Posts Tagged ‘Alger’

Jérusalem est arabe, la preuve par Grenade

17 octobre 2012

Une fondation culturelle espagnole vient faire la nique aux autorités sionistes à Jérusalem même en venant rappeler que cette ville est arabe : musulmane, chrétienne et juive, mais arabe.

Et la démonstration en est faite in situ avec une exposition sur le royaume de Grenade sous le règne des dynasties ziride et nasride. 

Pour ceux que ça intéresse, les Zirides étaient une famille originaire d’Achir dans l’Algérie actuelle et ils tiraient leur nom du fondateur de la dynastie, Ziri Ibn Menad. L’émir Bologhin, le fils de Ziri est le (re)fondateur de la ville qui porte toujours le nom qu’il lui a donné : al Djazaïr (les îles dans une forme de pluriel archaïque).

Ce sont les vicissitudes de l’histoire et des luttes intestines qui ont amené une branche de la famille ziride à établir son pouvoir à Grenade tandis que deux autres rameaux demeuraient au Maghreb, l’un d’entre eux gouvernant sur ce qui correspond à peu près à la Tunisie actuelle, l’autre sur une partie du Maghreb central, établissant sa capitale dans une ville nouvelle, la Qalaa (Qalaa beni Hammad). 

Les Zirides étaient des Berbères, appartenant à la branche chiite de l’Islam au départ.

La dynastie nasride était par contre d’origine arabe semble-t-il et n’a de toute façon gouverné qu’en Espagne, jusqu’à la disparition de l’Etat musulman de Grenade.

Le royaume de Grenade atterrit à Jérusalem

Une exposition présente à la vieille ville la vie sous les dynasties ziride et nasride

Par Ana Carbajosa, El Pais (Espagne) le 17 oct 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

C’est dans un magnifique bain arabe de l’époque mamelouk, en plein cœur de la vieille ville de Jérusalem qu’a atterri le royaume de Grenade. Une exposition espagnole, dédiée à recréée la vie des dynasties ziride et nasride, a été inaugurée la semaine dernière à Jérusalem Est, la partie palestinienne de la ville, asphyxiée par le conflit avec les Israéliens et où la vie culturelle est presque anecdotique.

Juan Carlos González-Santiago et José Manuel Vera Borja signent les photos de l’exposition

Sur les 30 photographies accrochées aux murs blanchis à la chaux du hammam, on peut voir des édifices représentatifs de ce que fut le royaume de Grenade entre le 9ème et le 15ème siècle. Devant eux, défilent quelques uns des 350 figurants volontaires de villes et villages andalous qui, vêtus de costumes d’époque, ont participé au consortium du millénaire du royaume de Grenade qui travaille depuis deux ans à la commémoration de la fondation en 1013 de cet Etat islamique dans la péninsule ibérique.

Les scènes que peut découvrir celui qui visite Jérusalem, de l’entrée de la vieille ville à la porte de Damas et celles qu’il peut voir ensuite dans l’exposition ne sont pas si différentes. La casbah de Malaga, la madrasa de Grenade, le palais de Mondragon à Ronda… les tours, les décorations, les arches et jusque aux personnages qui apparaissent dans les photographies de l’exposition sur le royaume de Grenade, détonnent à peine avec les abords immédiats du quartier musulman de la ville fortifiée de Jérusalem, annexée par Israël en 1967.

Ronda: fontaine du palais Mondragon

C’est la première fois que le royaume de Grenade débarque dans le monde arabe. Un Palestinien entre deux âges, chargé d’accrocher les photos avant l’inauguration officielle, s’étonne devant la calligraphie arabe et les extraits du Coran qu’on peut voir dans une des salles de l’Alhambra.

«Ce qui nous intéresse, c’est de voir les choses que nous avons en commun, les parallélismes,» explique Carmen Pozuelo de la Fondation Legado Andalusi (héritage andalou) et commissaire de l’évènement tout en travaillant au montage d’une exposition qui se confond avec l’environnement.

Les rais de lumière qui filtrent par les ouvertures des voûtes du hammam Al Ayn sont très semblables à ceux des bains de Fiñana. La fontaine qui trône dans la salle principale de l’édifice qui accueille l’exposition, rappelle beaucoup celle du palais de Mondragon. Ce sont des parallélismes qui tiennent à leur fonction mais surtout à un héritage commun que l’exposition « Alma Desgranada: viaje a la memoria del reino de Granada » (égrenage de l’âme: voyage dans la mémoire du royaume de Grenade) essaye de mettre en évidence.

Juan Carlos González-Santiago et José Manuel Vera Borja signent les photos de l’exposition qui se posera bientôt au Caire et ensuite au Qatar.

Un article sympathique sur le métro d’Alger

13 mai 2012

Je n’ai pas parlé des élections législatives en Algérie.

 Pas intéressant.

Certains pensent peut-être qu’elles ont été truquées mais ce n’était sans doute pas le cas. Le morcellement voulu par les autorités de l’offre politique et l’abstention étaient en réalité la clef du succès du FLN et, plus largement, de l’équipe au pouvoir.


J’ai par contre trouvé un article bien sympathique sur le métro d’Alger.

Le métro d’Alger: un voyage à travers le tunnel du temps

Par Rosa Meneses à Ager, El Mundo (Espagne) 13 mai 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

– Les habitants de la capitale ont attendu 30 ans pour le voir terminé

– Conçu dans les années 70 avec 64 kilomètres de réseau, le chantier, a débuté en 1982

-Jusqu’en 2006, le projet n’a pas été relancé, mais ces longues années d’abandon ont renchéri le projet

– Le billet, 50 dinars (50 cents €), est cher pour les habitants

C’est le premier métro du Maghreb et probablement le plus lent du monde. Les Algérois ont dû attendre trente ans pour voir se concrétiser le projet du métro de la capitale. La première ligne a été inaugurée fi octobre 2011 par le président Abdelaziz Bouteflika. Le centre d’Alger, avec ses édifices blancs et ses balcons bleus avait été nettoyé pour l’occasion.

«Un pays riche comme l’Algérie a dû attendre trente ans pour avoir un transport en commun comme le métro, » se lamente Dalila Taleb, une militante Algérienne. Projeté sans les années 1970 avec un réseau de 64 kilomètres, les travaux n’avaient pas réellement commencé avant 1982. Par la suite, la crise économique, la chute des prix du pétrole et le manque d’expérience des entreprises nationales se conjuguèrent à l’inertie des autorités pour retarder le projet.

Puis vint la « décennie rouge », les années 1990 pendant lesquelles le terrorisme tacha le pays de sang. Les tunnels et les bouches qui avaient été construits durent être obturés pour éviter que les miliciens islamistes s infiltrent pour contrôler la ville en profitant de l’obscurité ses souterrains.

Les autorités n’ont pas repris le projet avant 2006. Elles ont ensuite décidé de le confier aux entreprises Siemens, Vinci et à l’espagnole CAF. Mais la topographie difficile d’Alger et la proximité de la mer n’ont pas facilité la tâche. Toutes ces années ont renchéri le projet qui a coûté au total 1 000 millions d’euros.

Le 1er novembre dernier, la Ligne 1 a été ouverte au public. Les habitants d’Alger sont déjà plus habitués à utiliser les installations, mais les premiers jours, il avait fallu leur montrer comment se déplacer avec ce nouveau moyen de transport. Le métro d’Alger est propre, sûr – 400 policiers le surveillent – et il fonctionne de manière très efficace. « Les seul aspect négatif est que dans beaucoup de stations, il n’y a pas d’escaliers mécaniques, » se plaint une dame d’un certain âge devant la perspective d’un long escalier pour rejoindre la surface.

Sur la plate-forme de la station de Tafoura, des jeunes habillés à la dernière mode se photographient en posant avec des gestes de rappeurs. A côté d’eux, un homme d’âge moyen immortalise avec son appareil photo les jeux et les sauts de ses trois filles. Le train, blanc et bleu – comme le paysage algérois – arrive par la droite. Les portes s’ouvrent sur des wagons spacieux. Un policier a oublié sa casquette noire sur un siège.

La Ligne 1 relie le centre de la capitale – où se dresse l’imposante façade blanche de la grande poste – le quartier colonial français, à Al Badr, à Kouba, un faubourg populaire en périphérie sud est.Dix stations, neuf kilomètres. Le métro peut assurer le transport de 25 000 personnes par heure. Pourtant, taxis et autobus restent les plus populaires étant donné que le métro ne dessert que certaines parties de cette ville de près de 2,5 millions d’habitants, la plus grande du Maghreb.

La prolongation de la Ligne 1 et la construction d’une seconde ligne sont en cours. En 2014, on prévoit l’ouverture des extensions à l’est. Et on espère disposer de 40 kilomètres de réseau en 2020.

Le ticket, 50 dinars (50 centimes d’euros) est un peu cher pour la population. Le salaire minimum en Algérie est de 18 000 dinars (environ 180 euros). « Le trajet coûte en réalité 84 dinars. Le prix est subventionné par l’Etat, » se défend le ministre des transports, Amar Tou.

Le vendredi, jour de prière, le métro est un peu vide. Ce sont alors les familles qui accaparent la ligne pour emmener leurs enfants au jardin botanique ou à l’aire de jeux installée au monument des martyrs. Un trajet court qui suppose en réalité un voyage à travers le temps pour les Algérois .

L’inaction d’Alger devant l’intervention de l’OTAN en Libye: une erreur fatale?

5 septembre 2011

J’ai pris connaissance de cet article hier soir, via le blog du «Moor next door». J’ai commencé à le traduire tout de suite mais je n’avais pas trop pu avancer compte tenu de l’heure tardive. Entre temps, des comptes rendus de ce papier sont sortis dans la presse francophone. Après un moment d’hésitation, j’ai quand même décidé d’en terminer la traduction parce qu’il importe d’avoir l’intégralité de ce genre de pièce de propagande (vous pouvez bien sûr sauter mon intro qui est un peu longue).

L’article détaille en effet un projet de transaction secrète qui aurait permis à la Chine de fournir au régime de Mouammar Kadhafi d’importantes quantités d’armes afin de l’emporter sur les « rebelles ». Cette transaction impliquait l’Algérie qui était en quelque sorte chargée de faire « l’avance » du matériel à l’armée libyenne en attendant d’être « remboursée » par la Chine via un rééquipement.

Ce morceau de propagande s’inscrit dans le droit fil des pseudo-informations autour de l’envoi de mercenaires Algériens pour combattre aux côtés des troupes du régime du colonel Kadhafi.

Aucune preuve n’a jamais été apportée de ces renforts en mercenaires. Ce qui est certain par contre, c’est que l’accueil par Alger de plusieurs membres de la famille de M. Kadhafi, dont l’épouse de ce dernier, n’a pas mis les pseudo-rebelles dans de meilleures dispositions vis-à-vis du gouvernement algérien.

Cette accusation de tentative de transfert d’armes d’ailleurs passe d’ailleurs au statut de  fait avéré au gré de l’imagination des cadres de la « rébellion » puisque les radars de Benghazi ont suivi des avions de transport militaire algériens qui livraient ce matériel militaire dans les bastions loyalistes.

Sûrement avec la complicité de l’OTAN qui, malgré la zone d’exclusion aérienne et son omniprésence dans le ciel libyen, a été incapable de détecter des avions comme le C 130 Hercules ou le Iliouchine Il-76 qui s’ils ne sont pas géants comme le prétend l’article sont cependant fort peu discrets.

Illyushin Il-76 de l’armée de l’air algérienne (l’aviation libyenne en possédait aussi)

Les « rebelles » Libyens ont au moins une qualité, un talent : l’OTAN leur donne le début d’une bonne histoire et ils vous racontent la suite comme s’ils y avaient été et ne mégotent pas sur les détails.

Parce que c’est l’OTAN qui a inventé cette histoire de fourniture d’armes avec ce procédé de prêt sur gage d’Alger au gouvernement libyen que seul un esprit capitaliste tordu aurait pu inventer. Et ce n’est pas un hasard si les trois pays visés par ces accusations sont ceux qui sont susceptibles de mettre des bâtons dans les roues des forces occidentales : la Chine dont la présence sur la scène africaine et mondiale s’affirme de manière inexorable, l’Afrique du Sud qui est en train de construire justement avec la Chine mais aussi la Turquie, la Russie , l’Inde et le Brésil une alliance d’intérêts qui s’opposera de plus en plus à l’axe du « bien » (en fait, l’axe du mal), et enfin l’Algérie qui fait encore mine de  garder son contrôle sur ses richesses en hydrocarbures et tient une place significative sur la scène régionale.

Une histoire à jeter à la poubelle ? Tout le contraire, puisque les « rebelles » prétendent avoir découvert les documents compromettants en partie dans un tas de détritus, et le reste éparpillé un peu plus loin du tas.

Cette inspiration directe par l’OTAN est la seule manière de comprendre comment des « rebelles » qui n’en ont pas encore fini avec leur ancien dirigeant, et sont incapables d’obtenir le moindre succès militaire sans un pilonnage intensif d’aviation étrangère (et devraient donc faire profil plutôt bas) se permettent d’aller jusqu’à menacer un pays voisin.

L’Algérie n’a pas aidé militairement la Libye et elle a sans doute eu tort et elle va le payer. Mais avant d’aider militairement le gouvernement libyen, l’Algérie aurait pu jouer un rôle diplomatique plus efficace, notamment auprès des autres pays africains, l’Afrique du Sud au premier chef pour dissuader cette dernière de voter la résolution 1973.

Certes Alger a sans doute craint des mesures de rétorsion de la part des puissances coalisées, arabes ou occidentales. En restant neutre, le gouvernement algérien a sans doute pensé pouvoir éviter des problèmes, d‘autant qu’il n’a eu de cesse de mettre en exergue la qualité de son partenariat pour la sécurité régionale avec les Etats Unis.

Ce n’est pourtant pas cela qui va éviter de gros ennuis à l’Algérie : Kadhafi coopérait assidument avec les services secrets britanniques et américains, il en a été bien récompensé come on l’a vu.

Parce que ce qui compte, ce n’est pas la quantité ou la qualité des informations qu’on échange avec les services secrets des Etats Unis ou de la Grande Bretagne.  Les pays anglo-saxons sont dans une stratégie de puissance à l’échelle planétaire, et ce qu’ils cherchent, c’est à contrôler l’accès aux ressources pétrolières qui sont la source de la puissance. C’est en effet le seul moyen qu’ont trouvé ces puissances qui tendent à décliner pour contenir la Chine ou tout autre acteur qui menacerait leur suprématie.

Cette stratégie qui s’est déployée en Asie est en train de se déployer aujourd’hui en Afrique et il y aura sans doute encore beaucoup de sang et de larmes.

L’Algérie pourra-t-elle échapper au piège qui lui est tendu ?

C’est fort peu probable. Il est clair que certains membres de la classe dirigeante algérienne ont compris qu’il fallait élargir encore plus la base du pouvoir, c’est-à-dire démocratiser plus le pays. Mais il n’y a pas unanimité sur ce point parce que partage du pouvoir signifie difficulté accrue de s’approprier la rente pétrolière et gazière.

Il y a cependant urgence pour une évolution ordonnée vers un Etat de droit parce que le temps joue contre l’Algérie où certains se voient déjà à la tête d’un Conseil National de Transition porté au pouvoir par les bombes de l’OTAN. Ce ne sont pas les leviers de la discorde qui manquent en Algérie et des services secrets étrangers n’auraient sans doute aucune difficulté à les actionner.

Et, comme on le sait, Bernard-Botul-Henri Lévy a aussi des amis à Alger.

Botul Botul et le futur président du CNT algérien

La Chine avait proposé d’énormes quantités d’armes: memos libyens

par Graeme Smith, The Globe & Mail (Canada) 3 septembre

La Chine a propose d’énormes quantités d’armes au colonel Mouammar Kadhafi pendant les derniers mois d’existence de son régime, selon des documents qui  décrivent des discussions secrètes sur des livraisons via l’Algérie et l’Afrique du Sud.

Les documents obtenus par le Globe & Mail montrent que les industries d’Etat d’armement chinoises étaient disposées fin juillet  à vendre des armes et des munitions pour une valeur d’au moins 200 millions de dollars  à Kadhafi assiégé, une violation des sanctions onusiennes.

.Les documents laissent entendre que Pékin et d’autres gouvernements ont pu jouer un double jeu pendant la guerre en Libye, affirmant être neutres mais aidant en sous-main le dictateur. Les documents ne confirment pas si une assistance militaire quelconque a été fournie, mais de hauts dirigeants du nouveau gouvernement de transition à Tripoli disent que ces documents renforcent leurs soupçons sur les récentes actions de la Chine, de l’Algérie et de l’Afrique du Sud. Ces pays pourraient souffrir d’un désavantage au moment où les nouveaux maîtres de la Libye répartiront le butin de leurs vastes ressources énergétiques et où ils choisiront des entreprises pour la reconstruction du pays.

Omar Hariri, chef du comité militaire du Conseil National de Transition a examiné les documents et a conclu qu’ils expliquaient la présence d’armes flambant neuves auxquelles ses hommes se sont affrontés sur le champ de bataille. Il a exprimé son indignation devant le fait que les Chinois négociaient une vente d’armes au moment où ses forces subissaient de lourdes pertes dans leur lente progression vers Tripoli.

“Je suis Presque certain que ces fusils sont arrivées et ont été utilisées contre notre peuple,” déclare M. Hariri.

Des officiels rebelles de haut niveau ont confirmé l’authenticité du memo de quatre pages, rédigé dans un style formel sur le papier avec l’aigle vert en en-tête utilisé par un département du gouvernement connu sous le nom d’Autorité de l’Approvisionnement, qui s’occupe de la passation des marchés. Le Globe & Mail a trouvé des papiers à en-tête identiques dans les bureaux de ce département à tripoli. Le memo a été découvert dans un tas d’immondices au bord d’un trottoir dans un quartier appelé Bab Akkarah où plusieurs des plus fidèles partisans du colonel Kadhafi avaient de somptueuses résidences.

Les documents relatent en détail un voyage de responsables des services de sécurité de Kadhafi, de Tripoli à Pékin. Arrivés le 16 juillet, ils avaient rencontré dans les jours suivants des cadres des trois entreprises étatiques de fabrication d’armes : China North Industries Corp. (Norinco);  la China National Precision Machinery Import & Export Corp. (CPMIC); et China XinXing Import & Export Corp.Les entreprises chinoises avaient proposé de vendre l’ensemble de leurs stocks, et avaient promos de fabriquer plus de matériel si nécessaire.

Leurs hôtes avaient remercié les Libyens pour leur discrétion, insistant sur le besoin de confidentialité, et avaient recommandé d’effectuer la livraison via des tierces parties.

 «Les entreprises avaient suggéré d’établir les contrats soit avec l’Algérie, soit avec l’Afrique du Sud parce que ces pays avaient déjà travaillé avec la Chine, » indique le mémo.

Les compagnies chinoises avaient aussi observe que de nombreux matériels demandés par la délégation libyenne étaient déjà présents dans les arsenaux de l’armée algérienne, et pouvaient être transportés immédiatement à travers la frontière ; les Chinois disaient pouvoir regarnir les stocks algériens par la suite. Le memo indiquait aussi que l’Algérie n’avait pas encore accepté un tel arrangement et avait proposé de nouvelles discussions dans les succursales des entreprises chinoises à Alger.

Des annexes agrafées au memo, et éparpillées non loin, montrent les machines de mort qui étaient en discussion : des lance-roquettes montés sur véhicules ; des missiles (fuel-aire explosive, aucune idée de ce que c’est, NdT). Et des missiles antichars entre autres. Peut-être plus sujet  à controverse, les Chinois avaient semble-t-il proposé aux hommes du colonel Kadhafi le QW-18, un missile sol-air assez petit pour être porté à l’épaule par un soldat – assez semblable au missile US Stinger et capable d’abattre quelques avions de combat.

Les porte parole officiels de Pékin, Alger et Pretoria ont  refusé de s’exprimer ou étaient injoignables vendredi. Des courriels envoyés aux deux fabricants d’armes chinois sont restés sans réponse.

Ces trois gouvernements ont été réticents à approuver les actions de l’OTAN en Libye, mais ont affirmé soutenir l’embargo sur l’armement. Avant de s’abstenir de voter la résolution 1973 qui autorisait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les civils, la Chine avait approuvé une décision antérieure, la résolution 1970 qui interdisait toute assistance militaire à Tripoli. A l’époque, le représentant Chinois à l’ONU avait déclaré que « l’effusion de sang et les victimes civiles faisaient partie des « circonstances spéciales » qui avaient poussé son pays à voter en faveur des sanctions. L’Afrique du Sud avait également approuvé les sanctions, affirmant qu’elles enverraient un message au régime libyen pour qu’il cesse son recours indiscriminé à la force.

Le ministre Algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci, a fait une déclaration jeudi, dans laquelle il affirme que son pays a « résolument appliqué » les termes des résolutions de l’ONU, et se plaint des rumeurs très répandues du contraire.

“La vérité sur l’attitude de l’Algérie sera révélée,” a déclaré M. Medelci.

Une possible justification pour un quelconque pays pris à livrer des armes au colonel Kadhafi serait que l’OTAN, et d’autres commanditaires (sponsors) des rebelles Libyens, fournissaient des armes au camp opposé dans le conflit. Des camions remplis de fournitures militaires pour les rebelles ont franchi la frontière avec l’Egypte à l’est, et la France a confirmé avoir largué des armes – dont des missiles antichars Milan – pour les rebelles dans les montagnes sur le front occidental.

Ces livraisons pour les rebelles n’étaient cependant pas prohibées par la résolution 1970, car l’embargo référait spécifiquement à la « Jamahiriya Arabe Libyenne, » au gouvernement libyen.

“Concernant l’excuse ‘Oh, l’OTAN l’a fait aussi’, je ne pense pas qu’elle tienne,” explique Shashank Joshi, un chercheur associé au Royal United Services Institute, un think-tank sur les affaires de défense.

Les embargos sur les armes sont habituellement contrôlés par des panels d’experts désignés par l’ONU. George Lopez, professeur au Kroc Institute for International Peace Studies, qui a récemment collaboré à un tel panel, affirme que la preuve d’une infraction requiert habituellement des bons de fret ou d’autres documents qui montrent que des armes ont changé de mains.

Cependant, si quiconque conclut un accord qui enfreint les règles, on peut aussi le considérer comme une violation des sanctions.

“La volonté d’accepter l’accord est suffisante,” explique M. Lopez.

Compte tenu de la difficulté à punir les infractions à l’embargo de l’ONU, il semble probable que les conséquences les plus importantes pour les pays impliqués – la Chine et l’Algérie en particulier – seront en terme réputation ternie à Tripoli.

Maintenant que le colonel Kadhafi a perdu le pouvoir, les Chinois semblent craindre, avec quelque raison, de perdre leur part des champs pétroliers libyens.

« Le pétrole est à la base de la guerre, et le pétrole a été le principal intérêt derrière la guerre, » écrit le groupe de presse chinois Caixin dans un récent commentaire.

Un haut responsable de l’Arabian Gulf Oil Co à Benghazi a déclaré le mois dernier au Globe & Mail qu’il aurait des réticences à faire affaire avec des compagnies chinoises à l’avenir parce que leur gouvernement a pris position contre la rébellion.

Si une dispute diplomatique entre la Chine et la Libye pourrait avoir des conséquences économiques significatives, les tensions le long de la frontière algérienne pourraient s’avérer plus problématiques du point de vue sécuritaire. De nombreux Libyens ressentent de l’indignation du fait que l’épouse du colonel Kadhafi et trois de ses enfants aient fui vers l’Algérie la semaine dernière, et un officier rebelle a laissé entendre que ses hommes pourraient les poursuivre en territoire algérien.

Au début du soulèvement, les rebelles s’étaient servis des installations radar de l’aéroport de Benin après de Benghazi pour suivre des avions suspects circulant entre l’Algérie et les bastions loyalistes de Sabha et Surt. Ils ont enregistré des détails sut plusieurs vols d’avions géants C 130 Hercules et des Iliouchine Il-76, portant des matricules en usage dans l’armée algérienne.

“Nous savons maintenant ce que contenaient ces avions,” déclare Mohammed Sayah, un membre du Conseil National de Transition. « C’est pour ça qu’il a fallu si longtemps aux Lybiens pour se débarrasser du dictateur, parce que ils combattaient contre les mercenaires et la machinerie fournis par nos voisins. »

Les nouveaux dirigeants de Tripoli semblent extrêmement conscients cependant que la Libye a besoin de paix les voisins dans cette phase délicate de transition. S’étant emparés du contrôle de la capitale, les rebelles ne se sont pas encore assurés de certaines villes éloignées du désert qui restent dangereusement proches de la frontière algérienne. Alors même qu’il critique Alger pour son rôle dans la guerre, M. Hariri parle des «frères» Algériens. M. Sayeh souligne que le nouveau gouvernement doit forger de bonnes relations avec tous les pays, indépendamment de leur histoire.

“Nous allons commencer une ère nouvelle,” affirme M. Sayeh. « Nous leur pardonnerons, mais nous n’oublierons pas. »

Les combattants endurcis par la guerre semblent moins enclins à pardonner. Le régime autoritaire d’Alger se retrouve maintenant dangereusement proche de deux pays d’Afrique du Nord qui ont renversé leurs dictateurs, et pourraient devenir un havre pour les dissidents.

Salaheldin Badi, un ancien pilote qui commande une des brigades de Misrata qui a fondu sur Tripoli le mois dernier laisse entendre que ses hommes pourraient vouloir déverser leur ferveur révolutionnaire de l’autre côté de la frontière.

“L’Algérie a joué un rôle important, en aidant Kadhafi à obtenir ses armes chinoises, » déclare M. Badi. « C’est très bien, » ajoute-t-il avec un sourire malicieux, « parce que nous renverrons les armes pour les révolutions dans leurs pays. »


%d blogueurs aiment cette page :