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Le terrorisme sioniste et ses mystifications, un texte important de Rémi Brulin

15 mai 2018

La récente parution en langue anglaise d’un ouvrage consacré à la stratégie adoptée par l’entité sioniste pour combattre ses ennemis, palestiniens mais pas seulement, une stratégie basée notamment sur l’assassinat, donne l’occasion au chercheur Rémi Brulin de revenir sur la construction idéologique et médiatique du terrorisme et de la figure du terroriste en prenant comme exemple précisément le cas de l’entité sioniste.

Rémi Brulin a en effet consacré sa thèse, soutenue à Paris, à la constitution et à l’évolution du discours américain sur le terrorisme. Un discours à l’élaboration duquel le régime sioniste et ses agents n’est pas étranger.

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Rémi Brulin

La thèse de doctorat de Rémi Brulin est téléchargeable. Elle est en français puisqu’elle a été soutenue en France et que Rémi Brulin est français. Le texte de ce chercheur que je vous propose ici n’est disponible qu’en anglais. Peut-être M. Brulin en donnera-t-il une version en français. En attendant, il faudra se contenter de ma traduction de cet article où Brulin illustre sa thèse en prenant l’exemple de l’entité sioniste.

Une thèse dont la validité vient encore d’être démontrée par les propos de Simona Frankel, l’ambassadrice de l’entité sioniste en Belgique pour qui « tous les palestiniens abattus par balle étaient des terroristes, y compris les 8 enfants« .   (Notez que la RTBF titre « propos musclés » là où nous sommes devant des propos abjects).

La remarquable occultation de la campagne israélienne d’attentats à la voiture piégée au Liban ou : Ce dont nous (ne) parlons (pas) quand nous parlons de terrorisme

Par Rémi Brulin, MondoWeiss (USA) 7 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le ministre de la défense Ariel Sharon et le chef d’état-major sioniste Raphael Eitan au Liban en 1982

« Avec le soutien de Sharon, des choses terribles ont été faites. Je ne suis pas végétarien et j’ai soutenu et même participé à certaines des opérations d’assassinat réalisées par Israël. Mais nous parlons ici de meurtres de masse dans le but de tuer, de semer le chaos et l’alarme chez les civils aussi. Depuis quand envoyons nous des ânes chargés d’explosifs pour qu’ils explosent sur des marchés ? »

– Un agent du Mossad, cité dans Rise and Kill First de Ronen Bergman: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël

Le 29 août 1982, Ariel Sharon s’est invité dans les pages d’opinion du New York Times pour démontrer que la «réalisation la plus immédiate» d’Israël après son invasion du Liban avait été la «défaite écrasante» de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Le ministre israélien de la Défense expliquait que les roquettes Katioucha tirées depuis « des sanctuaires terroristes du Liban » avaient cessé de pleuvoir sur les villages israéliens, et les soldats israéliens avaient été accueillis en libérateurs pour avoir expulsé les terroristes qui violaient et pillaient. Le « royaume de terreur » établi par l’organisation de Yasser Arafat sur le sol libanais « n’était plus ». « Cela a été le cas », insistait Sharon, « malgré les pertes qui ont inévitablement résulté du combat contre les terroristes de l’OLP qui utilisaient des civils comme boucliers humain » et qui stockaient délibérément leurs armes et leurs munitions au milieu des immeubles d’habitation, des écoles, des camps de réfugiés et des hôpitaux. « 

En fait, ajoutait le ministre de la défense, «aucune armée dans l’histoire de la guerre moderne n’a jamais pris autant de précautions pour éviter les pertes civiles que l’armée israélienne.» Une expression hébraïque, «tohar haneshek», exprimait parfaitement cette idée, ajoutait le ministre de la Défense. Cela signifie « la conduite morale de la guerre » et tous les Israéliens étaient « fiers que nos soldats se conforment scrupuleusement cette doctrine juive ». Ils avaient averti les civils qu’ils venaient malgré les « coûts élevés » pour eux-mêmes, avaient attaqué « seulement des positions reconnues au préalable de l’OLP » et bombardé « des bâtiments seulement quand ils servaient d’abris à l’OLP.  »  » Cette politique « , concluait Sharon, » contraste de manière frappante avec la pratique de l’OLP qui consiste à attaquer seulement des cibles civiles. »

1979-1984 : Des responsables israéliens lancent une énorme campagne de relations publiques dénonçant le fléau du «terrorisme» ...

La tribune libre d’Ariel Sharon est parue alors qu’Israël menait une offensive de relations publiques délibérée et finalement remarquablement réussie visant à influencer le discours américain naissant sur le «terrorisme» d’une manière qui coïnciderait avec ses propres intérêts.

La tribune libre d’Ariel Sharon fut publiée alors qu’Israël entreprenait une offensive de relations publiques délibérée au succès en définitive remarquable dans le but d’influencer le discours américain naissant sur le terrorisme d’une manière conforme à ses propres intérêts.

En juillet 1979, à Jérusalem, une importante conférence sur le « terrorisme international » avait été organisée par le Jonathan Institute, une organisation intimement liée au gouvernement israélien et baptisée du nom de Jonathan Netanyahou, tué pendant un fameux raid des forces spéciales israéliennes à Entebbe (aéroport de la capitale de l’Ouganda, NdT)

Benzion Netanyahou, historien du judaïsme et ancien secrétaire particulier de Ze’ev Jabotinsky, était un des principaux acteurs derrière la création de l’institut et il prononça la déclaration inaugurale de la conférence. Cet événement, avait-t-il expliqué, a annonçait le début d’un « nouveau processus – le processus de ralliement des démocraties du monde à la lutte contre le terrorisme et les dangers qu’il représente ». « Contre le front international du terrorisme, » avait soutenu le père de Jonathan et Benjamin, «nous devons construire un front international de la liberté – celui de l’opinion publique organisée qui poussera les gouvernements à agir».

Les orateurs à la conférence de Jérusalem en 1979 représentaient un véritable Who’ who des dirigeants politiques, les universitaires et les commentateurs politiques conservateurs, principalement d’Israël et des États-Unis. L’un après l’autre, ils avaient insisté sur le fait que prendre position contre le «terrorisme» consistait à témoigner d’une «clarté morale» et que la «clarté morale» exigeait une clarté dans le langage. Le terme «terrorisme» devait donc être défini avec précision et il fallait faire en sorte d’empêcher les «terroristes» de «travestir le langage» en prétendant lutter pour la liberté.

Benzion Netanyahu avait ainsi condamné le « relativisme moral facile du « le terroriste de l’un est le combattant de la liberté d’un autre » et avait insisté sur le fait qu’il était » important d’établir d’emblée un cadre définitionnel clair, sans tenir compte des opinions politiques « . « Le terrorisme », avait-il expliqué, «est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur.» Il est« au-delà de toute nuance et ergotage, un mal moral» qui « infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais aussi ceux qui, par intention de nuire, ignorance ou simple refus de penser, les approuve. » Il était ensuite allé un peu plus loin, et avait insisté sur le fait que les moyens et les fins des » terroristes « étaient » indissolublement liés, et tous deux pointent dans une seule direction: l’horreur de la liberté et la détermination à détruire le mode de vie démocratique. « 

Pour sa part, le premier ministre Menahem Begin avait affirmé que l’OLP était « la plus vile des organisations armées depuis le temps des nazis ». La gravité de la menace « terroriste » posée par les Palestiniens et leurs alliés arabes était telle, avait-il soutenu. Qu’elle justifiait le recours préventif à la force militaire. « Que devrions-nous faire ? » avait demandé Begin. « Se contenter de représailles, attendre entre les attentats contre la population civile juive dans notre pays, en d’autres termes, condamner un nombre indéterminé de nos concitoyens à mourir ? » Non, avait-il répondu : « Nous les frappons et c’est l’autodéfense nationale la plus sublime, la plus légitime. « 

L’Institut avait organisé une deuxième conférence à Washington DC en juin 1984. Ses actes ont ensuite été rédigés par Benjamin Netanyahu et publiés sous le titre « Terrorisme : Comment l’Occident peut gagner ». Le livre avait recueilli des critiques élogieuses de la part de grands journaux américains, était réputé avoir été lu avec beaucoup d’intérêt par le président Reagan lui-même et avait obtenu un succès éditorial remarquable. Comme Netanyahu l’avait expliqué, la conférence de 1979 avait représenté «un tournant dans la compréhension du terrorisme international» et «aidé à attirer l’attention des cercles influents en Occident sur la véritable nature de la menace terroriste» car une « réponse internationale cohérente et unie » n’existait pas encore. « Promouvoir une telle politique unifiée et suggérer en quoi elle pourrait consister », concluait Netanyahou, avait été « l’objectif principal du deuxième rassemblement international de l’Institut Jonathan ».

Comme son père quelques années plus tôt, l’ambassadeur israélien auprès des Nations Unies avait insisté sur le fait que «le terrorisme est toujours injustifiable, indépendamment de ses objectifs déclarés ou réels», ajoutant que «les véritables objectifs des terroristes sont en pratique liés à leurs méthodes. « L’histoire nous a donné à plusieurs reprises un avertissement préalable », avait-il expliqué. Les gens qui «délibérément massacrent des femmes et des enfants n’ont pas en tête la libération», avait-il affirmé avec assurance avant d’ajouter : «Ce n’est pas seulement que les fins des terroristes ne justifient pas les moyens qu’ils choisissent. C’est que le choix des moyens indique ce que sont les vrais buts. Loin d’être des combattants de la liberté, les terroristes annoncent la tyrannie. « 

À la fin du premier mandat de Ronald Reagan, les élus américains en étaient venus à accepter et à adopter les principales affirmations et hypothèses qui, depuis des années, étaient au cœur du discours israélien sur le «terrorisme». Le «terroriste» est le non-gouvernement. Le terroriste est « l’Autre » non occidental. « Il » recourt à des moyens diaboliques et immoraux au service du mal et de fins immorales. En ce sens, «le terroriste» appartient au monde pré- ou non civilisé. En revanche, «nous» sommes opposés, condamnons et rejetons «tout terrorisme». «Nous» défendons la clarté morale et respectons profondément le caractère sacré de la vie des civils innocents. « Notre » fin, comme nos moyens, sont purs. « Nos » recours à la force sont légitimes et toujours défensifs. Ils interviennent en réponse à la «menace terroriste» ou en légitime défense et visent toujours à limiter les pertes de vies civiles.

La tribune libre d’Ariel Sharon représente l’une des illustrations les plus claires de la mesure dans laquelle un tel discours est de la pure idéologie.

…Tandis que plusieurs de ses plus hauts fonctionnaires sont occupés à diriger une campagne « terroriste » massive d’attentats à la voiture piégée au Liban

En effet, de 1979 à 1983, soit précisément la période située entre les conférences de Jérusalem et de Washington, de très hauts responsables israéliens ont mené une vaste campagne d’attentats à la voiture piégée qui a tué des centaines de Palestiniens et de Libanais, pour la plupart civils. En fait, au moment où sa tribune libre était publiée dans le New York Times, Sharon dirigeait personnellement cette opération «terroriste» depuis une année entière. Fait encore plus remarquable, l’un des objectifs de cette opération secrète était précisément d’inciter l’OLP à recourir au «terrorisme» afin de fournir à Israël une justification pour envahir le Liban.

 

Ronen Bergman

Ces assertions ne sont pas le produit d’un esprit enfiévré et conspirationniste. Une description détaillée de cette opération secrète par Ronen Bergman, un journaliste israélien très respecté, a été publiée par le New York Times Magazine le 23 janvier 2018. Cet article a été adapté de Rise and Kill First: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël, où est fourni un compte rendu beaucoup plus détaillé de l’opération, entièrement basé sur des entretiens avec des responsables israéliens impliqués ou au courant de l’opération à l’époque.

Comme l’explique Richard Jackson dans « Writing the War on Terrorism » (Écrire la guerre contre le terrorisme), un discours politique est une façon de parler qui cherche à donner un sens aux événements et aux expériences à partir d’un point de vue particulier. Analyser le discours sur le «terrorisme», affirme Jackson, implique «l’identification des règles guidant ce qui peut et ne peut pas être dit et de découvrir ce qui a été omis ainsi que ce qui a été inclus.» «Les silences d’un texte» ajoute-t-il « sont souvent aussi importants que ce qu’il dit. »

L’opération secrète d’attentats à la voiture piégée menée par les autorités israéliennes au Liban au début des années 1980 représente un exemple historique remarquable de tels «silences» et des «règles» qui sous-tendent le discours sur le «terrorisme» et confirme que certaines choses ne peuvent tout simplement pas être dites. « Certains faits ne sont tout simplement jamais mentionnés .Rise and Kill First a reçu des éloges de la part de la critique dans la presse américaine. Au cours des trois derniers mois, son auteur a participé à d’innombrables interviews avec les médias et a donné des conférences publiques très remarquées dans tout le pays. Et pourtant, dans ces revues critiques, ces entretiens et ces discussions publiques, cette opération secrète n’a pas été mentionnée une seule fois. En fait, la discussion publique qui a entouré la publication de Rise and Kill First a eu lieu comme si les révélations contenues dans ce livre n’avaient jamais été publiées.

Notre » opposition au « terrorisme » se base sur des principes et est absolue. « Nous » par définition ne recourons pas au « terrorisme ». Si et quand une preuve du contraire est présentée, la réaction est : le silence.

The New York Times Magazine: L’opération secrète d’Israël au Liban et la création du Front pour La libération du Liban des étrangers

Dans le New York Times Magazine, Ronen Bergman, chef correspondant pour les affaires militaires et du renseignement pour le journal israélien Yediot Ahronoth, décrit comment, le 22 avril 1979, une « unité terroriste » du Front de Libération de la Palestine débarqua sur la plage de Nahariya, une ville israélienne à quelques kilomètres au sud de la frontière avec le Liban. Ils firent irruption dans une maison et, au moment où la situation des otages était réglée, un père et deux de ses filles, âgés de quatre et deux ans, avaient été brutalement assassinés [Samir Kountar, alors âgé de 17 ans, faisait partie du commando. Il a toujours nié avoir tué une fillette. L’autre enfant décédé est morte accidentellement asphyxiée par sa mère qui l’enveloppait pour la protéger. Samir Kountar a été condamné à de la prison avant d’être libéré dans le cadre d’un échange par l’entité sioniste. Il a été tué par un bombardement de l’aviation sioniste sur la périphérie de Damas. NdT]

« Suite à l’atrocité de Nahariya », explique l’auteur, le général Rafael Eitan  » avait donné au commandant régional Avigdor Ben-Gal un ordre simple « Tuez-les tous », c’est-à-dire tous les membres de l’OLP et quiconque a un lien avec cette organisation au Liban. « Avec l’approbation d’Eitan, Ben-Gal avait choisi Meir Dagan, le » meilleur expert en opérations spéciales  » de l’armée israélienne et, écrit l’auteur, » tous trois mirent en place le Front pour la Libération du Liban des Etrangers « . Pour citer David Agmon, chef de l’état-major du Commandement de l’armée israélienne et l’un des rares hommes à avoir été au courant de l’opération, expliquant ainsi l’objectif de la création du Front: « Le but était de semer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreintes digitales israéliennes, pour leur donner l’impression d’être constamment attaqués et pour leur insuffler un sentiment d’insécurité. » Pour cela, Eitan, Ben-Gal et Dagan » *recrutèrent des locaux libanais, Druzes, Chrétiens et Musulmans chiites qui en voulaient aux Palestiniens et les voulaient hors du Liban « Entre 1979 et 1983, » le Front a tué des centaines de personnes « .

Dans cet article, Bergman ne donne pas de détails sur les méthodes utilisées pendant cette opération secrète. Il est également assez vague sur l’identité (des « gens ») de ses victimes.

Pour ceux qui sont bien informés sur le conflit au Liban, cependant, la référence au Front de Libération du Liban des Etrangers est extraordinairement significative car cette organisation était, au début des années 1980, tristement connue pour avoir revendiqué la responsabilité de dizaines d’attentats à la voiture piégée extrêmement violents et destructeurs visant les palestiniens et leurs alliés au Liban. Ces attentats ont été largement couverts par la presse américaine à l’époque. Le plus souvent, les journalistes américains présentaient le FLLE comme une « mystérieuse » ou « insaisissable organisation d’extrême droite ». Ils notaient parfois que les palestiniens et leurs alliés libanais avaient la conviction que cette organisation était purement fictive, une invention israélienne dans le but de cacher son rôle dans ces activités.

En ce qui concerne le livre lui-même, aucune connaissance préalable du conflit libanais n’est requise pour comprendre l’ampleur et la signification des révélations de Bergman.

Rise and Kill First : Récits de première main sur le rôle d’Israël dans la grande campagne d’attentats à la voiture (et à la bicyclette et à l’âne) piégé au Liban.

Très tôt, explique Bergman, l’opération a eu recours principalement à « des explosifs dissimulés dans des bidons d’huile ou des boîtes de conserves » fabriqués dans un atelier de métallerie du Kibboutz Mahanayim où résidait Ben-Gal. Les explosifs eux-mêmes venaient de l’unité de neutralisation des bombes de l’armée israélienne afin de « fortement minimiser les risques qu’un lien avec Israël soit révélé si les engins explosifs tombaient entre des mains ennemies. » « Nous y allions de nuit, » a déclaré Ben-Gal à Bergman, « Meir [Dagan] et moi et les autres gars, avec le chef du commandement du génie qui apportaient les explosifs, et nous remplissions ces petits bidons et branchions les détonateurs. »

Ces « petits bidons » étaient alors envoyés aux courriers dans de grands sacs à dos ou, s’ils étaient trop gros, sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes. » Comme le dit Bergman : « Bientôt des bombes commencèrent à exploser aux domiciles des collaborateurs de l’OLP au Sud Liban, tuant tous ceux qui s’y trouvaient, ainsi que dans des positions et des bureaux de l’OLP, surtout à Tyr, Saïda et dans les camps de réfugiés palestiniens autour de ces villes causant des dégâts et des pertes considérables.

L’opération avait été menée dans le plus grand secret, selon Bergman. Elle n’a jamais reçu l’approbation du gouvernement lui-même, et on n’a «aucun moyen de savoir» dans quelle mesure Ezer Weizman, le ministre de la Défense lors du lancement de l’opération, était au courant.

Malgré leurs efforts, Eitan, Ben-Gal et Dagan ont été incapables de garder leur opération complètement hermétique, amenant plusieurs officiers supérieurs d’AMAN (l’acronyme hébreu pour le Département du Renseignement de l’état-major général de l’armée israélienne) à freiner des quatre fers en objectant vigoureusement.

Le chef de la Division de la recherche d’AMAN, Amos Gilboa, a parlé à Bergman de ce qu’il a appelé une «lutte constante» entre l’AMAN et le Commandement du Nord. « Yanosh [Ben-Gal] nous a menti tout le temps. Nous n’avons cru aucun de leurs rapports « , a déclaré Gilboa. « Ce fut l’une des périodes les plus laides de l’histoire du pays ». Plus tard, AMAN a appris « par ses sources au Liban » les « attentats à la voiture et aux ânes piégés » mais, écrit Bergman, mais avait finalement décidé de laisser tomber.

Des réserves furent aussi exprimées par le vice-ministre de la Défense, Mordechai Zippori qui avait été informé d’une attaque qui avait eu lieu en avril 1980 et au cours de laquelle des femmes et des enfants avaient été tués suite à l’explosion d’une voiture piégée dans le sud du Liban. L’objectif était, selon Bergman, de frapper «le personnel de l’OLP». En juin, une réunion était convoquée dans le bureau de Begin, Zippori accusant Ben-Gal de «mener des actions non autorisées au Liban» et que «dans ces activités, des femmes et des enfants ont été tués. « Ce dernier avait répondu : » Inexact. Quatre ou cinq terroristes ont été tués. Qui circule au Liban dans une Mercedes à 2 heures du matin ? Seulement des terroristes. « 

Begin accepta l’assurance de Ben-Gal qu’il avait effectivement reçu la permission pour cette action et mit fin à la réunion. Selon Bergman, l’étendue des informations du Premier ministre sur ces activités est incertaine. A partir de ce moment-là, cependant, « les hauts gradés se rendirent compte qu’il était inutile de demander au Premier ministre de rectifier la situation. » La réunion de Tel Aviv marqua ainsi la fin de toute opposition interne à l’opération secrète menée par Eitan, Ben -Gal et Dagan, un développement fatidique car l’opération était sur le point d’entrer dans sa deuxième (et encore plus violente) étape suite à la nomination d’un nouveau ministre de la Défense.

Le 16 juillet 1981, des roquettes palestiniennes Katiouchas tuèrent trois civils israéliens dans le village de Kiryat Shmonah. Le lendemain, l’armée de l’air israélienne ripostait par un bombardement massif visant le siège de l’OLP au centre-ville de Beyrouth ainsi que plusieurs ponts vers Saïda, tuant entre 200 et 300 personnes, principalement des civils libanais, et en blessant plus de 800.

Philip Habib, envoyé spécial du président Ronald Reagan dans la région, négocia un cessez-le-feu par lequel l’OLP s’engageait à cesser toute attaque à l’intérieur d’Israël. Pour les dirigeants israéliens, un tel accord était inacceptable. L’OLP était une organisation «terroriste» et la décision américaine de considérer Arafat comme partenaire d’un cessez-le-feu était un véritable affront. En ce qui concerne les détails de l’accord, ils firent valoir que l’OLP devrait cesser toutes les attaques contre Israël et les intérêts israéliens, y compris les attaques menées dans les territoires occupés ou dans des endroits comme l’Europe. Comme le note Bergman, « le monde extérieur voyait les choses différemment, et Habib fit comprendre aux Israéliens que les Etats-Unis ne soutiendraient une incursion terrestre au Liban qu’en réponse à une provocation flagrante de l’OLP ».

Le 5 août 1981, Begin désigna Ariel Sharon pour le remplacer au poste de ministre de la Défense. Dans la dizaine de mois qui suivit, comme les historiens israéliens comme Zeev Schiff et Ehud Yaari, Benni Morris, Avi Shlaim ou Zeev Maoz l’ont depuis longtemps documenté, Israël se lança dans de nombreuses opérations militaires dans le but clair d’inciter les Palestiniens à réagir militairement, ce qu’Israël pourrait alors condamner comme une attaque «terroriste» justifiant une offensive majeure au Liban.

Août 1981 : Ariel Sharon devient ministre de la Défense et intensifie la campagne de d’attentats du FLLE pour pousser l’OLP à recourir au «terrorisme»

Rise and Kill First représente une contribution majeure à notre compréhension de ce moment historique, car il démontre, sur la base de témoignages directs de responsables israéliens impliqués dans l’opération, que la campagne d’attaques à la voiture piégée s’est intensifiée lorsque Sharon est devenu ministre de la Défense, devait être comprise précisément comme un élément de cette stratégie plus large de de provocation.

Immédiatement après avoir pris ses nouvelles fonctions, Sharon décida d’activer «le dispositif secret de Dagan dans le Commandement Nord». Il choisit Eitan comme «émissaire personnel» qui «surveillait les activités clandestines dans le Nord» et, explique Bergman, « à la mi-septembre 1981, des voitures piégées explosaient régulièrement dans les quartiers palestiniens de Beyrouth et dans d’autres villes libanaises. « 

L’auteur qui mentionne spécifiquement les attentats de Beyrouth et de Saïda au début du mois d’octobre observe qu’ ​​ »en décembre 1981 seulement, dix-huit bombes placées dans des voitures ou sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes avaient explosé près des bureaux de l’OLP ou de zones d’habitat palestinien. Faisant de nombreux tués » et il ajoute que « une organisation nouvelle et inconnue qui s’appelle le Front de Libération du Liban des Étrangers avait revendiqué la responsabilité de tous ces incidents. » Comme Bergman l’écrit : « Sharon espérait que ces opérations provoqueraient Arafat à attaquer Israël, qui pourrait alors répondre par l’invasion du Liban, ou au moins pousser l’OLP à riposter contre les Phalangistes, après quoi Israël serait en mesure d’accourir en grande force à la défense des chrétiens. « 

L’auteur ajoute des détails opérationnels remarquables. Au cours de cette étape de l’opération, les explosifs étaient «emballés dans des sacs de poudre à lessive Ariel» afin de ressembler à des «marchandises innocentes» lorsqu’ils franchissaient des barrages routiers. Des femmes étaient parfois enrôlées pour conduire « afin de réduire la probabilité que les voitures soient arrêtées sur le chemin de la zone cible.» « Les voitures elles-mêmes «avaient été développées dans le Special Operations Executive de l’armée israélienne (Maarach Ha-Mivtsaim Ha-Meyuchadim). Ces opérations impliquaient une première génération de drones aériens, utilisés pour observer lorsque les agents de Dagan conduisaient et garaient les voitures, puis pour déclencher à distance les dispositifs. Le FLLE avait également «commencé à attaquer des installations syriennes au Liban», ajoute M. Bergman, et même «revendiqué la responsabilité des opérations contre des unités de l’armée israélienne». Selon Dagan, le FLLE n’a jamais été derrière aucune attaque de ce genre mais « il en revendiquait pour se créer une crédibilité, comme s’il agissait contre toutes les forces étrangères au Liban. »

La presse américaine et sa couverture à l’époque des attentats à la voiture piégée du FLLE

Tout en fournissant des détails remarquables sur le côté israélien de cette opération secrète, le récit de Bergman reste très vague en ce qui concerne les attentats eux-mêmes et, plus important encore, leurs victimes. Les reportages des médias de l’époque sur les attentats à la bombe à Beyrouth et à Saïda d’octobre 1981, auxquels il fait spécifiquement allusion, donnent une idée plus claire de la violence et des destructions infligés.

Le 1er octobre, une voiture « piégée avec une centaine de kilos de TNT et 75 litres d’essence » a explosé près des bureaux de l’OLP, dans ce qu’un journaliste de l’UPI a décrit comme « une rue animée dans l’ouest musulman de Beyrouth avec de nombreux vendeurs de fruits et légumes « La bombe » a arraché la façade des bâtiments, détruit 50 voitures et laissé la rue jonchée de débris et de corps démembrés. « Immédiatement après l’explosion, une deuxième bombe, pesant 150 kilos et qui avait été placée dans une autre voiture garée dans la même rue, a été retrouvée et désamorcée par des experts en déminage. Plus tard le même jour, « six autres voitures chargées de centaines de kilos d’explosifs ont été retrouvées et désamorcées à Beyrouth et à Saïda dans ce qui devait être un blitz dévastateur des terroristes de droite contre les Palestiniens et les miliciens libanais de gauche « .

Comme le rapportaient Barbara Slavin et Milt Freudenheim dans les pages du New York Times, un « appel anonyme » du FLLE avait déclaré aux « agences de presse étrangères que les attaques étaient dirigées contre des cibles palestiniennes et syriennes au Liban et continueraient » jusqu’à ce qu’il « ne reste aucun étranger. »  « Il poursuivait en ajoutant que Mahmoud Labadi, le porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine, et le Premier ministre libanais Chafik Wazzan » ont accusé Israël et ses alliés chrétiens au Liban d’avoir perpétré les attentats à la voiture piégée » tandis que « Israël attribuait les attentats à des luttes fratricides à l’intérieur de l’OLP. »

Olympia et Olympia 2 : deux opérations FLLE qui n’ont pas été exécutées

Arafat avait cependant compris la stratégie d’Israël et s’était assuré que les membres de l’OLP ne répondraient pas. Comme l’écrit l’historien israélien Benni Morris dans Righteous Victims, «l’OLP a pris grand soin de ne pas violer l’accord de juillet 1981.» «En effet, ajoute-t-il, malgré la propagande israélienne subséquente, la frontière connut entre juillet 1981 et juin 1982 une période de calme sans précédent depuis 1968. « 

Sharon perdait patience. Comme l’écrit Bergman, «face à cette retenue palestinienne, les dirigeants du front [le FLLE] décidèrent de monter d’un cran». En 1974, le Mossad avait décidé de retirer Arafat de sa liste de personnes recherchées, en concluant qu’il devait être considéré comme une personnalité politique et ne devrait donc pas être assassiné. Le ministre de la Défense remit le président de l’OLP sur la liste [des hommes à abattre] et, avec Ben-Gal et Eitan, il commença à planifier l’opération Olympia, dont ils espéraient qu’elle «changerait le cours de l’histoire du Moyen-Orient».

 

Selon le plan, plusieurs camions chargés d’environ deux tonnes d’explosifs devaient être stationnés près d’un théâtre de Beyrouth où les dirigeants de l’OLP prévoyaient de dîner en décembre. « Une explosion massive éliminerait toute la direction de l’OLP », écrit Bergman. L’idée fut abandonnée (Bergman ne donne aucune explication quant au pourquoi) et immédiatement remplacée par un schéma encore plus ambitieux (et potentiellement destructeur). Baptisé Olympia 2, il était prévu pour le 1er janvier 1982. La cible : un stade de Beyrouth où l’OLP prévoyait de fêter l’anniversaire de sa fondation.

Dix jours avant l’attaque, des agents recrutés par Dagan avaient disposé de grandes quantités d’explosifs sous l’estrade VIP où les dirigeants palestiniens devaient être assis, tous ayant des «dispositifs de détonation télécommandés». Ce n’était pas tout. «À l’une des bases de l’unité, à cinq kilomètres de la frontière, explique Bergman, trois véhicules – un camion chargé d’une tonne et demie d’explosifs et deux berlines Mercedes chargées de 200 kilos chacune – avaient été préparés. Le jour de la célébration [de l’anniversaire de la fondation de l’OLP], « trois membres chiites du Front pour la Libération du Liban des Etrangers », conduiraient ces véhicules et les gareraient à l’extérieur du stade. « Ils seraient actionnés par télécommande environ une minute après les explosifs placés sous l’estrade », écrit l’auteur, « quand la panique serait à son comble et que les gens qui auraient survécu essayeraient de s’enfuir », avant d’ajouter : La mort et la destruction devaient être d’une « ampleur sans précédent, même au niveau libanais, » selon les propres termes d’un haut gradé du Commandement Nord. »

Sharon, Dagan et Eitan furent incapables de garder leur opération entièrement secrète. La rumeur du plan parvint à Zippori, et le vice-ministre porta l’affaire devant Begin, qui convoqua une réunion d’urgence le 31 décembre, un jour avant la mise en œuvre d’Olympia 2. Eitan et Dagan furent invités à présenter leur plan, et Zippori eut l’occasion de faire valoir ses objections. Begin était le plus troublé par la possibilité que l’ambassadeur soviétique puisse être présent à l’événement [au stade avec l’OLP]. Dagan lui assura que « la probabilité était très faible que lui ou tout autre diplomate étranger soit là », tandis que Saguy soutenait que cette probabilité était élevée et que « si quelque chose lui arrivait, nous risquions une crise très grave avec l’URSS. « 

Sharon, Dagan et Eitan tentèrent de convaincre Begin qu’une telle opportunité de détruire la direction de l’OLP pourrait ne jamais se présenter à nouveau, mais, écrit Bergman, « le Premier ministre prenait au sérieux le risque d’une menace russe et leur ordonna d’annuler ». Saguy lui dira des années plus tard : « Mon devoir à la tête d’AMAN était de m’occuper non seulement des aspects opérationnels et militaires, mais aussi de l’aspect diplomatique. J’ai dit à Begin qu’il était impossible de tuer tout un stade comme ça. Et que se passerait-il le lendemain après un tel massacre ? Le monde entier nous tomberait dessus. Cela n’aurait fait aucune différence si nous avions refusé d’en reconnaître jamais la responsabilité. Tout le monde aurait su qui était derrière. « 

« Abou Nidal, Abou Shmidal » : Tentative d’assassinat de Shlomo Argov et invasion israélienne du Liban pour vaincre le « terrorisme »

Le 3 juin 1982, Shlomo Argov, l’ambassadeur d’Israël en Angleterre, était touché par des tirs d’armes à feu dans les rues de Londres. Il survivra à ses blessures, mais Sharon et Begin tenaient finalement leur prétexte pour envahir le Liban.

Pour les services de renseignement israéliens, il fut rapidement évident que le coup avait été ordonné par Abou Nidal, un ennemi juré d’Arafat dont les propres objectifs, la destruction de l’OLP, coïncidaient avec ceux d’Israël. Le cabinet israélien se réunit le lendemain matin et, comme plusieurs historiens israéliens l’ont documenté, ni Begin ni Eitan ne s’étaient montrés très intéressés par le fait que l’OLP n’était pas responsable de la tentative d’assassinat. Quand Gideon Machanaimi, le conseiller de Begin pour le terrorisme, a commencé à développer la nature de l’organisation Abou Nidal, son patron l’a tout simplement coupé : «Ils sont tous OLP !» Quelques minutes plus tôt, Eitan avait réagi de manière très similaire. Un officier du renseignement lui avait assuré que les hommes d’Abou Nidal étaient clairement derrière l’attaque : « Abou Nidal, Abou Shmidal », avait-il répondu, « nous devons frapper l’OLP ! »

Le gouvernement ordonna un bombardement aérien massif des positions de l’OLP dans et autour de Beyrouth, tuant 45 personnes. Cette fois, Arafat réagit et les agglomérations israéliennes le long de la frontière nord se retrouvèrent bientôt sous des tirs nourris d’artillerie. Le 5 juin, Sharon présenta son plan au Cabinet, Opération Paix en Galilée, un nom «conçu», comme l’écrit Bergman, «pour donner l’impression qu’il s’agissait d’une mission d’autoprotection effectuée presque à contrecœur».

Le jour suivant, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunissait pour discuter de l’opération militaire israélienne.

Le représentant israélien expliqua que si le Liban « refusait ou était incapable d’empêcher d’héberger, de former et de financer les terroristes de l’OLP » qui « opéraient ouvertement depuis le territoire libanais en vue de harceler Israël, les Israéliens et les Juifs dans le monde », alors Le pays devrait « s’apprêter à faire face au risque qu’Israël prenne les contre-mesures nécessaires pour arrêter de telles opérations terroristes ».

Les arguments d’Israël furent fermement rejetés par le Conseil de sécurité. Comme l’expliqua le représentant du Royaume-Uni, la tentative d’assassinat contre l’ambassadeur Argov, « aussi méprisable soit-elle, ne justifie en rien les attaques massives contre les villes et villages libanais par l’armée de l’air israélienne, attaques qui ont déjà causé d’importantes pertes humaines, de nombreux blessés et des destructions. »

Le Conseil de sécurité adopté immédiatement la résolution 509, qui exigeait qu’Israël retire ses forces du Liban et appelait toutes les parties à cesser les hostilités.

Les forces israéliennes continuèrent d’avancer et, le 8 juin, le Conseil de sécurité se réunit à nouveau. Un projet de résolution condamnant Israël pour son non-respect [de la résolution 509] et réitérant l’appel à toutes les parties à cesser les hostilités fut rapidement mis aux voix. Quatorze États membres votèrent pour, mais les États-Unis opposèrent leur veto à la résolution. Les troupes israéliennes continuaient leur marche vers Beyrouth.

Les attentats à la voiture piégée du FLLE et le « terrorisme »

Les reportages de presse contemporains des attentats à la bombe revendiqués par le FLLE entre 1980 et 1983 suggèrent que de telles attaques correspondent aux définitions les plus communément admises du «terrorisme», ainsi qu’à celle de la conférence de Jérusalem de 1979 : «Le terrorisme est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur. « 

Une conclusion similaire peut être tirée de l’affirmation de Bergman selon laquelle d’innombrables bombes israéliennes ont explosé dans des «camps de réfugiés», des «quartiers palestiniens» ou des «concentrations de populations palestiniennes», suggérant des cibles purement civiles. Dans le texte de Rise and Kill First, Bergman n’utilise pas le terme «terrorisme» lorsqu’il se réfère à cette opération secrète. Cependant, dans une note de bas de page de son Prologue, l’auteur décrit le FLLE comme « une organisation terroriste qu’Israël a dirigée au Liban dans les années 1980-1983, et qui a attaqué à son tour de nombreux membres de l’OLP et des civils palestiniens ».

Pourtant, il est fort probable que, s’ils étaient encore en vie, Sharon, Ben-Gal, Dagan et Eitan rejetteraient l’idée que leur opération s’apparentait à du «terrorisme».

Eitan est décédé en 2004 et, comme le note Bergman dans son article du 23 janvier dans le New York Times, il n’a pas parlé avec lui de cette opération. L’auteur écrit cependant que Ben-Gal et Dagan «ont fermement nié que le front ait jamais eu l’intention de blesser des civils.» Alors que Ben-Gal l’assurait simplement que «les cibles étaient toujours des cibles militaires», Dagan soutenait pour sa part qu’il n’y avait pas d’alternative à l’utilisation d’une organisation écran et de faire mine de l’accuser pour tout attentat contre des civils. « Vous pouvez lui donner des explosifs et lui dire d’aller faire sauter un quartier général de l’OLP quelque part », a déclaré Dagan à l’auteur, « mais elle a ses propres comptes à régler, et maintenant il a aussi une bombe pour le faire. Il arrivait donc parfois que ça parte ailleurs. « 

Inutile de dire qu’un tel argument est difficile à concilier avec l’insistance du Premier ministre Begin, à la Conférence de Jérusalem de 1979, à affirmer que le «terrorisme» était «au-delà de toute subtilité de langage et chicane, un mal moral» qui infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les admettent.

Cela contredit aussi complètement les arguments avancés par les responsables israéliens depuis les années 1960, chaque fois que le Conseil de sécurité discutait de l’utilisation de la force militaire par leur pays et, en particulier, ceux avancés par le représentant israélien à l’ONU le 6 juin 1982. Selon leur propre logique, la tentative de Dagan pour se soustraire à la responsabilité des actions des tiers exécutants, qu’il n’était pas simplement «réticent» ou «incapable» d’arrêter [dans leurs actions contre des civils] mais qu’au contraire il utilisait activement, entraînait et à qui il fournissait des voitures piégées, est manifestement absurde.

Enfin, comme le rapporte Bergman, Dagan est resté convaincu que l’opération Olympia 2 aurait dû être exécutée. «À la fin, bien sûr, il s’est avéré que j’avais raison», a déclaré Dagan à l’auteur, «et il n’y avait ni ambassadeur soviétique ni aucun autre diplomate étranger.» «Mais que pouvions-nous faire ?  » s’est-il lamenté. Le Premier ministre a dit d’abandonner, alors nous annulons. Par la suite, il y a eu une affaire très compliquée pour laquelle les explosifs sont ressortis. « 

Cette opération aurait dû être mise en œuvre par des Israéliens et des FLLE agissant ensemble pour faire exploser une bombe à retardement dans un stade bondé ainsi qu’un camion et deux voitures remplis d’explosifs placés à l’extérieur afin de cibler les survivants, provoquant la mort et la destruction dans des « proportions sans précédent » même selon les normes libanaises. Certes, les regrets de Dagan qu’une telle opération a finalement été annulée soulèvent d’importantes questions quant à la signification réelle des prétentions israéliennes répétées de « tohar haneshek », la « conduite morale de la guerre » saluée par Ariel Sharon (le cerveau derrière Olympia 2) dans sa tribune libre 1982.

Des déclarations faites à Bergman sous condition d’anonymat par deux officiers du Mossad confirment également que de nombreux attentats du FLLE relevaient en effet clairement du «terrorisme». Le premier est cité au tout début de cet article. Quant au deuxième, il expliqua à Bergman comment il « voyait de loin l’une des voitures exploser et démolir toute une rue », ajoutant : « Nous enseignions aux Libanais à quel point une voiture piégée pouvait être efficace. Tout ce que nous avons vu plus tard avec le Hezbollah découle de ce qu’ils ont vu après ces opérations. « 

Il est encore plus évident qu’il est difficile d’imaginer des élus israéliens ou américains, des commentateurs politiques ou des «experts du terrorisme» ne qualifiant pas (et ne condamnant pas) des attentats similaires de «terrorisme» s’ils avaient touché Israël (ou les États-Unis) et s’ils avaient été perpétrés par des Palestiniens ou d’autres acteurs régionaux. Après tout, à l’époque, les attentats à la voiture piégée contre les forces militaires israéliennes stationnées à Tyr et les Marines américains à Beyrouth ont été très clairement condamnés comme des actes de «terrorisme» inadmissibles par ces gouvernements. Enfin, onze et quinze attentats revendiqués par le Front pour la Libération du Liban des Etrangers entre 1980 et 1983 figurent respectivement dans les bases de données RAND et START, deux des bases de données sur le «terrorisme» les plus prestigieuses et les plus fiables.

L’occultation de la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE et la construction du «terrorisme» au Liban : le rôle joué par la RAND Corporation et les experts du «terrorisme»

En fait, le FLLE était longuement évoqué dans une note d’avril 1983 sur les «tendances récentes du terrorisme international» produite par RAND et qui portait sur les attentats de 1980 et 1981.

Dans leur propos introductif, ses auteurs, Brian Michael Jenkins et Gail Bass, notaient qu’il y a eu 24 incidents avec de nombreux tués en 1980 et 25 en 1981, que le nombre de morts a fortement augmenté, passant de 159 en 1980 à 295 en 1981, et ils ajoutaient: « Une série d’attentats sanglants à Beyrouth a causé la plupart des morts. »

Dans la section suivante intitulée « Les Terroristes », Jenkins et Bass consacraient deux pages aux « terroristes palestiniens ». Ils notaient que ces derniers avaient « poursuivi leurs attaques contre Israël et des cibles israéliennes à l’étranger », que « de petits attentats à la bombe et des attaques à la grenade, faisant souvent des tués, constituaient l’essentiel de l’activité terroriste en Israël et dans les territoires occupés « et qu’entre 1980 et 1981 »,16 personnes sont mortes et 136 ont été blessées dans 19 attentats à la bombe, attaques à la grenade et embuscades. « 

Les auteurs consacraient ensuite une page au Front pour la Libération du Liban des Etrangers, une «nouvelle organisation mystérieuse» qui était «apparue en 1980 pour revendiquer une série d’attentats sanglants au Liban». Ils décrivaient ensuite en détail les attentats à la bombe qui avaient eu lieu entre le 17 septembre et le 1er octobre 1981 et fait 122 morts et des centaines de blessés. Ces attaques du FLLE représentaient ainsi à elles seules plus de 40% de tous les tués à cause du «terrorisme» dans le monde pendant toute l’année et 8 fois plus de morts que toutes les attaques des «terroristes palestiniens» des deux années précédentes.

Cependant, le fait que plusieurs attentats à la voiture piégée perpétrés par le FLLE soient recensés dans la base de données de la RAND Corporation et ont été discutés dans cette Note de 1983 ne signifie pas que ces actes terroristes ont eu un impact sur la façon dont les chercheurs RAND traiteraient par la suite du « terrorisme » dans leurs rapports sur le Liban ou le conflit entre Israël et les Palestiniens.

En effet, depuis la note d’avril 1983, aucun rapport ou analyse produit par RAND n’a plus mentionné le FLLE.

De plus, cet « acte d’occultation » de la campagne d’attentats à la voiture piégée par le FLLE coïncidait avec la publication de rapports et d’analyses qui s’empressaient, au milieu des années 1980, de situer l’invasion israélienne du Liban dans le contexte de la lutte générale contre le «terrorisme international» et assimilait clairement la «menace terroriste» au Liban et dans la région aux Palestiniens et à leurs alliés arabes. L’occultation du FLLE coïncidait ainsi avec la construction d’un récit qui dépeignait les Israéliens uniquement comme des victimes (et jamais des auteurs) du «terrorisme» et décrivait les Palestiniens (et leurs alliés arabes) comme l’essence même de la menace «terroriste».

De même, la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE n’a jamais été évoquée dans les articles parus dans les principales revues consacrées au terrorisme, à savoir « Terrorism Studies » (publiée de 1979 à 1992), « Studies in Conflict and Terrorism » (pendant la période 1992-2018) et « Terrorism and Political Violence » (entre 1997 et 2018.)

Le débat public autour de Rise and Kill First : la persistance de l’occultation du FLLE et la poursuite de la construction du «terrorisme»

Suite à la publication de Rise and Kill First, Ronen Bergman a donné de grandes conférences publiques, notamment à la 92nd Street Y[ un important centre culturel de New York, NdT] et au Centre sur la Sécurité Nationale de l’Université Fordham (une conférence retransmise en direct sur C-Span.) Il est apparu sur NPR Fresh Air et dans l’émission Newshour sur PBS, il a été interviewé sur CBSN, MSNBC, CNN ainsi que dans GQ Magazine et sur le podcast de STRATFOR.

L’auteur a écrit un article d’opinion dans la National Review, un article de une pour Newsweek. Le magazine Foreign Policy a publié un long article adapté de son livre et l’a interviewé sur son podcast. Enfin, le livre a été présenté par la plupart des grands journaux du pays, du New York Times (deux fois, la deuxième revue critique accompagnée d’un podcast ) au Washington Post , à Newsweek , au Washington Times , à Bloomberg News ou au New Yorker , et par Lawfare, un blog très connu qui traite du droit et de la sécurité internationale. Il a également été mentionné et commenté dans le Guardian, le Times de Londres, The Independent et sur la BBC.

Le débat public autour de Rise and Kill First s’est concentré sur l’histoire, l’efficacité, la légalité et la moralité des soi-disant «assassinats ciblés» d’Israël ou du programme d’ «exécutions ciblées». Ce programme et toutes les utilisations israéliennes de la force, ont été discutés uniquement dans le cadre de la lutte de ce pays contre le « terrorisme ». Fait remarquable, et tout à fait révélateur, cette discussion s’est déroulée, dans son intégralité et sans exception aucune, comme si la campagne d’attentats du FLLE n’avait jamais eu lieu, comme si les Palestiniens n’avaient jamais été victimes d’une vaste campagne de « terrorisme », comme si cette campagne n’avait pas été dirigée par certains des plus hauts responsables israéliens des dernières décennies, c’est-à-dire comme si les révélations contenues dans Rise and Kill First n’avaient tout simplement jamais été publiées .

Dans toutes ces revues critiques, toutes ces interviews et discussions publiques, l’opération secrète mise en place par Eitan, Ben-Gal, Dagan et Sharon n’est pas mentionnée une seule fois. L’idée selon laquelle les responsables israéliens auraient pu se livrer au «terrorisme» au début des années 1980 a été considérée comme tout simplement déraisonnable ou, pour employer la terminologie de l’universitaire spécialiste des médias Daniel Hallin, comme une idée «déviante» qui «n’appartient pas» au discours public et doit donc en être exclue.

Ces revues critiques, entrevues et discussions publiques ne mentionnent pas une seule fois les pratiques israéliennes au Liban avant et pendant l’invasion. Quand on parle d’attentats à la voiture piégée, c’est uniquement dans le contexte de l’utilisation d’une telle tactique par Israël pour tuer une cible spécifique, jamais pour toucher des cibles civiles de manière non discriminée.

Les références aux «civils» mettent davantage en évidence les limites étroites dans lesquelles cette discussion publique est restée circonscrite. Quand les recours israéliens à la force sont discutés et parfois critiqués, c’est uniquement dans le contexte de la réponse d’Israël à la «menace terroriste». Quand des civils sont tués ou blessés, c’est toujours par inadvertance, et les responsables israéliens sont présentés comme s’interrogeant sur la moralité et éthique de telles actions.

En effet, il est souvent fait référence à des cas précis où des officiers israéliens ont courageusement tenu tête à leurs supérieurs et refusé de suivre des ordres qui auraient mis en danger la vie de civils innocents. Par exemple, le refus du commandant de la force aérienne David Ivri d’obéir aux ordres d’abattre un avion transportant Yasser Arafat ou la décision d’Uzi Dayan de modifier les rapports de renseignements pour s’assurer que les frappes aériennes de l’armée israélienne sur Beyrouth pour tuer Arafat ne seraient pas exécutés si les risques pour la vie des civils étaient trop élevés, ont été discutés et décrits à de nombreuses reprises depuis la publication de Rise and Kill First .

Ces récits multiples, souvent extraordinairement détaillés et vivants, d’opérations ordonnées par Eitan ou Sharon et qui auraient pu tuer de nombreux civils, mais qui ne tuèrent personne grâce à la bravoure d’autres officiers israéliens, ont donc été présentés dans un contexte où une campagne d’attentats à la bombe dirigés par ces mêmes responsables israéliens qui ont tué des centaines de civils a été purement et simplement effacée du dossier .

Dans leur livre de 1988 sur la propagande et les médias d’information, « Manufacturing Consent » (la fabrication du consentement), Edward Herman et Noam Chomsky montrent comment la presse tend à traiter de manières très différentes les victimes «dignes» et «indignes». « Notre hypothèse, » écrivent-ils dans l’introduction, « est que les victimes dignes d’attention figureront en bonne place et de façon dramatisée, qu’elles seront humanisées et que leur victimisation recevra des précisions et des éléments de contexte dans la construction du récit qui susciteront l’intérêt et la sympathie chez le lecteur . « En revanche », ajoutent-ils, « des victimes indignes d’intérêt ne mériteront que de légers détails, une humanisation minimale et d’éléments de contexte minimaux qui l’excitera et le mettra en colère ».

Le débat public autour de Rise and Kill First suit parfaitement ce script, à une variation près. Les civils palestiniens qui ont été victimes de la campagne d’attentats à la voiture piégée perpétrée par Sharon et d’autres ont été traités comme des « victimes indignes ». Leur sort a été complètement oublié et l’existence même de l’opération secrète dont ils ont été victimes a été totalement effacée.  Les Palestiniens qui auraient pu être victimes d’opérations spécifiques ordonnées par Sharon et d’autres, mais qui n’ont pas été réalisées grâce à des officiers israéliens courageux et motivés, ont été traités comme des « victimes dignes » ou « potentiellement » dignes. Leur survie a été mentionnée et saluée, les officiers qui les ont «sauvés» ont à maintes reprises été loués pour leur héroïsme, leurs efforts pour s’assurer que de telles opérations ne soient pas mises en œuvre sont décrits dans les moindres détails.

Enfin, une analyse non scientifique des communications sur Twitter faisant référence au livre de Bergman au cours des derniers mois montre que de nombreux «experts du terrorisme» ont loué Rise and Kill First tout en gardant le silence sur les révélations concernant la campagne FLLE. Par exemple Bruce Hoffman (qui, en 1984 et 1985, avait rédigé les rapports de RAND Corporation indique qui occultaient complètement l’existence des attentats du FLLE tout en se concentrant sur la mesure dans laquelle l’invasion israélienne avait «déstabilisé» l’infrastructure des « organisations terroristes » palestiniennes au Liban) a simplement twitté le 19 février :

Parmi les livres les plus importants écrits sur le terrorisme. J’ai passé presque tout le long week-end de vacances complètement absorbé dans ce livre superbe. À lire absolument.

Illustrant à merveille le processus d’inclusion (des actes qui donnent une image positive des politiques israéliennes envers les civils) et d’exclusion (des actes qui ne n’en donnent pas une image positive) décrits ci-dessus, Max Boot, membre du Council on Foreign Relations et chroniqueur au Washington Post, a publié un lien vers l’article du New York Times sur Bergman et écrit :

C’est une bonne nouvelle pour Israël. Il [le livre] montre comment l’armée israélienne a résisté à plusieurs reprises aux pressions des civils, notamment de la part d’Ariel Sharon, pour tuer Arafat par craintes de causer des victimes civiles. Il montre que Tsahal respecte les lois de la guerre.

Thomas Friedman, qui à l’époque a couvert plusieurs attentats à la bombe du FLLE en première page du New York Times, n’a encore rien écrit sur les révélations de Bergman.

Effacer les récits alternatifs

Au cœur du processus complexe, et fondamentalement politique, par lequel le «terrorisme» a acquis son sens très spécifique, étroitement délimité, a été l’effacement d’une multiplicité de récits alternatifs sur le «terrorisme» et, spécifiquement, sur l’identité de ses auteurs et des victimes. Au fil des années, voire des décennies, l’occultation complète de la campagne d’attentats du FLLE a permis la construction des seuls Palestiniens (et de leurs alliés arabes) comme auteurs, et jamais victimes, du «terrorisme». Inversement, ce silence a permis la construction des Israéliens en tant que victimes uniquement, et jamais auteurs, du « terrorisme ».

Des actions qui sont manifestement du «terrorisme» (attentats à la voiture piégée), des actions qui le sont de manière moins évidente

Dans le domaine du terrorisme et du droit humanitaire, le professeur de droit international Christopher Greenwood a proposé que le «terrorisme» pourrait être «divisé en un noyau interne et une région extérieure».

Dans le «noyau dur», on trouve «toute description du terrorisme comme acte de violence considéré comme terroriste en raison des objectifs choisis (civils, ressortissants d’États non directement impliqués ou enfants) ou des méthodes employées (comme le meurtre).» Ces descriptions du« terrorisme »ont toutes une caractéristique importante : « elles impliqueraient des violations des lois de la guerre si elles étaient exécutées par les forces armées d’un État en situation de guerre.» Ces actes sont donc« intrinsèquement contraires au droit international ».

La difficulté cependant, expliquait-il, est que « peu de descriptions du terrorisme s’arrêtent à ce noyau dur. » « Beaucoup de commentateurs et la plupart des politiciens, » écrivait-il en 1989, « appliquent l’étiquette » terroriste  » à une série d’actes qui ne seraient pas contraires au droit international s’ils étaient perpétrés par les forces armées d’un État engagé dans un conflit armé « , par exemple des attaques contre des cibles militaires. Lorsque des actes appartenant à cette catégorie sont qualifiés et dénoncés comme étant du «terrorisme», poursuit-il, ce n’est pas «à cause d’une certaine iniquité inhérente à l’acte mais plutôt à cause de l’identité de l’auteur, du statut du groupe auquel il appartient ou de la fin qu’il cherche à atteindre. « Il existe, ce n’est pas une surprise, » un désaccord considérable sur quels actes de cette catégorie extérieure sont correctement décrits comme terroristes. « 

L’attaque de Nahariya de 1979 mentionnée par Bergman dans l’article du New York Times était sans aucun doute un acte de «terrorisme» qui appartient à ce «noyau dur», comme ce fut le cas d’innombrables autres attaques contre Israël au cours des décennies. En revanche, les attaques contre le quartier général israélien à Tyr ou les marines américains à Beyrouth appartiendraient probablement au «noyau extérieur» et leur présentation (et dénonciation) comme «terroristes » prête à controverse.

Contrairement aux affirmations répétées des dirigeants israéliens (et américains) à l’époque, il n’y a rien de simple et d’évident à propos du «terrorisme» dans le contexte d’un conflit aussi extraordinairement complexe que le conflit libanais au début des années 1980. Les gens de toutes les parties pouvaient (et ont fait) valoir qu’ils étaient les victimes d’actes qui appartenaient au «noyau externe» ou au «noyau interne» décrit par Greenwood, c’est-à-dire des victimes du «terrorisme».

Pour utiliser un (célèbre) exemple, les Palestiniens soutiennent que le massacre commis à Sabra et Chatila par des phalangistes chrétiens alliés d’Israël était un exemple clair de « terrorisme ». Si nous prenons au sérieux la définition du « terrorisme » par Benzion Netanyahou, massacres systématiques de civils afin d’inspirer la peur », il semble difficile d’être en désaccord avec eux. Si nous acceptons sa logique sur le « mal moral » du « terrorisme » « infectant » non seulement ceux qui commettent de tels actes mais aussi « ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les acceptent », il est difficile d’être en désaccord avec les Palestiniens qui voient Ariel Sharon (qui, selon la Commission Kahane, a «la responsabilité personnelle» de ce qui s’est passé dans les camps) comme le responsable de cet horrible acte de «terrorisme».

La discussion sur le « terrorisme » pourrait bien entendu être étendue aux tirs indiscriminés d’artillerie et aux bombardements aériens aveugles par les forces militaires israéliennes, pratiques que d’innombrables pays ont maintes fois qualifiées, chaque fois qu’un tel sujet était débattu aux Nations Unies, de « terrorisme » ou «terrorisme d’État». Depuis 1972, il convient de noter que les États-Unis ont à plusieurs reprises opposé leur veto ou menacé d’opposer leur veto à toute résolution qui utiliserait la terminologie du «terrorisme» pour désigner et condamner les utilisations de la force par Israël.

Cependant, cet article se concentre uniquement sur la campagne d’attentats à la voitures piégée du FLLE, précisément parce que les attentats aveugles à la voiture piégée font indiscutablement partie du «noyau dur» de Greenwood, c’est-à-dire à un type de pratiques que tout le monde reconnaît comme étant « terroristes ». C’est précisément pour cette raison, à savoir qu’on ne peut nier que ces attentats étaient un «terrorisme», que le silence absolu sur les révélations de Bergman est si révélateur et troublant.

La construction du «Terrorisme essentialisé» et l’échec de la guerre (extraordinairement violente) contre le «Terrorisme»

En 1986, Edward Saïd a écrit une critique cinglante de « Terrorism : How the West Can Win » de Benjamin Netanyahou, un texte qui reste à ce jour l’une des analyses les plus puissantes du discours émergent sur le «terrorisme».

Dans ce texte intitulé « Le terroriste par essence », Saïd explique comment une caractéristique centrale de ce discours, déjà, était « sa sélectivité » : «  » Nous « ne sommes jamais des terroristes, peu importe ce que nous avons pu faire », écrit-il. « Ils » le sont toujours et le seront toujours « . Le principal objectif de ce discours était » d’extraire son ennemi de la temporalité, de la causalité, de l’action préalable, et de le représenter ainsi ontologiquement et gratuitement intéressé à semer le chaos dans son propre intérêt. En effet, ajoutait-il, « si vous pouvez montrer que les Libyens, les Musulmans, les Palestiniens et les Arabes, en général, n’ont pas de réalité autre que ce qui confirme tautologiquement leur essence terroriste en tant que Libyens, Musulmans, Palestiniens et Arabes ». Il devient possible de «continuer à les attaquer eux et leurs états« terroristes »en général, et éviter toute question sur votre propre comportement ou sur votre rôle dans leur situation actuelle.

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington DC, le président George W. Bush avait demandé : «Pourquoi nous haïssent-ils?» Et il avait répondu qu’ils «détestent» notre démocratie et nos libertés. Un objectif important, voire central, du discours sur le «terrorisme» a été d’exclure toute autre réponse à cette question, notamment les réponses qui iraient, du moins en partie, dans le sens de mettre en cause «nos» politiques passées et présentes.

As’ad Abou Khalil, un libano-américain qui enseigne à la California State University, anime un blog intitulé The Angry Arab News Service. Sa réaction à la publication de l’article de Bergman dans le New York Times a été citée sur MondoWeiss. Elle représente, à ce jour, la seule référence au FLLE à avoir été publiée n’importe où depuis que Rise and Kill First est arrivé en librairie. Né à Tyr et ayant grandi à Beyrouth, Abou Khalil a vécu ces attentats aux premières loges. Son témoignage, et ce qu’il dit de la réalité de la violence politique dans notre monde, est précisément de ceux qui, plus de trois décennies plus tard, continuent d’être systématiquement effacés et cachés :

L’article dit en passant que « des centaines de personnes ont été tuées » par [le Front pour la Libération du Liban des Etrangers créé par Israël]. Mais voilà ce qu’ils ne vous disent pas : ce front était spécialisé dans les attentats à la voiture piégée dans les quartiers populeux. Ils plaçaient des voitures piégées à Beyrouth-Ouest à des fins de pure terreur. J’estime que le nombre de victimes innocentes tuées par ce groupe était de l’ordre de milliers et non de centaines. Ce sont des actions d’Israël que beaucoup d’Arabes libanais et non-libanais n’oublieront pas. Elles font partie des crimes de guerre dont les Arabes tiennent Israël responsable, en plus de l’occupation illégale de la Palestine – toute la Palestine.

Dans The Nation, Edward Saïd posait la question de façon poignante (et prophétique) : « Sommes-nous si sûrs de l’inconséquence de millions de vies arabes et musulmanes dont nous supposons que c’est une affaire banale ou sans importance quand ils meurent, soit de nos mains, soit de nos alliés judéo-chrétiens préférés? Croyons-nous vraiment que les Arabes et les musulmans ont le terrorisme dans leurs gènes ? « Plus de trois décennies plus tard, les mêmes politiques extraordinairement violentes dans la soi-disant lutte contre le » terrorisme « ont été mises en œuvre et ont lamentablement échoué. Une discussion sérieuse et honnête sur la réalité de la violence politique dans notre monde, passé, présent et à venir, est plus qu’urgente.

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Jean Aziz et le face à face Iran – Arabie Saoudite au Liban et en Syrie

30 avril 2013

La thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.

Ces forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).

Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.

Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog, grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.

Et c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en Libye.

Sauf que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !

Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.

Mais un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie, chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.

Oui, j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la région.

Même si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.

L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :

Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.

L’Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban

 

par Jean Aziz,  Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Trois semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former le nouveau cabinet.

Au début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour les élections législatives pour faire en sorte que les élections interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.

Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité  jusqu’à nouvel ordre.

Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.

Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.

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Jean Aziz prend la pose entre Michel Aoun (à droite sur la photo) et Hassan Nasrallah

De leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque : les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.

Il semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de la situation militaire en Syrie quand  cette évolution a en fait été favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370 kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli – par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.

Mais la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations: la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing, le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien ancienne.

Une autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire. Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti du Hezbollah.

Ces deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la guerre ?

Certains à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.

Toutes choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le nucléaire (si elles reprennent).

Entre temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la situation!

La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.

Jean Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.

Ajoutons que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah. Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.

Fauteurs de guerre en Syrie, fauteurs de troubles au Liban (et vice versa)

1 mars 2013

Le Moyen Orient est décidément une région compliquée et la situation en Syrie nous le rappelle une fois de plus.

En effet, il est clair qu’ en l’absence d’ingérences étrangères, le conflit armé dans ce pays serait déjà terminé depuis longtemps et n’aurait certainement pas pris la dimension qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le régime de l’actuel président serait peut-être tombé sous des formes de pression populaire classiques : manifestations, grèves, journaux clandestins ou semi-clandestins etc., ou le régime aurait été contraint d’ouvrir plus ou moins largement  le champ politique à une plus grande diversité de sensibilités. Une ouverture qui aurait été un coup d’envoi d’une véritable démocratisation plutôt que son aboutissement.

Pour des raisons diverses, les puissances étrangères en ont décidé autrement et ont voulu répéter le scénario libyen.

Un scénario immédiatement compris par le régime qui a décidé de recourir à tous les moyens pour empêcher sa réédition. En effet, si le régime n’avait pas été clairvoyant et n’avait pas pris la mesure du risque encouru, la situation aurait été telle que ni Vladimir Poutine, ni Mahmoud Ahmadinejad n’auraient rien pu faire pour sauver un pouvoir condamné par la réalité sur le terrain.

Ceux qui se présentent comme des «amis» de la Syrie sont animés par des raisons diverses. Les Etats Unis, le Royaume Uni et la France sont intéressés par l’élimination d’un allié stratégique de l’Iran et du dernier Etat de la région en situation de belligérance larvée avec l’entité sioniste.

La Turquie imagine pouvoir s’instituer comme leader régional, prête pour cela à s’aliéner précisément d’autres acteurs régionaux comme l’Iran ou l’Irak.

Intéressées aussi par l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah libanais, les monarchies du Golfe sont elles désireuses de se débarrasser de la dernière république de la région et de son système politique séculier. Leur projet est même d’instaurer partout des gouvernements dominés par telle ou telle variante du salafisme, rigoriste au niveau des mœurs et libérale sur le plan économique.

Par ailleurs, il importe pour elles de faire disparaître les deux dernières forces de résistance à l’entité sioniste, ce qui serait l’ultime étape avant la normalisation des relations avec Tel Aviv.

Je sais, le régime syrien n’est pas un ennemi très vigoureux pour l’entité sioniste. On rappellera cependant qu’il est bien seul et que sa capacité militaire est insuffisante pour faire autre chose que se défendre en cas de nouvelle agression massive. En fait, l’écart de puissance de feu entre la Syrie et l’entité sioniste n’a cessé de se creuser au profit de cette dernière, un phénomène qui est lié bien sûr à la disparition du bloc communiste mais est aussi une conséquence des accords signés par la Jordanie et l’Egypte avec l’entité sioniste. Pour comprendre les écarts dont je parle, il suffit de savoir que les avions qui équipent majoritairement l’armée de l’air syrienne restent des Migs 21 et Migs 23, des appareils qui ont fait leur temps depuis longtemps.

Mais en parlant du rôle de la Syrie dans la résistance à l’entité sioniste, on omet de relever son rôle décisif dans le soutien au Hamas (jusqu’au retournement de ce dernier en 2012) et au Hezbollah.

Ce qui me donne l’occasion de souligner que, contrairement à ce que d’aucuns affirment, la vision politique du régime syrien n’est pas sectaire sinon pourquoi aurait-il soutenu le Hamas qui est une organisation proche des Frères Musulmans ? Et pourquoi soutiendrait-il le Hezbollah, une organisation chiite alors que la doctrine religieuse chiite considère les alaouites comme des… hérétiques. On se souviendra que dans un premier temps, le Hezbollah avait été durement réprimé par l’armée syrienne.

Si le Hezbollah est ciblé de manière indirecte par la destruction de la Syrie, il est aussi visé de manière plus directe en ce que, presque depuis le début des hostilités, on l’accuse d’être engagé militairement aux côtés du gouvernement syrien, une raison supplémentaire donc d’exiger la neutralisation de cette organisation qui passe par son désarmement.

Mais le Hezbollah est ciblé aussi au Liban où, crise syrienne en ingérences étrangères aidant, les pro Hariri, des groupes salafistes dûment stipendiés par certaines pétromonarchies, pensent que l’heure a sonné de réduire le Hezbollah.

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Tripoli, janvier 2011. On lit sur la bannière des salafistes: « Celui qui accuse le cheikh Saad (Hariri) de trahison accuse le Liban

C’est ce volet Hezbollah, et donc libanais, de la crise syrienne qu’évoque Jean Aziz.

Beyrouth au bord de l’explosion après le discours de Nasrallah

Par Jean Aziz, Al-Monitor Lebanon Pulse 28 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth semble sur le point d’exploser. La tension politique croissante et l’évolution de la situation sécuritaire ont atteint un niveau critique. Le secrétaire général du Hezbollah , Hassan Nasrallah, a déclaré mercredi [27 février] que «quelques jours peut-être nous séparent de la sédition. » Tout indique que les événements du 7 mai 2008 peuvent se répéter.

 La tension au Liban n’a cessé de monter depuis quelques semaines, mais elle a atteint un niveau critique dans les tout derniers jours. Les deux adversaires sont le camp chiite dirigé par le Hezbollah d’une part et le camp sunnite fondamentaliste salafiste d’autre part. Pourtant, la confrontation entre eux est le résultat de ce qui se passe hors du Liban. Il ya la guerre civile syrienne, le bras de fer régional et international avec l’Iran et la guerre entre sunnites et chiites dans le monde islamique.

Un facteur nouveau est cependant apparu sur la scène libanaise: le leader Sunnite salafiste, Cheikh Ahmad al-Assir. Dans une conférence de presse qu’il a tenue mardi 26 février dans son quartier général de Sidon, au sud Liban, le leader salafiste a indiqué qu’il donnait au gouvernement libanais jusqu’à vendredi 1er mars pour satisfaire à ses exigences : il affirme que le Hezbollah m’a mis sous siège à Sidon en se servant des habitants Chiites de la ville. Les menaces d’Assir donnaient à comprendre clairement qu’il demandait au gouvernement libanais de faire partir ces gens de Sidon ou au moins de des les expulser des alentours de son quartier général. Il a posé d’autres exigences qui s’insèrent dans le contexte du conflit qu’il a initié avec le Hezbollah. Il a dit que si ses exigences n’étaient pas satisfaites, il prendrait un certain nombre de mesures sur le terrain, plus particulièrement pour couper la route que relie Beyrouth au sud, dans la direction de Sidon.

Bien sûr, le gouvernement ne peut pas répondre positivement à ces exigences. Le cheikh salafiste avait coupé cette même route en Juillet 2012 pendant environ un mois. Elle avait été rouverte en Août sous les pressions politiques et populaires contre lui.

Mais le problème fondamental avec la menace d’Assir, c’est qu’elle isolerait les unes des autres les zones où domine le Hezbollah, en particulier les axes logistiques vitaux  et indispensables qui relient son fief dans la banlieue sud de Beyrouth et  sont extension opérationnelle, géographique et populaire dans le sud du Liban. Notons que d’autres organisations salafistes alliées avec Assir pourraient envisager de faire la même chose dans la vallée centrale de la Bekaa. Ce qui priverait le Hezbollah de deux autres artères vitales: la route entre le sud et les régions chiites de la Bekaa, et la route entre Beyrouth et Damas, où siège le régime syrien, l’allié le plus important de l’organisation chiite libanaise.

Le Hezbollah semble avoir soupesé les menaces Assir et les juge graves. En fait, l’analyse du Hezbollah est que les menances Assir sont une étape importante de la mission qui lui a été confiée: attirer le Hezbollah dans un affrontement interne [au Liban] et dans des conflits sectaires, quel qu’en soit le prix.

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Beyrouth, octobre 2012: rassemblement pour les funérailles du général Wissam Hassan, le chef des services de sécurité assassiné. On voit le drapeau du Courant du Futur (Hariri), le drapeau des « révolutionnaires » syriens (en fait celui de la Syrie sous mandat français) et bien sûr le drapeau noir des salafistes

Assir a procédé progressivement par étapes préparatoires avant de se lancer dans cette démarche. Ses miliciens et ceux du Hezbollah se sont affrontés à Sidon le 11 novembre 2012 après son exigence du retrait des affiches du Hezbollah de la zone. Deux personnes avaient été tuées. Assir avait continué à agir au même rythme jusqu’à sa dernière exigence de nettoyer la zone autour de son siège des résidents chiites et ses affrontements avec eux  le 23 février.

Il semble que le Hezbollah a décidé de donner un dernier avertissement. Nasrallah a prononcé un discours télévisé mercredi après-midi. Il a nié les rumeurs dans les médias selon lesquelles il était malade et avait été transféré en Iran. Il a également émis un avertissement sévère: Il a dit que l’incitation [à l’affrontement] sectaire conduira inévitablement à une explosion, ce qui peut n’être qu’une question de jours. Il a appelé les bonnes volontés à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le discours de Nasrallah était semblable à son discours du 6 mai 2008, quand le Liban était dans un vide présidentiel. Le Parlement n’avait pas réussi à élire un successeur au président Emile Lahoud, qui avait quitté le palais présidentiel à la fin de son mandat le 24 novembre 2007.

A l’époque, après plusieurs mois de tensions sectaires, une série d’affrontements entre sunnites et chiites hommes armés avait commencé à Beyrouth et dans ses faubourgs. Nasrallah était apparu à la télévision et avait déclaré que la sédition était proche et qu’il avait décidé de la prévenir. Dans les heures qui avaient suivi son discours, des éléments du Hezbollah s’étaient répandus à Beyrouth et  dans d’autres secteurs et ils avaient rapidement réglé la question. Ils avaient éliminé la présence de toutes les milices sunnites armées de la mouvance du Courant du Futur de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. On estime que des dizaines de personnes avaient été tuées.

Ces affrontements avaient ouvert la voie à une médiation arabe et internationale, qui avait abouti à une conférence entre les différentes parties libanaises à Doha deux semaines plus tard. La conférence avait débouché sur un accord pour élire comme président le commandant en chef de l’armée à l’époque, le général Michel Sleimane.

Le discours de Nasrallah mercredi contient de nombreux éléments de ce scénario. Le Liban est à l’approche d’un vide parlementaire. Le Parlement est divisé et incapable de s’entendre sur une nouvelle loi électorale. Les tensions de sécuritaires s’accroissent parallèlement aux tensions politiques. Il ya cependant un élément manquant dans la situation actuelle. À savoir qu’aucun pays de la région n’est en capacité de jouer un rôle de médiation, à la suite de la forte polarisation causée par la guerre en Syrie. L’Occident en général souhaite la stabilité au Liban, mais pas au point d’investir beaucoup d’efforts pour assurer cette stabilité. Par conséquent, la situation actuelle est très volatile et les choses évoluent d’heure en heure.

Jean Aziz est journaliste contributeur pour  Al-Monitor ‘s Pulse Liban. Il est chroniqueur à  Al-Akhbar , le journal libanais, et l’animateur d’un talk-show politique hebdomadaire sur OTV, une chaîne de télévision libanaise. Il enseigne également la communication à l’université américaine de la technologie et à l’Université Saint-Esprit de Kaslik au Liban.

 

Sectarisme et prise d’otages en Syrie

30 octobre 2012

150 combattants membres de l’opposition syrienne armée sont détenus par les autorités de Damas. Alors que faire pour obtenir leur libération ? se sont demandés leurs camarades.

La réponse est simple : on intercepte un autobus de voyageurs, des civils bien sûr, on sélectionne parmi eux les hommes de confession chrétienne et on les retient pour les échanger contre ses compagnons d’armes.

Et on donne un délai de trois jours, faute de quoi les civils seront exécutés.

Personnellement, je ne suis pas chrétien mais vraiment, je n’arrive pas à comprendre de tels agissements qui sont indignes de tout combattant qui se respecte vraiment et en disent long sur la cause qu’il prétend défendre.

Ils ont quand même épargné les femmes…

7 Arméniens enlevés dans un bus en route de Beyrouth vers Alep

Panorama (Arménie) 30 octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des rebelles Syriens armés ont arrêté un bus de voyageurs qui circulait de Beyrouth vers Alep et a forcé les passagers à descendre.

Yerkir Media TV, qui cite des témoins, rapporte qu’ils ont relâché les femmes mais que dix hommes, dont 7 Arméniens et 3 Arabes Chrétiens ont été retenus en captivité.

Les hommes armés, vêtus de noir, ont obligé les passagers [les dix hommes] à s’agenouiller, les ont frappés et les ont emmenés, disent les témoins.

Les ravisseurs exigeraient qu’on leur livre leurs compagnons d’armes – 150 personnes en tout – qui sont détenus [par les autorités syriennes] et ils menacent de tuer les dix captifs si les rebelles ne leur sont pas remis dans les trois jours.

On ignore encore les identités des captifs.

Obnubilé par l’entité sioniste, Laurent Fabius est en pleine bouffée délirante sur Wissam al-Hassan, le Liban, l’Iran et la Syrie

21 octobre 2012

Comme beaucoup d’observateurs en Occident, Laurent Fabius voit la main de Damas dans l’attentat qui a coûté la vie au chef des renseignements de la police Wissam al-Hassan dont Libération nous dit qu’il était la bête noire du régime de Damas.

Fabius a également évoqué la «présence» du parti chiite libanais Hezbollah dans le conflit syrien. «Le Hezbollah est dans le gouvernement libanais, et on ne voyait pas trop sa présence dans le conflit syrien. Mais depuis quelques jours il y a la présence de militants Hezbollah dans le conflit, un drone qui a été envoyé sur Israël», a déclaré le ministre. «Il semble qu’il y ait une volonté du Hezbollah et donc de l’Iran de manifester encore plus expressément leur présence (aux côtés du régime de Damas, ndlr), et nous ne pouvons pas être d’accord avec ça.»

Comme le remarque Angry Arab, Laurent Fabius voit étrangement une indication de la présence du Hezbollah dans le conflit syrien dans le fait que cette organisation libanaise a envoyé un drone survoler le territoire de l’entité sioniste.

Si ce genre de mise en relation est hautement hasardeux, il nous laisse par contre entrevoir ce qui est vraiment important pour Laurent Fabius dans la région. Et ce qui est vraiment important, c’est de neutraliser tout ce qui peut entraver la suprématie sioniste au Moyen Orient, c’est-à-dire le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. 

Parce que quand des avions de l’entité sioniste survolent le territoire libanais, on n’entend pas beaucoup M. Fabius. Or les avions de combat et les drones de l’Etat juif survolent très souvent le territoire libanais et l’ont fait encore il y a quelques jours seulement..

Dans son délire sioniste, Laurent Fabius est même arrivé à la conclusion que, selon les experts

«dans les 7-8 mois, l’Iran terminera l’installation des cascades de centrifugeuses qui lui permettront de commencer la création de l’arme nucléaire ».

On sait où se trouvent les experts auxquels fait allusion M. Fabius, quelque part du côté de Dimona ou de Tel Aviv.

Et si on en revient à Wissam al-Hassan dont la vengeance a été réclamée par de nombreux manifestants Libanais brandissant le drapeau d’al Qaïda (ce que ne vous diront pas trop vos journaux), il faut rappeler que, avant d’être la bête noire du gouvernement syrien, al-Hassan avait été un des principaux suspects pour l’attentat qui avait causé la mort du premier ministre Rafiq Hariri. A l’époque en effet, al-Hassan était responsable de la sécurité rapprochée de M. Hariri et il aurait donc dû mourir ou être blessé en mission auprès de celui qu’il avait la charge de protéger.

Wissam al-Hassan

Il se trouve que ce jour là, Wissam al-Hassan était absent parce qu’il avait pris un congé pour passer des épreuves d’examen à l’université de Beyrouth. Le problème étant que l’étudiant supposé plancher sur d’épineuses dissertations ou notes de synthèse avait quand même trouvé le temps de passer plus d’une vingtaine d’appels téléphoniques le matin de l’attentat.

Une piste que les enquêteurs de terrain mandatés par l’ONU avaient vite reçu l’ordre de mettre en veilleuse…

Mais une piste parmi d’autres pour expliquer son assassinat.

 

Quel avenir pour le Hezbollah sans le régime de Damas?

6 août 2012

As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab, est un des meilleurs connaisseurs de la scène politique du Proche – Orient et notamment du Liban dont ce professeur de sciences politiques à l’université de Californie est originaire.

As’ad AbuKhalil

Il ne lui a pas échappé que certains guettent avec impatience la chute du régime baathiste en Syrie parce qu’ils pensent qu’elle signerait aussi la fin du Hezbollah, ce mouvement libanais qui a tenu la dragée haute à l’entité sioniste en 2006 (dans le respect d’une éthique du combat sans commune mesure avec la crapulerie des hordes sionistes).

As’ad AbuKhalil n’est pas de cet avis et il pense que non seulement l’avis de décès du Hezbollah est prématuré mais qu’une disparition du régime actuel en Syrie pourrait au contraire renforcer le poids et la liberté d’action du mouvement dirigé par le cheikh Nasrallah.

Et qu’à terme, c’est l’ordre imposé par les Etats Unis et l’Arabie Saoudite au Liban qui pourrait être remis en cause de fond en comble. 

Bon, mais le régime de Damas n’est pas encore tombé malgré bien des pronostics. On verra s’il est capable de se maintenir, ce qui dépendra en bonne partie, mais pas seulement car ses ennemis ont adopté  plusieurs scénarios, de l’issue de la confrontation à Alep.

Un texte ma foi fort intéressant, comme souvent avec Angry Arab

Le Hezbollah sans la Syrie

par As’ad AbuKhalil, al-Akhbar (Liban) 6 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Au moment où nous parlons, les notices nécrologiques pour le Hezbollah sont en cours d’impression. Il est supposé que la chute «inévitable» du régime syrien mettra «inévitablement» fin à l’histoire du Hezbollah. Les ennemis du Hezbollah en Israël et chez ses clients dans la région débouchent déjà les bouteilles de Champagne. Mais cette nécrologie est prématurée. Ce n’est pas encore fait – tant s’en faut.

Il y a beaucoup d’hypothèses et de généralisations erronées au sujet du Hezbollah. Le Hezbollah a émergé et a étendu son influence pendant des années d’adversité avec le régime syrien. En 1982, année de naissance du Hezbollah, il n’était à la base qu’une scission) du mouvement Amal (dont il était la principale branche).

Amal était un client du régime syrien, et le Hezbollah et Amal islamique – le nom de l’organisation qui a fait scission d’Amal sous la direction de Hussain Moussaoui – était un client d’une aile radicale du régime iranien. Le régime soutien était très inamical à l’égard du Hezbollah et le parti ne pouvait opérer qu’à Beyrouth – Ouest parce que le régime syrien avait quitté la ville. C’est seulement en 1987 que le régime syrien revint dans la ville, inaugurant son retou tpar un massacre de combattants du Hezbollah dans le caserne Fathallah.

L’animosité entre les deux parties n’a jamais cessé même si Nasrallah et Bachar al-Assad ont amélioré les relations. Mais le régime syrien a toujours fait pression sur le Hezbollah pour qu’il s’abstienne de remporter une majorité absolue aux élections parlementaires et le Hezbollah s’en est toujours plaint.

Mais comme on peut le voir dans la chronique historique de ce mouvement, le Hezbollah a pu et a réussi à survivre sans le soutien du régime syrien. Si le régime syrien tombe – et il tombera certainement sauf que ce genre de prédiction est faire au moins une fois par semaine depuis plus d’un an – le Hezbollah survivra et pourrait même se développer pour devenir plus fort et encore plus dangereux.

Le Hezbollah aura perdu le soutien d’un important régime qui aura fait de son mieux pour renforcer sont organisation militaire, tout en favorisant –  politiquement parlant – le mouvement Amal. Mais le Hezbollah conserve une importante organisation qui – c’est du moins ce que disent ses ennemis – couvre le monde entier.

L’effondrement su régime syrien pourrait lever des restrictions et des interdits [posés par la Syrie] aux activités et au mouvement du Hezbollah et pourrait accroître sa marge de manœuvre. Sans le régime syrien, le Hezbollah n’aura plus à s’inquiéter de savoir s’il gêne ou déplaît au régime syrien.

A coup sûr,  le Hezbollah restera loyal au régime iranien, mais il jouira – c’est une certitude sous la direction de Nasrallah – d’une large indépendance dans sa prise de décision.

Sans le régime syrien, le Hezbollah pourrait être contraint de mettre l’accent sur sa branche militaire (la résistance) et peut-être de marginaliser sa branche politique. Mais les ennemis du Hezbollah oublient une pièce importante du puzzle : si le régime syrien tombe, il ne sera pas remplacé du jour au lendemain par un pouvoir central qui assurera tout simplement la continuité de l’Etat avec un contrôle sécuritaire fort. Loin de là car la disparition du régime aura pour résultat une fragmentation géographique et une décentralisation politique qui n’empêcheront pas les relations du Hezbollah avec certaines parties de la Syrie.

De plus, si le régime tombe, le Hezbollah et ses alliés ne se contenterons pas de regarder les évènements à la télévision. A ce stade, le conflit syrien va inévitablement – encore ce mot – se traduire par une importante reconfiguration politique au Liban, et pas nécessairement en faveur des amis des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite. Si la Syrie tombe, l’ordre établi par les USA et l’Arabie Saoudite au Liban tombera avec également, mais pas immédiatement. Cet ordre disparaîtra après une longue période de conflit interne – on peut dire la même chose de la Syrie.

Le Hezbollah s’est préparé à l’éventualité d’un effondrement su régime syrien. Il dispose aujourd’hui d’une vaste organisation et de ses propres ressources et sources de financement. Les gens oublient que le régime syrien est connu pour être très près de ses sous. Il donne rarement de l’argent à ses alliés. Le Hezbollah survivra sans le régime syrien, mais ce sera une organisation différente. Et ce ne sera pas au goût d’Israël et de ses amis dans la région.

‘Rendez nous notre révolution’: un article important sur la Syrie

17 avril 2012

Je vous le livre tel quel, pas le temps de faire un commentaire, je vous laisse ce soin.

Mais à mon avis, quelle que soit la position qu’on peut avoir sur la Syrie, c’est un article important, où du moins qui sort de l’ordinaire qu’on lit habituellement dans la presse occidentale.

Des militants Syriens disent aux rebelles: rendez nous notre révolution

De nombreux militants qui avaient lance le soulèvement en Syrie il y a plus d’un an ont le sentiment que leur démarche pacifique pour le changement a été détournée par les rebelles de l’Armée Syrienne Libre. Ils se réunissent aujourd’hui au Caire.

par Gert van Langendonck, Sarah Lynch, Christian Science Monitor (USA), 16 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le militant Syrien Mohamed Alloush a fui son pays pour le Liban, mais ce n’est pas le régime du président Bachar al-Assad qui l’a poussé à partir. Ce sont les rebelles de l’Armée Syrienne Libre qui l’ont expulsé de sa ville natale d’Homs.

“En septembre de l’année dernière, j’ai été arrêté une nouvelle fois par les autorités pour avoir organisé des manifestations, » explique M. Alloush assis à la terrasse d’un café à Beyrouth. «Après qu’elles m’eurent libéré, je suis allé vers un groupe d’hommes que je savais appartenir à l’Armée Syrienne Libre. Je suis allé vers eux et je leur ai crié : « Vous les gars, vous avez volé notre révolution ! Vous êtes aussi mauvais que les shahiba,» la milice pro-régime en Syrie.

Les rebelles ont séquestré Alloush pendant quatre jours, puis lui ont dit de qu’on ne voulait plus le voir à Homs.

Alloush appartient au mouvement de jeunes révolutionnaires qui ont lance la contestation contre le régime d’Assad en mars de l’an dernier au lendemain de soulèvements semblables en Tunisie et en Egypte. Ils se sentent marginalisés par la tournure violente que le conflit a prise en Syrie depuis que l’Armée Syrienne Libre (ASL) s’est constituée l’été dernier. Organisation armée formée majoritairement d’anciens soldats qui ont déserté l’armée gouvernementale, des informations indiquent qu’elle collabore aussi avec des djihadistes sunnites et nombre de ses brigades ont adopté un ton de plus en plus sectaire.

« Notre révolution nous a été volée par des gens qui ont leur propre programme, » explique un chanteur qui parle sous le pseudonyme ‘Safinas’ parce qu’il vit toujours à Damas. « Nous ne sommes pas un peuple violent. Nous voulons revenir à la vraie révolution. C’était quelque chose de propre quand ça a commencé, mais c’est devenu autre chose maintenant. Je suis contre lé régime, mais je suis aussi contre les rebelles en armes.»

Plus de 200 militants Syriens [pour un processus] pacifique se sont réunis au Caire jusqu’à demain pour une conférence dont l’objectif est d’unifier les révolutionnaires autour d’un objectif commun : revenir aux manifestations non violentes de l’été dernier. S’ils reconnaissent que l’ASL a créé une dynamique significative, avec l’appel du Qatar et de l’Arabie Saoudite à la communauté internationale pour qu’elle arme les rebelles, ils voient une possibilité de retournement de la dynamique en faveur des militants non violents si le cessez-le-feu négocié par Kofi Annan pour l’ONU est respecté.

“Le plan de M. Annan est notre principal espoir à ce stade et nous essayons de faire en sorte que tout le monde s’y conforme,” déclare Haytham Khoury, un membre de la Plateforme Syrienne Démocratique qui participe à la conférence.

« Nous contactons d’autres organisation d’opposition, nous essayons de donner espoir aux gens à travers les media » pour faire passer l’idée que «c’est une étape positive pour épargner des vies et retourner à une révolution complètement pacifique.»

Le régime syrien a suspend les actions militaires à partir du 12 avril, mais des informations sur de nouveaux bombardements aujourd’hui soulignent la fragilité du cessez-le-feu dont le but est de mettre fin aux violences qui ont tué plus de 9 000 personnes depuis que le soulèvement a éclaté. Devant les difficultés rencontrées par la communauté internationale pour faire cesser la brutale répression par le gouvernement, certains Syriens voient l’ASL comme leur seule option pour obtenir la liberté.

“Franchement, nous ne comptons plus” sur la communauté international, déclare via Skype un militant à Damas qui se présente sous le pseudonyme Mar. «Vous nous avez laissés tomber. L’ASL est notre seul espoir de salut maintenant.»

Le gouvernement d’Assad a caractérisé le soulèvement comme étant largement l’œuvre de bandes armées et de terroristes. L’activité de l’ASL, qui a été accusée de violations des droits de l’homme dans sa lutte contre le régime, a compliqué ce qui avait commencé comme une révolution dans laquelle les masses exigeaient pacifiquement mais avec persistance des réformes politiques, comme les Egyptiens l’ont fait place Tahrir.

Certains disent que le régime d’Assad craint plus le changement politique que l’insurrection armée.

«Le régime craint plus les manifestants non violents que les islamistes armés. C’est pourquoi la plupart d’entre eux ont été obligés de quitter le pays ou sont en prison, » explique Yara Nseir, qui a été forcée de fuir la Syrie l’été dernier après avoir été emprisonnée 18 jours pour avoir distribué des tracts. « Ils [les dirigeants du pays] voulaient que ça devienne un soulèvement armé parce qu’ils peuvent alors dire au monde qu’ils combattent contre des terroristes. 

Le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a tenu des propos très parlants lors d’une conférence de presse à Istanbul le 13 avril, quand on lui a demandé si « le régime syrien avait peur de sa propre [place] Tahrir.» Il a répondu, « C’est ce que nous pensions dès le tout premier jour. »

«Je leur ai dit en face qu’ils sont des criminels

Alloush, qui a fui au Liban pour échapper à l’ASL, était parmi les premiers militants qui ont organisé des manifestations contre lé régime à Homs quand le soulèvement a commencé en mars 2011.

“A l’époque le régime aurait pu armer des provocateurs pour qu’ils se mêlent aux manifestants afin d’avoir une excuse pour tirer sur nous. Eh bien, ils n’ont plus besoin de le faire : l’ASL leur a donné la parfaite excuse pour continuer à tuer des gens. »

En février, Alloush est rentré à Homs clandestinement. Il a fait le tour des mosquées de la ville pour persuader les imams de prêcher contre le recours à la violence. Quand l’ASL s’est aperçue qu’il était en ville, il a pris à nouveau la fuite vers le Liban voisin.

Un autre jeune militant Syrien, qui se présente sous le pseudonyme Yusuf Ashamy, s’est attiré également les foudres de l’ASL.

M. Ashamy se trouvait à Tripoli au nord Liban le mois dernier pour demander à l’ASL de l’aide pour acheminer une cargaison de produits médicaux pour des villes syriennes assiégées au moment où Human Rights Watch publiait un rapport sur de graves violations des droits de l’homme commises par les rebelles Syriens.

Dans une lettre ouverte aux chefs de l’opposition syrienne, Human Rights Watch citait « les preuves de plus en plus nombreuses d’enlèvements, de torture et d’exécutions commis par des membres de l’opposition syrienne armée. »

 «Je leur ai dit en face qu’ils sont des criminels s’ils font de telles choses, et qu’ils connaissent le sens du mot liberté, » déclare Ashamy.

Ashamy s’est entendu dire qu’il ferait mieux de ne plus se montrer à nouveau à Tripoli s’il voulait rester en vie.

“Ils ont tout gâché,” dit Ashamy en parlant de l’ASL. « Au début, nous étions tous des Syriens. Mais lors de mon dernier passage à Homs [fin 2011], j’ai trouvé que les gens sur place n’avaient aucune idée de ce qui se passait ailleurs dans le pays. Ils voient les choses comme une insurrection strictement sunnite, et on m’a accusé d’être un espion parce que j’ai des origines familiales druzes.»

Pourquoi le soulèvement a reflué

Récemment, certains militants ont créé une nouvelle organisation pour faire revivre les manifestations pacifiques des premiers jours de la révolution.

“Nous sommes encore nombreux à vouloir une révolution pacifique,” explique depuis Damas via Skype une militante qui se fait appeler Céline. «Mais depuis que c’est devenu un conflit armé, beaucoup de gens qui avaient de la sympathie pour notre cause ont abandonné.»

Organiser des manifestations est aussi devenu plus dangereux. « En ce moment, nous ne parlons qu’à des personnes que nous connaissons très bien, » explique Céline.

En conséquence, les manifestations sont devenues plus petites. Céline décrit une action récente.

«Nous étions d’accord pour nous réunir à un carrefour stratégique du centre de Damas. Certains d’entre nous ont fait brûler des pneus, tandis que d’autres scandaient des slogans. Le tout n’a pas duré plus de cinq minutes. Des passants voulaient nous rejoindre, mais nous étions déjà partis.»

Ce n’est peut-être pas grand chose, «mais c’est très important que nos voix soient entendues. Et nous faisons en sorte que nos manifestations soient filmées et que les vidéos soient envoyées aux media.»

On a besoin de leaders pour ‘cette période très sensible’

Le Conseil National Syrien (CNS), l’organisation qui chapeaute l’opposition, est suppose fournir un canal pour travailler à un changement politique. Mais même Mlle Nseir, qui est la porte parole du CNS en Syrie le considère comme trop aligné sur l’ASL pour offrir une réelle alternative à la rébellion armée.

« Le CNS prétend être représentatif du people syrien. C’est tout simplement faux,» explique Nseir. « Ils ne parlent que d’armer les rebelles. Ils ne parlent jamais de résistance non violente et ils ne parlent certainement pas au nom de la majorité silencieuse qui ne soutient ni le régime ni les rebelles en armes.»

Nseir a envisagé de démissionner du CNS comme d’autres l’ont fait,” mais on m’a persuade de rester et d’essayer de changer les choses de l’intérieur.”

Elle a mis ses espoirs dans la conférence du Caire. «Nous espérons nous mettre d’accord sur un message derrière lequel toute personne opposée à une plus grande militarisation du conflit pourra se rallier.»

“L’opposition: Elle doit résoudre le problème,” affirme Ali  Ali, un militant Syrien qui s’est fortement impliqué dans l’organisation du soulèvement du pays et qui réside actuellement au Caire où il assiste à la conférence.

“Les gens qui manifestent dans les rues ne doivent plus verser leur sang et ont besoin d’une véritable opposition  pour gérer cette période sensible, » dit-il, ajoutant que comme le régime, l’opposition a la responsabilité du sang qui coule tous les jours en Syrie » et de trouver un moyen de faire cesser la violence.

«Cette conférence est une arène pour débattre de toutes les idées et visions politiques, » explique le militant Syrien Orwa Al-Ahmed, qui réside actuellement à Dubaï. « La plupart des gens sont pour une initiative pacifique. Mais pour y arriver, il faut l’implication d’autres leaders et visions politiques.»

Les militants ne sont pas naïfs : ils savent qu’on ne peut pas revenir à la situation de l’été dernier, avant que le soulèvement devienne violent. Mais ils restent déterminés à œuvrer à des solutions pacifiques.

“Il n’y a pas de retour en arrière,” déclare Alloush. « L’ASL est une réalité et nous devons l’accepter. Mais cela ne signifie pas que nous devons les accepter comme leaders de cette révolution. Je connais ces gens, et je sais que beaucoup d’entre eux veulent transformer la Syrie en république islamique. S’ils en ont l’occasion. »

L’opposition syrienne a appelé à des manifestations de masse ce vendredi pour tester le plan de paix de M. Annan. Une des conditions du plan est que le régime autorise la liberté de réunion.

 «Nous avons une fenêtre étroite, mais le temps est contre nous, » affirme le militant Safinas. « Nous luttons contre deux régimes et deux armées maintenant.»


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