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Sur les crimes de guerre russes à Alep

9 octobre 2016

Le blogueur américain Moon of Alabama est sans doute un des observateurs les plus perspicaces de la situation en Syrie et de l’escalade à laquelle on assiste dans ce pays entre la Russie et les Etats Unis, la diplomatie française ne dédaignant pas le rôle d’idiot utile de l’Oncle Sam.

Ici, Moon of Alabama analyse la dernière évolution sur le plan diplomatique avec les accusations de crimes de guerre portées par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry à l’encontre de l’armée russe en Syrie.

Et le blogueur fait parfaitement le lien entre la situation intérieure aux Etats Unis et ce moment politique dont un point culminant aura été le veto opposé par la Russie à un projet de résolution déposé par la France à l’ONU.

Une administration Obama désespérée recourt au mensonge et peut-être plus.

Moon of Alabama (USA) 8 octobre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 28 septembre, la mission diplomatique française à l’ONU a affirmé que deux hôpitaux d’Alep-est avaient été bombardés. Elle documentait l’événement avec la photo de bâtiments détruits à Gaza. Les Français ont par la suite effacé ce tweet.

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Ce n’est pas la première fois que de telles affirmations mensongères et manipulations sont faites par des officiels occidentaux. Mais habituellement ils évitent les mensonges purs et simples.

Pas le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis John Kerry. Dans un point de presse hier, avant les discussions sur une nouvelle résolution de l’ONU avec le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, il a déclaré (à 1″ dans la vidéo) au sujet de la Syrie :

La nuit dernière, le régime a attaqué encore un autre hôpital, 20 personnes ont péri et 100 ont été blessées. Et la Russie et le régime doivent au monde plus qu’une explication sur la raison pour laquelle ils continuent à frapper des hôpitaux, des structures de soins et des femmes et des enfants. Ce sont des actes qui exigent une enquête appropriée pour crimes de guerre. Et ceux qui les commettent devront et doivent être tenus pour responsables de ces actions.

Aucune organisation de l’opposition n’a soutenu qu’un événement d’une telle gravité s’était produit. Aucune. Aucune agence de presse n’en a trace. L’officine de désinformation du MI-6, l’OSDH [Observatoire Syrien des Droits de l’Homme] en Grande Bretagne, qui recense avec une certaine fiabilité toutes les pertes annoncées et est souvent cité par les « médias occidentaux » n’a rien dit concernant un événement de ce genre en quelque lieu en Syrie.

Le grave incident affirmé par Kerry ne s’est pas produit. Kerry l’a inventé. (Etait-il prévu qu’il se produise et Kerry a-t-il omis la note de service ?). Kerry s’est servi de ce mensonge pour appeler à une enquête et des sanctions pour crime de guerre. Il l’a fait devant des caméras, pendant un événement officiel avec un hôte étranger dans le contexte d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU.

C’est grave. C’est presque aussi grave que les affirmations mensongères de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Les premiers reportages, comme celui-ci sur CBSNEWS répètent les assertions de Kerry:

Kerry a déclaré que les forces syriennes ont touché un hôpital la nuit dernière, tuant 20 personnes et en blessant 100, décrivant ainsi ce qui serait la plus récente frappe par Moscou ou son allié de Damas sur une cible civile.

Mais l’article du New York Times qui traite de l’événement, s’il parle bien de la demande par Kerry d’une enquête pour crime de guerre, ne mentionne pas ses affirmations sur le bombardement de l’hôpital. Il n’en dit rien. Pour l’auto-proclamé « journal de référence », le mensonge de Kerry n’a jamais existé. Même chose au Washington Post dont l’article ne mentionne pas l’affirmation mensongère de Kerry.

La dernière dépêche de l’AP rédigée par Matthew Lee omet aussi le mensonge. C’est bizarre parce que Matt Lee en est à l’évidence conscient. Le point de presse quotidien du Département d’Etat a un long passage sur cet aspect. La vidéo (à 3″ »30′) montre que c’est Matt qui pose ces questions:

QUESTION:  Okay. Sur la Syrie et les propos du Secrétaire d’Etat dans la matinée : Savez-vous de quel bombardement il parlait dans ses propos sur un hôpital bombardé dans la nuit à Alep?

MR KIRBY: I think the Secretary’s referring actually to a strike that we saw happen yesterday on a field hospital in the Rif Dimashq Governorate. I’m not exactly positive that that’s what he was referring to, but I think he was referring to actually one that was –

Je crois que le Secrétaire d’Etat faisait en réalité allusion à une frappe dont nous avons appris qu’elle s’est produite hier sur un hôpital de campagne dans le gouvernorat de Damas Rif. Je ne suis pas tout à fait certain que c’est à cela qu’il faisait allusion, mais je pense qu’il faisait allusion à un bombardement qui…

QUESTION: pas un bombardement sur Alep?

MR KIRBY:  Je crois que c’était – je pense que c’était – je crois qu’il – je suppose qu’il – je suppose qu’il s’est un peu trompé sur la localisation en faisant allusion à…-

QUESTION:  mais vous n’avez pas de certitude cependant?

MR KIRBY: Non. Pour ce que j’en sais d’après mes informations, c’est qu’il faisait plus probablement allusion à un bombardement hier dans le gouvernorat mais c’était peut-être une erreur de bonne foi.

QUESTION: Si nous pouvions – si nous avions la possibilité de trancher avec certitude sur ce dont il parlait…

MR KIRBY: Je ferai tout mon possible, Matt.

Le passage dure encore. Mais il n’y a pas eu de bombardement dans le Rif de Damas, ni à Alep. Par la suite, Kirby, le porte-parole du Département d’Etat reconnaît pour l’essentiel que Kerry a menti : « Je ne peux pas le confirmer. »

Il s’avère aussi que Kerry n’a pas la moindre preuve d’un quelconque crime de guerre et aucune possibilité crédible d’initier une procédure criminelle internationale sur de tels crimes. Et dans quel but ? Pour intimider la Russie ? Peu de chances que ça marche, ce serait une démarche sans espoirs et Kerry devrait le savoir.

Kerry est désespéré ; Il a complètement perdu la main en Syrie. La Russie joue le premier rôle et fera tout ce qu’i soit être fait. L’administration Obama, à part commencer une guerre mondiale, n’a plus aucun moyen d’influer significativement sur l’action de la Russie.

Kerry n’est qu’un instrument parmi d’autres de l’administration Obama. Dans la journée, le directeur de la National Intelligence des Etats Unis James Clapper a émis d’autres accusations contre la Russie :

La communauté du renseignement des Etats Unis est convaincue que le gouvernement russe a dirigé les récentes intrusions dans les courriers électroniques de personnes et d’institutions américaines, dont ceux d’organisations politiques américaines. La récente divulgation du contenu d’e-mails présumés piratés sur des sites comme DCLeaks et WikiLeaks et par Guccifer 2.0 correspondent bien aux méthodes et aux motivations d’agissements dirigés par les Russes. Ces piratages et ces divulgations ont pour but d’interférer avec le processus électoral aux Etats Unis. Une telle activité n’est pas nouvelle de la part de Moscou – les Russes ont utilisé des procédés et des techniques semblables à travers l’Europe et l’Eurasie pour, par exemple, influencer l’opinion publique dans ces régions. Nous croyons, sur la base de l’étendue et de la précision de ces agissements, que seuls de hauts responsables officiels russes pouvaient avoir autorisé ces activités.

Traduction : « NOUS NE SAVONS pas du tout (« Nous sommes convaincus », « nous croyons », « dirigées ») qui a commis ces piratages et NOUS N’AVONS pas la moindre preuve (« correspondent bien », « sur la base de l’étendue et de la précision ») que la Russie est impliquée, alors laissez-moi vous jeter un peu de poudre aux yeux et essayer de vous embobiner tous autant que vous êtes. »

L’ancien ambassadeur de Grande Bretagne Craig Murray qualifie cela de flagrant mensonge néocon. C’est pourtant à l’évidence le DNC (Democratic National Committee)  qui a manipulé le processus électoral en, en contradiction avec son mandat, promouvant Clinton face à Sanders. Les hackers en ont simplement donné la preuve. Il est également facile de voir pourquoi ces accusations sont lancées maintenant. Murray :

Que l’administration Obama fasse une accusation formelle contre la Russie sans se baser sur une seule preuve est, en soi, étonnant. Mais elle est motivée par le désespoir. WikiLeaks a déjà annoncé disposer d’un énorme stock d’autres éléments relatifs aux manigances d’Hillary. La Maison Blanche cherche simplement à les discréditer à l’avance en les associant mensongèrement entièrement aux services secrets russes.

L’administration Obama est en train de perdre. Sur la Syrie comme sur les élections, elle ne peut plus affirmer ses volontés. Trump, en dépit de tous les propos grossiers qu’il peut tenir, a une chance significative d’accéder à la présidence. Lui (-44%) et Clinton (-41%) sont plus détestés par l’électorat américain que Poutine (-38%). N’importe quelle solution en Syrie sera plus à l’avantage de la Russie que de Washington.

Un tel désespoir peut être dangereux. Mentir sur la Russie est une manière pour Kerry de s’accrocher désespérément. Le président et ses collègues au Pentagone et à la CIA ont des moyens plus énergiques [kinetic] de s’exprimer. Iraient-ils jusqu’à ordonner quelque chose de vraiment stupide ?

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Après s’être aliéné le lobby sioniste, Donald Trump se met à dos les néoconservateurs

5 mars 2016

Donald Trump est décidément un personnage inclassable à bien des égards, et il suscite légitimement  la crainte notamment chez les communautés minoritaires.

Mais d’un autre côté, ces minorités ont-elles vraiment mieux à espérer de Mme Hillary Clinton qui est la favorite dans la course à l’investiture présidentielle chez les Démocrates ?

En effet, dans cette organisation démocratique en trompe l’œil que sont les primaires du Parti Démocrate, les dés sont pipés et le candidat Bernie Sanders, dont la sincérité progressiste semble assez évidente, n’a aucune chance.

Donc côté républicain c’est Donald Trump qui tient la corde. Et ce dernier, outre sa xénophobie, affichée à défaut peut-être d’être  réelle, a un certain nombre de graves défauts.

Le premier est qu’il est riche et n’est donc pas à vendre. Et il l’a dit clairement devant les membres du lobby sioniste qui ont acheté à peu près tous les candidats, dont Mme Clinton qui leur appartient depuis quelques années maintenant, à la notable exception de M. Sanders dont les fonds de campagne viennent  de centaines de milliers de petites gens qui comptent sur lui pour que le pays change en leur faveur.

Le deuxième, qui n’est pas sans rapport avec le premier, est que Donald Trump a déclaré publiquement qu’il serait neutre dans le conflit qui oppose Palestiniens et sionistes. Un propos qui a déclenché l’alarme dans le lobby sioniste pour lequel les Etats Unis sont nécessairement les alliés de l’entité sioniste qui est en retour leur alliée privilégiée dans un lien «unbreakable» (qu’on ne peut briser) selon le mot employé par Barack Obama.

Le troisième défaut de Donald Trump vient tout juste de se révéler : Donald Trump souhaite sortir des logiques de confrontation avec les pays étrangers, notamment la Russie, pour aller vers des relations de coopération !

Tout ça fait un peu beaucoup pour un seul homme: se mettre à dos le lobby sioniste et les néoconservateurs (deux secteurs d’influence qui se recouvrent très largement) avec leur doctrine de «full spectrum dominance» [suprématie totale], une doctrine qui a la totale adhésion des industriels de l’armement puisqu’elle justifie le maintien d’un potentiel miliaire très important  qui est une source de revenus pour eux.

Le cauchemar des néoconservateurs: Trump  veut “une bonne entente avec les pays étrangers”

Par Stuart Hooper, 21st Century Wire (USA) 4 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Serait-ce la vraie raison pour laquelle Trump est si méprisé par l’establishment  républicain?

Dans ce qu’on ne peut présenter que comme un cauchemar pour les néoconservateurs, le candidat en tête pour l’investiture républicaine à la préssidentielle, Donald Trump a déclaré hier soir pendant un  débat sur Fox News qu’il veut établir des relations de coopération, et pas de de confrontation, avec les pays étrangers.

Trump a dit ce qui suit:

« Ne serait-ce pas vraiment une bonne chose si nous pouvions nous entendre avec la Russie, si nous pouvions  avoir de bonnes relations avec les pays étrangers. »

La faction politique néoconservatrice qui a dominé le Parti Républicain dans l’histoire récente considère qu’il n’y a pas grand-chose à gagner avec une politique de coopération et elle préfère au contraire la confrontation et la domination ; comme elle l’a amplement démontré avec la guerre en irak en 2003.

La déclaration de Donald Trump selon laquelle il veut explicitement  ‘une entente  avec la Russie’ est  sans précédent et Mitt Romney, le candidat républicain à la présidentielle de 2012 avait affirmé que la Russsie était «sans l’ombre d’un doute notre ennemi géopolitique numéro un.»

Un monde avec un président américain qui souhaite ‘l’entente’ pourrait être bien différent du monde d’aujourd’hui. Pourtant comme nous le constatons avec la myriade d’attaques contre Trump, certaines élites politiques et intérêts du complexe militaro-industriel ne sont pas emballés par ce concept.

Bien sûr, nous devons garder à l’esprit que ce n’est que ça: un concept. Et aussi bon que soit ce concept, il se pourrait bien que Trump ne tienne pas cette promesse.

N’empêche, c’est  quand même un changement de ton très différent, un peu plus doux, par rapport à la rhétorique politique que nous avons l’habitude d’entendre.

Pensez-vous que Trump a la bonne orientation en matière de politique étrangère, et la mettra-t-il  en œuvre?


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