Posts Tagged ‘Ahmet Davutoglu’

La Turquie prise au piège de sa propre diplomatie

17 février 2012

La Turquie qui voulait avoir « zéro problème » avec ses voisins a finalement obtenu le résultat inverse. Ne vouloir mécontenter personne ne remplace pas une politique censée servir les intérêts nationaux et la Turquie s’en aperçoit maintenant à ses dépends.

On a également du mal à voir quelle est la vision stratégique d’Ankara car sinon comment expliquer que, alors que les relations étaient au beau fixe, la direction politique turque ait tourné ainsi le dos au gouvernement syrien. A l’heure précisément où la Turquie aurait dû se servir de la qualité de ces relations pour encourager les autorités de Damas à faire des réformes audacieuses.

Au lieu de quoi, la Turquie s’est lancée dans une surenchère diplomatique visant à isoler la Syrie et a stimulé l’irrédentisme de la partie de l’opposition qui rêve d’exterminer le président Bachar al-Assad et ses proches (c’est du moins la partie la plus claire de son projet politique).

Si le régime syrien ne tombe pas à plus ou moins brève échéance, la Turquie va se trouver confrontée à un épineux problème qui remettra en cause ses projets de développement dans sa partie sud-est. Et que le régime syrien tombe ou pas, le problème kurde deviendra sans doute encore plus difficile à gérer.

Si on regarde du côté de l’entité sioniste ; on constate que le gouvernement turc n’est pas allé au-delà de certains gestes qui, même s’ils sont forts comme l’expulsion de l’ambassadeur de Tel Aviv, sont contredits par certaines postures d’Ankara comme la reprise des échanges d’informations entre les deux armées de l’air ou l’autorisation de survol du territoire turc par des engins de l’armée sioniste. On constate aussi, et c’est un coup dur pour la Turquie, que l’entité sioniste s’est beaucoup rapprochée de la Grèce, l’ennemi historique de la Turquie et de Chypre avec laquelle la Turquie a un double contentieux lié d’une part au contrôle (illégal) qu’exerce l’armée turque sur le nord de l’île et d’autre part à l’exploration des ressources en hydrocarbures des fonds marins, une activité contre laquelle la Turquie a récemment levé le ton. Avec pour résultat de pousser le gouvernement de Nicosie à se rapprocher du régime sioniste. Un régime sioniste qui, disons-le en passant, semble beaucoup plus intégré à l’Union Européenne que ne l’est ou ne le sera jamais la Turquie.

Une preuve de plus qu’Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque avait raison quand il disait que plus tarderait le règlement du problème palestinien plus le prix à payer serait élevé pour tous les pays de la région, Turquie comprise

Et en parlant de prix justement, la Turquie se lamente maintenant de prix de l’énergie trop élevés en raison de la crise avec l’Iran et ce, malgré tous les efforts du ministère turc de l’énergie pour faire baisser les prix dans le cadre d’accords bilatéraux.

Il y a en effet quelque chose de pathétique à voir un ministre turc se lamenter pour une situation que son gouvernement a contribué à aiguiser par son rôle dans l’affaire syrienne (car l’agression contre la Syrie est une modalité de la guerre contre l’Iran) et par l’accueil d’un système de radars de l’OTAN tourné explicitement contre la «menace» iranienne. Menace est entre guillemets car le seule menace proférée par l’Iran est d’exercer des représailles contre tout pays qui l’agresserait.

Le premier ministre Pakistanais Gilani, le président Afghan Karzai et ses homomogues Pakistanais et Iranien Zardari et Ahmadinejad tiennent une très importante réunion au sommet à Islamabad

 La    tension sur le nucléaire iranien fait échouer les efforts de la Turquie pour le pétrole

Hurriyet (Turquie) 17 février 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’instabilité mondiale qui résulte en partie des tensions entre Washington et Téhéran au sujet du programme nucléaire de ce dernier se traduit par des coûts de l’énergie de plus en plus élevés sur le marché domestique turc en dépit des gros efforts d’Ankara pour importer des ressources énergétiques à un prix plus abordable, a déclaré hier Taner Yildiz, ministre de l’énergie.

“Les prix de l’énergie continuent à augmenter du fait de la pression exercée par l’instabilité politique mondiale en dépit de tous les efforts de la Turquie pour faire baisser les prix par des accords bilatéraux, » a déclaré Yildiz pendant la réunion à Ankara de la commission mixte Turquie – Afrique du Sud.

“Nous ne sommes pas satisfaits de cette situation,” a ajouté Yildiz

“Les efforts de la Turquie – pour s’entendre sur des importations d’énergie meilleur marché – s’avèrent finalement inutiles, » a-t-il dit selon l’agence de presse Anatolia.

Observant que le pris du baril de pétrole brut est passé de 108$ à 118$ du fait des menaces par l’Occident d’imposer des sanctions contre l’Iran pour son programme nucléaire et les menaces en retour par Téhéran de fermer le détroit d’Ormuz au trafic des navires pétroliers, Yildiz a déclaré, « Le simple fait de prononcer le mot sanction suffit à faire peser un fardeau sur nos épaules.»

Mais Yildiz a aussi dit que les relations commerciales avec l’Iran ne rencontraient aucun problème et se poursuivaient au contraire comme d’habitude.

En dépit d(un hiver exceptionnellement rigoureux en Turquie, le pays continue d’importer sans problème du gaz et du pétrole de chez son voisin oriental.

“Nos exigences d’un gaz naturel moins cher sont maintenues dans un cadre autre que celui de nos relations commerciales avec l’Iran,” a déclaré Yildiz.

La Turquie a déféré l’Iran devant le tribunal arbitral international le 16 janvier en raison d’un désaccord sur les prix du gaz.

L’Irak étudie des alternatives

L’Irak considère aussi des options pour exporter le pétrole produit dans ses puits du sud au cas où l’Iran bloquerait le détroit d’Ormuz par où transite environ deux tiers de sa production, a annoncé hier le ministre Irakien de la planification,  Ali Youssef al-Shukri cité par Bloomberg.

Le voisin au sud de la Turquie étudie trois routes alternatives, don’t une via la Syrie et le Liban, et par via le port méridional turc de Ceyhan sur la méditerranée, a dit le ministre de la planification.

“Le gouvernement irakien est préoccupé par le problème de la fermeture du détroit d’Ormuz, » a-t-il ajouté.

Syrie et Palestine, l’inconséquence de la diplomatie turque

12 février 2012

Le chef de la diplomatie turque se trouve aux Etats Unis dans le cadre des démarches de son pays pour trouver les moyens d’obtenir une résolution à l’ONU contre le gouvernement syrien.

En attendant, il s’est exprimé devant un think-tank américain et il a vertement critiqué le régime sioniste dont il fustige l’intransigeance.

C’est qu’ Ahmet Davutoğlu considère à juste titre que la question palestinienne a un caractère central pour la région et que plus elle tardera à être résolue, plus le prix à payer sera élevé pour les pays de la région, y compris la Turquie.

Et à ce propos, M. Davutoğlu n’hésite pas à mettre sur le même plan le veto opposé par les Etats Unis à l’admission de la Palestine à l’ONU et celui apposé par la Russie au dernier projet de résolution contre la Syrie.

L’analyse du ministre Turc est correcte. Le problème est cependant que les actes de la diplomatie de son pays ne sont pas du tout en accord avec son analyse. En effet, en dehors de quelques mesures symboliques, le gouvernement turc n’a absolument rien entrepris pour obtenir une condamnation de l’Etat sioniste au niveau international, ni pour obtenir une levée complète du blocus de Gaza. Et sur ce dernier point, on peut le mettre dans le même sac que l’Egypte «révolutionnair » qui participe de facto à l’application du blocus.

On observera en particulier que la Turquie qui multiplie les efforts pour rassembler des «amis de la Syrie» dans le monde entier, qui accueille et arme (ou laisse armer) des opposants Syriens n’a jamais envisagé de faire quoi que ce soit d’approchant pour la cause palestinienne.

Et quand les Etats Unis ont usé de leur droit de veto contre l’admission de la Palestine à l’ONU, nous n’avons pas entendu les vitupérations de M. Ahmet Davutoğlu contre le président Obama.

Mais en matière de relations avec les USA et l’entité sioniste, la Turquie a finalement l’habitue de courber l’échine et elle continuera à le faire pour diverses raisons : importance de l’alliance avec les USA dans le cadre de l’OTAN, crainte de l’adoption d’une législation pro-arménienne avec caractère contraignant à Washington, ce que la Turquie a toujours réussi à éviter grâce au lobby sioniste (la loi sur le génocide arménien votée par les élus Français est en réalité un avertissement adressé au gouvernement turc par le régime sioniste et ses officines), rêve d’une admission dans l’Union Européenne…

Un ultime exemple de la façon dont les « durs » comme Ahmet Davutoğlu sont en réalité bien «tendres» est cette patrouille maritime prévu par l’OTAN en méditerranée. Il s’agit là en effet d’une activité militaire réelle et non d’un exercice ou de manœuvre et c’est pourquoi le gouvernement turc s’est opposé fermement à la participation d’un navire de guerre sioniste. N’empêche que l’OTAN réfléchit en ce moment à cette participation, proposée par l’Etat sioniste, en dépit de l’opposition du gouvernement turc.

Si la Turquie était un partenaire politique digne de ce nom, l’OTAN aurait d’emblée rejeté la proposition sioniste.

Après avoir donné des raisons d’espérer que nous avions évoquées sur ce blog, la diplomatie turque est finalement de plus en plus décevante, incapable de faire les choix qui auraient permis à ce pays de retrouver une certaine grandeur, de promouvoir la paix dans la région et de ne plus être le supplétif des Américains et maintenant des monarchies du Golfe. Prête à passer à l’action en Syrie, mais qui se contente surtout de paroles pour la Palestine.

 ‘Ca suffit’ dit le Turc Davutoğlu à Israël

Anatolia News Agency, Hurriyet (Turquie) 12 février 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Le ministre Turc des affaires étrangères s’en est pris à israël hier pour sa position intransigeante sur les aspects fondamentaux du conflit palestino-israélien.

“Ca suffit. Plus longtemps le problème palestino-israélien restera non résolu, plus grand sera le prix que les peuples de la région, dont le peuple turc, auront à payer. Israël devrait savoir ce qu’il veut, » a déclaré Ahmet Davutoğlu pendant une réunion au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington.

Davutoğlu a dit qu’Israël n’avait envoyé aucun message positif, ni aux Etats Unis, ni dans la region, mais a continue à construire de nouvelles colonies et a faire des déclarations provocatrices.

“Le statu quo actuel ne peut plus durer. Les palestiniens ont le droit d’avoir leur propre Etat. Laissez-moi vous dire les choses franchement : le veto US à la reconnaissance de la Palestine était une erreur, tout comme le veto russe sur la Syrie, » a-t-il dit, ajoutant que la Turquie poursuivrait ses efforts de soutien à une reconnaissance de la Palestine.»

“Israël s’est présenté à la table [des négociations] sans remblir aucune des conditions préalables, comme {d’arrêter de] construire de nouvelles colonies. Ils [les sionistes] doivent décider s’ils veulent une solution sur la base d’un ou deux Etats. Nous saurons alors qui veut la paix et qui n’en veut pas, » a déclaré Davutoğlu.

Les soulèvements populaires au Moyen Orient ont créé “un nouveau Moyen orient,” a-t-il dit, ajoutant que la Palestine était la question centrale derrière tous les problèmes de la région.

“Il faut une autre approche, une nouvelle initiative pour résoudre ce problème dans cette ère nouvelle, » a dit Davutoğlu. « J’espère que tout le monde comprendra le nouvelle logique de cette nouvelle ère et agira en fonction, pour une solution basée sur deux Etats.»

La Turquie a fait des efforts sincères avec l’Egypte pour faciliter une réconciliation en Palestine entre le Fatah et le Hamas, a déclaré Davutoğlu qui a ajouté que l’accord entre les deux organisations palestiniennes devait être soutenu.

La nouvelle stratégie de l’OTAN et des monarchies arabes contre la Syrie

9 février 2012

L’OTAN n’a pas eu sa résolution contre le gouvernement syrien du fait du veto russe et chinois, mais les puissances occidentales n’ont cependant pas renoncé à venir à bout de Bachar al-Asssad.

Et c’est bien du chef de l’Etat syrien qu’il s’agit puisque le schéma proposé par la Ligue Arabe et qui aurait dû être validé à l’ONU posait comme condition le départ de Bachar al-Assad. Une personnalisation outrancière qui a même cherché à mettre en lumière le rôle de l’épouse du chef de l’Etat, Asma al-Assad.

Le but est en effet d’isoler le président de sa population , mais aussi de ses collaborateurs et partisans et, pourquoi pas, de sa propre épouse.

Moyennant quoi, les monarchies marocaine, jordanienne ou qatarie se font fort d’amener la Syrie vers la démocratie.

Si nous n’étions pas dans un scénario cauchemar, on pourrait dire qu’on croit rêver.Ayant intégré leur échec au Conseil de Sécurité, les pays de l’OTAN et les monarchies démocratiques ont choisi une nouvelle stratégie qui, si elle aboutit, (et même si elle n’aboutit pas d’ailleurs puisque la « communauté internationale » agit au nom de la morale) leur permettra de tenter d’abattre le régime syrien en neutralisant le veto russe et chinois en passant par un vote en Assemblée Générale.

L’idée n’est pas de lancer une intervention militaire massive comme ce fut le cas en Libye, mais d’une part d’étouffer politiquement et économiquement la Syrie et d’encourager et protéger des organisations combattantes comme les Etats Unis avaient l’habitude de le faire en Amérique latine ou en Asie du sud—est.

Dans ce but, et comme en Libye, toute démarche de sortie négociée et pacifique de la crise sera étouffée dans l’œuf par les champions de la démocratie.

Cette stratégie perverse, il n’y a pas d’autres mots, est exposée clairement dans l’article que je vous propose.

Vous noterez en lisant cet article que, selon le journaliste, la Russie ne fait pas partie de la communauté internationale. Et qu’en début d’article, on a l’impression que seule la Russie avait usé de son droit de veto pour s’opposer à la résolution contre la Syrie. Eh oui, en début d’article, le journaliste a complètement escamoté la Chine dont on a l’impression, en continuant la lecture, que c’est un petit pays marginal qui n’a pas de diplomatie propre indépendamment de celle de la Russie.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à la deuxième guerre mondiale pour laquelle les commémorations ne font souvent débarquer que les Américains sur les plages de Normandie (Britanniques, Canadiens etc. tendent à disparaître) tandis que l’Armée Rouge se volatilise quelque part entre Stalingrad et Berlin.

Naissance de la coalition contre Bachar al-Assad

La communauté internationale étudie une voie de contournement du veto russe en exhortant l’Assemblée générale de l’ONU à adopter une résolution qui permette d’aider la population.

Par ignacio Cembrero, El Pais (Espagne) 8 février 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

La communauté internationale ne peut s’empêcher de se demander comment faire en sorte que le président Syrien, Bachar al-Assad, arrête de tuer des civils. Elle étudie comment contourner le veto appliqué par la Russie et la Chine à une résolution présentée samedi dernier au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour resserrer l’étau sur le régime syrien.

Les pays préoccupés par la crise syrienne bruissent parfois ouvertement et parfois discrètement d’un débat sur ce qu’il faut faire pour mettre un terme à une guerre civile larvée qui a causé déjà plus de 6 000 morts à la Syrie.

Ardemment désirée par la plus grande partie de l’opposition syrienne regroupée dans le Conseil National Syrien, et caressée par l’Occident, l’initiative dont on parle avec le plus d’insistance consiste à essayer de contourner le Conseil de Sécurité en passant par l’Assemblée générale, indiquent diverses sources diplomatiques européennes.

Constitué de 15 membres – dont cinq ont le droit de veto – le Conseil est l’organe suprême de l’ONU. Ses résolutions sont de nature contraignante. A l’Assemblée ce sont par contre tous les pays membres (193) qui peuvent voter. Ses résolutions ne sont pas contraignantes.

La discussion se fait en coulisses mais elle affleure parfois. Kevin Rudd (Kevin Rudd : le soutien à l’Etat sioniste est dans mon ADN), le ministre Australien des affaires étrangères, a exprimé hier son appui, devant le parlement, à une résolution de l’Assemblée « fondamentale pour marquer la condamnation par la communauté internationale des tueries dont elle est témoins en Syrie. »

La résolution irait cependant plus loin qu’une simple condamnation. Elle ouvrirait la voie à l’adoption de mesures qui freineraient la répression et allégeraient les souffrances de la population civile. « Elle apporterait un soutien plus moral que juridique pour agir contre le dictateur, » explique Salam Kawakibi, directeur d’études à l’Initiative de la Réforme Arabe [un think tank dominé par les monarchies arabes, NdT].

Les mesures pourraient consister en l’envoi d’aide humanitaire à la population, où même des attaques ponctuelles contre des unités d’élite de l’armée en passant par la création d’une zone de  sécurité – probablement le long de la frontière turque – où les civils pourraient se mettre à l’abri.

Aux yeux des juristes, il existe un précédent qui permet à l’Assemblée Générale de contourner le Conseil de Sécurité. A la demande des Etats Unis, décidés à surmonter le veto de l’Union Soviétique sur la guerre de Corée, l’Assemblée avait adopté la résolution 377 où elle constatait « le défaut d’unanimité entre les membres permanents » du Conseil qui ne peuvent pas « exercer leur responsabilité première de maintien de la paix et de la sécurité (…). »

L’Assemblée avait alors massivement recommandé l’adoption de mesures collectives, « y compris l’usage de la force » pour faire front à l’agresseur.

L’Assemblée Générale semble prédisposée à aller plus loin que le Conseil. Elle avait déjà approuvé le 19 décembre, par 133 voix pour, 11 contre et 43 abstentions, une résolution par laquelle elle avait condamné «avec force la violation grave et systématique des droits humains» par Damas. La Russie et le Chine s’étaient abstenues.

Les Russes sont conscients de la manœuvre qui se prépare afin de contourner leur droit de veto. L’ambassadeur de Russie à l’ONU, Vitaly Churkin, a averti dans une déclaration au site internet d’informations Inner City Press qu’il sera très difficile d’obtenir une résolution de l’Assemblée parce que l’affaire est déjà entre les mains du Conseil de Sécurité.

Pour se coordonner, pour promouvoir cette initiative à l’ONU, commencer à se concrétiser l’idée, formulée par Berlin, Paris et Londres de créer un « groupe d’amis » de la Syrie. A sa tête se trouveraient les pays arabes, surtout les monarchies du Golfe persique, et la Turquie. Inutile de dire que les Etats Unis seraient un élément de poids.

Sans l’appeler « groupe », comme l’a fait le ministre Français des affaires étrangères, Alain Juppé, son homologie Turc Ahmet Davutoglu a formulé hier la même idée au cours d’un entretien avec la chaîne télévisée NTV.

Davutoglu s’apprête à se rendre à Washington d’où il pourrait annoncer la fondation du « groupe des amis »

Il a souligné la nécessité d’organiser « à très bref délai » une conférence avec tous les pays impliqués dans la crise syrienne et, bien qu’il ne l’ait pas mentionné, l’opposition au régime qui est encore très divisée.

La conférence sur la Somalie, convoquée à Londres le 23 février, pourrait être élargie à la Syrie, selon Nick Robinson, correspondant politique de la BBC.

D’ici la mise en route d’une nouvelle initiative diplomatique, l’Union Européenne ca continuer à essayer d’asphyxier le régime syrien, mais sans expulser ses ambassadeurs. A la fin du mois, l’UE approuvera une douzième batterie de sanctions. Elles affecteront la banque centrale syrienne et interdiront les importations de phosphates, de métaux et de pierres précieuses. La suspension des vols commerciaux fait également l’objet de débats.

Il est probable que, sans rompre l’embargo sur la vente d’armes à Damas, les services secrets de plusieurs pays européens livrent déjà du matériel de communication, des médicaments etc. à l’Armée Syrienne Libre (ASL) constituée par des déserteurs qui essayent de protéger la population.

A en juger par les armes qui entrent clandestinement en Syrie par les frontières avec la Jordanie et le Liban – la douane libanaise a intercepté plusieurs cargaisons – l’ASL dispose d’autres fournisseurs. Les soupçons de portent sur les monarchies du Golfe, le Qatar en tête.

L’échec de la guerre secrète de la Turquie contre Damas

21 décembre 2011

No comment.

L’opposition turque affirme que 49 espions Turcs sont détenus en Syrie

El Mundo (Espagne) 21 décembre 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Efe | Ankara

Un député Turc du Parti de l’Action Nationale (MHP), d’opposition, a affirmé au parlement que la Syrie a arrêté 49 agents des services secrets turcs ces dernières semaines.

Lutfi Türkkan a déposé à la Chambre une question pour le ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, sur l’envoi suppose d’une délégation turque en Syrie pour libérer les agents qui auraient été arrêtés pour avoir entraîné des rebelles Syriens, rapporte l’édition numérique du journal ‘Vatan.’

«Les arrestations n’ont pas eu lieu en une seule fois. Les 49 membres des services secrets turcs ont été capturés dans des incidents différents. Je dispose d’une information précise : je ne suis pas en train de parler de 40 ou de 50 personnes mais de 49 exactement, » a affirmé le député.

Türkkan a ajouté qu’une délégation turque constituée de membres du ministère des affaires étrangères et des services secrets «s’est rendue à Damas il y a deux semaines pour récupérer les agents détenus et a rencontré des représentants du gouvernement syrien, mais est revenue les mains vides.»

Il y a trois jours, le journal turc ‘Aydinlik’ avait également affirmé l’existence de cette tentative de libération, une affaire sur laquelle le gouvernement d’Ankara ne s’est pas exprimé officiellment.

La Turquie devant le mur du génocide arménien

20 décembre 2011

Les dirigeants turcs vont finalement de déconvenue en déconvenue du fait de leurs illusions selon lesquelles ils auraient été admis comme puissance alliée à part entière par les Etas européens.

Pourtant aussi bien les manœuvres dilatoires que les propos rejetant clairement une admission de la Turquie dans l’Union Européenne auraient dû leur mettre la puce à l’oreille.

Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre et le « printemps arabe » a redonné vigueur à ceux qui, derrière le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu pensent qu’Ankara peut-être le gendarme de l’Occident sur ses marches asiatiques.

Un raisonnement digne de l’homme malade de l’Europe qu’est restée finalement la Turquie maintenant affrontée à une proposition de loi française sur la pénalisation de la négation du génocide arménien.

Là encore, le gouvernement turc a froncé les sourcils et levé la voix contre ceux avec qui il fait pourtant de grands projets concernant la Syrie voisine : menaces de rappel de l’ambassadeur de Turquie à Paris ou de mesures de rétorsion économiques.

Deux délégations turques viennent d’arriver en France, l’une composée de députés, l’autre de représentants du grand patronat dans le but d’essayer de contrecarrer l’examen et l’adoption de cette proposition de loi.

Les choses semblent ne pas bien se présenter pour elles car, nous apprend la presse turque, la délégation d’hommes d’affaires dépêchée par la Turquie vient de se voir refuser la location d’une banale salle de conférence par un grand hôtel parisien.

La salle réservée par la délégation au Grand Hôtel Intercontinental, a été annulée à la dernière minute par la direction de l’hôtel pour cause d’indisponibilité, mais des informations sous-entendent que des pressions politiques sur la direction en seraient la véritable raison.

Du coup la délégation a changé précipitamment d’hôtel et décidé de tenir sa conférence de presse dans les locaux du consulat général de Turquie à paris.

Un dur rappel à certaines réalités pour les dirigeants Turcs.

Je vais me permettre d’adresser un conseil personnel à M. Erdogan, le premier ministre Turc en cas d’adoption de cette loi par le corps législatif Français. Je suis d’accord qu’on ne doit pas légiférer sur l’histoire mais, si le parlement français le fait…

Alors M. Erdogan plutôt que de se contenter d’agiter devant les autorités françaises le souvenir de leurs agissements en Algérie devrait se rappeler qu’en 1830, année de la prise d’Alger, par l’armée française, la régence d’Alger était sous suzeraineté ottomane et que l’empire Ottoman était donc lui-même victime d’une agression.

A ce titre, le parlement turc serait tout à fait fondé à légiférer pour adopter une loi reconnaissant le génocide commis par la France en Algérie et pénalisant sa contestation.

Voilà une réponse qui aurait une plus grande portée que les rodomontades et les jérémiades qu’on entend à Ankara.

La Turquie est-elle restée l’homme malade de l’Europe?

15 décembre 2011

J’ai personnellement beaucoup de mal à comprendre ce que cherche la Turquie dans la crise syrienne. Tout semble en effet indiquer que, quel que soit le sort du régime baathiste, elle sortira perdante de cette affaire.

Ahmet Davutoglu, le ministre Turc des affaires étrangères a certes obtenu de la France, et donc de l’Union Européenne, le feu vert pour accroître la répression contre ses propres rebelles Kurdes, ce qui nous vaut cette photo de deux ministres satisfaits:

Alain Juppé et Ahmet Davutoglu

Mais ce feu vert n’est en fait en rien une nouveauté car l’attitude des Européens vis-à-vis de la Turquie et des kurdes a varié au gré de ce qu’ils considéraient être comme leur intérêt. Ici, cet intérêt est perçu comme consistant à inciter la Turquie à mettre la pression sur la Syrie, politiquement, économiquement et militairement. Une fois l’affaire syrienne réglée, les Européens réutiliseront la question kurde à leur guise et les Turcs auront perdu une occasion de plus de régler politiquement un problème qu’ils croient pouvoir gérer par la force.

Rien n’indique non plus que les prises de position d’Ankara faciliteront l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne

D’autre part, comme je l’avais signalé, l’affaiblissement de la Syrie servira in fine à rendre le rapport de forces régional encore plus favorable à l’entité sioniste, ce qui va contre l’apaisement durable des tensions dont a besoin la Turquie.

Et comme si la France avait voulu ramener la Turquie à ce qu’elle est restée pour elle, une nation foncièrement allogène dans le pré européen, c’est le parlement français qui s’apprête à votre une loi qui pénalisera la négation du génocide arménien.

Imaginez-vous que n’importe quel responsable politique turc en visite en France pourrait être poursuivi et même arrêté si cette loi était adoptée!

On comprend donc la colère exprimée par le porte parole de l’ambassade de Turquie à Paris qui considère cette proposition de loi

comme un acte hostile de l’exécutif français, a-t-il poursuivi, ajoutant qu’en cas d’adoption de la proposition de loi présentée par une députée de la majorité présidentielle, toute coopération avec le gouvernement français, tous les projets communs seront gelés.

Ahmet Davutoglu (le copain d’Alain Juppé sur la photo) a tenu des propos très fermes:

Il n’est pas question de laisser sans réponse les tentatives menées par les dirigeants, le gouvernement ou le Parlement de quelque pays que ce soit, pour déshonorer notre pays et notre nation, a déclaré mercredi soir devant le Parlement turc Ahmet Davutoglu, le ministre des Affaires étrangères, à propos du débat parlementaire en France

Les autorités turques pourraient même rappeler leur ambassadeur à Paris en cas d’adoption de la loi.

Décidément, la Turquie est restée dans la tête des Européens l’homme malade de l’Europe et elle est la seule à ne pas le savoir..


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