Posts Tagged ‘As’ad Abu Khalil’

Par ici la monnaie: journalistes arabes pour une attaque américaine en Syrie

8 septembre 2013

Je vous reproduis un billet d’As’ad AbuKhalil, cet intellectuel américano-libanais qui anime le blog Angry Arab.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, As’ad AbuKhalil qui est né en 1960 au Liban est aujourd’hui professeur  de science politique à l’université de Californie. Résolument pro-palestinien et plutôt panarabe, quoique hostile aux nationalismes, il se déclare athée et dénonce fréquemment les pseudo savants musulmans qui pondent ce qu’il appelle des fatwawas sur toutes sortes de sujets fort éloignés de la vie spirituelle.

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As’ad AbuKhalil

Il est bien sûr parfaitement informé de ce qui se passe sur la scène arabe (du moins au Proche Orient) grâce à un balayage méthodique de la presse anglophone, arabophone et même francophone ainsi que grâce à tout un réseau de contacts au Proche Orient  et dans le monde. Il a bien sûr une très bonne connaissance de l’histoire de l’Orient arabe, une connaissance indispensable pour la lecture du présent.

Marxiste, il rejette aussi farouchement l’idéologie du Baath et donc l’unique régime qui s’en revendique encore. Un des rares grands hommes politiques arabes qui trouve grâce à ses yeux est le colonel égyptien Nasser même s’il  sait les limites de celui qui a porté haut les couleurs du nationalisme arabe.

Hostile au baathisme comme je l’ai dit, Il dénonce depuis des années sur son blog le régime syrien.

Mais il critique aussi fermement les mouvements d’opposition armée au régime syrien. Non pas qu’il considère que la lutte armée contre les autorités de Damas soit illégitime, mais parce qu’il estime que cette opposition armée se livre à des actes de barbarie contre des militaires prisonniers mais aussi contre des civils et que ces actes sont justifiés et suscités par un discours sectaire virulent et omniprésent dans les rangs de l’opposition armée.

Cette vision sectaire n’est bien entendu pas vraiment vendable en Occident où on se plait à représenter l’opposition syrienne (du moins la Coalition au nom à rallonge) comme engagée pour la démocratie.

Et cette image d’une opposition syrienne armée mais démocratique, face à un dictateur à peine moins cruel qu’Adolf Hitler, des journalistes arabes se chargent aussi de la véhiculer.

Selon Angry Arab, tous ces journalistes sans exception émargent auprès de la monarchie saoudienne ou du Qatar.

Les partisans d’un bombardement de la Syrie par les Etats Unis : un commentaire sur leurs motivations

As’ad AbuKhalil 8 septembre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les motivations des Arabes qui sont pour un bombardement de la Syrie par l’OTAN sont variées : ceux que vous voyez dans les médias (en Orient ou en Occident) sont tous un par un bénéficiaires d’argent saoudien ou qatari : chacune de ces personnes (y compris certains qu’on voit sur Democracy Now… croyez le ou pas) est un propagandiste rémunéré pour le compte de la famille royale saoudienne. Tous les journalistes arabes qu’on voir dans les médias américaines sont sans exception des propagandistes rémunérés pour le compte de la famille royale saoudienne (quelques uns émargent auprès de la famille royale qatarie). Vous seriez surpris de savoir combien de hauts responsables de l’opposition syrienne sont d’anciens partisans du régime. Je pensais au cas d’un universitaire libanais en France qui s’est soudainement retrouvé à soutenir l’Armée Syrienne Libre et a signé des pétitions en faveur du bombardement du Liban [Angry Arab voulait dire Syrie] par les Etats Unis. Cet homme doit être d’autant plus actif qu’il se sent coupable et – vous avez deviné – il travaille pour l’appareil de propagande saoudien. Cet homme, je viens juste de l’apprendre, avait travaillé avec Asma al-Assad et avait participé à la préparation d’une de ses visites en France.  C’est un vilain petit monde que ces gens.

Quel avenir pour le Hezbollah sans le régime de Damas?

6 août 2012

As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab, est un des meilleurs connaisseurs de la scène politique du Proche – Orient et notamment du Liban dont ce professeur de sciences politiques à l’université de Californie est originaire.

As’ad AbuKhalil

Il ne lui a pas échappé que certains guettent avec impatience la chute du régime baathiste en Syrie parce qu’ils pensent qu’elle signerait aussi la fin du Hezbollah, ce mouvement libanais qui a tenu la dragée haute à l’entité sioniste en 2006 (dans le respect d’une éthique du combat sans commune mesure avec la crapulerie des hordes sionistes).

As’ad AbuKhalil n’est pas de cet avis et il pense que non seulement l’avis de décès du Hezbollah est prématuré mais qu’une disparition du régime actuel en Syrie pourrait au contraire renforcer le poids et la liberté d’action du mouvement dirigé par le cheikh Nasrallah.

Et qu’à terme, c’est l’ordre imposé par les Etats Unis et l’Arabie Saoudite au Liban qui pourrait être remis en cause de fond en comble. 

Bon, mais le régime de Damas n’est pas encore tombé malgré bien des pronostics. On verra s’il est capable de se maintenir, ce qui dépendra en bonne partie, mais pas seulement car ses ennemis ont adopté  plusieurs scénarios, de l’issue de la confrontation à Alep.

Un texte ma foi fort intéressant, comme souvent avec Angry Arab

Le Hezbollah sans la Syrie

par As’ad AbuKhalil, al-Akhbar (Liban) 6 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Au moment où nous parlons, les notices nécrologiques pour le Hezbollah sont en cours d’impression. Il est supposé que la chute «inévitable» du régime syrien mettra «inévitablement» fin à l’histoire du Hezbollah. Les ennemis du Hezbollah en Israël et chez ses clients dans la région débouchent déjà les bouteilles de Champagne. Mais cette nécrologie est prématurée. Ce n’est pas encore fait – tant s’en faut.

Il y a beaucoup d’hypothèses et de généralisations erronées au sujet du Hezbollah. Le Hezbollah a émergé et a étendu son influence pendant des années d’adversité avec le régime syrien. En 1982, année de naissance du Hezbollah, il n’était à la base qu’une scission) du mouvement Amal (dont il était la principale branche).

Amal était un client du régime syrien, et le Hezbollah et Amal islamique – le nom de l’organisation qui a fait scission d’Amal sous la direction de Hussain Moussaoui – était un client d’une aile radicale du régime iranien. Le régime soutien était très inamical à l’égard du Hezbollah et le parti ne pouvait opérer qu’à Beyrouth – Ouest parce que le régime syrien avait quitté la ville. C’est seulement en 1987 que le régime syrien revint dans la ville, inaugurant son retou tpar un massacre de combattants du Hezbollah dans le caserne Fathallah.

L’animosité entre les deux parties n’a jamais cessé même si Nasrallah et Bachar al-Assad ont amélioré les relations. Mais le régime syrien a toujours fait pression sur le Hezbollah pour qu’il s’abstienne de remporter une majorité absolue aux élections parlementaires et le Hezbollah s’en est toujours plaint.

Mais comme on peut le voir dans la chronique historique de ce mouvement, le Hezbollah a pu et a réussi à survivre sans le soutien du régime syrien. Si le régime syrien tombe – et il tombera certainement sauf que ce genre de prédiction est faire au moins une fois par semaine depuis plus d’un an – le Hezbollah survivra et pourrait même se développer pour devenir plus fort et encore plus dangereux.

Le Hezbollah aura perdu le soutien d’un important régime qui aura fait de son mieux pour renforcer sont organisation militaire, tout en favorisant –  politiquement parlant – le mouvement Amal. Mais le Hezbollah conserve une importante organisation qui – c’est du moins ce que disent ses ennemis – couvre le monde entier.

L’effondrement su régime syrien pourrait lever des restrictions et des interdits [posés par la Syrie] aux activités et au mouvement du Hezbollah et pourrait accroître sa marge de manœuvre. Sans le régime syrien, le Hezbollah n’aura plus à s’inquiéter de savoir s’il gêne ou déplaît au régime syrien.

A coup sûr,  le Hezbollah restera loyal au régime iranien, mais il jouira – c’est une certitude sous la direction de Nasrallah – d’une large indépendance dans sa prise de décision.

Sans le régime syrien, le Hezbollah pourrait être contraint de mettre l’accent sur sa branche militaire (la résistance) et peut-être de marginaliser sa branche politique. Mais les ennemis du Hezbollah oublient une pièce importante du puzzle : si le régime syrien tombe, il ne sera pas remplacé du jour au lendemain par un pouvoir central qui assurera tout simplement la continuité de l’Etat avec un contrôle sécuritaire fort. Loin de là car la disparition du régime aura pour résultat une fragmentation géographique et une décentralisation politique qui n’empêcheront pas les relations du Hezbollah avec certaines parties de la Syrie.

De plus, si le régime tombe, le Hezbollah et ses alliés ne se contenterons pas de regarder les évènements à la télévision. A ce stade, le conflit syrien va inévitablement – encore ce mot – se traduire par une importante reconfiguration politique au Liban, et pas nécessairement en faveur des amis des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite. Si la Syrie tombe, l’ordre établi par les USA et l’Arabie Saoudite au Liban tombera avec également, mais pas immédiatement. Cet ordre disparaîtra après une longue période de conflit interne – on peut dire la même chose de la Syrie.

Le Hezbollah s’est préparé à l’éventualité d’un effondrement su régime syrien. Il dispose aujourd’hui d’une vaste organisation et de ses propres ressources et sources de financement. Les gens oublient que le régime syrien est connu pour être très près de ses sous. Il donne rarement de l’argent à ses alliés. Le Hezbollah survivra sans le régime syrien, mais ce sera une organisation différente. Et ce ne sera pas au goût d’Israël et de ses amis dans la région.


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