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L’islamophobie sera le nouvel antisémitisme selon le Professeur John L. Esposito

20 avril 2018

Le point de vue exposé ici est celui d’un Chrétien qui professe dans une prestigieuse université catholique de Washington aux Etats Unis. Quelqu’un qui est donc solidement ancré dans ses convictions chrétiennes, ce qui ne l’empêche pas de constater la réalité de l’islamophobie.

Il est détesté par les islamophobes qui lui reprochent notamment ses prises de position jugées trop favorables à la cause palestinienne. De fait, s’il est franchement abusif d’affirmer que derrière chaque islamophobe se cache un Juif, on peut dire que bien souvent se cache un sioniste ou une officine sioniste.

Le professeur Esposito ne propose malheureusement pas  une analyse des causes internes de la montée de l’islamophobie dans les sociétés occidentales. Mais peut-être que cette interview n’était pas le lieu adéquat pour ce genre de développement ?

« L’islamophobie sera le nouvel antisémitisme »

Rencontre avec John L. Esposito, professeur à l’université de Georgetown

Par Rosa Meneses, El Mundo (Espagne) 20 avril 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

John L. Esposito (né en 1940 à New York), professeur à l’Université de Georgetown , est l’un des plus grands spécialistes mondiaux du dialogue interreligieux et un auteur prolifique, avec plusieurs livres consacrés à la connaissance de l’islam. Parmi ses anciens étudiants figurent le roi Philippe VI d’Espagne, le roi Abdullah de Jordanie ou l’ancien président américain Bill Clinton. Mercredi, Esposito a été nommé docteur ‘honoris causa’ par l’Université Pontificale Comillas ICAI-ICADE et hier, juste avant de partir pour la Malaisie, il a donné une interview à EL MUNDO.

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Le Professeur John L. Esposito

L’université [pontificale] vous a distingué pour votre travail en faveur du dialogue inter-religieux, en particulier entre Christianisme et Islam. Après des siècles d’existence, nous n’avons toujours pas appris à vivre ensemble ?

Je pense que nous avons bien réussi en termes de coexistence, mais au cours de ces dernières années, il y a eu des reculs importants. Si nous regardons, par exemple, la situation politique mondiale, nous voyons de grandes divisions entre l’Europe, les États-Unis, la Russie ou la Chine. Nous vivons dans un monde globalisé et, que cela plaise ou non, nous sommes interdépendants culturellement, politiquement et économiquement. Mais aujourd’hui, nous voyons comment les politiciens d’extrême droite aux États-Unis et en Europe prêchent un discours d’exclusion, contre les immigrés et les musulmans. Et à titre d’exemple, nous avons la situation ridicule de pays comme la République tchèque, la Pologne et la Hongrie [qui connaissent une poussée xénophobe, NdT] où il n’y a même pas un grand nombre de musulmans ou d’immigrés. Je pense que la coexistence est un défi et je n’exagère pas quand je dis que ce sont des temps dangereux à vivre.

De Donald Trump à Marine Le Pen ou Viktor Orban, nous assistons à la montée du populisme dans le monde. Pourquoi leur discours commun est-il une réaction contre l’Islam ?

Oui, il y a une réaction contre les musulmans, mais cela fait partie d’une réaction générale contre les immigrants. Nous oublions que, pour de nombreuses personnes en Europe et aux États-Unis, leurs relations avec l’islam et les musulmans ont commencé avec la révolution islamique iranienne en 1979. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme en 1974, l’islam et les musulmans étaient invisibles. Après la Révolution de 1979 – qui a été suivie par l’assassinat de [le président égyptien, Anouar] Sadate et ensuite par la montée d’Al-Qaïda – les musulmans ont été vus d’une fenêtre très étroite à travers laquelle on généralise. Les problèmes survenus en 1979 avaient eu une couverture médiatique qui avait vraiment exacerbé la situation.

Sommes-nous, nous les médias, responsables de la mauvaise image de l’islam et des Musulmans ?

Non, les terroristes sont responsables. Mais les médias ont une grande influence. Je ne dis pas qu’ils offrent une image négative d’une manière délibérée, mais c’est une réalité. Il existe une très grande disparité entre la couverture médiatique des sociétés musulmanes et la couverture médiatique de l’extrémisme. Dans une étude réalisée en 2015 et 2016 au Royaume-Uni et en Allemagne, huit reportages sur dix étaient négatifs et traitaient de l’extrémisme religieux. Les dirigeants politiques et les élites éduquées ont une vision de la réalité basée sur celle fournie par la télévision, les médias et même les réseaux sociaux. Le problème est lorsque cette vision est utilisée comme une arme par des politiciens qui jouent avec la peur parce qu’elle leur donne des votes et de l’argent.

Pensez-vous que l’islamophobie est devenue un problème dans nos sociétés actuelles tout comme l’antisémitisme le fut dans l’Europe des années 1930 ?

Il y a un risque que l’islamophobie devienne le nouvel antisémitisme. C’est une idée sur laquelle j’ai mis en garde dans mes écrits depuis des années. Aux Etats-Unis, il y a même des organisations juives qui ont reconnu ce problème et qui, ces dernières années, ont soutenu des projets contre l’islamophobie, parce qu’elles voient une ressemblance qui leur est familière avec ce qui s’est passé en Europe. Des études publiées en 2015 et 2016 montrent que l’islamophobie est là pour rester et qu’elle est également en cours de normalisation dans le sens que vous pouvez dire des choses contre les musulmans et l’islam publiquement (dans les médias, etc.) en bénéficiant de la liberté d’expression, alors que ce ne serait pas admis si ces choses visaient d’autres groupes parce qu’elles seraient considérées comme racistes. Et cela conduit à un discours de haine ou à des crimes de haine comme les attaques contre des mosquées qui ont eu lieu au Royaume-Uni. Nous sommes restés sourds à ces signaux.

L’islam politique a-t-il changé suite aux révolutions arabes ?

Pas tellement l’islam politique. Je crois que ce qui s’est passé est qu’une partie de la vague de changement a rendu certains pays plus autoritaires. L’Egypte ou les pays du Golfe, par exemple. La Tunisie est un bon exemple de ce que l’islam politique peut faire. En Egypte, il y a eu beaucoup d’erreurs mais le moyen de canaliser la situation avec Mohamed Morsi, qui a été élu démocratiquement, aurait dû être d’attendre les élections. Cependant, les militaires [égyptiens] craignaient ce qui pouvait résulter des élections. Donc, ce que nous voyons maintenant, c’est qu’ils ont géré les élections comme auparavant, quand le leader se présente et obtient 97% des voix. Quand les islamistes sont autorisés à participer au système politique comme n’importe quel autre groupe de citoyens et qu’il existe une vaste société civile, vous pouvez voir comment ils sont intégrés dans ce système. Au cours des 20 dernières années, nous avons vu des élections en Jordanie, au Koweït, en Malaisie, en Indonésie, au Sénégal, au Maroc, où les islamistes participent au système. Mais cela est caché à la fois par les politiciens et les médias de droite, qui mettent tous les islamistes dans le même sac et, au lieu de parler de leur participation à la société, ils concentrent leur attention uniquement sur Al-Qaïda et l’État islamique. .

L’Islam a-t-il besoin d’une réforme religieuse pour s’adapter à l’époque?

J’ai écrit beaucoup de livres à ce sujet. La réalité est que les réformateurs ont toujours existé, mais que leur démarche été entravée. Il est très difficile de préconiser des réformes dans les pays autoritaires, surtout s’il est question de réformer les traditions religieuses parce que tout ce qui affecte la société en termes culturels et politiques est une menace pour les régimes autoritaires. D’un autre côté, il y a des chefs religieux conservateurs qui bloqueront tout changement à cet égard. Pour que les réformes puissent se frayer un chemin, elles ont besoin d’une société ouverte.

Avons-nous surmonté le discours du «choc des civilisations»?

Huntington et moi avons débattu ensemble plusieurs fois. L’expression «choc des civilisations» a beaucoup été utilisée au fil des années, mais elle a signifié différentes choses. Parce que la question est : « quelle est la direction de ce choc ? » La notion de «confrontation» est utilisée par les deux parties ; elle est également utilisée par les extrémistes musulmans. D’un autre côté, j’ai travaillé pendant de nombreuses années avec Gallup et dans nos études nous voyons que les musulmans admirent beaucoup de choses de l’Occident : les libertés, l’éducation, la démocratie, l’économie, par exemple … Mais ils critiquent le double standard en termes de la défense de la démocratie. Ils disent que l’Occident ne fait que promouvoir la démocratie pour lui-même, alors que pour le Moyen-Orient, il préfère promouvoir la sécurité et les affaires, comme George W. Bush l’a fait et comme le fait maintenant Trump. La sécurité est à nouveau l’axe des relations entre les États-Unis et l’Union européenne avec les pays du Moyen-Orient. Trump est revenu pour articuler cette politique dans laquelle on dit aux autocrates : « Ce que vous faites dans votre pays est votre affaire ».

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Les néocons ont du mal à faire le deuil de leur rêve d’éliminer Bachar al-Assad

26 décembre 2017

Chacun se souvient certainement que, pendant les premières années du conflit en Syrie, les appels à la destitution du président syrien, voire sa mise à mort, définissaient ce qui devait être un préalable au règlement de la crise.

Sur le terrain, les jours du régime syrien semblaient en effet comptés. Pourtant le régime et son armée (constituée essentiellement de conscrits) ont fait preuve d’une remarquable résilience, d’abord en adaptant leur stratégie à la réalité du rapport de forces puis en s’appuyant sur de solides alliances qui l’ont aidé à faire basculer la situation sur le terrain. Aux côtés de l’armée syrienne, on a vu intervenir le Hezbollah libanais, l’Iran et enfin la Russie. L’intervention russe a été décisive non seulement au plan militaire mais aussi au plan diplomatique en renvoyant au statut de chimère le souhait occidental d’une élimination du pouvoir en place à Damas.

Certains Occidentaux pensent cependant encore que leur projet initial de destruction du pouvoir syrien est seulement différé dans le temps comme on a pu le comprendre, et comme le président syrien l’a compris, des propos de M. Macron lors de son interview du 17 décembre avec Laurent Delahousse sur France 2. De fait, les Occidentaux continuent à s’exprimer publiquement comme s’ils étaient les principaux acteurs, voire les seuls, de la défaite de Daesh en Syrie.

La mythologie diplomatique occidentale veut en effet que le gouvernement syrien n’a pas combattu le prétendu Etat Islamique voire même qu’il l’a parrainé.

C’est cette mythologie élaborée par des think-tanks essentiellement américains qui est dénoncée dans l’article que je vous propose. Ces think-tanks, tout en se parant de noms qui fleurent bon un académisme de bon aloi, produisent pourtant un savoir particulier en ce sens qu’il a pour but premier d’inciter des gouvernements à entreprendre certaines actions (belliqueuses) et qu’il ne s’appuie pas sur les méthodes et les travaux des chercheurs spécialisés dans les domaines de la science politique et des relations internationales.

Si on prête attention à cette tribune libre signée par deux universitaires, on comprend parfaitement que, au moins jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis donnaient la priorité non à la lutte contre Daesh mais à celle contre le gouvernement syrien dont la défaite était le préalable à l’élimination de Daesh.

Tribune libre: Les experts avaient tort à propos d’Assad et de l’État islamique. Comme d’habitude, ils ne veulent pas l’admettre

Par Max Abrahms et John Glaser, The Los Angeles Times (USA) 10 décembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

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John Glaser et Max Abrahms

L’Eta Islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2014, l’organisation extrémiste semblait avoir fait des avancées substantielles dans son projet avoué de constitution d’un Califat. Il comptait des dizaines de milliers de combattants et exerçait un contrôle sur un territoire à peu près aussi vaste que la Corée du Sud. Sous la plupart des aspects, l’Etat Islamique s’est effondré dans son bastion syrien ainsi qu’en Irak. Comme un ancien combattant étranger [de Daesh] le reconnaissait récemment, « C’est terminé ; il n’y a plus de Daesh. »

Le démantèlement de l’Etat Islamique doit choquer le chœur des journalistes et des experts qui ont passé des années à soutenir avec insistance qu’un tel résultat ne pourrait jamais être obtenu sans au préalable renverser le régime de Bachar Assad – qui est, bien sûr, toujours en place. Toute une troupe de faiseurs d’opinion ont pendant longtemps affirmé que l’Etat Islamique en Syrie allait prospérer en Syrie tant qu’Assad serait au pouvoir parce que l’Armée Arabe Syrienne faisait partie de la même maladie.

John Bolton, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies sous George W. Bush, affirmait dans le New York Times que « défaire l’Etat Islamique » n’est « ni faisable ni souhaitable » si Assad reste au pouvoir. S’exprimant dans le Wall Street Journal, les Sénateurs John McCain et Lindsey Graham prétendaient que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad. » Kenneth Pollack de la Brookings Institution prescrivait une politique de « construction d’une nouvelle armée de l’opposition syrienne capable de vaincre à la fois le Président Bachar al-Assad et les islamistes les plus militants. » De la même manière, Max Boot, qui collabore au Los Angeles Times, soutenait que vaincre l’Etat Islamique était futile sauf si les Etats Unis agissaient aussi pour déposer le « régime alaouite à Damas ». Comme d’autres marchands de changement de régime, il argumentait en faveur d’une zone d’exclusion aérienne à travers le pays pour faciliter les frappes aériennes contre le régime Assad tout en renforçant l’aide aux soi-disant rebelles modérés.

D’éminents spécialistes de la Syrie avaient aussi prétendu qu’Assad soutenait, et même parrainait l’Etat Islamique. Michael Weiss de CNN déclarait qu’Assad et le président russe Vladimir Poutine ne combattraient pas l’État islamique et que la Syrie et la Russie étaient la «force aérienne non déclarée» de l’organisation terroriste. Son co-auteur, Hassan Hassan ,  affirmait que le régime syrien n’a jamais combattu [État islamique] auparavant. »

Pendant un moment, partout où l’on regardait, les médias colportaient le même discours. Le Daily Beast présentait les combattants de l’État Islamique comme des «sbires d’Assad». Le New York Times promouvait l’idée que les «forces d’Assad aidaient» l’État islamique en « non seulement évitant » l’organisation terroriste « mais en essayant activement de renforcer ses positions ». Time Magazine répétait comme un perroquet la ligne pro-changement de régime selon laquelle « Bachar Assad ne combattra pas l’Etat Islamique. »

Mais ces arguments en vogue ont été, pour dire les choses gentiment, réfutés empiriquement [dans les faits].

Le dossier en faveur d’un changement de régime à Damas rappelait celui concocté pour Bagdad en 2003 : les interventionnistes avaient joué sur les peurs des Américains en prétendant que les dirigeants irakiens étaient de mèche avec les djihadistes salafistes (la tendance ultra-conservatrice au sein de l’Islam sunnite). Les preuves qu’Assad parrainait l’Etat Islamique était à peu près aussi solide que celle démontrant que Saddam Hussein soutenait al Qaïda.

Comme l’a relevé le spécialiste de la Syrie Aymenn Jawad Al-Tamimi en février 2014, l’Etat islamique « a des antécédents de combat contre le régime sur plusieurs fronts, y compris la zone de Cheikh Saïd dans la province d’Alep, la base aérienne militaire de Kuweiris (où une offensive est en cours sous la direction du bataillon muhajireen Suqur al-Izz, en coordination avec le Bataillon Vert, l’État islamique et Jabhat al-Nusra, à Nubl et Zahara ,  la base aérienne de la brigade 17 dans la province de Raqqa, l’aéroport militaire de Tabqa,  Qalamoun ,à Sayyida Zainab, et Sakhna dans le désert de Homs, la région de Qamishli et la province de Lattaquié. En plus de ces lieux, il faut aussi se souvenir du rôle décisif [de l’État islamique] dans la prise de la base aérienne de Mannagh . « 

L’idée que Assad « ne combattra pas l’Etat Islamique a toujours été fausse. L’idée que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad » était également fausse. Il devrait sembler évident aujourd’hui que l’Armée Arabe Syrienne a joué un rôle dans la dégradation de l’Etat Islamique en Syrie – pas seule évidemment, mais avec ses partenaires iranien et russe, sans même parler de l’impressionnante coalition emmenée par les Etats Unis. Contrairement aux attentes des experts, la disparition du groupe était inversement liée au pouvoir d’Assad. La fortune de l’État islamique diminuait à mesure que son influence [du gouvernement syrien] sur le pays augmentait.

Tout aussi contraire aux prédictions des analystes, l’organisation terroriste a implosé juste après que le soutien extérieur aux rebelles « modérés » s’est tari. L’affaiblissement des rebelles a été un revers majeur pour l’État islamique, car Assad pouvait finalement concentrer sa puissance de feu l’organisation terroriste. En outre, moins d’envois d’armes sur le théâtre des opérations signifiait moins d’armes tombées entre les mains des djihadistes salafistes.

Il est donc étrange que nous n’ayons pas entendu ces nombreux experts reconnaître leurs erreurs; ils ne sont pas pressés de faire acte de contrition pour avoir presque forcé au lancement d’une autre mission de changement de régime basée sur la base d’analyses discréditées.

Feu le bon sens commun était non seulement en opposition avec le constat empirique, mais complètement détachée des apports de la science politique. À quelques exceptions près, les chercheurs en relations internationales ont semblé se contenter de rester en retrait et de regarder les experts des think tanks faire l’analyse quotidienne de la situation en Syrie tout en ignorant les drapeaux rouges qui parsèment le domaine de la recherche.

Certaines des meilleures recherches en sciences politiques au cours des deux dernières décennies ont montré que les militants sont moins susceptibles d’émerger en réponse à des griefs politiques que des conditions propices à leur organisation. Pour l’État islamique, le « modèle d’opportunité » du terrorisme était toujours un meilleur ajustement que le «modèle des revendications». Après tout, c’est une organisation qui s’est établie dans le désert, loin de l’armée syrienne; a attaqué des cibles faciles comme les Yazidis qui n’ont jamais opprimé la population sunnite; et a implanté des branches dans des pays connus non pour leur gouvernement anti-sunnite, mais pour l’absence d’un gouvernement qui fonctionne.

Comme en Irak, une décennie plus tôt, un changement de régime en Syrie aurait créé le vide absolu de pouvoir qui aurait permis à l’État islamique de prospérer.

En outre, l’idée qu’injecter des armes et des combattants en Syrie amènerait à une réduction des troubles en Syrie est en réalité en contradiction avec tout ce que la recherche a établi. La littérature sur les conflits montre clairement qu’un soutien extérieur à l’opposition tend à exacerber et à étendre les guerres civiles qui, habituellement, ne se résorbent pas par des accords e partage de pouvoir entre des parties combattantes égales mais quand un camp – en général celui qui est déjà au pouvoir – parvient à dominer.

Le paradigme réaliste nous rappelle que les Etats Unis n’ont pas besoin de partager la même idéologie qu’un acteur international détestable pour accepter de travailler avec lui contre un ennemi commun. Avec sa sensibilité aux dépenses financières excessives et aux retours de bâton, le Réalisme souligne aussi les dangers des interventions militaires pour mettre en place des gouvernements à à travers le monde.

Même si le califat de l’Etat Islamique n’est plus, la guerre d’Assad contre les terroristes en Syrie continue. Espérons que les analyses à venir de ce conflit éviteront le genre de plaidoyers idéologiques anti-empiriques qui ont contribué à l’ascension d’al Qaïda en Irak et puis de l’Etat Islamique

Max Abrahms est professeur de sciences politiques à la Northeastern University et membre du Council on Foreign Relations. John Glaser est directeur des études de politique étrangère à l’Institut Cato.

Sur la Syrie, l’opinion publique américaine préfère Vladimir Poutine à Hillary Clinton et Barack Obama

3 novembre 2016

On a ici un sondeur déçu par le résultat d’une enquête réalisée par son institut. En effet, alors même que le souhait profond de cet universitaire est que l’opinion publique américaine mette dans un même sac le président syrien Bachar al-Assad et Daesh, il se trouve la dite opinion publique, même exposée aux arguments classiques de l’impérialisme, préfèrent placer en tête de ses priorités la défaite de Daesh.

Et pire encore, cette opinion publique américaine aimerait que son gouvernement se rapproche de celui de la Russie pour une lutte plus efficace.

Le sondage est fait par un institut universitaire, ce qui a sans doute empêché l’auteur de ce papier d’en manipuler les résultats.

Les Américains détestent plus l’Etat Islamique que Poutine ou Assad. Voici comment sont structurées leurs préférences politiques

par Shibley Telhami, The Washington Post (USA) 1er novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Même si l’élection présidentielle aux Etats Unis n’a guère porté sur de réelles questions politiques, le conflit en Syrie et la lutte contre l’Etat Islamique ont figuré parmi les problèmes politiques sensibles souvent débattus pendant l’année écoulée par Donald Trump et Hillary Clinton. Si tous deux ont souligné la menace que représente l’Etat Islamique, ils ont divergé sur la manière concrète de lui faire face.

Une nouvelle enquête d’opinion sur les questions sensibles [critical issues] de l’Université du Maryland – conduite par Nielsen Scarborough auprès d’un échantillon représentatif au niveau national de 1528 électeurs inscrits avec une marge d’erreur de 2,5 % – apporte un éclairage nouveau sur la façon dont l’opinion publique américaine se positionne sur ces questions. Il s’avère que les Américains souhaitent mettre de côté les divergences avec la Russie pour unir les efforts contre l’Etat Islamique (ISIS dans l’enquête). Ce qui ne signifie pas que les Américains ont confiance en la Russie ou qu’ils aiment son président, Vladimir Poutine. En fait, les Américains n’aiment pas Poutine: les Démocrates l’identifient dans une réponse à une question ouverte comme étant la personne la plus détestée parmi les responsables politiques qu’ils soient américains ou étrangers tandis que les Républicains le considèrent comme la quatrième personnalité la plus détestée, tout près de Kim Jong Un mais loin derrière leurs cibles intérieures que sont le Président Obama et Mme Clinton.

Nommez SVP un dirigeant national ou étranger que vous détestez (répondants démocrates en bleu, républicains en rouge)

En dépit de l’expression de cette animosité à l’égard de Poutine, l’opinion américaine est encline à mettre de côté les différences avec la Russie pour affronter l’Etat Islamique, malgré même le fait que Moscou travaille aussi avec les opposants aux Etats Unis que sont le régime syrien du président Bachar al-Assad, le Hezbollah et l’Iran. Et alors que les Américains continuent à exprimer des réserves quant à une extension de l’engagement militaire US en Syrie, l’électorat de Trump exprime des vues beaucoup plus bellicistes non seulement par rapport à l’électorat de Clinton mais aussi par rapport aux déclarations de Trump.

Commençons par les attitudes à l’égard des relations avec la Russie sur la Syrie. Les Américains, quelles que soient leurs tendances partisanes sont d’accord sur une question : le degré auquel ils voudraient voir une plus grande coopération russo-américaine. Pour deux tiers des personnes interrogées, le niveau actuel de coopération est plus faible que celui qu’elles souhaiteraient, c’est le cas de 72 % des républicains et de 65 % des démocrates.

Dans l’ensemble, comment décririez vous le niveau actuel de la coopération russo-américaine dans le conflit syrien (les barres tout en bas correspondent à ceux qui la jugent insuffisante)

Après avoir rappelé aux personnes interrogées le fait que les Etats Unis et la Russie soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien même si les deux pays veulent vaincre l’Etat islamique, nous avons demandé aux personnes quelle était la meilleure façon de vaincre l’Etat Islamique. Quelque 60 % – dont 2/3 des républicains et une majorité des Démocrates – ont indiqué préférer que soient mises de côté les divergences avec la Russie pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat Islamique.

Quelle est selon vous la meilleure façon pour l’Amérique de combattre Daesh?

A l’évidence, un des facteurs qui sous-tend ces attitudes est le fait que l’opinion a identifié depuis des mois, dès novembre 2014,l’Etat Islamique comme étant la principale menace pour les intérêts américains. En fait, dans la présente enquête, la lutte contre l’Etat Islamique supplante même l’immigration et le déficit commercial comme priorité pour l’opinion américaine. Quand on leur a demandé de choisir leurs plus grandes priorités parmi un certain nombre de problèmes qui comprenaient la montée en puissance de la Chine et l’affirmation russe, la lutte contre l’Etat Islamique est arrivée en tête avec 53 % des répondants l’identifiant comme une de leurs deux plus grandes priorités.

Parmi les problèmes suivants, lesquels devraient être les plus grandes priorités des Etats Unis?

Cet accent mis par l’opinion publique sur la menace de l’Etat Islamique prime sur toutes les autres préoccupations, même celles qui portent sur l’assurance [retrouvée] de la Russie. Il devance aussi les inquiétudes du public relativement à Assad. Il est bien sûr possible que le public américain, distrait par sa campagne présidentielle, n’ait pas accordé suffisamment d’attention aux informations sur les bombardements de la Russie et di gouvernement syrien qui ont tué beaucoup de civils et détruit des hôpitaux. Il est aussi peu probable qu’une grande partie du public ait été informé des arguments selon lesquels Assad avait un intérêt à l’ascension de l’Etat Islamique afin de détourner les énergies locales et internationales qui se seraient, sinon, concentrées sut son éviction. Mais la crise syrienne dure depuis plusieurs années et les informations des médias américains se sont concentrées sur les atrocités et les réfugiés bien avant le début de la campagne électorale. Beaucoup d’Américains ont une aversion profonde pour Assad (il est classé sixième sur la liste des personnalités les plus détestées) et veulent voir un changement de régime en Syrie. Dans une question qui portait spécifiquement sur ce sur quoi ils aimeraient que les Etats Unis se concentrent en Syrie, 35 % des répondants disent qu’ils considèrent comme une priorité la défaite et la fin du régime Assad. Cependant 52 % considèrent que vaincre l’Etat Islamique est la première priorité contre seulement 2 % pour qui l’éviction d’Assad est la principale priorité.

Quel devrait être le premier objectif de l’engagement militaire américain en Syrie? (1 % des républicains et 3 % des Démocrates pensent que l’éviction d’Assad devrait être le premier objectif).

La préférence pour une coopération avec la Russie peut être aussi vue comme un choix entre deux mauvaises alternatives. Deux tiers des répondants craignent de donner un soutien militaire significatif aux rebelles syriens qui peuvent avoir dans leurs rangs des éléments islamistes autres que ceux de l’Etat Islamique ou d’al Qaïda. Même avoir présenté aux répondants une série d’arguments classiques pour ou contre l’envoi d’une importante force militaire terrestre américaine pour aider à vaincre l’Etat Islamique, 63 % des Américains restent opposés à une telle mesure.

Etes-vous favorable au déploiement d’importantes forces terrestres américaines en Syrie et en Irak pour combattre Daesh?

S’il existe un dossier solide pour soutenir que lutter contre Assad ou contrer la politique étrangère russe  devrait être au moins aussi important que combattre l’Etat Islamique – ou que la menace de l’Etat Islamique est peut-être exagérée compte tenu des autres priorités des Etats Unis dans le monde – cette enquête montre que les Américains ne l’ont pas entendu. Pour l’instant, confronter l’Etat Islamique l’emporte sur tout le reste, y compris l’hostilité à l’égard de Poutine et Assad.

Shibley Telhami est professeur titulaire de la chaire Sadate et directeur de Critical Issues Poll à l’université du Maryland Critical Issues Poll. Il est professeur associé à la Brookings Institution.

Le tueur d’Orlando était pro Daesh et pro Hezbollah

13 juin 2016

Daesh et le Hezbollah se livrent  pourtant une guerre sans merci au Liban et en Syrie!

Omar Mateen, le tueur d’Orlando en Floride se serait auto-radicalisé sur Internet. C’est du moins ce qu’on peut lire dans nos journaux et n’est pas sans nous rappeler un certain Mohamed Merah.

Dans tous les cas d’auto-radicalisation, on s’apercevra que non seulement les auto-radicalisés n’étaient pas à proprement parler des loups solitaires mais qu’ ils étaient connus des services de police.

C’est bien entendu le cas d’Omar Mateen dont l’action criminelle a coûté la vie à une cinquantaine de clients d’une boîte de nuit d’orlando.  C’est d’ailleurs à la police que Omar Mateen a déclaré faire allégeance à Daesh. On dira que le message a été transmis à qui de droit…

PHOTO: Orlando shooting suspect Omar Mateen is pictured in an undated photo from Myspace.

Omar Mateen avait aussi fait allégeance au New York Police Department

Les victimes d’Orlando ont ceci de particulier qu’elles sont homosexuelles, ou membres de ce qu’on appelle aux Etats Unis, et maintenant dans le reste de l’Occident, de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).

La qualité des victimes invite tout naturellement à considérer le massacre comme motivé par l’homophobie.

C’est ainsi que sont fixés les cadres de lecture de cette ignominie et l’accent est mis tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre: l’accent mis sur l’islamophobie aux Etats Unis comme en témoignent les recensions des crimes contre les homosexuels dans ce pays, accent mis sur la façon dont Daesh traite les homosexuels en Irak et en Syrie, c’est-à-dire en les tuant avec une cruauté innommable; accent mis sur la religion musulmane en général (avec dans ce cas parfois une dérive vers l’évocation de la façon de voir d’autres religions).

Tout cela est sans doute digne d’intérêt mais passe quand même à côté de l’essentiel (après les victimes elles-mêmes). Et cet essentiel est le contexte politique dans lequel s’inscrit ce crime: dans un pays en pleine campagne pour les primaires présidentielles dans laquelle les thèmes du terrorisme et de l’Islam sont centraux; dans un pays qui déploie sa guerre contre le terrorisme dans de nombreux pays musulmans en Afrique et en Asie. Un pays qui dépêche en ce moment une importante force navale au large des côtes de la Syrie et est de plus en plus actif militairement en Afghanistan.

L’attentat s’est effectivement et tout naturellement invité dans la campagne pour l’investiture, Mme Clinton  se lançant dans un plaidoyer pour la réforme du commerce et de la détentions d’armes à feu, tandis que Donald Trump explique que l’attentat justifie ses mises en garde relatives à la présence musulmane aux Etats Unis.

Mme Clinton a également eu des accents « vallsiens » en appelant à l’unité nationale. Elle a bien senti que ce crime pourrait bien aussi compliquer sa campagne face à Trump. Et elle adresse un gage aux néoconservateurs en appelant à accroître l’engagement militaire de son pays au Moyen Orient. Un engagement qui, on le sait, est pourtant à la source de bien des déboires et de malheurs pour les Américains mais surtout pour un certain nombre d’autres peuples.

Quant à ceux qu’on appelle LGBT aux Etats Unis, ils ont souvent été et sont aux côtés du peuple palestinien, au grand dam du lobby sioniste. En ce sens, les victimes d’Orlando ne sont pas une grande perte pour les tenants du lobby sioniste à qui elle apportent beaucoup plus mortes que vives.

FBI: le tueur d’Orlando avait affirmé soutenir de multiples organisations

par Julian Hattem, The Hill (USA) 13 juin 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’homme derrière le massacre par balles le plus meurtrier de l’histoire des Etats Unis a semblé soutenir de multiples organisations différentes parfois en opposition, selon le FBI, ce qui complique la compréhension du mobile d’Omar Mateen.

Mateen a dit à un opérateur du 911 (Police Secours aux Etats Unis) pendant qu’il était retranché dans la boîte de nuit d’Orlando en Floride, qu’il avait un lien [d’allégeance avec Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh).

Mais il avait aussi fait part de son soutien aux auteurs de l’attentat à la bombe du marathon de Boston et à un Américain qui s’était fait exploser en Syrie au nom d’un autre groupe extrémiste, le Front al Nosra, qui est lié à al Qaïda, a déclaré de directeur du FBI James Comey à la presse lundi.

Au cours d’une enquête antérieure, le FBI avait aussi découvert qu’il se serait vanté d’avoir des connexions avec al Qaïda et le Hezbollah, une organisation militante chiite qui est en opposition avec la branche sunnite de l’Islam d’al Qaïda. L’enquête avait été classée en 2017 quand les officiels avaient conclu qu’il n’y avait pas assez d’éléments pour demander une inculpation dans cette affaire.

L’évocation d’organisations extrémistes multiples brosse un tableau compliqué pour le FBI qui continue à enquêter pour déterminer pourquoi Mateen a tué 49 personnes à Pulse, une boîte de nuit homosexuelle tôt dans la matinée de dimanche.

« Je ne sais pas quoi faire de ça, sauf que ça met en relief l’importance du travail que nous faisons en ce ce moment pour découvrir et comprendre tout de ses motivations et, si elles sont multiples, ce qu’elles sont et comment les démêler, » a déclaré Comey pendant un briefing au siège du FBI à Washington.

« Nous allons continuer à aller de l’avant dans cette enquête – et vers le passé, » a ajouté Comey. « Nous ne laisserons pas une pierre non retournée. Et nous travaillerons jour et nuit pour comprendre le cheminement de cet acte terrible. »

La tuerie perpétrée par Mateen fait l’objet d’une enquête pour acte de terrorisme mais Comey et d’autres officiels ont affirmé ne pas croire qu’elle a été dirigée par une organisation terroriste étrangère ou qu’elle relève d’un réseau agissant à l’intérieur des Etats Unis.

Pour les Etats Unis, Alep est la bataille que l’armée syrienne ne doit pas gagner

26 mai 2016

On lit assez rarement des analyses produites par des spécialistes russes des questions de politique internationale ou de défense. Raison de plus pour traduire cet article qui fait utilement le point sur la situation politique et militaire en Syrie.

Si le parti pris est clairement orienté en faveur des autorités russes et du gouvernement syrien, il me semble que l’article brosse néanmoins un tableau exact de la situation et des perspectives pour la Syrie.

On le reconnaîtra d’autant plus aisément qu’on aura compris que ce qui se passe en Syrie n’est pas l’affrontement entre une affreuse dictature (qu’on pense que le régime en place soit ou pas une affreuse dictature selon qu’on est pro régime ou pas) et des partisans de la démocratie. Et que les Etats Unis n’ont pas pour projet d’installer à Damas un gouvernement respectueux du droit.

L’importance de la bataille d’Alep

Par Alexander Kuznetsov, Strategic Culture (Russie) 25 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

De rudes combats se poursuivent à Alep. Après la violation de l’accord de cessez-le-feu par l’opposition armée, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une offensive pour encercler entièrement et prendre le contrôle complet de la partie occidentale de la ville qui est aux mains des militants.

Les forces anti-gouvernementales bombardent régulièrement les civils dans les quartiers chrétiens d’Alep et dans le district Cheikh Maqsoud qui est peuplé de Kurdes. Un résultat de cette nouvelle phase de la campagne militaire a été l’accroissement de l’influence des organisations djihadistes, en particulier du Jabhat al-Nosra. C’est cette organisation et ses alliés que la Turquie et les Etats Unis essayent de faire passer pour « l’opposition modérée » qui est supposée capable de vaincre l’Etat Islamique (Daesh). Mais quand on en vient à leurs méthodes pour éliminer leurs adversaires politiques et les Chrétiens, ces organisations islamiques radicales sont indiscernables.

Cheikh Maqsoud

Quartier Cheikh Maqsoud à Alep

Le leader d’al-Qaïda exhorte les militants “modérés” et “extrémistes” à s’unir.

On doit remarquer qu’encore une autre organisation djihadiste est apparue en Syrie en mars-avril de l’an dernier. Elle est connue sous l’appellation de Djeich al-Fatah. Cette organisation réunit Ahrar al-Cham et Jound al-Aqsa en plus du Jabhat al-Nosra. La plupart des experts considèrent Ahrar al-Cham comme étant une organisation salafiste-djihadiste du même type que le Jabhat al-Nosra qui a été inscrit par le Conseil de Sécurité de l’ONU dans sa liste d’organisations terroristes.

En 2015 , l’ancien chef de Ahrar al-Sham, Hassan Abboud, décrivait ainsi ses différences avec l’État Islamique: « La démocratie est une épée que ‘Occident tient au dessus dles autres nations. Elle est un moyen pour que seulement quelques personnes puissent contrôler une nation. Conformément à la charia, il y a plusieurs façons de choisir un dirigeant. Dans une monarchie, le successeur hérite de son titre. Dans d’autres sociétés qui observent les règles de la charia, le dirigeant est choisi par les hommes les plus sages et les plus respectables après consultation du peuple. Toutes ces méthodes sont légitimes. Nous reconnaissons que, idéalement, il devrait y avoir un calife et ses esclaves. Nos différences avec l’État islamique concernent des questions de forme, pas de substance. La proclamation du califat était prématurée et n’a pas été suivie par l’accomplissement de toutes les procédures institutionnelles ».

L’ancien leader de Ahrar al-Cham considère que contrer la “menace chiite” est la plus importante tâche à accomplir actuellement. Il affirme que « la faucille chiite est brandie autour de la Oumma islamique. Cette faucille safavide perse est l’obstacle principal à la restauration de sa gloire [de la Oumma] ». Le mot « faucille » doit bien entendu être entendu comme le « croisant chiite » – la coalition formée par l’Iran avec la Syrie et le Hezbollah. Cet intéressant adjectif « safavide » renvoie à l’Iran. L’Islam chiite devint la religion officielle de l’Iran sous la dynastie safavide (1506-1721), et les salafistes utilisent souvent ce terme quand ils parlent de l’Iran contemporain.

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Ayman al – Zawahiri

En attendant, Ayman al-Zawahiri, le chef de l’organisation terroriste Al-Qaïda, dont le Jabhat al-Nosra fait partie, a lancé un appel à tous les opposants au gouvernement syrien légitime pour leur demander de consolider leur unité face à l’offensive de l’armée gouvernementale syrienne dans le secteur d’Alep. «Soit vous vous unissez, soit vous mourrez », a déclaré le chef terroriste qui a salué le rôle du Jabhat al-Nosra et a farouchement critiqué le cessez- le –feu en Syrie. Le chef d’Al-Qaïda a exigé que les «vrais musulmans» de tous les pays concentrent leurs efforts sur le djihad en Syrie. Il affirme que «si les Moudjahidin ne s’unissent pas, c’est la défaite des mains des croisés russes et occidentaux qui les attend».

Hamza ben Laden, le fils d’Oussama ben Laden âgé de 23 ans, s’est lui-même allié au leader d’al Qaïda pour soutenir le Jabhat al-Nosra. Il affirme que « la Oumma islamique doit se concentrer sur le djihad en Syrie et resserrer les rangs en laissant derrière les désaccords du moment. »

La pseudo guerre de la Turquie contre l’Etat Islamique

Après ces événements, Ankara est devenu soudain méfiant à l’égard de l’Etat islamique en expansion dans le nord de la Syrie. Erdogan a non seulement annoncé son intention d’éliminer les miliciens de l’Etat Islamique du côté syrien de la frontière, mais il a également refusé d’écarter l’éventualité d’une participation des forces terrestres turques à des opérations localisées contre ce groupe terroriste. Le 6 Avril, une compagnie combattante composée de factions armées de Turkmènes syriens financés par les services de renseignement turcs, associée à plusieurs unités de Salafistes, a pris la ville d’al-Rai aux rebelles Etat islamique et menacé d’avancer vers Azaz, avant d’être repoussés le 11 avril par les djihadistes. Cela était compréhensible : les militants de Daesh prennent leur combat au sérieux – quand ils vont au combat, ils ne bluffent pas.

The Azaz corridor is closed-MKH

Le corridor d’Azaz, vital pour le Jabhat al Nosra a été coupé par l’armée syrienne

Selon les informations fournies par le journaliste turc Burak Bekdil, après que Ankara  a officiellement rejoint la coalition anti-terroriste, le flux d’armes et d’explosifs qui passent par la Turquie vers les régions contrôlées par Daesh n’a non seulement  pas diminué, mais a même augmenté. L’an dernier, 2.500 tonnes de nitrate d’ammonium, 456 tonnes de nitrate de potasse, et 75 tonnes de poudre d’aluminium sont passées de la Turquie dans des régions sous contrôle terroriste. Tous ces ingrédients servent à fabriquer des engins explosifs artisanaux.

En dépit d’une série d’actions terroristes perpétrées par des partisans de l’Etat Islamique en Turquie, un tribunal turc a libéré le 24 mars sept membres de Daesh, dont un cadre militaire. Une telle clémence aboutit à des changements irréversibles dans la société turque. Selon des enquêtes d’opinion, près de 10 % des citoyens turcs (soit près de huit millions de personnes) ont une image positive de l’Etat Islamique et ne le considèrent pas comme une organisation terroriste. C’est une quasi garantie que le flux de nouveaux combattants  venant de Turquie pour intégrer les rangs de Daesh va se maintenir.

Qu’est-ce qui a précipité ce changement de comportement de la Turquie – un pays qui encore récemment était considéré comme le parrain officieux de l’Etat Islamique? En tout premier lieu, les Unités de Protection du Peuple Kurde en Syrie (YPG), qui entretiennent des liens étroits avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) ont récemment démontré leur capacité à remporter des succès militaires contre l’Etat Islamique. Deuxièmement, après les coups sévères infligés par l’aviation militaire russe, l’entente de la famille Erdogan avec Daesh pour le commerce du pétrole syrien n’est plus aussi profitable qu’elle l’était avant. Tout cela oblige Ankara à revenir sur sa cooperation avec l’Etat Islamique et à opérer un changement en travaillant avec le Jabhat al-Nosra et les organisations qui lui sont alliées.

Le changement de tactique d’Ankara à l’égard de la Syrie a l’entier soutien de Washington. La récente livraison par les Etats Unis à la Turquie de systemes de roquettes d’artillerie ultra-mobiles fait résonner le signal d’alarme. Ces systems sont capables de tirer des missiles à 90 kilomètres à l’intérieur du territoire syrien. Dans son interview du 10 mai dernier avec la correspondante de CNN Christiane Amanpour, le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a averti la Russie de gros problems à venir si elle continuait à soutenir l’offensive du gouvernement syrien à Alep. Il observait que « la Russie a un intérêt à ne pas se retrouver enlisée des années en Syrie…  [et] devenir la cible de l’ensemble du monde Sunnite et d’avoir tous les djihadistes de la region cherchant à attaquer la Russie. »

Les Etats Unis sont prêts faire tout ce qu’il faut pour empêcher le gouvernement de Bachar al-Assad de se renforcer. Si les troupes gouvernementales obtiennent une victoire militaire dans la région d’Alep, environ 90 % du territoire syrien serait sous le contrôle du gouvernement légitime. Et ça ne fait pas partie des plans de l’Occident. Alors John Kerry menace de fixer une date butoir en août 2016 pour que la Russie aide à la formation d’un gouvernement de transition en Syrie, en affirmant que dans le cas contraire, les livraisons d’armes américaines commenceront à affluer dans les rangs de « l’opposition modérée. » Nous savons fort bien ce à quoi ressemble une « période de transition » à la mode américaine – nous l’avons vu en Irak et en Libye. Cette période a commencé en Irak après l’occupation américaine en 2003 et se poursuit à ce jour, accompagnée d’explosions incessantes à Bagdad, d’une corruption chronique et d’une guerre civile dans les provinces du nord du pays. En Libye, la « période de transition » s’est terminée par l’effondrement de l’Etat. Et c’est ce futur que les Etats Unis ont à l’esprit pour la Syrie. Les bons vieux plans n’ont pas changé.

Comment la presse rend compte de l’alliance entre les Etats Unis et al Qaïda en Syrie

3 avril 2015

Il y a un bon moment que Nidal (un pseudonyme adopté par un blogueur français) ne met plus à jour son blog mais continue à commenter l’actualité sur la plateforme Seenthis.

Ce fin observateur de la situation politique au Proche Orient mais aussi des médias fait ainsi une observation incisive sur la manière dont la presse française (ici le magazine Le Point) rend compte des récents revers subis par l’armée gouvernementale syrienne à Idleb, près de la frontière avec la Turquie, et au sud, à la frontière avec la Jordanie.

Les miliciens d'al Qaïda en Syriedéfilent  avec leurs véhicules neufs

Les miliciens d’al Qaïda en Syrie défilent avec leurs véhicules neufs

L’exercice journalistique sur lequel Nidal attire notre attention consiste à citer les protagonistes, c’est-à-dire les Etats Unis et al Qaïda, mais aussi loin que possibles l’un de l’autre dans l’article.

Nidal (@nidal) Retour des «rebelles» de l’AFP, avec un gros effort rédactionnel pour noyer le poisson. En supprimant le superflu, l’essentiel ressort pourtant clairement: la Turquie et la Jordanie arment massivement Al Qaeda en Syrie, avec l’argent de l’Arabie séoudite et le soutien des États-Unis.

_En Syrie, les rebelles infligent revers après revers au régime_
http://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-les-rebelles-infligent-revers-apres-revers-au-regime-02-04-2015-1918354_24.php

❝Dans le nord-ouest de la Syrie, la prise d’Idleb le 28 mars par la branche syrienne d’Al-Qaïda et des rebelles a été une cuisante défaite pour Damas […] La ville est tombée en quelques jours « grâce au grand nombre d’insurgés et surtout aux quantités d’armes parvenues via la Turquie »

[…]

« L’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Turquie ont pris la décision (…) d’arrêter la progression de l’Iran en Syrie comme au Yémen. » En Syrie, […] « ces puissances régionales veulent reprendre l’initiative », dit-il. Et, selon lui, la Turquie et la Jordanie ont laissé passer beaucoup d’armes dernièrement pour renforcer les rebelles, sous-équipés pour lutter contre une armée dotée de moyens bien supérieurs comme les avions.

[…]

L’aide de ces pays, appuyés par les États-Unis, est désormais « plus efficace et plus substantielle »❞

Le principe dans ce genre d’article, c’est de positionner le mot «États-Unis» aussi loin que possible de «Al-Qaïda».

http://seenthis.net/messages/357695

Selon le Sénateur John McCain le modèle afghan doit inspirer les Etats Unis en Ukraine

3 mars 2015

John McCain, ce Sénateur américain qui a été le concurrent Républicain malheureux de Barack Obama dans la course à la présidentielle de 2008 s’est montré un des politiciens américains parmi les plus belliqueux.

Il a ainsi joué un rôle important en Libye et en Syrie en tant que représentant du parti de la guerre, un parti qui réunit indifféremment des Démocrates et des Républicains.

John McCain décore un "djihadiste" en Syrie

John McCain décore un « djihadiste » en Syrie

Tout naturellement, il tient un rôle semblable en ce qui concerne la crise ukrainienne pour laquelle il se montre un chaud partisan de la livraison d’armes « létales » au gouvernement fantoche de Kiev.

McCain fait partie de ces gens qu’on considère comme des patriotes aux Etats Unis, en particulier du fait de sa participation à la guerre du Vietnam où il fut fait prisonnier après la destruction en vol du bombardier qu’il pilotait.

John McCain aux commandes d'un avion de combat

John McCain aux commandes d’un avion de combat

Mais si on peut penser qu’il a été patriote, peut-on affirmer qu’il l’est encore aujourd’hui ?

Rien n’est moins sûr quand on voit avec quels arguments il plaide en faveur de la livraison d’armes à l’armée ukrainienne. En effet, le Sénateur donne comme exemple d’une stratégie de ce type réussie celui du soutien apporté par les Etats Unis et leurs amis aux forces qui combattaient les Soviétiques et le régime pro-soviétique en Afghanistan.

Or nous savons qui étaient ces miliciens soutenus par l’Occident en qualité de combattants de la liberté : le Talibans, Ben Laden et al Qaïda et une série de seigneurs de la guerre âpres au gain.

Les mêmes que les Etats Unis affirment combattre aujourd’hui dans le cadre de la guerre contre le terrorisme !

Les mêmes que le parti de la guerre dont la figure patriotique est John McCain soutient en Syrie !

Citant les moudjahidine soutenus par Ben Laden, McCain donne les pires arguments possibles en faveur de livraisons d’armes à l’armée ukrainienne

par Sam Sacks, The District Sentinel (USA) February 26, 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

En essayant de ridiculiser un officiel de l’armée pendant une audition devant la Commission sénatoriale des Forces Armées, le Sénateur John McCain (Républicain, Arizona) a proposé une analyse incroyablement inexacte de l’histoire récente pour justifier la livraison d’armes offensives au gouvernement ukrainien pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie.

« C’est un défi à la logique, » a déclaré jeudi le Sénateur McCain pendant l’audition, en référence à l’assertion du Général Vincent Stewart selon laquelle les Etats Unis ne se seraient pas en mesure de livrer suffisamment rapidement des armes offensives à l’armée de Kiev pour changer le sort des armes en Ukraine orientale.

« Nous pouvons les mettre dans des avions et les envoyer là bas – comment pouvez vous justifier une telle déclaration ? a ajouté McCain.

Stewart, qui s’exprimait au côté du Directeur du renseignement national à l’audition sur les menaces mondiales, a présenté une analyse qui donne matière à réflexion sur la situation à laquelle les Etats Unis seront confrontés s’ils décident d’inonder d’armes supplémentaires le champ de bataille déjà meurtrier du Donsbass.

« La Russie et les séparatistes ont des lignes en profondeur qui leur permettent de rééquiper beaucoup plus vite avec des armes plus lourdes que ce que nous pouvons livrer, » a déclaré le Général Stewart au Sénateur.

« Ce serait une course pour voir qui peut armer et je pense qu’avec leurs lignes terrestres ils auraient un avantage significatif sur le terrain, » a-t-il ajouté.

Irrité par l’analyse du Général, McCain a évoqué l’intervention militaire soviétique en Afghanistan dans les années 1980 comme une histoire réussie de ce qui se passe quand les Etats Unis livrent des armes dans une guerre par procuration contre les Russes.

« Je suis sûr que les Russes disposaient d’un avantage significatif quand ils ont envahi l’Afghanistan. Je suis sûr que nous avons vu quelles ont été les conséquences tout au long de l’histoire, quand nous avons aidé des peuples qui avaient été envahis et opprimés et quand nous ne l’avons pas fait. »

Dans le cas de l’Afghanistan, les conséquences, qui ont été rapportées de manière exhaustive furent l’ascension des Talibans et des décennies de guerre, avec plus de 13 ans d’engagement militaire des Etats Unis contre exactement les mêmes gens que ceux que le Pentagone avait armé secrètement dans les années 1980 – des militants parmi lesquels Ben Laden en personne.

Si la livraison d’armes aux rebelles afghans a sans doute contribué à l’effondrement de l’Union Soviétique suite à sa mésaventure militaire, elle a aussi semé les graines qu’ont suivies les Etats Unis des années plus tard quand ils sont partis sur les traces des Soviétiques pour aller en guerre en Afghanistan, à ce jour la plus longue guerre de l’histoire de notre pays.

L’histoire récente, en Irak, en Libye et en Syrie prouve à nouveau que inonder le monde avec des armes a débouché sur des conséquences imprévues et, tragiquement, à plus d’effusion de sang dans les conflits.

En effet, nous avons vu quelles ont été les conséquences, Monsieur le Sénateur.

Robert Ford, celui qui voulait armer les « rebelles » en Syrie, reconnaît maintenant qu’ils ne représentent rien

19 février 2015

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l’acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n’est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu’a fait avec entrain et ténacité l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l’évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s’est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu’un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C’est exactement ce qui s’est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu’avant-garde de la communauté internationale.

Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n’ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L’idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n’aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n’a pas été possible parce que l’armée gouvernementale ne s’est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l’Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu’elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l’appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.

Aujourd’hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n’a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu’il recommande l’envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu’il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l’Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.

Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d’al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l’histoire de la crise syrienne

Après avoir été un de ses principaux promoteurs, l’ex-ambassadeur des Etats Unis n’est plus favorable à l’armement des rebelles

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l’intérieur d’une administration réticente en faveur de l’armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l’Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l’administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu’ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l’opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l’option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d’entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d’attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n’a aucun intérêt d’envoyer de l’aide au camp du perdant.

« Nous devons faire face à la réalité telle qu’elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n’ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra. »

Le ton de Ford sonne aujourd’hui comme celui d’une personne différente de l’optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: « Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d’Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l’Etat islamique « .

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l’opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles – et leurs parrains en Turquie et au Qatar – ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu’en fait c’était une branche d’Al-Qaïda dont l’idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l’État islamique. L’administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d’organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »

En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s’exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d’un séminaire le mois dernier en présence d’un public auquel participaient des figures importantes de l’opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d’avertissement que ce qu’il allait dire était « ne serait pas populaire» parmi la partie de l’assistance appartenant à l’opposition syrienne.

Il s’est ensuite lancé dans un acte d’accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu’ils pouvaient oublier l’aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s’étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l’administration et d’une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

« Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l’aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime », a déclaré Ford. « Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés. »

La plupart des membres de l’auditoire étaient familiers avec l’historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu’un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l’administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s’être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n’a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » – mais maintenant, il n’épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n’est guère patient devant l’argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d’autres partenaires infréquentables à cause des promesses d’assistance non tenues par l’Occident. Il faut qu’on s’accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d’aligner une opposition efficace quand personne n’est d’accord sur qui ou quoi est l’ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l’ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat islamique était vouée à l’échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d’Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l’Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.

« L’effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu’est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l’armée syrienne a été très affaiblie et qu’il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d’une détente des relatiosns de l’Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d’avoir une discussion sérieuse sur l’envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l’anarchie un écheveau d’organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n’en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l’homme connu pour plaider en faveur d’une plus grande implication des États Unis, « alors nous n’avons plus qu’à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

Islamo-fascisme et responsabilités de l’Islam de France: aux sources de la « pensée » de Manuel Valls

17 février 2015

Les attentats de Paris, la marche « républicaine » du 11 janvier, les tout récents attentats de Copenhague et enfin la profanation d’un cimetière juif en Alsace mettent au centre du débat politique français les questions de l’Islam et de l’antisémitisme.

Peu importe si la profanation du cimetière juif est probablement plus le fait d’adolescents désoeuvrés qui s’approprient ainsi un territoire sinon ignoré d’eux et des camarades du même âge, et surtout si ces sales gosses ne sont pas musulmans.

Le président Hollande qui s’est déplacé pour faire part de son indignation devant cette profanation n’a curieusement pas insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation à la laïcité. Il est vrai qu’un tel propos aurait été plutôt mal venu dans un département où le régime de la laïcité ne s’applique pas sauf pour la religion musulmane!

De toute façon, cet incident effectivement déplorable  sera exploité jusqu’à la corde et finira par abonder le discours sur les Musulmans et le nouvel antisémitisme, une thématique en quelque sorte théorisée par le premier ministre Manuel Valls sous l’appellation d’islamo-fascisme .

On voit bien l’intérêt de cette notion d’islamo-fascisme qui renvoie à une menace de nature non seulement sécuritaire mais politique pour la démocratie française et même européenne et justifie un rassemblement de tous ceux qui veulent protéger les libertés publiques. Un autre avantage de cette notion est qu’elle fait le lien avec ceux qui, en terre d’Islam, l’utilisent pour populariser et faire comprendre en Occident leur combat contre les mouvements politiques islamistes.

Ces confusions sont dangereuses parce qu’elles ne font finalement que convoquer à chaque fois l’imaginaire politique occidental et interdisent l’analyse concrète des réalités politiques des pays concernés.

Je fais partie des gens qui estiment qu’on ne doit pas dire n’importe quoi au prétexte que tel ou tel argument sert la cause à laquelle on adhère. C’est ce qu’on appelle de la propagande et je la laisse à ceux qui ont un avantage à en tirer. Je considère notamment qu’on n’a pas besoin de qualifier de manière erronée l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) ou al Qaïda de mouvements fascistes (islamo-fascistes) pour rejeter leurs thèses et leurs procédés.

Si on en revient à ce terme d’islamo-fascisme, il faut bien garder en mémoire son origine dans les milieux néo-conservateurs américains et sa reprise par leurs homologues européens tels Bernard-Botul-Henri Lévy, Caroline Fourest ou Geert Wilders.

La nouveauté, c’est que le terme est aujourd’hui repris par le premier ministre d’un gouvernement français réputé de gauche, ce qui est un signe à la fois d’un grave déficit de culture historique et politique chez Manuel Valls et de l’adhésion de ce dernier à la vision néo-conservatrice de l’Islam et des Musulmans.

Mme Valls n'a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates

Mme Valls n’a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates. malheureusement.

Le premier ministre ne s’est par ailleurs pas borné à appeler à la lutte « dans l’unité » contre l’islamo-fascisme puisque dans cette unité, il met cependant à part les Musulmans : «

Il faut une rupture. Il faut que l’islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités», a réclamé le premier ministre. «C’est ce que demande d’ailleurs l’immense majorité de nos compatriotes musulmans qui n’en peuvent plus d’être confondus avec cette terreur», a-t-il conclu.

Les choses sont dites : dans la France qui ne connaît pas de communauté, les Musulmans doivent prendre leurs responsabilités en tant que tels (il est en outre question d’un Islam « de France » ).

Nous avons là aussi un mécanisme de pensée, en contradiction avec la laïcité, élaboré par les néo conservateurs qui semblent décidément plus inspirer Manuel Valls que Louis Blanc ou Jean Jaurès,

La doctrine d’action qu’on devine chez Manuel Valls est clairement exposée par David P. Goldman, un spécialiste de la finance (et de musicologie) mais aussi essayiste néo-conservateur influent aux Etats Unis. Comme tous les néo conservateurs, croyants ou non, David P. Goldman inscrit sa réflexion dans une perspective « judéo-chrétienne », juive en réalité mais l’oxymore du judéo-christianisme est un passe-partout idéologique efficace. Comme un certain nombre d’intellectuels néo-conservateurs, David P. Goldman a fait un passage par l’extrême gauche avant de s’orienter vers l’extrême droite.

David P. Goldman: virer Obama améliorera l'économie

David P. Goldman: virer Obama améliorera l’économie

Je doute que Manuel Valls adhère à la radicalité de ce qui est proposé mais il est clair qu’il en assume l’esprit.

Il est par contre certain que le chef du gouvernement « socialiste » s’en inspire consciemment.

Beaucoup trop « d’hommes les plus recherchés »

par David P. Goldman, PJ Media (USA)15 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les autorités danoises affirment avoir arrêté l’auteur des coups de feu à la synagogue de Copenhague ; son nom n’a pas encore été divulgué [c’est fait depuis], mais c’était une personne « connue des services de sécurité, » rapporte Der Spiegel ce matin. Les Danois ont refusé de donner plus d’informations. Nous avons probablement une répétition du modèle parisien : des terroristes que les services de sécurité surveillaient et qu’ils utilisaient peut-être comme informateurs sont soudain passés à l’action et ont commis des atrocités.

Il semble que les méthodes employée par les services de sécurité européens pour contrôler les djihadistes soient tombées en panne. Quelque 8 000 ressortissants français combattent pour l’Etat Islamique en Irak et au levant (EIIL, Daesh) ou dans d’autres organisations djihadistes, selon une estimation du gouvernement français. Après quelques centaines de milliers de morts en Syrie et en Irak et la désintégration de la Libye et du Yémen, un très grand nombre de jeunes Musulmans sont prêts à sacrifier leurs vies.

Les services de sécurité contrôlent les terroristes potentiels en exerçant un chantage sur de petits délinquants qui évoluent à la frange des organisations djihadistes pour en faire des informateurs. Comme il y a un large chevauchement entre le milieu criminel musulman et les organisations terroristes, cette stratégie a été efficace ces quinze dernières années. Le roman de John Le Carré et le film de Philip Seymour Hoffman qui en a été tiré « Un homme très recherché » décrit assez bien cette approche.

Peu de jeunes Musulmans plongent directement dans la violence : ils rejoignent des bandes, ils fréquentent des mosquées radicales, ils fréquentent des salons de discussion (chat rooms) djihadistes sur internet, se signalant ainsi aux autorités.

Les services de sécurité les menacent de la prison, d’expulser des membres de leurs familles et ainsi de suite pour les contraindre à coopérer. Cette approche marche jusqu’à un certain point, c’est-à-dire quand le sujet sous surveillance cesse de tenir compte des conséquences [de ses actions]. Comme John Schindler l’avait observé dans le blog XX Committee, il n’y a pas eu un « échec du renseignement » à Paris : le problème était que les services de sécurité étaient débordés. Un officiel d’un service de sécurité européen qui s’exprime sous un pseudonyme a fait la même observation récemment sur Asia Times Online.

La leçon de Copenhague est la même que celle de Paris : la fragile paix civile que les gouvernements européens ont maintenue avec leurs communautés immigrées musulmanes nécessite une révision fondamentale. Par le passé, les services de sécurité européens ont laissé les djihadistes monter en pression tout en éliminant discrètement les tueurs potentiels. Cette approche a échoué. L’alternative consiste à serrer la vis aux communautés musulmanes. J’ai ainsi soutenu le mois dernier sur Asia Times :

Les moyens par lesquels la France, ou n’importe quelle autre nation, pourrait défaire les terroristes sont évidents : contraindre la majorité des Musulmans français à se tourner contre les terroristes, les autorités françaises devant les amener à craindre l’Etat français plus qu’ils ne craignent les terroristes.

C’est un sale boulot qui  nécessite de nombreuses expulsions, de retraits de la nationalité française et d’autres menaces qui toucheront inévitablement beaucoup d’individus qui n’ont aucun lien direct avec le terrorisme. A court terme, ça pourrait conduire à plus de radicalisation. Tout le projet de l’intégration comme antidote à l’extrémisme tomberait à l’eau. Ce serait une fort coûteux mais, au bout du compte, il réussirait : la plupart des Musulmans français veulent simplement rester en France et gagner leur vie.

Il ne suffit plus de patrouiller au bord du marécage et de tuer les moustiques avec un chasse-mouches. Il n’y a pas d’autre alternative que l’assèchement du marécage.

Scandale dans le scandale en Turquie: la police protège al Qaïda!

28 décembre 2013

Le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan a fait beaucoup pour contribuer à la chute du régime syrien. Or, non seulement ce régime est toujours en place, avec Bachar al-Assad à sa tête, mais il a engrangé et continue à engranger des gains substantiels aussi bien sur le terrain politique que sur le terrain militaire.

Tandis que le pouvoir du premier ministre turc est en train de vaciller, ébranlé par un scandale politico-financier de grande ampleur qui a déjà entraîné la démission de trois ministres et un profond remaniement du gouvernement.

En admettant qu’il ne soit pas contraint à remettre sa démission, on voit mal, dans ces conditions, comment M. Erdogan pourrait briguer un mandat présidentiel lors des élections de 2014 d’autant, nous dit-on, que le mouvement religieux de Fethullah Gülen est entré en opposition ouverte contre lui (Gülen avait contribué à la victoire électorale d’Erdogan).

Image

Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen

Le scandale ne se limite cependant pas à des affaires strictement turques mais concerne aussi l’action du gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement) dans la Syrie voisine. En effet, parmi les personnes recherchées par la justice, on compte deux ressortissants Arabes présentés comme membres d’al Qaïda, c’est-à-dire en réalité des services secrets saoudiens.

Ces deux personnages sont actuellement en fuite, une fuite qui a été permise par une police dirigée désormais par des fidèles du gouvernement et qui se permet de ne pas appliquer les ordres des magistrats.

Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub ne menaient pas une existence clandestine en Turquie où ils avaient au contraire l’oreille de hauts responsables politiques .

Il fallait bien ça pour organiser le transit de ces milliers de combattants européens vers le champ de bataille syrien.

Des suspects membres d’al Qaïda fuient après le blocage par le gouvernement turc d’une descente de police

Eaman (Turquie) 26 décembre 2013traduit de l’anglais par Djazaïri

Selon des informations, Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub qui sont liés à al Qaïda et figurent parmi les suspects dans une importante affaire de corruption, auraient fui la Turquie après que le Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir) a bloqué une descente de police mercredi, le police d’Istanbul ayant refusé d’exécuter les ordres donnés par des magistrats afin d’arrêter plusieurs suspects dans le second volet de l’enquête,

Le bureau du procureur d’Istanbul a ordonné l’arrestation de 30 suspects, dont un certain nombre de parlementaires et d’hommes d’affaires, Le département de police d’Istanbul qui a connu unevaste purge au niveau de ses officiers supérieurs la semaine dernière, ne s’est cependant pas conformé aux instructions.

Les informations de presse laissent entendre que quand la liste des 30 suspects a été révélée aux médias mercredi, certains des suspects ont pris des mesures de précaution pour éviter de laisser des éléments à charge contre eux en cas de descente de police chez eux où dans leurs bureaux.

Et certains suspects ont fui la Turquie, dont les agents d’al Qaïda pour la Turquie, Al Qadi et Khoutub, après que le gouvernement a bloqué l’enquête par le truchement de chefs de la police récemment nommés qui ont refusé de se conformer à la décision de justice.

Le procureur Muammer Akkaş, qui conduisait la deuxième phase de l’enquête, a été dessaisi du dossier. «L’ensemble de mes collègues et l’opinion publique devraient savoir qu’on m’a empêché en tant que procureur d’effectuer l’enquête, » a expliqué jeudi le procureur dans une déclaration, ajoutant qu’une entrave à l’action judiciaire a été exercée aussi bien par le bureau du procureur général que par la police, donnant ainsi l’occasion aux suspects de détruire les preuves.

Akkaş a déclaré que malgré la délivrance de mandats d’arrêt et de perquisition à l’encontre des suspects et leur transmission mercredi matin aux services de police d’Istanbul, ces derniers n’ont pas respecté ses ordres.

«En n’appliquant pas les décisions de justice, les chefs de la police ont commis un délit. Une occasion a été offerte aux suspects de prendre des dispositions, de fuir ou d’altérer des éléments à charge,» a-t-il dit.

 Les avoirs en Turquie de l’homme d’affaires saoudien Al Qadi ont été gelés après sa désignation comme financier du terrorisme international. Des articles de presse observent que le suspect d’appartenance à al Qaïda est autorisé à entrer librement en Turquie et a accès à des diplomates et à des responsables sécuritaires de haut niveau, comme le sous-secrétaire des services de renseignements (MİT) Hakan Fidan.

Selon des allégations, l’ancien ministre de la justice Sadullah Fergin, qui a quitté son poste mercredi suite à un important remaniement ministériel, avait demandé au procureur général de fermer le dossier.


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