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La route de la Turquie reste ouverte pour ceux qui veulent combattre en Syrie

31 octobre 2013

L’article que je vous propose évoque le transit par la Turquie de combattants qu’on qualifie de «djihadistes» et qui veulent rejoindre les milices qui combattent le régime syrien.

Ce que montre l’article, c’est que ce transit est organisé avec des hommes qui assurent l’acheminement et le contrôle des futures recrues, pour détecter la présence d’espions éventuels, s’appuyant pour cela sur tout un réseau de planques en Turquie, notamment le long de la frontière syro-turque.

L’article n’affirme pas que le gouvernement turc participe à cet acheminement de combattants étrangers, mais suggère qu’il ferme au minimum les yeux.

On retiendra les pauvres arguments de la police turque pour justifier son incapacité à endiguer l’entrée en Syrie de voyageurs à qui on ne peut rien reprocher du fait que leurs papiers sont en règle!

Ce qui est certain par contre, c’est que les autorités turques ont perdu le contrôle d’un phénomène qu’elles ont tout fait au départ pour encourager.

Et que certaines agglomérations du sud-est du pays sont désormais sous le contrôles des milices djihadistes de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Comme je l’écrivais tantôt, des lendemains douloureux attendent le gouvernement turc quand la crise syrienne sera terminée (et peut-être même avant) et ce, quelle que soit l’issue de cette crise, que Bachar al-Assad reste en place ou pas.

Les recrues d’al Qaïda pénètrent en Syrie à partir de leurs planques en Turquie

Des djihadistes étrangers – dont des Britanniques – affluent en Syrie pour rejoindre al Qaïda à partir de planques en Turquie

par Ruth Sherlock, The Daily Telegraph (UK) 31 octobre 2013

Des centaines de recrues d’Al-Qaïda sont accueillies dans des centres d’hébergement dans le sud de la Turquie, avant d’être transférées clandestinement vers la frontière pour mener le « djihad » en Syrie, a appris le Daily Telegraph.

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Le réseau de planques permet à un flux régulier de combattants étrangers – dont des britanniques et des Australiens – de participer à la guerre civile en Syrie, selon plusieurs personnes impliquées dans le dispositif.

Ces djihadistes étrangers ont largement éclipsé l’aile «modérée» des rebelles de l’Armée Syrienne Libre (ASL) qui a le soutien de l’Occident. La capacité d’al Qaïda à utiliser le territoire turc va soulever des interrogations sur le rôle que joue ce pays membre de l’OTAN dans la guerre civile en Syrie.

La Turquie soutient les rebelles depuis le début – et on supposait que son gouvernement partageait les préoccupations occidentales au sujet d’al Qaïda. Mais des spécialistes disent qu’on craint de plus en plus le risque que la Turquie puisse avoir perdu le contrôle des mouvements des nouvelles recrues d’al Qaïda – voire même qu’elle ferme les yeux.

«Chaque jour arrivent des moudjahidine de toutes nationalités,» déclare Abu Abdulrahma, un bénévole Jordanien qui supervise le flux de combattants étrangers. Il gère un réseau de centres d’accueil dans le sud de la Turquie pour les volontaires qui souhaitent rejoindre la branche d’al Qaïda en Syrie, connue sous l’appellation d’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il s’exprimait depuis une planque d’al Qaïda, au moyen du compte Skype d’un intermédiaire tout en étant écouté par des volontaires de plusieurs pays, dont la Grande Bretagne.

Une fois que le volontaire est arrivé en Turquie, il y a des «procédures» avant qu’il puisse rejoindre al Qaïda, explique Abu Abdulrahman: «Si vous voulez entrer [dans al Qaïda], vous devez être un bon musulman. Nous devons enquêter pour être sûrs que vous n’êtes pas un espion. Si vous êtes étranger, quelqu’un de notre réseau doit vous recommander,» dit-il.

Ces planques sont en général des appartements loués sous de faux noms dans des villages proches de la frontière turque avec la Syrie. Les recrues doivent parfois attendre des semaines avant d’être autorisées à franchir la frontière. Les logements sont aussi utilisés comme lieux de repos pour les combattants d’al Qaïda qui reviennent du front syrien.

Il y peut-être 10 000 combattants étrangers en ce moment en Syrie, selon des experts. Certains sont des vétérans endurcis par la guerre en Irak, d’autres sont des jeunes «des bleus du djihad» et une part significative d’entre eux vient de pays occidentaux.

Abu Abdullah, un volontaire Australien, dit être parti pour aller combattre en Syrie parce qu’un «mode de vie occidental est contre l’Islam», Il a aussi été révulsé par les atrocités commises par le régime du président Bachar al-Assad.

« Quand vous voyez des femmes et des enfants – n’importe quel être humain – être abattus ou violés ou tués devant leurs pères et leurs familles, tout simplement parce qu’ils prient Dieu [Allah], vous devez être ému par leur humanité. Le prophète Muhammad a dit que si une partie du corps est blessée, alors le reste du le corps ne peut connaître le repos. Si une seule personne est blessée et si quelque chose va contre l’Islam, nous avons le devoir de réagir.»

Mais Abu Abdullah hésite quand il essaye de se rappeler un passage du Coran [justifiant ses dires, NdT]: «Je suis désolé, je ne suis pas le plus compétent des musulmans. Dieu, pardonne-moi pour cela « , dit-il.

Charles Lister, d’IHS Jane’s, un consultant défense, déclare: «Il existe de fortes présomptions sur le fait que le nombre de djihadistes en Syrie est en augmentation. Si on examine par exemple la nature de la présence de l’EIIL, l’aire géographique de présence des étrangers est en expansion. Ce qui a probablement un rapport avec la facilité avec laquelle les recrues peuvent traverser la frontière.»

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Un autre analyste dit que la Turquie «ferme les yeux» devant le nombre de combattants étrangers qui entrent en Syrie via son territoire, y compris en passant par Antakya, la capitale de la province limitrophe de Hatay. Le résultat, ajoute-t-il, est que les djihadistes sont devenus une épine dans le pied de la Turquie, ayant pris de facto le contrôle de villes et de villages proches de la frontière.

Les officiels Turcs contestent ces affirmations avec véhémence et mettent l’influx de combattants à l’échec de la communauté internationale à mettre fin à la guerre en Syrie. «Nous n’avons jamais été laxistes sur ce problème. Nous ne tolérons pas la présence d’extrémistes et d’éléments terroristes sur notre sol,» déclare un officiel Turc. «Si des djihadistes sont passés [par notre territoire], c’est à notre insu et hors de notre contrôle. La présence d’extrémistes en Syrie est un motif de préoccupation pour la Turquie et d’autres pays – et la raison pour laquelle le nombre de djihadistes en Syrie continue de croître en Syrie tient à l’échec de la communauté internationale à résoudre la crise actuelle.»

Cet officiel appelle les pays étrangers à ne pas «pointer seulement la responsabilité» de la Turquie et à oeuvrer à renforcer la surveillance de leurs citoyens qui pourraient vouloir aller en Syrie: «Sauf si on nous donne des informations sur l’appartenance de ces gens à al Qaïda, à une organisation terroriste, sur quelle base juridique pouvons nous les stopper s’ils voyagent avec un passeport valide?»

La police turque essaye de fermer les planques d’al Qaïda en faisant des descentes dans les appartements où des renseignements ont signalé une présence d’al Qaïda. Et les autorités turques ont commencé à améliorer la qualité des contrôles à la frontière. Mais avec plus de 800 kilomètres de frontières communes entre la Turquie et la Syrie, et avec le grand nombre de djihadistes étrangers qui arrivent dans le pays, les autorités ont été pour l’instant incapables de couper le robinet. Si la police arrête quelqu’un, elle ne peut pas l’incarcérer ni le renvoyer dans son pays d’origine parce qu’il est difficile de prouver qu’il est membre de l’EIIL, jubile un djihadiste.

Dans la ville frontalière de Kilis, à trois heures de route d’Antakya, les djihadistes se sentent suffisamment à l’aise pour siroter le café dans les halls d’hôtels en discutant tranquillement avec leurs collègues. Cette semaine, le Telegraph a discuté avec un membre de l’EIIL dans uns de ces hôtels, Que la Turquie le veuille ou pas, «elle a été très bonne avec nous,» dit en clignant de l’oeil le djihadiste qui souhaite rester anonyme.

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Armes chimiques en Syrie, les premières inculpations.

13 septembre 2013

Le gouvernement turc est un des plus fermes soutiens à l’opposition syrienne armée à laquelle il fournit une aide multiforme.

Il n’empêche que la justice turque vient d’inculper un «rebelle» syrien dont une des activités consistait à acheter des substances chimiques dont certaines qui entrent dans la composition du gaz sarin.

Le sarin est ce gaz de combat que les forces gouvernementales syriennes sont accusées d’avoir utilisé en août dernier dans la périphérie de Damas.

Laurent Fabius devrait aller expliquer à la justice turque qu’elle fait fausse route et que c’est Bachar al-Assad quelle devrait inculper.

 

Des groupes de rebelles syriens ont essayé d’acheté des composants d’armes chimiques, affirment des procureurs

ADANA – Doğan News Agency, Hürriyet (Turquie) 12 septembre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un procureur a bouclé le 12 septembre son acte d’inculpation dans le cadre d’une enquête sur les substances chimiques saisies dans la province méridionale de Hatay. Il affirme que des groupes de rebelles djihadistes syriens avaient cherché à acquérir des matériaux qui pouvaient être utilisés dans la production de sarin, un gaz extrêmement toxique.

L’acte d’accusation qui comprend des transcriptions de plusieurs conversations téléphoniques entre les suspects impliqués indique qu’un citoyen syrien âgé de 35 ans, identifié sous le nom d’Hytham Qassap était entré en contact avec un réseau en Turquie afin de se procurer des substances chimiques pour le Front al-Nosra et les djihadistes des brigades Ahrar al-Sham.

L’acte d’accusation  a rejeté la validité des déclarations des suspects selon lesquelles ils ignoraient que les substances chimiques qu’ils essayaient d’obtenir pouvaient servir à produire du gaz sarin.

“Les suspects ont plaidé non coupable en affirmant qu’ils ne savaient pas que les substances qu’ils essayaient d’acquérir pouvaient servir à fabriquer du gaz sarin. Les suspects n’ont cessé d’énoncer des faits incohérents et contradictoires sur cette question,» indique l’acte d’accusation.

Les magistrats ont aussi signalé que les fournisseurs turcs des substances chimiques avaient dit au principal suspect, Qassap lors des conversations téléphoniques, que deux des huit produits chimiques qu’il essayait d’acquérir étaient soumis à approbation par l’Etat.

L’acte d’accusation contient aussi le témoignage de Qassap où il avoue ses liens avec les brigades Ahrar al-Sham et s’être rendu à Antakya sur ordre de leur chef, Abu Walid. «Après mon arrivée à Antakya, d’autres groupes rebelles sont entrés en contact avec moi. Tandis que certains le demandaient des médicaments et d’autres fournitures de nature humanitaire, d’autres voulaient obtenir de l’équipement militaire,» a-t-il dit aux procureurs.

Onze personnes en tout avaient été arrêtés au cours d’une enquête lancée en mai dernier après que la police avait reçu un tuyau suggérant que certains groupes de rebelles syriens cherchaient à se procurer des matériaux qui pouvaient servir à produire des armes chimiques.

Qassap et cinq suspects turcs ont été arrêtés tandis que cinq autres ont été relâchés. Ces derniers ont été libérés après que des tests en laboratoire ont démontré que les substances saisies durant l’opération n’étaient pas du gaz sarin.

 

Une manifestation pro-Assad qui crée le choc en Turquie

3 septembre 2012

Le gouvernement turc n’en peut mais.

Après avoir contribué à organiser la sédition en Syrie, il commence à réaliser qu’il a semé des germes qui sont potentiellement destructeurs pour l’Etat turc lui-même, germes qui sont loin de se limiter au problème kurde.

Un évènement s’est en effet produit samedi dernier en Turquie qui s’il n’a guère eu d’écho dans nos journaux n’en finit pas de susciter des remous là-bas.

Je veux parler d’une manifestation de soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui s’est déroulée dans la province turque de Hatay limitrophe avec la Syrie.

Manifestation de soutien à Assad en Turquie

Cette manifestation a créé un choc en Turquie parce qu’elle rappelle aux élites de ce pays que la province de Hatay est historiquement syrienne et que la politique actuelle d’Ankara à l’égard de la Syrie est lourde de menaces pour l’intégrité territoriale turque.

Comme l’explique le journal turc Sabah,

Une manifestation tenue au Hatay ce samedi dans le cadre de la Journée Mondiale de la paix s’est rapidement transformée en manifestation de soutien à Bachar al-Assad.
Emmenées par des individus qui se présentaient eux-mêmes comme des membres de la «plateforme Anti-Impérialiste contre l’Intervention en Syrie ,» environ 2 000 personnes se sont rassemblées samedi dans une manifestation de soutien à Assad et contre la parti AKP (au pouvoir en Turquie). Les manifestants agitaient des portraits de Bachar al-Assad et scandaient des slogans en arabe comme «Nous sacrifierons notre sang et nos âmes pour Assad» et d’autres exaltant Bachar, Maher et Bassel Assad.

De fait, la popularité du président Syrien dans la province en question n’est un secret pour personne. Sauf apparemment pour le gouvernement turc et les pseudo-rebelles Syriens.

La manifestation était bien entendu organisée par la dite plateforme qui refuse les agissements délétères du gouvernement turc contre la Syrie. Ces gens qui manifestent rappellent aussi qu’à la base ils sont Syriens et que, si on veut bien se donner la peine de comprendre les minorités, ils pourraient bien un jour prochain signifier aux autorités turques qu’ils ne sont plus intéressés par l’appartenance à la Turquie.

Et si le gouvernement turc veut bien prêter attention à leur voix, il devrait aussi comprendre que la Syrie de demain, avec ou sans Assad, pourrait bien réactiver sa revendication sur cette province en arguant du désenchantement des habitants du Hatay.

Pour l’instant, les Turcs n’en sont pas à la phase d’élaboration de leur réflexion sur le désastre qui leur pend peut-être au nez. Ils ont illico presto trouvé des explications à cette manifestation en faveur du président Syrien :

Le Dr. Muhammed Rahhal, un miltant bien connu de l’opposition syrienne qui réside actuellement en Turquie affirme, «Cette manifestation a été complètement organisée par les moukhabarat (services secrets syriens) et les shabiha. ».

Oui, parce que, au cas où vous ne le sauriez pas, les shabiha font un peu comme chez eux en Turquie et ils tiennent réunion sur réunion dans les provinces de Adana, Mersin, Iskenderun et Hatay.

Et ces réunions sont co-organisées avec Mihraç Ural un militant Turc «néo-nationaliste» recherché par la police turque et qui vivrait en Syrie où il est pote avec le président (ça sent la théorie du complot).

Le Dr Rahhal nous explique :

La manifestation au Hatay a été organisée par des groupes venus de Syrie. Ces gens ont même amené les pancartes et les drapeaux utilisés dans la manifestation et les ont distribués aux Nusayris [Alaouites] pour essayer d’obtenir du soutien. Tout a été organisé par les moukhabarat et les shabiha,» affirme Rahhal.

Un peu sectaire le docteur…

Tout comme ces deux là :

S’exprimant au nom de l’opposition arabe [opposition arabe syrienne parce que le journal Sabah donne aussi la parole à un opposant syrien turkmène!], Şihab et Ebu Ahmed ont commenté en affirmant, «Les manifestations étaient le résultat de l’action des miliciens shabiha fidèles à Assad qui manipulent les Alevis et les Nusayris dans la région. Les militants shabiha sont envoyés ici per le régime Assad pour causer des problèmes entre les habitants d’Antakya et les réfugiés Syriens. »

Il est effectivement clair que beaucoup d’habitants d’Antakya sont excédés par une catégorie de Syriens présents en Turquie, ceux qui se présentent comme des opposants au régime.

J’ai quand même du mal  à imaginer les services syriens et les shabiha, qui sont des miliciens à action surtout locale, se lancer dans une telle entreprise non seulement risquée mais inutile puisque le soutien d’une bonne partie des habitants de la province au président Syrien est un fait avéré.

Syrie: montée de l’exaspération en Turquie

29 août 2012

Nous avons d’une part les rodomontades d’Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, ou les propos grotesques et grossiers de François Hollande comparant les opposants armés au gouvernement syrien aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) dans leur lutte pour libérer Paris de l’occupation allemande (puisque le régime de Vichy ne contrôlait pas l’ex capitale française).

Et nous avons d’autre part une inquiétude qui monte en Turquie dans des segments de la population de la Turquie qui sont ouvertement hostiles à la politique syrienne menée par leurs autorités.

Ces segments de population sont tout sauf négligeables : les 500 000 alaouites arabes de la province de Hatay, les 15 à 20 millions d’alévis et les 15 millions de kurdes.

Ce n’est à mon avis pas pour rien si le gouvernement turc cherche à stopper un afflux de réfugiés syriens qui, tout en étant important certes, n’a rien à voir avec les flux colossaux engendrés par des situations de conflit en d’autres lieux (Palestine, Libye sous les bombardements amicaux de l’OTAN, Irak émancipé par les chars américains…).

Parce que les forces qui secouent la Syrie existent aussi à leur manière en Turquie et ce n’est pas un hasard si la presse turque donne de plus en plus souvent la parole à des universitaires qui mettent en garde contre une politique aventureuse.

Ces intellectuels ont d’autant plus de mérite qu’ils doivent veiller à ne pas franchir certaine limites, comme quand il s’agit de la question kurde, limites dont le dépassement leur vaudrait quelques ennuis. 

Les 120 pays  Non Alignés réunis à Téhéran devraient appeler à une solution politique qui passe par une discussion impliquant les acteurs de la région, dont la Turquie. Qui disait que l’Iran était un pays isolé ?

Il n’y a à mon avis aucune chance qu’une telle démarche se concrétise dans la mesure où les puissances occidentales veulent que la Syrie continue à s’enfoncer dans une spirale destructrice et meurtrière.

Notons cependant que le mouvement des Non Alignés se caractérise par un égalitarisme qu’on aura de la peine à retrouver dans la clique des prétendus « amis de la Syrie » animée par des pétromonarchies et des puissances néocoloniales qui manient carotte et bâton pour rameuter du monde à leurs orgies de sang.

Dans la ville frontière avec la Turquie, le soutien d’Erdogan aux rebelles syriens suscite la colère

par Alexander Christie-Miller, Christian Science Monitor (USA) 28 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans la ville d’Antakya à la frontière turco-syrienne, le soutien du gouvernement turc à l’opposition syrienne a déconcerté les habitants qui appartiennent à la même secte chiite que le président Assad.

Le réfugié syrien Abdulhefiz Abdulrahman se souvient qu’il avait de nombreux amis dans la ville turque d’Antakya, mais cette époque semble révolue.

Ce dissident politique avait fui la Syrie pour arriver dans cette cité frontalière plusieurs mois avant que le soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad éclate l’an dernier.

«J’ai eu beaucoup d’amis alaouites ici», dit M. Abdulrahman, se référant à cette branche du chiisme à laquelle une grande partie de la population d’Antakya adhère.

Les alaouites dominent le régime en Syrie, où le soulèvement de 18 mois a divisé le pays selon des lignes sectaires, opposant la minorité alaouite privilégiée contre la majorité sunnite [il est ridicule et faux d’affirmer que la minorité alaouite est privilégiée, note de Djazaïri].

À Antakya, où le soutien au régime alaouite d’Assad est profond, l’hostilité monte envers les rebelles syriens et les dissidents qui ont établi une base temporaire sur place. Et partout dans la province, le soutien apparent [évident, note de Djazaïri] de la Turquie à l’opposition syrienne met à mal un délicat équilibre ethnique.

«Avant, quand je disais que j’étais un réfugié, ils me respectaient,» a déclaré Abdulrahman au Monitor. «Ils ne me disent même plus bonjour dans la rue.»

Désormais, la frustration locale à propos de la décision apparente du gouvernement de laisser les dissidents et les combattants syriens opérer sur le sol turc pourrait exciter de plus grandes tensions ethniques dans le pays.

Le soutien de la Turquie aux rebelles suscite la colère

Le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a fortement soutenu l’opposition syrienne, appelant au renversement du régime.

Même si la Turquie est un pays laïque, elle est de plus en plus considérée comme un acteur sunnite [dans le conflit syrien], aux côtés de l’Arabie saoudite et du Qatar», déclare Bulent Aliriza, directeur du Programme Turquie au Centre for Strategic and International Studies à Washington . «Cela affecte inévitablement le corps politique».

Le 26 août, le chef du Parti Républicain du Peuple, le principal parti d’opposition en Turquie, a accusé le gouvernement de former les combattants syriens anti-régime après qu’une délégation de son parti  se soit vue refuser l’accès à un camp de réfugiés à la frontière syrienne.

J’ai envoyé nos députés inspecter le camp dont on disait qu’il était plein d’agents et d’espions, mais les autorités leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le camp,» a déclaré Kemal Kilicdaroglu aux journalistes. «maintenant, j’attends une réponse du gouvernement : Qu’est-ce qu’il y a dans ce camp ? Qui entraînez-vous dans ce camp ? Recrutez-vous des homes pour répandre du sang musulman ?»

Ankara dément offrir un soutien à l’opposition syrienne armée, ou lui permettre d’opérer librement à partir du territoire turc. Mais quand le Christian Science Monitor a visité hier le poste frontière de Reyhanli près d’Antakya, un officier rebelle qui attendait là nous a dit que les autorités lui permettaient de passer en Syrie, alors même qu’il n’avait pas de passeport. Et Reuters, citant des sources à Doha, a rapporté le mois dernier qu’Ankara a mis en place une base secrète près de la frontière syrienne, en coopération avec l’Arabie saoudite et le Qatar, pour fournir une assistance militaire et des moyens de communication aux rebelles.

‘Solidarité sectaire’

Pendant ce temps, la tension monte à Antakya. La semaine dernière, certains habitants ont organisé une manifestation appelant à l’expulsion [des militants syriens] de la ville, tandis que des militants syriens ont indiqué au Monitor, qu’ils avaient été convoqués à une réunion avec des responsables militaires turcs et des officiels de la municipalité qui leur ont dit qu’ils devaient quitter la ville « pour leur propre sécurité. » Les officiels turcs nient qu’une telle réunion ait eu lieu.

 «Les gens de Hatay ont vécu ensemble pendant des milliers d’années sans tenir compte de l’origine ethnique ou de la religion», explique Mehmet Ali Edipoglu, un député local du parti d’opposition de M. Kilicdaroglu. « Le fait que les tentatives de changement de régime en Syrie se sont transformées en une guerre sectaire nuit [à ce vivre ensemble]. « 

 «Ce ne sont pas des réfugiés qui viennent à Antakya, mais les militants syriens qui sont armés par le gouvernement pour qu’ils retournent en Syrie », dit-il, décrivant ceux qui  vivent ici [à Antakya] comme des «assassins».

M. Edipoglu accuse le gouvernement de mener une politique étrangère sectaire. «[Le gouvernement turc] ne soutient pas un mouvement laïc, il soutient un mouvement sunnite dont même les sunnites ne veulent pas», dit-il.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à la tête du Parti de la Justice et du Développmement au pouvoir (AKP) a déclaré à plusieurs reprises que son opposition au régime Assad est nourrie par les violations des droits de l’homme par ce régime, non par  une solidarité  avec l’opposition sunnite contre le régime . Mais cela n’a pas empêché des personnalités de haut niveau de l’AKP de lancer des accusations similaires contre l’opposition au gouvernement turc.

M. Kilicdaroglu, le chef de l’opposition, est un alévi, un membre d’une secte alaouite turque distincte de la secte alaouite arabe et qui est forte de 15 à 20 millions de personnes en Turquie. Le nombre d’alaouites est d’environ 400.000, qui vivent presque tous à Hatay.

En dépit d’origines et de rites religieux différents, les deux groupes ont tous deux des interprétations laxistes et peu orthodoxes de l’Islam, et ont ainsi en partage un historique de persécution par les musulmans sunnites au milieu desquels ils forment une minorité.

Le 6 août, M. Erdogan a mis en colère les alévis quand il a suggéré que leurs édifices religieux, connus sous le nom de cemevis , n’étaient pas de véritables lieux de culte. Se référant à la mosquée, il a dit aux journalistes que « il doit n’y avoir qu’un seul lieu de culte pour les musulmans. » Le mois précédent, la Direction turque des affaires religieuses avait conclu que les cemevis n’étaient que des « centres culturels ».

En Juillet, Huseyin Celik, vice-président de l’AKP, a  confondu Alaouites et Alevis quand il a suggéré qu’une «solidarité sectaire» était derrière les critiques répétées de M. Kilicdaroglu contre la position de la Turquie sur la Syrie, affirmant que le chef de l’opposition soutenait le régime Assad.

La Syrie sème-t-elle discrètement la discorde ? 

Quelles que soient les motivations du soutien d’Ankara à l’opposition syrienne, certains craignent que Damas réponde à la ligne dure de la Turquie en essayant d’attiser les hostilités avec les minorités que la Turquie a eu du mal à réprimer, en particulier avec les Kurdes, qui sont au nombre d’environ 20 millions en Turquie et ont subi des décennies de persécutions par l’Etat.

Plus tôt ce mois-ci une voiture piégée a tué neuf personnes, dont un enfant de 12 ans dans la ville frontalière de Gaziantep. La Turquie a imputé l’attaque à la guérilla du Parti des Travailleurs du Kurdistan PKK), mais elle a également enquêté sur d’éventuelles connexions syriennes et iraniennes dans cet attentat.

L’attentat a provoqué des tensions entre les Turcs et une minorité kurde de plus en plus agitée.

Le mois dernier, la Turquie avait réagi avec fureur après la cession par damas du contrôle d’une grande partie du territoire syrien à population kurde à une milice liée aux rebelles kurdes qui opèrent en Turquie.

Erdogan a déclaré que le territoire syrien était utilisé pour monter des raids transfrontaliers en Turquie, « une intervention serait donc notre droit naturel.»

À Antakya aujourd’hui, le gouverneur de hatay Mehmet Celalettin Lekesiz a réfuté une récente série de reportages dans les médias turcs,et a affirmé que les Syriens dans la province n’étaient ni armés, ni aidés par l’État, ni persécutés par la population locale.

Il a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que ces allégations faisaient partie d’une campagne  «systématique» visant à ébranler la paix dans la province. « Ces tentatives pour trouver des histoires [pour la presse] ne sont ni morales, ni raisonnables. Ne contribuons pas aux tentatives de répandre l’hostilité entre les gens», a-t-il dit.

Koray Caliskan, politologue à l’Université du Bosphore à Istanbul, estime qu’avec la campagne d’Ankara pour le renversement du régime Assad, il est inévitable que Damas cherche à attiser l’instabilité chez son voisin.

« Je crois que si nous nous engageons dans des politiques dangereuses, comme un changement de régime dans les pays voisins, ils se livreront à des activités perturbatrices du même genre dans le nôtre», dit-il.

Retour de bâton de la crise syrienne en Turquie?

5 août 2012

Je ne l’ai peut-être pas précisé, mais je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit dans les articles que je vous propose. Leur valeur porte le plus souvent pour moi sur un point particulier mais j’aime proposer des traductions intégrales autant que faire se peut pour enrichir la réflexion.

Par exemple, l’article du New York Times traduit ci-dessous semble confondre Alaouites et Alevis, deux sectes qui tout en étant apparentées ne se confondent pas.

Cet article vaut surtout en ce qu’il signale une montée de tension confessionnelle en Turquie. Si les tensions préexistaient à la crise syrienne, cette dernière n’a fait que les aiguiser au point que certains en viennent à craindre de graves conséquences sur les relations entre citoyens Turcs de diverses appartenances.

J’avais déjà évoqué les appréhensions des Alevis en les considérant comme un signe de plus de l’imprudence du gouvernement turc sur le dossier syrien avec des conséquences qui pourraient être un de ces fameux retours de bâton dont parle Pepe Escobar

Il en va des Alevis/Alaouites exactement comme des Kurdes auxquels Ankara reconnaît une quasi indépendance en Irak, tout en refusant l’autonomie des Kurdes de Syrie et en continuant sa chasse aux militants Kurdes en Turquie et au-delà.

Tiens, les Kurdes, peut-être une des raisons de l’alignement d’Ankara sur Washington ; on apprend en effet que le Congrès des Etats Unis vient de commencer l’examen d’une résolution anti-PKK (PKK = Parti des Travailleurs du Kurdistan). Cette résolution précise que le PKK est un ennemi de la Turquie et des Etats Unis. Un texte semblable a été présenté au Sénat, nous dit-on, sous l’impulsion du sénateur (indépendant) Joe Lieberman. Ce Lieberman n’est peut-être pas apparenté à son Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères de Tel Aviv, mais ils sont aussi ultrasionistes l’un que l’autre.

Alors que la guerre en Syrie devient confuse, l’agitation sectaire gagne la Turquie

par Jeffrey Gettleman, New York Times (USA) 4 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

ANTAKYA, Turquie – A 1h du matin, dimanche dernier, dans le bourg agricole de Surgu,  à environ six heures d’ici, une foule s’était formée devant la porte de la famille Evli.

Le malaise couvait depuis plusieurs jours, depuis que la famille Evli avait  chassé un tambour qui venait réveiller les gens un peu avant l’aube d’une nouvelle journée de Ramadan. Les Evlis sont des Alaouites, une secte minoritaire de l’islam historiquement persécutée, qui est aussi la secte des dirigeants Syriens affrontés à une insurrection. De nombreux Alaouites ne suivent pas des traditions musulmanes comme jeûner pendant le mois de Ramadan.

La foule a commencé à lancer des insultes. Puis des pierres.

«Mort aux Alaouites !» criaient-ils. «Nous allons tous vous bruler !»

Puis quelqu’un a tiré avec une arme à feu.

«Ils étaient là pour nous tuer,» affirme Servet Evli qui s’était caché dans da chambre avec sa femme enceinte et sa fille terrifiée, toutes deux si effrayées qu’elle avaient uriné dans leurs vêtements.

Avec la guerre civile en Syrie qui dégénère en affrontement sectaire sanglant entre les troupes du gouvernement à dominante alaouite et la majorité musulmane sunnite, les tensions s’accroissent de l’autre côté de la frontière entre la minorité alaouite de Turquie et la majorité sunnite de ce pays.

De nombreux Alaouites Turcs, une population estimée entre 15 et 20 millions qui forme une des plus importantes minorités du pays, semblent être résolument derrière l’homme fort menacé de Syrie, Bachar al-Assad, tandis que le gouvernement turc et de nombreux Sunnites soutiennent les rebelles.

Les Alouites craignent que la violence sectaire diffuse à travers la frontière. Déjà, les camps de réfugiés bondés et étouffants installés le long de la frontière deviennent rapidement des marmites où bouillonnent les sentiments anti-alaouites.

 «S’il en vient un par ici, nous le tuerons,» affirme Mehmed Aziz, 28 ans, un réfugié Syrien dans un camp de Ceylanpinar, en passant un doigt en travers de sa gorge.

Lui et ses amis sont sunnites et tous ont manifesté bruyamment de joie à la pensée d’exercer vengeance contre les Alaouites.

De nombreux Alaouites, particulièrement en Turquie orientale où les Alaouites tendent à être arabophones et sont étroitement liés aux Alaouites de Syrie ; soupçonnent d’énormes enjeux géopolitiques, et les spécialistes des relations internationales disent qu’ils n’ont peut-être pas tort. Le gouvernement turc est dirigé par un parti islamiste qui essaye lentement mais clairement de mettre plus de religion, l’Islam sunnite en particulier, dans la sphère publique, tournant le dos à des dizaines d’années d’un système politique délibérément laïque. Les Alaouites d’ici trouvent profondément troublant, et assez hypocrite, de voir la Turquie faire équipe avec l’Arabie Saoudite, un des pays les plus répressifs au monde, et le Qatar, une monarchie religieuse, deux pays sunnites, pour apporter la démocratie en Syrie.

Les Alaouites relèvent le nombre croissant de djihadistes étrangers qui affluent en Turquie, en chemin pour la guerre sainte sur les champs de bataille syriens. Beaucoup de djihadistes ont l’idée bien arrêtée de transformer la Syrie, qui sous la direction de la famille Assad a été un des pays les plus laïcisés du Moyen Orient, en Etat purement islamiste.

«Est-ce que vous croyez vraiment que ces gars vont construire une démocratie ? » demande Refik Eryilmaz, un député Alaouire au parlement turc. «Les Américains font une énorme erreur. Ils aident la Turquie à combattre Assad, mais ils sont en train de créer d’autres Talibans.»

Les officiels Américains ont récemment révélé qu’un petit groupe d’agents de la CIA travaillait le long de la frontière syro-turque avec leurs homologues Turcs, pour sélectionner les rebelles qui recevront des armes. Les officiels Américains ont reconnu des inquiétudes sur l’attraction que pourrait exercer la Syrie pour des djihadistes, mais ils pensent que les combattants étrangers ne représentent encore qu’une toute petite partie de la résistance syrienne.

Ali Carkoglu, professeur de relations internationales à l’université Koc d’Istanbul, explique que le gouvernement turc recourt de plus en plus à un langage sectaire et essaye de jouer le rôle du « grand frère sunnite» dans la région. Comme en Syrie, la population turque est majoritairement sunnite.

Les Alaouites de Turquie craignent d e devenir des cibles faciles. Historiquement, ils ont été vus avec suspicion dans tout e Moyen Orient par les Musulmans orthodoxes et souvent rejetés comme infidèles. La secte alaouite est née au 9ème siècle et mélange ensemble des croyances religieuses, dont la réincarnation, issues de religions différentes.

Beaucoup d’Alaouites ne vont même pas à la mosquée ; ils tendent à faire leurs dévotions à la maison ou dans un temple alaouite qui s’es vu refuser le même soutien financier que celui qui est attribué aux mosquées sunnites. Beaucoup d e femmes Alaouites ne se voilent pas le visage  et ne se couvrent même pas les cheveux. Les villes où ils dominent dans l’est de la Turquie, où les jeunes femmes portent des débardeurs et des jeans serrés, semblent totalement différentes des villes religieuses sunnites à seulement quelques heures, où on peut avoir du mal à voir seulement une femme en public.

«Nous sommes plus modérés,» explique Turhan Sat, un Alaouite Turc qui travaille dans une station service à Bridgeport dans le Connecticut et qui était en vacances en Turquie. Il sirtait unthé l’autre jour sue la place publique ombragée de Samandag, une ville majoritairement alaouite non loin de la frontière avec la Syrie.

«Nous sommes tous avec Assad,» dit-il.

Pas bien loin, dans la ville majoritairement alaouite de Harbiye, il y a un nouvel article qui se vend tellement bien qu’il ne semble pas pouvoir rester sur les étagères des commerces : des tapisseries bon marché avec le portrait de M. Assad.

«Tout le monde en veut,» déclare Selahattin Eroglu, un vendeur qui vient tout juste d’écouler son dernier article. «Les gens d’ici aiment Assad.»

Ce sentiment est peut-être en partie de l’autoprotection. Les rebelles Syriens cachent à peine une violente antipathie sectaire. Khaldoun al-Rajab, un officier de l’Armée Syrienne Libre [rebelle], dit avoir vu deux Alaouites en voiture tourner dans la mauvaise direction à Homs et se retrouver dans un quartier sunnite. «Bien sûr, ils ont été arrêtés et tués par les rebelles,» dit-il.

Peu de gens en Turquie imaginent une telle folie se déclencher de si tôt dans leur pays, où le contrôle [policier] est strict et qui a échappé pour l’essentiel à la violence sectaire.

Mais la foule menaçante devant la maison des Evli à Surgu a rappelé à beaucoup d’Alaouites la mort de plus de 30 Alaouites qui avaient été brûlés vifs en 1993 par un groupe d’islamistes dans la ville turque de Sivas.

C’est seulement après que des agents de police aient rassuré la foule en lui disant que la famille Evli allait déménager, ce que les Evlis ignoraient, que les gens se sont dispersés.

Quoique les Evlis soient aussi Kurdes, un autre groupe minoritaire en Turquie, ce qui a peut-être contribué aux sentiments de haine contre eux, Songul Canpolat, directrice d’une fondation alaouite en Turquie affirme que «L’idée que les Turcs Alaouites devraient être éliminés gagne du terrain.»

Les officiels gouvernementaux Turcs rejettent tout partipris contre les Alaouites, expliquant qu’ils ont fait un surcroît d’efforts  pour être « attentifs et sensibles aux craintes des Alaouites.»

«Bien sûr, nous ne prétendons pas que tous les problèmes sont résolus, » déclare Egemen Bagis, ministre des relations avec l’Union Européenne.

Il y a quelques mois, M. Eryilmaz, le député qui appartient à un parti d’opposition, était allé voir M. Assad à Damas. Il avait dit que M. Assad était en fait assez détendu et que tout le conflit portait en réalité sur la religion.

 «Ce qui se passe en Syrie est le volet syrien d’un projet international,» avait-il dit, avec le gouvernement turc qui s’est aligné sur l’Arabie Saoudite et le Qatar pour rendre cette région du monde plus «radicale» religieusement.

Il était assis dans un café d’Antakya, une ville frontière avec une importante population alaouite, et il piochait dans un plateau de baklavas pendant ces heures ensoleillées de l’après-midi, quand les musulmans qui observent le Ramadan font habituellement le jeûne.

«Voyez mon peuple,» dit-il en souriant, ouvrant grand les bras comme pour envelopper des familles qui mangent des glaces et un jeune couple s’étreignant sur un banc public. «Mon peuple est libre.»

Sebnem Arsu contributed reporting from Antakya, and Hwaida Saad from Beirut, Lebanon.

La Turquie paye déjà le prix fort pour son alignement sur l’OTAN en Syrie.

30 juillet 2012

La question est maintenant de savoir si elle est prête à courir le risque d’aller au désastre.

La crise syrienne doit donner  en effet plus que des migraines au gouvernement turc. Non seulement le soutien apporté aux « rebelles » (comment des combattants étrangers peuvent-ils être qualifiés de rebelles, il faut le demander à la presse aux ordres de Rothschild et de Lagardère) par la Turquie et ses amis de l’OTAN et des monarchies pétrolières (démocratiques) a précipité l’accès à l’autonomie des Kurdes de Syrie, mais la Turquie se trouve peut-être à la veille d’entrer en guerre si on en croit le dispositif militaire qu’elle met en place à la frontière avec son voisin du sud-est.

Blindés de l’armée turque se préparant à faire mouvement vers la frontière avec la Syrie

Il s’agit peut-être d’une gesticulation de plus de la part du gouvernement turc qui a semblé toujours vouloir éviter d’entrer directement dans le conflit syrien, mais une gesticulation qui pourrait déboucher sur une véritable entrée en guerre, soit du fait d’une erreur de jugement d’une des parties, ou de provocations soigneusement organisées.

Reste que l’opinion publique turque campe dans une posture isolationniste au plan politique et, comme la plupart des opinions publiques, est plutôt hostile à la guerre. Mais il est vrai qu’il existe divers moyens pour faire accepter un conflit armé à des populations qui n’en voulaient pas…

Une telle guerre, quelle que soit son issue, aura nécessairement des conséquences sur l’ensemble de la région, donc sur la Turquie.

Parce que, au risque de me répéter, la Turquie aurait pu jouer un rôle d’apaisement en Syrie, en facilitant le dialogue. Mais elle a choisi de faire le jeu de l’OTAN et des monarchies en offrant, entre autres, un sanctuaire aux «rebelles» et en permettant le passage de combattants étrangers.

En dehors de la Turquie, aucun pays de l’OTAN n’a de frontière commune avec la Syrie. Aucun pays de l’OTAN n’abrite une importante population kurde, répartie comme on sait sur quatre pays de la région.

L’Arabie Saoudite quant à elle n’a pas de frontière avec la Syrie, et ce sont deux pays qui économiquement se tournent le dos.

Ce qui n’était pas le cas avec la Turquie avant le début de la crise. En effet, les échanges commerciaux avec la Syrie atteignaient 2 milliards de dollars en 2010, avec 1 milliard d’excédent pour la Turquie ! Ce volume devait atteindre les cinq milliards de dollars à court terme, une évolution favorisée par un accord de libre-échange signé en 2004.

Il va sans dire que cet accord ne s’applique plus et les échanges entre les deux pays sont descendus à presque rien.

Ce qui ne va pas sans poser de gros problèmes aux régions du sud-est de la Turquie qui ne sont déjà pas les plus riches du pays et qui connaissent maintenant une crise sans précédent.

Hatay subit le poids de la crise en Syrie

Par Mehmet Ezer, Hürriyet (Turquie) 30 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Hatay, à la frontière entre la Turquie et la Syrie, subit tout le poids ses troubles dans le pays voisin avec de nombreuses entreprises locales au bord de la faillite. Certaines entreprises sont incapables de payer leurs dettes, le tourisme est quasi inexistant

La province méridionale de Hatay, à la frontière nord de la Syrie, n’a jamais connu de crise comme celle qui se produit en ce moment, a déclaré Gülay Gül, la présidente de l’Association des Industriels et des Entrepreneurs de Hatay (HASIAD) au cours d’un entretien accordé au journal Hürriyet.

Gûl a expliqué que de nombreuses entreprises de la province étaient au bord de la faillite à cause de la crise en Syrie et de son impact sur l’économie. Il y a deux ans, 2,5 millions de touristes passaient par les deux postes frontaliers de Hatay, mais ce chiffre est aujourd’hui tombé à zéro, dit-elle.

«Industriels, sociétés de transport, exportateurs, importateurs, les secteurs du tourisme et de l’agriculture, tous ont été touchés très sévèrement. Les négociants locaux, les marchands et les hommes d’affaires ont tous été rudement affectés économiquement. Elle observe aussi que les entreprises qui avaient contracté des emprunts pour développer leur activité souffrent beaucoup et que celles qui sont endettées auprès des banques sont au bord de la faillite.

Une aide des pouvoirs publics est nécessaire

«Le gouvernement doit en tenir compte et prendre des mesures de sauvegarde. Les commerçants et hommes d’affaires qui ont été touchés ont besoin du soutien de l’Etat. Les remboursements d’emprunt devraient être rééchelonnés et le gouvernement devrait faire en sorte que les banques proposent des prêts à long terme avec de faibles taux d’intérêt, » dit-elle.

Gül explique que le poste frontalier de la province à Civegözü était la plus importante porte d’entrée vers le Moyen Orient, et qu’avec sa fermeture les partenaires du Moyen Orient sont en train de perdre confiance en la Turquie et se tournent à la place vers l’Allemagne et la Chine.

Gül explique que l’HASIAD cherche des solutions pour le tourisme et qu’elle tourne son attention vers le Liban, où d’importantes réunions et négociations ont eu lieu. Gül indique que les chefs d’entreprises veulent lancer des vols aériens réciproques de et vers le Liban, ainsi que des  traversées en ferry afin de relancer le tourisme dans le Hatay.

Hikmet Çinçin, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (ASTO) confirme que la situation en Syrie vait un impact négatif sur le Hatay, précisant que le commerce entre les deux pays était maintenant presque inexistant.

«En 2008, nos exportations à partir du Hatay vers la Syrie étaient de 123 millions de dollars, elles étaient de 186 millions en 2009, 250 millions en 2010, 150 millions en 2011, mais maintenant elles sont presque à zéro en 2012. Selon Çinçin, le trafic de poids lourds du Hatay venait au deuxième rang après Istanbul, mais depuis mai 2011, le trafic de poids lourds avec la Syrie a diminué e 41 %, ce qui est la preuve des difficultés économiques du Hatay.

Par ailleurs, Mehmet Ali Kuseyri, président de la bourse des matières premières d’Antakya a déclaré que les relations commerciales des 800 kilomètres de la zone frontalière, qui comprend Hatay, Gaziantep, Mersin, Adana, Kilis et Mardin on subi des coups sévères. Kuseyri a aussi indiqué qu’il y avait une augmentation du chômage, une perte de parts de marché, moins de production et d’exportations, et une hausse du coût du transport.

Les Alevis de Turquie contre la politique syrienne de leur gouvernement

17 avril 2012

Je vous disais dans un post précédent que l’aventurisme en Syrie n’était pas sans risque pour les équilibres internes de la Turquie.

Soner Cagaptay donne à ce sujet un point de vue plus informé que le mien. S’il relève les problèmes posés par la présence d’une communauté arabo-turque forte de 1,5 millions d’âmes, dont un tiers d’Alaouites, qui se concentrent dans les régions limitrophes de la Syrie, il insiste beaucoup sur les Alevis.

A la différence des Alaouites ; les Alevis sont de souche turque et constitueraient entre 10 et 15 % de la population turque, c’est—dire qu’ils seraient au minimum 7,5 millions, ce qui fait quand même du monde.

Or, nous explique Soner Cagaptay, les Alevis sont une communauté très attachée à l’héritage kémaliste et se méfient du parti AKP au pouvoir qui comporte, selon eux, une tendance sunnite sectaire dont ils ont eu à souffrir par le passé.

De ce fait, les Alevis seraient très réticents devant les orientations de la politique du gouvernement actuel en Syrie dont ils craignent qu’elle traduise surtout un combat sectaire ou plus simplement qu’elle encourage un tel combat en Syrie.

D’autant que les Alevis perçoivent les Alaouites comme une minorité sœur, ce que l’auteur de l’article conteste au motif qu’Alevis et Alaouites ne sont liés ni ethniquement (les premiers sont des Turcs et les deuxièmes des Arabes), ni religieusement.

Le premier argument ne fait guère sens dans la mesure où ce qui définit Alevis et Alaouites n’est pas leur ethnicité, mais bien leur appartenance confessionnelle. Le deuxième est à peine moins problématique puisque le mot « alevi » n’est pas autre chose que le mot arabe «alaoui» prononcé à la turque, le ou de l’arabe étant transformé en v comme dans le prénom Vahid [par exemple Vahid Halilhodžić] au lieu de [Abdel] Ouahid.

Et de fait, si Alevis Turcs et Alaouites Syriens n’ont pas exactement la même conception religieuse, ils s’inscrivent tous deux dans une tradition qui les apparente au chiisme et ils sont certainement plus proches les uns des autres qu’ils ne le sont du chiisme iranien par exemple.

Mais le fond du problème n’est cependant pas religieux, mais purement politique et c’est bien ainsi que le comprennent les Alevis et le principal parti d’opposition en Turquie.

Pour finir, notez la conclusion étrange du rédacteur de l’article qui pense pouvoir résoudre les contradictions internes à la Turquie en aggravant l’interventionnisme de son pays en Syrie par sa proposition d’une démarche qui signifierait tout simplement une guerre totale entre la Turquie et la Syrie !

Les divisions sectaires syriennes vont-elles se propager à la Turquie?

par Soner Cagaptay, New Republic (USA) 14 avril 2012 traduit de l’arabe par Djazaïri

Si le conflit en Syrie devait évoluer en affrontements Sunnites contre Alaouites, les Alevis Turcs pourraient se retrouver en position de s’opposer activement à toute intervention organisée par leur gouvernement.

Les observateurs de la crise humanitaire qui s’aggrave en Syrie sont de plus en plus préoccupés par la perspective de voir le conflit dériver vers une lute sectaire, et à juste raison: le régime Assad jouit d’un soutien massif auprès de la minorité alaouite de Syrie, tandis que la majorité sunnite du pays est à la pointe de la rébellion contre Assad. Mais le conflit porte un autre risque. Il pourrait exciter des tensions sectaires en Turquie qui pourraient, à leur tour, compliquer toute intervention internationale contre le régime Assad.

La principale pierre d’achoppement est le groupe Alevi, une ramification syncrétique et très sécularisée de l’islam qui existe en Turquie et qui s’est souvent définie comme une minorité persécutée par la majorité sunnite du pays.

Si le conflit en Syrie devait voir les Sunnites se dresser contre les Alaouites, les Alevis Turcs pourraient bien se trouver en empathie avec la minorité alaouite de Syrie et, par extension, avec le régime Assad. Plus encore : ils pourraient s’opposer activement à toute intervention organisée par leur propre gouvernement.

Leur attitude est enracinée en partie dans l’histoire politique de la Turquie. Le Parti de la Justice et du développement (AKP) au pouvoir, s’il s’est éloigné de ses racines islamistes dures pour se rapprocher de la plupart des secteurs de la société turque, n’a néanmoins pas réussi à obtenir beaucoup de soutien auprès des Alevis qui constituent 10 à 15 % des 75 millions de citoyens Turcs. A la différence de l’AKP, les Alaouites tendent à s’aligner que la vision laïque du fondateur de la Turquie, Kemal Ataturk, et sont favorables à une stricte séparation de la religion et de la politique. Et un conflit sectaire pendant les années 1970, qui avait vu des attaques sunnites contre des communautés alevis, a laissé en héritage un sentiment de méfiance entre Alevis et Sunnites.

Les relations se sont améliorées récemment, mais si Ankara devait intervenir en Syrie contre le régime Assad, certains dans la communauté Alevi pourraient être enclins à y voir une nouvelle « attaque sunnite » contre une minorité sœur. Cette probabilité est encore renforcée par le fait que nombreux Alevis sont convaincus d’être semblables aux Alaouites, alors qu’ils n’ont pas liés ethniquement ou religieusement (les Alaouites sont des Arabes et les Alevis sont des Turcs). Il n’est pas rare de rencontrer des Alevis qui, par manque d’éducation religieuse, considèrent qu’Alaouite est simplement un autre nom pour Alevi).

Il existe déjà des signes de divergence entre la position de l’AKP sur la Syrie et la façon dont les Alevis Turcs perçoivent le conflit. Dans un entretien accordé le 9 avril au Wall Street Journal, Selahattin Ozel, président de la fédération des associations Alevis en Turquie, a déclaré, «En tant qu’Alevis Turcs, nous ne soutenons pas un régime inhumain et antidémocratique [en Syrie], mais nous ne comprenons pas pourquoi le premier ministre [Turc] est devenu soudain l’ennemi du gouvernement syrien.»

La plupart des Alevis Turcs sont favorable au Parti Populaire républicain (CHP) d’opposition, qui a critiqué la politique de l’AKP qui consiste à entrer en confrontation avec le régime Assad. Il se trouve que l’actuel leader du CHP, Kemal Kilicdaroglu, est un Alevi et que, dans sa critique à l’égard de la position sur la Syrie de ce dernier, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a fait des insinuations de sectarisme. « N’oubliez pas que la religion d’une certaine personne, » a déclaré Erdogan à ce sujet, « est la religion de son ami.»

Il y a par ailleurs un autre motif d’inquiétudes pour Ankara quant à un risque de débordement des tensions sectaires: plus de 500 000 Arabes Alaouites vivent en Turquie – majoritairement dans la province de Hatay dont la ville principale est Antakya [Antioche] – et près d’un million d’Arabes Sunnites vivent dans le sud de la Turquie. Si le conflit en Syrie devient plus sectaire, il pourrait avoir un écho par delà la frontière chez les Arabes de Turquie, aussi bien Sunnites qu’Alaouites.

J’ai visité récemment Antakya où la Turquie a créé des camps pour héberger les réfugiés qui fuient la répression en Syrie. Sur place, j’ai pu voir une manifestation d’Arabes Alaouites Turcs qui scandaient des slogans hostiles à l’AKP et favorables à Assad. Les commerçants Aalouites de cette ville vendent et exposent fièrement des accessoires pro-Assad. Dans le même temps, la communauté Arabe Sunnite d’Antakya s’active à organiser l’aide au soulèvement anti-Assad et acheminer en contrebande  des fournitures en Syrie.

Compte tenu de tous ces éléments, il semble vraiment possible que la perspective d’une agitation sectaire dans le pays puisse lier les mains de la Turquie dans sa définition d’une politique à l’égard de la Syrie. Ceci dit, c’est un problème qu’Ankara peut encore éviter. A cet effet, il serait essentiel que la Turquie soit capable d’apaiser les inquiétudes de ceux pour qui l’approche du gouvernement en Syrie vise à servir des intérêts sectaires étroits. Pour commencer, le gouvernement devrait arrêter sa propre rhétorique qui joue sur le sectarisme, et tendre expressément la main au CHP et aux Turcs Alevis, pour les informer de la nature humanitaire de sa politique syrienne. Ankara devrait aussi envisager de se tourner vers les Alaouites Syriens pour leur signifier clairement que de hauts responsables Alaouites du régime qui feraient défection auraient la possibilité de trouver refuge en Turquie.

Il y autre chose que la Turquie peut faire. La Turquie a débattu de la mise en place d’un corridor humanitaire qui permettrait à la communauté internationale d’apporter de l’aide aux civils en Syrie. Ankara devrait plaider avec force pour ouvrir le premier corridor de la Turquie vers le cœur de la Syrie alaouite ou dans la ville multiethnique de Lattaquié. Ce qui signalerait l’intention de la Turquie de protéger tous les Syriens. Un tel corridor ne serait pas seulement un pont entre Ankara et les Alaouites, mais peut-être aussi entre les Sunnites Turcs et les Alevis. Et in pourrait permettre de réduire l’opposition interne à une intervention.

Soner Cagaptay est directeur du Turkish Research Program au Washington Institute.

Crise syrienne: la montée du mécontentement en Turquie

14 avril 2012

Apparemment le mécontentement monte en Turquie contre la politique syrienne menée par le gouvernement actuel. Ce mécontentement est exprimé publiquement par l’opposition au pouvoir actuel mais il est aussi le fait des milieux d’affaires qui s’inquiètent des conséquences directes et indirectes sur leurs activités commerciales qui résultent des sanctions contre la Syrie adoptées par leur gouvernement.

Le papier que je vous propose a été écrit par Güven Sak, un professeur de sciences économiques qui n’a rien d’un anti-occidental primaire puisqu’il contribue aux débats de l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), institution phare du monde capitaliste et qu’il semble avoir joué un certain rôle dans le processus (inachevé) d’admission de son pays dans l’Union Européenne (UE)

L'économiste Güven Sak

Güven Sak relève un des éléments très importants pour comprendre l’ampleur des  problèmes posés par la politique de MM. Erdogan et Davutoglu.

Le premier est que la Turquie est le seul pays de lé région à avoir adopté les mesures de sanctions décidées par les Etats Unis et l’Union Européenne.

Le deuxième est que les sanctions contre la Syrie pénalisent l’activité économique turque notamment dans sa relation avec un espacé géopolitique qui était en train d’acquérir une importance considérable pour la Turquie.

Or, les choix du gouvernement se sont faits pour satisfaire un ensemble géopolitique, l’Union Européenne, dont la part dans les échanges commerciaux turcs tend à baisser et qui refuse toujours d’intégrer la Turquie. Ce que relève subtilement l’auteur de l’article qui évoque l’accord douanier unique en son genre qui lie la Turquie et l’UE.

Au nom de l’UE et de l’OTAN, l’attitude du gouvernement turc, aussi bien vis-à-vis de la Syrie que de l’Iran,  contribue par contre à fragmenter un espace qu’au contraire il aurait eu tout intérêt à unifier par le dynamisme économique de son pays.

Si la Syrie est durement touchée par les sanctions économiques, c’est aussi le cas des entreprises et les travailleurs Turcs qui s’en souviendront peut-être au moment des prochaines élections.

La crise syrienne est mauvaise pour les affaires

par Güven Sak, Hurriyet (Turquie) 14 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Turquie a été un des premiers pays à se conformer aux sanctions contre la Syrie, et a été le seul voisin de la Syrie à le faire. L’Irak, le Liban et la Jordanie ont choisi de rester neutres. Ces trois pays sont d’importants partenaires commerciaux de la Syrie, mais là encore, c’est aussi le cas de la Turquie.

C’est ce nouveau que réside le mécontentement devant la décision di gouvernement Erdogan d’appliquer les sanctions:  de nombreuses provinces qui exportent en Syrie se retrouvent en grave difficulté économique. Gaziantep et Hatay sont les deux plus affectées. Les sanctions contre la Syrie sont-elles un mauvais coup pour l’économie syrienne ? Oui, mais elles sont aussi mauvaises pour l’économie turque. Ce n’est dons pas seulement la résistance de l’économie syrienne qui est soumise à un test de résistance ici, mais également la patience et l’endurance de la communauté d’affaires turque.

Le plus important partenaire commercial de la Turquie est l’Union Européenne, et nous sommes le seul pays candidat à l’accession à avoir signé un accord douanier avant l’adhésion. Les exportations de la Turquie vers l’Union Européenne  ont reçu un coup sévère au début de la crise de 2008. La moindre recherche de qualité en Europe tend à avoir un impact négatif sur les performances de la Turquie à l’export. Ce qui a amené à une nouvelle augmentation de la part déjà croissante du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) comme débouchés des exportations turques. Alors que la région MENA absorbait seulement 9 % des exportations turques dans les années 1980, cette part est passée à 27 % aujourd’hui, avec une baisse en proportion de la part de l’UE comme débouché des exportations. Cette augmentation a commencé avec l’invasion de l’Irak par les Etats Unis qui a introduit de l’argent venu de l’étranger et provoqué un boom de la demande, ouvrant ainsi la porte aux marchandises turques. Maintenant, les troubles en Syrie menacent de refermer cette porte, pour un temps du moins.

Pourquoi un mécontentement en Turquie contre la décision prise au sujet de la Syrie ? Un regard sur le rythme de la création d’emplois dans les provinces turques après la crise mondiale peut apporter une réponse. La création d’emploi est positive en Anatolie Centrale et dans les provinces du sud-est, mais négative sur les côtes occidentales. Les provinces qui avaient une part plus importante d’exportations vers la région MENA avaient un bilan positif en termes de créations d’emplois. Le basculement de l’orientation de nos exportations vers la région MENA a été un impératif du processus de relance de la production en Turquie. Avec une crise en Europe qui attend toujours sa solution, le «Réveil Arabe» dans l’incertitude et une crise peut-être de longue durée en Syrie, l’économie turque navigue dans des eaux agitées.

Je ne parle pas seulement de l’impact direct de la crise syrienne sur l’économie de la Turquie, c’est-à-dire du déclin du commerce bilatéral et du nombre de touristes Syriens à Gaziantep et à Hatay. Un commerçant Jordanien a expliqué à lé télévision les effets indirects. Il faut avoir à l’esprit que la Jordanie est un pays sans débouchés maritimes [hormis sur la mer Rouge par le port d’Akaba] pour lequel les routes terrestres sont de la plus haute importance «J’importais auparavant des textiles turcs via la Syrie, » disait-il, « il me fallait seulement quelques jours pour recevoir la marchandise. Maintenant, je dois faire transiter la marchandise par Akaba. Ce qui prend environ un mois.» Amman est à environ quatre heures de route d’Antakya. Il faut maintenant près d’un mois pour transporter des marchandises à Amman. Si vous étiez un chef d’entreprise avec un réseau de distribution en Jordanie, comment vous sentiriez-vous ?

L'enclavement de la Jordanie est aggravé par la présence d'une entité sioniste

La politique du zéro problème nous avait dit que la Turquie allait devenir le carrefour commercial de la région. Dans un monde où l’économie de marché n’existe pas, il faut être en bons termes avec les capitales étrangères pour pénétrer sur leurs marchés. Ce qui a un coût en période de transformation politique. Un processus sanglant de transition politique est en cours, et ce n’est certainement pas bon pour les affaires.


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