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L’histoire non dite de la « rébellion  » libyenne

18 février 2012

Un intéressant article qui revient sur la prétendue «révolution» libyenne ». On apprend d’ailleurs qu’un des objectifs des prétendus révolutionnaires était justement d’éliminer ceux qu’ils désignaient comme révolutionnaires. Non, non ils n’avaient pas d’idées suicidaires mais selon leurs propres termes, les révolutionnaires étaient les membres des structures politiques du régime de Mouammar Kadhafi.

Volià pour le qualificatif de révolutionnaire.

L’auteur arrive en fin de compte à des conclusions voisines de celles que formule Thierry Meyssan, c’est-à-dire que les gouvernements occidentaux se sont alliés de facto et en toute connaissance de cause avec des «djihadistes» du genre Oussama ben Laden qu’ils prétendaient combattre. La différence étant que la National Review et John Rosenthal sont des conservateurs Américains, c’est-à-dire qu’ils se situent dans la ligne classique du parti Républicain. Le plus grand des paradoxes étant que des « djihadistes » ont été portés au pouvoir avec l’aide en matière de relations publiques d’un de ces mêmes «intellectuels» qui dénonce le fascisme vert.

Je dirai que cet article nous en dit surtout un peu plus sur le moment où a commencé à se nouer cette alliance, soit la période où bon nombre de chefs de cette nébuleuse sont tombées entre les mais des services secrets occidentaux qui ont compris qu’il était possible de travailler avec eux dans l’intérêt commun.

Le complot islamiste: l’histoire non dite de la rébellion libyenne

Par John Rosenthal, National Review (USA) 17 février 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

C’est aujourd’hui l’anniversaire official de la “révolution du 17 février,” la rébellion libyenne contre le pouvoir de Mouammar Kadhafi qui – avec une aide massive d el’OTAN- a fini par aboutir à la chute du régime et à la mort de Kadhafi. Même si la rébellion a été d’emblée présentée par les media occidentaux comme un « mouvement de contestation », il ressort clairement des preuves filmées comme des témoignages de première main que les « manifestations » ont été extrêmement violentes dès le début. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir des colonnes de « manifestants » armés – comme certains media les ont qualifiés de manière incongrue – se mettre en marche en direction de Tripoli.

Dans pratiquement chaque ville où des troubles ont éclaté, des postes de police et d’autres édifices et installations publics ont été attaqués et incendiés. De telles attaques avaient été signalées à Benghazi, Derna, Tobrouk, el Beïda et Zawiyah entre autres. A Derna, selon le témoignage d’Amer Saad, un « militant » pro-rébellion, les forces fidèles à Kadhafi avaient été enfermées dans des cellules d’un poste de police local et le bâtiment avait été incendié.

La violence des “manifestations” n’est guère surprenante compte tenu de ce que nous savons maintenant du rôle du Groupe Islamique Libyen de Combat (GILC) lié à al Qaïda dans la rébellion. Au moins trois militants liés à al Qaïda qui avaient à un moment ou à un autre été détenus par les Etats Unis ont joué un rôle de premier plan dans le soulèvement contre Kadhafi. Après la chute de Tripoli, l’un d’entre eux, le chef historique du GILC, Abdelhakim Belhadj deviendra gouverneur militaire de la capitale libyenne (dans la presse occidentale, Belhadj est souvent confondu avec Abdelhakim al-Hasadi qui est un autre militant lié à al Qaïda qui a joué un rôle très important dans les premières phases de la rébellion en Libye orientale).

En outre, des faits peu connus mentionnés dans un dossier judiciaire britannique indiquent qu’il n’y a rien eu de spontané dans la violence. Vers le milieu de la dernière décennie, le GILC avait en fait élaboré un plan pour déstabiliser le régime de Kadhafi au moyen des mêmes nombreuses tactiques qui seront employées dès le début de la rébellion en février 2011. Le plan avait été découvert dans un CD saisi par la police britannique au cours d’une perquisition effectuée en février 2005 au domicile d’un réfugié politique Libyen à Birmingham.  Dans une décision de justice de 2009, l’individu est simplement identifié par les initiales « AV ». (voir Secretary of State for the Home Department contre AV,  30 avril 2009.)

Les attendus de la décision observant que AV était un membre du conseil de la chouhra [consultation] du GILC et que son nom avait été ajouté le 7 février 2006 à la liste de l’ONU des personnes et entités liées à al Qaïda.

Ces indications ainsi que d’autres précisions biographiques désignent clairement « AV » comme étant en réalité Abderrahmane al-Faqih. Selon la décision judiciaire britannique et d’après les informations recueillies par le Conseil de Sécurité de l’ONU, al-Faqih/ « AV » avait été condamné par contumace par un tribunal marocain pour complicité dans l’attentat suicide de Casablanca en mai 2003 qui avait coûté la vie à plus de 30 civils et blessé beaucoup d’autres.

Qui plus est, le résumé des motifs de l’ONU pour l’inclusion d’al-Faqih dans la liste des sanctions contre al Qaïda note qu’il est «considéré comme étant relié au réseau terroriste en Irak qui était dirigé par Abou Moussab al-Zarkawi. » Les documents judiciaires britanniques montrent qu’al-Faqih avait implicitement admis ses liens avex al-Zarkawi et al Qaïda en Irak en affirmant avoir envoyé un message aux ravisseurs de Kenneth Bigley afin de les convaincre d’épargner la vie de Bigley (voir le § 17 de la décisien mise en lien ci-dessus). Bigley, un ingénieur Britannique, avait été décapité par l’organisation d’Abou Moussab al-Zarkawi en octobre 2004.

L’auteur du plan découvert dans le CD d’al-Faqih était le chef idéologique du GILC Abou al-Munthir, alias Sami al-Saadi. Comme le cher du CILC Belhadj, al-Munthir/al-Saadi avait été transféré dans une prison libyenne en 2004 après avoir été détenu par les services secrets américains en Asie du Sud-Est. Un certain Abou Munthir est incidemment cité dans les documents judiciaires britanniques comme étant un agent d’al Qaïda qui encourageait les jeunes Musulmans de Grande Bretagne à commettre des actes terroristes dans ce pays après l’invasion de l’Afghanistan. Des communications entre le gouvernement libyen et les services secrets occidentaux découvertes après la chute de Tripoli donnent à comprendre que l’Abou Mounthir en question n’était autre qu’al-Saadi (ces documents sont reproduits ici).

Entre autres documents trouvés sur le CD d’al-Faqih, se trouvait un manuel pour fabriquer des bombes et ce que le juge britannique Colin Mackay a décrit comme un «sinistre matériel anti-occidental.»

Selon la décision de justice de 2009, le plan du GILC:

Inclut un appel aux moudjahidin à s’entraîner au maniement des armes et à la préparation d’explosifs et à infliger des destructions et des dégâts aux « sièges des comités révolutionnaires, les locaux des services de renseignements et les lieux où se trouvent les révolutionnaires et les corrupteurs.»

Les références aux “révolutionnaires” et aux “comités révolutionnaires” concernent ce que Mouammar Kadhafi appelait la révolution Fateh. Les « comités révolutionnaires » étaient une composante permanente de la société libyenne du temps de Kadhafi : une forme d’institutionnalisation de la révolution Fateh.

Le plan du GILC appelait en outré à une “opération martyr” contre une cible importante comme le tyran Kadhafi, d’autres membres importants de la tyrannie ou des locaux des services de renseignements.” Il se trouve qu’un attentat suicide contre une caserne de l’armée à Benghazi le 20 février avait été signalée comme ayant joué un rôle essentiel dans le succès de la rébellion – l’auteur de l’attentat aurait rempli une voiture d’explosifs et fait exploser l’entré de la caserne.

Le simple fait que les rebelles se servent de la méthode caractéristique d’al Qaïda est en lui-même une preuve de la nature djihadiste de la rébellion. Des « opérations martyr » très semblables evec des véhicules bourrés d’explosifs ont été exécutées contre des installations militaires américaines en Afghanistan. Le fait que l’auteur présumé de l’attentat de Benghazi ait été salué comme un héros par la presse occidentale (voir ici ou ici par exemple) représente seulement un des aspects par lequel le conflit libyen a abouti à ce qu’on peut décrire comme une «banalisation» du djihad.

Il convient d’observer que sur la base de la possession par lui du plan du GILC, al-Faqih/ »AV » avait été déclaré coupable par un tribunal britannique pour recel d’un document visant à favoriser l’exécution ou la préparation d’actes terroristes en violation du Terrorism Act britannique de 2000. Une décision de 2007 confirmant la condamnation observe sans détour :

La législation ne donne pas d’exemption, ne fait pas d’exception, n’offre pas de défense, ni ne disculpe ce qu’on voudrait présenter comme du terrorisme pour une cause juste. Une telle notion est étrangère à la loi. Le terrorisme est le terrorisme quels que soient les motivations des auteurs.

Les forces britanniques se sont pourtant conjuguées aux forces françaises, américaines et d’autres puissances de l’OTAN pour intervenir en Libye en soutien d’une rébellion dont les méthodes avaient été reconnues comme étant de nature terroriste par le justice britannique.

En ce moment, il est courant chez les observateurs occidentaux de déplorer le fait que le « printemps arabe » a été suivi d’un « hiver islamiste ». Mais quand on le replace dans un ensemble, avec toutes les autres preuves des racines islamistes de la rébellion libyenne, le plan du GILC laisse peu de place au doute : indépendamment ce qui s’est passé dans le reste du monde arabe, le soulèvement en Libye était la réalisation non d’aspirations démocratiques, mais des vieilles ambitions d’extrémistes islamistes. C’est un « printemps islamiste » qui a ouvert la voie de l’actuel « hiver islamiste. »

— John Rosenthal traite de politique européenne et de questions de sécurité transatlantiques. Vous pouvez suivre son travail sur http://www.trans-int.com/ou sur Facebook.

Un journaliste rencontre des « rebelles » Libyens en Syrie

18 décembre 2011

Daniel Iriarte, envoyé spécial du journal espagnol ABC en Syrie a fait une curieuse rencontre : des Libyens venus se rendre compte des besoins des forces qui s’opposent au régime baathiste.

Ce ne sont pas exactement n’importe quels Libyens, mais des cadres «rebelles». C’est-à-dire des agents dûment stipendiés par les services secrets américains et britanniques et qui n’agissent que dans les limites que leur fixent leurs maîtres. Ils sont pourtant venus de leur propre chef sans avoir reçu d’ordre de qui que ce soit!.

Les trois Libyens rencontrés par le journaliste d’ABC ne sont pas venus pour combattre. Ce qui n’est sans doute pas le cas de dizaines d’autres qui sont, selon eux, présents actuellement en Syrie

Des islamistes Libyens en Syrie pour «aider» la révolution

ABC s’est entretenu avec des Libyens liés à l’ex djihadiste Belhadj qui se sont rendus en Syrie pour «évaluer» les moyens de soutenir l’insurrection.

Par Daniel Iriarte, ABC (Espagne) 17 décembre 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Le milicien Brahim est soucieux, « Il y a un contrôle de l’armée à l’entrée de l’autoroute, » lui dit la paysanne, ce qui signifie que les routes pour sortir de Djebel Zawi sont fermées. Nous craignions quelque chose de ce genre, parce que les très rares journalistes étrangers que nous sommes, avons décidé de quitter la Syrie pour éviter de rester coincés. Mais il parait que nous arrivons un peu tard. Finalement, à la tombée de la nuit, Brahim trouve une solution. Il mobilise trois voitures qui, en roulant de nuit, s’efforcent de trouver une route alternative. Après trois heures d’attente, ils réussissent à nous faire traverser les lignes ennemies par un autre point de passage. Brahim rit, satisfait : l’Armée Syrienne Libre a trouvé une sortie ! » dit-il.

Le convoi nous emmène dans une ferme où nous attend un autre groupe qui va être évacué avec nous. C’est alors qu’arrive la surprise : ce sont trois Libyens qyi, selon leurs propres termes, ne sont pas venus pour combattre mais pour «évaluer les besoins des frères révolutionnaires Syriens.» Les Libyens n’essayent pas de cacher leurs identités. Ce sont des hommes proches d’Abdelhakim Belhadj, actuel gouverneur militaire de Tripoli et ancien djihadiste lié autrefois à al Qaïda.

L’un d’entre eux s’avère être une vieille connaissance des journalistes qui ont couvert la guerre en Libye : Mehdi al-Harati, ex commandant de la brigade de Tripoli qui a joué un rôle fondamental dans la prise de la capitale et la chute de Kadhafi. Le deuxième, Adem Kikli, dit travailler pour Belhadj et a passé presque une vingtaine d’années en exil au Royaume Uni. Le troisième, Fouad, semble être un garde du corps. « Nous sommes ici de notre propre initiative et à titre personnel, pas sur ordre de qui que ce soit,» assure Adem. Et il souligne que Harati a renoncé publiquement à son poste à Tripoli le 11 octobre dernier. Adem affirme en outre qu’il était avec d’autres Libyens, «quelques dizaines», qui sont venus en Libye de leur propre chef pour aider les insurgés.

Harati es, sans aucun doute, un homme d’action. Ce personnage est entré en lice en participant à la Flottille pour Gaza au printemps 2010. « j’ai été blessé pendant l’assaut contre le Mavi Marmara et je suis resté neuf jours dans une prison de Tel Aviv.» nous dit-il. En février, harati, qui réside à Dublin et possède un passeport irlandais, a laissé femme et enfants et, avec d’autres exilés Libyens en Irlande, s’est rendu en Libye. Là-bas, il a créé la brigade de Tripoli, un groupe de combattants d’élite, entraîné par ces conseillers Qataris, qui ont combattu avec férocité dans la bataille finale pour la capitale.

ABC a, de plus, constaté son passage récent dans des endroits comme Bahreïn, le Soudan et Ankara, dont on ignore les objectifs. Il y a peu, Harati a été impliqué dans un épisode étrange quand, selon ses propres dires, une bande de voleurs a pénétré à son domicile, s’emparant d’une grande quantité de bijoux et de 200 000£ (environ 238 000€). Harati a déclaré à la police que beaucoup d’argent lui avait été donné par un agent de la CIA pour financer la lutte de son organisation contre kadhafi. Le combattant avait laissé ces 200 000£ à sa femme au cas où il lui arriverait quelque chose, et avait emporté le reste en Libye.

Pendant notre fuite vers la frontière, les Libyens nous ont donné quelques indications sur leur présence en Syrie. « Si ce n’était que de nous, nous enverrions des armes aux Syriens dès demain. Nous n’en avons plus besoin », explique harati. « mais il faudrait les faire passer par la Turquie, et les Turcs ne peuvent pas le permettre parce qu’il n’y a pas de consensus à l’intérieur de l’OTAN, » assure-t-il A l’arrivée à la frontière, les trois Libyens disent qu’ils rentrent dans leur pays. C’est du moins ce qu’ils nous assurent.

Libye: portrait d’un agent d’al Qaïda avant réhabilitation par la presse « libre »

2 septembre 2011

La machine de propagande de l’OTAN continue à tourner à plein régime au sujet de ce qui s’est passé et continue à se passer en Libye. Quand je dis machine de propagande, je ne parle pas que de bureaux où des agents gouvernementaux fabriquent discrètement des «histoires» qu’ils fourguent à la presse. Vous pouvez en effet inclure aussi dans cette machinerie de propagande ces journalistes qui se présentent comme des portes drapeaux de la démocratie. A moins qu’ils soient extrêmement naïfs, ce dont on peut douter vu l’expérience de certains.

J’écoutais tout à l’heure d’une oreille discrète Alain Duhamel sur Canal +. Un modèle de probité journalistique en effet… J’espère qu’il donne des cours à ceux qui veulent apprendre le métier.  Le « Téléphone sonne » mercredi dernier sur France Inter était encore plus à gerber, d’autant que les journalistes de cette station ont entrepris de participer à l’entreprise de réhabilitation des militants de ce qu’on appelle Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), puisque ces derniers sont désormais des partenaires des démocraties éclairées au même titre que les démocraties avancées du Qatar, de Bahreïn ou d’Arabie Saoudite.

L’histoire semble bégayer avec cette réédition de pratiques coloniales qu’on croyait révolues. Elle bégaie d’autant plus que cette alliance entre les fondamentalistes wahhabites et les puissances occidentales fait furieusement penser au rapport qu’entretenait la secte dite des Assassins avec les Croisés :

Il prêchera désormais la haine contre les représentants de l’islam officiel et verra, ainsi que ses successeurs, d’un bon œil l’arrivée des hordes de Croisés en Orient. Sa prochaine cible fut la Syrie, où il put recruter beaucoup de chiites intégristes et fonder toute une série de villages fortifiés. Massyaf devint l’Alamut de la Syrie et abrita Rachîdaddîn Sinân, un des plus célèbres Vieux de la secte.

L’incompatibilité entre ces extrémistes wahhabites et l’Occident « éclairé » n’est donc que purement théorique et rhétorique et n’empêche nullement qu’une alliance se noue en pratique.

 Pepe Escobar nous brosse le portrait d’Abdelhakim Belhadj, un des chefs militaires de la « rébellion » libyenne. A garder en mémoire à chaque fois que vous lirez ou entendrez ici ou là des journalistes « très propres sur eux » vous le présenter comme quelqu’un de fréquentable voire modéré. Il est vrai que pour nos journalistes, l’Arabie Saoudite est un pays «modéré.»

Comment al Qaïda a obtenu le pouvoir à Tripoli

Par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong) 30 août 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Son nom est Abdelhakim Belhadj. Certains au Moyen Orient, mais très peu en Occident et dans le reste du monde, ont dû en entendre parler

Il est temps de se rattraper. Parce que l’histoire de la manière dont un agent d’al Qaïda est devenu un haut responsable militaire dans une Libye encore déchirée par la guerre est du genre à faire voler en éclats – une fois de plus – ce kaléidoscope qu’est la » guerre contre le terrorisme », ainsi qu’à gravement fragiliser la propagande soigneusement élaborée pour l’intervention « humanitaire » de l’OTAN en Libye.

Mardi dernier, déjà, Belhadj jubilait devant la manière dont la bataille avait été gagnée, avec les forces de Kadhafi fuyant “comme des rats” (notez que la même métaphore est utilisée par Kadhafi lui-même pour désigner les rebelles).

La forteresse de Mouammar Kadhafi à Bab el Azizia a été investie et prise la semaine dernière par les hommes de Belhadj – qui étaient à la tête d’une milice de berbères des montagnes au sud-ouest de Tripoli. La milice est la soi disant brigade de Tripoli, entraînée en secret depuis deux mois par les forces spéciales US. Elle s’est avérée la milice rebelle la plus efficace de ces six mois de guerre civile/tribale.

Abdelhakim Belhadj, alias Abou Abdallah al-Sadek; est un djihadiste Libyen. Né en mai 1966, il a fait ses armes avec les moudjahidine dans le djihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980. Il est le fondateur Groupe Islamique de Combat Libyen (GICL) et son émir de facto – avec Khaled Cherif et Sami Saadi comme adjoints. Après la prise de pouvoir à Kaboul par les talibans en 1996, le GICL a conservé deux camps d’entraînement en Afghanistan ; un d’entre eux, à 30 kilomètres de Kaboul – dirigé par Abou Yahia – était strictement réservé à des djihadistes liés à al Qaïda..

Après le 11 septembre, Belhadj est allé au Pakistan et aussi en Irak où il s’est lié d’amitié avec nul autre que l’ultra-méchant Abou Moussab al-Zarkaoui – tout ça avant qu’al Qaïda en Irak fasse allégeance à Oussama ben Laden et Aymen al-Zawahiri et adopte avec enthousiasme ses méthodes macabres.

En Irak, les Libyens se sont trouvés être le plus important contingent de djihadistes étrangers, ne le cédant qu’aux Saoudiens. En outre, les djihadistes Libyens ont toujours été des vedettes du sommet de la hiérarchie de l’al Qaïda historique – d’Abou Faraj al-Libi (chef militaire jusqu’à son arrestation en 2005, et qui reste un des détenus de premier plan dans le centre de détention US de Guantanamo) à Abou al-Laith al-Libi (un autre chef militaire tué au Pakistan début 2008).

L’époque du transfert extraordinaire

Le GICL était dans le collimateur de la CIA depuis le 11 septembre. En 2003, Belhadj  sera finalement arrêté en Malaisie – et puis transféré, dans le style des transferts extraordinaires, vers une prison secrète à Bangkok, et torturé en bonne et due forme..

En 2004, les Américains décidèrent d’en faire cadeau aux services secrets libyens – jusqu’à sa libération par le régime de Kadhafi en mars 2010 en compagnie de 21 autres “terroristes”, dans une opération de relations publiques claironnée avec grande fanfare.

Le chef d’orchestre n’était pas moins que Saif el-Islam Kadhafi – le visage moderniste du régime formé à la London School of Economics. Les chefs du GICL – Belhadj et ses adjoints Cherif et Saadi – publièrent 447 pages de confessions baptisées « études correctives » dans lesquelles ils déclaraient que le djihad contre Kadhafi était terminé (et illégal) avant d’être finalement mis en liberté.

Un compte rendu fascinant de l’ensemble du processus peut être lu dans un rapport intitulé « Combattre le terrorisme en Libye par le dialogue et la réinsertion. » Notons que les auteurs, des «spécialistes » du terrorisme établis à Singapour qui avaient été des hôtes de choix du régime, expriment leur plus «profonde gratitude » pour Seif el-Islam et la fondation Kadhafi internationale pour le développement qui ont rendu le visite possible.

Un fait très important, toujours en 2007,  le numéro 2 d’al Qaïda à l’époque, Zawahiri, avait annoncé officiellement la fusion du GICL et d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Donc, à partir de là, pour tous les aspects opérationnels, le GICL et AQMI n’ont été qu’une seule et même entité – et Belhadj en était l’émir.

En 2007, le GICL appelait au djihad contre Kadhafi mais aussi contre les Etats Unis et tous les « infidèles » occidentaux.

Bien après, en février dernier et en tant qu’homme libre, Belhadj a décidé de retourner au djihad et de joindre ses forces avec la rébellion orchestrée en Cyrénaïque.

Tous les services de renseignements des Etats Unis, d’Europe et du monde arabe savent d’où il vient. ll a déjà fait savoir en Libye que sa milice et lui-même n’auraient de cesse que la sharia soit appliquée.

Il n’y a rien de “pro-démocratie” là dedans – même avec un gros effort d’imagination. Et pourtant, un tel atout ne pouvait pas être tenu à l’écart de la guerre de l’OTAN simplement parce qu’il n’est pas très friand des «infidèles.»

 L’assassinat en juillet dernier du chef militaire rebelle, le général Abdel Fatah Younes – par les rebelles eux-mêmes – semble être le fait de Belhadj ou du moins, de personnes très proches de lui. Il est très important de savoir que Younes, avant de faire défection du régime – avait été responsable des forces spéciales qui combattaient avec acharnement le GICL en Cyrénaïque entre 1990 et 1995.

Le Conseil National de Transition (CNT), selon un de ses membres, Ali Tarhouni, a laissé entendre que Younes avait été tué par une mystérieuse brigade connue sous le nom d’Obaida ibn Jarrah (un des compagnons du prophète Mohamed). Pourtant, cette brigade semble maintenant avoir disparu dans la nature.

Tais-toi ou je te coupe la tête

Ce ne peut être que difficilement un hasard si tous les hauts responsables militaires rebelles sont du GICL, depuis Belhadj à Tripoli à un certain Ismaël Ali Salabi et un Abdelhakim al-Assadi à Derna, sans même parler d’un personnage important, Ali Salabi qui est au cœur du CNT. C’est Salabi qui avait négocié avec Seif al-Islam Kadhafi la « fin » du djihad du GICL, assurant ainsi un brillant avenir à ces « combattants de la liberté » born-again.

Pas besoin d’une boule de cristal pour décrire les conséquences de la prise du pouvoir militaire par le GICL/AQMI –  et de sa présence parmi les « vainqueurs » – qui ne sont pas disposés du tout à céder la place simplement pour satisfaire aux caprices de l’OTAN.

Pendant ce temps, au milieu des brumes de la guerre, on ne sait pas bien si Kadhafi envisage de piéger la brigade de Tripoli dans des combats urbains, ou de forcer la plus grande partie des milices rebelles à pénétrer dans l’immense territoire des tribus Warfallah.

L’épouse de Kadhafi appartient aux Warfallah, la plus grande tribu libyenne, avec plus d’un million de personnes et 54 fractions. Ce qui se dit à mot couvert à Bruxelles est que l’OTAN s’attend à voir Kadhafi combattre pendant des mois sinon des années ; avec la mise à prix de sa tête dans le plus pur style du Texan George W. Bush et le retour désespéré au plan A de l’OTAN qui avait toujours été de l’éliminer, la Libye risque de se trouver devant l’hydre d’une guérilla bicéphale en Libye : les forces de Kadhafi contre un gouvernement central du CNT faible et des soldats de l’OTAN sur le terrain ; et la nébuleuse GICL/AQMI dans un djihad contre l’OTAN (si elle est écartée du pouvoir).

 Kadhafi peut bien être une relique dictatoriale du passé, mais ce n’est pas pour rien que vous monopolisez le pouvoir pendant quatre décennies sans, et sans que vos services secrets apprennent une ou deux choses intéressantes. Kadhafi a dit que c’était une opération soutenue par l’étranger et al Qaïda ; il avait raison (même s’il a oublié de dire que c’était pas dessus tout une guerre néo-napoléonienne du président Français Nicolas Sarkozy, mais c’est une autre histoire).

Il avait dit aussi que c’était le prélude à une occupation étrangère dont l’objectif est de privatiser et prendre le contrôle des ressources naturelles libyennes. Il se pourrait bien – encore – qu’il s’avère être dans le vrai.

Les “experts” de Singapour  qui avaient loué la décision du régime de Kadhafi de libérer les djihadistes du GICL l’avaient qualifiée de “stratégie nécessaire pour réduire la menace pour la Libye. »

Aujourd’hui, le GICL/AQMI est finalement en passé concrétiser son rôle en tant que « force politique indigène. »

 Dix ans après le 11 septembre, il est difficile de ne pas se figurer le crâne d’une certaine personne tout au fond de la mer d’Arabie se fendre d’un rire qui résonnera longtemps.


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