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Auschwitz est un lieu saint du judaïsme!

10 août 2016

Il est donc temps que les écoles laïques cessent d’organiser des voyages pédagogiques dans le tristement célèbre camp de concentration.

Avi Weiss est « senior rabbi » à l’Hebrew Institute qui se situe dans le Bronx (New York). L’Hebrew Institute est une sorte de centre communautaire où s’exercent des activités religieuses (culte, éducation) mais qui s’implique aussi dans le travail social et qui coordonne l’action communautaire par exemple au niveau de l’instruction publique.

Avi Weiss

Le rabbin Avi Weiss de l’Hebrew Institute

Quant à un « senior rabbi », j’imagine que c’est en fait un cadre supérieur de cette institution, un cadre ayant bien entendu une formation religieuse adéquate.

Avi Weiss a publié l’an dernier une tribune libre qui a été publiée dans un journal américain. Et pas n’importe lequel : le Washington Post! Voilà qui en dit long sur l’entregent du personnage.

Dans cette tribune, Avi Weiss s’applique à démontrer l’indécence de la présence de lieux de culte catholiques dans les anciens camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau en Pologne. Selon lui, en effet, ces deux camps de concentration sont des lieux saints juifs dans la mesure où y a été perpétré la plus grande partie de l’holocauste, c’est-à-dire l’extermination des Juifs.

L’idée même que ces Catholiques puissent témoigner, ainsi que souhaitaient le faire les sœurs carmélites du couvent d’Auschwitz, des souffrances endurées par les personnes détenues dans ces camps lui est insupportable car elle noie la souffrance juive dans le maelstrom des souffrances endurées par tous les déportés, dont des non Juifs, et qu’elle laisserait accroire que l’église catholique a cherché à soulager les souffrances des Juifs. Ce qui, selon Avi Weiss, est faux. Quand on lit attentivement le papier d’Avi Weiss, on comprend que pour lui les bourreaux d’hier ne sont pas enfermés dans le passé mais sont toujours vivants, prêts à recommencer. C’est le sens de sa réaction quand un médecin présent au poste de police où il a été emmené lui demande de se déshabiller.

Préserver Auschwitz a en effet moins une fonction d’entretien d’une mémoire afin d’éviter à l’humanité de recommencer ses erreurs qu’une fonction de rappel obsessionnel de la culpabilité des non Juifs à l’égard de la souffrance juive.

L’affirmation de cette sacralité juive d’Auschwitz par Avi Weiss a le mérite de dire les choses nettement car c’est cette notion qui traverse en réalité tout le discours sur la « shoah » ou « holocauste ».

Et elle devrait amener à s’interroger sur le sens des voyages scolaires à Auschwitz organisés régulièrement par les écoles laïques en France.

Auschwitz est un lieu sacré de la mémoire juive. Ce n’est pas la place d’une église catholique.

par Avi Weiss, The Washington Post (USA)  28 janvier 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Avi Weiss est le grand rabbin de l’Hebrew Institute (Institut hébraïque) de Riverdale dans le Bronx et est l’auteur de l’essai à paraître « Open Up the iron Door : memoirs of a Soviet Jewry Activist » [Ouvrez la porte de fer : mémoires d’un activiste de la communauté juive soviétique].

Cette semaine marque le 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz en 1945 : le tristement célèbre camp de la mort en Pologne où 1,1 million de Juifs ont été assassiné pendant l’holocauste. Les années passant, il reste de moins en moins de survivants. Le temps n’est guère éloigné où il n’y aura plus de témoins vivants pour partager ce qu’ils ont vécu dans cette histoire, pour dire : oui, c’est arrivé et voilà comment ça s’est passé. Nous ne pouvons pas permettre que les preuves es atrocités de l’holocauste soient cooptées par d’autres groupes [des non juifs, NdT] pour d’autres fins.

C’est la raison pour laquelle les Juifs du monde entier ont été atterrés quand, en 984, des sœurs carmélites s’étaient installées dans un bâtiment d’Auschwitz qui avait servi autrefois à entreposer le gaz Zyklon B que les nazis utilisaient pour tuer les Juifs. Avec l’entier soutien du Cardinal polonais Franciszek Marcharski, les autorités locales avaient accordé aux nonnes un bail de 99 ans pour transformer le bâtiment en couvent où les nonnes avaient l’intention de prier pour les âmes des personnes assassinées. A peu près au même moment, un autre affront se produisait, cette fois à Birkenau – appelé aussi Auschwitz II – avec l’inauguration par la communauté catholique locale d’une église dans ce qui avait été le quartier général du commandant nazi.

En tant que rabbin, j’ai un profond respect pour tous les lieux de culte. J’ai aussi le sentiment que les lieux de culte chrétiens n’ont pas leur place dans ce qui est concrètement le plus grand cimetière juif du monde. C’est pourquoi, en juillet 1989, je me suis associé à un groupe de sept activistes qui protestaient contre le couvent des Carmélites. Nous avions escaladé la clôture qui entoure le couvent et nous nous étions réunis pacifiquement. Les ouvriers polonais qui étaient à l’intérieur du couvent nous avaient aspergés avec un seau d’eau mélangé à de l’urine tandis que les nonnes regardaient par les fenêtres. En 1993, le Pape Jean-Paul Ii avait ordonné personnellement aux nonnes de s’en aller, et le couvent avait été fermé.

Si cette fermeture avait été une victoire, subsistait l’affront plus grand du maintien de l’église paroissiale de Brzezinka. L’ancien prêtre James Carroll décrit avec éloquence cette insulte dans son livre « Constantine’s Sword : The Church and the Jews » [l’épée de Constantin: l’Eglise et les Juifs]. « Quand la souffrance est vue comme au service d’un salut universel, son caractère particulier en tant que tragédie et comme mal est toujours amoindri ».

« L’élimination de la judéité du lieu où les juifs ont été éliminés, » poursuit Carroll, rend le « mal encore pire. »

Et donc, en 1995, pour le 50ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, j’ai à nouveau rejoint des activistes, cette fois pour un sit-in dans l’église de Birkenau. Après une confrontation avec les officiels de l’église qui avait duré toute la journée, nous avions été arrêtés et emmenés dans un poste de police où un médecin réquisitionné nous avait demandé de nous déshabiller. Sidéré, j’avais répondu, « Vous voulez dire que vous n’avez pas mis à poil suffisamment de Juifs en ce lieu ? » Nous avions été détenus plusieurs heures avant d’être relâchés. Notre protestation et notre arrestation n’avaient permis d’obtenir aucune concession de la part de l’église ou de la hiérarchie catholique.

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Avi Weiss (tout à fait à droite) dans l’église qui n’a pas sa place à Birkenau lit-on sur l’écriteau

L’église est toujours là, et sa simple présence dans cet espace juif sacré est inappropriée, une tromperie et un viol du souvenir de la shoah. Dans un siècle, les gens chercheront dans le camp les preuves de ce qui s’y est passé. Si le bâtiment de l’église demeure, sa grande croix projetant une ombre sur Auschwitz II, le site pourrait laisser comprendre à une personne mal informée que l’holocauste avait été une tentative de génocide contre les Chrétiens ou comme si l’église avait défendu les Juifs à l’époque – alors qu’en fait l’église avait détourné le regard de la tentative d’anéantissement à grande échelle du peuple juif. Si nous, entant qu’humanité devons apprendre quelque chose de notre histoire afin de lutter pour un avenir meilleur, nous devons savoir ce qui s’est passé avant nous. Sinon, nous perpétuerons la possibilité que les atrocités du passé se répètent à l’avenir, et qu’une souffrance occultée revienne.

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L’église de Birkenau utilise les anciens locaux administratifs de la SS

Il appartient aux personnes de conscience de lever la voix pour le respect de la mémoire de l’holocauste et de déclarer avec clarté et fermeté : une église n’a pas de place à Auschwitz. Il est aussi du pouvoir du Pape François, qui a montré qu’il était un grand ami de la communauté juive, d’ordonner à la congrégation de s’en aller. Le bâtiment devrait devenir un musée, spécifique à Birkenau, montrant comment les Nazis ont commis leurs atrocités en ce lieu. Les grandes croix placées devant le bâtiment et à son sommet devraient être enlevées. Le souvenir des Juifs assassinés là-bas – assassinés parce qu’ils étaient juifs – doit être reconnu dans toute son exactitude historique.

L’évolution du catholicisme préfigure-t-elle celle de l’Islam en Europe?

19 juillet 2013

Un des aspects intéressants de cet article est ce dont il ne parle pas : la position doctrinale du judaïsme vis-à-vis du christianisme, de Jésus en particulier..

A part ça, il nous donne peut-être une idée de ce qui attend la religion musulmane, en Europe au moins. Sauf que dans le cas de l’Islam, il faut moins s’attendre à l’influence de convertis qu’à celle de ministres de l’intérieur ou même d’ambassadeurs et d’officines qui leur sont liées.

On aura peut-être aussi les mêmes aberrations que le catholicisme avec ce prêtre Espagnol, Antonio Hortelano, qui admet fièrement avoir travaillé pour le Mossad. :

– J’ai même plus travaillé avec Israël qu’avec le Vatican.

 – Pourquoi avec les Juifs ?

 – Ca se voit sur ma figure : j’ai une ascendance juive.

 – Etre un espion juif va bien avec le sacerdoce catholique ?

 – Parfaitement. Jésus était juif de race et de religion. Et il n’est jamais sorti du judaïsme. On ne peut être chrétien sans être juif.

A comparer avec les thèses présentées dans l’article que je vous propose.

Les convertis qui ont changé l’Église

Les prêtres d’origine juive contribué à faire avancer les réformes de Vatican II

Par John Connelly, Forward , The Jewish Daily (USA) 30 juillet2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il y aura cinquante ans cet automne, les évêques catholiques se réunissaient à Rome pour un Concile qui devait mettre l’Eglise « en phase avec son temps » en la faisant parler plus directement au monde moderne. Après trois années de délibération, les évêques votèrent est acceptèrent des déclarations qui permettaient aux fidèles de suivre la messe dans leurs propres langues, encourageaient la lecture profane des écritures et exhortait les Catholiques à penser les autres religions en tant que sources de vérité et de grâce. Le Concile définissait l’Eglise en tant que « peuple de Dieu » et suggérait une organisation plus démocratique des relations entre les évêques et le Pape.. Il avait aussi adopté une déclaration sur les religions non chrétiennes, connue sous le nom latin Nostra Aetate («à notre époque»). La quatrième partie de ce texte, une déclaration sur les Juifs, s’était avérée des plus controversées, manquant à plusieurs reprises d’être écartée en raison de l’opposition d’évêques conservateurs.

Nostra Aetate confirmait que le Christ, sa mère et les apôtres étaient juifs, et que l’Eglise avait son origine dans l’Ancien Testament. Elle refusait que les Juifs qient tenus collectivement responsables de la mort de Jésus Christ, et fustigeait toutes les formes de haine, dont l’antisémitisme. Citant l’Epître de Saint Paul aux Romains, Nostra Aetate qualifiait les Juifs de «très chers» à Dieu. Ces paroles semblent relever du sens commun aujourd’hui, mais elles constituaient une révolution dans les enseignements du catholicisme.

Malgré l’opposition à l’intérieur de leurs rangs, les évêques savaient qu’ils ne pouvaient faire silence sur les Juifs. Quand le document se retrouva dans l’impasse en mai 1965, l’un d’entre eux expliqua pourquoi il fallait que les choses avancent : «Le contexte historique : 6 millions de morts Juifs. Si le Concile, qui intervenait 20 ans après ces faits, restait silencieux à leur sujet, il évoquerait alors inévitablement la réaction exprimée par Hochhuth dans ‘Le Vicaire.’ Cet évêque parlait du traitement par le dramaturge Allemand Rolf Hochhuth du silence de Pie XII devant l’holocauste. Ces évêques ne souhaitaient plus vivre dans cette Eglise là [note de Djazaïri :au sujet du prétendu silence de Pie XII, voir ci-après].

Le problème était qu’ils ne disposaient pas d’un langage qui leur soit propre pour briser le silence. Plus que la plupart des autres disciplines académiques, la théologie est un maquis complexe dont chaque branche est gardée par une coterie d’experts sourcilleux. Ceux qui voulaient toucher à la complexité des relations de l’Eglise avec les Juifs devaient étudier l’eschatologie, la sotériologie [doctrine du salut], la patristique, l’Ancien et le Nouveau Testament, et l’histoire de l’Eglise dans toutes ses périodes. Les évêques en furent réduits à se reposer sur un tout petit groupe d’expertss qui s’était assez intéressé à cette question pour amasser les inhabituelles qualifications intellectuelles nécessaires pour cette tâche.

Comme je l’ai découvert en faisant des recherché pour mon livre publié récemment, «De l’ennemi au frère: la révolution dans l’enseignement catholique sur les Juifs, 1933-1965,» ces experts n’avaient pas commence leur travail dans les années 1960.

A partir d’avant-postes en Suisse et en Autriche, plusieurs d’entre eux avaient essayé de formuler une argumentation catholique contre l’antisémitisme, trente ans plus tôt, à l’ombre du nazisme. Ils étaient aussi peu représentatifs du catholicisme qu’on pouvait se l’imaginer. Non seulement étaient-ils, vivant en Europe centrale,  assez courageux pour se dresser face à Hitler avec leurs idées, mais ils n’étaient en majorité pas nés catholiques. Les catholiques qui ont aidé l’Eglise à aller vers la reconnaissance de la continuité de la sainteté du peuple juif étaient des convertis, issus pour beaucoup de familles juives.

Le plus important était Johannes Oesterreicher, né en 1904 d’un père Juif vétérinaire et de son épouse Ida à Stadt-Liebau, une agglomération germanophone de Moravie du Nord [en Tchéquie]. Dans sa jeunesse,  il avait participé au scoutisme sioniste avait été élu représentant des élèves Juifs dans son lycée mais par la suite, pour des raisons qui restent inexplicables (il dira plus tard être «tombé en amour pour le Christ»), Oesterreicher avait pris intérêt aux écritures chrétiennes (les écrits du Cardinal Newman, de Kierkegaard et les Evangiles eux-mêmes) et, sous l’influence d’un prêtre qui sera par la suite assassiné par les nazis (Max Joseph Metzger) il devint catholique puis prêtre. Au début des années 1930, il avait pris en charge l’initiative du Diocèse de Vienne pour convertir les Juifs, dans l’espoir d’amener sa famille et ses amis dans l’Eglise. Son succès fut limité. Là où il eut plus d’impact fut dans le rassemblement d’autres penseurs catholiques pour s’opposer au racisme nazi.

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Osterreicher fut choqué de constater la pénétration de ce racisme dans le travail d’éminents penseurs catholiques qui enseignaient que les Juifs étaient une race décadente [damaged] et étaient donc inaptes à recevoir la grâce du baptême. Par mi ses compagnons dans sa démarche, se trouvaient d’autres convertis comme le philosophe Dietrich von Hildebrand,  le théologien Karl Thiem et le philosophe de la politique Waldemar Gurian. En 1937, Gurian, Oesterreicher et Thieme rédigèrent une déclaration catholique sur les Juifs plaidant, à l’encontre des racistes, que les Juifs étaient porteurs d’une sainteté particulière. En dépit de sa conformité à l’enseignement catholique orthodoxe, pas un seul évêque (ne parlons même pas du Vatican) ne la signa.

Oesterreicher fuit l’Autriche à l’arrivée des Nazis en 1938 et continua son travail depuis Paris, diffusant par radio des sermons en langue allemande à destination du Reich, informant les Catholiques que Hitler était un «esprit immoral» aux «antipodes de la forme humaine»  et décrivant les crimes perpétrés par les Nazis contre les Juifs et les Polonais.

Au printemps 1940, il échappa de justesse à une équipe avancée d’agents de la Gestapo et, via Marseille et Lisbonne, il se rendit à New York pour rejoindre finalement la Seton hall University où il devint le principal expert de l’église catholique américaine en matière de relations avec les Juifs.

Oesterreicher abandonna progressivement son approche “missionnaire” des Juifs et définira de plus en plus son travail comme œcuménique. Lui et les Chrétiens qui partageaient ses idées essayaient de voir comment étayer leur croyance dans la vocation ininterrompue du peuple juif dans les écritures chrétiennes. Si la bataille d’avant guerre était menée contre les thèses superficielles du racisme nazi, celle de l’après-guerre avait pour objet les convictions profondément enracinées de l’anti-judaïsme chrétien. Dans un premier temps, les convertis soutenaient que, oui, les Juifs pouvaient être baptisés. Dans un second temps, même s’ils persistaient à penser que les Juifs devaient être baptisés afin d’échapper à la malédiction pour avoir rejeté le Christ, ces penseurs commencèrent  à réfléchir à la nature de cette supposée malédiction.

Si l’histoire était une série d’épreuves envoyées pour punir le people juif de ne pas avoir accepté le Christ, alors quelle était la signification d’Auschwitz? Les Nazis étaient-ils des instruments de la volonté divine dans le but d’amener les Juifs à se tourner enfin vers le Christ ? Répondre oui à cette question était obscène, mais ce fut la seule réponse que la théologie catholique donna en 1945. Dans les années qui suivirent, les convertis durent organiser une révolution dans une Eglise qui se posait comme immuable. Ils le firent en infléchissant la doctrine de l’Eglise dans le sens de l’Epître de Paul aux Romains, chapitres 9-11 où l’Apôtre, sans parler de baptême ou de conversion, proclame que les Juifs restent «chéris de Dieu» et que «tout Israël sera sauvé.»

Comme Oesterreicher, les penseurs qui firent le travail intellectuel qui a préparé cette révolution étaient en écrasante majorités des convertis. Juste après la guerre, Thieme s’associa à Gertrud Luckner, une survivante des camps de concentration, pour publier le Freiburger Rundbrief dans le sud-ouest de l’Allemagne où ils firent des avancées théologiques remarquables sur la voie d’une conciliation avec les Juifs. A Paris, le Révérend  Paul Démann, un Juif hongrois converti, commençait à publier la revue les Cahiers Sioniens et avec l’aide d’autres convertis, Geza Vermes et Renée Bloch, il réfuta l’anti-judaïsme du catéchisme des écoles catholiques.

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En 1961, Oesterreicher fut convoqué pour travailler dans la commission de Vatican II chargée de la «question juive,» qui devint le problème le plus ardu à être soumis aux évêques.

A un moment critique, en octobre 1964, les prêtres Gregory Baum et Bruno Hussar rejoignirent Oesterreicher pour assembler ce qui devint le texte final du décret du Concile sur les Juifs qui sera voté par les évêques l’année suivante. Comme Oesterreicher, Baum et Hussar étaient des convertis d’origine juive.

Ils étaient dans la continuité d’une tendance remontant au premier Concile du Vatican en 1870, quand les frères Lémann – des juifs devenus catholiques et prêtres – avaient présenté un projet de déclaration sur les relations entre l’Eglise et les Juifs qui affirmait que les Juifs « sont toujours chers à Dieu » à cause de leurs ancêtres et parce que le Christ était issu d’eux « par la chair.» Sans les convertis au catholicisme, il semble que l’Eglise catholique n’aurait « jamais su penser » la manière de relever les défis de l’antijudaïsme raciste.

Le pourcentage élevé de Juifs convertis comme Oesterreicher parmi les Catholiques qui étaient opposes à l’antisémitisme est logique: dans les années 1930, ils furent l’objet du racisme nazi et ils ne pouvait pas éviter le racisme qui avait pénétré dans l’Eglise. Dans leur opposition, ils ne faisaient que rappeler à l’Eglise sont propre universalisme [catholique = universel, NdT]. Mais en se tournant vers les passages longtemps négligés de la l’Epître de Saint Paul aux Romains, ils ouvraient aussi l’esprit de l’Eglise à une nouvelle approche du peuple juif.

Quelles furent les impulsions derrière leur engagement après la guerre ?

Dans un compte rendu critique très généreux de mon livre dans The New Republic, Peter Gordon suggère que la “volonté [des convertis] de plaider en faveur des autres dérivait d’une préoccupation pour leur Moi [self]. Ils avaient gardé un sentiment d’eux-mêmes en tant que Juifs même dans l’Eglise catholique. Gordon nous remet en mémoire le scepticisme de Sigmund Freud sur la possibilité de l’amour de l’autre. L’amour vrai, pensait Freud, «était toujours mêlé de narcissisme : ce n’est pas l’autre que j’aime, mais moi-même, ou du moins c’est seulement cette qualité chez l’autre qui me ressemble ou ressemble à la personne que je fus un jour.»

Nous voyons cependant chez Oesterreicher une solidarité indéfectible  avec la communauté qui fut la sienne, avec sa famille en premier lieu. En 1946, il avait médité sur le sort de son père qui était mort de pneumonie à Theresienstadt (sa mère sera assassinée ensuite à Auschwitz). Oesterreicher n’avait pas peru l’espérance pour son père. Nathan Oesterreicher avait été un homme bon qui “avait droit à la béatitude des hommes de paix.”

Si Oesterreicher fils avait été un vrai narcissique, il aurait pu se satisfaire de la conviction qu’il avait été sauvé par le baptême. Finalement, l’immense affection et la nostalgie de son père juif commencèrent à ouvrir l’esprit d’Oesterreicher à la possibilité que les Juifs puissent être connaître le salut en tant que Juifs.

Le cadeau le plus durable des convertis qui participèrent à la réécriture des enseignements catholiques sur les Juifs a été d’étendre jusqu’à nous leur sens de la solidarité familiale, aux Juifs et aux Chrétiens. En 1964, Oesterreicher rédigea personnellement cette partie de Nostra Aetate selon laquelle l’Eglise ne parle plus de sa mission à l’égard des Juifs, mais regarde vers le jour qui verra «tous les peuples s’adresser au Seigneur d’une seule voix ‘pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel pour le servir d’un seul coeur’.»  (la dernière partie de la phrase est tirée de Sophonie 3 :9). Avec cette nouvelle doctrine, l’Eglise a cessé de vouloir transformer l’autre en une partie d’elle-même, et depuis cette mise au point, les Catholiques qui participent au dialogue judéo-chrétien tendent à ne plus être des convertis. Ils vivent la nouvelle compréhension des juifs et des Chrétiens en tant que frères. Les convertis ont franchi une frontière vers l’autre tout en restant en un sens très profondément eux-mêmes. mais en reconnaissant la légitimité, en fait la bénédiction, de nos différences, ils ont contribué à faire tomber un mur qui sépare Juifs et Chrétiens

John Connelly est professeur d’histoire à Berkeley, Université de Californie, et il est l’auteur de “From Enemy to Brother: the Revolution in Catholic Teaching on the Jews, 1933-1965,” (Harvard University Press,2012).

 


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