliste dure.

Daniel explique qu’il ne fait que rectifier la façon distordue dont la Pologne est perçue et corriger une négligence de l’histoire en mettant en évidence les Polonais qui ont aidé des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Ses détracteurs affirment que sa démarche va dans le sens de l’objectif du gouvernement de blanchir l’histoire en dents de scie de la Pologne pendant la seconde guerre mondiale, et de la remplacer par un récit franchement héroïque.

« Il y a des Juifs gauchistes – qui profitent de l’holocauste, » avertissait gravement Daniel les lere public de TVP, la chaîne d’information télévisée continue de l’Etat, le 14 octobre. A la question de savoir pourquoi la Pologne « a si mauvaise presse dans le monde », il expliquait : « Les médias gauchistes continuent à attaquer la Pologne et continueront à présenter la Pologne comme un pays raciste. Ils profitent en agissant ainsi. »

Vêtu d’un costume de bonne coupe, une petite kipa noire sur la tête, Daniels expliquait à un interviewer le motif derrière ces attaques : « ça les aide à obtenir des restitutions de la part de la Pologne, ce qui est un non-sens. La communauté juive en Pologne a obtenu beaucoup d’argent pour les biens juifs [spoliés] ».

La Pologne, a-t-il dit au public polonais, « doit se tenir debout, être franche et dire, « Ca suffit! »

Dans une intervention le 8 août dans l’émission « Fox & Friends » sur Fox News, l’émission d’information matinale la plus regardée de cette chaîne américaine câblée, Daniels a implicitement critiqué le musée israélien de l’holocauste Yad Vashem qui après vérification soigneuse honore les non Juifs qui ont sauvé des Juifs pendant la shoah. « Il aurait fallu le faire il y a 50 ans, 40 ans, » avait-il déclaré, citant son propre travail. « C’est seulement 70 ans après que nous sommes capables de venir raconter ces histoires. »

Le programme de Yad Vashem « Justes parmi les Nations » qui étudie avec rigueur les allégations de sauvetages pendant l’holocauste a été mis en place il y a 54 ans, en 1963, pour distinguer ces héros. Daniels n’a pas répondu à un email lui demandant comment il sélectionnait ceux qu’il honore et en quoi son action constitue un précédent.

Le 17 octobre, sur Telewizja WPolsce, une autre chaîne télévisée d’informations, Daniels a exhorté la Pologne à suivre l’exemple d’Israël et d’exiger des réparations à l’Allemagne pour l’avoir envahie pendant la seconde guerre mondiale.

« Ce n’est pas plus compliqué que d’établir une facture et de l’envoyer à Mme Merkel, » a-t-il dit aux téléspectateurs polonais, parlant ainsi de la chancelière allemande. « Si j’étais en charge des réparations, c’est exactement ce que je ferais. »

Appelons un chat un chat: l’Etat juif est un Etat d’apartheid

27 octobre 2017

Je n’ai pas le temps de commenter. Je dirai simplement que l’article que je vous propose est intéressant, non par ce qu’il nous apprend ou par la thèse qu’il développe mais par le fait que celui qui veut appeler un chat un chat est Neil Macdonald, un journaliste canadien reconnu qui s’exprime dans un important média, où il assume la fonction d’éditorialiste [ce qui n’est pas rien dans la presse anglo-saxonne). Ce média, c’est la Canadian Broadcasting Corporation, l’équivalent de feu l’ORTF en France.

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Neil Macdonald

Il va sans dire que seul un professionnel dont la carrière est déjà faite peut se permettre ce genre d’article.

Ne parlons plus de ‘terrain glissant’ – Israël est déjà un Etat d’apartheid : Neil Mcdonald

Depuis l’élection de Donald Trump, la colonisation se poursuit avec un enthousiasme renouvelé

par Neil Macdonald, CBC News (Canada) 24 octobre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le moment est venu d’appeler un chat un chat. Il est temps d’être d’accord avec une longue liste de leaders politiques, universitaires et personnages publics israéliens de droite comme de gauche, dont trois anciens premiers ministres, un lauréat du prix Israël, deux anciens chefs du service de sécurité intérieure israélien, le Shin Bet, et un des principaux journaux du pays qui ont tous prévenu que l’Etats juif était en train de devenir, ou est déjà, un Etat d’apartheid.

Je choisirais cette dernière caractérisation.

Il est intéressant de constater que, dans le discours israélien, cette affirmation semble être devenue routinière, alors qu’elle reste sulfureuse en Occident, où des activistes pro-israéliens consacrent beaucoup d’anergie à scruter les médias, le monde universitaire et le discours politique, prêts à accuser d’antisémitisme ou d’incitation [à l’antisémitisme] dès que ce mot est utilisé.

Songez à l’indignation et au venin dont a été accablé l’ancien Président Jimmy Carter, sous les auspices duquel l’accord de paix entre l’Egypte et Israël avait été signé, quand il a intitulé son livre de 2006 « Palestine: la Paix, pas l’apartheid. »

Soudainement, Carter était passé du statut de lauréat du prix Nobel de la paix et d’homme d’État à celui de vieil homme sous l’emprise des terroristes, du moins aux yeux des partisans d’Israël, dont une fraction importante de ses propres troupes, les Chrétiens évangéliques américains.

Un chat est un chat

Mais la réalité est la réalité, et un chat un chat. Comme l’avait dit feu Yossi Sarid, longtemps dirigeant du parti israélien Meretz et ancien ministre de l’éducation : « Ce qui agit comme un apartheid, est gouverné comme un apartheid et harcèle comme un apartheid, n’est pas un chat – c’est l’apartheid. »

En juin dernier, l’ancien premier ministre israélien Ehud Barak a réaffirmé la position qui est la sienne depuis des années : « si nous continuons à contrôler l’ensemble du territoire de la Méditerranée au fleuve Jourdain où vivent quelque 13 millions de personnes – huit millions d’Israéliens et cinq millions de Palestiniens… si une seule entité gouvernait toute cette région, nommée Israël, elle deviendrait inévitablement – c’est le mot clef, inévitablement – soit non juive, soit non démocratique. » Le pays est, répétait-il, « sur une pente glissante » qui se terminera en apartheid.

La ligne de séparation entre les personnalités israéliennes qui utilisent le terme ici et maintenant, plutôt que comme un avertissement pour ce qui pourrait arriver, semble porter sur la persistance d’un « processus de paix », avec sa promesse d’un Etat palestinien et son autogouvernement.

Et à l’époque où j’étais en poste à Jérusalem pour CBC News à la fin des années 1990, cela semblait vraiment de l’ordre du possible, même si c’était peu probable.

Depuis lors, le processus de paix – jamais enthousiaste – s’était complètement effondré. L’expansion des colonies juives en Cisjordanie s’est poursuivie et, depuis l’élection de Donald Trump, la colonisation s’est accélérée connaissant un regain d’enthousiasme.

Leur existence est en fait saluée à chacun de ses déplacements par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.

« Nous sommes ici pour rester, pour toujours, » a-t-il déclaré il y a deux mois dans la colonie de Barkan où il commémorait le 50ème anniversaire de l’occupation de la Cisjordanie par Israël.

« Il n’y aura plus de démantèlement de colonies sur la terre d’Israël. » (La « Terre d’Israël » par opposition à l’Etat d’Israël est un terme utilisé par la droite israélienne pour parler du territoire situé entre le Jourdain et la méditerranée, et parfois même au-delà).

Ayelet Shaked et Naftali Bennett, respectivement ministres israéliens de la justice et de l’éducation, ont dit que les Palestiniens devaient comprendre qu’ils n’auront jamais un Etat. Le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, lui-même colon, a dit qu’il n’y avait « aucun espoir » d’un Etat palestinien sur lequel il y aurait accord mutuel, mais il a mis en garde Naftali Bennett contre la promotion d’une annexion pure et simple :

« Ce que Bennett et son parti Foyer Juif proposent est un état binational classique », a déclaré Liberman il y a deux ans. « Ils doivent décider s’ils parlent d’un Etat binational entre le Jourdain et la Méditerranée … ou s’ils parlent d’un Etat d’apartheid ».

Sous-classe palestinienne

La logique de Lieberman semble être que tant que les Palestiniens sont simplement occupés et gouvernés par un ensemble de lois différent, avec beaucoup moins de droits que les Israéliens (par opposition au fait de leur refuser un Etat mais de leur donner le droit de vote dans une version élargie d’Israël, ce que la droite israélienne considère comme un suicide national), alors ce n’est pas vraiment l’apartheid.

Mais à ce stade l’annexion consisterait simplement à officialiser un fait accompli.

Ces dix dernières années, la doctrine du « Mur d’acier » de Ze’ev Jabotinsky a donné naissance à un véritable mur, parfois en acier, qui court à peu près le long des frontières de 1967 de Gaza et de la Cisjordanie. Les principales routes depuis Jérusalem vers Ramallah et Naplouse au nord, et vers Bethléem et Hébron au sud sont désormais coupées par des barrières fortifiées gigantesques. Les colons juifs, environ 750 000 personnes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ont une liberté complète de mouvement sur des routes qui leur sont réservées et sont effectivement interdites à la sous-classe palestinienne privée de ses droits.

Les colons soupçonnés de crimes jouissent de tous leurs droits devant les tribunaux israéliens ; les Palestiniens subissent les tribunaux militaires, l’emprisonnement pour une durée indéfinie sans inculpation (« détention administrative ») et les punitions collectives. Les colons ont le droit de porter des armes et de s’en servir en auto-défense; pas les Palestiniens. Les colons jouissent du droit de propriété. Les palestiniens revendiquent leurs propriétés. Et cetera.

Netanyahou présente tout cela comme une question de survie nationale, avertissant que toute terre concédée sera immédiatement occupée par des terroristes fondamentalistes déterminés à détruire l’État d’Israël, avec ses armes nucléaires, ses chars, ses avions de combat, ses systèmes de défense antimissile et ses plus 600 000 soldats d’active et troupes de réserve.

Sa définition du terrorisme est nuancée; lors d’une manifestation commémorant il y a quelques années le 60ème anniversaire de l’attentat à la bombe de l’hôtel King David par des combattants de l’Irgoun, considéré comme un acte terroriste par le gouvernement britannique, Netanyahou a qualifié les auteurs de combattants militaires légitimes et a prévenu le gouvernement britannique indigné de surveiller son langage.

Mais dès lors, une vision du monde élastique est apparemment nécessaire pour maintenir le statu-quo; quand le Fatah de Mahmoud Abbas a signé récemment un accord de réconciliation officielle avec les « terroristes » du Hamas qui gouvernent Gaza, Israël et les Etats-Unis s’y sont opposés, affirmant qu’une telle entente met en danger, mais oui, le processus de paix. Le fait que les terroristes actuels tendent à devenir les hommes d’État de demain (les poseurs de bombes de l’Irgoun rejoignirent le gouvernement israélien naissant et l’ancien chef de l’Irgoun, Menahem Begin, devint Premier ministre) n’est apparemment pas pertinent dans ce contexte.

En tout cas, la pente glissante dont parlait Ehud Barak est maintenant dans le rétroviseur. Le chat de Yossi Sarid est arrivé. Reconnaissons ce fait, laissons tomber les faux-semblants et avançons.

Extrême-Droite: philosémitisme et islamophobie

24 octobre 2017

La digue intellectuelle et morale qui contrariait la montée de l’extrême-droite en Europe est en passe d’être bientôt contournée, voire retournée par les partis représentatifs de ce courant de pensée.

Cette digue, c’était l’antisémitisme professé plus ou moins ouvertement par ces mouvements, un antisémitisme qui n’avait en principe plus droit de cité depuis la deuxième guerre mondiale et la déportation quasi-systématique des Juifs européens par le Troisième Reich.

Cette marginalisation de l’extrême-droite était-elle basée sur un principe humaniste intangible, à savoir l’égalité foncière de tous les hommes, qui avait été bafoué par le régime nazi ? Ou reposait-elle sur la stigmatisation d’un crime contre une population particulière sans qu’il en découle un principe général applicable à toutes les populations minoritaires ?

On a longtemps pu croire à la réalité du principe intangible. Mais ces dernières années nous ont au contraire apporté la preuve, s’il en fallait une, que tel n’était pas le cas et que c’est au contraire le caractère relatif du souvenir du sort des Juifs qui prévaut.

Cette démonstration nous est apportée par l’évolution de l’extrême-droite européenne qui a renoncé, à un rythme différent selon les pays, à l’antisémitisme qui le caractérisait, pour passer au « philosémitisme », tout en élaborant son discours islamophobe.

En soi, cela ne suffit pas à gagner des électeurs. Mais ça suffit à vous ouvrir la porte des studios des radios et des télévisions sans lesquels les messages politiques restent lettre morte dans les sociétés de communication de masse que sont les nations occidentales.

L’islamophobie n’a par contre évidemment pas cette vertu d’endiguement que possède l’antisémitisme.

L’article que je vous propose fait le point sur cette thématique du nouveau philosémitisme et de l’islamophobie qui caractérisent l’extrême-droite européenne actuelle.

On reprochera peut-être à l’auteur sa grande naïveté, ou pseudo naïveté car si je veux bien croire que l’extrême droite instrumentalise les juifs et le sionisme à ses propres fins, il aurait peut-être dû se poser la question du rôle du lobby sioniste et de l’entité sioniste elle-même dans l’ascension de l’extrême-droite et dans la promotion des discours islamophobes produits dans des cercles qui vont au-delà de cette mouvance politique.

Ce qui vaut pour l’Europe vaut aussi pour ses développements américain et australien.

La montée de la nouvelle extrême-droite : les ‘philosémites’ européens utilisent les Juifs pour combattre les Musulmans

L’extrême-droite redéfinit les Juifs comme les ‘victimes exemplaires de la menace de l’Islam,’ ainsi que l’affirme un analyste, le soutien à Israël en étant le corollaire. Mais l’antisémitisme reste très présent.

Par Michael Colborne, Haaretz (Sionistan) 21 octobre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il y a près d’une trentaine d’années, Heinz-Christian Strache était arrêté lors d’une marche aux flambeaux avec une organisation inspirée de la Jeunesse Hitlérienne. Mais ces jours-ci, le dirigeant du mouvement autrichien d’extrême droite Parti de la Liberté, – qui, après le scrutin de dimanche, devrait entrer dans le nouveau gouvernement de droite de l’Autriche – a l’air de vouloir devenir le meilleur ami d’Israël.

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Heinz-Christian Strache du FPÖ (Parti de la Liberté Autricien)

Strache s’est rendu à plusieurs reprises en Israël au nom du Parti de la Liberté, mais les responsables gouvernementaux d’Israël ont évité de rencontrer le chef d’un parti dont le premier dirigeant était un ancien officier SS. Strache a même écrit au Premier Ministre Benjamin Netanyahou plus tôt dans l’année, promettant de transférer l’ambassade d’Autriche de la banlieue de Tel Aviv vers Jérusalem, et de soutenir le droit d’Israël à construire dans les colonies de Cisjordanie.

Israël a « le droit de construire partout où c’est nécessaire sur la terre d’Israël, » écrivait Strache.

 

Strache est loin d’être le seul leader européen d’extrême droite qui soit perçu comme étant devenu un adepte du prétendu philosémitisme. Selon Geert Wilders, porte-drapeau des islamophobes néerlandais, Israël est « la première ligne de défense de l’Occident » contre l’islam. Selon sa propre compte, Wilders a visité Israël plus de 40 fois. En France, la dirigeante du Front National d’extrême droite, Marine Le Pen, a déclaré aux membres de la plus importante communauté juive d’Europe que son parti était «le meilleur bouclier pour vous protéger».

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Geert Wilders

Mais que ce soit en Autriche, en Allemagne, en France ou même en Bulgarie – où un parti ouvertement d’extrême-droite fait partie du gouvernement depuis mai – les dirigeants d’extrême droite utilisent les communautés juives, réelles ou imaginaires, comme des instruments pour diaboliser les musulmans et les autres minorités.

Cette évolution des extrémistes de droite vers le philosémitisme est cependant en grande partie une nouveauté, compte tenu en particulier du fait que beaucoup de ces partis comportent encore beaucoup d’éléments antisémites qui ne cessent de se manifester.

« Les positions pro-israéliennes et le philosémitisme sont relativement récents au sein de la droite radicale européenne, même pour la partie occidentale de l’Europe », a déclaré à Haaretz par courrier électronique Cas Mudde, professeur de sciences politiques à l’Université de Géorgie (USA).

Mudde, qui étudie les mouvements d’extrême droite en Europe, note également que les partis d’extrême droite comme le Parti de la liberté et le Front national qui ont adopté des positions philosémites «les ont développées dans le cadre de leur programme islamophobe».

Il y a plus de dix ans, Mudde écrivait dans une étude sur les partis populistes de la droite radicale en Europe, soulignant la position de nombreux extrémistes de droite sur les Juifs. Les Juifs, dit Mudde, sont considérés comme incarnant une modernité à défendre. D’autre part, l’importante minorité Rom d’Europe est considérée comme une population barbare vivant en marge de la modernité, tandis que les Musulmans sont considérés comme des barbares vivant dans la modernité – l’ennemi déjà présent à l’intérieur, selon l’extrême droite.

Par conséquent, le «tournant philosémite» de nombreux partis d’extrême droite, selon les mots du sociologue Rogers Brubaker, provient directement des préoccupations de ces partis à l’égard de l’islam. Ecrivant plus tôt cette année, Brubaker soutient que l’extrême droite en est venue à redéfinir les juifs en tant que «Européens» et «victimes exemplaires de la menace de l’islam»

L’antisémitisme fait encore rage

Mais tout le monde dans ces nouveaux partis philosémites ne semble pas avoir reçu la consigne. Avant les élections présidentielles françaises d’avril et de mai, Marine Le Pen a dû repousser les accusations selon lesquelles deux de ses compagnons de route étaient des sympathisants nazis qui organisaient des soirées «pyjama rayé» – en référence aux vêtements que les Juifs étaient obligés de porter dans les camps de concentration.

En Autriche, Strache fait semblant de dénoncer l’antisémitisme qui règne encore dans son parti ; ce mois-ci, il a dû suspendre un conseiller local du Parti de la Liberté qui a fait un salut nazi. En plus de cela, des militants autrichiens ont récemment publié une liste de ce qu’ils disent être plus de 60 incidents antisémites et racistes impliquant des personnalités du Parti de la liberté depuis 2013.

« S’il [le Parti de la Liberté] a vraiment changé d’idéologie, est une question à laquelle lui seul peut répondre, » a déclaré la politologue Alexandra Siegl à l’Agence France-Presse.

Mais parfois le masque semble glisser un peu. Quelques jours avant le vote autrichien qui a vu le Parti de la Liberté égaler son meilleur résultat, Strache a interrogé les motivations de l’un des donateurs du futur Chancelier Sebastian Kurz – l’homme d’affaires juif Georg Muzicant, fils de l’ancien président de la communauté juive de Vienne.

Strache a déclaré que le soutien financier de Muzicant pour Kurz était une preuve de Verstrickungen – enchevêtrements – un mot dans ce contexte impliquant une conspiration juive. Pour sa part, Kurz a déclaré que les commentaires de Strache étaient « déshonorants », bien qu’il semble toujours susceptible de former un gouvernement de coalition avec lui.

Fort en Bulgarie

En Bulgarie, sur les frontières souvent oubliées de l’Europe, un parti d’extrême-droite siège déjà dans un gouvernement de coalition – un parti qui utilise l’expérience de la Bulgarie pendant l’Holocauste pour attaquer les minorités les plus dénigrées du pays.

Les Patriotes Unis de Bulgarie, une coalition de trois partis d’extrême-droite, se sont frayés un chemin jusqu’au gouvernement après que les élections de cette année ont laissé le Premier Ministre Boyko Borisov, qui sortait de son troisième mandat, sans autre partenaire possible pour une coalition.

Patriotes Unis et leurs dirigeants islamophobes et anti-Roms sont de fiers promoteurs du rôle de la Bulgarie dans la sauvetage des Juifs des camps de la mort en Allemagne. En mars 1943, Boris III, le roi de la Bulgarie alliée aux nazis, refusa que les 50 000 Juifs bulgares soient déportés dans les camps. Presque tous ont survécu à la guerre et, avec le temps, sont partis pour Israël.

Aujourd’hui, il y a à peine 2 000 Juifs en Bulgarie et seulement deux synagogues an activité. Pourtant, les leaders de la communauté juive ont alerté cette année sur une augmentation des propos et des incidents antisémites, notamment la destruction de pierres tombales juives dans le cimetière central de Sofia le mois dernier et des manifestations en mémoire d’un général nazi notoire, Hristo Lukov.

Rien de tout cela n’a découragé les patriotes unis.

« Les Juifs en Bulgarie sont un exemple d’intégration réussie », a déclaré un député de Patriotes Unis au parlement bulgare à l’occasion de Rosh Hashanah, en lisant une déclaration du parti. Les Juifs, a déclaré le député, sont « un exemple que tous les groupes minoritaires de notre patrie devraient suivre », faisant un reproche subtil aux Roms et aux Turcs de Bulgarie, qui représentent ensemble près de 20% de la population bulgare.

Mais l’approche de l’histoire des Juifs en Bulgarie par Patriotes Unis occulte quelques points essentiels. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs bulgares ont été forcés de porter des étoiles jaunes, de respecter des couvre-feux stricts et de remettre bijoux et autres objets de valeur. Et pendant la guerre, la Bulgarie a occupé la Macédoine, la Thrace et une partie de la Serbie – et n’a rien fait pour empêcher 11 000 juifs de ces régions d’être envoyés à la mort.

Ce n’est pas quelque chose dont Patriotes Unis aime parler.

Dans une déclaration, le parti a affirmé qu’aujourd’hui « les ennemis de la Bulgarie, activement soutenus par bezrodnitsi  » – un terme poétique pour les gens qui se sont éloignés de la nation – « tentent de lancer une accusation honteuse contre les Bulgares » en attirant l’attention sur ces 11 000 Juifs qui ont été déportés vers la mort.

C’est une attitude qui déconcerte la communauté juive actuelle de la Bulgarie. Tom Junes, historien et membre de la Fondation d’Etudes Sociales et Humaines de Sofia, un think-tank non gouvernemental, a rapporté à Haaretz quelque chose qu’un collègue juif bulgare lui avait dit : « Si j’ai cinq enfants et que tu en tues un, Je suis censé te remercier de ne pas avoir tué les quatre autres?

Patriotes Unis devra s’habituer à entendre plus de questions comme celle-ci. Le 75e anniversaire du refus de Boris III d’expulser les Juifs de Bulgarie tombe en mars, juste au moment où la Bulgarie assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, suivie, par coïncidence, par l’Autriche. Certains des politiciens d’extrême droite les plus fervents d’Europe pourraient se retrouver eux-mêmes et leur philosémitisme ostensible, à être plus observés que ce à quoi ils s’attendaient.

Le modèle américain d’Hitler

23 octobre 2017

On s’en doutait un peu que les Etats Unis avaient pu inspirer les législateurs nazis qui avaient en effet découvert Outre Atlantique une codification élaborée du racisme d’Etat. Ce racisme d’Etat est incorporé dans l’hymne national, raison qui explique que certains sportifs mettent un genou à terre au moment où il est joué au lieu de l’observer debout.

Ira Katznelson, qui rend compte de la lecture d’un livre qui vient de paraître sur cette thématique du nazisme et de la législation aux Etats Unis, essaye cependant d’apporter sa propre contribution à l’analyse de ce sujet. Il pose en particulier que la différence entre le racisme institutionnalisé dans la démocratie libérale américaine et celui du régime autoritaire nazi est que ce dernier a dérivé vers le génocide tandis que l’Amérique s’est acheminée, non sans luttes précise-t-il, vers plus d’égalité.

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J’objecterai personnellement que la durée des deux régimes n’est pas comparable : en 1945, le Troisième Reich disparaissait après seulement une douzaine d’années d’existence tandis que le régime en vigueur aux Etats Unis, le même qu’aujourd’hui, avait 169 ans.

Et surtout, que si le Troisième Reich a « culminé » dans un génocide, les Etats Unis se sont fondés sur un génocide, celui des Amérindiens. Un génocide qui reste nié même par ceux qui le décrivent.

Ce que l’Amérique a enseigné aux Nazis

Dans les années 1930, les Allemands étaient fascinés par le leader mondial du racisme codifié – les Etats Unis

Par Ira Katznelson, The Atlantic (USA) novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il n’y avait pas de lieu plus extravagant pour le théâtre politique du Troisième Reich que les terrains des parades spectaculaires, deux grands stades, et le palais des Congrès à Nuremberg, un projet conçu par Albert Speer.

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Stade du Zeppelinfeld à Nuremberg d’une capacité de  plus de 300000 personnes

Entre 1933 et 1938, il avait chorégraphié des rassemblements énormes parallèlement à la conférence annuelle du Parti Nazi, des assemblées rendues célèbres par les documentaires grandioses de Leni Riefenstahl de 1933 et 1935, La Victoire de la Foi et le Triomphe de la Volonté. Nuremberg avait été le cadre du « Congrès de la Liberté » du Parti au cours duquel le Reichstag en session extraordinaire avait adopté par acclamation une loi excluait les Juifs de la citoyenneté allemande et des droits afférents, leur interdisait de se marier ou d’avoir des relations sexuelles avec des personnes identifiées comme racialement allemandes et interdisait aux Juifs d’arborer les couleurs nationales ou le nouvel emblème national, un drapeau avec un svastika.

Huit jours à peine après la proclamation formelle par Adolf Hitler de la loi de citoyenneté du Reich, de la loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands et de celle sur le drapeau du Reich, 45 juristes nazis embarquèrent pour New York sous les auspices de l’Association des Juristes Nationaux Socialistes Allemands. Le voyage était une récompense pour les juristes qui avaient codifié la philosophie juridique du Reich basée sur la race. L’objectif annoncé de la visite était d’avoir « un aperçu précis du fonctionnement juridique et de la vie économique des Etats Unis par l’étude directe et des conférences, » et le chef de la délégation était Ludwig Fischer. En tant que gouverneur du district de Varsovie une dizaine d’années plus tard, il présidera à l’ordre brutal du ghetto.

Chaque jour qui passe en ce moment nous rappelle que la démocratie libérale et la démocratie intolérante peuvent entrer dans une osmose malencontreuse, un contexte opportun pour le « Hitler’s Américan Model » [le modèle américain d’Hitler] de James Q. Whitman, qui examine comment le Troisième Reich trouva de la substance dans le droit américain pour ses initiatives basées sur la race. Après avoir débarqué, les juristes allemands participèrent à une réception organisée par l’Association du Barreau de New York. Toutes les personnes présentes étaient au courant des derniers événements à Nuremberg, et pourtant la demande de ces éminents juristes allemands d’en apprendre sur les systèmes juridique et économique américain avait été accueillie chaleureusement.

Whitman, professeur à la faculté de droit de Yale, a cherché à comprendre comment les Etats Unis, un, pays fondé sur ces principes libéraux que sont les droits individuels et la règle de droit, ont pu produire des idées et des pratiques juridiques « qui semblaient intrigants et attractifs aux Nazis. » En explorant cette apparente incongruité, son petit livre soulève d’importantes questions sur le droit, sur les décisions politiques qui affectent la portée de l’appartenance civique et sur la malléabilité des valeurs des Lumières.

Au rebours des travaux universitaires qui minimisent l’impact du modèle américain de racisme légal sur l’Allemagne nazie, Whitman réunit toute une série d’éléments qui plaident en faveur de la probabilité « que les lois de Nuremberg elles-mêmes reflètent une influence américaine directe. » L’Amérique a fourni le point de référence le plus évident au Preußische Denkschrift, le mémorandum prussien rédigé en septembre 1933 par une équipe de juristes qui comprenait Roland Freisler, qui devait bientôt se révéler en tant que président particulièrement cruel du Tribunal Populaire Nazi. Des précédents [exemples] américains ont aussi inspiré d’autres textes nazis essentiels, y compris le Manuel national-socialiste de droit et de législation de 1934-35, publié sous la direction du futur gouverneur général de Pologne Hans Frank qui sera plus tard pendu à Nuremberg. Chapitre très important de ce livre, un quart des pages des recommandations d’Herbert Kier pour une législation raciale est consacré à la législation américaine – pas seulement à la ségrégation pais aussi aux règles appliquées aux Amérindiens, aux critères de citoyenneté pour les Philippins et les Porto-Ricains ainsi qu’aux Afro-Américains, aux réglementations sur l’immigration et aux interdictions portant sur le métissage dans quelque 30 Etats [à l’époque il y a 48 Etats contre 50 aujourd’hui]. Aucun autre pays, pas même l’Afrique du Sud, ne disposait d’un ensemble de lois aussi développé en ce domaine.

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Varsovie 1942: Ludwig Fischer et Hans Frank, respectivement 2ème et 3ème à partir de la gauche

Particulièrement significatifs étaient les écrits du juriste allemand Heinrich Krieger, « le personnage de loin le plus important pour l’assimilation par le nazisme de la législation raciale américaine », qui avait passé l’année universitaire 1933-34 comme étudiant dans le cadre d’un échange la faculté de droit de l’Arkansas à Fayetteville. Cherchant à mobiliser un savoir historique et juridique au service de la pureté raciale aryenne, Krieger avait étudié toute une série de régimes raciaux à l’étranger, dont l’Afrique du Sud contemporaine, mais en avait découvert les fondations dans le droit américain. Ses écrits très documentés sur les Etats Unis commencèrent avec des articles de 1934 dont certains concernaient les Amérindiens et d’autres qui tentaient une évaluation globale de la législation raciale des Etats Unis – des textes précurseurs de son livre majeur de 1936, « Das Rassenrecht in den Vereingten Staaten » [la législation raciale aux Etats Unis].

Le « document massue » de Whitman est la transcription d’une conférence du 5 juin 1934 qui avait réuni d’éminents juristes allemands pour débattre de la meilleure manière d’opérationnaliser un régime raciste. La transcription montre comment les plus extrémistes parmi eux, qui s’appuyaient sur les recherches approfondies de Krieger, étaient particulièrement attirés par les codes juridiques américains basés sur la suprématie blanche. Le principal apport conceptuel venait de Freiser. La race, affirmait-il, est une construction politique. Aux Etats Unis comme en Allemagne, l’importance et la signification de la race ont pour l’essentiel été déterminées moins par des réalités scientifiques ou des conventions sociales que par des décisions politiques consacrées par la loi.

Mais même les preuves indiscutables de l’intérêt soutenu des Allemands pour le modèle américain ne tranchent pas la question du rôle constitutif des lois raciales américaines, comme Whitman lui-même a la prudence de le reconnaître. Après tout, les intellectuels et les dirigeants nazis avaient bien pu utiliser des exemples américains simplement pour rendre plus légitimes les projets grotesques qu’ils envisageaient déjà de mettre en œuvre. En tout cas, répondre à la question de l’influence étrangère est en définitive moins important que l’autre objectif de Whitman qui est d’examiner le statut de la hiérarchie raciale aux Etats Unis à travers le regard des Nazis. « Ce que l’histoire présentée dans ce livre exige que nous affrontions, » écrit-il, « ne porte pas sur des questions relatives à la genèse du nazisme mais sur le caractère de l’Amérique. »

Son teste dérangeant trouve donc sa place à l’intérieur de l’histoire plus large des Etats Unis en tant que régime politique fondé sur les principes de l’égalité des hommes, de la raison des Lumières et de la limitation constitutionnelle du pouvoir de l’Etat, modelé cependant par le mal extraordinaire et les conséquences à long terme de la traite des esclaves basée sur la race. Lire « Hitler’s American Model » nous oblige à prendre en compte le fait brut que durant la période 1334-35 du Troisième Reich, environ la moitié des élus du Parti Démocrate au Congrès représentaient des Etats Jim Crow [où la ségrégation était en vigueur], et qu’aucun des deux grands parti n’avait essayé d’abolir des lois raciales qu’admiraient tant les magistrats et juristes allemands.

Comment comprendre la relation entre race et démocratie a été une question pressante depuis la fondation même des Etats Unis. La tension profonde entre les deux – résumée ironiquement par une plantation baptisée ‘Egalité’ à Port Tobacco dans le Maryland, pleine d’esclaves et propriété de Michael Jenifer Stone, un des six membres de la délégation de cet Etat à la Chambre des Représentants du Premier Congrès Fédéral – avait rendu perplexe le grand auteur sur l’égalité en Amérique, Alexis de Tocqueville. Dans « De la démocratie en Amérique », publié un siècle exactement avant les Lois de Nuremberg, il engagea une discussion sur « les trois races qui habitent le territoire des Etats Unis » en annonçant que ces objets « qui touchent à mon sujet n’y entrent pas ; ils sont américains sans être démocratiques, et c’est surtout la démocratie dont j’ai voulu faire le portrait. »

Whitman invoque le travail de chercheurs en sciences politiques qui, dans l’esprit des sphères séparées de Tocqueville, distinguent ce qu’ils appellent un ordre suprématiste blanc d’un ordre libéral et égalitaire. Mais son propre livre montre qu’une telle division est trop tranchée. Nous devons aborder la question raciale aux Etats Unis en concomitance avec les considérations sur la démocratie. Le travail de Whitman ne dénonce pas la tradition libérale des Etats Unis comme étant un simulacre ainsi que de nombreux théoriciens du droit du Troisième Reich l’ont laissé entendre quand ils soulignaient le système de subordination des Amérindiens et des Noirs. Au contraire, il invite implicitement le lecteur à considérer quand et comment, sous quelles conditions et dans quels domaines, les traits ignobles du racisme ont été les plus saillants au cœur de la démocratie libérale américaine. Inversement, nous pourrions demander, quand et pourquoi ces traits ont été réprimés, permettant un accès plus égalitaire des minorités raciales à l’espace public, au respect de leur culture, à plus de confort matériel et d’exercice de la citoyenneté ?

Les idées et les institutions libérales-démocrates aux Etats Unis, à la différence du régime hitlérien, ont toujours été à la fois vulnérables et résistantes aux exclusions racistes. Bien que les Etats Unis soient entrés dans les années 1930 en qualité d’ordre racialisé le mieux établi du globe, l’évolution à partir de Nuremberg et de Jim Crow a été très différente, l’une culminant en génocide de masse, l’autre, après bien des luttes, dans des progrès en matière de droits civiques. Pourtant, aucun de ces progrès, pas même les mandats présidentiels d’un Afro-Américain, n’a permis de retirer les questions de race et de citoyenneté de l’agenda politique. Les débats en cours nous rappellent avec force que les progrès ne sont pas des acquis garantis. Les règles mêmes du jeu démocratique – élections, médias ouverts et représentation politique – créent des possibilités persistantes de démagogie raciale, de peur et d’exclusion. Et comme Freisler et les autres juristes du Troisième Reich ne l’avaient que trop bien compris, les idées de race et les politiques racistes sont profondément des produits de décisions politiques.

 

Harvey Weinstein condamné à la mort économique par sa communauté

14 octobre 2017

Apparemment, quand on appartient au « peuple élu », on ne peut pas se résoudre à être comme les autres, même dans la déviance.

C’est cette façon de voir qui nous vaut cet article du magazine juif Tablet qui parle du caractère spécifiquement juif de la perversion du producteur hollywoodien en voie de déchéance, Harvey Weinstein.

Et si on comprend bien, les agissements du célèbre producteur, connus depuis longtemps, n’ont été étalés sur la place publique que parce qu’il a commis l’erreur de se livrer à une démonstration sexuelle devant une femme juive, lui qui auparavant ne s’en prenait qu’à des shiksas.

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Harvey Weinstein et Roman Polanski (ce dernier est recherché par la justice américaine pour viol sur mineure)

La perversion spécifiquement juive d’Harvey Weinstein

Le producteur de film déchu est un personnage sorti tout droit de l’œuvre de Philip Roth, qui réalise ses fantasmes de vengeance sur les Goyim.

par Mark Oppenheimer, Tablet (USA) 9 octobre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Note de la Rédaction: depuis sa publication des excuses ont été présentées à propos de cet article

A première vue, Harvey Weinstein a l’air d’un personnage très familier. N’est-il pas ce vieux, ce même vieux, ce même homme riche et puissant, sûr de ses droits avec sa teinture ratée qui abuse de son pouvoir pour forcer des femmes à avoir des relations sexuelles avec lui ? Harvey n’est-il pas exactement comme Roger Ailes, ou Bill O’Reilly ou, sur ce point, comme Bill Clinton? Mais examinez les détails de l’affaire et vous constaterez que la réponse est non. Harvey est différent. Harvey est, malheureusement, un genre de pervers profondément juif.

Aussi ignobles que vous puissiez trouver Ailes, O’Reilly et les autres goyim libidineux, vous reconnaîtrez que leur comportement correspond à un modèle vieux comme le monde, aussi banal que les plaintes de Fox News à propos de la « guerre contre Noël. » Les hommes sont avides de sexe et les pires parmi eux l’obtiendront par tous les moyens qu’ils jugent nécessaires. Ces messieurs méprisables ont du pouvoir et de l’influence, et ils n’hésitent pas à promettre un contrat lucratif – ou à menacer de l’annuler – pour une coucherie. Dans ces transactions, les femmes ne sont rien d’autre que des objets, et tout « consentement » n’est pas autre chose qu’une illusion. Moralement, ces hommes ne valent pas mieux que les proxénètes qui se pressent dans le bar du personnage de James Franco dans The Deuce, le nouveau feuilleton sur HBO; psychologiquement, ils ne sont pas plus complexes que les clients du bar. L’argent rentre, le foutre sort. Les femmes sont des dommages collatéraux.

Harvey a fait quelque chose de singulier – pas moins odieux, mais différent. Harvey a joué [comme un acteur]. Comme nous l’entendons dire maintenant [que nous le voulions ou pas), il aurait contraint une femme à le regarder pendant qu’il se masturbait sur une plante en pot. Et si vous voulez comprendre cet étrange comportement, n’allez pas chercher du côté de Roger Ailes, de David Vitter ou de Peter Crouch – allez voir chez Philip Roth.

Mieux sans doute que n’importe quel autre écrivain, Roth a capturé l’angoisse propre au Juif américain du 20ème siècle, qui accède finalement au pouvoir mais, n’ayant pas grandi avec, n’est pas certain de ce qu’il est censé faire maintenant. Toutes ces années à désirer des femmes non juives inaccessibles, sans avoir jamais alors les moyens de les attirer. Le résultat est Alexander Portnoy de « Portnoy et son complexe« , un homme mûr dont la vie sexuelle et émotionnelle est toujours de l’ordre du grand spectacle exactement comme à l’adolescence quand il se masturbait avec un morceau de foie.

Enfant, Portnoy rêvait d’atteindre une déesse shiksa [terme yiddish péjoratif pour désigner la femme non juive] mythique qu’il surnommait Thereal McCoy  qui fait du patin à glace « dans sa parka bleue, avec ses cache-oreilles rouges et ses grosses mitaines blanches – Miss America sur patins! Avec son gui et son pudding aux prunes (ou n’importe quoi d’autre), » mais à l’âge adulte il gagne la vraie femme qu’il surnomme Le Singe. Et que fait-il pour la rabaisser ? Il la fait coucher avec une prostituée italienne. Certes, il finit par se joindre à elles, mais pas avant qu’elles jouent dans un mauvais film – pas à Hollywood mais dans un film triple-X à San Fernando Valley. Et le surnom qu’il lui donne, Le Singe? Il vient d’un épisode de sa vie avant qu’elle rencontre Portnoy, quand un couple d’échangistes l’avait ramassée pour qu’elle mange une banane tout en les regardant copuler. Du fait d’avoir un passé qui l’excite sexuellement, elle se retrouve rabaissée avec un surnom d’animal.

Harvey est tout d’une pièce. Ayant grandi dans le Queens, il rêvait de célébrité et de fortune, et une fois qu’il les a eues, il a lutté pour les conserver en se construisant un personnage plus grand que nature. Il hurlait sur les employés comme s’il était un patron de studio des années 1920 – la seule chose qui manquait étant une cravache. Il dirigeait des campagnes pour les Oscars comme on le faisait dans le bon vieux Hollywood. Et il harcelait les femmes, pas nécessairement pour s’en servir comme instruments de plaisir mais pour d’en servir comme instruments de son pouvoir.

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Le mannequin italien Ambra Batillana et Harvey Weinstein

Il va sans dire que presque toutes ces femmes – Rose McGowan, Ambra Batillana, Laura Madden, Ashley Judd, etc – étaient des Gentilles pour mieux nourrir le fantasme vengeur d’un Weinstein sorti de son quartier de banlieue et de ses origines sémites. Mais il se trouve qu’il y avait une femme juive dans le lot, nulle autre que Lauren Sivan, celle de l’épisode de la plante en pot.

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La journaliste Lauren Sivan

C’est par cet aspect qu’il s’est par inadvertance écarté du modèle Portnoy, jouant de son vice non pour le grand spectacle américain mais pour une femme qui aurait pu être sa cousine. Harvey peut fuir ce qu’il est, mais il ne peut pas le cacher.

 


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