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Pour la majorité des étudiants juifs américains, l’Etat « juif » n’est pas civilisé.

24 février 2016

Le site de Philip Weiss reste une des sources les plus riches quand on s’intéresse à l’actualité relative à la cause palestinienne. [vous pouvez aller directement à l’article qui se trouve à la fin de mon texte]

Il le prouve une nouvelle fois en révélant l’essentiel de la teneur d’une conférence qui s’est tenue à Jérusalem dans l’objectif de trouver les moyens d’une propagande efficace en faveur de l’entité sioniste et de contrer le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions)

On sait que faute d’arguments légitimes, les partisans de l’entité sioniste en sont désormais le plus souvent réduits à faire pression sur les gouvernements étrangers pour qu’ils adoptent des dispositions qui rendent l’appel au boycott illégal. C’est déjà le cas en France avec la circulaire Alliot-Marie que Sainte Christiane Taubira s’est bien gardée d’abroger. Ailleurs, comme au Canada, c’est une motion motion votée au parlement tandis que le Royaume Uni se prépare à légiférer pour interdire le BDS…

Ce qui n’empêchera pas le mouvement de boycott de prendre de l’ampleur tout comme l’impopularité ou du moins le scepticisme à l’égard de l’entité sioniste.

Ainsi, les conférenciers sionistes ont pu avoir un état des lieux inquiétants sur la perception de l’entité sioniste par les étudiants juifs américains. Ces derniers non seulement ne sont pas une majorité à penser que l’entité sioniste veut la paix, mais ils sont à peine 38 % à considérer que nous parlons d’un Etat « civilisé ».

Ce qui ne signifie bien sûr pas qu’ils renoncent nécessairement à soutenir l’entité sioniste mais qui donne à penser que ce soutien n’est pas un acquis intangible.

Et c’est là un gros problème pour le régime sioniste. En effet, cette entité coloniale s’est elle-même mise sous la coupe d’une métropole en obtenant la protection des Etats Unis. Au fil des ans, la colonie juive a su construire tout un dispositif de propagande, d’influence et de contrôle qui lui permet d’influer fortement sur la politique de la métropole, du moins quand cette politique est en rapport avec sa sécurité et sa prospérité.

Ce contrôle n’est pas absolu et il peut être mis en échec à force de patience et d’habileté, ce qu’ont su démontrer Barack Obama et John Kerry dans le dénouement de la crise avec l’Iran. Une démarche qui n’a été possible que parce que Barack Obama effectue son deuxième et dernier mandat présidentiel !

Un des instruments de ce contrôle est la communauté juive, ou plus exactement les organisations communautaires juives qu’elles agissent dans le domaine social, culturel, religieux ou politique. C’est par leur intermédiaire que l’actions sioniste peut se déployer verticalement, vers les couches dirigeantes (élus municipaux, gouverneurs d’Etats, sénateurs etc.) et horizontalement (vers les citoyens ordinaires).

L’animation et les relais de ces organisations, aussi bien verticalement qu’horizontalement, est le plus souvent assurée par des membres de l’élite, c’est-à-dire des gens qui occupent des postes à responsabilité dans les domaines de l’économie, de la culture, de l’information, de la religion etc. Ces gens ont généralement été formés à l’université [il n’existe pas de « grandes écoles » aux Etats Unis] où ils ont acquis non seulement des compétences et des connaissances mais aussi une vision de la vie et de la politique au sens large parfois sur la base d’engagements pour telle ou telle cause.

L’état moral de cette frange de la population étudiante donne donc une indication sur les orientations que pourrait prendre cette population une fois arrivée à l’âge de maturité et de la participation active à la vie publique locale, régionale ou nationale.

Et quand on s’intéresse à la population étudiante juive, cet état moral semble des plus préoccupants si on en croit un spécialiste des enquêtes d’opinion qui participait à la conférence de Jérusalem.

 La majorité des étudiants juifs américains ne voit pas Israël comme un pays « civilisé » ou une « démocratie » affirme Luntz lors d’une conférence secrète anti-BDS

par Ofer Neiman, Mondoweiss (USA) 2 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le lien vers l’information en hébreu. En résumé :

Le ministre Gilad Erdan [ministre de la sécurité publique, des affaires stratégiques et de l’information] a organisé une conférence secrète à Jérusalem, qui a réuni 150 partisans influents d’Israël.

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Gilad Erdan et son complice Benjamin Netanyahou

Le spécialiste des sondages d’opinion Frank Luntz, marqué politiquement à droite, [qui avait auparavant affirmé que sionisme était devenu un gros mot pour les élites des Etats Unis] a présenté des statistiques :

_ La tentative du ministère du tourisme pour vendre Israël comme une destination sympa [filles et bikinis] a échoué.

– Les étudiants juifs américains ont une image de plus en plus négative d’Israël

– Ils ne sont que 42 % à croire qu’Israël veut la paix.

-Seulement 38 % d’entre eux pensent que ‘Israël est civilisé et occidental”.

-31% seulement considèrent qu’Israël est une démocratie.

– Pas moins de 21 % d’entre eux pensent que les Etats Unis devraient prendre le parti des Palestiniens.

Le nouvel agenda, pas si nouveau que ça, proposé par Luntz et Cie : les partisans d’Israël doivent dire qu’ils sont pour le dialogue et un processus de paix qui passe par la diplomatie, et ils doivent accuser ceux qui soutiennent le BDS de faire obstacle au dialogue et de répandre la haine.

Le racisme, Mme Taubira: derrière l’indignation réelle ou feinte, un événement politique peut-être capital

13 novembre 2013

Après un retard à l’allumage qui en dit long, la presse et la classe politique françaises mettent les bouchées doubles pour condamner les propos racistes tenus à l’encontre de Mme Christiane Taubira, ministre de la justice du gouvernement Ayrault. Est particulièrement visée la une du magazine d’extrême droite « Minute« .

Des poursuites seraient engagées par le premier ministre contre le magazine en question. Sans aller jusqu’à préjuger de  la tournure que prendra la procédure judiciaire, il y a quand même fort à parier qu’elle débouchera sur un non lieu étant donné que la une de Minute emploie deux expressions tout à fait banales dans le parler français: « malin comme un singe » et « avoir la banane ».

Après, il faut aller voir le contenu rédactionnel. Je n’ai personnellement pas l’intention d’aller jusque là quoique, comme le disait Pierre Desproges:

« Il est plus économique de lire Minute que Sartre. Pour le prix d’un journal, on a à la fois La Nausée et Les Mains sales »

Si on n’en reste pas au stade de l’émotion, réelle ou feinte, on a quand même quelque peine à voir ici une lame de fond qui permettrait à la France d’éviter de connaître à nouveau certains errements tels que ceux qui ont marqué le déplacement à Angers de Mme Taubira le 25 octobre.

Comme d’autres l’ont dit avant moi, on est en effet confondu par l’inertie de la classe politique concernant les propos tenus à Angers. Or, c’est seulement en référence à ces propos qu’on peut espérer qualifier de raciste la une de Minute.

Et on ne peut qu’être interloqué par l’indignation exprimée par jean-François Copé, l’homme qui excite à l’islamophobie avec son histoire de pains au chocolat des petits infidèles confisqués par leurs camarades de confession musulmane pour cause de Ramadan.

S’il fallait un indice du caractère surjoué de l’indignation de la classe politique, ces deux me semblent parfaitement suffisants.

Et ce n’est pas dans ce spectacle en trompe l’oeil que se joue quoi que ce soit de fondamental pour l’Hexagone où l’islamophobie est devenue le véritable bien commun de la république.

Le véritable événement politique qui pourrait avoir une portée considérable vient de se dérouler à la Haye aux Pays Bas où

La présidente du parti français Front national Marine Le Pen et le chef de file de l’extrême droite néerlandaise Geert Wilders (PVV) ont conclu mercredi à La Haye une alliance en vue des élections européennes de mai 2014.

lit-on dans 7sur7

Une alliance dont Mme Le Pen attend beaucoup:

« Aujourd’hui est un jour historique », a déclaré Mme Le Pen lors d’une conférence de presse à La Haye

Un jour historique dit-elle et elle n’a peut-être pas tort. Et pour comprendre ce qu’elle entend par là, il suffit de lire la suite de l’article.

Et Geert Wilders, qualifiant l’UE d' »Etat nazi », de renchérir: « aujourd’hui marque le début de la libération de ce monstre nommé ‘Bruxelles' ».

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Geert Wilders

Dans la bouche d’un leader politique d’extrême droite; Etat nazi devrait avoir une connotation positive, or ce n’est évidemment pas le cas dans le propos de Wilders puisque cet Etat nazi qu’est l’Europe est un monstre.

Le groupe envisagé par Mme Le Pen et M. Wilders pourrait inclure, entre autres, le Vlaams Belang, la Ligue du Nord italienne, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le Parti de la liberté autrichien (FPÖ) ainsi que des partis d’Europe du Nord.

La liste n’est pas exhaustive mais on apprend un peu plus loin que

Mais Mme Le Pen et M. Wilders ont exclu de s’associer, par exemple, avec les Hongrois du Jobbik et d’autres députés nationalistes slovaques, roumains et bulgares, tous accusés de dérives racistes.

Par dérives racistes, il faut entendre antisémites. Geert Wilders est par contre connu pour ses positions clairement philosémites et ultrasionistes.

Charmants: Marine Le Pen et Geert Wilders

Charmants: Marine Le Pen et Geert Wilders

L’alliance avec Wilders va contribuer à accélérer l’aggiornamento de l’extrême droite française qui tente depuis quelque temps, sous l’impulsion de Marine le Pen et de Florian Philippot, de tourner le dos aux classiques antisémites qui sont un des héritages de l’époque de Vichy et donc de la droite nationaliste classique.

Le Front National pourrait alors se situer, relativement à la question de l’antisémitisme et à celle du sionisme, dans le droit fil des positions adoptées par ces partis qui, comme le Vlams Belaang , aspirent à peser sur la vie politique de leurs pays respectifs.

L’idée force est que l’antisémitisme affiché dans le discours officiel du parti ou de certains de ses militants est un des obstacles concrets à une véritable émergence sur la scène politique et que face à ce qui est perçu comme une menace de la présence musulmane, les institutions, ou une partie des institutions communautaires ou organisations juives, peuvent être de précieux alliés aussi bien en termes de dédiabolisation que de convergences idéologiques.

L’alliance avec Wilders n’est qu’accessoirement une alliance contre l’Union Européenne, c’est avant tout un élément clef de la recomposition politique en France et de l’évolution du rapport de forces à l’intérieur du Front national.

L’extrême droite et ces organisations juives ont l’islamophobie en partage, l’extrême droite ayant en propre un racisme dont les cibles sont bien connues et les organisations juives étant motivées par la défense et la promotion du projet sioniste, raciste aussi dans son essence et sa pratique.

Une telle convergence est certainement de nature à mettre le Front national dans une position avantageuse en cas d’éclatement de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP)

Ces synergies sont particulièrement claires aux Pays Bas, mais aussi en Angleterre et aux Etats Unis.

la différence étant qu’aucun de ces pays ne dispose d’un parti d’extrême droite aussi puissant que le Front National, parti qui s’ancre dans une réalité sociale, politique et historique différente de celle de ses homologies européens.

Sarcelles, Strasbourg et la construction du discours islamophobe « légitime »

8 octobre 2012

Les évènements s’enchaînent avec une régularité métronomique.

Qu’on en juge, la prétendue bande annonce d’un film islamophobe puis des caricatures publiées par Charlie Hebdo provoquent, ou servent de prétexte à des manifestations et des troubles dans un certain nombre de pays musulmans, et voilà qu’un micro rassemblement de Musulmans à Paris est cerné par des forces de gendarmerie qui créent facilement le surnombre.

On a là l’amorce du premier débat sur l’Islam en France depuis l’élection présidentielle avec en parallèle l’éclosion d’un œuf couvé depuis un certain temps, la loi antiterroriste co-écrite apparemment par Manuel Valls et Claude Guéant suite aux crimes perpétrés par (ou attribués à) Mohamed Merah à Toulouse et Montauban.

Suit un discours musclé du ministre de l’intérieur lors de l’inauguration d’une mosquée à Strasbourg. Le simple fait que ce type, tout ministre qu’il soit, ait pu tenir les propos qu’il a tenus en ce lieu en dit long sur l’état de déconsidération dans lequel se trouvent les Musulmans en France.

Et en bruit de fond, bien entendu, résonne presque en continu le verbe vénéneux de Marine Le Pen et de Jean-François Copé avec la mise en avant de thématiques chères à toute une frange de nos élites, de droite et parfois de gauche, sur le racisme anti-blanc, qui sont autant d’appels en réalité à la guerre ethnique.  Sous réserve bien sûr que cette guerre soit menée par la police et la gendarmerie au nom des petits blancs privés de pains au chocolat par la faute du Ramadan.

Et maintenant, nous avons le coup de filet sur une prétendue cellule terroriste/djihadiste qui serait l’auteur d’un attentat contre une épicerie casher à Sarcelles en région parisienne en septembre 2012.

Cet attentat avait consisté en la projection d’une grenade (dont rien n’est dit sur la provenance alors que c’est elle qui a permis de remonter aux auteurs) à l’intérieur de ce magasin, n’occasionnant fort heureusement qu’un blessé léger.

Ce qui est absolument frappant, si on en reste à l’individu qui est présenté comme le principal animateur de la présumée cellule terroriste, c’est que les magistrats semblent le connaître par cœur.

En effet :

L’homme « s’était rasé la barbe en arrivant à Strasbourg » – où il séjournait ces derniers jours -, signe d’un prochain « passage à l’acte », [ ??; note de Djazaïri] a indiqué le procureur de Strasbourg Patrick Poirret. Selon ce dernier, Jérémie Louis-Sidney voulait « finir en martyr ».

Et :

Corroborant cette hypothèse, le testament du délinquant a été trouvé après sa mort. Au cours des perquisitions, samedi, « une liste d’associations israélites de la région parisienne » a également été découverte, selon le procureur de Paris.

On ne nous dit rien sur les ressources de ce Jérémie Louis-Sidney qui pourtant avait au moins deux domiciles, un à Cannes et l’autre à Strasbourg et qui faisait donc pas mal de déplacements, sans oublier ceux qui le ramenaient en région parisienne d’où il était originaire.

Tout cela a pourtant un coût.

On n’a, en tout cas pour l’instant, pas parlé d’arsenal digne de ce nom, l’arme la plus redoutable étant le « Smith & Wesson » de calibre 357 que possédait Jérémie Louis-Sidney et dont il a vidé le barillet en tirant sur les agents venus l’arrêter dont l’un n’a dû son salut qu’à son équipement de protection.

Mais il voulait mourir en martyr nous dit-on. Et il ne nous dira certes pas le contraire.

Comme si tous les délinquants qui avaient résisté imprudemment à la police avaient derrière la tête l’idée de mourir en martyr. Peut-être était-ce là l’idée de Jacques Mesrine au fond ?

Ici, on nous refait le coup des jeunes auto-radicalisés comme Mohamed Merah. Mais outre que Merah ne s’était pas auto-radicalisé, ce n’est certainement pas le cas non plus de ces prétendus djihadistes qui étaient d’une certaine manière déjà radicalisés avant leur entrée dans la religion musulmane. Je les suppose plus auto-islamisés qu’auto-radicalisés.

Nous sommes en fait en présence d’une bande de pieds nickelés, en moins drôles il est vrai, capables de commettre des actes dangereux sans doute mais qu’il faudra bien des efforts d’agit-prop pour en faire une «menace de radicaux» comme veut le faire croire le ministère de l’intérieur. Remarquez que le chef de l’Etat n’est pas en reste dans la surenchère à l’alerte terroriste. A croire qu’il y a comme qui dirait une sorte de compétition sur ce sujet.

La menace pour la sécurité des biens et des personnes existe, c’est certain, mais exactement comme avec toutes les bandes de délinquants un peu organisées que la police a pour charge de surveiller et de neutraliser. La cible choisie, toute symbolique qu’on puisse la considérer, a surtout pour caractéristique de se situer dans l’environnement quasi-immédiat des délinquants, signe à la fois d’amateurisme et de bêtise insigne.

Menace sur la sécurité nationale ou les institutions du pays, faut donc quand même pas pousser, fort heureusement.

Ce qui est vraiment significatif dans cette opération, ce ne sont pas les interpellations elles-mêmes, ni la mort d’un des auteurs présumés de l’attentat contre le commerce juif, mais le discours qu’alimente cette action policière.

Et dans l’ensemble du discours sur l’Islam, qui est souvent, mais pas toujours, un discours sur l’islam  «radical» Manuel Valls intervient aujourd’hui avec sa propre partition plus propre à rassembler à gauche que les misérables pains au chocolat de Jean-François Copé :

Opération antiterroriste: Manuel Valls dénonce l’antisémitisme

Pains au chocolat, antisémitisme, terrorisme, à droite, comme à gauche, les Musulmans sont cernés et se retrouvent au centre du débat politique et médiatique, exactement comme le souhaitent la droite et l’extrême droite, il faut bien le dire.

Et la prochaine sommation, qui viendra de la gauche consistera à nous demander de battre collectivement notre coulpe en matière d’antisémitisme et d’admettre que l’antisionisme de nombre d’entre nous n’est qu’un faux nez pour notre profond et ancien antisémitisme que le Dr Valls va entreprendre d’extirper de nos cerveaux.

On aimerait quand même entendre sur ce dossier la voix de Mme Christiane Taubira, la Garde des Sceaux qui est franchement inaudible sur un dossier qui la concerne aussi.


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