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Playmobil et son Martin Luther antisémite

7 janvier 2017

Voilà maintenant qu’une figurine Playmobil suscite une polémique reprise par USA Today, un quotidien américain à grand tirage.

La polémique est pourtant partie d’un journal berlinois qui tire à 60 000 exemplaires dans une capitale allemande qui compte 3,5 millions d’habitants! dans un pays de plus de 80 millions de’habitants!

C’est que la polémique porte sur le caractère anti-juif voire antisémite d’un personnage en plastique qui représente Martin Luther, le réformateur protestant, à l’occasion du 500ème anniversaire en 2017 de l’affichage par l’ancien moine catholique de ses 95 thèses.

Il faut être un théologien avisé et pointilleux pour comprendre en quoi cette figurine pourrait être anti-juive ou antisémite.

Ou encore connaître un peu la biographie de Marti Luther. Dans ce cas, on comprend que la simple mise en valeur du personnage est un affront fait aux Juifs. Le problème étant que Martin Luther est un personnage incontournable non seulement pour l’Allemagne mais pour le christianisme protestant en général et donc le monde chrétien.

Et l’image de Marti Luther est des plus positives chez les protestants comme l’atteste par exemple le fait qu’un célèbre pasteur américain portait son nom. Je veux parler bien sûr du Révérend Martin Luther King.

On ne manquera pas d’être amusé de voir à quel point le judaïsme est en capacité de dicter sa loi au christianisme, ici protestant, sur la base du fait que ce christianisme minorerait, voire écarterait, l’Ancien Testament commun au judaïsme et au christianisme.

Dans l’article, on ne nous dit pourtant à aucun moment quel regard porte le judaïsme sur le Nouveau Testament (les Evangiles).

L’article cite par contre un synode protestant qui qualifie Jésus de Juif. On se demande bien sur quelle base théologique.

La figurine jouet de Martin Luther suscite des accusations d’antisémitisme

Par Tom Heneghan, Religion News Service, USA Today 4 janvier 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand il est question de Martin Luther et de l’antisémitisme, même des jouets populaires en Allemagne ne peuvent échapper à un examen de nature théologique.

Playmobil, un des plus grands fabricants allemands de jouets, a mis sur le marché une figurine en plastique de 8 centimètres représentant Martin Luther pour commémorer le 500ème anniversaire cette année de la Réforme.

Drapé dans une robe noire, la figurine de Luther tient une plume dans une main et sa traduction en allemand de la Bible dans l’autre.

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Le succès a été énorme.

Environ 500 000 pièces ont été vendues, principalement en Allemagne – en particulier dans les villes où Luther a vécu et travaillé – mais aussi aux Etats Unis et dans d’autres pays étrangers.

Ce qui en fait la figurine la plus populaire jamais produite par la compagnie bavaroise qui fabrique aussi des figurines de cosmonautes, de pirates, d’ouvriers et même des personnages de crèches de Noël parmi les milliers de jouets différents conçus par Playmobil depuis 1974.

Tout se passait apparemment très bien jusqu’à ce que Micha Brumlik, un professeur d’université à la retraite et commentateur juif respecté, écrive en juin dernier que le jouet populaire était « anti-juif, voire même antisémite. »

Le problème, écrivait-il, était l’inscription sur les pages ouvertes de la Bible que tient le Playmobil Luther. Sur la page de gauche, il est écrit en allemand: « Livres de l’Ancien Testament. FIN ». On lit sur la page de droite: « Le Nouveau Testament, traduit par le Docteur Martin Luther. »

Pourquoi le mot FIN était-il écrit en caractères si gros, demandait Brumlik. « Théologiquement, la seule raison possible est que « l’Ancien Testament » et sa validité devraient être compris comme terminés et remplacés, » écrivait-il dans le journal berlinois Die Tageszeitung.

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La réponse à la question de Micha Brumlik en images (à gauche un aperçu de la statue de Martin Luther à Wittenberg

« L’Ancien Testament, les Ecritures du peuple d’Israël communes aux Juifs et aux Chrétiens, est-il obsolète et dépassé comme de nombreux Nazis – les soi-disant Chrétiens allemands – voulaient les voir, où est-il tout aussi important que les Evangiles pour les différentes familles du christianisme? »

L’église régionale protestante de Hesse et Nassau, où se trouve Francfort, s’est promptement associée à la critique de Brumlik pour dire que le mot [fin] pouvait être mal compris.

Dans une lettre ouverte, une organisation de théologiens protestants progressistes considère que le jouer présente une vision discutable de la Bible « dans un contexte politique et social où les opinions anti-juives sont à nouveau à la hausse. »

La charmante figurine n’était absolument pas supposée être en rapport avec ce genre de questions.

L’Office National du Tourisme allemand et les responsables du tourisme à Nuremberg – le centre de l’industrie allemande du jouet – ont conçu le jouet avec Playmobil comme un gadget de marketing pour promouvoir les visites d’événements ayant pour thème la Réforme dans les villes qui ont un lien avec Luther.

L’office du tourisme de Nuremberg la vend sur son site web pour 2.39 euros. Amazon Allemagne a une trentaine de commentaires dithyrambiques de la part de clients satisfaits.

C’est un des innombrables souvenirs mis en vente pour l’anniversaire, en plus de la bière Luther, des nouilles Luther, des magnets pour réfrigérateur Luther, un plateau de jeu Luther et, bien sûr, toute une série de nouveaux livres sur l’homme, sa vie et la Réforme.

Un théologien protestant est intervenu comme conseiller pour le projet Playmobil qui a pris pour modèle du jouet une statue célèbre de Luther qui se dresse à Wittenberg, la ville d’Allemagne orientale où, selon la tradition, il avait placardé ses 95 thèses sur la porte d’une église le 31 octobre 1517.

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Statue de Matin Luther à Wittenberg

L’église évangélique d’Allemagne, la principale association d’églises protestantes du pays, s’est empressée d’adopter la figurine, commandant même un exemplaire grandeur nature pour l’exposer lors d’événements de promotion de la commémoration de la Réforme.

Si elle n’avait au départ pas d’objection contre l’inscription [le mot FIN] critiquée par Brumlik, l’association, connue par son acronyme allemand EKD, a dû gérer ces dernières années d’autres aspects de l’héritage embarrassant de l’antisémitisme de Luther dans le cadre de la préparation de l’anniversaire.

Lors de son synode annuel de 2015, l’organisation a adopté une résolution affirmant que « la vision par Luther du judaïsme et sa diffamation des Juifs sont, selon notre lecture actuelle, en contradiction avec la fois en le Dieu unique qui s’est révélé lui-même dans le Juif Jésus. »

En novembre dernier, le synode de 2016 de l’EKD a officiellement renoncé à la « mission auprès des Juifs », un projet d’évangélisation que la plupart des églises régionales avait abandonné dans les décennies qui ont suivi l’holocauste mais qui avait gardé une certaine faveur dans les congrégations les plus conservatrices.

Dans son article, Brumlik rappelait aux lecteurs que Luther était « un des pères fondateurs de l’antisémitisme moderne » et l’auteur du tristement célèbre livre « Des Juifs et de leurs mensonges » dans lequel l’ancien moine catholique exhortait ses adeptes à incendier les maisons des Juifs et leurs synagogues et à confisquer leur argent.

Les jouets Playmobil ont rendu tant d’enfants heureux que la compagnie ne peut certainement pas s’inscrire dans cette tradition, affirmait Brumlik. Rappeler en usine toutes les figurines de Luther n’était pas la réponse mais peut-être la compagnie pouvait-elle retirer le mot « FIN » de la page du livre ou, du moins, l’écrire en plus petits caractères.

Après discussion avec ses sponsors, l’office du tourisme de Nuremberg a annoncé que le mot « FIN » serait supprimé des futurs exemplaires du jouet. Le modèle théologiquement plus correct sera disponible en mars.

Le Luther de Playmobil est devenu si connu en Allemagne que l’évêque Heinrich Bedford Strohm, président de EKD, l’a mentionné dans son sermon du Nouvel An à Berlin.

« En cette année jubilaire, l’important ce ne sont pas les figurines Playmobil, les chaussettes Luther et les bonbons de la Réforme, » a-t-il dit dimanche. « Ils ne sont font qu’ouvrir une porte pour que le message soit entendu. Et il est clair et plus que jamais pertinent – redécouvrir le Christ. »

L’histoire, c’est pas du cinéma

11 octobre 2016

C’est bizarre, un article du Daily Mail qui cite sans arrêt The Guardian. Bref, passons, je creuserai ça peut-être une autre fois.

L’intérêt de l’article que je vous propose est de montrer que dans la région où il est né, Oskar Schindler, le héros du fameux film de Steven Spielberg, « La liste de Schindler » ne fait pas l’unanimité.

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Il est vrai que si Schindler est né en Tchécoslovaquie, c’était un Allemand des Sudètes, une province annexée par l’Allemagne en 1938 en application des accords de Munich.

Alors on ne s’étonnera pas si Oskar Schindler a laissé dans sa région natale, d’où les Allemands sont partis après la capitulation de l’Allemagne un souvenir, disons, mitigé. On garde en en effet de lui l’image d’un buveur invétéré, d’un accro aux jeux d’argent et d’un coureur de jupons.

Bon, on peut trouver ça pas bien mais le fond de l’affaire n’est-il pas quand même l’action humanitaire de Schindler qui sauva quand même plus d’un millier de Juifs, ses employés, d’un sort funeste ?

 Certes. Mais même ce point très important ne fait pas l’unanimité et laisse sceptiques un certain nombre de personnes qui ne sont pas emballées du tout à l’idée de rendre hommage à la mémoire de l’industriel.

Le combat pour sauver l’usine de la liste de Schindler où l’industriel avait protégé des Nazis 1 200 Juifs est menacé parce que les Tchèques se souviennent de lui comme d’un escroc coureur de jupons.

Le projet pour préserver le site de Brněnec, en République Tchèque, n’est pas populaire chez les gens du coin.

Ils se souviennent d’Oskar Schindler pour ses beuveries, son goût pour le jeu et les femmes

Il avait donné refuge dans son usine à des Juifs qui devaient aller dans la chambre à gaz.

Un écrivain de la région a créé un fonds mémoriel pour empêcher la disparition du site.

Par Gareth Davies, The Daily Mail (UK) 11 octobre 2016 traduit de l’anglais par Dkazaïri

L’usine de la liste de Schindler où l’industriel Oskar Schindler avait protégé 1 200 Juifs des Nazis est menacée parce que les Tchèques se souviennent de lui comme d’un escroc coureur de jupons.

Un écrivain local tente désespérément de rassembler l’argent nécessaire pour restaurer l’ancienne usine textile aujourd’hui en état de délabrement.

As the site stands dilapidated, it is a far cry from the place Schindler transported his Jewish workers to from his factories in Krakow, Poland in late 1944

L’ancienne usine Schindler à Brnenec

Jaroslav Novak est aussi le président de la fondation de la Shoah et de l’Oskar Schindler Memorial Endowment Memorial Foundation qui veut la transformer en musée.

Mais le projet rencontre une vive opposition parce que beaucoup d’habitants du petit village de Brněnec en République Tchèque considèrent Schindler – immortalisé dans le film de Spielberg de 1993 – comme un escroc synonyme de jeu d’argent, coureur de jupons et gros buveur.

Pas découragé, M. Novak, 49 ans, cherche à obtenir des financements auprès de l’Union Européenne ainsi que d’organisations juives internationales pour lancer le projet avant que le site disparaisse.

C’est le seul camp de concentration nazi en République Tchèque dont le bâti d’origine a subsisté, » dit-il.

« On ne peut pas permettre qu’il disparaisse et avec lui toute l’histoire de Schindler.

‘Je combats pour ça depuis 20 ans. Mais ça n’intéresse tout simplement pas les gens.’

Un gros obstacle est le coût – avec un coût de conversion estimé à 5,7 millions d’euros.

Et même si M. Novak, qui est originaire de la ville voisine de Svitavy où Shindler est né, est sur le point de persuader le ministère tchèque de la culture de classer l’usine, le principal obstacle auquel il est confronté est celui d’obtenir l’adhésion de certains habitants de la région.

Schindler est mort en 1974 et est honoré avec son épouse Emilie au Musée de l’Holocauste de Yad Vashem.

Schindler next to the tree planted in his honor in the Avenue of the Righteous

Oskkar Schindler devant l’arbre planté en son honneur dans l’allée des Justes à Yad Vashem

Mais les habitants de la région parlent encore de lui comme d’un ‘gauner’, un terme allemand qui signifie escroc à cause de qu’ils appellent son goût pour l’alcool et les femmes et ses dettes de jeu.

L’opposition est si forte dans la région, l’actuel propriétaire refuse de permettre que la maison natale de Schindler soit ornée d’une plaque et un mémorial dans un parc de l’autre côté de la rue a été vandalisé avec un swastika quelques jours après son inauguration en 1994.

Jitka Gruntova, une ancienne députée communiste, a écrit un livre extrêmement critique sur Schindler qu’elle qualifie de’ traître’ et de ‘criminel de guerre’.

Elle soutient aussi que sa réputation est basée sur une ‘légende fabriquée’ et ajoute : ‘Je n’ai trouvé aucune preuve que Schindler a sauvé des prisonniers.

‘Je suis arrivée à la conclusion qu’il s’était simplement sauvé lui-même – principalement en écrivant après-guerre un synopsis de ses prétendues activités.

‘Je ne nie pas que certains témoignages plaident en sa faveur mais ils sont, puis-je dire, faits par des personnes qui appartenaient à son cercle rapproché,’ selon The Guardian.

Elle n’est pas non plus la seule à critiquer l’industriel.

Dans le petit musée de sa ville natale, où le souvenir de Schindler est marqué par une petite exposition qui occupe une seule pièce, l’historien résident Radoslav Fikejz impute l’opposition au communisme dans la Tchécoslovaquie du lendemain de la guerre.

‘C’est un très gros problème parce que nous avons encore 40 ans de communisme dans nos mentalités,’ a-t-il déclaré à The guardian.

« le problème est aussi que Schindler était un Allemand des Sudètes et les gens ont peur d’une question qui est – que se passera-t-il quand les Allemands reviendront?

‘Mais c’est irréaliste.

‘Oui, Schindler était un Nazi, un criminel de guerre et un espion

‘Mais j’ai rencontré 150 Juifs qui étaient sur sa liste et se trouvaient au camp de Brněnec et ils disent que ce qui importe, c’est qu’ils sont en vie.’

Le site dans son état de délabrement est bien loin de ce qu’il était à l’époque où Schindler y amenait les ouvriers juifs de ses usines à Cracovie en Pologne, fin 1944.

Ils étaient transférés au motif illusoire que c’étaient des techniciens hautement qualifiés qui allaient fabriquer des obus pour l’effort de guerre allemand.

Mais en fait, la migration organisée par Schindler avait pour but de les empêcher d’être massacrés dans l’holocauste.

Après une longue bataille juridique, la fondation du mémorial est maintenant détentrice du site qui produisait des marchandises pour Skoda et Ikea avant de fermer en 2009.

Tomas Kraus, directeur de la fédération des communautés juives en République Tchèque appuie l’initiative de M. Novak pour créer un musée.

‘C’est une histoire très complexe,’ a-t-il dit à The Guardian.

‘Schindler avait été un malfaisant avant de devenir un sauveur et un héros. Mais il n’était pas le seul dans ce cas.

‘Il y en a eu beaucoup d’autres comme lui – il était seulement le plus célèbre.’

Mur de Berlin, mur de la honte?

12 novembre 2014

Un article qui apporte un éclairage pour moi inédit sur les circonstances qui ont abouti à la construction du fameux « mur de la honte » à Berlin. Ce mur séparait des gens qui ne différaient que sur le plan du régime politique sous lequel ils vivaient, à l’exclusion de considérations ethniques ou religieuses. Par ailleurs, il n’empiétait sur le territoire de personne et n’interdisait pas complètement l’établissement de citoyens d’un côté ou de l’autre de la frontière. L’autre mur de la honte érigé en Palestine occupée empiète sur le territoire reconnu comme devant revenir à un futur Etat palestinien, sépare des gens qui sont concrètement administrés par le même Etat, administration civile d’un côté du mur, militaire de l’autre. Une partie de la population de la partie occupante est par ailleurs autorisée à s’établir dans le territoire de la population occupée et dispose de ses propres routes et a un statut différent de la population occupée.

A côté, le mur de Berlin c’était le mur du respect.

A l'est, il faut compter avec la proximité de l'Alaska (USA) et du Japon

A l’est, il faut compter avec la proximité de l’Alaska (USA) et du Japon

Quand on lit cet article et qu’on voit ce qui se passe aujourd’hui avec l’encerclement de la Russie, qui n’est plus communiste, par les puissances de l’OTAN, on se dit qu’il y a là matière à réflexion. Une réflexion que le président russe Vladimir Poutine a té obligé de faire à la lumière des événements en Ukraine, lui qui vient de dire ne pas voir ce qu’il y avait de mal dans le pacte Molotov-Ribbentrop conclu en 1938  entre l’Union Soviétique et l’Allemagne nazie.

Sinon, comment expliquer que le même Vladimir Poutine avait condamné, de manière nuancée certes, ce pacte en 2009? 

Le Mur de Berlin, un autre mythe de la Guerre Froide

par William Blum, Counter Punch (USA) 22 octobre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 9 novembre marquera le 25ème anniversaire de la démolition du Mur de Berlin. Le battage extravagant a débuté il y a plusieurs mois à Berlin. Aux Etats Unis, on peut s’attendre à voir débités tous les clichés sur le Monde Libre contre la tyrannie communiste avec la répétition de l’histoire toute simple sur la construction du mur : en 1961, les communistes de Berlin Est avaient édifié un mur pour empêcher leurs citoyens opprimés de fuir vers Berlin Ouest et la liberté. Pourquoi ? Parce que les cocos n’aiment pas que les gens soient libres, apprennent la « vérité ». Quelle autre raison sinon ?

Tout d’abord, il faut rappeler qu’avant la construction du mur en 1961, des milliers d’Allemands de l’est faisaient la navette quotidiennement pour aller travailler à l’ouest et rentraient à l’est dans la soirée ; beaucoup d’autres allaient et venaient pour faire des emplettes ou pour d’autres raisons. Ils n’étaient donc évidemment pas retenus contre leur gré à l’est. Alors pourquoi le mur a-t-il été construit ? Il y avait deux grandes raisons :

1) L’Occident affaiblissait l’Est avec une vigoureuse campagne de recrutement en Allemagne de l’Est de professionnels et d’ouvriers qualifiés qui avaient été formés aux frais du gouvernement communiste. Ce qu a fini par aboutir à une grave crise de l’emploi et de la production dans l’Est. Comme indication de cela, le New York Times rapportait en 1963: «Berlin-Ouest a souffert économiquement du mur par la perte d’environ 60 000 ouvriers qualifiés qui faisaient tous les jours l’aller-retour entre leur domicile à Berlin-Est et leur lieu de travail à Berlin-Ouest. »

Il est à noter qu’en 1999, USA Today rapportait que: «Lorsque le mur de Berlin s’est écroulé [1989], les Allemands de l’Est imaginaient une vie de liberté où les biens de consommation étaient abondants et où les difficultés s’estomperaient Il est remarquable que dix ans plus tard, un 51% des Allemands de l’est disent avoir été plus heureux avec le communisme. » Des sondages antérieurs auraient probablement montré plus que 51% exprimant un tel sentiment étant donné qu’en dix ans beaucoup de ceux qui se souvenaient vie en Allemagne de l’Est avec une certaine tendresse étaient décédés; pourtant, encore 10 ans plus tard, en 2009, le Washington Post pourrait écrire: «[les Occidentaux à Berlin] disent qu’ils en ont assez de la tendance de leurs compatriotes de l’Est de ressasser avec nostalgie l’époque communiste. »

C’est dans la période post-unification qu’un nouveau proverbe russe et européen de l’Est est né: «Tout ce que les communistes disaient sur le communisme était un mensonge, mais tout ce qu’ils disaient à propos du capitalisme s’est trouvé être vrai. »

Il convient de noter en outre que la division de l’Allemagne en deux Etats en 1949 – ouvrant la voie aux 40 ans d’hostilité de la guerre froide – était une décision américaine, pas soviétique.

2) Dans les années 1950, les combattants américains de la guerre froide en Allemagne de l’Ouest avaient lancé une campagne brutale de sabotage brut et de subversion contre l’Allemagne orientale dans le but de dérégler machine économique et administrative de ce pays. La CIA et d’autres services de renseignements américains dont ceux de l’armée recrutaient, équipaient, entraînaient et finançaient des individus et des groupes d’activistes allemands de l’Ouest et de l’Est, pour mener des actions dont l’éventail allait de la délinquance juvénile au terrorisme; tout pour rendre la vie difficile à la population de l’ Allemagne de l’Est et affaiblir leur soutien au gouvernement; tout ce qui pouvait donner une mauvaise image des cocos.

Ce fut une entreprise remarquable. Les Etats-Unis et leurs agents recouraient aux explosifs, aux incendie criminels, aux courts-circuits, et à d’autres méthodes pour endommager les centrales électriques, les chantiers navals, les canaux, les quais, les bâtiments publics, les stations d’essence, les transports publics, les ponts, etc; ils faisaient dérailler des trains de marchandises, blessant grièvement des travailleurs; faire brûler 12 wagons d’un train de marchandises et détruire les tuyaux d’air comprimé des autres; utiliser acides pour endommager des machines vitales dans l’industrie; mettre du sable dans la turbine d’une usine pour la mettre à l’arrêt; mettre le feu à une usine de production de tuiles; promouvoir le ralentissement de l’activité dans les usines; tuer 7.000 vaches d’une laiterie coopérative par empoisonnement; ajouter du savon au lait en poudre destiné aux écoles d’Allemagne orientale; des personnes étaient en possession, lors de leur arrestation, d’une grande quantité de cantharidine, une substance toxique avec laquelle il était prévu de fabriquer des cigarettes empoisonnés pour tuer des leaders est-allemands; placer des boules puantes pour perturber des réunions politiques;essayer de perturber le Festival mondial de la jeunesse à Berlin-Est en envoyant de fausses invitations, de fausses promesses de gîte et de couvert, de faux avis d’annulation, etc .; mener des attaques contre les participants avec des explosifs, des bombes incendiaires et de matériel pour crever les pneus; imprimer et distribuer de grandes quantités de fausses cartes de rationnement alimentaire pour causer de la confusion, des pénuries et du ressentiment; envoyer de faux avis d’imposition de faux et d’autres faux documents et directives du gouvernement pour favoriser la désorganisation et l’inefficacité dans l’industrie et les syndicats … tout cela et bien plus encore.

Le Woodrow Wilson International Center for Scholars, de Washington, DC, un centre conservateur de combattants de la guerre froide, observe dans un de ses documents de travail pour une histoire internationale de la guerre froide (#58, p.9) : « La frontière ouverte à Berlin exposait la RDA [Allemagne de l’Est] à un espionnage massif et à la subversion et, comme le montrent deux documents en annexe, sa fermeture a apporté une plus grande sécurité à l’Etat communiste. »

Tout au long des années 1950, les Allemands de l’Est et l’Union soviétique ont à plusieurs reprises déposé des plaintes avec les anciens alliés des Soviétiques auprès des Occidentaux et des Nations Unies au sujet précisément de ces activités de sabotage et d’espionnage et avaient appelé à la fermeture des bureaux [d’ONG] en Allemagne de l’Ouest qui revendiquaient les actions, et pour lesquelles ils avaient fourni noms et adresses. Leurs plaintes restaient lettre morte. Inévitablement, les Allemands de l’Est ont commencé à freiner les entrées dans le pays en provenance de l’Ouest, conduisant finalement au mur tristement célèbre. Cependant, même après la construction du mur, l’émigration légale de l’est vers l’ouest restait courante quoique limitée. En 1984, par exemple, l’Allemagne de l’Est avait permis à 40.000 personnes de quitter le pays. En 1985, les journaux est-allemands affirmaient que plus de 20 000 anciens citoyens qui s’étaient installés à l’Ouest voulaient rentrer chez eux après avoir perdu leurs illusions sur le système capitaliste. Le gouvernement ouest-allemand avait signalé que 14 300 Allemands de l’Est étaient rentrés au cours des 10 années précédentes.

N’oublions pas non plus que tandis que l’Allemagne de l’Est était complètement dénazifiée, plus de dix ans après la guerre, de nombreux anciens nazis occupaient à l’ouest des postes de très haut rang dans les branches exécutives, législatives et judiciaires du pouvoir

On doit enfin se souvenir que l’Europe orientale était devenue communiste parce que Hitler, avec l’approbation de l’Occident, s’en était servi comme boulevard pour atteindre l’Union Soviétique et balayer le bolchevisme pour toujours, et que les Russes ont perdu environ 40 millions de personnes parce que l’Occident a utilisé ce boulevard pour attaquer la Russie. On ne devrait donc pas être surpris si, après la seconde guerre mondiale, l’Union Soviétique était déterminée à fermer ce boulevard.

Pour une vision complémentaire et très intéressante de l’anniversaire du Mur de Berlin, consultez l’article « Humpty Dumpty and the Fall of Berlin’s Wall » de Victor Grossman. Grossman (né Steve Wechsler) avait déserté de l’armée américaine en Allemagne sous la pression des menaces de l’ère McCarthy et était devenu journaliste et écrivain pendant ses années vécues en République Démocratique Allemande (Allemagne de l’Est). Il réside toujours à Berlin d’où il publie à un rythme irrégulier sa lettre électronique, le « Berlin Bulletin » sur la situation en Allemagne. Vous pouvez y souscrire à wechsler_grossman@yahoo.de. Son autobiographie : « Crossing the River : a Memoir of the American Left, the Cold War and Life in East Germany » a été publié par l’University of Massachusetts Press. Il affirme être la seumle personne au monde à être diplômée à la fois de Harvard et de l’université Karl Marx à Leipzig.

William Blum

William Blum

William Blum est l’auteur de Killing Hope: U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, Rogue State: a guide to the World’s Only Super Power . Son dernier livre est: America’s Deadliest Export: Democracy.

Des Juifs antisionistes reçus à la chancellerie allemande!

3 février 2014

Les choses bougent tout doucement, trop sans doute, mais elles bougent.

On apprend ainsi qu’un cadre de la chancellerie allemande a récemment rencontré des militants antisionistes de l’organisation juive ulltra-orthodoxe Naturei Karta, la même organisation qui s’était associée à l’humoriste Dieudonné, à Yahia Gouasmi et Alain Soral dans la liste antisioniste.

A mon avis, les Allemands qui connaissent la réalité de la position sioniste à l’époque de l’arrivée au pouvoir de Hitler sont plus nombreux que d’aucuns le pensent.

Un officiel du bureau de Merkel rencontre des Juifs antisionistes

La secte ultra-orthodoxes antisionistes tient une réunion avec un officiel allemand dans le cadre d’une possible tentative pour saper la connexion entre Israël, le judaïsme et l’Allemagne

par Eldad Beck, Yediot Aharonot (Sionistan) 3 février 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un cadre de haut niveau du bureau de la chancelière allemande Angela Merkel a rencontré des représentants de l’organisation ultra-orthodoxe antisioniste Naturei Karta lors de la journée internationale de commémoration de l’holocauste la semaine dernière.

Cet officiel a rencontré quatre membres de l’organisation à Berlin où ils protestaient contre l’existence de l’Etat d’Israël et l’exploitation de l’holocauste par les sionistes pour des raisons politiques.

Le Yediot a révélé que l’officiel est un chef de département au bureau de la chancelière et que, contre tous les usages, les a rencontrés ouvertement. Les membres de Naturei Karta ont confirmé que le but de cette rencontre était de clarifier aux yeux des Allemands que le sionisme ne représente pas le judaïsme.

La délégation de Naturei Karta comprenait deux survivants de l’holocauste, Moshe Dov et Chezkel Klein, ainsi que son porte parole, le rabbin Yisroel Dovid Weiss qui a affirmé pendant la rencontre que « l’holocauste était une punition divine pour les Juifs parce que les sionistes ne voulaient pas suivre le chemin de Dieu et voulaient devenir indépendants. » [une lecture classique du judaïsme veut que l’exil soit une punition divine infligée aux Juif] 

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Weiss a affirmé à l’officiel de la chancellerie qu’environ 10 % des Juifs appartiennent au mouvement antisioniste.

Ces dernières années, des officiels du bureau de Mme Merkel ont oeuvré à miner la relation spéciale entre Israël et l’Allemagne afin de dégager l’Allemagne de sa responsabilité historique pour l’holocauste.

La rencontre, rapportée par le journal de gauche Neues Deutschland, n’avait pas de caractère secret.

Par le passé, Naturei Karta a assisté en Iran à des manifestations qui niaient l’holocauste, parrainées par l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad.

A moi l’argent de la shoah! (suite)

21 avril 2013

On le sait, l’Allemagne n’en finit pas de payer pour indemniser les victimes et les familles de victimes [juives] des agissements du régime nazi.

Ce qui n’empêche pas de nombreuses personnes considérées comme des rescapées de l’holocauste de vivre dans le dénuement le plus total, notamment dans l’entité sioniste.

On pourrait supposer que c’est parce que le gouvernement allemand ne donne pas assez d’argent mais ce n’est en fait pas le cas.

Ce qui se passe, c’est que cet argent est en grande partie détourné soit pour des causes qui n’ont rien à voir avec l’histoire des victimes du nazisme, soit par des individus pour lesquels il n’y a pas de petits profits.

C’est ce qui s’est passé avec la Claims Conference, un organisme chargé d’instruire les demandes d’indemnisation et de pensions des bénéficiaires nécessairement juifs] potentiels de fonds versés par le trésor public allemand  et de payer justement indemnités et pensions.

On en avait déjà parlé sur ce blog, la Claims Conference a été le lieu d’une importante fraude qui a permis à des centaines de personnes d’encaisser une somme avoisinant peut-être les 7 millions de dollars.

J’écrivais dans mon post de 2010 sur cette Claims Conference

A mon avis, l’enquête débouchera sur quelques surprises compte tenu de la moralité douteuse de bon nombre de ceux qui encadrent la dite Claims Conference.

Je ne me trompais apparemment pas  puisque le procès actuellement en cours pour cette escroquerie chiffre le montant de l’argent détourné à 57 millions de dollars !

Une somme qui pourrait se révéler plus importante encore.

Le scandale est bien sûr énorme car c’est en quelque sorte un argent «sacré» que cet argent destiné aux victimes [juives] du nazisme .

Pourtant, dans un procès en cours pour cette affaire, le ministère public cherche à empêcher les jurés d’entendre  des témoignages démontrant l’existence d’autres fraudes que l’accusation cherche à tenir à l’écart du procès.

Les avocats des escrocs comme certains rescapés des persécutions nazies qui étaient depuis longtemps critiques à l’égard de la Claims Conference  aimeraient pourtant bien entendre ces témoignages:

 «Il est vraiment malheureux de voir le procureur des Etats Unis essayer d’empêcher la mise au jour de preuves de malversations à l’intérieur de la Claims Conference,» a déclaré Leo Rechter, président de la National Association of Jewish  Holocaust Survivors.  Les leaders authentiques des organisations de survivants ont cherché pendant des années à amener les autorités judicaires et les élus à enquêter sur le manque de transparence et  l’absence d’obligation de rendre compte dans la Claims Conference.

La fraude présumée que doit juger le tribunal a choqué les survivants de l’holocauste, particulièrement ceux de la communauté juive russophone quand elle a été révélée la première fois en 2010. On pense que l’escroquerie a impliqué des milliers de réclamations frauduleuses déposées pendant 16 ans auprès de la Claims Conference. 

Depuis la découverte de la fraude, la Claims Conference et les enquêteurs du FBI ont identifié environ 5 000 demandes frauduleuses qui ont touché des fonds de la Claims Conference. Ils pensent que 12 millions de dollars ont été indûment soutirés au Hardship Fund qui fait un versement unique de 3 500 dollars aux personnes [juives] qui avaient été forcées à évacuer pendant la seconde guerre mondiale. Les procureurs pensent que 45 millions de dollars supplémentaires ont été soutirés frauduleusement  au Fond Article 2 qui verse une pension mensuelle de 4 00 dollars aux survivants dans le besoin qui ont vécu en se cachant ou sous une fausse identité pendant au moins 18 mois pendant la guerre.

31 personnes ont été officiellement impliquées dans cette escroquerie au long cours. 28 d’entre elles ont plaidé coupable et certaines ont déjà été condamnées.

Le procès en cours concerne trois accusés, dont l’un d’entre eux, Semen Domnitser, ancien directeur du Fond Article 2, serait la tête du réseau d’escrocs.

Plusieurs des accusés ont entre 70 et 83 ans… 

 

Le sionisme et le régime nazi: un texte important de Klaus Polkehn enfin disponible en français

27 janvier 2013

J’ignore pourquoi les articles de Klaus Polkehn sur le sionisme n’ont jamais été traduits intégralement en français.

Cette lacune est maintenant en partie réparée puisque, après l’article sur les relations entre le mouvement sioniste et l’impérialisme, notamment allemand, dont je vous ai déjà livré la traduction, je vous propose un autre article qui tombe à point nommé en ce jour où les sionistes redoublent de condamnations morales, en attendant parfois des mesures plus pratiques, contre ceux qui selon eux ne prendraient pas assez au sérieux ce qu’ils appellent «holocauste» ou « shoah.»

Ne pas prendre au sérieux cet «holocauste,» c’est par exemple contester le chiffre officiel de 6 millions de Juifs tués pendant la deuxième guerre mondiale ou nier l’existence des chambres à gaz.

Mais c’est aussi situer le malheur des Juifs à l’époque dans une histoire commune des malheurs qui ont accablé et continuent à accabler l’humanité. C’et précisément l’erreur commise par le député Anglais David Ward qui provoque un tollé chez les sionistes parce que, adepte convaincu de la religion de l’holocauste, il pense être autorisé, au nom de principes universels, à critiquer les Juifs qui spolient et martyrisent le peuple palestinien. Les Juifs en question sont bien entendu les sionistes et personne d’autre.

Mais il est interdit de critiquer l’entité sioniste parce que c’est le plus souvent une expression voilée d’antisémitisme et que comparer peu ou prou ses agissements à ceux du nazisme relève du sacrilège.

Pourtant, s’il est des gens qui devraient faire profil bas quand on parle du nazisme, ce sont bel et bien les sionistes ainsi qu’on peut le constater en lisant le texte qui suit de Klaus Polkehn. Ce dernier présente de manière détaillée la somme des relations connues entre la clique sioniste et le régime nazi dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, une clique sioniste qui aurait dû être jugée à Nuremberg avec le reste de la bande.

Et contrairement aux apparences, la politique prosioniste des puissances européennes, de l’Allemagne tout particulièrement, loin de s’inscrire en rupture avec celle du fascisme hitlérien, se situe en fait dans une étonnante continuité. Une continuité dont la perception est cependant rendue très difficile par tout le brouillard émotionnel entretenu sur la première moitié du 20ème siècle et une guerre qu’on a voulue inanalysable par l’opinion publique.

Angela Merkel et Benjamin Netanyahou

Angela Merkel et Benjamin Netanyahou

L’article sur lequel j’ai basé ma traduction est en anglais (l’article original de Klaus Polkehn est écrit en allemand). Je n’ai pas reproduit l’important appareil de notes de l’auteur qui renvoie aux documents sur lesquels il s’est appuyé. Vous trouverez toutes ces références dans l’article en anglais disponible en format pdf  (lien ci-dessous)

TheSecretContacts-ZionismAndNaziGermany1933-1941–journal-of-palestine-studies–polkehn-klaus-vol-5-no-3-4-1976-pp-54-82_text (1).

Les contacts secrets : le sionisme et l’Allemagne nazie, 1933 – 1941

Par Klaus Polkehn, Journal of Palestine Studies – 1976 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’antisémitisme devint une politique officielle du gouvernement allemand quand Hitler fut nommé chancelier du Reich allemand le 30 janvier 1933.  Le printemps 1933 avait aussi vu  le commencement d’une période de discrète coopération entre le sionisme et le régime fasciste allemand afin d’accroître le flux de capitaux et d’émigrants Juifs vers la Palestine. Les autorités sionistes avaient longtemps réussi à maintenir  cette coopération secrète, et ce n’est que vers le début des années 1960 que des critiques se sont exprimées ici ou là. La réaction sioniste a généralement consisté en des déclarations selon lesquelles leurs brefs contacts avec l’Allemagne nazie avaient été entrepris à seule fin de sauver des vies juives. Mais ces contacts étaient d’autant plus remarquables qu’ils avaient eu lieu à une époque où de nombreux juifs et organisations juives exigeaient un boycott de l’Allemagne nazie.

A l’occasion de la 16ème convention du Parti Communiste Israélien, un document proposé au début de la conférence affirmait  que «après la prise de pouvoir par Hitler en Allemagne, alors que toutes les forces antifascistes dans le monde ainsi que la grande majorité des organisations juives avaient proclamé un boycott contre l’Allemagne nazie, des contacts et une collaboration existaient entre les dirigeants sionistes et le gouvernement hitlérien.»  Le document citait les propos tenus par le dirigeant sioniste Eliezer Livneh (qui était le rédacteur en chef de l’organe de la Haganah pendant la deuxième guerre mondiale) lors d’un symposium organisé par le journal israélien Maariv en 1966, qui expliquait «que pour les dirigeants sionistes, secourir les juifs n’était pas un but en soi, mais seulement un moyen» (c’est-à-dire pour établir un Etat juif en Palestine). S’interroger sur la réaction du mouvement sioniste face au fascisme allemand qui, pendant ses douze années au pouvoir, a assassiné des millions de juifs relève du tabou aux yeux des leaders sionistes. Ce n’est que rarement qu’on peut tomber sur des preuves authentiques ou des documents au sujet de ces questions. Cette enquête rassemble des informations recueillies jusqu’à tout récemment sur certains aspects importants de la coopération entre les fascistes et les sionistes. La nature des choses veut que cette enquête ne présente pas une image complète. Cela ne sera possible que quand les archives (surtout celles qui sont en Israël) dans lesquelles les documents concernant ces évènements sont enfermés à double tour seront accessibles aux chercheurs universitaires.

L’avènement d’Hitler 

Pour les dirigeants sionistes, l’arrivée d’Hitler au pouvoir était grosse de la possibilité d’un afflux d’immigrants en Palestine. Auparavant, la majorité des juifs allemands, qui se considéraient eux-mêmes comme allemands, n’avaient guère de sympathie pour l’entreprise sioniste. Les statistiques allemandes, compilées avant la prise du pouvoir par les fascistes, classait la minorité juive uniquement en tant que «confession religieuse» et ce sont les législateurs fascistes qui introduiront la notion de «race» en tant que caractéristique et incluront de la sorte même les descendants assimilés issus de la communauté juive dans la catégorie [raciale, NdT] juive.

Selon les statistiques, 503 000 juifs vivaient en Allemagne en 1933, constituant ainsi 0.76 % de la population totale. 31 % de tous les juifs allemands résidaient dans la capitale Berlin où ils représentaient 4,3 % de la population de la ville. Les statistiques allemandes indiquent aussi que la proportion de juifs dans la population de l’Allemagne avait diminué entre 1871 et 1933, passant de 1,05 % à 0.76 %.

Ces juifs allemands étaient dans leur écrasante majorité non sionistes ou antisionistes et, avant 1937, l’Union Sioniste pour l’Allemagne (Zionistische Vereinigung für Deutschland, ZVFD) avait beaucoup de mal à se faire entendre.

Parmi les juifs recensés en Allemagne en 1925, il n’y en avait par exemple que 8739 (pas même 2 %) susceptibles de voter dans les conventions sionistes (c’est-à-dire en qualité d’adhérents d’organisations sionistes). Aux élections régionales de la communauté juive tenues en Prusse en février 1925, seulement 26 des 124 personnes élues appartenaient à des organisations sionistes. Un rapport  de Keren Hayesod présenté à la 24ème session de la ZVFD en juillet 1932 constatait : «dans le processus d’évaluation du travail de Keren Hayesod en Allemagne, on ne doit pas oublier qu’n Allemagne, nous devons tenir compte non seulement de l’indifférence de larges cercles juifs mais aussi de leur hostilité.»

Par conséquent, à l’époque de l’avènement au pouvoir d’Hitler, les sionistes étaient pour l’essentiel une petite minorité insignifiante et peu influente et d’étaient les organisations non sionistes qui jouaient un rôle dominant parmi les juifs.  A leur tête se trouvait la Centralverein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens (CVn ou Union Centrale des Citoyens Allemands de Confession Juive), fondée en 1893 qui, ainsi que son nom le laisse entendre, considérait les juifs allemands comme des allemands et considérait que son premier devoir était de combattre l’antisémitisme.

En accord avec cette position fondamentale, la CVn avait aussi nettement affirmé son rejet du sionisme. C’est ainsi qu’une résolution adoptée par la principale instance de la CVn le 10 avril 1921 se concluait par ces mots : « si le travail de colonisation en Palestine n’était qu’une affaire d’aide et d’assistance, alors, du point de vue de la Centralverein, il n’y aurait rien à redire à la promotion de ce travail. Cependant, la colonisation en Palestine est d’abord l’objet d’une politique nationale juive et sa promotion et son soutien doivent donc être rejetés.» En conséquence, c’était la CVn qui, pendant les années précédant l’arrivée d’Hitler au pouvoir, se tenait à l’avant-garde des partis et organisations progressistes dans leur lutte contre l’antisémitisme. Au sujet de cette attitude, l’écrivain juif Werner E. Mosse remarquait : «Alors que les dirigeants de la CV considéraient comme de leur devoir de représenter les intérêts des juifs allemands dans l’action et le combat politiques, le sionisme prenait position pour … une non participation des juifs à la vie publique allemande. Il rejetait par principe toute participation à la lutte menée par la CVn.»

L’attitude des sionistes à l’égard de la menace d’une domination fasciste totale en Allemagne était déterminée par certains présupposés idéologiques communs : les fascistes tout comme les sionistes croyaient aux pseudo théories raciales, et les uns comme les autres partageaient la croyance dans des généralisations mystiques comme le caractère national» (volkstum) et la «race,» les uns et les autres étaient chauvins et penchaient pours «l’exclusivisme racial.» C’est ainsi que l’officiel sioniste Gerhart Holdheim écrivait en 1930 dans une livraison du Süddeutsche Monatshefte consacrée à la question juive (une publication dans laquelle, entre autres, des antisémites notoires faisaient connaître leurs opinions) : « Le programme sioniste conçoit la communauté juive comme étant homogène et indivisible, sur une base nationale. Le critère qui définit la communauté juive n’est pas al confession ou la religion, mais un sentiment global d’appartenance à une communauté raciale que réunissent des liens de sang et historiques et qui est déterminée à préserver son individualité nationale.» C’état le même langage, la même phraséologie que celle utilisée par les fascistes. Il va de soi que les fascistes allemands voyaient d’un bon œil les conceptions sionistes, tel Alfred Rosenberg, le principal idéologue du parti nazi qui écrivait :

«le sionisme doit être soutenu vigoureusement de sorte à ce qu’un certain nombre de juifs allemands partent chaque année en Palestine ou que, du moins, on leur fasse quitter le pays.» Considérant une déclaration de ce genre, Hans Lamm écrira plus tard : «…il est incontestable que dans les premières étapes de leur politique juive, les nationaux socialistes pensaient qu’il convenait d’adopter une attitude pro sioniste.»

De manière très perspicace, la CVn avait remarqué que la reconnaissance par les sionistes de «certains postulats des nationalistes allemands » avait donné des munitions aux antisémites et, dans une déclaration de politique générale émise par la CVn il était même question du sionisme comme ayant mis au mouvement [juif] un «coup de poignard dans le dos» dans la lutte contre le fascisme.

Mais les sionistes pensaient que seul Hitler pouvait pousser les juifs allemands antisionistes dans le bras du sionisme. Robert Welsch, qui était alors rédacteur en chef du journal sioniste allemand Jüdische Rundschau déclarait le 8 janvier 1933 (trois semaines après l’arrivée d’Hitler au pouvoir) lors d’ une réunion du comité local de la ZVFD : «Le caractère antilibéral du nationalisme allemand [i.e. les tendances réactionnaires de la bourgeoisie allemande – K.P.] s’accordaient avec la position antilibérale du sionisme et nous nous trouvons maintenant devant une chance de trouver, non une base pour une compréhension [mutuelle, NdT] mais pour la discussion.»

L’appel à Hitler le 30 janvier pour prendre la tête du gouvernement fut suivi par une mainmise sur toutes les positions d’autorité par le parti national Socialiste, ce qui signifiait que des antisémites déclarés étaient désormais au pouvoir. Les juifs allemands regardaient ces évènements avec appréhension parce que dans le programme du parti nazi figuraient le retrait de la citoyenneté aux juifs (Point 5) la révocation des Juifs exerçant dans la fonction publique (Point 6) ainsi que l’expulsion de tous les Juifs qui avaient immigré en Allemagne après le 2 août 1914 (Point 8).

Seuls les sionistes voyaient des avantages à cette tournure des évènements (L’historien britannique Christopher Sykes, qui n’était certes pas antisioniste, est de l’opinion «que les dirigeants sionistes étaient déterminés dès le tout début du désastre nazi à retirer un avantage politique de la tragédie.»

La première expression publique de cela fut l’œuvre du Dr Joachim Prinz, un rabbin berlinois qui était un sioniste convaincu et qui immédiatement après le 30 janvier 1933 décrivit la prise de pouvoir par Hitler comme étant le «début du retour des juifs à leur judaïsme.»

Evoquant le terrorisme fasciste contre les juifs allemands, Prinz écrivait : « Nous n’avons plus nulle part où nous cacher. Au lieu de l’assimilation, nous souhaitons la reconnaissance de la nation juive et de la race juive.» Ce point de vue n’était pas du tout celui d’un individu isolé. On pouvait lire le 13 juin 1933 dans l’organe officiel de la ZVFD, le Jüdische Rundschau:

Le sionisme reconnaît l’existence d’une question juive et veut la résoudre d’une manière généreuse et constructive. A cette fin, il veut s’attirer le soutien de tous les peuples ; ceux qui ont de la sympathie pour les juifs tout comme ceux qui leur sont hostiles, dans la mesure où, du point de vue sioniste, ce n’est pas une question sentimentale mais un véritable problème à traiter à la solution duquel tous les peuples sont intéressés.

En recourant à cette argumentation, le sionisme adoptait la même ligne politique que les fascistes.

Le 21 juin 1933, les sionistes firent une déclaration officielle sur leur politique à l’égard de la prise de pouvoir par les fascistes : «La déclaration de l’Union Sioniste pour l’Allemagne en Référence à la Position des Juifs dans la Nouvelle Allemagne.»  Dans une partie de ce long document, il était souligné que «Notre avis est qu’un des principes du nouvel état allemand d’exaltation nationale rendrait possible une solution satisfaisante.» Dans son document, la ZVFD, jetait un regard sur l’histoire de la situation des juifs en Allemagne, en se servant d’un vocabulaire fasciste comme les «liens du sang et de la race» et, exactement comme Hitler, postulait une «âme spécifique» pour les juifs. Les sionistes affirmaient ainsi : «Pour le juif aussi, l’origine, la religion, la destinée commune et la conscience de soi doivent avoir une signification décisive dans sa façon de vivre. Ce qui nécessite de surmonter l’individualisme égoïste qui s’est répandu à l’époque libérale, et devrait être réalisé à travers l’acquisition d’un sentiment commun d’unité et en assumant avec joie notre responsabilité.»

Après cette admission et cette reprise des thèses fascistes, suivait une reconnaissance ouverte de l’Etat fasciste : «Sur le sol du nouvel Etat [i.e. l’Allemagne fasciste], qui a établi le principe de la race, nous volons organiser l’ensemble de la structure de notre communauté de la même manière, de sorte que, pour nous aussi, l’aboutissement de la revendication de notre patrie puisse aboutir dans la sphère qui nous est allouée.» En conclusion, les sionistes condamnaient la lutte contre le régime hitlérien  menée par les forces antifascistes  qui avaient appelé au printemps 1933 au boycott économique de l’Allemagne nazie. « La propagande pour le boycott qu’ils sont en train de faire contre l’Allemagne est dans sa nature même contraire au sionisme dès lors que le sionisme ne veut pas combattre mais convaincre et construire.»

Pour saisir toute la portée de cette déclaration du ZVFD, il faut ici aussi se souvenir de ce qui l’a précédée. La persécution des juifs avait déjà commencé et avait déjà atteint un premier point culminant avec un grand pogrom qui avait touché toute l’Allemagne le 1er avril 1933.  Dans les premiers jours de mars 1933, les citoyens juifs allemands avaient été maltraités dans des viles allemandes (par exemple des boutiques juives avaient été pillées à Brunswick le 11 mars et, le 13 mars, des avocats juifs avaient été malmenés devant le palais de justice de Breslau [aujourd’hui Wroclaw en Pologne]. Les autorités fascistes avaient promulgué la loi sur la restauration de la fonction publique [le 7 avril 1933] qui aura pour conséquences, entre autres, la révocation de 2000 chercheurs et professeurs juifs des universités. Le 18ème congrès sioniste, qui s’était réuni à l’été 1933n’y voyait pas de problème : quand, pendant las session du congrès sioniste qui se tenait le 24 août 1933, la situation des juifs en Allemagne allait être débattue, le présidium du congrès a fait en sorte d’empêcher la discussion. Il avait aussi réussi à empêcher l’introduction d’une résolution appelant au boycott des marchandises allemandes, et avait à la place insisté fortement sur la nécessité d’organiser l’émigration des juifs allemands. Les protestations contre les évènements en cours en Allemagne avaient été réduites au plus strict minimum.

Les fascistes récompensèrent les sionistes pour leur «retenue » et permirent au ZVFD de poursuivre ses activités sans entraves. (C’était au moment où tous les partis et organisations démocratiques et antifascistes en Allemagne étaient soumis à une répression des plus  rigoureuses et où leurs cadres et  leurs membres étaient en prison ou en camp de concentration) Dans le même temps, les fascistes mettaient toutes sortes d’obstacles sur le chemin des organisations non sionistes. Ces entraves touchaient en tout premier lieu la CVn parce que, avant 1933 déjà, les fascistes voyaient dans la CVn « leurs principaux opposants juifs, » ainsi qu’il est indiqué dans de nombreux exemples tirés de la presse nazie.

La CVn avait toujours accusé les sionistes de monter peu d’intérêt pour la «lutte [contre le fascisme … et qu’ils [les sionistes] suivaient une politique d’indifférence [devant l’emprise du péril fasciste] parce qu’il ne se sentait pas concerné.»

Le 1er mars 1933, les SA, des paramilitaires fascistes, occupaient le siège central de la CVn pour le fermer. Le 5 mars 1933, la CVn était interdite en Thuringe pour cause de  «complot de haute trahison.» Dans le même temps, l’Etat nazi se tournait contre d’autres organisations juives non sionistes, comme la « Ligue du Reich des Anciens Combattants », par exemple, qui représentait une tendance juive nationaliste allemande. L’ «Union Nationale des Juifs Allemands» était également interdite.

Avec ce soutien fasciste, les dirigeants de l’Union Sioniste pour l’Allemagne purent obtenir pour la première fois une position dominante auprès des juifs allemands. A l’automne 1933, la « Association du Reich des Juifs en Allemagne»  fut fondée et de grandes organisations juives, dont le CV et le ZVFD y participèrent. Le chef de cette organisation était le rabbin Leo Baeck dont la personne reflétait l’attitude ambivalente de l’organisation à l’égard du sionisme ; Baeck était à la fois membre de la principale instance du CV, et président du fonds de colonisation juive «Keren Hayesod» en Allemagne.

L’organisation nouvellement créée offrait aux dirigeants sionistes une plateforme plus large pour leurs activités.

L’Association du Reich n’avait pas été, comme on l’a parfois prétendu, créée sur instruction des autorités fascistes.  Ball-Kaduri écrit :

«Il s’est avéré que la création de l’Association du Reich se fit sans aucune interférence de l’Etat ; une fois le processus de structuration achevé, l’organisation a simplement été déclarée au ministère de l’intérieur du Reich. – la Gestapo ne s’y était pas du tout intéressée.» C’est seulement le 4 juillet 1939 que l’ordonnance concernant la création obligatoire d’une Union des Juifs du Reich en Allemagne fut promulguée, amenant à changer le nom de l’organisation qui passa de celui de Députation à celui d’Union. Cette ordonnance rendait obligatoire l’adhésion de tous les Juifs à l’Union du Reich. Le paragraphe 2 de cette ordonnance satisfaisait également un des objectifs du sionisme en affirmant : «L’Union du Reich a pour objectif la promotion de l’émigration de tous les Juifs.»

Le parti nazi, à ses échelons les plus élevés, autorisait des activités politiques de divers types. A cet égard, par exemple, la police politique bavaroise notait le 9 juillet 1935 :

Les organisations sionistes collectent depuis un certain temps de l’argent auprès de leurs adhérents et de leurs sympathisants avec l’intention de promouvoir l’émigration, en achetant de la terre en Palestine, et d’obtenir un soutien pour la colonisation en Palestine. Ces collectes n’ont pas besoin d’obtenir une autorisation administrative parce qu’elles se font dans des cercles juifs fermés. De plus, la police de l’Etat n’a pas d’objections contre l’organisation de ces réunions dès lors qu’elles portent sur ce genre de fonds qui ont pour but de promouvoir la résolution en pratique du problème juif.

Après 1933, les fascistes permirent aux sionistes de continuer avec leur propagande. Tandis que tous les journaux en Allemagne étaient placés directement sous supervision du Ministère de la Propagande (les journaux publiés par les communistes, le parti Social-démocrate ou les syndicats et d’autres organisations progressistes étaient interdits) le Jüdische Rundschau pouvait paraître sans entraves.

1936: réunion berlinoise de la Zionistische Vereinigung Deutschland (organisation sioniste en Allemagne - photo musée Yad Vashem)

1936: réunion berlinoise de la ZVFD, l’organisation sioniste en Allemagne (photo musée Yad Vashem)

Winfried Martini, correspondant  à l’époque de la Deutsche Allgemeine Zeitung à Jérusalem et qui, selon son propre témoignage, avait des «liens personnels étroits avec le sionisme » observa plus tard ce « fait paradoxal » que «de toute la presse, c’était la presse juive i.e. sioniste] qui pendant des années conserva une certaine marge de liberté qui avait été complètement retirée à la presse non juive.»  Il ajoutait que dans le Jüdische Rundschau, on pouvait très souvent trouver des opinions critiques à l’égard des nazis sans pour autant que cela se traduise par l’interdiction du journal.

C’est seulement à partir de fin 1933 que cela conduisit à une interdiction de la vente de ce journal à des non juifs. Les Juifs devaient, c’est ce que souhaitaient les fascistes, être convertis au sionisme même si cela devait se faire avec une argumentation dirigée contre les fascistes. De la sorte, la diffusion de ce journal sioniste qui était auparavant assez faible connut une rapide augmentation.

Que le journal sioniste ait pu se féliciter d’être dans les bonnes grâces des dirigeants fascistes est compréhensible quand on examine la position de cet organe de presse vis-à-vis du boycott des commerces juifs du 1er avril 1933. Ce pogrom organisé contre des citoyens Juifs en Allemagne, qui avait soulevé l’indignation dans le monde entier et provoqué colère et répulsion chez tous les Allemands honnêtes n’avait pas été condamné franchement par le journal qui l’évaluait plutôt comme une confirmation de la justesse de la position sioniste : «l’erreur fatale de nombreux Juifs [de croire] que quelqu’un peut représenter les intérêts juifs  sous une autre casquette [autre que juive en tant que telle, NdT] est écartée, » écrivait le Jüdische Rundschau en parlant du pogrom : «Le 1er avril 1933 peut être un jour de réveil juif et de renaissance juive.»

La liberté d’action des sionistes incluait aussi l’édition de livres à côté de leur journal. Jusqu’en 1938, plusieurs maisons d’édition (dont entre autres,  Jüdische Verlag à Berlin-Charlottensburg et Schochen-Verlag à Berlin) pouvaient publier sans entraves de la littérature sioniste. C’est ainsi que purent être publiés en toute légalité dans l’Allemagne fasciste des textes de Chaim Weizmann, David Ben Gourion et Arthur Ruppin.

Les premiers jours de la domination nazie en Allemagne virent aussi le début d’une collaboration économique entre les fascistes et les sionistes. En mai 1933, la compagnie sioniste de plantation de citronniers en Palestine,  Hanotea», avait déjà sollicité du ministère de l’économie du Reich la permission de transférer du capital d’Allemagne, ouvrant ainsi la voie à l’accord de transfert (Haavara) qui interviendra plus tard.

La compagnie «Hanotea » achetait les marchandises allemandes dont elle avait besoin, les payant avec des comptes bancaires en Allemagne d’émigrants Juifs. Les émigrants quittaient alors l’Allemagne et recevaient l’équivalent en immobilier de ce qui avait été prélevé sur leurs comptes. Comme l’expérience avec Hanotea semblait avoir été une réussite aux yeux des dirigeants sionistes, des négociations furent entreprises à l’été 1933 entre la partie sioniste et le ministère allemand de l’économie, ce qui aboutit à la signature de ce qu’on a appelé l’accord Haavara.

Les négociations de 1933 sur la Haavara sont un des épisodes de l’histoire du sionisme sur lequel un voile a été jeté, vu qu’elles constituaient un exemple de coopération économique au moment où les forces antifascistes essayaient de prendre la tête d’un boycott de l’Allemagne nazie. En évoquant cette démarche de boycott, Nahum Goldmann qui occupait alors une position importante dans le mouvement sioniste, écrira plus tard :

Cependant, beaucoup d’organisations juives refusèrent d’y participer [au boycott], soit parce que beaucoup de firmes juives étaient en fait des représentantes commerciales d’entreprises allemandes, ou parce que certaines organisations juives, celles des Etats Unis plus précisément, avaient adopté la position selon laquelle in était antipatriotique d’organiser un boycott contre un pays avec lequel son propre pays entretient des relations commerciales normales.»

Cet exposé est sans doute valable pour les raisons évoquées prises une à une, mais il occulte néanmoins la vérité, parce que ceux qui ont rompu le boycott ont d’abord été les sionistes eux-mêmes.

Il y a des versions divergentes sur les circonstances qui ont amené à l’accord Haavara. Selon une version, l’initiative des négociations avec les autorités fascistes serait venue des l’Union Sioniste pour l’Allemagne qui avait intéressé au projet Hoofien, le directeur-général de l’Anglo-Palestine Bank en Palestine. Hoffien, est-il rapporté, s’était rendu à Berlin en 1933 et était entré sur place en négociations avec Oberregieunsgrat Hartenstein du ministère de l’économie du Reich. (raison pour laquelle l’accord Haavara est souvent appelé aussi l’accord Hoofien, une appellation qui réduit la responsabilité de l’ensemble de la chose au seul personnage de Hoofien). Dans la mesure où Hoofien était impliqué (une implication sans doute nécessaire du moment où il était question d’accords concrets sur des questions de transferts qui requéraient l’expertise d’un banquier professionnel), on doit considérer qu’une affaire d’une telle importance ne pouvait pas résulter d’une initiative privée et qu’elle n’aurait pu être mise en œuvre sans l’autorisation des institutions sionistes.  On peut de fait apprendre par d’autres publications que les négociations étaient chapeautées à Berlin par celui qui était alors le chef du département politique de l’Agence Juive : Chaim Arlosoroff.  Finalement, l’accord conclu en 1935 sera approuvé officiellement par le Congrès Sioniste Mondial !

Les mots mêmes de Ball-Kaduri sont que l’accord Haavara avait été conclu « sous la forme d’une lettre adressée à Herr Hoofien par le ministère de l’économie du Reich. Les négociations s’étaient déroulées sereinement car les Nazis avaient encore un «penchant sioniste» à l’époque.

En vertu de l’accord signé à Berlin, deux compagnies furent créées : la compagnie Haavara à Tel Aviv et une compagnie sœur baptisée Paltreu à Berlin. La procédure se déroulait de la manière suivante : l’émigrant Juif payait avec son argent (la somme minimale était d’un millier de livres sterling) sur le compte en Allemagne de la Haavara (à la banque Wassermann Bank de Berlin ou à la banque Warburg de Hambourg). Avec cet argent, les importateurs Juifs pouvaient acheter des marchandises allemandes pour les exporter en Palestine tout virant une somme équivalente en livres palestiniennes dans le compte de la Haavara à l’Anglo-Palestine Bank en Palestine. Quand l’émigrant arrivait, il trouvait dans son compte une somme équivalente à celle qu’il avait versée en Allemagne (c’est là que Ball-Kaduri observe : « après avoir déduit des frais assez élevés »).

En relation avec l’émigration vers la Palestine permis par l’accord Haavara, les sionistes fondèrent la Palestine Shipping Company qui acheta le bateau allemand de transport de passagers «Hohenstein » qu’ils rebaptisèrent «Tel Aviv.»  Le bateau fit son premier voyage vers Haïfa au départ du port allemand de Bremerhaven au début de l’année 1935. Pendant ce voyage, le bateau portait à la poupe son nouveau nom en caractères hébraïques tandis que le swastika flottait sur son mât ; « une combinaison d’absurdité métaphysique » écrira plus tard un des passagers. Le capitaine du navire, Leidig, était un adhérent du parti Nazi !

Le Hohenstein rebaptisé Tel Aviv sera revendu en 1937 au Japon

Le Hohenstein rebaptisé Tel Aviv sera revendu en 1937 au Japon

L’accord Haavara vouait à l’échec la démarche de boycott de l’Etat nazi et maintenait sans disruption pour l’économie fasciste l’accès à ’un large marché à l’export à une époque où le commerce mondial souffrait encore des traces de crise économique internationale de1929.  Ce point avait été souligné dans un mémorandum par Stuckart, le secrétaire d’Etat au ministère de l’intérieur du Reich. Dans ce mémorandum, daté du 17 décembre 1937, il était observé : «Les principaux avantages [de l’accord Haavara] sont les suivants : l’influence du groupe Haavara en Palestine a amené au résultat imprévu et inhabituel mais espéré que, de tous les endroits, la Palestine est le pays dans lequel les biens allemands ne sont pas boycottés par la partie juive…» En même temps, la procédure Haavara a rendu possible une accélération du mouvement d’émigration juive vers la Palestine, amenant au renforcement de la position des sionistes en Palestine. Les immigrants qui viennent d’Allemagne amènent avec eux un plus haut niveau de compétences économiques entre autres choses.

Ce qui résultait aussi de la «sélectivité.» Comme l’accord requérait le versement  par l’émigrant d’un millier de livres sterling au minimum, seuls des membres de la bourgeoisie juive étaient en mesure de profiter de ce dispositif, tandis que les travailleurs d’origine juive étaient lassés à leur destin. Ainsi, l’évaluation suivante de l’accord de Haavara dans le cadre de l’examen de la politique raciale du fascisme peur être considérée comme parfaitement juste : le principe de solidarité qui nécessitait que les Juifs restent unis devant leurs persécuteurs  avait volé en éclats du fait d’intérêts capitalistes. Pecunia non olet. Dans le même temps, les dispositions prises par les entrepreneurs Juifs dans le seul objectif de transférer leurs capitaux de l’Allemagne fasciste vers la Palestine étaient accueillies avec grande considération. On a affirmé que le capital envoyé au Moyen Orient était placé au service des Juifs. En réalité cependant, cet argent servait en Palestine aux mêmes objectifs qu’en Allemagne : le profit de ses détenteurs.

Le même livre affirme que «l’Internationale Sioniste voulait que les émigrants Juifs d’Allemagne arrivent sur le sol de Palestine non comme des sans le sou mais en tant que propriétaires d’un capital qui contribuera à l’édification d’un Etat capitaliste. C’est à partir de ce désir qu’a grandi l’intérêt des sionistes pour s’associer avec des antisémites.»

De fait, avant même la création d’Israël, l’accord de transfert  donna une forte impulsion à l’économie sioniste en Palestine. Des sources sionistes parlent d’une somme de 139,6 millions de Reichsmarks – une somme énorme à l’époque – transférée d’Allemagne en Palestine. Une autre source situe le montant transféré à 8 millions de livres sterling. Ce n’est pas une simple coïncidence si les projets les plus importants en Israël ont été créés ou dirigés par des émigrants partis d’Allemagne. La plus grande fonderie de Palestine et l’industrie du ciment par celui qui fut à une époque directeur de la compagnie des eux et d’électricité de Berlin, le Dr Karl Landau. Le Dr Arnold Barth de Berlin, le Dr Siegfried Sahlheine de Hambourg et Herbert Förder de Breslau furent les premiers organisateurs de la banque Leumi. Fritz Naphtals de Berlin et George Josephthal de Nuremberg  transformèrent en entreprise géante l’insignifiante «Arbeiterbank.» Certains des plus importantes firmes israéliennes furent fondées par Yekutiel er Sam Federmann de Chemnitz ( Karl-Marx-Stadt à l’époque communiste) ; l’entré Yekutiel dans le Who’s Who en Israël (1962) le présente comme un «fondateur de ‘l’Israel Miami Group’ (Dan Hotel) ; le partenaire israélien du cimentier ‘Isasbest’ ; le fondateur et associé de ‘Israel Oil Prospectors Corp, Ltd ‘ qui procéda au premier forage pétrolier ‘Mazal 1’ et présida de nombreuses autres entreprises.

Les accords économiques entre les sionistes et le fascisme allemand avaient l’approbation de toutes les instances du Reich nazi. Le ministère des affaires étrangères avait déjà adopté une attitude pro-sioniste en maintes occasions avant 1933 (il y avait eu des rencontres entre Chaim Weizmann et les secrétaires d’Etat von Schubert et von Bullow).

C’est seulement après le déclenchement de la révolte arabe palestinienne de 1936 que les premières divergences d’opinion s’installèrent dans les diverses institutions fascistes sur l’utilité de poursuivre les transferts dans le cadre de la Haavara. Le ministère des affaires étrangères se rendait maintenant compte que la politique de facto pro-sioniste allait aliéner les Arabes à l’Allemagne hitlérienne – une perspective qui n’était pas dans l’intérêt du Reich Nazi. Döhle, consul général d’Allemagne à Jérusalem, était le porte-voix de ce point de vue et, dans un long mémorandum daté du 22 mars 1937, il observait que « par notre promotion de l’immigration juive… la position qu’avait pu réoccuper l’Allemagne… allait être mise à mal.» En adoptant cette position, Döhle était moins animé par un intérêt pour les Arabesque par une inquiétude pour les intérêts politiques du fascisme allemand. Il ajoutait que l’Allemagne ne devait «pas trop se préoccuper  des sympathies des Arabes à l’égard de l’Allemagne dès lors que ce dont nous avions besoin était moins d’avoir une politique arabe active que d’éviter la promotion voyante accordée à l’édification d’un foyer national juif.»

Döhle craignait   «un revirement de l’humeur des Arabes et que nous soyons accusés de participer activement à la lutte contre eux.»

Les inquiétudes de Döhle étaient partagées par d’autres autorités fascistes. Ainsi, l’Office du Commerce Extérieur de l’Auslandsorganisation du parti nazi (le bureau du parti chargé des affaires internationales) déclarait en toute franchise : «Politiquement, il [l’accord de la Haavara] revient à apporter un soutien efficace à l’établissement d’un foyer national juif avec l’aide du capital allemand.»

Le 17 décembre 1937, il était signalé dans le mémorandum déjà cité de Stuckart, Secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur, que depuis le début de la révolte arabe en Palestine «les avantages procurés par la procédure [de Haavara] sont devenus plus faibles  tandis que ses inconvénients deviennent de plus en  plus importants.»

Stuckart était d’avis que si la création d’un Etat juif était inévitable, alors «tout ce qui permettrait le développement d’un tel Etat devrait être évité.» Puis Stuckart déclarait clairement : Il est hors de doute que la procédure de la Haavara a apporté la plus forte contribution au développement extrêmement rapide de la Palestine [i.e. des colonies sionistes – K.P.]. Cette procédure n’a pas seulement permis l’apport de très grosses sommes d’argent [d’Allemagne] ; elle a aussi apporté les hommes les plus intelligents parmi tous les immigrants, et a en fin de compte fourni les machines et les équipements industriels nécessaires – aussi d’Allemagne.»

 Les craintes de ces responsables (qui, ainsi que nous le verrons étaient en contradiction avec l’opinion des SS et de la Gestapo) furent finalement communiquées à Hitler. Hitler, ainsi qu’on peut le lire dans un mémorandum du département de la Politique Commerciale du ministère des affaires étrangères en date du 27 janvier 1938, décida que la procédure de la Haavara devait continuer. Cette position d’approbation prise par Hitler vis-à-vis du renforcement de la colonisation sioniste de la Palestine resta inchangée malgré les doléances émanant du ministère des affaires étrangères er l’Auslandorganisation du parti nazi relativement à  la montée de l’hostilité des Palestiniens à l’égard de l’Allemagne.  C’est ainsi que l’Auslandorganisation au ministère des affaires étrangères exigea à nouveau dans un mémorandum daté du 12 novembre 1938 que «une initiative soit entreprise pour une annulation d’un accord de Haavara qui n’a que trop duré.» Jon et David Kimche confirment le fait qu’Hitler «avec une détermination sans ambigüité, avait ordonné la promotion d’une immigration de masse en Palestine,» et qu’Hitler avait en outre formulé la décision fondamentale que «l’émigration juive devait être encore plus encouragée par tous les moyens disponibles. Il est donc indiscutable que l’opinion du Führer était qu’une telle émigration devait être avant tout orientée vers la Palestine.»

Finalement, même Winfried Martini confirme la position pro-sioniste des cercles fascistes les plus importants pendant la révolte arabe de 1936-39. Il écrit que, en tant que correspondant de la Deutsche Allgemeine Zeitung en Palestine, ses articles sur la révolte «étaient assez clairement favorables à la partie juive,» et que cela n’avait soulevé aucune objection de la part des responsables nazis.

Hitler resta donc le garant des transferts Haavara qui ne furent stoppés qu’avec le déclenchement de la deuxième guerre mondiale.

Coopération avec les services de renseignements nazis

Pendant les premiers jours de la domination fasciste sur l’Allemagne, les sionistes avaient un contact direct avec l’appareil de répression fasciste, ce qui se traduisit par une coopération informelle entre la direction sioniste et les organisations de terreur du Reich nazi (la Gestapo, la SS etc.). Dès avant 1933, le dirigeant sioniste Leo Plaut «avait une connexion» avec la police politique et avec un cadre de la police, l’Oberregierungsrat Rudolf Diels (supposé être un camarade de classe de Plaut). Quand Diels fut d’abord nommé chef de la police secrète en 1933, il maintint ses relations avec Plaut. «En fait, Plaut avait même le numéro de la ligne secrète de Diels et pouvait l’appeler à tout moment.» On peut seulement spéculer sur les détails de leurs contacts parce que les documents à ce sujet sont enfermés à double tour aux archives de Yad-Vashem à Jérusalem. On peut cependant supposer que c’est grâce à ces contacts qu’une rencontre avait pu être arrangée entre le premier ministre Prussien Herman Goering (plus tard condamné à mort par le tribunal de Nuremberg pour crimes de guerre) et les chefs des organisations juives allemandes. La réunion eut lieu le 26 mars 1933. Parmi les dirigeants  sionistes présents, se trouvait Kurt Blumenfeld, mais il a gardé le silence sur cet épisode sans ses mémoires.

De tels contacts se faisaient en secret, mais il existe des preuves concernant des préparatifs en vue d’une coopération entre les sionistes et la SS (l’organisation qui chapeautait tout l’appareil policier et du renseignement dans l’Etat fasciste). Peu de temps après la prise du pouvoir par les fascistes, le journal Der Angriff, contrôlé par les chefs propagandistes Nazi, publiait un article sur un voyage en Palestine qui présentait en termes positifs la colonisation sioniste en Palestine. Le reportage, intitulé «Un nazi voyage en Palestine,»  «ne comportait pratiquement aucune critique.»

Médaille commémorative du séjour de leopold von Mildenstein

Médaille commémorative du séjour de Leopold von Mildenstein en Palestine

Le pseudonyme de l’auteur «Lim» dissimulait l’identité du SS Untersturmführer (équivalent du grade de lieutenant dans l’armée) Leopold von Mildenstein. Mildenstein servait dans le SD (le service de sécurité de la SS) qui était à l’origine le service secret interne du parti nazi mais qui, à partir de 1934, cessa d’être simplement la police du parti et un instrument entre les mains du commandement de la police pour se transformer en service secret  intérieur principal de la dictature fasciste.

Le SD était aussi devenu  l’organisation de commandement politique et de formation des cadres pour la police fasciste. Le fait que Mildenstein ait pu être l’homme capable d’écrire des articles ouvertement pro-sionistes n’était pas une simple coïncidence puisque, en 1934, le Bureau II du SD s’était étoffé d’un bureau II-112 ou «Judenreferat» (bureau des affaires juives) dont il assurait la direction. Selon Martini, Mildenstein avait été «discrètement conseillé par des officiels sionistes » pendant son séjour en Palestine. Le département dirigé par Mildenstein a eu la charge de la politique juive du nazisme jusqu’en 1938 Cette politique avait été formulée par l’organe officiel de la SS, Das Schwarze Korps, dans les termes suivants : «Le temps n’est peut être pas bien loin qui verra la Palestine recevoir à nouveau les enfants qu’elle avait perdu il y a un millier d’année. Nos vœux ainsi que la bonne volonté de l’Etat les accompagnent ». Il y a eu des tentatives pour décrire la politique pro-sioniste de la SS comme reflétant l’attitude personnelle de Mildenstein  plutôt que l’entente officielle entre sionistes et fascistes. Mais il n’y a pas que la citation extraite du Schwarze Korps pour contredire cette thèse : Mildenstein lui-même, quelques années plus tard, republiera sous forme de livre ses notes de voyage parues dans l’Angriff. Mais cette fois-ci, il transformera sa tendance pro-sioniste initiale en antisémitisme sans fard.

Les dirigeants sionistes qui avaient «discrètement conseillé » le directeur du « Judenferat » au SD pendant son voyage en Palestine poursuivirent leurs contacts avec la SS et le SD. Naturellement, peu de détails sont connus sur ces contacts dont les traces sont des documents hautement classifiés. Un des rares documents  disponibles sur ces relations est un mémorandum du professeur Franz Six daté du 17 juin 1937 qui porte la mention «Affaire secrète pour le commandement. » ce mémorandum contient des informations sur une visite de l’émissaire sioniste Feivel Polkes à Berlin. Polkes était membre de l’état major de l’armée sioniste clandestine, la Haganah, avec le grade de commandant. L’Oberscharführer de la SS Herbert Hagen qui avait succédé à Mildenstein à la direction du Judenferat affirmait que Polkes avait le « commandement de l’ensemble de l’appareil d’auto-défense des Juifs de Palestine.»

En Palestine, Polkes avait été en relation étroite avec le correspondant de la « German News Agency ,» le Dr Reichert qui était actif dans le réseau d’espionnage du SD en Palestine. Ce réseau était dirigé pat Otto von Bodelschwingh, un agent du SD établi comme agent commercial à Haïfa. C’est le Dr Richert qui avait obtenu un visa d’entrée en Allemagne pour Polkes.

Polkes resta à Berlin du 26 février au 2 mars 1937, participant à plusieurs réunions avec des agents du SD représentant le régime nazi, dont deux avec le Hauptscharführer Adolf Eichmann (Eichmann avait alors commencé à travailler au «Judenferat»). Polkes avait alors offert de collaborer avec le gouvernement allemand, disant à Eichmann qu’il était par-dessus tout intéressé à «accélérer l’immigration juive en Palestine, de sorte à ce que les Juifs deviennent majoritaires par rapport aux Arabes dans son pays. A cette fin, il travaillait avec les services secrets anglais et français et ils voulait aussi coopérer avec l’Allemagne d’Hitler.»

Hagen avait noté un peu plus loin dans son rapport sur la visite de Polkes à Berlin : «Il avait aussi signalé sa disponibilité à rendre des services à l’Allemagne sous la forme d’informations, dans tant qu’elles n’entraient pas en conflit avec ses propres objectifs…»

Entre autres choses, il soutiendrait avec vigueur les intérêts allemands au Moyen Orient…» Höhne avait commenté l’offre de Polkes en ces termes : « … derrière ça, il y a clairement la politique d’immigration de la Haganah.»

La SS avait immédiatement récompensé les intentions coopératives de Polkes avec les instructions préconisées par Six. « Une pression est exercée sur l’association des Juifs du Reich en Allemagne afin d’obliger les Juifs qui émigrent d’Allemagne à se rendre seulement en Palestine et dans aucun autre pays. »

C’était exactement ce que voulaient les sionistes mais, ajoutait Six : «Une telle mesure va entièrement dans le sens des intérêts de l’Allemagne et elle est déjà mise en œuvre par la Gestapo.»

Feivel Polkes, le commandant de la Haganah, s’était mis en quatre pour faciliter le développement de la coopération entre sionistes et fascistes ; il avait même lancé une invitation à Eichmann pour une visite en Palestine comme invité de la Haganah.

Six observait :

«Dans le travail de mise en contact, le nom du SS Hauptscharführer Eichmann du Département II-II2  me vient à l’esprit avant tout autre. Il avait eu des discussions avec Polkes pendant le séjour de ce dernier à Berlin et il avait été invité à visiter les colonies juives en Palestine où il serait son guide.»

Le voyage en Palestine entrepris par Hagen et Eichmann n’est qu’un épisode dans l’histoire de la collaboration entre le sionisme et l’Allemagne nazie. Mais c’était un événement à la fois significatif et révélateur qui est devenu l’objet d’une falsification considérable. Au lieu d’admettre le fait que le tristement célèbre assassin de Juifs, Adolf Eichmann, avait à un moment donné été invité en Palestine par la Haganah, les auteurs sionistes ont renversé la faute et affirmé que le but de la visite d’Eichmann était d’entrer en contact avec les rebelles Palestiniens, voire de conspirer avec le mufti de Jérusalem, Hadj Amin Al-Husseini. L’inventeur de cette histoire semble être le sioniste bien connu Simon Wiesenthal qui, en 1947, avait déjà prétendu qu’Eichmann avait implanté un réseau d’agents dans la colonie [allemande] de Sarona en Palestine et avait pris contact avec le Grand Mufti. En 1951, Léon Poliakov avait publié quelque chose de semblable dans Die Welt et Gerald Reitlinger la lui emprunta deux ans plus tard pour son livre « La solution finale » dans lequel Eichmann était supposé avoir été envoyé en Palestine pour prendre contact avec les rebelles Arabes.»

A partir de là, la légende a fleuri, avec l’Américain Quentin Reynolds affirmant même qu’Eichmann avait rendu visite au Grand Mufti. Le biographe d’Eichmann, Commer Clarke, était allé jusqu’à soutenir qu’Eichmann avait emporté avec lui 50 000 dollars d’ «or nazi» pour les offrir aux rebelles Palestiniens.

Quand de tels mythes sont mis en regard avec la réalité des faits, une des raisons pour lesquelles le gouvernement israélien tenait tant à ce que le procès Eichmann ait lieu en Israël et pas ailleurs devient claire ; c’est seulement en Israël que les contacts des sionistes avec les nazis pouvaient être écartés du regard de l’opinion publique. C’est seulement là-bas que la pression sur un Eichmann qui jouait sa vie dans ce procès pouvait être suffisante pour qu’il fasse de fausses déclarations devant la cour. «Il est vrai,» déclara Eichmann pendant son procès, «qu’un des objectifs de mon voyage en Palestine en 1937 était de prendre contact avec le Mufti Al-Husseini.  Mais le rapport sur leur voyage rédigé par Hagen et Eichmann et découvert dans les archives secrètes d’Himmler, le chef de la SS, renvoie une image différente. On peut résumer ainsi la teneur du rapport sur ce voyage : Eichmann et Hagen quittèrent Berlin le 26 septembre, se faisant passer pour des rédacteurs du Berliner Tageblatt et arrivèrent à Haïfa le 2 octobre 1937 à bord du bateau Romania. Comme les autorités britanniques avaient refusé la permission de débarquer aux deus émissaires de la SS (à cause de la révolte arabe), Eichmann et Hagen allèrent en Egypte. Sur place, ils rencontrèrent non pas Hadj Amin Al-Husseini, mais leur vieille connaissance, Feivel Polkes, l’officier de la Haganah.

Le rapport de voyage d’Hagen et Eichmann contient une restitution exacte  des conversations avec Polkes qui eurent lieu les 10 et 11 octobre 1937 au café Groppi du Caire. Polkes avait débord exposé en toute franchise les projets sionistes devant les hommes de la SS (les déclarations de Polkes telles que consignées par Hagen et Eichmann ne sont pas seulement intéressantes quant à la coopération sionisme – fascisme, mais elles sont également importantes comme témoignage sur la politique expansionniste des sionistes) :

«L’Etat sioniste doit être établi par tous les moyens aussi vite que possible afin qu’il attire un flux d’émigrants Juifs vers la Palestine. Quand l’Etat juif sera établi dans le cadre propositions actuelles de la Commission Peel, et dans la ligne des promesses partielles de l’Angleterre, alors les frontières pourraient être repoussées plus loin conformément à sa volonté [de l’Etat juif].»

Polkes avait ensuite fait l’éloge de la terreur antisémite en Allemagne : «les cercles nationalistes juifs ont exprimé leur grande satisfaction devant la politique allemande radicale à l’égard des Juifs, ca cette politique devrait faire augmenter la population juive en Palestine de sorte qu’on puisse envisager une majorité juive devant les Arabes dans un futur prévisible.»

Une fois de plus, Polkes avait souligné la nécessité d’accélérer le départ des Juifs d’Allemagne et avait réitéré sa disponibilité à donner des informations secrètes au SD. Il avait offert immédiatement deux éléments « d’information  de ce genre» ainsi qu’Eichmann le notait dans son rapport de voyage. Le premier était conçu pour susciter l’hostilité du régime fasciste à l’égard du mouvement nationaliste arabe. Eichmann avait noté : «Selon les informations de Polkes, le Congrès Panislamique Mondial en convention à Berlin est en contact direct avec deux leaders Arabes prosoviétiques : l’émir Chakib Arslan et l’émir Adil Arslan. » Le deuxième élément d’information consigné par Eichmann dans son rapport de voyage concernant ce parti qui s’était engagé sans équivoque à l’avant-garde de la lutte contre la terreur fasciste et les indignités antisémites : le Parti Communiste Allemand. «La radio communiste illégale dont la diffusion est particulièrement importante en Allemagne est, selon Polkes, installée dans un camion qui circule le long de la frontière germano-luxembourgeoise pendant les retransmissions.» (Cette information donne un aperçu intéressant que où les dirigeants sionistes voyaient leurs alliés et où ils voyaient leurs opposants !)

Les rencontres entre Eichmann et Polkes ne sont pas des évènements isolés et fortuits. Elles s’inscrivent dans le contexte d’une coopération à long terme entre fascistes et sionistes. Après le voyage d’Hagen et Eichmann, la collaboration avait été cimentée par la «Mossad Aliyah Beth,» qui avait été créée par la Haganah comme organisation pour l’immigration illégale après le coup de frein à l’immigration en Palestine décidé par la Grande Bretagne suite à la Commission Peel. Fin 1937, i.e. quelques mois après le voyage d’Eichmann, des envoyés du Mossad prenaient leurs fonctions dans les locaux de ma Reichsvereinigung [Union des Juifs du Reich] au 10 Meineckestrasse à Berlin-Charlottenburg, avec la permission des autorités fascistes de Berlin. Ces deux envoyés, Pina Ginsburg et Moshe Auerbach avaient fait le voyage de Palestine en Allemagne à cet effet.

Dans leur livre Secret Roads ; Jon et David Kimche ont situé l’arrivée de Ginsburg à Berlin à l’été 1938. Ginsburg s’était présenté lui-même officiellement à la Gestapo en tant qu’émissaire de «L’Union des Colonies Communautaires », déclarant qu’il était en mission spéciale et que sa tâche convergeait avec les intentions du gouvernement nazi, son objectif étant l’organisation de l’émigration des Juifs Allemands en Palestine. C’était seulement avec le soutien des dirigeants nazis que ce projet pouvait se réaliser sur une grande échelle. La Gestapo avait alors discuté avec Ginsburg sur «la manière de promouvoir et d’accroître l’immigration juive en Palestine à l’encontre de la volonté des autorités mandataires britanniques.»

En attendant, les autorités fascistes avaient commencé à changer ses méthodes de pression sur les Juifs Allemands. Elles ne s’en remettaient plus aux seules organisations sionistes pour s’occuper de l’émigration en Palestine. A Vienne (l’Autriche avait été occupée par l’Allemagne hitlérienne en mars 1938), «l’Office Central pour l’Emigration Juive» était créé et placé sous la responsabilité d’Adolf Eichmann. Ai début de l’été 1938, Eichmann rencontrait à Vienne un autre émissaire du Mossad, Bar-Gilead. Ce dernier demanda la permission d’installer des centres (camps) de formation pour les émigrants afin qu’on puisse les préparer à leur travail en Palestine. Après avoir référé de cette requête à Berlin, Eichmann avait accordé l’autorisation et fourni tout ce qui était nécessaire pour l’installation des camps de formation. Vers la fi 1938, environ un millier de jeunes Juifs avaient été formés dans ces camps.

Dans le même temps, Ginsburg à Berlin avait pu, avec l’aide des autorités nazies, établir des camps semblables. Jon et David Kimche écrivent : «Le Palestinien [Ginsburg] qui était venu à Berlin prêt à tout, n’avait aucun état d’âme à dîner avec le diable et à s’assurer sa part du repas.»

Dans son livre Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt a commenté les informations fournies par les Kimches :

…ces Juifs de Palestine tenaient un langage pas complètement différent de celui d’Eichmann…ils avaient été envoyés en Europe par les colonies communautaires en Palestine, et ils n’étaient pas intéressés par des opérations de secours – ce n’était pas leur job. Ils voulaient sélectionner du «matériel adapté» et leurs principaux ennemis… n’étaient pas ceux qui rendaient la vie impossible dans les pays d’installation ancienne qu’étaient  l’Autriche et l’Allemagne, mais ceux qui empêchaient l’accès à la nouvelle patrie ; cet ennemi était clairement la Grande Bretagne, pas l’Allemagne… ils étaient probablement parmi les premiers Juifs à parler ouvertement d’intérêts mutuels…

La proposition d’une alliance militaire avec Hitler

Tandis que la tendance majoritaire du mouvement sioniste, la tendance du parti «travailliste» (Ben Gourion etc.) et les «sionistes généralistes » (Weizmann et les autres), camouflaient soigneusement leurs contacts avec les fascistes, et s’exprimaient publiquement contre eux, l’aile droite du sionisme, le parti Révisionniste (ancêtre de l’organisation terroriste Irgun Zvai Leumi et plus tard du parti Herut en Israël) avait ouvertement et en maintes occasions avant 1933 exprimé son admiration pour des gens comme Mussolini et Hitler. On peut en trouver un exemple dans un procès tenu à Jérusalem en 1932 quand l’avocat Cohen, un membre du parti Révisionniste, avait déclaré en défense d’auteurs de troubles de l’ordre à l’université : «Oui, nous éprouvons un grand respect pour Hitler. Hitler a sauvé l’Allemagne. Sans lui elle aurait péri il y a quatre ans. Et nous nous serions rangés aux côtés d’Hitler si seulement il avait renoncé à son antisémitisme.»

Vladimir Jabotinsky, chef à l’époque du mouvement révisionniste, qui entretenait de bonnes relations avec le mouvement fasciste en Europe avait aussi été accusé de vouloir des relations étroites avec l’Allemagne hitlérienne.

Il y avait alors une concurrence évidente entre les différentes factions sionistes pour aboutir à une collaboration privilégiée avec les fascistes tout en dénonçant dette même démarche les unes chez les autres (Il faut mentionner ici l’assassinat de Chaim Arlosoroff).

Le journal sioniste Davar de juillet 1933 avait publié un article de David Ben Gourion qui lançait une lourde accusation : «… Juste après l’accession d’Hitler au pouvoir en Allemagne, alors que les persécutions contre les Juifs et les marxistes étaient au plus haut, M. Vladimir Jabotinsky s’était rendu à Berlin et dans un discours public, avait attaqué les communistes présents dans le mouvement sioniste et en Palestine.» S’il en était bien ainsi, alors cela signifiait que Jabotinsky voulait torpiller les négociations sionisto-fascistes afin de pouvoir entrer dans la partie comme partenaire des négociations avec les Nazis.  Jabotinsky s’était néanmoins attaché à réfuter l’accusation de Ben Gourion en soulignant que ce dernier avait pris la parole sur Radio Varsovie le 28 avril 1933 et avait appelé à la mise en place d’un boycott mondial de l’Allemagne, avec l’établissement simultané d’un Etat juif en Palestine, «comme seule réponse adéquate à la menace hitlérienne.»  Il y avait là une allusion transparente aux négociations de Haavara menées par l’aile majoritaire du sionisme. Mais Jabotinsky ne pouvait pas contester le fait que le journal révisionniste Hazil Haam, publié en Palestine, « semblait considérer ce mouvement [le fascisme] avec une sympathie et une compréhension prononcées. Les rédacteurs de ce journal… lui avait-on dit, quoique conscients de l’antisémitisme forcené d’Hitler, voyaient dans le National Socialisme les éléments d’un authentique mouvement de libération nationale.

Pour l’Allemagne fasciste, la collaboration avec la tendance sioniste majoritaire était sans aucun doute plus importante que la coopération avec «l’opposition» révisionniste. Néanmoins, même les Révisionnistes furent autorisés à poursuivre leurs activités politiques en Allemagne. Les membres de l’organisation de jeunesse du mouvement révisionnistes, «Brit Trumpeldor» (à propose de laquelle Schechtman rapporte qu’elle «s’adaptait à certaines caractéristiques du régime nazi») était la seule organisation non fasciste en Allemagne à être autorisée par les nazis à porter un uniforme.

Miliciens du Betar à Berlin en 1936

Miliciens du Betar à Berlin en 1936

Ce furent finalement des membres de l’Irgoun qui, dans leur intention de collaborer avec le fascisme allemand un an et demi après le début de la deuxième guerre mondiale ((à un moment où le massacre des Juifs dans la Pologne occupée avait déjà commence) allèrent jusqu’à faire aux autorités fascistes une offre incroyable de coopération. (L’Irgoun qui s’était séparée de la Haganah avant de la rallier à nouveau en 1948, a fait partie intégrante de l’Etat d’Israël depuis  lors ; son vieux leader Menahem Begin a été premier ministre d’Israël de 1967 à 1970 et est actuellement à la tête du groupe parlementaire du Likoud au parlement israélien).

Quelques mois avant cette offre de coopération de janvier 1941, une scission était intervenue entre la faction de l’Irgoun minoritaire alors qui soutenait la Grande Bretagne en guerre contre l’Allemagne nazie et au groupe de ceux qui, à l’intérieur de l’Irgoun, étaient opposés à une telle politique pro-britannique. Abraham Stern, un membre du comité de l’Irgoun, joua un rôle déterminant dans ce dernier groupe qui avait le soutien, à l’époque, de la majorité des membres de l’Irgoun. C’est par des militants antibritanniques de ce groupe que fut faite  la proposition de collaboration de l’Irgoun [avec le nazisme, NdT].

La nature de cette proposition est consignée dans un document dont le texte intégral est encore secret.  Il est évoqué  dans un rapport de l’attaché naval de l’ambassade d’Allemagne en Turquie – un fonctionnaire qui était chargé de missions secrètes là-bas. Le rapport, qui est toujours enfermé dans des archives en Grande Bretagne parle de contacts que l’attaché avait eu avec des émissaires de «l’Irgoun Zvai Leumi (Organisation Militaire Nationale – OMN).» Un mémorandum daté du 11 janvier 1941 parle des «Lignes Fondamentales de la Proposition» de l’Irgoun «concernant la solution de la question juive en Europe et la participation active de l’OMN aux côtés de l’Allemagne.»

On lit ce qui suit dans cette note :

Il est souvent dit dans les discours et les déclarations des plus importants responsables politiques de l’Allemagne Nationale Socialiste qu’un Ordre Nouveau en Europe a pour condition préalable la solution radicale de la question juive par l’évacuation («Judenreines Europa»)

Evacuer les masses juives d’Europe est une pré condition pour résoudre la question juive ; mais elle ne peut être rendue possible et complète que par l’installation de ces masses dans la patrie du peuple juif, la Palestine, et par l’établissement d’un Etat juif dans ses frontières historiques.

Après avoir confirmé de la sorte la convergence fondamentale des vus du sionisme et du fascisme, les militants de l’Irgoun proposaient une alliance avec leur organisation ainsi que l’indique la suite du document :

Cette manière de résoudre le problème juif et donc d’en faire résulter la libération du peuple juif une fois pour toutes, est l’objectif de l’activité politique et des années de lutte du mouvement juif de libération : l’Organisation Militaire Nationale (Irgun Zvai Leumi) en Palestine.

L’OMN qui est bien au fait des bonnes dispositions du gouvernement  et des autorités du Reich allemand à l’égard de l’action sioniste en Allemagne et à l’égard des plans sionistes d’émigration [il faut signaler à ce sujet la coopération entre fascistes et sionistes entre 1933 et 1939 – K.P.] – est d’opinion que :

1     Une communauté d’intérêts pourrait exister entre l’instauration d’un ordre nouveau en Europe en conformité avec la conception allemande et les véritables aspirations nationales du peuple juif telles qu’elles sont incarnées par l’OMN.

 2. La coopération entre la nouvelle Allemagne et une nation hébraïque renaissante (völkisch –nationalen – Hebräertum) serait possible et

3 L’établissement de l’Etat juif historique sur une base nationale et totalitaire et lié par traité avec le Reich allemand serait dans l’intérêt du maintien et du renforcement de la future position de puissance de l’Allemagne au Proche Orient.

Ce qui était proposé était donc ni plus ni moins que l’établissement d’un Etat fasciste juif en Palestine qui serait l’allié du fascisme allemand !

«Sur la base de ces considérations, l’OMN en Palestine propose de prendre activement par à la guerre au côté de l’Allemagne, dès lors que les aspirations nationales susmentionnées du mouvement de libération sont reconnues par le gouvernement du Reich allemand.»  Après avoir ainsi proposé de participer activement avec le fascisme allemand au combat contre le bloc antihitlérien, les sionistes de l’Irgoun poursuivaient en précisant un peu plus leur proposition dans le document :

Cette offre de l’OMN dont la validité concerne les niveaux politique, militaires et du renseignement, à l’intérieur et aussi, selon certains documents préparatoires, à l’extérieur de la Palestine, était conditionnée par la formation militaire et l’organisation de la main d’œuvre juive en Europe sous la direction et le commandement de l’OMN. Ces unités militaires prendraient part aux combats pour conquérir la Palestine en cas de constitution d’un tel front.

La participation indirecte du mouvement israélien de libération à l’instauration d’un Ordre Nouveau en Europe, déjà dans sa phase préparatoire, serait associée à une solution radicale et positive du problème juif en Europe en conformité avec les aspirations nationales susmentionnées du peuple juif. Ce qui renforcerait  de manière exceptionnelle la base morale de l’Ordre Nouveau aux yeux du monde entier.

La coopération du mouvement israélien de libération serait aussi dans la ligne d’un des récents discours du Chancelier du Reich Allemand dans lequel Hitler soulignait que toutes les combinaisons et toutes les alliances pouvaient être envisagées dans le but d’isoler l’Angleterre et de la vaincre.

Il est inutile de commenter plus avant ce document étonnant. On doit seulement ajouter que ce sont l’antisémitisme et le travail de liquidation qui avait déjà commencé pour éliminer les Juifs Européens qui avaient empêché le fascisme allemand d’accepter cette proposition d’alliance. Mais deux ans plus tard, l’Irgoun se lançait dans des attaques terroristes contre des institutions britanniques au Proche Orient, travaillant ainsi à l’affaiblissement de l’alliance contre Hitler dans son combat contre le fascisme allemand, un combat qui permettra aussi de secourir les Juifs Européens.

Conclusion

Chaque fois que la coopération entre les sionistes et les fascistes est révélée, les auteurs sionistes recourent à l’excuse toute prête selon laquelle les contacts avec les nazis n’avaient été noués que dans le seul but de sauver des Juifs. Alors même que certains faits mentionnés précédemment contredisent cette thèse, on peut poser les deux questions suivantes aux tenants de cette thèse : N’y avait-il vraiment aucun autre moyen de sauver les Juifs Européens ? Etait-ce le véritable motif des sionistes pour pactiser avec le diable ?

 On ne peut douter du fait que la seule possibilité pour empêcher le massacre de millions de Juifs (ainsi que d’éviter la seconde guerre mondiale qui a causé des millions de morts) consistait à renverser la dictature fasciste quand elle en était au tout début de sa phase de domination. Mais les dirigeants sionistes n’étaient pas intéressés par cette perspective – leur seul objectif étant d’augmenter le nombre de Juifs dans la population de la Palestine. Comme ils partageaient la vision anti-assimilationniste du nazisme concernant la race juive, ils ne considéraient pas la dictature fasciste comme une tragédie. Comme l’avait expliqué David Ben Gourion : «Ce que des années de propagande sioniste n’avaient pas pu faire, ce désastre l’avait réalisé en l’espace d’une nuit.»

Non seulement les chefs sionistes ne firent rien contre le fascisme, mais ils entreprirent des actions qui sabotèrent le front antifasciste (en empêchant un boycott économique avec leur accord Haavara).  En pratique, ils rejetèrent des tentatives pour sauver les Juifs Allemands dès lors qu’elles n’avaient pas pour but l’installation des Juifs en Palestine. L’exemple qui suit est celui de la conférence d’Evian : quand après 1933 la majorité des pays capitalistes refusa d’accueillir les réfugiés Juifs d’Allemagne, le président Américain Roosevelt appela à la réunion à Evian d’une conférence sur les réfugiés. Cette conférence se tint du 6 au 15 juin 1938 avec la participation de 32 pays capitalistes. La conférence échoua étant donné que les participants refusèrent d’accueillir les réfugiés Juifs. On aurait pu supposer que le mouvement sioniste, qui était aussi représenté à Evian, aurait essayé de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils lèvent leurs restrictions. Mais les sionistes déposèrent au contraire une motion dès le début de la conférence pour demander l’admission d’1,2 million de Juifs en Palestine. Ils n’étaient pas intéressés par d’autres solutions et, comme l’écrira plus tard Christopher Sykes : «Ils avaient manifesté une indifférence hostile à l’égard de l’ensemble du processus dès le tout début… la vérité à ce propos est que la démarche tentée à Evian ne correspondait absolument pas à l’idée sioniste.»

Les dirigeants sionistes partagent donc la responsabilité de l’échec à secourir un plus grand nombre de Juifs Européens. On doit en toute justice se souvenir que les Juifs qui ont survécu à la monstrueuse domination du fascisme ont été sauvés par les soldats du bloc antihitlérien, et particulièrement à ceux de l’armée soviétique qui a consenti un terrible sacrifice pour vaincre la dictature fasciste.

Tenenbom et Tenenbaum, délire sioniste contre humanisme poétique

2 janvier 2013

Nulle part ailleurs qu’en Allemagne peut-on voir l’Etat «dépenser des millions pour la construction d’une synagogue comme à Munich, dans laquelle ne vient aucun Juif.».

Voilà un fait parmi d’autres qui permet à Tuvia Tenenbom, natif du Sionistan et directeur du théâtre juif de New York, d’affirmer que l’Allemagne est restée un pays foncièrement antisémite.

Ce n’est là qu’un des aspects de la pensée délirante de ce théâtreux qui a malheureusement le même patronyme que l’immense Jean Ferrat.

On se demande même comment des journaux supposés sérieux, en dehors de ceux du Sionistan, peuvent juger utile de discuter du bien fondé de ses élucubrations dont je vous propose un autre exemple.

Tuvia Tenebom a décelé un antisémitisme latent chez ces deux chèvres germaniques

Tuvia Tenenbom a décelé un antisémitisme latent chez ces deux chèvres germaniques

Un jour, on se penchera sérieusement sur toute cette logorrhée sioniste et on se demandera comment le monde a pu supporter si longtemps ce verbiage infernal, – soutenu  par l’apport de pseudo érudits ou intellectuels- dont certains subissent malheureusement les conséquences dans leur vie personnelle et professionnelle.

Un fonctionnaire allemand dit que les juifs devraient aller en Ouganda

Par Benjamin Weinthal, The Jerusalem Post (Sionistan) 20 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Tenenbom appelle à la révocation du directeur d’un mémorial de l’holocauste qui lui aurait dit que les juifs auraient dû faire leur Etat en Ouganda.

NEW YORK – L’écrivain d’origine israélienne Tuvia Tenenbom a appelé à la révocation de Volkhard Knigge, le directeur du mémorial du camp de concentration de Buchenwald à Weimar en Allemagne, après avoir soutenu que Knigge lui avait dit que les juifs auraient dû s’établir en Ouganda plutôt que de créer l’Etat d’Israël.

Tenenbom, directeur du Théâtre Juif de New York, a évoqué les propos anti-Israël de Knigge lors d’un entretien accordé dimanche au quotidien régional Mitteldeutsche Zeitung.

En 2011, Tenenbom a écrit un livre sur son observation de l’antisémitisme moderne en Allemagne. Le livre, Je dors dans la chambre d’Hitler : un juif américain visite l’Allemagne, décrit ses expériences avec diverses formes d’antisémitisme en Allemagne et comprend une interview de Knigge et de Daniel Gaede, un éducateur à Buchenwald.

“Volkhard poursuit sur sa lancée. Il recommande même un bar à Jérusalem, un bar qu’il apprécie vraiment : l’Ouganda. Il est fréquenté par des gens à l’esprit ouvert, me dit-il. L’Ouganda ? Pourquoi l’Ouganda ? C’est une allusion à cette vieille idée que les juifs auraient dû s’établir en Ouganda plutôt qu’en Palestine. L’Ouganda, le bar, s’est fait un nom comme endroit qui sympathise avec la cause palestinienne, » s’est rappelé Tenenbom.

“La raison pour laquelle le directeur du mémorial de Buchenwald trempe ses mains dans le bourbier israélo-palestinien est au-delà de mes capacités de compréhension,» écrit Tenenbom.

 Dans une réponse par courriel parvenue au Jerusalem Post mercredi, Knigge écrit:, La présentation par M. Tenenbom du travail accompli par le mémoriel de Buchenwald est absurde et sans rapport avec la réalité. M. Tenenbom reproduit en les déformant les conversations qu’il a eues avec mou et le chef du département de l’éducation du mémorial. Je n’ai jamais à aucun moment dit que les juifs auraient dû s’installer en Ouganda. Pas plus que le T-shirt de l’Ouganda bar de Jérusalem n’est un T-shirt de propagande,» écrit Knigge.

Il poursuit, l’Ouganda Bar est un établissement où ont lieu des manifestations artistiques et qui est très populaire chez les jeunes israéliens. J’ai apprécié d’aller à ce bar pendant de nombreuses années avec mon épouse israélienne , qui est elle-même une artiste. Le bar se trouve à côté du domicile de sa mère ; on y sert du bon houmous et on y joue de la musique intéressante.»

Dans un courriel adressé mardi au Jerusalem Post, le Dr Clemens Heni, un eminent universitaire allemand, expert sur l’antisémitisme dans la République Fédérale, écrit, «Il est scandaleux que le responsable du mémorial du camp de concentration de Buchenwald, et récipiendaire du prix Heinz-Galinski, soutienne le bar de l’Ouganda» à Jérusalem. Ce bar croit [sic] que ce serait une meilleure idée si les juifs s’établissaient en Ouganda plutôt que dans l’Etat d’israël. Knigge incarne le point de vue de nombreux allemands qui ont de la peine pour les juifs morts mais qui attaquent les juifs vivants.»

Tenenbom est également critique à l’égard de Gaede qu’il présente comme n’étant «pas mieux» que Knigge.

Daniel Gaede, un éducateur du mémorial du camp de Buchenwald a aussi subi le feu de la critique de Tenenbom pour avoir participé à des activités anti-Israël et pro-palestiniennes.

Cet homme [Gaede] consacre son temps libre à manifester contre Israël et en faveur des palestiniens de gaza,» écrit Tenenbom.

“Oui, lui aussi a le droit de penser ce qu’il veut, et si le Hamas est à son goût, qu’il en soit ainsi. Mais, comme le dit le livre [le sien j’imagine, NdT] : L’histoire d’Israël et de Gaza est assez compliquée, et a de multiples aspects. Mais le fait, connu de quiconque parle ou lit l’arabe, reste celui-ci : Gaza a la plus forte concentration de personnes qui veulent jeter les juifs à la mer. Pourquoi quelqu’un [du mémorial] de Buchenwald voudrait-il s’associer à eux ? » déclare Tenebom qui ajoute que Gaede ne veut pas que son interview soit rendue publique.

Gaede écrit en réponse aux accusations de Tenenbom, Compte tenu de la présentation parcellaire et déformée de la conversation, je ne peux donner mon accord pour sa publication.»

Dans une interview avec un média allemand, Knigge a déclaré que «Buchenwald n’était pas un camp d’extermination. Il n’y avait pas de chambres à gaz ici.»

Knigge a déclaré au Jerusalem Post que, “Selon l’état actuel de la recherche historique internationale, le camp de concentration de Buchenwald ne faisait pas partie des camps d’extermination comme les camps de l’opération Reinhard [nom de code du plan nazi d’extermination] ou le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenhau, » a-t-il dit au Jerusalem Post.

Il a poursuivi, “De même, selon l’état actuel de la recherche internationale, il n’y avait pas de chambres à gaz dans le camp de concentration de Buchenwald, ni dans ses camps annexes, et personne n’a été tué au moyen du gaz dans le camp de concentration de Buchenwald ainsi que le prétend M. Tenenbom dans son livre. Il va sans dire que ces faits ne signifient pas que des crimes de masse et d’autres atrocités n’ont pas été perpétrés dans le camp de concentration de Buchenwald.»

Knigge a ajouté que «aucun raciste ou antisémite ne travaille au mémorial de Buchenwald.» Gaede n’at pas encore répondu à une demande du Jerusalem Post au sujet de sa participation à des activités pro-palestiniennes, y compris celles qui impliqueraient le Hamas.

Hollywood ou la propagande en économie de marché

25 décembre 2012

Quand on pense à la propagande sous ses différents aspects, on a souvent à l’esprit celle qui est produite par les régimes autoritaires comme celui de Corée du Nord ou encore celui qui gouverne actuellement en Syrie.

Pourtant, les systèmes de propagande de ces pays se caractérisent avant tout par leur manque de subtilité et, surtout, d’efficacité sauf quand le pays concerné est complètement fermé vis-à-vis du monde extérieur. La population locale est alors complètement tributaire des médias gouvernementaux.

Ce qui est le cas de la Corée du Nord mais pas du tout de la Syrie qui était encore récemment largement ouverte sur son environnement régional et même au-delà.

Dans la crise que vit ce pays, d’aucuns insistent sur le poids de la propagande gouvernementale dans la couverture des évènements. Pourtant, chacun sait que les médias dépendant du gouvernement syrien n’ont qu’un impact limité hors de Syrie et ne représentent absolument rien par rapport aux poids lourds de la communication que sont TF1 et Libération en France, Sky News et le Times au Royaume Uni ou CNN et USA Today aux Etats Unis. On se souvient du rôle de ces médias dans la crise en Libye, les guerres contre l’Irak, le conflit yougoslave etc.

Et ce ne sont pas quelques blogueurs ici ou là qui seraient susceptibles de concurrencer ces médias lourds (sans parler des blogueurs pro opposition).

De fait, les principaux acteurs de la propagande relative à la Syrie sont bel et bien les médias occidentaux dont beaucoup se parent de la qualité d’organes de presse «indépendants» et donc crédibles.

Pourtant ces médias ne sont ni indépendants, ni nécessairement crédibles et leur rôle dans la propagande a été démontré dans divers contextes, notamment celui de la seconde guerre mondiales ainsi que nous le rappelait opportunément Timothy Sexton à propos du cinéma hollywoodien dont le rôle idéologique n’a fait que croître avec le développement de la télévision.

L’histoire d’Hollywood: la propagande pendant la deuxième guerre mondiale

Par Timothy Sexton, Yahoo! Contributor Network (USA) 29 décembre 2006 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beaucoup d’américains seraient hérissés par l’idée que les films hollywoodiens étaient aussi délibérément propagandistes que les films produits en Allemagne à l’époque du nazisme. Alors que ces films [allemands] étaient pour la plupart lourds et sans subtilité, il y eut des exceptions comme Olympia [connu en France sous le titre : Les dieux du stade], un documentaire sur les Jeux Olympiques réalisé avant-guerre par Leni Riefenstahl. Peu de gens contesteraient qu’Olympia a une valeur artistique bien supérieure à sa valeur propagandiste.

Affiche et images extraites du film Olympia

Affiche et images extraites du film Olympia

Les américains restent cependant encore réticents devant toute suggestion selon laquelle la propagande pro-américaine serait sous un aspect quelconque comparable à la propagande produite par n’importe quel pays qui serait notre ennemi du moment. Et pourtant, il suffit simplement de regarder Rambo III de Sylvester Stallone pour en avoir confirmation. Ce film dépeint comme des héros les «combattants de la liberté» en Afghanistan qui sont maintenant des terroristes connus sous le nom de Talibans.

La propagande pendant la deuxième guerre mondiale tendait à être beaucoup moins flagrante à Hollywood qu’elle ne l’était à Berlin, mais pour une seule raison. Même dans la quête d’un aussi noble objectif que d’appeler à soutenir la guerre, les dirigeants d’Hollywood gardaient un seul véritable objectif : gagner de l’argent en faisant des entrées.  Le fait que les films américains n’étaient pas que de la propagande pure et simple témoigne du bon vieil appât du gain des patrons des studios et du talent des scénaristes, des acteurs et des réalisateurs. Si les intrus de l’Office of War Information [bureau d’information sur la guerre] et du Bureau of Motion Pictures [bureau du cinéma avaient eu les coudées franches, il est à peu près certain qu’on se souviendrait aujourd’hui de peu de films relatifs à la guerre.

Là où Hollywood a le mieux réussi – ou a peut-être fait le pire – pour présenter l’idée propagandiste de Washington, c’est dans ses courts métrages et ses dessins animés.  Certains dessins animés de la Warner de l’époque ont été définitivement retirés de la circulation en raison de leur description souvent raciste ou à prédominance raciste des allemands et, spécialement, des japonais. Le fait que ces dessins animés n’aient pas passé avec succès l’épreuve du temps du point de vue artistique et sont aujourd’hui considérés comme embarrassants par les studios est en vérité une preuve suffisante pour démontrer qu’Hollywood savait ce qui se passait. A côté de ces dessins animés, toute une série de courts métrages avaient été produits montrant des vedettes d’Hollywood contribuant à l’effort de guerre, tentant d’inciter à l’achat de bons de guerre en se faisant généralement passer pour des gens ordinaires. Ces courts métrages sont à peu près aussi ridicules aujourd’hui que les dessins animés, offrant une image d’authenticité et se sincérité qui n’existait pas.

Le gouvernement cherchait à influer sur tous les aspects de la production cinématographique du temps de guerre, depuis la quantité de sang qui coulait pendant les scènes de combat jusqu’à décider si un film qui faisait d’une manière ou d’une autre la satire des valeurs américaines devait être distribué à l’étranger. (En passant, saviez vous que  [de Frank Capra avec James Stewart dans le rôle principal, NdT] avait été dénoncé dans la vraie vie par certains sénateurs à sa sortie à l’époque comme étant un-américan, anti-américain ? Ce n’est pas une blague.) Les politiciens semblaient déterminés à jouer le même jeu que leurs homologues allemands : c’est-à-dire à dépouiller complètement les films de toute valeur artistique au profit d’une propagande enthousiaste et naïve.

Heureusement, l’appât du gain l’avait emporté sur le patriotisme à courte vue. Même si une bonne partie de sous-produits oubliés dans l’instant du cinéma de propagande avait pu voir le jour, la démarche d’Hollywood pour instiller de la ferveur guerrière était incroyablement subtile. Même le film de guerre typique qui essayait de présenter une unité militaire comme un microcosme du rêve américain en y mettant un soldat de chaque groupe ethnique, à l’exception des noirs et des japonais, s’est avéré un terrai fertile pour des récits dramatiques. Le concept d’un groupe de types venant de différents milieux et s’unissant pour une cause commune a peut-être tôt fait de devenir un cliché, mais il a rarement nui à un film.

Un aspect essentiel de l’effort de guerre consistait bien sûr en l’arrivée de la main d’œuvre féminine, un fait qui se reflétera dans les films. Tout film qui se déroulait dans un contexte contemporain – qu’il traite ou non de la guerre – devait par définition tenir compte de l’absence d’hommes dans la main d’œuvre. Le résultat fut que le public féminin se voyait montrer de manière routinière des images de femmes au travail. Même si les femmes qui travaillent étaient depuis longtemps un élément de base des intrigues cinématographiques, c’est seulement avec les années de guerre que le fait qu’une femme occupe un emploi normalement exercé par un homme n’a plus fait partie intégrante de l’intrigue. La femme occupait un emploi masculin parce c’était le reflet de la réalité.

Le plus bel exemple  de la grande subtilité avec laquelle Hollywood menait une campagne de propagande est peut-être le film Casablanca, un classique du cinéma.

Humphrey Bogart et Ingrid Bergmann

Humphrey Bogart et Ingrid Bergman

Quoique considéré dans le monde entier comme étant peut-être le plus beau mélodrame jamais porté à l’écran, l’histoire sentimentale n’était pas la seule chose qu’avaient à l’esprit ses producteurs. Les cinéastes d’aujourd’hui feraient bien de regarder plusieurs fois  Casablanca avant de se lancer dans leurs projets de films de propagande; c’est un magnifique exemple de la manière dont un film peut fonctionner efficacement à deux niveaux. Tout en étant une des plus grandes romances de notre temps, Casablanca existe aujourd’hui d’abord parce que certaines personnalités puissantes d’Hollywood voulaient faire quelque chose qui pourrait convaincre l’Amérique de cesser d’être un pays qui ne prend de risques pour personne [isolationniste, NdT].

Le sionisme et l’impérialisme allemand, un texte majeur de Klaus Polkehn inédit en français

2 décembre 2012

Je vous propose un article important qui est le fruit d’un travail d’historien réalisé par Klaus Polkehn, un journaliste de l’ex République Démocratique Allemande.

Dans cet article très documenté et doté d’un appareil de notes conséquent comme il se doit dans ce genre de travail, Klaus Polkehn décrit les relations entretenues dès ses débuts par le mouvement sioniste avec l’impérialisme britannique mais surtout, on l’évoque moins souvent, allemand.

Cette proximité touchera à sa fin dans des conditions qui ont à voir avec la défaite finale de l’Allemagne pendant la première guerre mondiale. Le mouvement sioniste avait en effet fait le choix de l’Angleterre qui s’était fendue de la fameuse Déclaration Balfour par laquelle le gouvernement britannique promettait aux sionistes un territoire qui ne dépendait pas de lui mais de l’empire Ottoman qui faisait précisément partie des forces de l’Axe.

L’empereur Guillaume II aurait aimé faire une telle promesse mais il ne tenait pas à s’aliéner son fidèle allié. La défaite allemande donnera de toute façon raison aux sionistes qui avaient fait le choix de Londres contre Berlin (on sait comment par la suite, après s’être servis des Britanniques, ils se retourneront contre eux).

Une défaite de l’Allemagne que Guillaume II imputera aux Juifs, jetant ainsi les bases de l’antisémitisme (au sens de haine des Juifs) d’Etat :

 «Qu’aucun Allemand ne soit au repos tant que ces parasites ne seront pas éliminés du sol allemand et exterminés», écrit-il en 1919. Son cher baron Max von Oppenheim, exempté des lois de Nuremberg, se fera l’entremetteur entre le mufti de Jérusalem et Hitler.

Mais avant de tenir ces propos haineux, Guillaume II filait une relation plus que cordiale avec les sionistes qui misaient sur le poids politique et militaire de l’Allemagne pour arriver à leurs fins.

A la lecture de l’article de Klaus Polkehn, je n’ai pu m’empêcher de me dire que les sionistes avaient un fonctionnement assez voisin de celui qu’on observe aujourd’hui dans les entreprises capitalistes, avec des services dédiés à un objectif commun mais qui sont à la fois en synergie et en concurrence entre eux, une concurrence exacerbée par la définition d’objectifs assignés pour chacun d’entre eux et leur conception comme prestataires et clients les uns des autres.

Enfin, ce n’est pas, comme on le voit dans l’article, le président du Conseil d’Administration qui exerce la réalité du pouvoir  mais bien plutôt celui ou ceux qui ont l’oreille de la puissance impérialiste et parviennent à exercer une influence significative sur elle.

A ma connaissance, cet article n’a jamais été traduit intégralement en langue française. C’est chose faite.

Le sionisme et l’Empereur Guillaume

Par Klaus Polkehn, Journal of Palestine Studies, Vol.4 N°2 (1975) traduit de l’anglais par Djazaïri

Dès l’époque de la publication de l’Etat Juif par Theodor Herzl en 1896, le mouvement sioniste a été conscient du fait que ses buts ne pourraient être atteints qu’avec l’aide d’une ou de plusieurs puissances impérialistes. C’est pourquoi l’histoire du sionisme des débuts – c’est-à-dire de l’année 1896 à 1917 – est marqué par des efforts inlassables pour s’attirer les faveurs des puissances impérialistes. De ce fait, les différences entre puissances impérialistes se reflétaient inévitablement dans les discussions à l’intérieur du mouvement sioniste et dans les contacts noués par les sionistes avec les nations de l’époque. Ainsi, la rivalité entre l’Allemagne et la Grande Bretagne qui devenait de plus en plus aigüe avant 1914 avait son pendant dans les altercations entre factions pro-allemandes et pro-britanniques au sein du mouvement sioniste.

Theodor Herzl avait approché le Sultan Ottoman pour obtenir son soutien – il fit de même avec von Plehven le ministre russe de l’intérieur dont la politique antisémite était tristement célèbre. Il avait aussi fait des efforts particulièrement vigoureux pour obtenir la faveur de l’impérialisme allemand. Mais comme ses efforts étaient restés infructueux, il se tourna vers la Grande Bretagne en 1900, créant dans la foulée, si on peut s’exprimer ainsi, la faction pro-britannique qui sera bientôt emmenée par Chaim Weizmann.

Les fondateurs du sionisme avaient la conviction de proposer aux puissances dont ils cherchaient à s’assurer le soutien, une contrepartie alléchante pour leurs visées sur la Palestine, en l’espèce un soutien à un mouvement sioniste en phase d’élaboration. Déjà en 1896, Herzl écrivait avec franchise dans l’Etat Juif :

«Si Sa majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions en retour prendre en charge l’ensemble des finances de la Turquie. Nous formerions là-bas un mur de défense pour l’Europe en Asie, un poste avancé de la civilisation contre la barbarie.» Herzl offrait ainsi sans détours le sionisme comme agent d’une politique coloniale-impériale. Il fit encore plus clair pendant le deuxième congrès sioniste – tenu à Bâle en 1898 – quand il déclara : «L’Asie est le problème diplomatique des prochaines décennies… nous pourrions en toute modestie rappeler que nous sionistes dont les gens aiment à discuter le caractère pratique de leurs vues, nous avons reconnu et annoncé comme l’évolution en cours des rivalités européennes [i.e., la lutte impérialiste pour le partage du monde] plusieurs années avant les autres.»

L’impérialisme allemand avait participé tardivement au partage colonial du monde. Des puissances comme l’Angleterre, la France et même la Belgique et le Portugal s’étaient adjugées depuis longtemps les meilleures parties de l’Afrique et de l’Asie. L’appétit [colonial] de l’Allemagne était alors particulièrement vorace. Parmi les régions qui avaient jusque là échappé au partage colonial se trouvaient les territoires d’un empire ottoman en déclin ; ces territoires comprenaient la Syrie, la Palestine et l’Irak. En 1888 déjà, la puissante Deutsche Bank avait obtenu une concession pour une voie ferrée en Turquie, et en 1880 le premier traité de commerce et d’amitié entre l’Empire Allemand et la Sublime Porte était signé, initiant un processus qui culminera en décembre 1899 avec la conclusion du fameux accord pour la construction du chemin de fer pour Bagdad. Cette poussée de l’impérialisme allemand au Proche Orient, les sionistes la voyaient comme une occasion à ne pas manquer.

Avant la première guerre mondiale, il y avait cependant une autre raison, certes moins importante, pour laquelle le mouvement sioniste était enclin à être pro-allemand. Theodor Herzl, qui travaillait à Vienne comme journaliste, appartenait au monde germanophone et c’est en Allemagne et en Autriche qu’il fit ses premiers émules. Vers la fin du 19ème siècle, environ 600 000 citoyens de confession juive vivaient en Allemagne. En comparaison des Juifs d’Europe orientale, les Juifs Allemands étaient plus fortement assimilés, mieux éduqués et occupaient souvent de plus hautes positions sociales. Ils n’étaient pas non plus sans être influencés par l’ambiance chauvine de leur environnement qui voyait l’Allemagne comme étant la plus grande puissance européenne. Ce chauvinisme affectait la façon dont ils concevaient leur propre rôle en tant que Juifs puisque les Juifs Allemands se sentaient investis pour être les leaders naturels des communautés juives. Kurt Blumenfeld, un des plus importants dirigeants sionistes à l’époque, a écrit à ce sujet dans ses mémoires :

« … avec l’oppression qu’ils [les Juifs] subissaient en Europe orientale – tout ce qui se trouvait au-delà de la frontière russe avait pour eux le parfum de la liberté.» A la même époque, les Juifs des classes sociales élevées aux Etats Unis étaient aussi originaires d’Allemagne et lui restaient attachés culturellement, de sorte que «les masses juives se sentaient alliées de l’Allemagne au moment du déclenchement de la première guerre mondiale.»

L’élan colonialiste allemand au Moyen orient s’exprima dans le premier voyage en Orient entrepris par l’Empereur Guillaume II. Du 13 octobre au 24 novembre 1898 (juste après le deuxième congrès sioniste), l’Empereur visita d’abord Constantinople avant de se rendre en Palestine et en Syrie. Aux yeux des sionistes, ce voyage dût apparaître comme une opportunité pour s’assurer le soutien de l’impérialisme allemand.

En 1914, l'empire Ottoman englobe le Hedjaz, l'Irak, la Syrie et la Palestine

En 1914, l’empire Ottoman englobe le Hedjaz, l’Irak, la Syrie et la Palestine

Theodor Herzl attachait beaucoup d’importance aux contacts directs avec aussi bien le Sultan Abdul Hamid II que l’Empereur Guillaume II. D’s avril 1897, pendant la guerre turco-grecque, les sionistes allemands collectaient des dons au profit du Croissant Rouge turc afin d’éveiller un intérêt chez les Turcs [pour le sionisme, NdT]. Le Dr M.I. Bodenheimer, le responsable sioniste [chargé de la collecte] confirmera ultérieurement dans ses mémoires que la collecte avait été avant tout organisée «afin de montrer au Sultan les précieux services que nous pouvions lui rendre.» Herzl avait institué une commission spéciale pour la collecte, et cette commission avait lancé un appel de circonstance aux clubs sionistes. Grâce aux dons, un groupe de médecins a pu être équipé de manière adaptée et envoyé dans la zone de guerre.

En août de la même année (1897), le premier congrès sioniste se tenait à Bâle. Immédiatement après la conclusion du congrès, Herzl réussit à obtenir une invitation du Grand Duc Friedrich von Baden, en son château de Schloss Mainau. Le Grand Duc, un membre de la parenté de l’Empereur, était avant tout intéressé pour en savoir plus sur le sionisme. Pendant la rencontre, Herzl dit avoir réussi à susciter l’enthousiasme du Grand Duc pour la cause sioniste.  En tout cas, le Grand Duc parla des idées sionistes à l’Empereur Guillaume II en octobre 1898, juste avant le voyage de ce dernier en Orient. David Wolffsohn, un banquier de Cologne (qui sera plus tard élu pour succéder à Theodor Herzl à la mort de ce dernier en 1904) a rapporté ainsi la conversation entre le Grand Duc et le Kaiser :

«Le kaiser a même dit qu’il était prêt à assumer des pouvoirs de protection [protectorat] sur le nouvel Etat. On a rapporté qu’il a exprimé le souhait de recevoir une délégation de représentants sionistes à Jérusalem de sorte à ce qu’il puisse les en informer.»

L'empereur Guillaume II

L’empereur Guillaume II

Ces échanges mirent les dirigeants sionistes d’excellente humeur. Ils voyaient l’objectif de leurs espoirs se rapprocher, et ils décidèrent que Herzl, Bodenheimer (en tant que représentant des sionistes allemands) et Wolfssohn devaient aller au Proche Orient. Herzl était empli d’enthousiasme.  A Berlin, il avait déjà négocié avec le chancelier Allemand, le prince Hohenlohe, et avec Bernard von Bülow, de sous-secrétaire du ministère des affaires étrangères, et il avait la conviction qu’un Etat juif en Palestine était à portée de main. Bodenheimer écrivait :

L’ambassadeur d’Allemagne en Turquie, le maréchal von Bieberstein est… en grande estime auprès du Sultan. Il semble que la difficulté consiste à trouver une modalité pour l’Etat [juif] qui puisse garantir l’autorité suprême du Sultan… Dans une communication adressée au comte Euleburg, l’ambassadeur d’Allemagne à Vienne, Herzl avait compilé tous les points de vue de sorte à inciter le Kaiser à prendre l’affaire en main… Le retour des Juifs en Palestine apporterait culture et ordre  dans ce coin délaissé de l’Orient. Au moyen du protectorat allemand, nous parviendrions à une situation gérée de manière méthodique. Dans sa lettre, le Grand Duc a, d’après nos informations, informé Herzl que le kaiser était plein d’enthousiasme pour la cause.

L’enthousiasme de Herzl était partagé par le mouvement sioniste. On croyait qu’un Etat juif en Palestine allié avec l’Empire Allemand était à portée. Le journal sioniste Die Welt écrivait le 28 octobre 1898 son enthousiasme pour «l’Allemagne d’Orient qui apporterait le renouveau du peuple de l’ancienne Palestine.»

Le séjour à Constantinople de la délégation sioniste avait cependant quelque peu sapé ce moral élevé. Herzl fut reçu à Constantinople par Guillaume II pour une audience qui dura une heure et demie. Herzl saisit cette occasion pour faire avancer ses idées mais il ne reçut qu’une réponse évasive selon laquelle le Kaiser informerait le Sultan du point de vue sioniste.

De Constantinople, la délégation sioniste prit la mer pour l’Egypte. D’Egypte, elle partit pour la Palestine afin d’y tenir la rencontre prévue avec le Kaiser. Pendant le voyage, Herzl chargea Bodenheimer de travailler à une exposition qui serait présentée au Kaiser. Bodenheimer s’exprimera plus tard ainsi à ce sujet :

Notre imagination était invitée à se donner libre cours pour cet évènement extraordinaire. Alors, selon la parole de Dieu dans la Bible, j’exigeais le territoire situé entre le fleuve d’Egypte le Nil, bien sûr] et l’Euphrate comme étant lé région pour la colonisation juive. Dans la phase de transition, le territoire serait divisé en districts qui passeraient sous administration juive dès qu’une majorité juive serait atteinte.

Cette présentation franche du concept de Grand Israël (qui reste aujourd’hui au programme de cercles d’extrême droite en Israël) n’avait pas, pour des raisons tactiques, obtenu l’approbation de Herzl. Ce dernier avait dit à Bodenheimer le « moment n’était pas encore venu pour mes [celles de Bodenheimer] grandes idées :

Il serait plus approprié pour le moment de créer une cellule germinale à partir de laquelle un Etat pourrait se développer de façon organique. Il avait à l’esprit une société foncière dans laquelle les droits souverains et les prérogatives royales seraient, dans une certaine mesure, préservés. Nous espérions que quand le Kaiser assumerait le pouvoir sur le protectorat, ces droits de montreraient en eux-mêmes si intéressants qu’une compagnie sous charte à l’exemple de celle de Rhodésie pourrait se fonder sur eux.

L'empereur Guillaume II à Jérusalem en 1898

L’empereur Guillaume II à Jérusalem en 1898

Après les amabilités de Guillaume II pour Herzl près de la colonie de Petah Tikva au cours d’une excursion touristique, l’Empereur, alors qu’il se trouvait à jaffa, reçut la délégation sioniste le 2 novembre 1898. Là encore, Herzl s’est exprimé, concluant ainsi son propos :

«Nous prévoyons la création d’une société foncière en Syrie et en Palestine, et nous considérons notre cause comme si bonne, et si bonne la participation de ceux qui sont les plus nobles, que nous sollicitons  de votre Majesté votre aide bienveillante pour cette œuvre.»

Mais la réponse de l’Empereur dût faire l’effet d’une douche froide : les sionistes pouvaient continuer leur travail parce qu’il y avait assez de place sur ce territoire pour tout le monde. A cette époque, la réalisation du projet sioniste ne  cadrait sans doute pas avec la problématique de l’impérialisme allemand. Le ministère allemand des affaires étrangères n’était pas intéressé par l’idée de provoquer ses alliés turcs en le mettant en difficulté par le soutien à l’établissement d’un Etat juif en Palestine. Aux yeux de la diplomatie allemande, les inconvénients étaient nettement supérieurs aux avantages d’une alliance ouverte avec les sionistes.

Le résultat infructueux de son voyage en Palestine amena Herzl à se poser la question de la direction que le mouvement sioniste devait désormais emprunter. Bodenheimer a écrit :

Malgré l’échec à Jérusalem, Herzl ne voulait pas abandonner l’idée d’un protectorat allemand. A l’époque déjà, Herzl formulait l’idée que pour nous la seule question était de savoir si nous serions sous un protectorat allemand ou sous protection britannique. Si le Kaiser avait penché pour notre cause, le mouvement aurait eu une orientation allemande. La question demandait une décision dans l’avenir proche.

Herzl lui-même arriva rapidement à une décision. En 1900, il déclara au 4ème congrès sioniste réuni à Londres, «La puissante Angleterre, la libre Angleterre, nous comprendra et comprendra nos aspirations. Avec l’Angleterre, comme point de départ, nous pouvons être certains que l’idée sioniste va grandir plus forte et s’élever plus haut que jamais auparavant.» mais les leaders sionistes Allemands n’avaient, quant à eux, pas abandonné leurs efforts pour devenir des alliés de l’impérialisme allemand. C’est aussi pour cette raison qu’ils s’étaient violemment opposés au dit «Plan Ouganda ». Le gouvernement britannique, sous l’effet de la propagande sioniste et en considération de l’utilité d’une alliance avec les sionistes, avait proposé qu’une région d’Afrique (la région du Kenya actuel) soit mise à la disposition de mouvement sioniste pour la colonisation. Tandis que Herzl plaidait pour l’acceptation de cette offre, de nombreux dirigeants sionistes y étaient opposés, notamment dans la faction «allemande» pour qui l’acceptation de l’offre anglaise sonnait le glas de sa relation avec l’impérialisme allemand.

C’est ainsi que, parmi les opposants les plus déterminés au projet ougandais lors du congrès sioniste de 1903, figurait le leader sioniste Allemand, le Dr Nossig. Le projet fut finalement abandonné.

Les dirigeants sionistes Allemand n’avaient pas relâché leurs efforts dans le but d’obtenir soutien et assurances de la part du gouvernement impérial allemand. Ainsi, Bodenheimer put rencontrer Freiherr von Richtoffen, sous-secrétaire au ministère allemand des affaires étrangères, et lui dit que « il était à coup sûr dans l’intérêt de l’Allemagne de faire des Juifs d’Europe orientale ses obligés. L’ouverture de l’Orient [le Proche Orient] pour les Juifs serait un moyen par lequel  un élément capable de parler allemand pourrait être siphonné hors de Russie et de Pologne dans cette direction.

(Ce faisant, Bodenheimer se servait d’un argument qui sera plus tard adopté avec enthousiasme par les tenants d’une politique allemande d’annexion au Proche orient.) Dans sa réponse, Freiherr von Richtoffen avait recommandé, quoique de manière évasive, que les sionistes se tournent vers la Norddeutesche Zeitung (qui était considéré comme l’organe officieux du ministère des affaires étrangères) pour faire connaître leur point de vue à l’opinion.

En 1902, Bodenheimer soumit une nouvelle fois un mémorandum au ministère des affaires étrangères. Il a écrit à ce sujet : «Je faisais allusion, entre autres choses, à l’avantage économique que retirerait l’Empire Allemand des colonies sionistes. La proximité de la langue parlée par les Juifs de l’Est [ i.e. d’Europe orientale qui parlaient le Yiddish, la langue allemande de l’époque médiévale avec un apport de vocabulaire hébraïque et polonais] faciliterait l’établissement de relations commerciales et culturelles. En outre, l’influence morale [qui en résultera pour l’Allemagne] sur la communauté juive et le poids des Juifs dans le monde de la finance ne devraient pas être sous-estimés.

Fait assez intéressant, on retrouvera la même idée dans un rapport du vice-consulat d’Allemagne à Jaffa daté du 29 février 1912. On peut lire :

Dans la mesure où la langue allemande est connue des Juifs, même si beaucoup d’entre eux ne la parlent que dans une forme corrompue, il existe entre eux et l’Allemagne des liens qui sont susceptibles de se renforcer encore… il y a aujourd’hui environ 100 000 Juifs dans ce pays, dont 70 000 Askenazis [= Allemands], c’est-à-dire qui appartiennent au monde germanophone. Il y a là quelque chose d’intéressant, pas seulement pour ces colons Allemands en Palestine, mais aussi pour les milieux de l’industrie et du commerce en Allemagne.

Ce courant de pensée se renforça avec le déclenchement de la première guerre mondiale. Les idéologues de la politique impérialiste allemande au Moyen Orient saluèrent cette option avec enthousiasme. Hans Rohde, un des avocats de la stratégie du chemin de fer jusqu’à Bagdad, écrivit au sujet de l’immigration sioniste « que l’idée fondamentale – la création d’un nouvel Israël en Terre Sainte – avait trouvé une concrétisation extraordinaire…

Nous, Allemands, avons toutes les raisons d’être fiers de cet accomplissement. Non seulement a-t-il été créé par des moyens et des forces allemands pour l’essentiel, mais c’est par-dessus tout la culture et la langue allemandes qui sont actuellement représentées et cultivées dans de vaste cercles en Orient.» Rohde reliait ce fait à l’exigence que «en échange, nous, qui avons jusqu’à présent extrêmement mal jugé l’errance des Juifs d’Europe orientale, lui accordant peu d’attention, devrions les aider à trouver une nouvelle patrie là-bas. De la sorte, nous pourrions marquer trois points d’un seul coup : nous rendrions service en même temps aux intérêts allemands, turcs et juifs.»

De cette manière, les intérêts de l’impérialisme allemand et ceux des dirigeants sionistes coïncidaient à nouveau car à l’époque, les sionistes Allemands étaient de loyaux sujets Allemands de l’Empereur. Cet aspect avait bien été mis en évidence en 1913 quand il y eu des disputes à l’intérieur du mouvement sioniste autour de la langue d’enseignement pour les élèves de l’école technique juive de Haïfa. «Hilfsverein der deutschen Juden, » qui subventionnait l’école plaidait pour l’allemand. La raison en était peut-être, selon Chaim Weizmann qui exigeait l’usage de l’hébreu, « en partie le renforcement de l’influence allemande au Moyen Orient ».

Très en colère, Weizmann écrivait :

«les Allemands se sont servis de Hilfsverein der deutschen Juden avec son réseau d’écoles comme instrument de leurs intrigues au Proche Orient… l’Angleterre restait nettement en arrière dans l’ensemble de la compétition.» (Un compromis sera trouvé quand les deux langues seront reconnues à égalité).

Le soutien inconditionnel que les sionistes Allemands apportaient à la politique impérialiste allemande avait été aussi mis en relief en mai 1914, quand les délégués à la conférence de «l’Union Sioniste pour l’Allemagne, » réunis à Leipzig avaient rendu hommage à l’Empereur Guillaume II.»

Le déclenchement de la première guerre mondiale vit donc les sionistes Allemands se tenir majoritairement aux côtés du chauvinisme allemand, tandis que l’Union des Citoyens Allemands de Confession Juive (non sioniste) déclarait : »Chaque Juif doit aujourd’hui faire son devoir.» La situation dans les cercles sionistes se présentait de la manière suivante en août 1914 :

«Saisis par la fièvre guerrière générale, les Juifs de l’Empire allemand (ainsi que leurs dirigeants sionistes) passaient par une sorte d’euphorie.» La participation des dirigeants sionistes à la déferlante générale du chauvinisme allemand ne signifiait cependant absolument pas qu’ils avaient mis de côté leurs objectifs propres. Au contraire, ils étaient tout aussi euphoriques pour leurs projets sionistes. Le Dr Arthur Hantke, le responsable sioniste, déclarait quelques jours après le début de la guerre, lors d’une réunion tenue à Berlin en présence des dirigeants sionistes : «L’action sioniste doit de poursuivre comme si rien ne s’était passé.»

Mais quelque chose s’était passé ; une guerre impérialiste avait éclaté et les sionistes, quel que soit le camp pour lequel ils voulaient prendre parti, y voyaient une chance d’échanger leur soutien contre une promesse sur la Palestine. Pour les sionistes Allemand, le déclenchement des hostilités entre les empires russe et allemand présentait des aspects particulièrement intéressants. L’importante population juive des régions d’Europe orientale pour lesquelles on se battait – des régions que l’impérialisme allemand voulait annexer –n’éprouvait guère de sympathie pour l’Empire Russe et sa politique de pogroms. Bodenheimer écrivait :

«En conséquence, je pensais que la révolution imminente à l’est de l’Europe pouvait être utilisée en faveur d’une nouvelle orientation politique pour les Juifs Polonais et Russes.»

Bodenheimer et les autres dirigeants sionistes étaient d’opinion que l’organisation sioniste devrait se fixer la tâche d’obtenir des Juifs Polonais et Russes qu’ils coopèrent avec les troupes allemandes  dans leur progression. En échange, le gouvernement allemand soutiendrait les plans concernant la Palestine. Cette attitude correspondait par ailleurs à l’idée très répandue chez eux que les sionistes Allemands étaient appelés à assumer la direction des Juifs d’Europe orientale. Le responsable sioniste Blumenfeld écrivait à ce propos : « Les Juifs Russes et Polonais doivent être dirigés par nous. »  Puis, il ajoutait : «Le mouvement sioniste n’est une organisation démocratique qu’au sens statutaire.

En réalité, la minorité qui est constituée de sionistes Occidentaux devrait imprimer sa marque sur le mouvement.» Cette attitude était une variante sioniste du fameux slogan chauvin allemand : «Le monde sera organisé par le génie allemand.»

Les dirigeants sionistes, Bodenheimer, Friedmann et Motzkin s’étaient eux-mêmes réunis depuis le déclenchement de la guerre mondiale dans le but de concrétiser la collaboration sioniste-impérialiste. Suite à des contacts pris avec le ministère allemand des affaires étrangères, ce dernier avait créé un département appelé «Abteilung für Jüdische Fragen» (Division des Affaires Juives).

D’origine russe, Nahum Goldmann, qui deviendra plus tard président du Congrès Juif Mondial, vivait alors en Allemagne, et il rejoignit le service ministériel de la propagande à l’instigation du Dr Ernst Jaeckh.  Ce service deviendra un département permanent du ministère des affaires étrangères sous la direction du professeur Moritz Soberheim. Goldmann était, de par sa fonction officielle dans ce département, en contact constant avec les dirigeants sionistes, le Dr Arthur Hantke et Kurt Blumenfeld puisque, écrit-il dans ses mémoires, «J’essayais, dans le cadre de mon activité, de m’occuper moi-même de la question de Palestine.»

Dans le même temps, la direction sioniste berlinoise avait déjà noué des contacts avec un comité formé par le grand patron Mannesmann (qui avait acquis une importance particulière du fait de ses intérêts en Afrique du Nord et dans le monde arabe). Mannesman avait travaillé sur un projet d’appel en direction des Juifs Polonais. Bodenheimer, Friedemann et Motzkin avaient cependant recommandé aux sionistes de rompre les contacts avec le comité Mannesman de sorte à concentrer tous les efforts sur les personnes qui leur semblaient en position d’autorité.

Ils travaillèrent sur leur propre projet [d’appel] que Motzkin traduisit ensuite en yiddish avant de le soumettre à Herr von Bergen, conseiller aux questions polonaises au ministère des affaires étrangères. Ce projet deviendra par la suite la base d’un appel qui sera publié par l’état-major allemand.

A ce moment, les plus importants responsables sionistes avaient établi un Comité pour la Libération des Juifs Russes dont le président était le directeur de banque Franz Oppenheimer et dont l’adjoint était Bodenheimer. Le Dr Arthur Hantke avait été désigné pour assurer la liaison entre le comité et l’exécutif sioniste. Le comité s’était lui-même installé à Behrenstrasse à Berlin où il se mit rapidement au travail. A côté du soutien apporté aux plans d’annexion en Europe orientale de l’impérialisme allemand, et des démarches pour obtenir l’approbation du projet pour la Palestine ; les relations avec l’Organisation Sioniste Mondiale devaient être maintenues malgré la situation de guerre. Le siège de la direction sioniste était établi à Berlin depuis 1911.

Mais pour la durée de la première guerre mondiale, un bureau de liaison sioniste avait été installé à Copenhague, la capitale du Danemark, un pays neutre, afin de maintenir le contact entre les sionistes des deux côtés du front. Les autorités allemandes avaient rapidement reconnu l’intérêt d’utiliser les connexions internationales du mouvement sioniste. Bodenheimer écrivait : «Les relations avec le ministère des affaires étrangères avait permis d’obtenir certains avantages pour les sionistes. J’avais ainsi pu fournir des passeports pour Copenhague à certains responsables du bureau central sioniste… Ca m’avait aussi donné la possibilité de faire rentrer en Palestine le Dr Mossinsohn, directeur de l’école secondaire hébraïque de Tel Aviv.

 Les personnages importants de l’Empire Allemand accordaient ce genre de faveurs aux sionistes parce qu’ils pensaient avoir la possibilité d’en retirer des gains politiques à l’international. De nombreux Juifs avaient émigré aux Etats Unis et il y avait l’espoir qu’ils puissent avoir une influence considérable sur la politique américaine. Déjà, au début de la guerre, l’état-major impérial avait envisagé d’envoyer une ‘Mission d’Erudits Juifs’ aux Etats Unis avec l’intention d’informer les Juifs Américains sur l’Allemagne.» Mais comme ce projet ne s’était pas matérialisé, la Marine Impériale l’avait repris en main. Bodenheimer rapporte :

qu’à l’instigation de von Meyrowitz, qui était un agent de Nord-Deutsch Lloyd, la marine Impériale voulait envoyer un homme digne de confiance en Amérique du Nord pour faire en sorte que les Juifs qui vivent là-bas soient bien disposés à l’égard des puissances de l’Axe. Dans la mesure où cela correspondait à nos intentions, nous avions immédiatement contacté le Dr Jaeckh de la Marine Impériale pour nous arranger avec lui pour l’envoi deux de nos hommes de confiance en Amérique du Nord. Les dépenses de cette délégation étaient assumées par la marine Impériale…

Cette entreprise sioniste, mais avant tout  de pure propagande pro-allemande avait coûté à la marine Impériale pas moins de 20 000 marks or.

Une partie de la direction sioniste allemande se sentit cependant appelée à restreindre ses activités pro-allemandes, après la prise de position du « Comité Supérieur d’Action » des sionistes à Copenhague contre le travail des sionistes dans le Comité pour la Libération des Juifs Russes. Le Comité Supérieur d’Action avait exigé une stricte neutralité, du fait en particulier que le décision en faveur soit de l’Allemagne, soit de l’Angleterre qu’avait exigée Herzl n’avait pas encore été prise à ce stade. Un rappel semblable à rester neutre avait aussi été adressé à des dirigeants sionistes actifs en Angleterre (Chaim Weizmann et Jabotinsky). Dans cet ordre d’idées, il faut mentionner un débat de même nature entre dirigeants sionistes qui se tint été 1913 à Paris, et qui fut aussi sans conséquences. Max Nordau, l’ami de Herzl et un des leaders du sionisme, avait recommandé de se tourner vers l’Angleterre, tandis que Bodenheimer avait plaidé une politique pro-allemande. Finalement, Nordau avait conclu que l’Angleterre «ne permettrait jamais à l’Empire Allemand de mettre un pied en Asie mineure car ce serait une menace pour la route vers l’Inde.»

Beaucoup de sionistes militants ne se sentaient cependant pas liés par la pétition de neutralité de Copenhague. En Angleterre, Chaim Weizmann travaillait étroitement avec le gouvernement britannique et rendait de bons services dans la production d’armement dans l’espoir de recevoir une promesse pour la Palestine.

En Egypte, pendant l’hiver 1915, Josef Trumpeldor organisait le premier contingent militaire juif de l’armée britannique – le « Zion Mule Corps» qui servira pendant l’offensive britannique sur les Dardanelles. En 1916, Vladimir Jabotinsky entamait des démarches à Londres pour mettre en place une Légion Juive, tandis qu’en Palestine même, les dirigeants du mouvement sioniste étaient parvenus, au début de la première guerre mondiale, à « un accord avec le gouvernement turc pour lever une Légion Juive afin de protéger le pays. Deux représentants de ces cercles – Yitzhal Ben-Zviqui sera plus tard président d’Israël] et David Ben Gourion [qui sera par la suite premier ministre pendant de longues années] avaient proposé en novembre 1914 au commandant en chef turc la mise en place d’une légion de volontaires Juifs avec une clause stipulant que cette légion resterait dans le pays [en Palestine] pendant la durée de la guerre, et serait réservée à la défense de sa population en cas d’attaque. La proposition avait été acceptée par le conseil militaire.»

Le paragraphe parlant de «défense en cas d’attaque» ne pouvait concerner que la marche de troupes britanniques en Palestine. Cependant, comme les autorités turques annulèrent par la suite leur consentement et prirent des mesures contre les fondateurs de la légion alors qu’elle s’était déjà déployée sur des positions, Ben-Zvi et Ben Gourion s’enfuirent en Amérique où ils plaidèrent à nouveau pour la formation d’une Légion Juive, mais cette fois pour combattre avec l’Angleterre contre les Turcs !

Jamal Pacha

Jamal Pacha (à droite sur la banquette arrière) et le général allemand Erich von Falkenheyn en Palestine en 1917

En réponse à la formation de la Légion Juive en Angleterre, Jamal pacha, le commandant en chef Turc pour la Syrie et Palestine, édicta un ordre d’évacuation des colons Juifs établis en Palestine. Un développement qui amena une fois de plus les sionistes Allemands à se mobiliser pour protéger les colonies sionistes en Palestine.

«Le seul moyen d’empêcher une catastrophe,” écrivait Nahum Goldmann, «consistait en une intervention forte de l’Allemagne.» Les tentatives officieuses faites par les cercles allemands de Constantinople restaient sans suite… «jusqu’à ce que finalement l’empereur Guillaume lui-même fut persuadé d’essayer d’obtenir l’annulation de l’ordre [de Jamal Pacha]. Ce qui fut d’un grand secours.»

Beaucoup de dirigeants sionistes Allemands ne se sentaient pas tenus à la neutralité. Cependant, la hiérarchie militaire allemande était maintenant beaucoup moins intéressée par la Palestine que par le front russe. Bodenheimer et plusieurs autres sionistes se rendirent sur le front oriental où ils furent reçus au quartier général du front est par le général Ludendorff et aussi ensuite par le maréchal von Hindenburg. Evoquant cette rencontre, Bodenheimer écrivait que Ludendorff

…avait montré un vif intérêt pour notre entreprise. Il avait salué notre intention d’informer la population juive de la situation politique et de la perspective d’une amélioration de leur condition en cas de victoire des puissances de l’Axe. Nous lui avions proposé d’envoyer nos hommes de confiance dans les territoires occupés afin de faciliter la compréhension entre l’armée et les Juifs [et, faut-il souligner, de diffuser la propagande sioniste auprès des Juifs d’Europe orientale.]

Cette collaboration entre les dirigeants sionistes et Ludendorff avait quand même un élément piquant. A la fin de l’automne 1914, Ludendorff avait déjà, en qualité commandant des armées impériales en Europe orientale, émis un appel en langue yiddish «à mes chers Juifs en Pologne.» Dans cet appel, il promettait que les armées allemandes leur apporteraient la liberté.

Ludendorff avait froidement calculé les effets de cette proclamation. En premier lieu, il cherchait à introduire la division dans la population des territoires occupés, notamment en relevant le statut des Juifs, de sorte à faciliter l’imposition de la politique d’oppression des autorités militaires allemandes. En outre, il entretenait l’espoir que la langue yiddish serait au service de la politique allemande d’occupation.

Pourtant Ludendorff, ce partenaire des sionistes Allemands (selon la volonté de l’aumônier Juif de l’armée allemande, le rabbin Rosensack, son nom avait été donné à une cantine juive populaire deKowno), était également un des antisémites Allemands les plus notoires. Il avait été des premiers amis et émules d’Adolf Hitler et il avait participé activement au putsch d’Hitler à Munich en novembre 1923. Ludendorff, dont les pseudo-théories antisémites feront partie intégrante du fascisme allemand, écrivait quatre ans après la fin de la première guerre mondiale des absurdités de ce genre : «Les hauts dirigeants du peuple juif ont travaillé main dans la main avec la France et l’Angleterre. Ils voyaient la guerre à venir [celle de 14-18] comme l moyen qui leur permettrait d’atteindre leurs objectifs politiques et économiques… à cette fin, le peuple juif avait besoin de la défaite de l’Allemagne.»

Les échecs des troupes allemandes sur le front de l’est, n’avaient cependant pas permis aux assistants sionistes de Ludendorff d’obtenir des succès dignes de ce nom. Entre temps, le gouvernement allemand avait refusé de s’engager avec les sionistes sur la Palestine.

Par contraste, les sionistes qui activaient en Angleterre avaient eu plus de réussite. Le 1er novembre 1917, la déclaration Balfour était publiée et l’orientation du mouvement sioniste était dorénavant décidée. L’homme derrière la déclaration était Chaim Weizmann qui avait fondé ses choix pro-britanniques avec des arguments semblables aux propositions que Herzl avait faites à Guillaume II et aux sionistes Allemands.

Nous pouvons raisonnablement dire que si la Palestine passait dans la sphère d’influence britannique, et si la Grande Bretagne encourageait la colonisation juive là-bas, nous pourrions avoir d’ici vingt à trente ans un million de Juifs sur place ; ils développeraient le pays, le ramèneraient à la civilisation et seraient un poste de garde très efficace pour le canal de Suez.

La déclaration Balfour embarrassait les sionistes Allemands aussi bien que le gouvernement allemand. Weizmann déclarera plus tard :

D’un autre côté, le gouvernement allemand était profondément affecté par le parti que pouvait en retirer le gouvernement britannique. Il interpella tous nos représentants en Allemagne pour essayer de leur explique que le gouvernement allemand aurait fini par faire la même chose, mais qu’il n’avait pu [encore] le faire à cause de son alliance avec la Turquie qui l’obligeait à avancer lentement sur ce dossier.

Le 5 janvier 1918, le ministère allemand des affaires étrangères transmettait au professeur Otto Warburg et au Dr Arthur Hantke, des membres de la direction sioniste qui siégeaient à Berlin, une note explicative où on lisait :

«En ce qui concerne l’entreprise de la communauté juive et des sionistes en particulier, nous saluons… particulièrement l’intention du gouvernement impérial ottoman de promouvoir le développement d’une colonie juive en Palestine par la garantie de la liberté d’émigration et de colonisation dans la limite des capacités d’absorption du pays. Le gouvernement impérial ottoman, qui a toujours fait preuve d’une attitude amicale à l’égard des Juifs, leur accorde une autonomie régionale et le libre développement de leur culture en accord avec les lois du pays.»

Cette déclaration n’était qu’une manière d’essayer de se tirer d’embarras et restait bien en deçà de la Déclaration Balfour. Sur le front de Gaza, les troupes turques et les contingents allemands battaient en retraite et le rêve allemand d’exercer une emprise impériale en Orient disparaissait. Il n’y eut pas de réaction visible de la part des sionistes allemands à la déclaration du ministère allemand des affaires étrangères. Il était loin le temps où les sionistes faisaient des déclarations de ce genre : «Je comprends le sionisme comme étant avant tout in des grands mouvements européens d’expansion… Nous voyons l’avenir de l’empire turc comme allant avec le destin futur de l’Allemagne.»

Une des conséquences de la défaite de l’impérialisme allemand dans le première guerre mondiale fut la perte d’influence de la faction pro-allemande du mouvement sioniste au profit des éléments pro-britanniques. En 1920,le rassemblement qui s’était tenu après la conférence sioniste annuelle à Londres avec les interventions de Lord Balfour, de Weizmann, de Lord Rothschild et de Max Nordau, avait été une cause de dépit pour Bodenheimer qui écrivait : «Même en cette occasion, les sionistes Allemands avaient été exclus. Sinon, il aurait été de bon ton de donner la parole au professeur Warburg qui était le président de l’Organisation Sioniste Mondiale.» Bdenheimer ajoutait ces quelques mots :

«Nordau avait souligné dans son discours l’importance politique et militaire de l’Etat juif pour la sécurité du canal de Suez.»

Judith Butler et le Musée Antijuif de Berlin

16 septembre 2012

Dans le cadre du cycle de formation sur la hasbara (pédagogie du mensonge sioniste), j’ai traduit ce papier du Jerusalem Post qui se veut une dénonciation de l’accueil fait par le musée juif de Berlin à Judith Butler, une intellectuelle américaine connue qui ne cache pas ses positions en faveur du Boycott, des Sanctions et du Désinvestissement(BDS) contre le régime sioniste.

Judith Butler

On comprend d’ailleurs incidemment que Judith Butler est juive puisque le recours à des personnalités juives antisionistes nous est présenté comme un des procédés auquel a recours le nouvel antisémitisme, particulièrement en Allemagne.

Il en va de même pour les prix décernés à des intellectuels Juifs hostiles au sionisme…

De fait, il existe une conscience de plus en plus aigüe dans l’entité sioniste du fait que des citoyens du monde, ainsi que des intellectuels, toujours plus nombreux considèrent leur Etat comme se comportant de manière anormale.

Ce phénomène est pour l’instant compensé par un renforcement de l’emprise sur les élites politiques, le problème étant qu’elle est de plus en plus voyante parce qu’après le dîner du CRIF, il reste quelques taches indélébiles sur la chemise de certains. Et que certains en ont peut-être assez de faire la guerre pour l’Etat juif et d’avoir par sa faute un pétrole à 100 dollars le baril en ce moment.

Réfléchissez seulement aux noms des intellectuels qui soutiennent l’entité sioniste et vous observerez qu’ils représentent le plus souvent ce qu’il y a de plus médiocre. En France, nous avons Bernard-Botul-Henri Lévy, Alain Finkelkraut (moins mauvais philosophe que le premier, il fait un bon professeur de classe de terminale ou de premier cycle universitaire), beaucoup de gens de la tribu en réalité, puis toute une cohorte d’éditorialistes qui craignent d’être virés de leur canard ou du petit écran. La preuve en étant précisément le sort de ceux qui ont osé dire quelques vérités : licenciés, interdits de télévision, de salles de conférences ou de salles de spectacles.

En fait cet article du Jerusalem Post est proprement délirant et on y lit même une volonté d’obtenir le limogeage de Michael Blumenthal, le directeur américain qui aurait transformé ce musée juif en musée antijuif.

Et il recourt à un certain nombre de procédés en usage chez la clique sioniste : le chantage à l’antisémitisme, la menace, les citations tronquées ou carrément inventées, le travestissement des faits historiques dans le cas ici de la question du boycott des commerces juifs par l’Allemagne nazie.

Le Musée Juif de Berlin accueille une manifestation qui appelle au boycott d’Israël

Par benjamin Weinthal, Jerusalem Post 16 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’institution juive reçoit Judith Butler, qui renouvelle son soutien au mouvement BDS; un auditoire de 700 personnes acclame l’appel au boycott.

Berlin – Le Musée Juif de Berlin, dont la renommée est internationale, a accueilli une table ronde de discussion ce samedi avec l’universitaire américaine Judith Butler qui a renouvelé ses appels à boycotter Israël. Il semble que ce soit la première manifestation anti-israélienne à se tenir dans le musée juif depuis son ouverture en 2001 avec pour mission de faire connaître l’histoire bimillénaire des Juifs en Allemagne. Au moins 700 personnes participaient à l’évènement.

La décision de ce musée financé par le contribuable allemand de lui donner une tribune dans la capitale, qui a servi à l’époque nazie comme rampe de lancement d’un mouvement de boycott contre les entreprises judéo-allemandes, a suscité des froncements de sourcils par rapport au management du musée par sa direction.

Dans un courriel samedi au Jerusalem Post, le professeur Gerald Steinberg, qui est à la tête d’ONG Monitor à Jérusalem [une officine qui surveille les ONG], a qualifié l’institution culturelle de «Musée Antijuif de Berlin.»

Le musée antijuif de Berlin

Butler, une professeure d’analyse du discours et de littérature comparée à l’université de Californie, Berkeley, a déclaré devant le public massé dans la cour du musée qu’elle accepte une «version du boycott» contre Israël, et a souligné que le mouvement pour le Boycott, les Sanctions et le Désinvestissement (BDS) est une «résistance non violente» contre Israël. Elle a soutenu que ‘’1 000 organisations juives’’ étaient d’accord avec elle.

L’auditoire en majorité allemand a souvent applaudi Butler à tout rompre pendant les deux heures qu’a duré la table ronde intitulée ‘’Le sionisme appartient-il au judaïsme ?’’ Le panel de discussion avec Butler avait suscité la controverse avant sa tenue samedi, ce qui avait amené le modérateur prévu, Jacques Schuster, un journaliste du quotidien Die Welt à annuler sa participation à la manifestation parce qu’une ‘’discussion équilibrée’’ avec Butler n’est pas possible et que ses opinions sur Israël sont plus que ‘’farfelues.’’

La ville de Francfort s’est retrouvée plongée dans trois semaines de dispute par rapport à la décision des services culturels de la ville de rendre hommage à Butler le 11 septembre avec le prestigieux prix Theodor Adorno pour l’excellence dans le domaine des humanités.

Steinberg, dont l’organisation sert d’observatoire des organisations anti-israéliennes publiques ou privées, a écrit au Post que ‘’l’attribution du prix Adorno à Judith Butler est une mascarade du point de vue moral, et la décision du Musée Juif de Berlin de l’accueillir est une grossière insulte de plus faite au peuple Juif.’’

Il a ajouté : ‘’Butler épouse des causes comme la campagne BDS, effaçant ainsi le terrorisme de masse (‘sa version de la non violence’) et, comme le Hamas et le Hezbollah, vise explicitement à détruire Israël.’’ Cette plateforme [BDS] incarne l’antithèse de tous les principes des droits de l’homme adoptés à l’ombre de l’holocauste.’’

Dans un courriel au Post, Cilly Kugelmann, la directrice du Musée, écrit ‘’Nous nous définissons… comme un forum de discussion et de débat sur des thèmes historiques et pertinents [par rapport à l’objet du musée].’’ Elle écrit que le musée considère que sa mission est de traiter de la ‘’vie juive au pays et à l’étranger, ainsi que des  relations entre juifs et non juifs.’’

Interrogée par le Post sur le soutien apporté par Butler aux boycotts contre Israël et ses propos ostensiblement amicaux à l’égard du Hezbollah et du Hamas, Kugelmann a ajouté que ‘’dans notre équipe il y a diverses attitudes et positions.’’ Elle a refusé de répondre à des appels téléphoniques et à d’autres requêtes par courriel sur la question de savoir que les membres de l’équipe du musée partageaient les points de vue pro-BDS de Butler ainsi sue ses descriptions du Hezbollah et du Hamas comme des organisations progressistes de gauche.

Katharina Schmidt-Narischkin, porte-parole du Musée Juif, a déclaré vendredi au Post que le public n’était pas autorisé à poser des questions à Butler sur le Hamas et le Hezbollah. Elle a écrit au Post samedi qu’il n’y aurait pas de ‘’questions du public.’’ Le musée a cependant recueilli par écrit les questions du public à la fin de la table ronde et les a triées avant soumission.

Butler avait suscité de vives critiques en Allemagne, en Israël et aux Etats Unis à cause de ses propos lors d’une manifestation “Teach-in Against War où elle affirmait que ‘’Comprendre le Hamas/Hezbollah en tant que mouvement sociaux qui sont progressistes, qui sont à gauche, qui font partie de la gauche dans son ensemble est extrêmement important.’’ Dans un courriel adressé au Post en août, elle avait nuancé ses assertions et dit que sa description ne signifiait pas qu’elle approuve le Hamas et le Hezbollah et elle rejette les mouvements violents.’’ ‘’Je n’ai jamais pris position sur l’une ou l’autre organisation,’’ écrivait Butler. Elle a refusé de répondre aux demandes du Post pour connaître son point de vue exact sur les deux organisations islamiques radicales.’’

Dans une lettre au Post, Michael Blumenthal, l’Américain qui supervise la direction exécutive du musée, écrit que ‘’le musée ne prend pas position sur des questions politiques, que ce soit en Allemagne, en Israël ou ailleurs.’’ Il ajoute que ‘’nous pensons qu’une discussion honnête et équilibrée des sujets qui ont trait à notre mission sont importants et dans l’intérêt du public. Le Musée Juif de Berlin fait cependant clairement et sans équivoque savoir que les opinions exprimées par les orateurs sont les leurs – et seulement les leurs.’’

Steinberg a répondu que ‘’les tentatives de Blumenthal pour justifier ce genre de comportement sur la base du débat équilibré et démocratique et de la liberté d’expression est aussi creuse moralement que la défense de Butler. Tant que Blumenthal restera en poste, cette institution sera connue comme le musée antijuif de Berlin.’’

Blumenthal observait dans da lettre que la présence du Dr. Micha Brumlik dans la discussion faisait contrepoids à Butler. Pendant le panel de discussion, Brumlik, un professeur juif libéral de pédagogie, a plaidé contre les actions BDS contre Israël, mais il a été dépassé et n’a pas été pris au sérieux par une audience largement acquise à Butler.

Une universitaire juive allemande présente à la manifestation a exprimé sa consternation quant au cours de la discussion au musée. Elle a déclaré au Post que ‘’l’antisionisme est énorme en Allemagne’’ et que le contexte historique et politique est différent en Allemagne.

Des esprits critiques en Allemagne soutiennent depuis longtemps que les organisations et les politiciens non juifs décernent souvent des prix à des juifs antisionistes et anti-Israël pour exprimer leurs préjugés contre l’Etat juif et éviter de la sorte d’être accusés d’antisémitisme ou de préjugé.

Phyllis Chesler, professeure émérite de psychologie et d’études féminines à la City University de New York, a écrit par courriel au Post que «ce que les comités de Berkeley et du prix Adorno retiennent sont ses prises de positions antisionistes très visibles et publiques qui, en cette phase de l’histoire, constituent une partie de l’objet du « nouvel antisémitisme.’

Chesler, qui a écrit sur les professeurs anti-Israël, a ajouté que les universitaires comme Butler « sont récompensés pour leurs opinions politiques – qui sont la réalité de leur œuvre.’’


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