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Dissolution de l’Etat national: la Turquie après la Syrie et l’Irak?

9 mai 2016

Verda Özer est une spécialiste des relations internationales chercheur à l’Istanbul Policy Center (IPC) et qui collabore avec plusieurs publications dont le journal turc Hürriyet.

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Verda Özer

Son article que je vous propose en traduction veut contredire le vice-président des Etats Unis Joe Biden, et donc la ligne officielle de Washington, selon qui les Etats où son pays intervient pour « maintenir la paix » sont des structures artificielles et qu’il faut se préparer à leur éclatement en entités plus petites mais plus homogènes.

Ce serait par exemple en Syrie, une entité alaouite, une entité kurde et une entité sunnite, ces deux dernières étant réparties sur des portions de territoires de la Syrie et de l’Irak actuels.

Mme Özer a parfaitement compris que cette argumentation s’appliquait aussi à son pays, la Turquie.

C’est pour cette raison qu’elle a souhaité contredire Joe Biden en arguant du fait que nulle part il n’existe de frontières naturelles. Et en effet, contrairement à ce que certains ont pu apprendre à l’école, les Pyrénées ne sont pas une frontière naturelle de la France. Une frontière est uniquement un fait accompli de main d’homme et un fait de droit.

Cette précision de Verda özer peut être assimilée à un coup pour rien mais ce n’est pas le cas. Elle lui permet en réalité de formuler de manière diplomatique deux conseils à un gouvernement qui n’aime pas trop en recevoir.

Le premier est celui de se tenir à l’écart des conflits en cours en Syrie et en Irak, de crainte d’un effet déstabilisateur sur la Turquie elle-même.

Le deuxième est celui de ne pas tracer des frontières (forcément artificielles) à l’intérieur du territoire national. Mme Özer pense évidemment aux Kurdes de Turquie mais pas seulement car il existe en Turquie d’autres minorités qui pourraient trouver un intérêt à la défaisance de l’Etat turc tel qu’il est actuellement établi. Je parle ici de la  minorité syrienne de l’ancien wilayet d’Antioche (Antakya) et des Alévis, une importante minorité confessionnelle.

On verra bien ce que pèsent les avertissements distillés par des spécialistes comme Verda Özer face aux plans des Etats Unis qui consistent à favoriser et accompagner la fragmentation de la région pour peu qu’elle demeure dans un niveau d’instabilité à la fois gérable, non menaçant pour leurs intérêts et favorables à ceux de l’entité sioniste. Une politique étrangement conforme au fameux plan Yinon

Vous avez peut-être tort, M. Biden

Par Verda Özer, Hürriyet (Turquie) 7 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les mots du vice-président des Etats Unis Joe Biden ont fait l’effet d’une bombe cette semaine. « Pensez à tous ces endroits où nous essayons de maintenir la paix. Ce sont des endroits où nous avons tracé des lignes artificielles, créé des Etats artificiels, constitués de groupes culturels, ethniques et religieux distincts et nous avons dit, ‘C’est pour vous ! Vivez ensemble ! », a-t-il dit.

L’endroit auquel il se référait principalement comme « artificiel » était l’Irak, étant donné qu’il a tenu ces propos dans l’ambassade américaine à Bagdad au cours de sa première visite en Irak depuis cinq ans.

Le même jour, le New York Times rapportait que les « officiels des Nations Unies à Bagdad ont discrètement commencé à étudier comment la communauté internationale pourrait gérer un éclatement du pays. »

Le moment de la visite de Biden et ces déclarations sont loin d’être des coïncidences. L’Irak a été littéralement mis en lambeaux. Et en premier lieu, le gouvernement central à Bagdad est complètement dysfonctionnel depuis février dernier. Aucun des ministères n’est en situation de pouvoir travailler.

La principale raison en est que l’opposition au premier ministre chiite Haider al-Abadi et à son gouvernement est devenue hors de contrôle à cause de sa politique sectaire et d’allégations de corruption. C’est pour cette raison que al-Abadi avait promis de formé un nouveau gouvernement constitué uniquement de technocrates le 9 février. Il a cependant été incapable d’y parvenir pour l’instant. Par conséquent, l’équilibre des pouvoirs dans le pays qui est façonné par les tendances sectaires s’est retrouvé complètement sens dessus dessous.

Ce qui indique fortement que le sectarisme va sonner le glas pour [le gouvernement d’] al-Abadi exactement comme ce fut le cas pour le premier ministre chiite Nouri al-Maliki en 2014. En d’autres termes, l’Irak ne va nulle part.

La tension ancienne entre Bagdad et Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, s’étale au grand jour. Les deux parties s’accusent mutuellement de ne pas respecter l’accord qu’elles avaient conclu le 2 décembre 2014 sur le partage des revenus du pétrole.

Ce qui à son tour, s’est transformé généralement en conflit entre Kurdes et Chiites à travers le pays. Il y a eu tout récemment une escalade dans les affrontements, particulièrement du côté de Kirkouk que Bagdad et Erbil se disputent depuis longtemps. En outre, les Turkmènes chiites combattent aussi aux côtés des milices chiites contre les Kurdes dans les zones de conflit. Dit autrement, les conflits ethniques et religieux sont devenus intriqués.

Par ailleurs, le fait que l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, Daesh) soit leur ennemi commun ne change en rien la situation. Au contraire, la lutte contre l’EIIL a changé l’équation sur le terrain en faveur des Kurdes en étendant leur territoire d’environ 40 % depuis 2014, ce qui n’a fait qu’attiser la confrontation.

La tension Chiites – Sunnites, d’autre part, est omniprésente dans le pays depuis des dizaines d’années. Elle s’est pourtant encore aggravée à un tel point récemment que « l’opération de grande ampleur pour reprendre Mossoul » qui doit être lancée en septembre ou en octobre devrait, dit-on, interdire aux milices chiites d’accéder au centre-ville afin d’éviter tout affrontement éventuel avec les Sunnites qui sont majoritaires dans la ville.

Avec tout ça, les Chiites sont aussi divisés entre eux. Le leader religieux chiite Moqtada al-Sadr  a appelé avec de plus en plus de force à la démission d’al-Abadi. La même chose s’observe du côté du parti politique chiite d’al-Maliki, Dawa.

Compte tenu de tous ces éléments, l’Irak sera-t-il capable de combattre d’EIIL dans ces conditions ? En outre, l’EIIL lui-même n’est-il pas issu de la confrontation sectaire ? Il ne semble par conséquent guère possible de sauver à brève échéance l’Irak de Daesh et d’empêcher la dissolution de l’Etat à long terme.

La Syrie est pour sa part dans une situation de morte-vivante depuis un certain temps. La communauté internationale considère même sa dissolution comme plus probable et imminente que celle de l’Irak.

En novembre 2014, j’ai eu la chance d’avoir un tête-à-tête [en français dans le texte] avec Richard Haas, le président du Council on Foreign Relations (CFR), le think tank américain le mieux établi. Haas est un des plus éminents penseurs et concepteurs de politiques aux Etats Unis, ayant coordonné les politiques de Washington en Irak et en Afghanistan en des moments critiques.

Haas m’avait que « pour le moment, les Etats Unis préfèrent un Irak unifié, avec les Kurdes ayant une autonomie plutôt que l’indépendance. » Il considère cependant que ce n’est pas une perspective réaliste dans le futur parce que nous avons déjà franchi le point de non-retour aussi bien en Irak qu’en Syrie.

« L’avenir de la Syrie ne se situe plus dans le cadre de paramètres nationaux. Le pays est déjà partitionné. Al-Assad, ou quelqu’un comme lui, gouvernera la région alaouite, pas l’ensemble du pays. Les Kurdes auront une autonomie significative. El les Sunnites se débattront entre l’EIIL et différentes tribus, » avait-il expliqué.

Dans un tel scénario, les zones sunnites en Irak et en Syrie seraient à cheval des deux côtés de la frontière. La même chose pourrait se passer pour les zones kurdes. Et un tel changement fondamental de la carte de la région affectera certainement aussi la Turquie.

En réponse à ces vagues de désintégration, la Turquie doit se tenir hors de ces conflits dans toute la mesure de ses capacités et se préparer à tous les scénarios possibles. Plus important, elle doit faire valoir la paix et l’unité à l’intérieur de ses propres frontières.

Enfin et surtout, je voudrais en finit avec des histoires de « nature artificielle ». Existe-t-il quelque part une « frontière naturelle » ? Les frontières e tous les Etats nations du monde ont été tracées un jour d’une manière ou d’une autre. Ce qui importe vraiment c’est de ne pas en créer de nouvelles ; et au contraire d’effacer les frontières internes à nos territoires que nous tendons à créer nous-mêmes. Après tout, ce sont des frontières artificielles.

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Syrie, propagande et réalités

1 juin 2013

Comme dans l’affaire libyenne, la crise syrienne a montré que la presse occidentale était une machine de propagande redoutable derrière ses oripeaux de professionnalisme et d’objectivité. Angry Arab nous en livre un exemple que je vous propose traduit en français.

Depuis le début de la crise en Syrie, on nous vend le concept d’une population civile désarmée lâchement massacrée par une armée suréquipée épaulée par des espèces de miliciens cruels, les «shabiha.»

Le moteur de la bestialité du régime étant bien sûr le sectarisme d’une minorité alaouite arc-boutée sur ses privilèges face à une majorité sunnite opprimée et éprise de liberté et de démocratie. Incidemment, on apprend par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) que près de la moitié des victimes de la guerre en Syrie sont alaouites…

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J’ignorais que j’étais alaouite.

Parce que le problème est que ce beau roman n’est en fait qu’un mauvais roman qui ne permet pas de comprendre par quel miracle le régime de Damas n’a été emporté ni par un putsch, ni par l’élan populaire.

De fait, le régime et son armée où, contrairement à ce que raconte le roman concocté à Londres, Paris et Ankara, toutes les composantes de la société sont partie prenante, ont montré une cohésion remarquable qui s’est traduite par un nombre limité de défections.

De la même manière, la population ne s’est pas soulevée, ni par la violence, ni par des manifestations de désobéissance civile.

La seule réalité pour une bonne partie des gens, c’est la peur pour la sécurité de sa famille et les difficultés à se nourrir et à se loger dans une guerre où les opposants Syriens et étrangers ont fait le choix de s’implanter dans des villes qui ne leur avaient généralement rien demandé.

Tel est le cas d’al Qusayr, cette ville moyenne qui est le théâtre de durs combats entre les «rebelles» et l’armée gouvernementale épaulée par le Hezbollah qui sont semble-t-il en passe d’en reprendre le contrôle.

Al Qussayr n’est pas et ne sera pas un nouveau Guernica. D’abord parce que Bachar al-Assad n’est pas un Adolf Hitler Arabe (comme l’étaient avant lui le colonel Nasser er Saddam Hussein sans parler du non arabe Mahmoud Ahmadinejad) et ensuite parce que ça fait longtemps que la majorité des habitants a fui la ville ou en a été chassée au moment où cette dernière est tombée entre les mains des prétendus rebelles.

Ces civils, comme la plupart des civils Syriens se sont soit réfugiés à l’étranger, au Liban tout proche, soit dans des secteurs de la Syrie restés sous contrôle gouvernemental.

Parce que la grande majorité des gens fuit d’abord la guerre, pas le gouvernement.

 Que la propagande sur Qusayr commence (II)

par As’ad AbuKhalil, Angry Arab 1er juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le correspondant bien connu d’un journal occidental au Moyen Orient m’a envoyé ce qui suit:(il/elle ne veut pas être cité(e) : «Franchement, j’ai parlé hier avec des gens qui ont des informations sur Qusayr, ils disent que la plupart des civils sont partis, les quelques centaines qui sont restés sont surtout des proches des combattants, des femmes qui leur font la cuisine etc. c’est vrai qu’il y a eu entre 600 et 700 blessés mais ce sont presque tous des combattants. Les civils, y compris les femmes et les enfants de certains combattants ont évacué depuis longtemps, les rebelles savaient que l’offensive se préparait et ils ne les auraient pas laissés dans la ville. A chaque fois qu’ils [les soldats Syriens] ont progressé dans la ville, il n’y avait pas de civils, ni dans les maisons , ni dans les rues ou les quartiers qu’ils ont pris aux rebelles, ce qui amène l’armée à supposer et à conclure qu’il ne reste plus de civils. Notez qu’Abdallah, quelque soit son vrai nom, le journaliste citoyen/militant a annoncé sur al Jazeera que 40 000 civils sur place allaient être massacrés.  Sur la BBC, le général Idriss a déploré que 50 000 civils dans Qusayr allaient être passés au fil de l’épée par le Hezbollah, mais personne ne lui a objecté le fait que la population entière de Qusayr se situe entre 30 000 et 40 000 personnes au plus et que nous savons que la majorité d’entre eux sont partis avant l’offensive et l’année dernière quand les rebelles ont pris la ville et que plusieurs milliers, 5 000 au total environ, ont quitté la ville au début de l’offensive (ainsi que l’a signalé un organisme de l’ONU qui rendu visite à ces familles déplacées non loin de là), alors comment peut-il y avoir  de 40 à 50 000 personnes dans la ville comme le prétend l’opposition ?

Ce sont ces chiffres [ceux de l’opposition] que la BBC a choisi de citer dans son reportage en ligne !»   

Règles de déontologie journalistique applicables dans le cas de la Syrie

25 février 2013

Le règlement politique de la crise syrienne semble avancer et c’est sans doute la meilleure solution aussi bien pour la population que pour le pouvoir en place ou pour la coalition d’opposition dont l’influence est sûrement plus  grande du côté turc de la frontière que du côté syrien. Et qui a surtout une existence médiatique.

Justement, As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab, nous explique ce qu’est la déontologie journalistique quand il s’agit de couvrir les troubles qui secouent la Syrie.

Des principes qu’il expose ici, découle une pratique du journalisme qui prétend nous renvoyer une image des évènements correspondant peu ou prou à la réalité alors que cette image est surtout faite de faux semblants.

Sur le plan militaire d’abord, avec ces annonces régulières de prises «décisives» de routes, d’aérodromes et même d’un barrage. Des victoires qui s’avèrent sans lendemain voire même purement imaginaires.

Sur le plan politique ensuite, avec une opposition en exil qui s’avère être de plus en plus une coquille vide dont la composition est supposée refléter la diversité politique, ethnique et religieuse de la Syrie comme se la figurent les Occidentaux mais qui ne correspond pas à  grand chose sur le terrain syrien. Un terrain où l’opposition militaire réelle au pouvoir est le fait de brigades islamistes, notamment celles qui sont liées aux Frères Musulmans.

Si ces forces aspirent à représenter une alternative au régime en place, il ne s’agit en aucun cas d’une alternative démocratique. Mais comme on l’a dit, la situation militaire fait que cette alternative au régime syrien ne semble pas sur le point de renverser ce dernier.

Ce qui nous amène au dernier point qui est, en dépit de quelques défections, la  cohésion d’ensemble du régime, qui n’est pas un régime alaouite comme on le prétend, tant s’en faut.

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Cette cohésion est un des facteurs de la résistance de ce pouvoir aux coups de boutoir qui lui sont assénés par des forces qui sont loin d’être toutes syriennes puisque des tueurs sont venus de l’ensemble du monde musulman et même non musulman pour participer à la curée.

L’autre facteur de la résistance de ce pouvoir, c’est l’absence d’insurrection populaire. En effet, partout où le pouvoir est resté présent, c’est-à-dire sur l’essentiel du territoire, la vie suit son cours avec bien sûr les souffrances qu’endure la population d’un pays mis sous embargo et dont l’économie a été en grande partie ravagée, voire pillée par les prétendus révolutionnaires comme on l’a vu à Alep.

Ce fait est d’autant plus remarquable que l’armée syrienne, il faut le rappeler, est constituée en grande majorité de conscrits et qu’on ne peut pas forcer bien longtemps des appelés à tirer sur leurs propres concitoyens. Un pays comme les Etats Unis avait même pu s’apercevoir qu’il était difficile de forcer très longtemps des conscrits à tuer des étrangers, même quand ils n’ont pas la même couleur de peau. 

 

Comment couvrir la Syrie depuis Beyrouth et le Liban

par As’ad AbuKhalil, Al-Akhbar (Liban) 25 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

En se fondant sur la couverture de la Syrie dans la presse des Etats Unis, il est possible d’identifier certaines caractéristiques de cette couverture depuis Beyrouth. 

1. Ecrivez les articles mais appuyez vous sur des pigistes locaux sous payés qui peuvent assurer la traduction et l’interprétation pour vous. 

2. Appelez le service de presse d’Hariri et les services de presse des organisations de Syriens en exil dès votre arrive dans la ville. 

3. Vous n’avez pas besoin de sortir de chez vous: le boulot nécessite d’utiliser abondamment Skype. Vous n’avez pas besoin de chercher des adresses Skype : les services de presse d’Hariri et ses alliés dans l’opposition syrienne en exil vous donneront des noms et pourront même en inventer pour vous.

4. C’est bien de montrer de la sympathie pour les organisations syriennes armées et de l’émotion dans vos reportages, exactement comme il n’est pas bien de montrer de l’émotion quand on couvre le côté arabe du conflit arabo-israélien. 

5. Traitez largement de la souffrance humaine, sauf quand elle est causée par les groupes armés syriens eux-mêmes. 

6. Ne citez pas les vrais chefs des organisations syriennes en exil qui sont dominées par les islamistes: citez par contre des Syriens qui résident dans des pays occidentaux afin de donner un visage occidentalisé à l’opposition syrienne en exil. 

7. Essayez de minimiser le rôle de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie Saoudite aux côtés des organisations armées syriennes. 

8. N’hésitez pas à vous engager dans des campagnes de collecte de fonds dans vos articles en faisant référence constamment à la pauvreté des groupes armés et à leurs carences en armes et en équipement. 

9. Essayez de montrer l’humanité des groupes armés: des photos d’enfants soldats devraient souligner le fait que ce sont d’abord des enfants après tout et qu’ils représentent la face humaine des groupes armés [comme peut-être cet adolescent Libyen qui résidait en Irlande et qui a été tué au combat en Syrie à l’âge de 16 ans]. 

10. Ne parlez pas avec les deux parties au conflit. Un côté (celui qui est soutenu par le Qatar et l’Arabie Saoudite) est suffisant. 

11.Rappelez-vous: les voitures bourrées d’explosifs ne sont pas une mauvaise chose quand elles sont utilisées par le camp soutenu par les Etats Unis. Les voitures piégées ne sont des armes destructrices haineuses que quant elles sont utilisées par des ennemis des Etats Unis.12. Dans les articles sur une intervention étrangère en Syrie, rappelez-vous qu’une intervention par l’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, la Turquie, la Jordanie, la Libye, l’OTAN, Israël, l’UE et les Etats Unis n’est pas vraiment une intervention. C’est simplement un geste humanitaire et de bonne volonté. Intervention militaire réfère seulement à la Russie, à l’Iran et  au Hezbollah. 

13. Quand vous traitez de l’intervention libanaise en Syrie, souvenez-vous qu’on ne parle que du Hezbollah. L’intervention (militaire ou autre) des organisations hariristes et salafistes ne compte pas et ne justifie pas une intervention [pour y mettre fin].

14. Rappelez-vous que l’étalon en matière de professionnalisme journalistique dans la couverture de la Syrie est représenté par les medias des princes Saoudiens et de la famille Hariri. 

1. Les rumeurs et les inventions répandues par les médias saoudiens et d’Hariri sont «bonnes à imprimer» si elles servent les objectifs de la propagande de la coalition emmenée par les Etats Unis. 

16. Les préjugés contre les Alaouites et la lecture sectaire sont essentiels à la compréhension du conflit. SVP, parlez de tous les Alaouites, bébés compris, comme de Shabiha. Ce qui rendra plus facile de justifier leur assassinat par les groupes armés. 

17. Faites de votre mieux pour dissimuler le poids d’un leadership islamiste fanatique et l’affiliation des groupes armés. Essayez plutôt de trouver quelqu’un qui porte des jeans et affirme parler au nom de l’unité militaire libérale et «laïque» [secular]. 

18. Toute histoire relative à la défection d’une personne, même un simple soldat ou le chauffeur d’un petit cadre d’une usine locale de traitement des déchets devra être couverte très largement. 

19.  Oublions SVP notre ancienne hostilité envers al-Jazeera. Al-Jazeera a changé maintenant et nous la considérons maintenant comme une télévision exemplaire qui représente la merveilleuse propagande de la famille royale du Qatar.

20. La famille Hariri vous fournira des noms et des numéros de téléphone de ses homes dans les services de sécurité intérieure du Liban et de ceux qui acceptant de livrer toute information ou rumeur qui va contre les intérêts du Hezbollah et vous pouvez citer ces personnes comme de «hauts responsables du gouvernement libanais en matière de sécurité.» 

21. Les intérêts et la propagande d’Israël devront être fortement représentés dans la couverture du conflit, et Israël devra être présenté comme l’ami du peuple syrien, malgré son occupation [du Golan] et ses attaques en territoire syrien.

22. Exactement comme dans le cas de la couverture de presse de l’opposition irakien en exil avant 2003, souvenez-vous SVP que toutes les personnalités de l’opposition syrienne en exil sont intelligents, éloquents (même dans le cas de Cicéron de Syrie) et vraiment drôles. 

23. En parlant des armes chimiques syriennes, ne mentionnez pas SVP l’arsenal israélien d’armes de destruction massive. Au contraire, pour que les Israéliens passent encore pour des victimes, choisissez des photos d’Israéliens posant avec des masques à gaz à chaque fois que vous écrivez sur l’armement chimique syrien. 

24. Rappelez-vous, vous êtes là pour remonter le moral et pas seulement pour “couvrir” les évènements. Vous devez écrire chaque semaine quelque chose sur la chute imminente du régime de Bachar et sur les rebelles qui sont sur le point de contrôler le centre ville de Damas. 

25. Il est important de rappeler aux lecteurs que 99 % de la population syrienne soutient l’action des Etats Unis et d’Israël en Syrie et que 99 % d’entre elle s’oppose farouchement au régime. Seuls des scélérats et des voyous persistent à soutenir le régime. 

26. A l’appui du succès de l’opposition syrienne à obtenir du soutien parmi toutes les minorités en Syrie, le service de presse d’Hariri à Beyrouth vous donnera les numéros de téléphone d’un Druze, d’un Chrétien, d’un Kurde et même d’un Alaouite qui sont contre le régime. 

27. La connaissance de la langue arabe – comme toujours quand on traite du Moyen Orient – n’est pas nécessaire du moment que vous savez reconnaître un sandwich au falafel.

Réfugiés Syriens au Liban, l’exemplarité du Hezbollah

16 janvier 2013

Je ne ferai pas de commentaires

 

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Nord Liban: un réfugié Syrien construit une maison avec des palettes de manutention

Les actions du Hezbollah libanais pour aider les Syriens qui fuient la violence dans leur pays

par David Enders, McClatchy Newspapers (USA) 14 janvier 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Malgré son soutien sans faille au régime syrien ces deux dernières années, l’organisation militante chiite Hezbollah aide dans la discrétion les Syriens qui sont au Liban – même ceux qui ne soutiennent pas sa ligne politique.

“Nous aidons les réfugiés depuis le début des évènements en Syrie,’’ déclare Imad al Wahda, un représentant du Hezbollah dans cette ville du sud Liban qu’on considère comme étant un bastion du parti. 

“Nous avons donné l’accès à plus de 2 000 maisons et appartements à Nabatiyeh et les villages alentours,’’ explique al Wahda. ‘’Certaines maisons accueillent deux ou trois familles.’’

L’organisation apporte une aide semblable à des réfugiés dans d’autres régions du pays, alors même que, selon des informations, ses combattants se battraient du côté du gouvernement syrien [une accusation de l’opposition syrienne et des pro Hariri jamais étayée par aucune preuve, NdT].

Fondé au début des années 1980, le Hezbollah est aujourd’hui la première force politique libanaise, un statut qu’il doit en partie à son action sociale en faveur de la communauté chiite longtemps déshéritée, qui forme la principale communauté religieuse du pays. En Syrie et dans le monde arabe, la popularité du Hezbollah a atteint des sommets en 2006 quand la milice de l’organisation avait tenu en échec une invasion du pays par les troupes israéliennes. 

Six ans plus tard, certaines des personnes qui adulaient l’organisation auparavant la dénoncent maintenant à cause de son soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui appartient à la secte alaouite, une branche du chiisme. Les rebelles hostiles à Assad sont presque tous issus de la majorité musulmane sunnite du pays, dont beaucoup accusent les Alaouites de pratiquer une discrimination contre les Sunnites tout au long des quarante années d’exercice du pouvoir par la famille Assad.

Le Hezbollah a certainement tiré avantage du pouvoir de Assad en Syrie, et la chute de ce dernier rendrait probablement plus difficile sa domination au Liban. Une bonne partie de l’armement lourd du Hezbollah est venu d’Iran via la Syrie, et la défaite d’Assad par les militants sunnites pourrait encourager les Sunnites du Liban à relever la tête.

Mais alors que les quelques déclarations publiques du mouvement ainsi que sa presse et sa propagande ont largement collé aux positions du gouvernement syrien pendant les 22 mois du soulèvement, l’action d’assistance humanitaire de l’organisation ne semble pas s’inscrire dans cette ligne devant les centaines de milliers de Syriens qui arrivent ici avec les quelques effets qu’ils ont pu emporter.

Le Hezbollah affirme même avoir aidé des immigrés Syriens qui travaillent au Liban dans la construction et dans d’autres secteurs des services à faire venir leurs familles. 

“Nous payons parfois la course de leur taxi pour qu’ils rentrent en Syrie pour ramenet leurs familles ici,’’ affirme al Wahda. 

Le mois dernier, dans une de ses rares déclarations sur la situation en Syrie, le chef du Hezbollah,Hassan Nasrallah a demandé au gouvernement libanais d’avoir une approche politique cohérente de la crise.

“Nous devrions nous intéresser aux réfugiés Syriens sur la base d’une responsabilité purement humanitaire, sans politiser cette question,” avait déclaré Nasrallah. ‘’Nous devrions accorder notre attention aux familles déplacées, quelles que soient leurs opinions politiques.’’

Tandis que la majorité des Syriens au Liban se sont réfugiés dans des régions dominées par la même secte que celle à laquelle ils appartiennent, le Hezbollah assiste en fait les déplacés qu’ils soient sunnites ou chiites.

“Mon mari cherche du travail,’’ explique Oum Ibrahim, une Sunnite de 22 ans, mère de trois enfants, qui se fait appeler de ce surnom qui signifie ‘’Mère d’Ibrahim’’ lorsqu’elle parle avec la presse parce qu’elle craint pour la sécurité de ses proches restés en Syrie. ‘’Il n’y a plus de travail en Syrie.’’

Oum Ibrahim partage les quatre pièces d’un appartement avec 20 personnes. Elle a récemment emmené son fils se faire vacciner dans un hôpital géré par le Hezbollah.Elle dit que quand sa famille est venue à Nabatiyeh il y a quatre mois de ça, le Hezbolah leur a aussi donné des draps et des poêles de chauffage.

‘’Nous pensions que nous n’étions ici que pour un mois,’’ dit-elle.

C’était avant que son quartile d’Alep, la plus grande ville de Syrie, se transforme en ligne de front.

 ‘’Je ne sais pas ce qui est arrivé à notre maison,’’ dit-elle. ‘’La maison de mes parents a été pillée et détruite. La maison de ma sœur a été détruite par un bombardement.’’

Oum Ibrahim n’a exprimé de soutien pour aucun des camps qui s’opposent en Syrie, mais elle a utilisé la désignation ‘’Armée Syrienne Libre’’ pour parler des rebelles. Elle n’a pas hésité non plus à le faire en présence d’un officiel du Hezbollah, alors même que les partisans du régime syrien tendent à utiliser l’expression ‘’groupes armés’’ ou ‘’terroristes’’ quand ils parlent des rebelles, reprenant ainsi la terminologie du gouvernement syrien.

Massacres et propagande en Syrie, un article d’Alex Thomson sur la tuerie d’Aqrab

16 décembre 2012

En matière politique, il existe à n’en pas douter toute une variété de militants qu’on peut qualifier d’islamistes, certains parmi eux pouvant être considérés, ou se considérant, comme modérés.

Il faut entendre par «modérés » des mouvements ou des personnes qui admettent la pluralité des opinions et la liberté de leur expression.

Et sans entrer dans les détails, il n’est pas du tout sûr qu’on puisse considérer comme identiques des mouvements comme Ennahda en Tunisie ou la confrérie des Frères Musulmans en Egypte.

Peut-on pour autant dire avec Riad Seif, que Le Figaro nous présente comme «l’inspirateur » de la Coalition nationale, l’organisation d’opposition, censée représenter le peuple syrien, que «Les islamistes syriens sont connus pour leur modération» ?

Au vu de ce qui se passe sur le terrain, c’est vraiment difficile à croire, sauf à admettre que l’essentiel des militants armés qui opèrent en Syrie ne sont pas syriens.

De toute façon, pour Riad Seif, Jabhat al-Nosra, l’organisation armée la plus active sur le terrain syrien, n’est en rien une organisation extrémiste et ses membres « ne font de mal à personne. 

A une question du Figaro sur l’absence d’expression de compassion de la part de Moaz al-Khatib, à l’égard de la centaine de victimes alaouites d’ un massacre perpétré dans le village d’Aqrab, Riad Seif répond :

Il n’y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c’est la paix entre les communautés.

S’il n’y avait pas eu cette question, j’aurais eu du mal à savoir qu’un massacre avait été perpétré contre des alaouites dans un village syrien.

J’ignore si l’information a été diffusée largement au début, mais elle l’est on ne peu plus parcimonieusement en ce moment.

Quand je pense qu’un blogueur lyonnais ose parler de la propagande du régime syrien, comme si cette dernière avait un quelconque impact sur les médias en France !

Tandis que la propagande de l’opposition syrienne est reçue 5 sur 5 et c’est pourquoi la presse internationale a retenu que ce sont les forces gouvernementales qui sont responsables du massacre d’Aqrab.

On a en fait peu de certitudes sur ce qui s’est passé à Aqrab et on n’est même pas sûr de la réalité d’un massacre ainsi que le signale le titre du papier que je vous propose.

Il n’en reste pas moins que l’article d’Alex Thomson qui s’est rendu sur place et a rencontré des témoins nous donne une version des faits très différente de celle que nous offre la propagande, qu’elle émane de l’opposition syrienne ou des officines dépendant des gouvernements occidentaux.

Et, comme le dit un commentateur syro-arménien, le travail de vérité d’Alex Thomson est malheureusement inutile car il se retrouve face à un déferlement propagandiste qui fonctionne 24/24 et 7 jours sur 7.

Y a-t-il eu un massacre dans la ville syrienne d’Aqrab?

Par Alex Thomson, Channel 4 (UK) 14 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pour atteindre Aqrab, il faut pénétrer profondément dans les terres ingrates du centre de la Syrie, où bon nombre des pires atrocités de la guerre ont eu lieu.

Ce n’est pas un voyage qu’on entreprend à la légère, et il nous a fallu 24 heures de préparatifs intenses pour être en mesure de rouler vers l’ouest en partant du chef lieu de la province, Hama.

Malgré tout ça, il nous avait fallu une escorte embarquée, et nous avions dû passer de véhicule d’escorte en véhicule d’escorte à travers la mosaïque de villages des plaines fertiles du centre du pays.

La connaissance du terrain fait la différence entre la vie et la mort dans une région où tourner au mauvais endroit peut vouloir dire rencontrer les mauvaises personnes qui trouvent sur vous les mauvais papiers – avec des conséquences qui ne sont que trop souvent fatales.

C’est pourquoi il nous a fallu plus d’une heure pour un trajet d’environ une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau. Enfin, à l’approche d’un autre éperon rocheux, elle était en vue : Aqrab.

Récits de témoins oculaires

C’est une petite agglomération, et nous étions à peu plus d’un kilomètre. Des maisons basses, une ville très compacte peuplée de 9 000 sunnites et 2 000 alaouites. Trois hauts minarets perçaient le ciel de l’hiver qui est rude ici.

Ce qui suit est une série de récits de témoins oculaires dont les versions contredisent presque entièrement la version des évènements survenus ici qui a été propagée dans le monde par les sites internet de la propagande rebelle.

Nous ne disons pas que ce qui suit est la vérité. Mais nous sommes en mesure de dire que c’est le premier article résultant de constatations indépendantes à Aqrab par le premier journaliste étranger à s’être rendu sur place.

Nous avons interviewé nos trois principaux témoins oculaires en trois endroits différents. Aucun d’entre eux ne pouvait être informé de notre arrivée soudaine, et aucun ne connaissait non plus l’identité des deux autres témoins oculaires.

Ce qui est frappant, c’est que leurs récits se recoupent entièrement, dans les moindres détails. Et leurs versions sont de plus étayées par au moins une douzaine de témoignages d’autres alaouites qui avaient fui Aqrab.

 Hayat Youseh est à l’abri chez des parents dans un village situé à quelque distance d’Aqrab.

Hayet Youseh est alaouite. C'est dire qu'elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie

Hayet Youseh est alaouite. C’est dire qu’elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie

Son mari est toujours là-bas. Et son fils de 18 ans, Ali Ibrahim, a subi une fracture de la jambe qui est restée sans soins pendant 12 jours.

Ali al-Hosin a bientôt 16 ans et est manifestement traumatisé. Il dit que ses deux parents et 23 membres de sa famille élargie sont toujours pris au piège à Aqrab.

Madlyan Hosin est également au bord des larmes. Elle dit que ses quatre oncles et tantes sont toujours là-bas et que deux de ses tantes sont enceintes.

Pas des “Syriens normaux”

Tous les trois sont d’accord – comme le sont les rebelles – pour dire que les rebelles ont attaqué Aqrab le dimanche 2 Décembre. Madlyan déclare: «Ils avaient de longues barbes. C’était difficile de comprendre ce qu’ils disaient. Ils n’étaient pas habillés comme des Syriens normaux. « 

Je lui demande de préciser et elle est catégorique : leur arabe n’était pas un parler syrien.

Le jeune Ali nous a dit: «Ils avaient tous de grandes barbes et ils étaient arrivés dans quatre ou cinq voitures, de la direction d’Al-Houla. »

Ils soulignent tous, de même que tous ceux que nous avons rencontré, que les rebelles de l’Armée syrienne libre (FSA) ont parqué environ 500 civils alaouites dans une grande maison rouge à deux étages appartenant à un homme d’affaires nommé Abou Ismail.

Ils disent ensuite qu’ils ont été détenus – environ 500 hommes, femmes et enfants – dans ce bâtiment jusqu’aux premières heures du mardi 11 Décembre. Neuf jours.

Ils dissent que pendant tout ce temps, ils n’ont pratiquement pas eu de nourriture et que des femmes frappaient leurs propres enfants pour essayer de les faire s’arrêter de pleurer. Quand il pleuvait, ils passaient des chiffons par la fenêtre pour les mouiller et boire l’humidité.

Hayat précise que les rebelles ont dit à tout le monde: «Nous sommes vos frères d’Al-Houla et d’Al-Rastan, vos frères musulmans. Nous n’allons pas vous faire de mal. « 

Ces deux villes sont des bastions rebelles. Al-Houla, à seulement huit kilomètres de distance, a été le théâtre en mai d’un tristement célèbre massacre de 108 civils, en majorité des femmes et des enfants.

Boucliers humains?

Ils disent [les 3 témoins] que les rebelles voulaient prendre les femmes et les enfants d’al-Houla pour les utiliser comme boucliers humains contre les bombardements des forces gouvernementales, et qu’ils croyaient qu’ils allaient tuer les hommes restants.

Ils sont d’accord pour dire que la situation a atteint son paroxysme quand une délégation de villageois a été envoyée le lundi à 16 heures pour sortir de l’impasse. Cette délégation comprenait un officier de l’armée en retraite, Hamid Azzudin, l’imam sunnite de la ville, Cheikh Sayid Hawash, et aussi Hashab, le maire de la ville.

Quand ils sont arrivés, les prisonniers n’ont pas voulu les laisser repartir. Comme l’explique Ali : «Une fois qu’ils sont entrés dans la maison, nous avons simplement dit : ‘Nous partons tous ensemble, hommes, femmes et enfants – ou nous mourrons ensemble.»

Il semble que les négociations entre ces anciens et les rebelles ont duré environ quatre heures, pour se terminer en impasse vers 20 heures, lundi soir.

À ce moment, des tirs ont éclaté, les rebelles tirant à travers les fenêtres et criant qu’ils avaient piégé la maison. Les témoins oculaires disent que les tirs ont cessé vers minuit, après quoi un accord a été conclu. Dans un chaos nocturne de cris et de tirs intermittents d’armes à feu, trois véhicules  ont emmené environ 70 des prisonniers en  sécurité dans le village le plus proche à un peu plus d’un kilomètre de là.

Cependant, il semble qu’un quatrième véhicule a conduit un certain nombre de prisonniers à Al-Houla, où deux d’entre eux – une femme non identifiée et un garçon – ont été soignés pour des blessures dans un hôpital de campagne rebelle.

La femme et le garçon ont accusé des milices pro-gouvernementales d’avoir fait les gens prisonniers, selon les sites internet rebelles, et c’est cette version des évènements qui a fait le tour du monde.

Jusqu’à présent

Nos témoins, cependant, ont été interrogés indépendamment les uns des autres et sont prêts à donner leurs noms et à se montrer aux télévisions internationales.

Curieusement, les sites rebelles disent que le bâtiment abritant les prisonniers qui étaient restés sur place, a été complètement détruit par l’artillerie et des frappes aériennes gouvernementales mardi. Nous avons pourtant vu et filmé le bâtiment dans lequel des témoins oculaires ont dit avoir été emprisonnés, et il semble intact – tout comme le reste du village.

Une autre observation curieuse. Si vous sélectionnez les sites rebelles et leurs vidéos sur YouTube  à partir du 2décembre, il semble n’y être fait  aucune mention d’un grand nombre d’Alaouites détenus dans le village. Une omission inhabituelle pour ce qui pourrait sans doute être  un énorme coup de propagande.

Un autre aspect curieux est que leur version des faits n’explique pas pourquoi les fonctionnaires du gouvernement à Hama se sont démenés pour négocier la libération des prisonniers, des blessés et, de fait, la restitution des cadavres bloqués dans une situation qui est toujours dans l’impasse en ce moment comme ils le reconnaissent.

Il y encore autre chose à considérer. Invariablement, quand il y a un massacre, les rebelles présentent  les corps sur YouTube et font tout un tohu bohu sur le sujet. Si le gouvernement avait vraiment commis le massacre de 250 personnes appartenant à la même secte alaouite que le président Assad, YouTube fourmillerait de vidéos rebelles, avec des cadavres, des funérailles, du carnage. Vous pouvez en être certain. Pourtant, vérifiez sur YouTube – il n’est pas le moindre bout de vidéo pour étayer leur version.

Les deux camps parlent de ce qui pourrait être le plus grand massacre d’alaouites commis pendant cette guerre. Les alaouites sont évidemment de la même secte que le président Bachar al-Assad. Les rebelles ont fait connaître leur version des évènements en affirmant qu’entre 200 et 250 personnes ont été ruées quand le gouvernement a bombardé cette maison [ou les alaouites étaient retenus] mardi.

Craignant pour leurs vies, les fonctionnaires du gouvernement refusent de s’exprimer devant les cameras, mais ils sont convaincus qu’un grand massacre s’est produit ici après la libération de quelques chanceux en début de matinée mardi.

Un organisme peut dénouer la dispute sur les évènements, et c’est le Croissant Rouge qui a pu accéder aux prisonniers pendant les neuf jours de blocage. Il sait avec certitude si c’était une milice pro gouvernementale ou des rebelles qui détenaient ces gens. La situation reste cependant dangereuse et le Croissant Rouge ne s’est pas exprimé pour l’instant.

La presse française n’en parle pas: 155 000 manifestants à Ankara contre la guerre

8 octobre 2012

La situation en Syrie est devenue un vrai casse-tête pour le gouvernement turc qui ne sait maintenant plus comment s’en dépêtrer.

Après avoir encouragé Ankara à soutenir la sédition armée dans le pays voisin, les démocraties humanistes occidentales ont clairement fait savoir qu’elles n’étaient pas intéressées par le déclenchement d’une guerre ouverte avec la Syrie.

Pas plus qu’elles n’acceptent de mettre la main au portefeuille pour aider les autorités turques à faire face aux besoins des Syriens qui se sont réfugiés sur son sol.

La Turquie se retrouve maintenant donc seule face aux problèmes posés par la situation en Syrie. On peut compter sur les prétendus rebelles prétendument démocrates pour essayer de provoquer la guerre ouverte dont Recep Tayyip Erdogan et son équipe ne veulent pourtant pas.

C’est ainsi qu’il faut interpréter le récent transfert de ce qui est présenté comme la direction militaire de l’Armée Syrienne Libre en territoire syrien dans ce que les derniers évènements ont transformé en zone tampon, ou en réduit, de facto.

Avec le refus explicite d’accueillir de nouveaux réfugiés, nous avons là les premiers signes d’une volonté de désengagement. Une volonté qu’on peut aussi repérer dans la proposition faite par le gouvernement turc d’une démission du président Bachar al-Assad qui pourrait être remplacé par le vice-président actuel Farouk al Chareh.

Sympa de ta part Bachar, mais tes costumes sont trop grands pour moi. Même la retoucheuse Erdogan pourra rien y faire

Recep Tayyip Erdogan ne sait plus comment sortir la tête haute d’une affaire qui se réduirait à une question de personne. J’imagine volontiers le premier ministre Turc supplier à  genoux Bachar al-Assad de céder le pouvoir, seul expédient qui lui reste pour sauver la face.

Parce que le gouvernement turc a fait montre d’irréflexion et de sottise dans sa gestion de l’affaire syrienne. Avant d’emboîter le pas à Londres ou à Paris, il aurait dû se rappeler que son pays partage une longue frontière et bien d’autres choses avec la Syrie : une histoire, des Alaouites et des Kurdes entre autres.

Et que tout bouleversement dans le pays voisin est susceptible d’avoir des répercussions en Turquie où les lignes de fracture sont très présentes  et peuvent s’élargir jusqu’à causer des troubles de nature à remettre en cause la stabilité du pays et la paix civile.

J’’ai déjà parlé sur ce blog de ces lignes de fracture avec les trois minorités précitées, kurdes, alaouites et alévies.

Alévis et Kurdes sont très présents dans les zones limitrophes de la Syrie

Vos journaux n’en ont bien sûr pas parlé, mais ce sont plus de 150 000 manifestants, essentiellement alévis, qui ont défilé dimanche dernier à Ankara pour réclamer justice et égalité mais aussi pour signifier leur refus de l’escalade militaire avec la Syrie voisine.

Manifestants à Ankara: Erdogan, tu insistes sur le foulard, commence d’abord par en porter un toi-même!

A bon entendeur, M. Erdogan!

Tension pendant une grande manifestation alévie

Zaman (Turquie) 7 Octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des manifestants se sont affrontés à la police dimanche alors d’environ 155 000 manifestants étaient rassemblés place Sıhhiye à Ankara ce dimanche, dans une manifestation organisée par la Fédération Alevi Bektaşi et le Fédération des Associations Alévis pour exprimer leur demande d’égalité.

La police a tiré du gaz lacrymogène sur certains manifestants parce qu’ils avaient refusé d’être fouillés à leur arrivée sur la place Sıhhiye. Il y a eu un bref affrontement entre manifestants et policiers quand la foule a commencé à pousser après la barricade de la police à l’entrée. L’agence de presse Cihan a rapporté que ceux qui se sont heurtés à la police aux checkpoints de l’entrée appartenaient à la Plateforme Socialiste des Opprimés (ESP) et à une organisation marginale nommée Partisan. Cihan indique que ce sont ces organisations qui ont lancé des objets contre la police. Un manifestant a été arrêté et trois agents de police ont été blessés dans ces incidents.

Le rassemblement, appelé le « Laik ve Türkiye Demokratik ICIN ESIT Yurttaşlık Mitingi » (manifestation  de l’égalité citoyenne pour une Turquie laïque et démocratique), a commencé dans la matinée, les manifestants alévis s’étant regroupés à la gare d’Ankara avant de se diriger sur Sihhiye vers 10:30. Les manifestants ont scandé des slogans appelant à la justice pour le massacre de Sivas en 1993 où 35 alévis avaient été tués, à l’abolition des cours de religion obligatoires, à l’octroi aux lieux de culte des Alévis (cemevi, mot dérivé de l’arabe djemaa) le même statut que les mosquées, tout en protestant contre l’éventualité d’une guerre avec la Syrie et en exprimant un soutien au peuple syrien.

Outre l’ESP et Partisan, la manifestation a vu la participation d’autres organisations associatives et politiques, dont le Parti de la Solidarité et de la Liberté (ÖDP), le Parti Communiste Turc (TKP), l’Association Halkevleri, le Parti Populaire de Libération (HKP) et beaucoup d’autres.

Ces organisations protestaient aussi contre les insuffisances de l’enquête sur des incidents récents où les maisons d’habitants Alévis avaient été marquées en rouge dans plusieurs villes.

Un bus du Parti Républicain Populaire (CHP) ouvrait la marche pour la foule dans sa marche entre la gare de chemin de fer et Sıhhiye. Le fan club Çarşı de l’équipe de football de Beşiktaş jouait du tambourin et il y avait un groupe de caisses claires nommé  Kızıldavul (tambour rouge).

En 2010, le gouvernement avait organisé sept ateliers sur une période de six mois qui avaient vu la participation de 400 universitaires, théologiens, membres d’organisations de la société civile, politiciens, journalistes et représentants Alévis et Bektaşis.

Malgré tout, un certain nombre d’organisations avaient protesté contre le gouvernement, accusant les autorités de «sunniser» les Alévis dans le pays.

Toute la lumière  n’a pas encore été faite sur l’histoire des Alévis au temps de l’empire ottoman, mais les relations entre les communautés sunnite et alévie en Anatolie ont été difficiles dès le début. En 1511, l’armée ottomane avait brutalement réprimé en Anatolie une révolte des Turkmènes Kizilbaş (tête rouge) de confession alévie, et 40 000 d’entre eux avaient péri. La bataille de Çaldıran, entre l’empire Ottoman sous Yavuz Sultan Selim et le dirigeant Séfévide Ismaïl en 1514 avait eu pour conséquence un édit impérial ordonnant la mise à mort de tous les Kızılbaş de la région.

Les siècles qui suivirent furent aussi troublés, mais pas aussi brutaux. En fait, les troupes impériales ottomanes – appelées janissaires – étaient recrutées exclusivement dans des loges Bektaşi. Ce qui reste difficile à apprécier, c’est l’étendue de la persécution des Alévis à l’époque républicaine. Des centaines d’Alévis furent tués dans des pogroms, dont beaucoup considèrent qu’ils avaient été ourdi en sous-main par des organisations secrètes à l’intérieur de l’appareil d’Etat, dans les villes de Çorum, Yozgat et Kahramanmaraş, dans les années 1970. 34 artistes Alévis avaient péri brûlés vifs en 1992 dans l’incendie de l’hôtel Madimak à Sivas. Il y a eu d’autres incidents, comme celui dans le quartier alévi de Gazi à Istanbul en 1995, quand des Alévis avaient été la cible de tirs à l’arme automatique.

Le gouvernement turc en pleine névrose syrienne

5 octobre 2012

Difficile de savoir ce que cherche le gouvernement turc.

On peut le comparer à un chien enragé  ou mieux au chien chez qui on induit ce qu’on appelle une névrose expérimentale. Confronté à des  injonctions contradictoires de ses maîtres, le premier ministre turc est en effet en proie à une agitation incoercible dont on verra bien si elle débouchera sur une montée d’excitation ou sur l’apathie comme chez le chien de Pavlov..

Selon le journal libanais L’orient le Jour,

Ankara se pose en patron et Damas se répand en excuses

L’orient le Jour parle bien sûr des tirs de mortiers qui ont coûté la vie à cinq habitants d’un village turc frontalier, dont une mère et ses trois enfants.

Comme on le sait, l’armée turque a effectué des tirs de représailles qui ont été renouvelés ce vendredi 5 octobre suite à la chute d’un autre obus en territoire turc.

On peut lire dans ce même article de L’Orient le Jour que

Le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition syrienne, a accusé vendredi le régime de Damas d’avoir voulu « exporter la crise syrienne » en bombardant cette semaine le village turc d’Akçakale.
Après ces tirs, à Akçakale, plusieurs chars et pièces d’artillerie, dont les canons visent ostensiblement le territoire syrien, ont été déployés.

Décidément, ces gens là du Conseil national Syrien ont tous les culots. Ils accusent en effet le gouvernement syrien de vouloir exporter la crise, eux qui sont structurés à l’étranger, en Turquie notamment où les éléments armés avec lesquels ils sont en lien (sans qu’on sache vraiment comment) ont établi leurs bases arrières et se replient après avoir fait le coup de feu avec des armes fournies par le gouvernement turc et ses associés qataris et saoudiens entre autres.

Il reste que

La Syrie a précisé qu’elle regrettait la mort de civils innocents dans l’incident du tir de mortier transfrontalier de mercredi mais qu’elle n’avait pas présenté d’excuses à la Turquie car il restait encore à s’assurer de l’identité de ceux qui ont mené les attaques.

Le gouvernement syrien ne s’est donc pas excusé contrairement à ce qu’a rapporté la presse et n’a pas reconnu sa responsabilité dans les tirs meurtriers.

La tactique de l’opposition armée au régime syrien consiste depuis le début à solliciter une intervention étrangère, c’est-à-dire des bombardements humanitaires sur le modèle libyen. De là à essayer de la provoquer en fabriquant des incidents frontaliers de ce genre, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir tant nous sommes devant des gens dépourvus de principes. D’autant que les populations des régions limitrophes de la Syrie sont largement hostiles à l’opposition syrienne.

Bachar al-Assad est peut-être un autocrate, mais aucune de ces prétendus démocrates ne lui arrive à la cheville, exactement comme les membres de la clique qui est maintenant au pouvoir en Libye.

Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre Turc, est en campagne électorale et tout ce qui lui reste à faire, devant l’impasse dans laquelle il a placé son pays, c’est de montrer ses muscles et de taper sur le régime syrien en respectant certaines lignes rouges parce que ses amis et patrons de l’OTAN ne sont pas intéressés par un conflit à grande échelle.

Pas plus que les Turcs eux-mêmes ainsi que viennent de le rappeler des citoyens à Istanbul :

des milliers de personnes ont convergé vers la fameuse place Taksim d’Istanbul pour participer à une puissante manifestation anti-guerre. Les militants de la paix scandaient : «Non à la guerre§ La paisx maintenant ! Nous ne serons pas les soldats de l’impérialisme !»

Bien sûr, ce sont là des sympathisants de l’opposition au gouvernement turc, mais au delà de l’opposition l’opinion turque est majoritairement contre un conflit armé avec le voisin syrien. Et à mon avis, ils étaient plus de 5 000 contrairement à ce que disent nos journaux: 

Manifestation contre la guerre le 4 octobre à Istanbul

Sans préjuger des aspects purement militaires, un tel conflit aurait des conséquences à court et à moyen terme considérables pour la Turquie où, comme on l’a dit, les forces qui pourraient se mobiliser contre le pouvoir actuel sont considérables, entre les Arabes Alaouites du Hatay, les Alévis et bien sûr les Kurdes.

Pas sûr donc que le jeu en vaille la chandelle, même pour Erdogan.

Une manifestation pro-Assad qui crée le choc en Turquie

3 septembre 2012

Le gouvernement turc n’en peut mais.

Après avoir contribué à organiser la sédition en Syrie, il commence à réaliser qu’il a semé des germes qui sont potentiellement destructeurs pour l’Etat turc lui-même, germes qui sont loin de se limiter au problème kurde.

Un évènement s’est en effet produit samedi dernier en Turquie qui s’il n’a guère eu d’écho dans nos journaux n’en finit pas de susciter des remous là-bas.

Je veux parler d’une manifestation de soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui s’est déroulée dans la province turque de Hatay limitrophe avec la Syrie.

Manifestation de soutien à Assad en Turquie

Cette manifestation a créé un choc en Turquie parce qu’elle rappelle aux élites de ce pays que la province de Hatay est historiquement syrienne et que la politique actuelle d’Ankara à l’égard de la Syrie est lourde de menaces pour l’intégrité territoriale turque.

Comme l’explique le journal turc Sabah,

Une manifestation tenue au Hatay ce samedi dans le cadre de la Journée Mondiale de la paix s’est rapidement transformée en manifestation de soutien à Bachar al-Assad.
Emmenées par des individus qui se présentaient eux-mêmes comme des membres de la «plateforme Anti-Impérialiste contre l’Intervention en Syrie ,» environ 2 000 personnes se sont rassemblées samedi dans une manifestation de soutien à Assad et contre la parti AKP (au pouvoir en Turquie). Les manifestants agitaient des portraits de Bachar al-Assad et scandaient des slogans en arabe comme «Nous sacrifierons notre sang et nos âmes pour Assad» et d’autres exaltant Bachar, Maher et Bassel Assad.

De fait, la popularité du président Syrien dans la province en question n’est un secret pour personne. Sauf apparemment pour le gouvernement turc et les pseudo-rebelles Syriens.

La manifestation était bien entendu organisée par la dite plateforme qui refuse les agissements délétères du gouvernement turc contre la Syrie. Ces gens qui manifestent rappellent aussi qu’à la base ils sont Syriens et que, si on veut bien se donner la peine de comprendre les minorités, ils pourraient bien un jour prochain signifier aux autorités turques qu’ils ne sont plus intéressés par l’appartenance à la Turquie.

Et si le gouvernement turc veut bien prêter attention à leur voix, il devrait aussi comprendre que la Syrie de demain, avec ou sans Assad, pourrait bien réactiver sa revendication sur cette province en arguant du désenchantement des habitants du Hatay.

Pour l’instant, les Turcs n’en sont pas à la phase d’élaboration de leur réflexion sur le désastre qui leur pend peut-être au nez. Ils ont illico presto trouvé des explications à cette manifestation en faveur du président Syrien :

Le Dr. Muhammed Rahhal, un miltant bien connu de l’opposition syrienne qui réside actuellement en Turquie affirme, «Cette manifestation a été complètement organisée par les moukhabarat (services secrets syriens) et les shabiha. ».

Oui, parce que, au cas où vous ne le sauriez pas, les shabiha font un peu comme chez eux en Turquie et ils tiennent réunion sur réunion dans les provinces de Adana, Mersin, Iskenderun et Hatay.

Et ces réunions sont co-organisées avec Mihraç Ural un militant Turc «néo-nationaliste» recherché par la police turque et qui vivrait en Syrie où il est pote avec le président (ça sent la théorie du complot).

Le Dr Rahhal nous explique :

La manifestation au Hatay a été organisée par des groupes venus de Syrie. Ces gens ont même amené les pancartes et les drapeaux utilisés dans la manifestation et les ont distribués aux Nusayris [Alaouites] pour essayer d’obtenir du soutien. Tout a été organisé par les moukhabarat et les shabiha,» affirme Rahhal.

Un peu sectaire le docteur…

Tout comme ces deux là :

S’exprimant au nom de l’opposition arabe [opposition arabe syrienne parce que le journal Sabah donne aussi la parole à un opposant syrien turkmène!], Şihab et Ebu Ahmed ont commenté en affirmant, «Les manifestations étaient le résultat de l’action des miliciens shabiha fidèles à Assad qui manipulent les Alevis et les Nusayris dans la région. Les militants shabiha sont envoyés ici per le régime Assad pour causer des problèmes entre les habitants d’Antakya et les réfugiés Syriens. »

Il est effectivement clair que beaucoup d’habitants d’Antakya sont excédés par une catégorie de Syriens présents en Turquie, ceux qui se présentent comme des opposants au régime.

J’ai quand même du mal  à imaginer les services syriens et les shabiha, qui sont des miliciens à action surtout locale, se lancer dans une telle entreprise non seulement risquée mais inutile puisque le soutien d’une bonne partie des habitants de la province au président Syrien est un fait avéré.

Syrie: montée de l’exaspération en Turquie

29 août 2012

Nous avons d’une part les rodomontades d’Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, ou les propos grotesques et grossiers de François Hollande comparant les opposants armés au gouvernement syrien aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) dans leur lutte pour libérer Paris de l’occupation allemande (puisque le régime de Vichy ne contrôlait pas l’ex capitale française).

Et nous avons d’autre part une inquiétude qui monte en Turquie dans des segments de la population de la Turquie qui sont ouvertement hostiles à la politique syrienne menée par leurs autorités.

Ces segments de population sont tout sauf négligeables : les 500 000 alaouites arabes de la province de Hatay, les 15 à 20 millions d’alévis et les 15 millions de kurdes.

Ce n’est à mon avis pas pour rien si le gouvernement turc cherche à stopper un afflux de réfugiés syriens qui, tout en étant important certes, n’a rien à voir avec les flux colossaux engendrés par des situations de conflit en d’autres lieux (Palestine, Libye sous les bombardements amicaux de l’OTAN, Irak émancipé par les chars américains…).

Parce que les forces qui secouent la Syrie existent aussi à leur manière en Turquie et ce n’est pas un hasard si la presse turque donne de plus en plus souvent la parole à des universitaires qui mettent en garde contre une politique aventureuse.

Ces intellectuels ont d’autant plus de mérite qu’ils doivent veiller à ne pas franchir certaine limites, comme quand il s’agit de la question kurde, limites dont le dépassement leur vaudrait quelques ennuis. 

Les 120 pays  Non Alignés réunis à Téhéran devraient appeler à une solution politique qui passe par une discussion impliquant les acteurs de la région, dont la Turquie. Qui disait que l’Iran était un pays isolé ?

Il n’y a à mon avis aucune chance qu’une telle démarche se concrétise dans la mesure où les puissances occidentales veulent que la Syrie continue à s’enfoncer dans une spirale destructrice et meurtrière.

Notons cependant que le mouvement des Non Alignés se caractérise par un égalitarisme qu’on aura de la peine à retrouver dans la clique des prétendus « amis de la Syrie » animée par des pétromonarchies et des puissances néocoloniales qui manient carotte et bâton pour rameuter du monde à leurs orgies de sang.

Dans la ville frontière avec la Turquie, le soutien d’Erdogan aux rebelles syriens suscite la colère

par Alexander Christie-Miller, Christian Science Monitor (USA) 28 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans la ville d’Antakya à la frontière turco-syrienne, le soutien du gouvernement turc à l’opposition syrienne a déconcerté les habitants qui appartiennent à la même secte chiite que le président Assad.

Le réfugié syrien Abdulhefiz Abdulrahman se souvient qu’il avait de nombreux amis dans la ville turque d’Antakya, mais cette époque semble révolue.

Ce dissident politique avait fui la Syrie pour arriver dans cette cité frontalière plusieurs mois avant que le soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad éclate l’an dernier.

«J’ai eu beaucoup d’amis alaouites ici», dit M. Abdulrahman, se référant à cette branche du chiisme à laquelle une grande partie de la population d’Antakya adhère.

Les alaouites dominent le régime en Syrie, où le soulèvement de 18 mois a divisé le pays selon des lignes sectaires, opposant la minorité alaouite privilégiée contre la majorité sunnite [il est ridicule et faux d’affirmer que la minorité alaouite est privilégiée, note de Djazaïri].

À Antakya, où le soutien au régime alaouite d’Assad est profond, l’hostilité monte envers les rebelles syriens et les dissidents qui ont établi une base temporaire sur place. Et partout dans la province, le soutien apparent [évident, note de Djazaïri] de la Turquie à l’opposition syrienne met à mal un délicat équilibre ethnique.

«Avant, quand je disais que j’étais un réfugié, ils me respectaient,» a déclaré Abdulrahman au Monitor. «Ils ne me disent même plus bonjour dans la rue.»

Désormais, la frustration locale à propos de la décision apparente du gouvernement de laisser les dissidents et les combattants syriens opérer sur le sol turc pourrait exciter de plus grandes tensions ethniques dans le pays.

Le soutien de la Turquie aux rebelles suscite la colère

Le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a fortement soutenu l’opposition syrienne, appelant au renversement du régime.

Même si la Turquie est un pays laïque, elle est de plus en plus considérée comme un acteur sunnite [dans le conflit syrien], aux côtés de l’Arabie saoudite et du Qatar», déclare Bulent Aliriza, directeur du Programme Turquie au Centre for Strategic and International Studies à Washington . «Cela affecte inévitablement le corps politique».

Le 26 août, le chef du Parti Républicain du Peuple, le principal parti d’opposition en Turquie, a accusé le gouvernement de former les combattants syriens anti-régime après qu’une délégation de son parti  se soit vue refuser l’accès à un camp de réfugiés à la frontière syrienne.

J’ai envoyé nos députés inspecter le camp dont on disait qu’il était plein d’agents et d’espions, mais les autorités leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le camp,» a déclaré Kemal Kilicdaroglu aux journalistes. «maintenant, j’attends une réponse du gouvernement : Qu’est-ce qu’il y a dans ce camp ? Qui entraînez-vous dans ce camp ? Recrutez-vous des homes pour répandre du sang musulman ?»

Ankara dément offrir un soutien à l’opposition syrienne armée, ou lui permettre d’opérer librement à partir du territoire turc. Mais quand le Christian Science Monitor a visité hier le poste frontière de Reyhanli près d’Antakya, un officier rebelle qui attendait là nous a dit que les autorités lui permettaient de passer en Syrie, alors même qu’il n’avait pas de passeport. Et Reuters, citant des sources à Doha, a rapporté le mois dernier qu’Ankara a mis en place une base secrète près de la frontière syrienne, en coopération avec l’Arabie saoudite et le Qatar, pour fournir une assistance militaire et des moyens de communication aux rebelles.

‘Solidarité sectaire’

Pendant ce temps, la tension monte à Antakya. La semaine dernière, certains habitants ont organisé une manifestation appelant à l’expulsion [des militants syriens] de la ville, tandis que des militants syriens ont indiqué au Monitor, qu’ils avaient été convoqués à une réunion avec des responsables militaires turcs et des officiels de la municipalité qui leur ont dit qu’ils devaient quitter la ville « pour leur propre sécurité. » Les officiels turcs nient qu’une telle réunion ait eu lieu.

 «Les gens de Hatay ont vécu ensemble pendant des milliers d’années sans tenir compte de l’origine ethnique ou de la religion», explique Mehmet Ali Edipoglu, un député local du parti d’opposition de M. Kilicdaroglu. « Le fait que les tentatives de changement de régime en Syrie se sont transformées en une guerre sectaire nuit [à ce vivre ensemble]. « 

 «Ce ne sont pas des réfugiés qui viennent à Antakya, mais les militants syriens qui sont armés par le gouvernement pour qu’ils retournent en Syrie », dit-il, décrivant ceux qui  vivent ici [à Antakya] comme des «assassins».

M. Edipoglu accuse le gouvernement de mener une politique étrangère sectaire. «[Le gouvernement turc] ne soutient pas un mouvement laïc, il soutient un mouvement sunnite dont même les sunnites ne veulent pas», dit-il.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à la tête du Parti de la Justice et du Développmement au pouvoir (AKP) a déclaré à plusieurs reprises que son opposition au régime Assad est nourrie par les violations des droits de l’homme par ce régime, non par  une solidarité  avec l’opposition sunnite contre le régime . Mais cela n’a pas empêché des personnalités de haut niveau de l’AKP de lancer des accusations similaires contre l’opposition au gouvernement turc.

M. Kilicdaroglu, le chef de l’opposition, est un alévi, un membre d’une secte alaouite turque distincte de la secte alaouite arabe et qui est forte de 15 à 20 millions de personnes en Turquie. Le nombre d’alaouites est d’environ 400.000, qui vivent presque tous à Hatay.

En dépit d’origines et de rites religieux différents, les deux groupes ont tous deux des interprétations laxistes et peu orthodoxes de l’Islam, et ont ainsi en partage un historique de persécution par les musulmans sunnites au milieu desquels ils forment une minorité.

Le 6 août, M. Erdogan a mis en colère les alévis quand il a suggéré que leurs édifices religieux, connus sous le nom de cemevis , n’étaient pas de véritables lieux de culte. Se référant à la mosquée, il a dit aux journalistes que « il doit n’y avoir qu’un seul lieu de culte pour les musulmans. » Le mois précédent, la Direction turque des affaires religieuses avait conclu que les cemevis n’étaient que des « centres culturels ».

En Juillet, Huseyin Celik, vice-président de l’AKP, a  confondu Alaouites et Alevis quand il a suggéré qu’une «solidarité sectaire» était derrière les critiques répétées de M. Kilicdaroglu contre la position de la Turquie sur la Syrie, affirmant que le chef de l’opposition soutenait le régime Assad.

La Syrie sème-t-elle discrètement la discorde ? 

Quelles que soient les motivations du soutien d’Ankara à l’opposition syrienne, certains craignent que Damas réponde à la ligne dure de la Turquie en essayant d’attiser les hostilités avec les minorités que la Turquie a eu du mal à réprimer, en particulier avec les Kurdes, qui sont au nombre d’environ 20 millions en Turquie et ont subi des décennies de persécutions par l’Etat.

Plus tôt ce mois-ci une voiture piégée a tué neuf personnes, dont un enfant de 12 ans dans la ville frontalière de Gaziantep. La Turquie a imputé l’attaque à la guérilla du Parti des Travailleurs du Kurdistan PKK), mais elle a également enquêté sur d’éventuelles connexions syriennes et iraniennes dans cet attentat.

L’attentat a provoqué des tensions entre les Turcs et une minorité kurde de plus en plus agitée.

Le mois dernier, la Turquie avait réagi avec fureur après la cession par damas du contrôle d’une grande partie du territoire syrien à population kurde à une milice liée aux rebelles kurdes qui opèrent en Turquie.

Erdogan a déclaré que le territoire syrien était utilisé pour monter des raids transfrontaliers en Turquie, « une intervention serait donc notre droit naturel.»

À Antakya aujourd’hui, le gouverneur de hatay Mehmet Celalettin Lekesiz a réfuté une récente série de reportages dans les médias turcs,et a affirmé que les Syriens dans la province n’étaient ni armés, ni aidés par l’État, ni persécutés par la population locale.

Il a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que ces allégations faisaient partie d’une campagne  «systématique» visant à ébranler la paix dans la province. « Ces tentatives pour trouver des histoires [pour la presse] ne sont ni morales, ni raisonnables. Ne contribuons pas aux tentatives de répandre l’hostilité entre les gens», a-t-il dit.

Koray Caliskan, politologue à l’Université du Bosphore à Istanbul, estime qu’avec la campagne d’Ankara pour le renversement du régime Assad, il est inévitable que Damas cherche à attiser l’instabilité chez son voisin.

« Je crois que si nous nous engageons dans des politiques dangereuses, comme un changement de régime dans les pays voisins, ils se livreront à des activités perturbatrices du même genre dans le nôtre», dit-il.

Soli Özel dissèque la politique syrienne du gouvernement turc

25 août 2012

C’est toujours intéressant de chercher à comprendre la politique turque dans la région où ce pays est ancré. En effet, après avoir suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes, la Turquie dirigée par le parti AKP de M. Recep Teyyip Erdogan a énormément déçu en finissant par retourner dans le giron de l’OTAN.

Curieusement, le tournant des prises de position turques a été l’intervention en Libye où, après quelques hésitations, Istanbul avait rejoint les faiseurs de démocratie Occidentaux et jordano-qataris.

Une participation somme toute discrète à une opération couronnée de succès comme l’on sait.

Ce qui a sans doute encouragé le gouvernement turc a adopter la position qu’on lui connaît sur le dossier Syrie après avoir été adéquatement stimulé par Alain Juppé et David Cameron.

Mais la Syrie n’est pas la Libye. Il y a tout d’abord le fait que la Syrie a une longue frontière commune avec la Turquie et que comme cette dernière elle comporte des minorités ethniques ou religieuses dont plusieurs sont présentes en nombre dans les deux pays : Alaouites, Kurdes, Arabes Sunnites (ces derniers formant avec les Alaouites la minorité arabe de Turquie). La Turquie comporte en outre une importante minorité alevie (à ne pas confondre avec les Alaouites) qui a clairement fait part de son inquiétude..

Tout ça pour dire qu’un ébranlement majeur en Syrie ne saurait être sans conséquences sur la Turquie, surtout avec la mentalité sectaire d’une bonne partie de ceux qui ont pris les armes contre le gouvernement syrien.

Ensuite, la Syrie bénéficie de soutiens de poids qui ne se sont jamais démentis, ceux de l’Iran, de la Russie et de la Chine tandis que d’autres pays tentent de se débarrasser du carcan mortifère que constitue le groupe dit des «Amis de la Syrie.»

Et puis l’armée syrienne, c’est sans doute autre chose que l’armée libyenne qui, si elle a prouvé sa capacité à réduire les rebelles, n’a rien pu faire devant l’aviation de l’OTAN. L’équipement de l’armé syrienne est sans doute en bonne parie obsolète, avec ses nombreux MIG 23 et même MIG 21, mais il est probable qu’elle ferait payer le prix fort au pays même coalisés qui agresseraient la Syrie. 

Vaincre ces pays, c’est une autre affaire…

La gestion du dossier syrien génère en Turquie un débat qui risque de prendre encore plus d’ampleur avec le retour au premier plan de la question kurde en lien avec les développements sur la scène syrienne.

L’universitaire Turc Soli Özel nous explique l’importance de certains enjeux pour son pays.

Tout en critiquant sévèrement la démarche moralisatrice adoptée par son gouvernement, il nous dit benoîtement ignorer les principes qui fondent les prises de position et les actes de son pays devant la crise syrienne.

Et il les ignore parce que son gouvernement ne veut pas communiquer à ce sujet préférant se retrancher derrière des arguments moralisateurs bien commodes pour faire taire les curieux et les sceptiques.

Soli Özel

Mais, dirai-je, la Turquie n’a pas le monopole de ce genre d’attitude puisque nous voyons qu’en France, quelqu’un de très mal placé pour donner des leçons, nous a expliqué que Bachar al-Assad n’avait plus sa place sur cette terre !

Des fous sanguinaires en costume cravate, je vous dis.

La politique syrienne de l’AKP basée sur la morale ne marche pas, affirme un chercheur universitaire

ISTANBUL- Hürriyet (Turquie) 25 août 2012

Le gouvernement turc a été incapable d’expliquer à l’opinion quel est l’intérêt national de notre pays dans sa politique syrienne, ce qui l’a amené à justifier ses actions de manière insuffisante sur la base de la moralité, selon le chercheur Soli Özel. L’argument moral ne peut être qu’un aspect d’une politique étrangère mais pas l’essence de cette dernière,’ dit-il.

La Turquie a perdu le précieux avantage qui consistait à rester au-dessus de la mêlée des divisions sectaires e la région moyen-orientale, affirme l’universitaire Soli özel, qui observe que la Turquie s’est désormais immiscée dans une lutte s ans merci le long de lignes sectaires, c’est là que sa politique étrangère basée sur des ‘principes moraux’ a été mise en défaut.

La politique étrangère, ce n’est pas la morale, affirme Özel à propos des déclarations du gouvernement selon lesquelles il agit moralement, répondant ainsi aux détracteurs de sa politique syrienne.

«Reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est immoral,» a déclaré Özel à Hürriyet au cours d’un récent entretien.

Les leaders d’opinion et les journalistes semblent polarisés par rapport à la politique du gouvernement sur la Syrie : une partie lui apporte son soutien inconditionnel, tandis que l’autre la critique avec vigueur. Où vous situez vous dans ce débat ?

Je refuse de m’exprimer dans les termes définis par le gouvernement dont la politique est à mon avis tortueuse. Avant que ce gouvernement découvre que le président Syrien Bachar al-Assad était un homme malfaisant, il y avait suffisamment de gens dans ce pays qui avaient fait connaître leurs points de vue, disant ne souffrir les relations avec la Syrie que sur la base de la Realpolitik mais qu’ils avaient mal au cœur parce que c’était un régime répréhensible.

Donc, ceux qui critiquent ceux qui critiquent la politique du gouvernement en insinuant qu’ils soutiennent al-Assad ne disent pas la vérité, et en essayant de tout enfermer dans un discours moralisateur, ils se comportent eux-mêmes de manière immorale.

Bachar doit partir, et il partira. La question n’est pas de savoir si vous soutenez ou pas al-Assad, mais de savoir si vous gérez correctement votre politique en fonction du contexte régional et mondial actuel de sorte à atteindre cet objectif dans trop de dégâts – pas seulement pour le peuple syrien mais aussi pour vos intérêts nationaux ? Sur ce point, je ne suis pas tout à fait convaincu que le gouvernement ait poursuivi la bonne politique.

Pouvez-vous développer ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Nous sommes en ce moment la base pour une guerre secrète contre le gouvernement d’un pays voisin. Le fait que le gouvernement de ce pays est illégitime ne change pas le fait que nous sommes ce que le Honduras était au Nicaragua dans les années 1980. Le régime irakien était illégitime, mais nous n’avions pas permis l’installation de bases opérationnelles sur notre territoire pour organiser des attaques contre ce gouvernement. En fait nous nous enorgueillissons de ne pas avoir collaboré avec les Etats Unis pour leur guerre contre un autre régime illégitime.

Le soutien ouvert et flagrant à une guerre secrète contre le régime syrien place la Turquie dans le camp des puissances sunnites, même si le gouvernement proteste du caractère œcuménique de sa politique. Le fait que le gouvernement est incapable de convaincre – pas seulement sa population mais qui que ce soit dans le monde – que sa politique est œcuménique est quelque chose qui doit nous parler.

Il y a un transfert massif d’armes vers les rebelles en Syrie via la Turquie. Je ne remets pas en cause la légitimité de la résistance au régime syrien. Je m’interroge sur les moyens, en matériel et en discours, qui sont mobilisés pour soutenir cette opposition.

Le résultat net de la politique turque est que nous avons maintenant des relations inamicales avec l’Iran, qui est influent en Irak, pays avec lequel nous n’avons pratiquement plus de relations maintenant. Nous ne sommes pas en phase avec la Russie non plus.

C’est un fait que le principe du zéro-problème nous donne dans les circonstances actuelles l’image d’un pays qui a des problèmes avec tous ses voisins à l’est et au sud. Je ne vais pas m’étendre sur ce point.

Je ne crois pas que c’était la faute de la Turquie, ou la faute du principe [du zéro problème].C’est le résultat d’une incapacité à ajuster la politique de la Turquie à un environnement tumultueux dans lequel l’histoire s’accélère. Notre ministre des affaires étrangères comprend sans doute très bien l’importance historique de cette transformation, mais il ne parvient pas à ajuster la politique turque d’une manière qui permettrait de réduire les dangers qui découleront des évènements en cours. C’est le problème.

Quand on nous demande si nous devrions continuer à serrer la main d’un dictateur sanguinaire, j’aimerais rappeler à tout le monde que le dictateur sanguinaire était déjà un dictateur sanguinaire avant, aussi – il avait juste tué moins de gens à l’époque que depuis mars 2011. Il faut une zone grise qui se situerait entre avoir des dîners en privé avec un dictateur sanguinaire et couper toutes les relations avec son régime. La Turquie est devenue un acteur moins influent qu’elle aurait pu l’être autrement.

Dans sa réponse aux critiques, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu dit que la Turquie n’aurait pas pu se présenter devant les rues arabes si elle n’avais pas fait le choix de se ranger au côté du peuple.

Quelles rues arabes ? Quel peuple ? Les Chrétiens, les Syriaques, les Nusaïris et les Sunnites laïques sont-ils nécessairement des admirateurs de la politique turque ? Toutes les informations dont je disposé donnent à penser que la population d’Alep est très mécontente de la présence de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Mais l’ASL trouve des armes qui lui sont fournies par le Qatar et l’Arabie Saoudite et qui transitent par les frontières turques.

Le fait que la Turquie est maintenant vue comme une puissance inamicale par les Chiites dans la région est un échec de la part de la diplomatie turque. Gardez en mémoire qu’un citoyen Turc est retenu par une tribu chiite au Liban qui dit qu’elel le tuera pour punir la Turquie si elle n’obtient pas ce qu’elle veut [la libération de membres de cette tribu prisonniers des « rebelles » en Syrie]. Est-ce là l’image que nous voulons donner au reste du monde ?

La Turquie n’affirmait-elle pas que sa politique étrangère réussissait parce qu’elle se tenait à équidistance de tous ? Quand vous regardez en ce moment, nous ne sommes capables de parler avec aucun de nos voisins.

Mais vous avez dit vous-même que les circonstances ont changé et que ce n’était pas forcément la faute de la Turquie.

Lorsque, pour une raison ou  votre principe ne peut plus être appliqué, vous devez concevoir votre politique de sorte à ce que quand vous cherchez tout seul à obtenir l’éviction de Bachar vous puissiez garder des relations normales avec les autres voisins ; ce que nous avons échoué à faire. Il est évident qu’ils [les dirigeants Turcs] avaient surestimé leur influence que le régime syrien, ce qui devrait nous amener  à interroger la sagesse des politiques qui ont été menées ces huit dernières années. Puis ils ont pris une position très forte contre le régime, soutenant une guerre secrète à partir du territoire turc, particulièrement les zones frontalières où les opinions sont très partagées sur ce qu’il est bon ou mauvais [de faire].

Mais le gouvernement a demandé à ses détracteurs, «Qu’aurions-nous dû faire ? Rester assis et regarder Bachar tuer son propre peuple ?

La politique étrangère, ce n’est pas la morale. En faire maintenant une affaire de morale et reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est en soi immoral. Je pense que Bachar doit partir et il partira, mais à quel prix ? A quel prix pour la population syrienne ? On peut aussi dire, si vous êtes si moral, pourquoi n’intervenez-vous pas militairement vous-même au lieu d’attendre que la communauté internationale vous en donne la permission ? Même dans ce cas, vous ne seriez pas disposé à la faire seul.

Les autorités turques ont régulièrement affirmé que leurs alliés leur avaient apporté leur soutien pour une action [éventuelle], mais quand les choses se gâtent, il n’y a plus personne. Ce qui nous donne à comprendre où se situe le mauvais calcul effectué par nos dirigeants.

A un moment, les Turcs ont cru qu’il y aurait une intervention militaire occidentale.  Mais n’importe qui ayant examiné l’expérience libyenne pouvait comprendre qu’il n’y avait aucune possibilité pour qui que ce soit d’intervenir en Syrie. Prétendre que nous avons été induits en erreur ne donne pas une bonne image de la diplomatie turque en termes de capacité d’anticipation.

Quand vous commencez à fournir des armes aux rebelles et que vous faites ça pour les meilleurs raisons morales, vous créez une situation par laquelle vous prolongez le conflit.

Si l’opposition n’avait pas été armée, Bachar aurait continué à tuer. De quelles autres options disposait le gouvernement qui a critiqué ses détracteurs pour ne pas s’être rangés du côté de la morale ?

Comme le gouvernement ne pouvait pas expliquer réellement à l’opinion quel était l’intérêt national dans tout ça, il s’est constamment appuyé sur l’argument moral. L’argument moral ne peut être qu’un aspect de la politique étrangère mais pas son fondement. La Syrie est très importante parce que l’agitation dans ce pays affectera la stabilité en Turquie même, ne serait-ce qu’en vertu de l’incroyable instabilité qu’elle va générer – et qu’elle a déjà commencé à générer – dans la région. Le problème interne à la Syrie de la rébellion contre un dictateur s’est transformé en lutte à couteaux tirés entre des puissances régionales et des puissances extérieures, et cet affrontement se fait le long de lignes sectaires.

La Turquie se retrouve maintenant plongée dans une compétition géopolitique qui est définie en termes sectaires. L’avantage qu’avait la Turquie avant le déclenchement de la crise syrienne était que la Turquie n’était pas partie prenante des divisions sectaires dans la région. Nous avons maintenant le résultat d’un an et demi de cette politique, et ce résultat ne me frappe pas comme étant une brillante réussite. Quant à l’action différente qui aurait pu être menée, j’aimerais bien que mon gouvernement me dise exactement comment il définit nos intérêts nationaux – pas en termes moralisateurs – et pourquoi il a accusé tous ceux qui soutenaient Bachar de le faire pour des raisons sectaires, important ainsi dans notre pays les divisions sectaires de la Syrie, puis de l’Irak et du Liban.

Qu’est-ce qui motive le gouvernement ?

Les Sunnites vont arriver au pouvoir ; parmi les Sunnites, les Frères Musulmans seront la force prédominante. Avec la Tunisie et l’Egypte, il y aura des gouvernements de la même famille politique tout autour de nous à l’exception de l’Irak. Je sais qu’ils protestent quand on leur reproche leurs politiques sectaires, mais c’est ainsi que leurs politiques sont lues ailleurs dans le monde.

Une politique étrangère ne peut pas reposer sur des motivations idéologiques ou sectaires ; si c’est le cas, vous commettrez certainement des erreurs.

Quelles seront les conséquences de la crise syrienne sur la question kurde ?

Elle enhardit le PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdisan, illégal). En termes historique, ce qui se passe est le démantèlement d’un ordre régional qui a été créé sur les décombres de l’Empire Ottoman, principalement par la Grande Bretagne et la France.

Cet ordre était fondé sur la suprématie incontestée des Arabes Sunnites. Ce que nous voyons, c’est l’effondrement de cet ordre et la création d’un ordre nouveau. En termes historiques, l’arrangement (franco-anglais) de 1918 – 1922 n’avait pas reconnu à la très importante population kurde son droit à l’autodétermination. Cette fois-ci, il semble que les Kurdes vont être les gagnants du nouvel ordre en train de se former. Il y a environ 30 millions de Kurdes répartis sur quatre pays ; dans une période de renouveau du nationalisme partout, ceci est une conséquence politique de la dissolution du nouvel ordre régional.

Le meilleur atout du gouvernement consistait à porter sur la situation le regard qui s’imposait ; c’est-à-dire un regard en termes historiques. Le gouvernement n’a pas accordé crédit aux théories du complot. L’ironie veut que si vous regardez les choses d’un point de vue historique, le fait que les Kurdes ont désormais voix au chapitre sur leur destin fait aussi partie du processus historique. Il montre aussi à quel point la Turquie, gouvernement inclus, a commis une erreur en ne réglant pas son propre problème kurde et en marginalisant complètement le PKK. Même si la question kurde est résolue, le PKK pourrait continuer ses actes de violence qui sont ce dont il se nourrit.

Comme nous avons nos propres lignes de faille ethniques et sectaires à prendre en considération, ce gouvernement aurait dû être plus prudent – tant dans sondiscours que dans sa politique.

Qui est Soli Özel?

Soli Özel est éditorialiste pour le quotidien Habertürk, où il est aussi rédacteur en chef de la rubrique politique étrangère.

Il fait partie actuellement de l’équipe professorale de l’université Kadir Has à Istanbul.

Il a un diplôme de master spécialisé sur le Moyen Orient obtenu à la John Hopkins University’s School of Advanced International Studies. Il a publié de nombreux articles dans des journaux étrangers et dans des revues universitaires. Il a récemment co-écrit : ”Turkey: Model, order-setter or trade partner,” publié par l’Istituto Affairi Internazionali et le German Marshall Fund.

Son article “Turkey in the face of Eurosclerosis” pour le German Marshall Fund sera publié le mois prochain


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