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Sur la Syrie, l’opinion publique américaine préfère Vladimir Poutine à Hillary Clinton et Barack Obama

3 novembre 2016

On a ici un sondeur déçu par le résultat d’une enquête réalisée par son institut. En effet, alors même que le souhait profond de cet universitaire est que l’opinion publique américaine mette dans un même sac le président syrien Bachar al-Assad et Daesh, il se trouve la dite opinion publique, même exposée aux arguments classiques de l’impérialisme, préfèrent placer en tête de ses priorités la défaite de Daesh.

Et pire encore, cette opinion publique américaine aimerait que son gouvernement se rapproche de celui de la Russie pour une lutte plus efficace.

Le sondage est fait par un institut universitaire, ce qui a sans doute empêché l’auteur de ce papier d’en manipuler les résultats.

Les Américains détestent plus l’Etat Islamique que Poutine ou Assad. Voici comment sont structurées leurs préférences politiques

par Shibley Telhami, The Washington Post (USA) 1er novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Même si l’élection présidentielle aux Etats Unis n’a guère porté sur de réelles questions politiques, le conflit en Syrie et la lutte contre l’Etat Islamique ont figuré parmi les problèmes politiques sensibles souvent débattus pendant l’année écoulée par Donald Trump et Hillary Clinton. Si tous deux ont souligné la menace que représente l’Etat Islamique, ils ont divergé sur la manière concrète de lui faire face.

Une nouvelle enquête d’opinion sur les questions sensibles [critical issues] de l’Université du Maryland – conduite par Nielsen Scarborough auprès d’un échantillon représentatif au niveau national de 1528 électeurs inscrits avec une marge d’erreur de 2,5 % – apporte un éclairage nouveau sur la façon dont l’opinion publique américaine se positionne sur ces questions. Il s’avère que les Américains souhaitent mettre de côté les divergences avec la Russie pour unir les efforts contre l’Etat Islamique (ISIS dans l’enquête). Ce qui ne signifie pas que les Américains ont confiance en la Russie ou qu’ils aiment son président, Vladimir Poutine. En fait, les Américains n’aiment pas Poutine: les Démocrates l’identifient dans une réponse à une question ouverte comme étant la personne la plus détestée parmi les responsables politiques qu’ils soient américains ou étrangers tandis que les Républicains le considèrent comme la quatrième personnalité la plus détestée, tout près de Kim Jong Un mais loin derrière leurs cibles intérieures que sont le Président Obama et Mme Clinton.

Nommez SVP un dirigeant national ou étranger que vous détestez (répondants démocrates en bleu, républicains en rouge)

En dépit de l’expression de cette animosité à l’égard de Poutine, l’opinion américaine est encline à mettre de côté les différences avec la Russie pour affronter l’Etat Islamique, malgré même le fait que Moscou travaille aussi avec les opposants aux Etats Unis que sont le régime syrien du président Bachar al-Assad, le Hezbollah et l’Iran. Et alors que les Américains continuent à exprimer des réserves quant à une extension de l’engagement militaire US en Syrie, l’électorat de Trump exprime des vues beaucoup plus bellicistes non seulement par rapport à l’électorat de Clinton mais aussi par rapport aux déclarations de Trump.

Commençons par les attitudes à l’égard des relations avec la Russie sur la Syrie. Les Américains, quelles que soient leurs tendances partisanes sont d’accord sur une question : le degré auquel ils voudraient voir une plus grande coopération russo-américaine. Pour deux tiers des personnes interrogées, le niveau actuel de coopération est plus faible que celui qu’elles souhaiteraient, c’est le cas de 72 % des républicains et de 65 % des démocrates.

Dans l’ensemble, comment décririez vous le niveau actuel de la coopération russo-américaine dans le conflit syrien (les barres tout en bas correspondent à ceux qui la jugent insuffisante)

Après avoir rappelé aux personnes interrogées le fait que les Etats Unis et la Russie soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien même si les deux pays veulent vaincre l’Etat islamique, nous avons demandé aux personnes quelle était la meilleure façon de vaincre l’Etat Islamique. Quelque 60 % – dont 2/3 des républicains et une majorité des Démocrates – ont indiqué préférer que soient mises de côté les divergences avec la Russie pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat Islamique.

Quelle est selon vous la meilleure façon pour l’Amérique de combattre Daesh?

A l’évidence, un des facteurs qui sous-tend ces attitudes est le fait que l’opinion a identifié depuis des mois, dès novembre 2014,l’Etat Islamique comme étant la principale menace pour les intérêts américains. En fait, dans la présente enquête, la lutte contre l’Etat Islamique supplante même l’immigration et le déficit commercial comme priorité pour l’opinion américaine. Quand on leur a demandé de choisir leurs plus grandes priorités parmi un certain nombre de problèmes qui comprenaient la montée en puissance de la Chine et l’affirmation russe, la lutte contre l’Etat Islamique est arrivée en tête avec 53 % des répondants l’identifiant comme une de leurs deux plus grandes priorités.

Parmi les problèmes suivants, lesquels devraient être les plus grandes priorités des Etats Unis?

Cet accent mis par l’opinion publique sur la menace de l’Etat Islamique prime sur toutes les autres préoccupations, même celles qui portent sur l’assurance [retrouvée] de la Russie. Il devance aussi les inquiétudes du public relativement à Assad. Il est bien sûr possible que le public américain, distrait par sa campagne présidentielle, n’ait pas accordé suffisamment d’attention aux informations sur les bombardements de la Russie et di gouvernement syrien qui ont tué beaucoup de civils et détruit des hôpitaux. Il est aussi peu probable qu’une grande partie du public ait été informé des arguments selon lesquels Assad avait un intérêt à l’ascension de l’Etat Islamique afin de détourner les énergies locales et internationales qui se seraient, sinon, concentrées sut son éviction. Mais la crise syrienne dure depuis plusieurs années et les informations des médias américains se sont concentrées sur les atrocités et les réfugiés bien avant le début de la campagne électorale. Beaucoup d’Américains ont une aversion profonde pour Assad (il est classé sixième sur la liste des personnalités les plus détestées) et veulent voir un changement de régime en Syrie. Dans une question qui portait spécifiquement sur ce sur quoi ils aimeraient que les Etats Unis se concentrent en Syrie, 35 % des répondants disent qu’ils considèrent comme une priorité la défaite et la fin du régime Assad. Cependant 52 % considèrent que vaincre l’Etat Islamique est la première priorité contre seulement 2 % pour qui l’éviction d’Assad est la principale priorité.

Quel devrait être le premier objectif de l’engagement militaire américain en Syrie? (1 % des républicains et 3 % des Démocrates pensent que l’éviction d’Assad devrait être le premier objectif).

La préférence pour une coopération avec la Russie peut être aussi vue comme un choix entre deux mauvaises alternatives. Deux tiers des répondants craignent de donner un soutien militaire significatif aux rebelles syriens qui peuvent avoir dans leurs rangs des éléments islamistes autres que ceux de l’Etat Islamique ou d’al Qaïda. Même avoir présenté aux répondants une série d’arguments classiques pour ou contre l’envoi d’une importante force militaire terrestre américaine pour aider à vaincre l’Etat Islamique, 63 % des Américains restent opposés à une telle mesure.

Etes-vous favorable au déploiement d’importantes forces terrestres américaines en Syrie et en Irak pour combattre Daesh?

S’il existe un dossier solide pour soutenir que lutter contre Assad ou contrer la politique étrangère russe  devrait être au moins aussi important que combattre l’Etat Islamique – ou que la menace de l’Etat Islamique est peut-être exagérée compte tenu des autres priorités des Etats Unis dans le monde – cette enquête montre que les Américains ne l’ont pas entendu. Pour l’instant, confronter l’Etat Islamique l’emporte sur tout le reste, y compris l’hostilité à l’égard de Poutine et Assad.

Shibley Telhami est professeur titulaire de la chaire Sadate et directeur de Critical Issues Poll à l’université du Maryland Critical Issues Poll. Il est professeur associé à la Brookings Institution.

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Le tueur d’Orlando était pro Daesh et pro Hezbollah

13 juin 2016

Daesh et le Hezbollah se livrent  pourtant une guerre sans merci au Liban et en Syrie!

Omar Mateen, le tueur d’Orlando en Floride se serait auto-radicalisé sur Internet. C’est du moins ce qu’on peut lire dans nos journaux et n’est pas sans nous rappeler un certain Mohamed Merah.

Dans tous les cas d’auto-radicalisation, on s’apercevra que non seulement les auto-radicalisés n’étaient pas à proprement parler des loups solitaires mais qu’ ils étaient connus des services de police.

C’est bien entendu le cas d’Omar Mateen dont l’action criminelle a coûté la vie à une cinquantaine de clients d’une boîte de nuit d’orlando.  C’est d’ailleurs à la police que Omar Mateen a déclaré faire allégeance à Daesh. On dira que le message a été transmis à qui de droit…

PHOTO: Orlando shooting suspect Omar Mateen is pictured in an undated photo from Myspace.

Omar Mateen avait aussi fait allégeance au New York Police Department

Les victimes d’Orlando ont ceci de particulier qu’elles sont homosexuelles, ou membres de ce qu’on appelle aux Etats Unis, et maintenant dans le reste de l’Occident, de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).

La qualité des victimes invite tout naturellement à considérer le massacre comme motivé par l’homophobie.

C’est ainsi que sont fixés les cadres de lecture de cette ignominie et l’accent est mis tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre: l’accent mis sur l’islamophobie aux Etats Unis comme en témoignent les recensions des crimes contre les homosexuels dans ce pays, accent mis sur la façon dont Daesh traite les homosexuels en Irak et en Syrie, c’est-à-dire en les tuant avec une cruauté innommable; accent mis sur la religion musulmane en général (avec dans ce cas parfois une dérive vers l’évocation de la façon de voir d’autres religions).

Tout cela est sans doute digne d’intérêt mais passe quand même à côté de l’essentiel (après les victimes elles-mêmes). Et cet essentiel est le contexte politique dans lequel s’inscrit ce crime: dans un pays en pleine campagne pour les primaires présidentielles dans laquelle les thèmes du terrorisme et de l’Islam sont centraux; dans un pays qui déploie sa guerre contre le terrorisme dans de nombreux pays musulmans en Afrique et en Asie. Un pays qui dépêche en ce moment une importante force navale au large des côtes de la Syrie et est de plus en plus actif militairement en Afghanistan.

L’attentat s’est effectivement et tout naturellement invité dans la campagne pour l’investiture, Mme Clinton  se lançant dans un plaidoyer pour la réforme du commerce et de la détentions d’armes à feu, tandis que Donald Trump explique que l’attentat justifie ses mises en garde relatives à la présence musulmane aux Etats Unis.

Mme Clinton a également eu des accents « vallsiens » en appelant à l’unité nationale. Elle a bien senti que ce crime pourrait bien aussi compliquer sa campagne face à Trump. Et elle adresse un gage aux néoconservateurs en appelant à accroître l’engagement militaire de son pays au Moyen Orient. Un engagement qui, on le sait, est pourtant à la source de bien des déboires et de malheurs pour les Américains mais surtout pour un certain nombre d’autres peuples.

Quant à ceux qu’on appelle LGBT aux Etats Unis, ils ont souvent été et sont aux côtés du peuple palestinien, au grand dam du lobby sioniste. En ce sens, les victimes d’Orlando ne sont pas une grande perte pour les tenants du lobby sioniste à qui elle apportent beaucoup plus mortes que vives.

FBI: le tueur d’Orlando avait affirmé soutenir de multiples organisations

par Julian Hattem, The Hill (USA) 13 juin 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’homme derrière le massacre par balles le plus meurtrier de l’histoire des Etats Unis a semblé soutenir de multiples organisations différentes parfois en opposition, selon le FBI, ce qui complique la compréhension du mobile d’Omar Mateen.

Mateen a dit à un opérateur du 911 (Police Secours aux Etats Unis) pendant qu’il était retranché dans la boîte de nuit d’Orlando en Floride, qu’il avait un lien [d’allégeance avec Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh).

Mais il avait aussi fait part de son soutien aux auteurs de l’attentat à la bombe du marathon de Boston et à un Américain qui s’était fait exploser en Syrie au nom d’un autre groupe extrémiste, le Front al Nosra, qui est lié à al Qaïda, a déclaré de directeur du FBI James Comey à la presse lundi.

Au cours d’une enquête antérieure, le FBI avait aussi découvert qu’il se serait vanté d’avoir des connexions avec al Qaïda et le Hezbollah, une organisation militante chiite qui est en opposition avec la branche sunnite de l’Islam d’al Qaïda. L’enquête avait été classée en 2017 quand les officiels avaient conclu qu’il n’y avait pas assez d’éléments pour demander une inculpation dans cette affaire.

L’évocation d’organisations extrémistes multiples brosse un tableau compliqué pour le FBI qui continue à enquêter pour déterminer pourquoi Mateen a tué 49 personnes à Pulse, une boîte de nuit homosexuelle tôt dans la matinée de dimanche.

« Je ne sais pas quoi faire de ça, sauf que ça met en relief l’importance du travail que nous faisons en ce ce moment pour découvrir et comprendre tout de ses motivations et, si elles sont multiples, ce qu’elles sont et comment les démêler, » a déclaré Comey pendant un briefing au siège du FBI à Washington.

« Nous allons continuer à aller de l’avant dans cette enquête – et vers le passé, » a ajouté Comey. « Nous ne laisserons pas une pierre non retournée. Et nous travaillerons jour et nuit pour comprendre le cheminement de cet acte terrible. »

La tuerie perpétrée par Mateen fait l’objet d’une enquête pour acte de terrorisme mais Comey et d’autres officiels ont affirmé ne pas croire qu’elle a été dirigée par une organisation terroriste étrangère ou qu’elle relève d’un réseau agissant à l’intérieur des Etats Unis.

Pour les Etats Unis, Alep est la bataille que l’armée syrienne ne doit pas gagner

26 mai 2016

On lit assez rarement des analyses produites par des spécialistes russes des questions de politique internationale ou de défense. Raison de plus pour traduire cet article qui fait utilement le point sur la situation politique et militaire en Syrie.

Si le parti pris est clairement orienté en faveur des autorités russes et du gouvernement syrien, il me semble que l’article brosse néanmoins un tableau exact de la situation et des perspectives pour la Syrie.

On le reconnaîtra d’autant plus aisément qu’on aura compris que ce qui se passe en Syrie n’est pas l’affrontement entre une affreuse dictature (qu’on pense que le régime en place soit ou pas une affreuse dictature selon qu’on est pro régime ou pas) et des partisans de la démocratie. Et que les Etats Unis n’ont pas pour projet d’installer à Damas un gouvernement respectueux du droit.

L’importance de la bataille d’Alep

Par Alexander Kuznetsov, Strategic Culture (Russie) 25 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

De rudes combats se poursuivent à Alep. Après la violation de l’accord de cessez-le-feu par l’opposition armée, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une offensive pour encercler entièrement et prendre le contrôle complet de la partie occidentale de la ville qui est aux mains des militants.

Les forces anti-gouvernementales bombardent régulièrement les civils dans les quartiers chrétiens d’Alep et dans le district Cheikh Maqsoud qui est peuplé de Kurdes. Un résultat de cette nouvelle phase de la campagne militaire a été l’accroissement de l’influence des organisations djihadistes, en particulier du Jabhat al-Nosra. C’est cette organisation et ses alliés que la Turquie et les Etats Unis essayent de faire passer pour « l’opposition modérée » qui est supposée capable de vaincre l’Etat Islamique (Daesh). Mais quand on en vient à leurs méthodes pour éliminer leurs adversaires politiques et les Chrétiens, ces organisations islamiques radicales sont indiscernables.

Cheikh Maqsoud

Quartier Cheikh Maqsoud à Alep

Le leader d’al-Qaïda exhorte les militants “modérés” et “extrémistes” à s’unir.

On doit remarquer qu’encore une autre organisation djihadiste est apparue en Syrie en mars-avril de l’an dernier. Elle est connue sous l’appellation de Djeich al-Fatah. Cette organisation réunit Ahrar al-Cham et Jound al-Aqsa en plus du Jabhat al-Nosra. La plupart des experts considèrent Ahrar al-Cham comme étant une organisation salafiste-djihadiste du même type que le Jabhat al-Nosra qui a été inscrit par le Conseil de Sécurité de l’ONU dans sa liste d’organisations terroristes.

En 2015 , l’ancien chef de Ahrar al-Sham, Hassan Abboud, décrivait ainsi ses différences avec l’État Islamique: « La démocratie est une épée que ‘Occident tient au dessus dles autres nations. Elle est un moyen pour que seulement quelques personnes puissent contrôler une nation. Conformément à la charia, il y a plusieurs façons de choisir un dirigeant. Dans une monarchie, le successeur hérite de son titre. Dans d’autres sociétés qui observent les règles de la charia, le dirigeant est choisi par les hommes les plus sages et les plus respectables après consultation du peuple. Toutes ces méthodes sont légitimes. Nous reconnaissons que, idéalement, il devrait y avoir un calife et ses esclaves. Nos différences avec l’État islamique concernent des questions de forme, pas de substance. La proclamation du califat était prématurée et n’a pas été suivie par l’accomplissement de toutes les procédures institutionnelles ».

L’ancien leader de Ahrar al-Cham considère que contrer la “menace chiite” est la plus importante tâche à accomplir actuellement. Il affirme que « la faucille chiite est brandie autour de la Oumma islamique. Cette faucille safavide perse est l’obstacle principal à la restauration de sa gloire [de la Oumma] ». Le mot « faucille » doit bien entendu être entendu comme le « croisant chiite » – la coalition formée par l’Iran avec la Syrie et le Hezbollah. Cet intéressant adjectif « safavide » renvoie à l’Iran. L’Islam chiite devint la religion officielle de l’Iran sous la dynastie safavide (1506-1721), et les salafistes utilisent souvent ce terme quand ils parlent de l’Iran contemporain.

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Ayman al – Zawahiri

En attendant, Ayman al-Zawahiri, le chef de l’organisation terroriste Al-Qaïda, dont le Jabhat al-Nosra fait partie, a lancé un appel à tous les opposants au gouvernement syrien légitime pour leur demander de consolider leur unité face à l’offensive de l’armée gouvernementale syrienne dans le secteur d’Alep. «Soit vous vous unissez, soit vous mourrez », a déclaré le chef terroriste qui a salué le rôle du Jabhat al-Nosra et a farouchement critiqué le cessez- le –feu en Syrie. Le chef d’Al-Qaïda a exigé que les «vrais musulmans» de tous les pays concentrent leurs efforts sur le djihad en Syrie. Il affirme que «si les Moudjahidin ne s’unissent pas, c’est la défaite des mains des croisés russes et occidentaux qui les attend».

Hamza ben Laden, le fils d’Oussama ben Laden âgé de 23 ans, s’est lui-même allié au leader d’al Qaïda pour soutenir le Jabhat al-Nosra. Il affirme que « la Oumma islamique doit se concentrer sur le djihad en Syrie et resserrer les rangs en laissant derrière les désaccords du moment. »

La pseudo guerre de la Turquie contre l’Etat Islamique

Après ces événements, Ankara est devenu soudain méfiant à l’égard de l’Etat islamique en expansion dans le nord de la Syrie. Erdogan a non seulement annoncé son intention d’éliminer les miliciens de l’Etat Islamique du côté syrien de la frontière, mais il a également refusé d’écarter l’éventualité d’une participation des forces terrestres turques à des opérations localisées contre ce groupe terroriste. Le 6 Avril, une compagnie combattante composée de factions armées de Turkmènes syriens financés par les services de renseignement turcs, associée à plusieurs unités de Salafistes, a pris la ville d’al-Rai aux rebelles Etat islamique et menacé d’avancer vers Azaz, avant d’être repoussés le 11 avril par les djihadistes. Cela était compréhensible : les militants de Daesh prennent leur combat au sérieux – quand ils vont au combat, ils ne bluffent pas.

The Azaz corridor is closed-MKH

Le corridor d’Azaz, vital pour le Jabhat al Nosra a été coupé par l’armée syrienne

Selon les informations fournies par le journaliste turc Burak Bekdil, après que Ankara  a officiellement rejoint la coalition anti-terroriste, le flux d’armes et d’explosifs qui passent par la Turquie vers les régions contrôlées par Daesh n’a non seulement  pas diminué, mais a même augmenté. L’an dernier, 2.500 tonnes de nitrate d’ammonium, 456 tonnes de nitrate de potasse, et 75 tonnes de poudre d’aluminium sont passées de la Turquie dans des régions sous contrôle terroriste. Tous ces ingrédients servent à fabriquer des engins explosifs artisanaux.

En dépit d’une série d’actions terroristes perpétrées par des partisans de l’Etat Islamique en Turquie, un tribunal turc a libéré le 24 mars sept membres de Daesh, dont un cadre militaire. Une telle clémence aboutit à des changements irréversibles dans la société turque. Selon des enquêtes d’opinion, près de 10 % des citoyens turcs (soit près de huit millions de personnes) ont une image positive de l’Etat Islamique et ne le considèrent pas comme une organisation terroriste. C’est une quasi garantie que le flux de nouveaux combattants  venant de Turquie pour intégrer les rangs de Daesh va se maintenir.

Qu’est-ce qui a précipité ce changement de comportement de la Turquie – un pays qui encore récemment était considéré comme le parrain officieux de l’Etat Islamique? En tout premier lieu, les Unités de Protection du Peuple Kurde en Syrie (YPG), qui entretiennent des liens étroits avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) ont récemment démontré leur capacité à remporter des succès militaires contre l’Etat Islamique. Deuxièmement, après les coups sévères infligés par l’aviation militaire russe, l’entente de la famille Erdogan avec Daesh pour le commerce du pétrole syrien n’est plus aussi profitable qu’elle l’était avant. Tout cela oblige Ankara à revenir sur sa cooperation avec l’Etat Islamique et à opérer un changement en travaillant avec le Jabhat al-Nosra et les organisations qui lui sont alliées.

Le changement de tactique d’Ankara à l’égard de la Syrie a l’entier soutien de Washington. La récente livraison par les Etats Unis à la Turquie de systemes de roquettes d’artillerie ultra-mobiles fait résonner le signal d’alarme. Ces systems sont capables de tirer des missiles à 90 kilomètres à l’intérieur du territoire syrien. Dans son interview du 10 mai dernier avec la correspondante de CNN Christiane Amanpour, le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a averti la Russie de gros problems à venir si elle continuait à soutenir l’offensive du gouvernement syrien à Alep. Il observait que « la Russie a un intérêt à ne pas se retrouver enlisée des années en Syrie…  [et] devenir la cible de l’ensemble du monde Sunnite et d’avoir tous les djihadistes de la region cherchant à attaquer la Russie. »

Les Etats Unis sont prêts faire tout ce qu’il faut pour empêcher le gouvernement de Bachar al-Assad de se renforcer. Si les troupes gouvernementales obtiennent une victoire militaire dans la région d’Alep, environ 90 % du territoire syrien serait sous le contrôle du gouvernement légitime. Et ça ne fait pas partie des plans de l’Occident. Alors John Kerry menace de fixer une date butoir en août 2016 pour que la Russie aide à la formation d’un gouvernement de transition en Syrie, en affirmant que dans le cas contraire, les livraisons d’armes américaines commenceront à affluer dans les rangs de « l’opposition modérée. » Nous savons fort bien ce à quoi ressemble une « période de transition » à la mode américaine – nous l’avons vu en Irak et en Libye. Cette période a commencé en Irak après l’occupation américaine en 2003 et se poursuit à ce jour, accompagnée d’explosions incessantes à Bagdad, d’une corruption chronique et d’une guerre civile dans les provinces du nord du pays. En Libye, la « période de transition » s’est terminée par l’effondrement de l’Etat. Et c’est ce futur que les Etats Unis ont à l’esprit pour la Syrie. Les bons vieux plans n’ont pas changé.

Comment la presse rend compte de l’alliance entre les Etats Unis et al Qaïda en Syrie

3 avril 2015

Il y a un bon moment que Nidal (un pseudonyme adopté par un blogueur français) ne met plus à jour son blog mais continue à commenter l’actualité sur la plateforme Seenthis.

Ce fin observateur de la situation politique au Proche Orient mais aussi des médias fait ainsi une observation incisive sur la manière dont la presse française (ici le magazine Le Point) rend compte des récents revers subis par l’armée gouvernementale syrienne à Idleb, près de la frontière avec la Turquie, et au sud, à la frontière avec la Jordanie.

Les miliciens d'al Qaïda en Syriedéfilent  avec leurs véhicules neufs

Les miliciens d’al Qaïda en Syrie défilent avec leurs véhicules neufs

L’exercice journalistique sur lequel Nidal attire notre attention consiste à citer les protagonistes, c’est-à-dire les Etats Unis et al Qaïda, mais aussi loin que possibles l’un de l’autre dans l’article.

Nidal (@nidal) Retour des «rebelles» de l’AFP, avec un gros effort rédactionnel pour noyer le poisson. En supprimant le superflu, l’essentiel ressort pourtant clairement: la Turquie et la Jordanie arment massivement Al Qaeda en Syrie, avec l’argent de l’Arabie séoudite et le soutien des États-Unis.

_En Syrie, les rebelles infligent revers après revers au régime_
http://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-les-rebelles-infligent-revers-apres-revers-au-regime-02-04-2015-1918354_24.php

❝Dans le nord-ouest de la Syrie, la prise d’Idleb le 28 mars par la branche syrienne d’Al-Qaïda et des rebelles a été une cuisante défaite pour Damas […] La ville est tombée en quelques jours « grâce au grand nombre d’insurgés et surtout aux quantités d’armes parvenues via la Turquie »

[…]

« L’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Turquie ont pris la décision (…) d’arrêter la progression de l’Iran en Syrie comme au Yémen. » En Syrie, […] « ces puissances régionales veulent reprendre l’initiative », dit-il. Et, selon lui, la Turquie et la Jordanie ont laissé passer beaucoup d’armes dernièrement pour renforcer les rebelles, sous-équipés pour lutter contre une armée dotée de moyens bien supérieurs comme les avions.

[…]

L’aide de ces pays, appuyés par les États-Unis, est désormais « plus efficace et plus substantielle »❞

Le principe dans ce genre d’article, c’est de positionner le mot «États-Unis» aussi loin que possible de «Al-Qaïda».

http://seenthis.net/messages/357695

Selon le Sénateur John McCain le modèle afghan doit inspirer les Etats Unis en Ukraine

3 mars 2015

John McCain, ce Sénateur américain qui a été le concurrent Républicain malheureux de Barack Obama dans la course à la présidentielle de 2008 s’est montré un des politiciens américains parmi les plus belliqueux.

Il a ainsi joué un rôle important en Libye et en Syrie en tant que représentant du parti de la guerre, un parti qui réunit indifféremment des Démocrates et des Républicains.

John McCain décore un "djihadiste" en Syrie

John McCain décore un « djihadiste » en Syrie

Tout naturellement, il tient un rôle semblable en ce qui concerne la crise ukrainienne pour laquelle il se montre un chaud partisan de la livraison d’armes « létales » au gouvernement fantoche de Kiev.

McCain fait partie de ces gens qu’on considère comme des patriotes aux Etats Unis, en particulier du fait de sa participation à la guerre du Vietnam où il fut fait prisonnier après la destruction en vol du bombardier qu’il pilotait.

John McCain aux commandes d'un avion de combat

John McCain aux commandes d’un avion de combat

Mais si on peut penser qu’il a été patriote, peut-on affirmer qu’il l’est encore aujourd’hui ?

Rien n’est moins sûr quand on voit avec quels arguments il plaide en faveur de la livraison d’armes à l’armée ukrainienne. En effet, le Sénateur donne comme exemple d’une stratégie de ce type réussie celui du soutien apporté par les Etats Unis et leurs amis aux forces qui combattaient les Soviétiques et le régime pro-soviétique en Afghanistan.

Or nous savons qui étaient ces miliciens soutenus par l’Occident en qualité de combattants de la liberté : le Talibans, Ben Laden et al Qaïda et une série de seigneurs de la guerre âpres au gain.

Les mêmes que les Etats Unis affirment combattre aujourd’hui dans le cadre de la guerre contre le terrorisme !

Les mêmes que le parti de la guerre dont la figure patriotique est John McCain soutient en Syrie !

Citant les moudjahidine soutenus par Ben Laden, McCain donne les pires arguments possibles en faveur de livraisons d’armes à l’armée ukrainienne

par Sam Sacks, The District Sentinel (USA) February 26, 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

En essayant de ridiculiser un officiel de l’armée pendant une audition devant la Commission sénatoriale des Forces Armées, le Sénateur John McCain (Républicain, Arizona) a proposé une analyse incroyablement inexacte de l’histoire récente pour justifier la livraison d’armes offensives au gouvernement ukrainien pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie.

« C’est un défi à la logique, » a déclaré jeudi le Sénateur McCain pendant l’audition, en référence à l’assertion du Général Vincent Stewart selon laquelle les Etats Unis ne se seraient pas en mesure de livrer suffisamment rapidement des armes offensives à l’armée de Kiev pour changer le sort des armes en Ukraine orientale.

« Nous pouvons les mettre dans des avions et les envoyer là bas – comment pouvez vous justifier une telle déclaration ? a ajouté McCain.

Stewart, qui s’exprimait au côté du Directeur du renseignement national à l’audition sur les menaces mondiales, a présenté une analyse qui donne matière à réflexion sur la situation à laquelle les Etats Unis seront confrontés s’ils décident d’inonder d’armes supplémentaires le champ de bataille déjà meurtrier du Donsbass.

« La Russie et les séparatistes ont des lignes en profondeur qui leur permettent de rééquiper beaucoup plus vite avec des armes plus lourdes que ce que nous pouvons livrer, » a déclaré le Général Stewart au Sénateur.

« Ce serait une course pour voir qui peut armer et je pense qu’avec leurs lignes terrestres ils auraient un avantage significatif sur le terrain, » a-t-il ajouté.

Irrité par l’analyse du Général, McCain a évoqué l’intervention militaire soviétique en Afghanistan dans les années 1980 comme une histoire réussie de ce qui se passe quand les Etats Unis livrent des armes dans une guerre par procuration contre les Russes.

« Je suis sûr que les Russes disposaient d’un avantage significatif quand ils ont envahi l’Afghanistan. Je suis sûr que nous avons vu quelles ont été les conséquences tout au long de l’histoire, quand nous avons aidé des peuples qui avaient été envahis et opprimés et quand nous ne l’avons pas fait. »

Dans le cas de l’Afghanistan, les conséquences, qui ont été rapportées de manière exhaustive furent l’ascension des Talibans et des décennies de guerre, avec plus de 13 ans d’engagement militaire des Etats Unis contre exactement les mêmes gens que ceux que le Pentagone avait armé secrètement dans les années 1980 – des militants parmi lesquels Ben Laden en personne.

Si la livraison d’armes aux rebelles afghans a sans doute contribué à l’effondrement de l’Union Soviétique suite à sa mésaventure militaire, elle a aussi semé les graines qu’ont suivies les Etats Unis des années plus tard quand ils sont partis sur les traces des Soviétiques pour aller en guerre en Afghanistan, à ce jour la plus longue guerre de l’histoire de notre pays.

L’histoire récente, en Irak, en Libye et en Syrie prouve à nouveau que inonder le monde avec des armes a débouché sur des conséquences imprévues et, tragiquement, à plus d’effusion de sang dans les conflits.

En effet, nous avons vu quelles ont été les conséquences, Monsieur le Sénateur.

Robert Ford, celui qui voulait armer les « rebelles » en Syrie, reconnaît maintenant qu’ils ne représentent rien

19 février 2015

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l’acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n’est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu’a fait avec entrain et ténacité l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l’évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s’est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu’un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C’est exactement ce qui s’est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu’avant-garde de la communauté internationale.

Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n’ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L’idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n’aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n’a pas été possible parce que l’armée gouvernementale ne s’est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l’Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu’elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l’appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.

Aujourd’hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n’a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu’il recommande l’envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu’il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l’Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.

Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d’al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l’histoire de la crise syrienne

Après avoir été un de ses principaux promoteurs, l’ex-ambassadeur des Etats Unis n’est plus favorable à l’armement des rebelles

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l’intérieur d’une administration réticente en faveur de l’armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l’Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l’administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu’ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l’opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l’option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d’entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d’attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n’a aucun intérêt d’envoyer de l’aide au camp du perdant.

« Nous devons faire face à la réalité telle qu’elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n’ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra. »

Le ton de Ford sonne aujourd’hui comme celui d’une personne différente de l’optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: « Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d’Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l’Etat islamique « .

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l’opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles – et leurs parrains en Turquie et au Qatar – ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu’en fait c’était une branche d’Al-Qaïda dont l’idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l’État islamique. L’administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d’organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »

En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s’exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d’un séminaire le mois dernier en présence d’un public auquel participaient des figures importantes de l’opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d’avertissement que ce qu’il allait dire était « ne serait pas populaire» parmi la partie de l’assistance appartenant à l’opposition syrienne.

Il s’est ensuite lancé dans un acte d’accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu’ils pouvaient oublier l’aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s’étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l’administration et d’une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

« Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l’aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime », a déclaré Ford. « Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés. »

La plupart des membres de l’auditoire étaient familiers avec l’historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu’un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l’administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s’être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n’a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » – mais maintenant, il n’épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n’est guère patient devant l’argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d’autres partenaires infréquentables à cause des promesses d’assistance non tenues par l’Occident. Il faut qu’on s’accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d’aligner une opposition efficace quand personne n’est d’accord sur qui ou quoi est l’ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l’ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat islamique était vouée à l’échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d’Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l’Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.

« L’effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu’est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l’armée syrienne a été très affaiblie et qu’il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d’une détente des relatiosns de l’Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d’avoir une discussion sérieuse sur l’envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l’anarchie un écheveau d’organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n’en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l’homme connu pour plaider en faveur d’une plus grande implication des États Unis, « alors nous n’avons plus qu’à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

Islamo-fascisme et responsabilités de l’Islam de France: aux sources de la « pensée » de Manuel Valls

17 février 2015

Les attentats de Paris, la marche « républicaine » du 11 janvier, les tout récents attentats de Copenhague et enfin la profanation d’un cimetière juif en Alsace mettent au centre du débat politique français les questions de l’Islam et de l’antisémitisme.

Peu importe si la profanation du cimetière juif est probablement plus le fait d’adolescents désoeuvrés qui s’approprient ainsi un territoire sinon ignoré d’eux et des camarades du même âge, et surtout si ces sales gosses ne sont pas musulmans.

Le président Hollande qui s’est déplacé pour faire part de son indignation devant cette profanation n’a curieusement pas insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation à la laïcité. Il est vrai qu’un tel propos aurait été plutôt mal venu dans un département où le régime de la laïcité ne s’applique pas sauf pour la religion musulmane!

De toute façon, cet incident effectivement déplorable  sera exploité jusqu’à la corde et finira par abonder le discours sur les Musulmans et le nouvel antisémitisme, une thématique en quelque sorte théorisée par le premier ministre Manuel Valls sous l’appellation d’islamo-fascisme .

On voit bien l’intérêt de cette notion d’islamo-fascisme qui renvoie à une menace de nature non seulement sécuritaire mais politique pour la démocratie française et même européenne et justifie un rassemblement de tous ceux qui veulent protéger les libertés publiques. Un autre avantage de cette notion est qu’elle fait le lien avec ceux qui, en terre d’Islam, l’utilisent pour populariser et faire comprendre en Occident leur combat contre les mouvements politiques islamistes.

Ces confusions sont dangereuses parce qu’elles ne font finalement que convoquer à chaque fois l’imaginaire politique occidental et interdisent l’analyse concrète des réalités politiques des pays concernés.

Je fais partie des gens qui estiment qu’on ne doit pas dire n’importe quoi au prétexte que tel ou tel argument sert la cause à laquelle on adhère. C’est ce qu’on appelle de la propagande et je la laisse à ceux qui ont un avantage à en tirer. Je considère notamment qu’on n’a pas besoin de qualifier de manière erronée l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) ou al Qaïda de mouvements fascistes (islamo-fascistes) pour rejeter leurs thèses et leurs procédés.

Si on en revient à ce terme d’islamo-fascisme, il faut bien garder en mémoire son origine dans les milieux néo-conservateurs américains et sa reprise par leurs homologues européens tels Bernard-Botul-Henri Lévy, Caroline Fourest ou Geert Wilders.

La nouveauté, c’est que le terme est aujourd’hui repris par le premier ministre d’un gouvernement français réputé de gauche, ce qui est un signe à la fois d’un grave déficit de culture historique et politique chez Manuel Valls et de l’adhésion de ce dernier à la vision néo-conservatrice de l’Islam et des Musulmans.

Mme Valls n'a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates

Mme Valls n’a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates. malheureusement.

Le premier ministre ne s’est par ailleurs pas borné à appeler à la lutte « dans l’unité » contre l’islamo-fascisme puisque dans cette unité, il met cependant à part les Musulmans : «

Il faut une rupture. Il faut que l’islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités», a réclamé le premier ministre. «C’est ce que demande d’ailleurs l’immense majorité de nos compatriotes musulmans qui n’en peuvent plus d’être confondus avec cette terreur», a-t-il conclu.

Les choses sont dites : dans la France qui ne connaît pas de communauté, les Musulmans doivent prendre leurs responsabilités en tant que tels (il est en outre question d’un Islam « de France » ).

Nous avons là aussi un mécanisme de pensée, en contradiction avec la laïcité, élaboré par les néo conservateurs qui semblent décidément plus inspirer Manuel Valls que Louis Blanc ou Jean Jaurès,

La doctrine d’action qu’on devine chez Manuel Valls est clairement exposée par David P. Goldman, un spécialiste de la finance (et de musicologie) mais aussi essayiste néo-conservateur influent aux Etats Unis. Comme tous les néo conservateurs, croyants ou non, David P. Goldman inscrit sa réflexion dans une perspective « judéo-chrétienne », juive en réalité mais l’oxymore du judéo-christianisme est un passe-partout idéologique efficace. Comme un certain nombre d’intellectuels néo-conservateurs, David P. Goldman a fait un passage par l’extrême gauche avant de s’orienter vers l’extrême droite.

David P. Goldman: virer Obama améliorera l'économie

David P. Goldman: virer Obama améliorera l’économie

Je doute que Manuel Valls adhère à la radicalité de ce qui est proposé mais il est clair qu’il en assume l’esprit.

Il est par contre certain que le chef du gouvernement « socialiste » s’en inspire consciemment.

Beaucoup trop « d’hommes les plus recherchés »

par David P. Goldman, PJ Media (USA)15 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les autorités danoises affirment avoir arrêté l’auteur des coups de feu à la synagogue de Copenhague ; son nom n’a pas encore été divulgué [c’est fait depuis], mais c’était une personne « connue des services de sécurité, » rapporte Der Spiegel ce matin. Les Danois ont refusé de donner plus d’informations. Nous avons probablement une répétition du modèle parisien : des terroristes que les services de sécurité surveillaient et qu’ils utilisaient peut-être comme informateurs sont soudain passés à l’action et ont commis des atrocités.

Il semble que les méthodes employée par les services de sécurité européens pour contrôler les djihadistes soient tombées en panne. Quelque 8 000 ressortissants français combattent pour l’Etat Islamique en Irak et au levant (EIIL, Daesh) ou dans d’autres organisations djihadistes, selon une estimation du gouvernement français. Après quelques centaines de milliers de morts en Syrie et en Irak et la désintégration de la Libye et du Yémen, un très grand nombre de jeunes Musulmans sont prêts à sacrifier leurs vies.

Les services de sécurité contrôlent les terroristes potentiels en exerçant un chantage sur de petits délinquants qui évoluent à la frange des organisations djihadistes pour en faire des informateurs. Comme il y a un large chevauchement entre le milieu criminel musulman et les organisations terroristes, cette stratégie a été efficace ces quinze dernières années. Le roman de John Le Carré et le film de Philip Seymour Hoffman qui en a été tiré « Un homme très recherché » décrit assez bien cette approche.

Peu de jeunes Musulmans plongent directement dans la violence : ils rejoignent des bandes, ils fréquentent des mosquées radicales, ils fréquentent des salons de discussion (chat rooms) djihadistes sur internet, se signalant ainsi aux autorités.

Les services de sécurité les menacent de la prison, d’expulser des membres de leurs familles et ainsi de suite pour les contraindre à coopérer. Cette approche marche jusqu’à un certain point, c’est-à-dire quand le sujet sous surveillance cesse de tenir compte des conséquences [de ses actions]. Comme John Schindler l’avait observé dans le blog XX Committee, il n’y a pas eu un « échec du renseignement » à Paris : le problème était que les services de sécurité étaient débordés. Un officiel d’un service de sécurité européen qui s’exprime sous un pseudonyme a fait la même observation récemment sur Asia Times Online.

La leçon de Copenhague est la même que celle de Paris : la fragile paix civile que les gouvernements européens ont maintenue avec leurs communautés immigrées musulmanes nécessite une révision fondamentale. Par le passé, les services de sécurité européens ont laissé les djihadistes monter en pression tout en éliminant discrètement les tueurs potentiels. Cette approche a échoué. L’alternative consiste à serrer la vis aux communautés musulmanes. J’ai ainsi soutenu le mois dernier sur Asia Times :

Les moyens par lesquels la France, ou n’importe quelle autre nation, pourrait défaire les terroristes sont évidents : contraindre la majorité des Musulmans français à se tourner contre les terroristes, les autorités françaises devant les amener à craindre l’Etat français plus qu’ils ne craignent les terroristes.

C’est un sale boulot qui  nécessite de nombreuses expulsions, de retraits de la nationalité française et d’autres menaces qui toucheront inévitablement beaucoup d’individus qui n’ont aucun lien direct avec le terrorisme. A court terme, ça pourrait conduire à plus de radicalisation. Tout le projet de l’intégration comme antidote à l’extrémisme tomberait à l’eau. Ce serait une fort coûteux mais, au bout du compte, il réussirait : la plupart des Musulmans français veulent simplement rester en France et gagner leur vie.

Il ne suffit plus de patrouiller au bord du marécage et de tuer les moustiques avec un chasse-mouches. Il n’y a pas d’autre alternative que l’assèchement du marécage.

Scandale dans le scandale en Turquie: la police protège al Qaïda!

28 décembre 2013

Le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan a fait beaucoup pour contribuer à la chute du régime syrien. Or, non seulement ce régime est toujours en place, avec Bachar al-Assad à sa tête, mais il a engrangé et continue à engranger des gains substantiels aussi bien sur le terrain politique que sur le terrain militaire.

Tandis que le pouvoir du premier ministre turc est en train de vaciller, ébranlé par un scandale politico-financier de grande ampleur qui a déjà entraîné la démission de trois ministres et un profond remaniement du gouvernement.

En admettant qu’il ne soit pas contraint à remettre sa démission, on voit mal, dans ces conditions, comment M. Erdogan pourrait briguer un mandat présidentiel lors des élections de 2014 d’autant, nous dit-on, que le mouvement religieux de Fethullah Gülen est entré en opposition ouverte contre lui (Gülen avait contribué à la victoire électorale d’Erdogan).

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Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen

Le scandale ne se limite cependant pas à des affaires strictement turques mais concerne aussi l’action du gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement) dans la Syrie voisine. En effet, parmi les personnes recherchées par la justice, on compte deux ressortissants Arabes présentés comme membres d’al Qaïda, c’est-à-dire en réalité des services secrets saoudiens.

Ces deux personnages sont actuellement en fuite, une fuite qui a été permise par une police dirigée désormais par des fidèles du gouvernement et qui se permet de ne pas appliquer les ordres des magistrats.

Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub ne menaient pas une existence clandestine en Turquie où ils avaient au contraire l’oreille de hauts responsables politiques .

Il fallait bien ça pour organiser le transit de ces milliers de combattants européens vers le champ de bataille syrien.

Des suspects membres d’al Qaïda fuient après le blocage par le gouvernement turc d’une descente de police

Eaman (Turquie) 26 décembre 2013traduit de l’anglais par Djazaïri

Selon des informations, Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub qui sont liés à al Qaïda et figurent parmi les suspects dans une importante affaire de corruption, auraient fui la Turquie après que le Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir) a bloqué une descente de police mercredi, le police d’Istanbul ayant refusé d’exécuter les ordres donnés par des magistrats afin d’arrêter plusieurs suspects dans le second volet de l’enquête,

Le bureau du procureur d’Istanbul a ordonné l’arrestation de 30 suspects, dont un certain nombre de parlementaires et d’hommes d’affaires, Le département de police d’Istanbul qui a connu unevaste purge au niveau de ses officiers supérieurs la semaine dernière, ne s’est cependant pas conformé aux instructions.

Les informations de presse laissent entendre que quand la liste des 30 suspects a été révélée aux médias mercredi, certains des suspects ont pris des mesures de précaution pour éviter de laisser des éléments à charge contre eux en cas de descente de police chez eux où dans leurs bureaux.

Et certains suspects ont fui la Turquie, dont les agents d’al Qaïda pour la Turquie, Al Qadi et Khoutub, après que le gouvernement a bloqué l’enquête par le truchement de chefs de la police récemment nommés qui ont refusé de se conformer à la décision de justice.

Le procureur Muammer Akkaş, qui conduisait la deuxième phase de l’enquête, a été dessaisi du dossier. «L’ensemble de mes collègues et l’opinion publique devraient savoir qu’on m’a empêché en tant que procureur d’effectuer l’enquête, » a expliqué jeudi le procureur dans une déclaration, ajoutant qu’une entrave à l’action judiciaire a été exercée aussi bien par le bureau du procureur général que par la police, donnant ainsi l’occasion aux suspects de détruire les preuves.

Akkaş a déclaré que malgré la délivrance de mandats d’arrêt et de perquisition à l’encontre des suspects et leur transmission mercredi matin aux services de police d’Istanbul, ces derniers n’ont pas respecté ses ordres.

«En n’appliquant pas les décisions de justice, les chefs de la police ont commis un délit. Une occasion a été offerte aux suspects de prendre des dispositions, de fuir ou d’altérer des éléments à charge,» a-t-il dit.

 Les avoirs en Turquie de l’homme d’affaires saoudien Al Qadi ont été gelés après sa désignation comme financier du terrorisme international. Des articles de presse observent que le suspect d’appartenance à al Qaïda est autorisé à entrer librement en Turquie et a accès à des diplomates et à des responsables sécuritaires de haut niveau, comme le sous-secrétaire des services de renseignements (MİT) Hakan Fidan.

Selon des allégations, l’ancien ministre de la justice Sadullah Fergin, qui a quitté son poste mercredi suite à un important remaniement ministériel, avait demandé au procureur général de fermer le dossier.

Irak 2003 – Iran 2013?

27 mars 2013

Nous sommes peut-être encore nombreux à penser que le pétrole était une des principales motivations de la guerre entreprise par les Etats Unis contre l’Irak en 2003.

J’écris «nous» parce que je le pensais encore avant de lire un article de Muhammad Idrees Ahmad dont je vous propose une traduction.

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Muhammad Idrees Ahmad

L’exposé de Muhammad Idrees Ahmad est limpide et on est obligé, après lecture, d’admettre que le pétrole n’était en aucun cas un motif décisif de cette agression. On peut par ailleurs apprendre que  l’exploitation du pétrole irakien est plus aujourd’hui l’affaire des sociétés chinoises que des firmes américaines qui n’ont plus sur place qu’une activité assez marginale (en dehors des société de services pétroliers comme Halliburton).

Si la guerre contre l’Irak s’est soldée par la défaite du régime irakien de l’époque, elle a eu aussi pour conséquence un affaiblissement [relatif] des Etats Unis dont l’économie a été mise à mal par les dépenses de toutes sortes induites par ce conflit qui était venu s’ajouter à l’intervention en Afghanistan. De la même manière, la domination politique des Etats Unis dans le monde commence à être remise en cause par l’émergence de nouveaux acteurs qui cherchent à ajuster leur rang diplomatique à leur force économique.

Une situation qui n’a rien d’inédite, si on veut bien se souvenir que l’Angleterre était sortie affaiblie des deux guerres mondiales qui l’avaient pourtant vue victorieuse.

 Si j’ai bien compris la thèse de l’auteur de l’article, l’entrée en guerre contre l’Irak s’explique en premier lieu par la rencontre d’un homme, George W. Bush, animé d’un esprit messianique qui mêle doctrine religieuse et mysticisme démocratique et d’une bande de penseurs néoconservateurs cherchant avant tout à agir dans ce qu’ils considéraient être l’intérêt de l’entité sioniste.

Pour résumer, l’invasion de l’Irak était une intervention visant à servir des objectifs définis par une tendance particulière du sionisme, le sionisme révisionniste dont le pouvoir en place à Tel Aviv incarne l’évolution contemporaine.

Ces gens là, comme tout fasciste qui se respecte, pensent que seule la force leur permettra d’exister, d’exister au Moyen Orient pour ce qui concerne les fascistes Juifs.

Cette même logique qui a conduit les Etats Unis et leurs alliés à envahir puis à occuper et détruire l’Irak reste à l’œuvre aujourd’hui, s’étant simplement fixée un autre ennemi à abattre d’urgence, à savoir le régime iranien.

Comme en 2003, signale l’auteur, personne n’imagine vraiment que Washington va entrer en guerre contre l’Iran.

Et pourtant…

Toute une série de personnages et de causes ont conduit les USA à la guerre contre l’Irak

Par Muhammad Idrees Ahmad, The National (EAU) 23 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dix ans après «choc et effroi», les raisons derrière l’invasion de l’Irak n’ont toujours pas été expliquées de façon satisfaisante.

Des journalistes, des intellectuels, des soldats et des idéologues se sont tous trituré les méninges pour donner des réponses. Le pétrole, l’impérialisme, le militarisme, la démocratie, Israël et l’économie de marché ont été proposés en guise d’explications.

Certaines d’entre elles s’excluent mutuellement, et elles semblent toutes mettre en lumière plus qu’elles ne satisfont le besoin qu’ont les humains de la simplification. D’un autre côté, entre les mains des universitaires les explications tendent inévitablement vers le «complexe» (le marqueur obligatoire pour séparer l’homme ordinaire du mandarin).

Dire que les causes de la guerre contre l’Irak sont assez simples à expliquer ne veut pas dire qu’elles sont simples. Mais le manque de simplicité ne signifie pas non plus indétermination [du fait d’une trop grande quantité de causes]. La réalité peut être complexe mais est tout à fait dans le domaine de l’explicable.

On n’a pas besoin de souscrire à la notion tolstoïenne de l’histoire – une force insondable, sans agents, prédestinée et avec des causes infinies – pour accepter qu’un phénomène aussi compliqué qu’une guerre puisse avoir des causes multiples. Celle contre l’Irak en avait beaucoup. Chacune de celles mentionnées plus haut ont joué un certain rôle dans les calculs des décideurs politiques ; mais elles n’ont pas toutes la même importance. Les acteurs décisifs n’étaient pas animés par les mêmes motifs, pas plus qu’ils n’avaient forgé leurs décisions simultanément.

George W Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld voulaient la guerre, mais elle fut conçue par les néoconservateurs. Le 11 septembre 2001 en fut le catalyseur, mais ce sont les néoconservateurs qui s’employèrent à l’instrumentaliser.

Le désir des néoconservateurs de renverser le régime irakien préexistait à celui de M. Bush, M. Cheney ou M. Rumsfeld. Le changement de régime était une doctrine officielle aux Etats Unis depuis 1998 et une doctrine officieuse depuis plus longtemps encore. Mais les moyens imaginés étaient la pression diplomatique, l’étranglement économique et l’action secrète – pas l’invasion et l’occupation.

M. Bush commença à recevoir des briefings sur ce sujet seulement dans le cours de sa campagne présidentielle. Les Vulcans – le groupe chargé de réfléchir à la politique étrangère – étaient animés par Condoleeza Rice qui, dans un document de situation pour les affaires étrangères avait soutenu que la puissance militaire irakienne était «considérablement affaiblie» et que les Etats Unis pouvaient vivre même avec un Irak nucléaire.

M. Cheney avait passé les années 1990 à se plaindre de la politique de sanctions [‘’sanctions-happy’’] de l’administration Clinton. Il dirigeait aussi USA*Engage, un consortium d’industriels qui faisait pression pour l’abrogation de l’Iraq Libya Sanctions Act de 1996, un cadeau du lobby israélien.

M. Rumsfeld avait manifesté peu d’intérêt pour l’Irak dans la quinzaine d’années entre sa tristement célèbre poignée de mains avec Saddam Hussein et sa signature d’une lettre rédigée par le Project for the New American Century, un think tank néoconservateur. A l’hiver 2001, M. Bush, M. Cheney et M. Rumsfeld étaient cependant tous convaincus de la nécessité de la guerre.

Le 11 septembre explique partiellement ce changement d’état d’esprit. Mais il n’avait pas pour autant rendu la guerre inévitable. Il fallait encore manipuler l’opinion publique, surmonter les obstacles bureaucratiques. Il fallait mettre l’Irak sur l’agenda en le présentant comme une menace imminente. C’est seulement ainsi qu’une guerre préventive pouvait être justifiée.  A cette fin, la conjonction de liens présumés de l’Irak avec al Qaïda et sa possession d’armes de destruction massive (ADM) était nécessaire. Ensemble, cela constituait une menace qui renvoyait au rang d’exercice d’irresponsabilité pointilleuse toute recherche de preuves supplémentaires. Comme le soulignait l’argumentaire de la Maison Blanche, la preuve décisive risquait fort d’être le champignon d’une explosion atomique.

Un inventaire des articles parus dans le sillage immédiat du 11 septembre et liant l’Irak aux attentats révèle qu’ils provenaient Presque exclusivement des cercles néoconservateurs.

La plupart des articles que j’ai pu lire citent les assertions non étayées d’une seule personne, l’idéologue néoconservatrice Laurie Mylroie. Ses théories étaient promues avec ardeur au sein du gouvernement par Paul Wolfowitz qui avait aussi chargé son protégé, Douglas Feith, de trouver du matériel pour appuyer les assertions de Mlle Myrloie.

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Paul Wolfowitz: « je peux aussi chanter La Marseillaise « 

M. Feith avait créé deux groupes à cet effet – le Policy Counterterrorism Evaluation Group et l’Office of Special Plans – pour fabriquer la connexion Irak – al Qaïda et des preuves sur les ADM irakiennes présumées. Il était assisté par des exilés et des escrocs  de l’ Iraqi National Congress et, plus important selon moi, par la correspondante du New York Times Judith Miller, co-auteure avec Mlle Myrloie d’un livre sur l’Irak publié en 1991.

Pendant ce temps, la cheville ouvrière néoconservatrice Richard Perle s’était arrangée pour que M. Cheney soit briefé personnellement en plusieurs occasions par Bernard Lewis, un doyen de l’orientalisme, qui assurait au vice président revanchard que le seul langage que les Arabes comprenaient était la force. « Choc et effroi » était donc le corollaire obligé.

Quid du pétrole ? Malgré sa plausibilité au premier abord, la thèse de la «guerre pour le pétrole » ne semble résister ni à l’épreuve des faits ni à l’analyse. En 2003, l’Irak ne refusait pas de vendre son pétrole mais était sous embargo. Les sociétés pétrolières avaient passé une dizaine d’années à faire pression non pour la guerre, mais pour une levée des sanctions. Leur état d’esprit a pu changer en 2003, mais il existait beaucoup de moyens moins coûteux et moins aléatoires que la guerre.

A au moins trois reprises dans les six mois qui avaient précédé l’entrée en guerre, Saddam Hussein avait fait des efforts désespérés pour maintenir son pouvoir en offrant aux Etats Unis un accès privilégié au pétrole irakien. Les compagnies pétrolières n’avaient pris le train en marche qu’une fois la guerre devenue inévitable, et encore pas sans appréhension. Elles craignaient toutes la déstabilisation qui pouvait s’ensuivre.

Pour M. Cheney et M. Rumsfeld, la première motivation n’était pas le pétrole, mais l’effet d’exemplarité de la guerre – une affirmation sanglante de la puissance militaire des Etats Unis pour intimider quiconque envisagerait de nuire aux USA en livrant des ADM à des terroristes. Pour Bush, selon des gens très proches de lui, la motivation principale était des plus simplistes, une croyance messianique dans le combat contre un régime «diabolique» – un régime qui avait précédemment tourmenté son père. Il était aussi flatté par des conseillers et des exilés Irakiens qui l’encourageaient à endosser son nouveau rôle de guide de l’humanité, de libérateur des peuples, de diffuseur de la démocratie.

M.Bush, M. Cheney et M. Rumsfeld auraient peut-être pu décider d’entrer en guerre contre l’Irak sans l’encouragement des néoconservateurs. Mais sans leur aide, il est peu probable que le parti de la guerre eut pu surmonter la résistance d’establishments militaires, diplomatiques et du renseignement hésitants. Par leur cohésion sociale, leur cohérence idéologique et leur domination sur l’appareil de la sécurité nationale, et avec les ressources et le soutien institutionnel du lobby israélien, les néoconservateurs avaient des atouts dont ne disposait aucune autre faction.

Dans la longue série de textes produits par les néoconservateurs pendant la décennie qui avait précédé – en particulier les deux documents politiques rédigés par M. Perle, M. Feith et David Wurmser pour le premier gouvernement benjamin Netanyahou – des idées que M. Wurmser avait par la suite développées dans son livre Tyranny’s Ally – ces motivations [pour la guerre] sont affirmées sans équivoque.

Le néoconservatisme s’enracine idéologiquement dans le sionisme révisionniste et c’est pourquoi Israël est sa grande priorité. Pour les néocons, la guerre est désirable parce qu’elle fragmenterait un Etat arabe potentiellement puissant et laisserait l’Iran,  le véritable ennemi juré d’Israël dans une situation plus vulnérable. Elle renforcerait aussi l’isolement des Palestiniens, les rendant plus enclins au compromis. Pour eux, la route de Jérusalem passait par Bagdad.

Près d’un million de morts Irakiens plus tard, avec plus de 3 000 milliard de dollars perdus et 5 000 soldats tués, on ne sait pas toujours vraiment si les Etats Unis en ont tiré une quelconque leçon. La guerre du Vietnam avait été suivie de beaucoup d’introspection ; ce ne fut guère le cas avec l’Irak. La rhétorique reste belliqueuse et l’enthousiasme pour la guerre a à peine faibli.

La guerre contre l’Irak semblait improbable jusqu’à ce qu’elle se produise. Dans ses mémoires, M. Feith regrette que ses démarches pour mettre l’Irak dans le collimateur de l’administration n’aient suscité que dérision aussi tardivement qu’à l’été 2001. Le 11 septembre avait tout changé.

De la même manière, une guerre contre l’Iran semble improbable aujourd’hui ; et c’est ce qui a encouragé les politiciens US à se lancer dans une stratégie de la corde raide avec l’Iran sans avoir peur des conséquences. Tout cela pourrait changer rapidement si un «évènement catalyseur – un nouveau Pearl Harbour» venait à rompre l’équilibre.

Si on doit tirer une leçon de la guerre contre l’Irak, c’est que l’histoire est contingente et que les idées ont des conséquences. Seul ce qui est inerte répond à la volonté humaine. Avec la prépondérance de leur puissance de destruction, les Etats Unis ont le devoir de ne pas être esclaves des circonstances.

Muhammad Idrees Ahmad est un spécialiste de sociologie politique d’origine pakistanaise qui vit en Angleterre. A côté d’activités académiques il collabore avec divers médias tels Le Monde Diplomatique, Asia Times, IPS News, et Political Insight

L’Algérie partie prenante d’une intervention militaire au Mali?

30 octobre 2012

La crise au Mali donne lieu à de grandes manœuvres diplomatiques qui pourraient déboucher sur une intervention militaire d’Etats membres de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’OTAN en fait qui non seulement assurera la véritable direction des opérations mais en dictera l’objectif politique.

La nature de cet objectif reste mystérieuse car si on peut tomber d’accord pour dire que le Mali doit recouvrer son unité territoriale, il n’est pas du tout sûr qu’il y parvienne avec l’aide des pompiers pyromanes français ou américains.

C’est que la crise au Mali ne concerne pas que la partie nord du pays, elle touche également la partie méridionale qui est aussi la plus peuplée et celle qui donne le ton politiquement.

Avant tout processus de réunification, qu’il se fasse par la voie militaire ou autrement, il importe donc d’engager un processus politique qui permette de définir la relation qu’entretiendront les différentes régions du Mali dans le cadre d’un Etat unitaire.

Parce que si le mouvement touareg a dores et déjà fait savoir qu’il renonçait à une indépendance qui lui a de toute façon immédiatement été confisquée par ceux qui se présentent comme des émules d’al Qaïda, il n’empêche que la réalité sur le terrain montre que si ces « djihadistes » ont un comportement abject, il en va de même de l’armée malienne.

C’est cette réalité dont ne veulent pas tenir compte les autorités des pays occidentaux et que leurs medias tendent à ignorer superbement à la différence d’un Boulkindi COULDIATI qui écrit dans Le Pays, un journal burkinabé.

Le magazine Jeune Afrique parle aussi de ces huit ou neuf civils qui ont été massacrés récemment par l’armée malienne alors qu’ils étaient en chemin vers la Mauritanie.

En langue française, c’est à peu près tout ce que méritent ces pauvres bougres, de simples pasteurs éleveurs qui n’avaient que le tort d’être des Touareg

Il va donc sans dire qu’une intervention militaire serait pour le moins prématurée, si tant est même qu’elle ait une quelconque utilité, et qu’elle risquerait de plonger un peu plus la région dans le chaos.

On dit que Hillary Clinton s’est déplacée à Alger pour persuader le gouvernement algérien de s’ impliquer dans une telle opération militaire.

Incroyable, je lui ai demandé sa main et elle a dit oui!

Elle aurait obtenu ce qu’elle voulait nous dit le journal La Croix selon qui l’armée algérienne, sans intervenir directement, participera à la planification des opérations militaires de reconquête du nord Mali.

Si c’était le cas, ce serait une erreur de plus à mettre à l’actif de la diplomatie algérienne qui n’en finit pas de céder sur des questions qui la regardent pourtant plus que n’importe quel politicien américain ou parisien.

Curieusement, le journal algérien L’Expression nous chante apparemment une chanson très différente sur l’issue des discussions entre Mme Clinton et les autorités d’Alger. on comprend cependant que les Etats Unis attendent de l’Armée nationale Populaire qu’elle agisse en tant que force supplétive des Etats Unis dans la région.

De quoi flatter l’ego national avec un prétendu «axe Alger-Washington» par opposition bien entendu à un axe Paris-Washington.

Un sous-texte qui semble donc confirmer les informations du journal La Croix.

A Alger comme dans d’autres pays arabes, on aime à se bercer d’illusions…


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