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Le Hezbollah et les enjeux libanais et régionaux de la guerre contre la Syrie

23 mars 2013

La crise syrienne a sans doute connu un tournant avec l’élection du premier ministre d’un gouvernement provisoire d’opposition.

Cette élection a été le moment d’un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, ce dernier émirat l’ayant emporté, obtenant l’élection de son candidat, le syro-américain Ghassan Hitto (plus Texan que Frère Musulman selon l’ex ambassadeur US en Syrie, Robert Ford).

Cette victoire du Qatar est aussi celle de la Turquie, proche de cette pétromonarchie et  elle sonne peut-être la fin de tout espoir d’une issue négociée au conflit, et même de tout espoir de sortie du conflit à bref ou moyen terme.

Comme vous l’aurez compris, il ne faut pas se laisser abuser par le mot élection : les [grands] électeurs qui ont choisi le premier ministre n’ont eux-mêmes aucune légitimité élective et le résultat du scrutin est avant tout celui des pressions exercées par des puissances étrangères, la «mieux disante» étant la monarchie du Qatar.

Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie n’a rien à voir avec une lutte pour la démocratie : dans leurs paroles, comme dans leurs actes les mouvements réunis dans le Conseil National Syrien et la Coalition sont en réalité encore moins démocratiques que le régime en place. Ce qui les distingue vraiment du régime est la tonalité sectaire de leur discours et leur agressivité vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques.

Il y a eu certes une vraie exigence de démocratisation du système politique en Syrie, mais les porteurs de cette revendication ont été contraints au quasi mutisme, pas par la répression des autorités mais par la situation de guerre étrangère imposée au pays.

Alors, si l’objet des affrontements n’est pas la démocratie, de quoi s’agit-il ? 

L’objet du conflit est en réalité d’en finir avec non seulement le régime syrien, mais surtout avec une Syrie qui reste le dernier obstacle avec le Hezbollah libanais à une normalisation avec l’entité sioniste.Ne vient-on pas en effet de voir que, après bien des rodomontades, le gouvernement turc est rentré dans le rang suite aux excuses de Benjamin Netanyahou pour les victimes  turques du Mavi Marmara. Mieux, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre Turc a

souligné son attachement à « l’amitié solide et à la coopération vieilles de plusieurs siècles entre les peuples turc et juif ».

N’a-t-on a pas vu qu’un autre «islamiste» fort en paroles, l’Egyptien Mohamed Morsi, membres des Fréres Musulmans de son état, a choisi d’appliquer scrupuleusement ce qui est exigé de lui par Barack Obama et continuer donc à participer au blocus de la bande de Gaza?

Liquider le régime syrien, c’est aussi préparer l’élimination du Hezbollah, une élimination que d’aucuns voudraient précipiter en étendant le conflit syrien au Liban au prétexte de l’implication des miliciens du Hezbollah aux côtés des forces régulières syriennes. 

C’est cet aspect de la crise en Syrie qu’examine Ibrahim al-Amin dans les colonnes d’al Akhbar, un organe de presse libanais.

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Ibrahim al Amin, rédacteur en chef d’Al-Akhbar

Al Akhbar se situe politiquement à gauche et ne peut en aucun cas être considéré comme proche idéologiquement du Hezbollah.

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Ernest Khoury dans son bureau d’Al Akhbar, sous le regard vigilant de Lénine et Karl Marx

 

 Le rôle du Hezbollah en Syrie

Par Ibrahim al-Amin, Al Akhbar (Liban) 22 mars 2013, traduit de l’anglais par Djazaïri

On parle et on spécule beaucoup depuis un certain temps au Liban, en Syrie et dans le monde arabe et en Occident sur le véritable rôle du Hezbollah dans la crise syrienne. La machine de propagande anti-Hezbollah est, comme d’habitude, particulièrement active, offrant au quotidien un flot d’informations et d’articles sur l’implication supposée de ce parti dans le conflit.

Cette machine de propagande – avec ses opérateurs Libanais, Syriens et autres – a annoncé la mort de centaines de miliciens du Hezbollah en Syrie et la capture de dizaines d’entre eux par les rebelles Syriens. Un service de sécurité officiel de Beyrouth joue un rôle central sur ce front en assurant la fuite d’informations factuelles sur lesquelles on brode ensuite. Ces gens croient qu’un tel déluge est un moyen efficace de susciter autant de rancœur que possible contre le Hezbollah dans l’opinion publique.

Le Hezbollah n’a, pour sa part, pas propose plus de précisions que ce qu’a déclaré son secrétaire général Nasrallah sur l’assistance apportée par le parti à ses sympathisants Libanais qui résident dans des villages à l’intérieur de la Syrie, mais a cependant répété que le Hezbollah n’avait pas pour l’instant participé aux combats en Syrie.

Une stratégie délibérée de provocation et d’exagération est employée contre le Hezbollah par des services de renseignements de la région et de l’étranger, y compris ceux d’Israël. Maisl a question centrale était, et demeure, est de comprendre la place du Hezbollah dans une crise syrienne qui entre dans sa troisième année. Ces services savent beaucoup de choses sur ce qui se passe sur le terrain en ce qui concerne les combats entre les forces du régime et celles de l’opposition. Ils connaissent les capacités des deux camps et exercent une surveillance continue de toutes les actions de soutien au régime, y compris par le Hezbollah.

Mais pour les autres, il est sans doute nécessaire de clarifier la perspective à partir de laquelle le Hezbollah fonde son attitude par rapport à la crise syrienne. Ce qui pourrait en aider beaucoup à comprendre les soubassements idéologiques, politiques et opérationnels de sa position.

Le Hezbollah continue à voir les choses à partir de la perspective de son rôle central dans la confrontation avec Israël. Il ne donne sans doute pas souvent de détails sur l‘objectif ultime de cette lutte, mais le parti se comporte comme s’il était partie prenante d’une campagne au long cours pour se débarrasser d’Israël, une bataille qui nécessite beaucoup de préparation. Si l’idée d’être débarrassé d’Israël ne dérangerait pas une majorité des peuples arabes et islamiques, seule une minorité est prête à mener ce combat jusqu’au bout.

Une minorité parmi les réticents pense qu’un tel discours est fou ou illusoire et ne peut en aucun cas influer sur le cours de l’histoire. Cette minorité influente ne voit aucune nécessité pour une lutte de ce genre. Elle perçoit en conséquence le Hezbollah comme une bande de cinglés qui non seulement mettent en danger leur peuple et eux-mêmes mais aussi les intérêts des peuples de la région. Cette minorité se retrouve donc dans une alliance, formalisée ou non, avec les véritables ennemis du Hezbollah, à savoir Israël, les Etats Unis et certaines capitales arabes et occidentales.

L’engagement du Hezbollah dans la résistance contre l’occupation l’oblige à faire beaucoup de choses comme éviter de se faire d’autres ennemis. Sa position sur la Syrie est cohérente avec son attitude à l’égard des mouvements de contestation dans l’ensemble du monde arabe.

Dès le début, personne n’aurait pu imaginer voir le Hezbollah prendre position contre le régime syrien. Si le parti n’ignore pas les causes internes de la crise, il n’admet pas les affrontements en cours. Son regard sur la situation d’ensemble l’empêche d’adopter une position de neutralité, tout comme le fait qu’il a un suivi plus clair et fiable de ce qui se passe en Syrie comparativement à beaucoup des organisations impliquées dans les combats.

Le Hezbollah a averti très tôt sur les liens avec l’étranger et les agendas des organisations à la tête de la contestation. Il avait des preuves claires sur les tendances idéologiques de certaines des plus influentes de ces organisations. Il avait observé comment, dès le début de la contestation, des manifestants à Deraa et à Homs avaient brûlé des portraits de Nasrallah et des drapeaux du Hezbollah, et comment la campagne d’incitation à la haine religieuse contre le parti avait été lancée à fond.

C’était avant que le parti ait dit quoi que ce soit sur les développements en Syrie – en fait, alors même qu’il était en train d’œuvrer avec divers mouvements islamistes arabes, dont le Hamas, à essayer de nouer des contacts dans le but d’éviter d’arriver à la catastrophe actuelle.

Le point de vue du Hezbollah, pour dire les choses simplement, est que la guerre en Syrie a pour but de faire évoluer politiquement et stratégiquement ce pays vers une position d’opposition à l’existence du Hezbollah. Ce qui lui fait voir le régime actuel dirigé par Bachar al-Assad comme une ligne avancée de défense du mouvement de résistance au Liban et en Palestine. Ce qui, à soi seul, place le parti au cœur de la crise.

On s’est pose beaucoup de questions et on a dit beaucoup de choses sur le rôle que joue le Hezbollah en Syrie. Ses détracteurs disent qu’il est fortement engagé dans les opérations militaires en cours. Les données du problème n’ont pas besoin de longues explications :

– le Hezbollah entraîne, arme et apporte un soutien logistique conséquent aux Libanais qui vivent dans les villages frontaliers.

– Le Hezbollah est chargé de la protection du mausolée de Sayida Zeinab dans le secteur sud de Damas depuis le départ de ses gardiens Irakiens. Sur place, les membres du parti sont déployés selon un plan qui limite leur responsabilité aux abords immédiats du sanctuaire.

– le Hezbollah a reçu des délégations de nombreuses organisations druzes, chrétiennes, chiites et ismaéliennes qui avaient le sentiment que leurs communautés minoritaires étaient gravement menacées. Il n’a pas satisfait à leurs demandes d’armement et de formation militaire, mais leur a donné les moyens d’éviter d’être déplacés.

– Le Hezbollah, qui a des liens sécuritaires et militaires avec le régime, aide les forces syriennes en protégeant les institutions scientifiques et les usines de missiles qui ont été construites ces dix dernières années en grande partie avec l’aide de l’Iran.

– Le Hezbollah a un important programme, peut-être le plus important, d’aide aux réfugiés Syriens au Liban et même à l’intérieur de la Syrie. Ce programme n’a pas pour but de remercier les Syriens pour avoir accueilli des réfugiés du Liban en 2006. Ce programme est exécuté dans la discrétion sur la base de la conviction que les réfugiés et les personnes déplacées ont droit à toute l’aide humanitaire possible quelles que soient leurs opinions politiques.

Les attitudes à l’égard du Hezbollah sont liées à toutes sortes de calculs. Certains font cependant tout ce qu’ils peuvent non seulement pour entraîner le parti dans la crise syrienne mais aussi dans un affrontement semblable au Liban. Le parti en est conscient. Il semble être en train de discuter des modalités d’une action visant à apaiser les tensions sectaires, même si ses dirigeants craignent de nouvelles effusions de sang avant l’aboutissement de ces discussions.

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Réalité politique de l’opposition armée au régime syrien

30 janvier 2013

Comme on l’a vu dans mon post précédent, le chef de l’Etat syrien Bachar al-Assad soutient que l’armée gouvernementale a repris l’initiative et qu’elle a porté des coups sévères à l’opposition armée, créant ainsi une nouvelle réalité sur le terrain qui deviendra bientôt claire aux yeux de tous.

On saura donc assez rapidement si le dirigeant Syrien pèche par excès d’optimisme ou si l’opposition armée va prendre ou reprendre l’initiative.

Si cette opposition est peut-être en reflux sur le terrain militaire, elle l’est assurément sur le plan politique et la dernière réunion des «amis» de la Syrie qui s’est tenue en France tend à le confirmer tant elle semble se résumer à un aveu d’impuissance et à une quête d’argent.

Notre amitié pour la Syrie est scellée par le sang.

Trois amis sincères de la Syrie

 M. Laurent Fabius n’a cependant toujours pas renoncé à faire couler le sang en Syrie tant que l’actuel président n’aura pas été éliminé par un moyen quelconque puisqu’il ne «mériterait pas d’être sur la Terre» selon ses propres termes. Un appel au meurtre, ni plus, ni moins. 

Quant au terrain militaire, il est surtout occupé par des milices qui ne sont jamais invités aux réunions des «amis » de la Syrie, au grand dam de Cheikh Mouaz Khatib, le leader de la Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition. 

L’article que je vous propose montre tous simplement que cette  Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition portée à bout de bras par Laurent Fabius et William Hague n’est qu’une coquille vide supposée envelopper cette autre coquille vide qu’est l’Armée Syrienne Libre. 

Ce constat avait déjà été fait par le gouvernement britannique qui se proposait justement, après avoir favorisé l’afflux en Syrie de ceux qui forment maintenant l’armature de la rébellion armée, de remplir cette coquille et de la rendre populaire auprès de la population syrienne.

 

Les efforts des Etats Unis pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué

par David Enders, McClatchy Newspapers (USA) 28 janvier 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth – Soutenu par les Etats Unis, un effort pour mettre en place des conseils militaires dans toute la Syrie pour unifier les centaines de groups qui combattent pour renverser le président Bachar al-Assad et coordonner la fourniture d’aide aux groupes rebelles laïques semble avoir largement échoué.

Les rebelles expliquent que les officiels US ont poussé à la création de ces conseils dans chacune des 14 provinces syriennes en réponse aux demandes des rebelles de fourniture d’armes et d’autres soutiens. En décembre, les représentants de plusieurs organisations rebelles se sont réunis en Turquie et ont élu un Conseil Militaire Suprême de 30 membres qui a ensuite désigné à sa tête le général Syrien déserteur Salim Idriss

Mais des militants Syriens affirment que les conseils sont devenus un sujet de dérision et de moquerie en Syrie dans les semaines qui ont suivi et que d’autres organisations, dont le Front al-Nusra lié à al Qaïda ont assumé le rôle de coordination centrale que les officiels US espéraient voir revenir aux conseils militaires.

“Je n’ai pas beaucoup entendu parler des conseils militaires,” déclare Jeff White, un analyste militaire du Washington Institute for Near East Policy.  «Je n’ai pour l’instant vu aucun signe que le Conseil Militaire Suprême ou les commandements régionaux aient entrepris une action quelconque.»

Des membres des conseils militaires ont accusé les Etats Unis et d’autres pays pour leur absence d’assistance, affirmant que sans aide, les conseils étaient incapables d’acquérir une influence sur les combats à l’intérieur de la Syrie.

“Ils avaient ce plan, mais personne n’a reçu aucun soutien,” affirme Mahmoud, un Syro-américain qui a mis en place un petit camp d’entraînement rebelle en Syrie de nord et dit recevoir de l’aide de donateurs individuels. Il a demandé que sont identité complète ne soit pas divulguée pour des raisons de sécurité.

Ce lundi, des responsables américains à Washington continuaient à exprimer leur appui à l’opposition anti-Assad.

“Je pense que nous avons vu l’opposition en Syrie faire des progrès continus,” a déclaré à la presse Jay Carney, le porte parole de la Maison Blanche. «Je pense que nous avons vu l’emprise d’Assad sur le pouvoir en Syrie continuer à diminuer. Nous continuons à faire des démarches avec nos partenaires pour fournir à la fois de l’aide humanitaire et de l’assistance non létale [terme de la novlangue américaine supposé désigner des armes qui ne tuent pas, NdT] à l’opposition et à travailler avec nos partenaires pour contribuer à parvenir à une Syrie post-Assas qui reflète la volonté du peuple syrien, parce que le bon résultat ici sera que les Syriens décident de leur propre avenir.»

L’échec des conseils militaires à s’organiser rapidement et à gagner en influence a court-circuité ce que les officiels US espéraient être un système qui aurait permis aux Etats Unis et à leurs alliés de diriger l’aide vers les organisations rebelles qui prônent une Syrie post-Assad démocratique, où les droits des minorités ethniques et religieuses seraient respectés, et non vers des groupes comme Nusra qui veulent un régime basé sur la loi islamique.

Mais les organisations islamistes restent en pointe dans les récents combats, alors que les conseils militaires fonctionnent à peine. Ce constat se vérifie dans tout le pays, y compris le sud où plus de 20 000 personnes ont fui les combats vers la Jordanie rien que la semaine dernière.

Le présumé gouvernement syrien en exil, la Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition, a également échoué à s’imposer – un autre important revers pour la politique américaine. La Secrétaire d’Etat US Hillary Clinton était le principal promoteur de la coalition qui s’était constituée après que Mme Clinton avait annoncé publiquement que les Etats Unis ne pouvaient plus soutenir la structure qui l’avait précédée, le Conseil National Syrien.

Mais après que des dizaines de pays eurent reconnu cette nouvelle structure comme étant le successeur du régime Assad, elle a également échoué à avoir de l’influence. Elle n’a pas respecté la date butoir qu’elle s’était elle-même fixée pour désigner un premier ministre par intérim et l’engagement des Etats Unis auprès de cette organisation, qui avait atteint son apogée avant l’élection présidentielle américaine de novembre, a décliné après que le leader de la coalition, Cheikh Mouaz Khatib, a critiqué la désignation par les Etats Unis du Front al Nosra comme organisation terroriste qui se confond avec al Qaïda en Irak.

Les militants Syriens dissent que le plan américain pour réduire le rôle des groupes islamistes dans la lutte anti-Assad a au contraire abouti à un renforcement de la puissance des islamistes.

“Les bataillons islamistes sont les seuls bataillons qui agissent sur le terrain,” déclare Omar Shakir, un militant antigouvernemental d’Homs, la troisième plus grande ville du pays.

Il explique que les efforts des Etats Unis pour aider le conseil militaire à Homs ont cessé quand les commandants de cette ville ont refusé de couper les ponts avec les groupes islamistes, ainsi que les Etats Unis l’avaient exigé.

“Les bataillons islamistes ont leurs propres sources pour les armes et l’argent, ils se battent vraiment bien contre le régime,” déclare Shakir. «Donc, après que les Etats Unis ont interrompu leur aide, le conseil militaire est devenu impuissant et la plupart des combattants rejoignent les bataillons islamistes.»

Ces bataillons, qui comprennent Nosra et une autre brigade islamiste, Ahrar al Sham, ont été à la pointe du combat dans toute la Syrie. Des groupes islamistes plus modérés comme les Brigades Farouq et Liwa Tawhid, qu’on considère toutes eux comme affiliées aux Frères Musulmans syriens, opèrent également dans tout le pays.

On considère que Nosra dispose d’environ 5 000 hommes en armes, et on pense que Sham est encore plus importante, ce qui fait des groupes d’obédiences islamiste les plus importantes organisations combattantes d’une opposition syrienne aux multiples facettes.

Selon les Nations Unies, plus de 60 000 personnes ont péri dans les violences depuis que le soulèvement anti-Assad a commence en mars 2011.

Les Frères Musulmans et « l’unité » de l’opposition syrienne

12 novembre 2012

Il y a quelques jours, la presse pouvait titrer :

Georges Sabra, ancien communiste de confession chrétienne, président du Conseil national syrien (CNS)

ou

Georges Sabra, un chrétien pour unifier les opposants syriens

L’appartenance chrétienne de Georges Sabra est un fait souligné par la plupart des  journaux, exactement comme l’appartenance kurde de son prédécesseur, Abdel Basset Seyda, à la tête de ce même CNS.

Le journal La Croix nous expliquait en effet que :

L’élection d’un chrétien est tout sauf un hasard. C’est un message fort à cette communauté, face au régime syrien qui se pose en défenseur des chrétiens contre l’islamisme. Elle montre également la volonté du CNS de se poser en coalition représentative de l’ensemble des composantes du peuple syrien.

Georges Sabra: « Avant, j’étais communiste. Mais ça, c’était avant! »

Il se trouve que ce n’est pas vraiment le CNS, dirigé de facto par les Frères Musulmans, qui a «unifié,» très partiellement en fait, les composantes de l’opposition syrienne mais le Qatar et que la coalition qui coiffe cette opposition désormais «unie» est en réalité très hétéroclite et est donc dominée  par les Frères Musulmans qui sont la seule force vraiment cohérente.

Et que cette nouvelle organisation, dont le nom à rallonge a dû faire l’objet de moult tractations, est présidée par un ancien imam proche de la confrérie.

On nous dit certes qu’il est modéré.

Cela veut peut-être dire qu’il croit en Dieu avec modération…

Quoi qu’il en soit, déjà Laurent Fabius qui ne se donne même pas la peine de prononcer intégralement le nom de cette structure politique (Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution) annonce que la France apporte son soutien à la «coalition nationale».

Mais en matière de soutien, la France est devancée par d’autres démocraties puisque les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, qui sont les tuteurs de cette coalition de l’opposition syrienne, viennent d’annoncer qu’ils la reconnaissaient comme représentante légitime du peuple syrien.

Dans le Los Angeles Times du 11 novembre (signalé par Angry Arab), Patrick J. McDonnell et Rima Marrouch rappellent qu’un des objectifs premiers de cette nouvelle coalition est d’imposer un commandement central aux dizaines de milices qui combattent le régime de Bachar al-Assad. Une tâche qui ne s’annonce pas aisée car de nombreuses unités refusent toute autorité autre que celle de leur commandement local.

L’autre problème étant que si la Coalition est populaire dans les palais des émirs ou dans celui de l’Elysée :

En Syrie, le soutien à Assad reste considérable malgré près de 20 mois d’une rébellion qui a fait des milliers de morts et privé le gouvernement du contrôle de larges pans du territoire. De nombreux Syriens craignent que la chute d’Assad puisse déclencher le chaos et l’effusion de sang sectaire qui secouent l’Irak voisin depuis que l’invasion emmenée par les Etats Unis en 2003 a éliminé Saddam Hussein, l’homme fort de l’Irak.

Bien sûr, ce n’est pas parole d’Evangile. Mais comment ne pas être ne serait-ce qu’intrigué de voir un journal occidental se permettre aujourd’hui d’écrire qu’Assad a encore un soutien populaire considérable dans son pays?

Une forme de résistance aux lieux communs, peut-être.

Vers des négociations en Syrie?

6 novembre 2012

On a déjà croisé Joshua Landis sur ce blog. Landis est un universitaire Américain spécialiste de la Syrie : il intervient régulièrement dans les médias (BBC, al Jazeera, Time Magazine etc.) et il anime le blog Syria Comment.

Son attitude vis-à-vis des évènements en cours dans ce pays a connu une évolution tous à fait saisissante. Son approche au départ était empreinte de neutralité, même s’il considérait que le régime en place ne pourrait pas tenir face aux troubles qui commençaient à s’emparer du pays. Il n’hésitait pas cependant à signaler deux aspects largement ignorés par les médias occidentaux : le premier était l’intervention dès le début d’éléments armés dont l’action ne relevait pas de l’amateurisme ou de l’improvisation, et le deuxième était la manipulation de l’information, notamment par le truchement de vidéos.

Landis n’a jamais pensé que la Syrie pouvait passer rapidement à la démocratie et certainement pas par le biais d’un mouvement violent. C’est pourquoi, tout en essayant de rester neutre, il s’était montré (prudemment) favorable aux réformes proposées par le régime syrien. Joshua Landis a progressivement abandonné sa position neutre (souvent interprétée  comme favorable au régime) pour appeler ouvertement à l’armement des milices rebelles et à leur dotation notamment en missiles sol-air.

Difficile de comprendre les raisons de cette évolution. Peut-être tiennent-elles à l’influence de sa belle famille syrienne (Landis est mariée avec une Syrienne, fille d’un officier supérieur en retraite), ou à la conviction qu’il faut en finir le plus vite possible parce que la chute du régime est inévitable ou encore pour prétendre jouer un rôle dans l’ingénierie politique et sociale que les Etats Unis mettraient en application en cas de renversement du régime.

Joshua Landis (assis) en famille à la résidence d’Imad Mustafa, ambassadeur de Syrie à Washington

Ce ne sont bien sûr que des conjectures.

Dans un article tout récent, Landis s’intéresse à la dernière tentative de Washington pour organiser l’opposition syrienne et obtenir la constitution d’un gouvernement en exil. Hillary Clinton s’est en effet aperçue qu’en matière de putsch et autres coups d’Etat, on était jamais mieux servi que par soi-même et qu’il était temps de mettre un terme à la fiction d’une opposition syrienne qui aurait une volonté de conduire son pays vers la démocratie.

Nous savons pourtant, et Landis le dit ici subrepticement, que la première mouture de l’opposition syrienne était déjà made in Washington. Le problème étant que cette opposition dûment salariée par les Occidentaux n’ayant aucune prise sur la réalité du terrain, il a bien fallu qu’elle accepte d’autres opposants dans ses rangs. D’où une cacophonie et des rivalités qui font la part belle à ce qu’on appelle salafistes et djihadistes qui dominent politiquement et sur le terrain de la lutte armée.

Les motifs des réserves de Washington ne sont pas forcément ceux qu’avance Joshua Landis qui s’imagine que Hillary Clinton a quelque chose à faire des droits de l’homme, comme si elle s’en souciait  en Libye, en Afghanistan ou au Pakistan pour ne citer que quelques pays où l’armée des Etats Unis intervient.

Landis pense que la démarche de Mme Clinton est vouée à l’échec. Il est vrai qu’on peut se demander pourquoi elle a lancé cette initiative à quelques jours de l’élection présidentielle américaine en n’ayant aucune garantie que ce travail sera poursuivi en cas de changement d’administration.

Parce que seule la proximité de l’élection semble donner un caractère d’urgence à un processus qui prend nécessairement un peu de temps. D’autant que l’affaiblissement progressif de la Syrie n’est pas pour déranger les Etats Unis.  Et le processus dont on parle  fait peut-être partie d’une démarche qui admettrait que la sortie de crise doit être négociée et qu’à cette fin il conviendrait d’avoir un partenaire crédible et présentable à mettre en face du gouvernement syrien. Sami Moubayed, dans Asia Times, avance que la prochaine administration américaine, quelle qu’elle soit, poursuivra la même politique en Syrie qui se fonde sur une approche proposée par Riad Seif, un ancien député au parlement syrien.

Ou, tout simplement, que c’est la dernière tentative des Etats Unis avant jet de l’éponge comme ils avaient dû le faire à deux reprises en Syrie dans les années 1950.

 

 Les efforts de Clinton pour constituer un gouvernement syrien en exil semblent voués à l’échec

par Joshua Landis, Syria Comment (USA) 3 novembre 2012

L’opposition syrienne a déjà commencé à renvoyer des piques et ses factions jalouses semblent décidées à couler la dernière initiative de Washington. Hillary Clinton fait une ultime tentative pour réunir des personnes issues des couches sociales supérieures dans un leadership «laïcard» [secularish] pour la rébellion syrienne. Un chant du cygne ?

Le plan A de Washington qui était la création du Conseil National Syrien (CNS) a mordu la poussière. Tout le monde s’accorde à dire que Mme Clinton ne peut même plus supporter d’entendre prononcer le nom du CNS.

Le plan B était la mise en place à Istanbul d’un bureau de liaison US pour rencontrer et établir le profil des chefs des milices syriennes et des directeurs des comités locaux de coordination. Les chefs de milices ont provoqué l’inquiétude de Washington et de la CIA. Ce qui en est ressorti, c’est qu’ils étaient «infiltrés» par des hommes du type salafiste et al Qaïda.

Le plan C est actuellement en cours. Il s’agit de retourner vers le Syriens éduqués dans l’espoir d’en tirer rapidement quelque chose qui fonctionne. Clinton est en train de reconstituer une sorte de leadership pro-américain à partir d’éléments du vieux CNS en ajoutant force membres des Comités de Coordination, certains transfuges du gouvernement et d’autres qui viendront les rejoindre. On a comme l’impression que le CNS boycotte cette démarche. Michel Kilo a dit qu’il ne s’y associerait pas. D’autres ont choisi une attitude attentiste.

L’objet de cet exercice semble d’obtenir qu’une sorte d’élite éduqué pro-américaine adhère à un effort militaire qui semble trop islamiste au goût de Washington et pas trop respectueux des droits de l’homme.

Mais cette correction de trajectoire de dernière minute peut-elle marcher ?

Cette démarche est presque identique à celle de la Grande Bretagne et des Etats Unis dans les années 1950 pour empêcher la Syrie de tomber entre les mains de l’URSS, de Nasser et de la gauche baathiste.

Eisenhower et Anthony Eden avaient fait tout ce qu’ils pouvaient en 1956 pour pousser les élites citadines syriennes à coopérer dans un coup d’Etat pro-occidental, mais en vain. Les deux plus grands partis représentés au parlement – le Parti Populaire d’Alep et le Parti National de Damas avaient refusé de coopérer ensemble afin d’éviter une révolution. Les politiciens Syriens pro-occidentaux d’étaient insultés et s’étaient combattus avec une telle virulence que les diplomates Occidentaux s’arrachaient les cheveux de désespoir alors qu’ils essayaient d’empêcher la Syrie d’aller bers les «cocos.»

Quand le coup de force  échoua, beaucoup de grands notables Syriens pro occidentaux furent accusés de trahison et fuirent le pays. En 1957, les Etats Unis tentèrent de réaliser un autre putsch. «Le « coup américain », ainsi qu’il avait été désigné, n’avait pas eu plus de succès. Certains des agents de la CIA qui étaient chargés de gérer les Syriens sont encore vivants. D’autres politiciens Syriens favorables à l’occident avaient été obligé de fuir le pays. Déstabilisée par la tentative ratée de coup d’Etat par Washington, la Syrie annonça la création de la république Arabe Unie à peine quelques mois après. Nasser en devint le président et entreprit une vaste réforme agraire afin de détruire la base économique des notables des villes qui avaient fait alliance avec l’Occident.

Aujourd’hui, Washington tente à nouveau de rallier les élites pro-occidentales de Syrie pour qu’elles travaillent avec l’Amérique. En 1957, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Irak avaient coopéré aux efforts américains pour un changement de régime. Aujourd’hui, le Qatar remplace l’Irak mais l’axe qui soutient les Etats Unis dans leur « lutte pour la Syrie » a à peine changé. Autres aspects qui n’ont pas changé, les luttes intestines parmi les élites syriennes et le ressentiment et la méfiance que les Syriens partagent à l’égard des Etats Unis. Difficile d’être optimiste.

Un mauvais présage? Le torchon brûle déjà entre Lakhdar Brahimi et le Conseil National Syrien

19 août 2012

Si on en croit une dépêche de Reuters reprise par 20 Minutes (et plusieurs autres médias), le diplomate Algérien Lakhdar Brahimi qui vient d’être désigné par l’ONU pour succéder à Kofi Annan comme médiateur dans la crise syrienne risque d’avoir une tâche aussi ardue que son prédécesseur.

Lakhdar Brahimi

En effet, M. Brahimi n’a pas même engagé de consultations que déjà le Conseil National Syrien exige des excuses :

Le CNS exige des excuses du nouveau médiateur pour la Syrie

Mis à jour le 19.08.12 à 18h39

Le Conseil national syrien, principal groupe d’opposition, a exigé dimanche du nouveau médiateur international, Lakhdar Brahimi, qu’il s’excuse pour avoir affirmé aux médias qu’il était pour lui prématuré de dire si le président Bachar al Assad devait se retirer.

Brahimi avait refusé de prendre position

Le diplomate algérien a confirmé vendredi qu’il accepterait de remplacer à ce poste le Ghanéen Kofi Annan, démissionnaire à la fin du mois.

Dans une interview samedi à Reuters, Lakhdar Brahimi avait cependant refusé de prendre position sur la nécessité d’un départ de Bachar al Assad, contrairement à Kofi Annan qui avait déclaré dès son arrivée au poste de médiateur que le président syrien devait «quitter le pouvoir».

«Il est bien trop tôt pour que je puisse prendre position sur ce sujet. Je n’en sais pas assez sur ce qu’il se passe», avait-il dit.

Dimanche, le nouveau médiateur a paru faire machine arrière, expliquant sur la chaîne de télévision qatarie Al Djazira qu’il avait déclaré qu’il était trop tôt pour lui de dire quoi que ce soit sur «le contenu» de sa mission.

Une attitude jugée méprisante

«J’ai été nommé il y a seulement deux jours et je ne suis pas encore allé aux Nations unies ou au Caire. Il est prématuré de dire quoi que ce soit sur le contenu du dossier», a-t-il explicité en se référant aux sièges de l’Onu et de la Ligue arabe.

Pour le CNS, créé en Turquie en 2011, Lakhdar Brahimi a fait preuve de «mépris envers le sang versé par le peuple syrien et son droit à l’autodétermination». «Quiconque donne à ce régime criminel l’occasion de tuer des dizaines de milliers de Syriens supplémentaires et de détruire ce qu’il reste de la Syrie ne veut pas reconnaître l’ampleur de la tragédie», a ajouté le CNS dans un communiqué.

«Donner à Bachar al Assad le temps dont il a besoin pour détruire les fondements de la société syrienne est contraire à l’humanité et à la paix (…) Nous exigeons que l’émissaire, qui n’a pas consulté de Syriens à propos de sa mission, présente des excuses à notre peuple», lit-on dans son communiqué.

Avec Reuters

Maintenant, faisons un petit point en matière de propagande.

Par exemple, quand 20 Minutes (ou Reuters ?) écrit que :

Dimanche, le nouveau médiateur a paru faire machine arrière

Lisez attentivement le paragraphe dont fait partie ce segment de phrase et ce qui l’a précédé et dites moi où vous voyez que Lakhdar Brahimi a «paru faire machine arrière.»

Il n’a en fait pris aucune position sur la question de l’avenir à court, moyen ou long terme de Bachar al-Assad, attendant d’en savoir plus sur la situation et le résultat de ses consultations.

Or, pour le CNS, le départ du président Syrien est une condition préalable non négociable.

Ce qui signifie en langage clair un refus de toute médiation/négociation et que toute personne qui ne se rangera pas explicitement à ce point de vue sera sommée de présenter des excuses.

D’ailleurs, le CNS exige

que l’émissaire, qui n’a pas consulté de Syriens à propos de sa mission, présente des excuses à notre peuple

Le CNS devrait pourtant savoir que le cadre de la mission de M. Brahimi lui est fixé par l’ONU et la Ligue Arabe et non par telle ou telle partie syrienne, y compris celle qui prétend parler au nom du peuple syrien alors qu’elle est constituée pour l’essentiel de gens qui émargent auprès des pétromonarchies ou de la CIA.

Et c’est précisément ce même CNS qui a fait des pieds et des mains pour que des organisations internationales, OTAN y compris, s’emparent du dossier syrien.

Mais Lakhdar Brahimi est un de ces diplomates Algériens de la vieille école, et les gens appointés par la CIA devraient s’en souvenir.

Sur le même sujet, Une dépêche AFP reproduite comme il se doit tronquée dans le journal libanais L’orient le Jour, mais semble-t-il in extenso sur Afreeknews nous apprend que suite aux propos tenus par le CNS à son égard, Lakhdar Brahimi a déclaré sur al Jazeera que c’était plutôt au CNS de lui adresser des excuses :

M. Brahimi a estimé dimanche que c’était plutôt au CNS de lui adresser des excuses « car ils pouvaient m’appeler et me poser la question », assurant qu’un membre du CNS l’avait contacté samedi sans faire état de reproches de la part de l’organisation.
Le diplomate algérien a invité l’organisation à discuter avec lui, tout en insistant: « Cette affaire est très importante, trop importante pour que j’en parle sur Al-Jazeera ou sur d’autres médias ».

Des propos qui ne sont répercutés nulle part ailleurs en langue française, et pour cause

Une dépêche de l’AFP publiée dans The Hindustan Times cite directement la phrase du diplomate qui a dû se demander avec quelle bande d’abrutis il allait devoir discuter :

«Je (lui) demande de me faire des excuses, » a déclaré l’émissaire international, en faisant allusion au porte parole du CNS George Sabra qui avait réitéré auparavant sur al Jazeera la demande d’excuses.

Comme vous l’aurez sans doute compris, le CNS a reçu les ordres de ses maîtres, David Cameron, Laurent Fabius et Hillary Clinton.

Et les ordres sont de faire échouer la mission du nouvel émissaire désigné par la Ligue Arabe et l’ONU.

La responsabilité de l’occident en Syrie avec la France qui passe à l’offensive

9 août 2012

Quand on évoque les victimes, notamment civiles, d’un conflit comme celui qui est en cours en Syrie, certains disent qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Passons sur le fait que ces gens là pleurent quand même les victimes quand elles sont causées par le camp auquel ils sont hostiles, et indifférents aux victimes du camp qui a leurs faveurs.

On peut donner l’exemple de Bassam Mohieddine ce cinéaste Syrien âgé de 57 ans qui vient d’être assassiné près de chez lui à Damas..

Figurez-vous que dans l’annonce de sa mort, Le Nouvel Observateur a déjà pris acte du fait que la Syrie n’existait plus :

Un cinéaste alaouite assassiné près de Damas

Eh oui, c’était un cinéaste alaouite, pas Syrien. Demain, le nouvel Observateur nous parlera de tel cinéaste en nous disant qu’il est catholique, de tel autre qu’il est musulman , bouddhiste ou encore juif.

Il y a quelque chose de décidément pourri dans la presse française.

Notre ministre de la culture (kicédéja) n’a pas eu un mot sur l’assassinat de ce confrère (elle prétend être cinéaste) .

Pour en revenir aux omelettes, il y a omelette et omelette et celle que concoctent les prétendus rebelles en Syrie est déjà avariée tant elle regorge d’ingrédients apportés par les monarchies du Golfe et les puissances occidentales emmenées par les Etats Unis.

Je vous propose un article de Seumas Milne qui explique bien tout ça et notamment les manœuvres occidentales pour faire en sorte que les Syriens s’entretuent.

Tous ces gens là,ces monarques et même le premier ministre Turc, dépourvus finalement de vision historique, ne semblent pas comprendre que la destruction de la Syrie ne pourra pas être sans graves conséquences pour leurs pays respectifs.

Les Etats Unis s’en contrefichent, tant que l’exploitation et la commercialisation du pétrole et du gaz restent assurées. Ils sauront très bien gérer des micro-Etats qui passeront leur temps à s’entre déchirer entre deux trêves obtenues par la médiation de l’Oncle Sam.

Pour comprendre ce qui se passe en Syrie je ne peux que recommander la lecture d’un papier de Seymour Hersh paru dans le New Yorker en 2007 et disponible en français ici.  Il y a là de quoi rendre la vue à bien des aveugles.

Sur le terrain, la situation semble évoluer en faveur des troupes gouvernementale sans qu’on puisse dire qu’il s’agit là d’un pas décisif vers un retour au calme en Syrie. Car comme le dit Seumas Milne, la paix dépend pour beaucoup de l’attitude des gouvernements occidentaux et des monarchies arabes.

Il n’est pas du tout acquis que ces derniers vont jeter l’éponge, au contraire. J’espère me tromper, mais je pense qu’il faut s’attendre à plus d’ingérence de la part de l’Occident. Avec des prétextes humanitaires, comme d’habitude.

Tenez, la France va dépêcher des équipes médicales en Jordanie auprès des réfugiés Syriens. Louable attention, il est vrai.

Mais pourquoi envoyer des médecins militaires et ne pas s’appuyer d’abord sur des organisations bien connues, comme la Croix Rouge, Médecins du Monde ou Médecins Sans frontières ?

Mon petit doigt me dit que c’est le subterfuge choisi par Laurent Fabius et le gouvernement français pour se livrer à des activités d’espionnage et d’encadrement des combattants antigouvernementaux sur le  flanc sud de la Syrie. 

Finalement, ce n’est peut-être pas anodin si Le Point titre ainsi son papier sur cette mission médicale :

Syrie : la France passe à l’offensive

 

L’intervention est désormais le moteur de la descente aux enfers de la Syrie

Le soutien des régimes occidentaux et du Golfe aux combattants rebelles n’apporte pas la libération aux Syriens mais une escalade des conflits sectaires et de la guerre.

par Seumas Milne, The Guardian (UK) 7 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La destruction de la Syrie bat maintenant son plein. Ce qui avait commencé comme un soulèvement populaire il y a 17 mois est maintenant une guerre civile totale alimentée par des puissances régionales et mondiales et qui menace d’engloutir l’ensemble du Moyen Orient. Alors que la bataille pour l’antique cité d’Alep continue à détruire et que les atrocités se multiplient des deux côtés, le danger que le conflit déborde par delà les frontières de la Syrie s’accroît.

La défection du premier ministre Syrien est le coup le plus spectaculaire marqué pour l’instant dpar un programme bien financé même s’il est peu probable qu’il signale un effondrement imminent du régime. Mais la capture de 48 pèlerins Iraniens – ou Gardiens de la révolution sous cette couverture selon qui vous croyez – ainsi que le risque de plus en plus élevé d’une attaque turque dans les régions kurdes de Syrie et un afflux de combattants djihadistes donnent une idée de ce qui est en jeu aujourd’hui.

L’interventionnisme régional et occidental est à la base de l’escalade du conflit. Ce n’est pas l’Irak, bien sûr, avec des centaines de milliers de soldats au sol, ou la Libye avec des bombardements aériens dévastateurs. Mais la forte augmentation des livraisons d’armes, des financements et du soutien technique fournis pas les Etats Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et d’autres ces derniers mois a donné un coup de fouet considérable aux moyens d’action des rebelles, ainsi qu’au bilan des victimes.

Barack Obama a jusqu’ici résisté aux demandes des faucons néo-conservateurs  et libéraux pour une intervention militaire directe. Au lieu de cela, il a autorisé des formes plus traditionnelles de soutien militaire clandestin, dans le style du Nicaragua, apporté par la CIA aux rebelles syriens.

Les Etats-Unis, qui avaient soutenu le premier coup d’Etat en Syrie en 1949 , financent depuis longtemps des organisations d’opposition. Mais il y a quelques mois,  Obama a donné un ordre secret autorisant (ainsi qu’un soutien ouvert, financier et diplomatique) un soutien clandestin à l’opposition armée. Ce qui comprend les paramilitaires de la CIA sur le terrain, le «commandement et le contrôle»ainsi que l’assistance en matière de  télécommunications, et l’acheminement des livraisons d’armes du Golfe via la Turquie pour des groupes de combattants syriens partenaires. Après le blocage le mois dernier par la Russie et la Chine de sa dernière tentative pour obtenir l’appui des Nations Unies pour un changement de régime par la force, l’administration américaine a fait savoir qu’elle allait maintenant intensifier le soutien aux rebelles et coordonner avec Israël et la Turquie des plans de «transition» pour la Syrie.

« Vous remarquerez que ces deux derniers mois, l’opposition a été renforcée, » a déclaré un haut fonctionnaire américain au New York Times vendredi dernier. « Maintenant nous sommes prêts à accélérer. » Ne voulant pas être en reste, William Hague, se vantait que la Grande-Bretagne était aussi en train d’accroître sont soutien « non-létal » spour les rebelles. Les Etats autocratiques d’Arabie Saoudite et du Qatar apportent l’argent et des armes , comme l’a reconnu cette semaine le Conseil National Syrien (CNS) soutenu par l’Occident, tandis que la Turquie, membre de l’OTAN, a mis en place la logistique et la formation de base pour l’Armée Syrienne Libre (ASL) dans ou près de la base aérienne américaine d’Incirlik.

Pour les Syriens qui veulent la dignité et la démocratie dans un pays libre, la dépendance rapide et multiforme de leur soulèvement vis-à-vis de l’aide étrangère est un désastre – plus encore que ce ne fut le cas en Libye. Après tout ce sont désormais des officiels du régime dictatorial et sectaire d’Arabie Saoudite qui choisit quels groupes armés obtiendront de l’argent, et non pas des Syriens. Et ce sont des agents secrets des États-Unis, le pays qui parraine l’occupation israélienne du territoire syrien et des dictatures dans la région, qui décident quelles unités rebelles auront des armes.

Les militants de l’opposition insistent pour affirmer qu’ils vont préserver leur autonomie, fondée sur un soutien populaire profondément enraciné. Mais il est clair que la dynamique du soutien externe risque de transformer les organisations qui en dépendent en instruments de leurs commanditaires, plutôt que les personnes qu’ils cherchent à représenter. Les financements du Golfe ont déjà aiguisé le sectarisme religieux dans le camp des rebelles, tandis que les informations de cette semaine sur la désaffection de l’opinion vis-à-vis des combattants rebelles à Alep illustrent les dangers de groupes armés étrangers qui s’appuient sur des gens d’ailleurs plutôt qie sur leurs propres communautés.

Le régime syrien est bien entendu soutenu par l’Iran et la Russie, comme il l’est depuis des dizaines d’années. Mais une meilleure analogie pour comprendre l’implication des pays occidentaux et du Golfe dans l’insurrection syrienne serait si l’Iran et la Russie  sponsorisaient une révolte armée, disons, en Arabie Saoudite. Pour les médias occidentaux, qui ont largement traité du soulèvement syrien comme d’une lutte unidimensionnelle pour la liberté, les preuves aujourd’hui inévitables de tortures et d’exécutions de prisonniers ar les rebelles – ainsi que de kidnappings par des organisations du genre al Qaïda, qui une fois de plus se retrouvent dans une alliance avec les Etats Unis – semblent avoir été comme un choc.

En réalité, la crise syrienne a toujours eu plusieurs dimensions correspondant aux lignes de faille les plus sensibles de la région. C’était au début un authentique soulèvement contre un régime autoritaire. Mais il a écolué de plus en plus vers un conflit sectaire dans lequel le régime Assad dominé par les Alaouites a pu se présenter lui-même comme le protecteur des minorités – alaouite, chrétienne et kurde – contre une marée d’opposition dominée par les sunnites.

L’intervention de l’Arabie saoudite et d’autres autocraties du Golfe, qui ont essayé de se protéger d’un bouleversement arabe plus large en jouant la carte anti-chiite, a pour objectif transparent une société sectaire, pas une société démocratique. Mais c’est la troisième dimension – alliance de la Syrie avec Téhéran et le mouvement résistance chiite libanais, le Hezbollah – qui a transformé la lutte en Syrie en guerre par procuration contre l’Iran et en un conflit global.

Beaucoup d’opposants Syriens opposeront qu’ils n’avaient d’autre choix que d’accepter le soutien de l’étranger s’ils devaient se défendre eux-mêmes contre la brutalité du régime. Mais comme le soutient le leader de l’opposition indépendante Haytham Manna, la militarisation du soulèvement a réduit sa base populaire et démocratique – tout en aggravant considérablement le bilan des victimes.

Il y a toutes les chances que la guerre puisse se répandre hors de Syrie. La Turquie, qui a une importante population alaouite chez elle ainsi qu’une minorité kurde réprimée depuis longtemps, a revendiqué le droit d’intervenir contre les rebelles Kurdes en Syrie après le retrait par Damas de ses troupes dans les villes kurdes. Des affrontements provoqués par la guerr en Syrie se sont intensifiés au Liban. Si la Syrie devait de fragmenter, tout le système post-ottoman des frontières et des Etats du Moyen Orient pourrait être remis en question avec elle.

Cela pourrait se produire aujourd’hui indépendamment de la durée de survie d’ Assad et de son régime. Mais l’intervention en Syrie revient à prolonger le conflit, plutôt que de donner un coup fatal au pouvoir. Seule la pression pour un règlement négocié, que l’Occident et ses amis ont si vigoureusement bloqué, peut maintenant donner aux  Syriens la possibilité de déterminer leur propre destin – et de stopper la descente du pays aux enfers.

A propos d’une milice des Frères Musulmans, qui paye quoi en Syrie?

4 août 2012

Le paysage politico-militaire n’en finit pas d’évoluer en Syrie dans le sens d’une plus grande fragmentation et d’une plus grande place pour les salafistes de tout poil.

Voilà maintenant que les Frères Musulmans ont décidé de jouer leur propre carte en dehors du Conseil National Syrien.

Personnellement j’ai du mal à m’y retrouver entre ceux qui sont soutenus par le Qatar, ceux qui émargent auprès de l’Arabie Saoudite et ceux qui bossent plus directement pour les Etats Unis.

Pour ce que je peux en comprendre, l’Armée Syrienne Libre se serait éloignée du Conseil national Syrien pour s’adosser à une autre instance politique, le Syrian Support Group (SSG).

J’ai parlé récemment de ce SSG qui n’est rien d’autre qu’une officine mise en place par le gouvernement des Etats Unis pour faire transiter armes et argent destinés à l’Armée Syrienne Libre.

L’article observe que l’ASL bénéficie également du soutien de la monarchie (démocratique) saoudienne.

Quant au Conseil national Syrien, il serait à la solde du Qatar.

Et les Frères Musulmans alors ?

Mystère et boule de gomme. Seraient-ils donc la seule faction indépendante ?

Ce serait étonnant et on y verra certainement plus clair d’ici quelques temps.

A part ça, j’ai envie de demander à M. Amr al-Azm, cité à la fin de l’article, si les Syriens de confession chrétienne peuvent être sujets au procédé qu’il cite pour obtenir des armes de l’Arabie saoudite ou du Qatar ?

Les Frères Musulmans créent une milice à l’intérieur de la Syrie

Les Frères Musulmans ont créé leur propre milice en Syrie où existe une ligne de fracture chez les rebelles entre les islamistes radicaux et leurs rivaux, ont déclaré au Daily Telegraph des chefs militaires et des trafiquants d’armes.

par Ruth Sherlock, Richard Spencer, The Daily Telegraph (UK) 3 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Se présentant comme les « Hommes en Armes des Frères Musulmans,» la milice a une présence à Damas ainsi que dans d’autres points chauds de l’opposition comme Idlib et Homs. Un de ses organisateurs, qui se fait appeler Abou Hamza, explique qu’il avait lancé ce mouvement en association avec un membre du Conseil National Syrien (CNS), l’alliance de l’opposition.

«Nous avions constaté qu’il y avait des civils en armes à l’intérieur [des villes], alors nous avons décidé de coopérer avec eux et de les mettre dans une structure unique,» dit-il.

Hossam Abou Habel, dont feu le père était membre des Frères Musulmans de Syrie dans les années 1950, explique avoir collecté entre 40 et 50 000 dollars en un mois pour approvisionner les milices islamistes de la province de Homs en armes et autres formes d’aide.

Les milices qu’il a financées n’étaient pas affiliées à l’Armée Syrienne Libre (ASL), le principal mouvement rebelle, ajoute M. Abou Habel.

«Notre mission est de construire un pays civil [sic] mais avec une base islamique,» dit-il. «Nous essayons de sensibiliser les gens à l’islam et au djihad.»

La branche syrienne des Frères Musulmans a été revivifiée par le succès de l’organisation en Egypte où elle a remporté les élections parlementaires et présidentielles.

Dans les premiers jours du soulèvement contre le président Bachar al-Assad, les rebelles laïques comme islamistes étaient tous disposés à combattre sous la bannière de l’ASL et à reconnaître le CNS comme direction politique.

Mais l’ASL, dominée par des déserteurs de l’armée du régime s’est brouillée avec le CNS dont les dirigeants sont des exilés. L’ASL a désormais sa propre vitrine politique, le Syrian Support Group (SSG). Cette scission a divisé les principaux soutiens étrangers de la révolution, avec l’Arabie Saoudite qui soutient l’ASL et le Qatar qui se rapproche du CNS et des milices islamistes.

Ces divisions affectent les opérations sur le terrain : les milices concurrentes coopèrent quand c’est nécessaire mais sinon se désavouent mutuellement. «Je le prendrais comme un insulte si on me présentait comme membre de l’ASL, » déclare Abou Bakri qui commande en première ligne une milice islamiste à Alep baptisée le bataillon Abou Emara.

Un activiste nous explique comment son travail avec des politiciens sunnites au Liban pour acheter des armes pour l’ASL avec de l’argent saoudien.

Un membre du centre de commandement de l’ASL, établi dans la Turquie voisine, a déclaré au Daily Telegraph qu’ils ont reçu cette semaine d’importants lots de munitions, de mitrailleuses et de missiles anti-tanks. A un moment donné, quand l’Arabie Saoudite et le Qatar joignaient leurs efforts pour financer l’ASL, le centre de commandement recevait jusqu’à 3 millions de dollars en liquide chaque mois. Mais ce membre de l’ASL dit que la situation a changé.

 «Maintenant, nous ne travaillons plus avec les Qataris parce qu’ils ont fait beaucoup d’erreurs en soutenant d’autres organisations.»

Mais la fragmentation de l’opposition armée laisse supposer que la Syrie post-Assad deviendrait un champ de bataille. «Ceci ajoute à la fragmentation et affaiblit la crédibilité de l’opposition,» affirme Louay Sakka, directeur exécutif du SSG. «Les soutiens devraient passer par le canal adéquat qu’est le conseil militaire de l’Armée Syrienne Libre plutôt que de créer leurs propres milices.»

Amr al-Azm, un universitaire Syro-américain qui a participé brièvement au CNS considère que la Syrie court le même risque de désintégration que celle qui a été mise en marche par la chute de Saddam Hussein dans l’Irak voisin. La décision occidentale de limiter son implication dans le conflit syrien – et de s’abstenir de fournir des armes létales – a laissé un vide que les islamistes ont comblé.

«En jouant sur vos propres peurs, vous avez fait qu’elles deviennent réalité,» explique M. Azm. «En n’intervenant pas, vous obligez les gens à aller vers ceux qui ont des ressources. Personne ne veut aller vers al Qaïda, mais si vous en êtes réduit à vos dernières cartouches et que quelqu’un vous demande de dire «Allahou Akbar’ (Dieu est le plus grand) cinq fous, vous le faites.»

Syrie: quand on s’occupe du « jour d’après, » on s’occupe pas du « jour d’avant »

21 juillet 2012

Je vous propose un article qui a été signalé par plusieurs sources, dont Angry Arab et un commentateur sur le site InfoSyrie (favorable au gouvernement syrien).

Il vient en fait utilement illustrer (s’il en était besoin) l’article très documenté de Charlie Skelton sur la gestion d’une partie de l’opposition syrienne par les Etats Unis et leurs habituels associés, la Grande Bretagne et la France.

L’organisme dont il est question ici, l’U.S. Institute for Peace (USIP), s’intéresse à l’organisation institutionnelle de la Syrie le ‘jour d’après’.

Et non, le ‘jour d’après’ n’est pas celui qui suit une catastrophe, nucléaire ou climatique comme on  pu en voir sur les écrans.

Parce que le ‘jour d’après’ c’est le lendemain de la chute du régime baathiste, ce qui, du point de vue américain, serait tout sauf une catastrophe.

A lie cet article de Foreign Policy, on a presque le sentiment d’être devant des gens qui font un travail innocent et cherchent à rendre un service désintéressé. Voyez-vous, ils rendent même compte de leurs travaux à l’ONU et à la Ligue Arabe.

Le gouvernement syrien n’y est cependant pas convié. Et pour cause. Depuis quand un Etat souverain, démocratique ou non, confie-t-il sa destinée à une officine qui dépend directement d’ ‘un gouvernement étranger.

Et on croit comprendre que certains acteurs politiques ne participent pas non plus aux discussions. C’est semble-t-il le cas des Frères Musulmans et d’autres organisations qui ne sont pas « mainstream » sans qu’on sache exactement ce qui est entendu par là.

Peut-être l’opposition patriotique qui a toujours refusé de pactiser avec la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis ? En tout cas l’article laisse clairement apparaître qu’une partie de l’opposition est hostile aux manigances de l’USIP.

Le responsable de cette officine, Steven Heydemann insiste sur le fait qu’elle ne travaille pas sur les modalités d’éviction du pouvoir en place. Du moins pas directement.

De toute façon, nous précise-t-il, si son organisation travaille sur le ‘jour d’après’, d’autres travaillent sur le ‘jour d’avant.’

 C’est ce qu’on appelle la division du travail, le taylorisme appliqué à la chirurgie sociopolitique.

Au cœur de l’effort discret pour organiser une Syrie post-Assad

par Josh Rogin, The Cable – Foreign Policy (USA) 20 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ces six derniers mois, quarante hauts responsables des diverses organisations de l’opposition syrienne se sont réunis discrètement sous la tutelle de l’U.S. Institute for Peace (USIP) pour étudier les modalités de mise en place d’un gouvernement post-Assad.

Ce projet, qui l’implique pas directement des officiels du gouvernement des Etats Unis mais a été partiellement financé par le Département d’Etat, a vu sa pertinence s’accroître ce mois-ci avec le déchaînement d’une violence incontrôlée en Syrie et l’éloignement de la perspective d’une transition politique pacifique. Le responsable du projet, Steven Heydemann de l’USIP, un universitaire spécialiste de la Syrie, a présenté le plan à des officiels de l’administration Obama ainsi qu’à des officiels d’autres pays, y compris en marge de la réunion des Amis Syrie à Istanbul le mois dernier.

Le projet est baptisé «Le jour d’après : Soutenir une transition démocratique en Syrie.» Heydemann a parlé en détail du projet pour la première fois dans un entretien accordé à The Cable. Il a décrit l’action de l’USIP comme consistant à « travailler dans un rôle d’appui à un groupe important d’organisations d’opposition pour définir une Syrie post-Assad.»

Les leaders d’opposition impliqués dans le projet de l’USIP se réunissent depuis janvier et informent de leurs travaux la Ligue Arabe, le groupe des Amis de la Syrie, l’équipe de l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan et le Conseil national Syrien d’opposition.

Les efforts du groupe se concentrent sur la mise au point de plans concrets pour ce qui suivra immédiatement après l’effondrement du régime, pour atténuer les risques d’un chaos bureaucratique, sécuritaire et économique. Le projet a aussi identifié certaines choses qui peuvent être faites à l’avance pour préparer une Syrie post-Assad.

«Nous avons organisé le projet par des approches systématiques, y compris pour la réforme du secteur de la sécurité,» explique Heydemann. Nous avons apporté un appui technique aux opposants Syriens qui participent à notre projet, et les Syriens ont identifié des priorités pour des choses qui doivent être mises en œuvre maintenant.»

Il souligne que le rôle de l’USIP est principalement un rôle de facilitation et de coordination. «Les Syriens sont beaucoup à l’initiative là-dessus,» dit-il.

Dans les semaines à venir, l’USIP a l’intention de publier un rapport sur le projet qui fera fonctionde document de stratégie à l’usage du nouveau gouvernement. La phase suivante est la mise sur pied d’un réseau de soutien «pour commencer à appliquer ces recommandations au sujet des choses qui doivent se produire maintenant,» explique Heydemann.

En plus de la réforme du secteur de la sécurité, le groupe a abouti à un plan de réforme du secteur de la justice et à un cadre de travail pour le rôle de l’opposition armée dans la Syrie post-Assad. L’idée est de préserver ces structures de l’Etat syrien qui peuvent être maintenues le temps de préparer des réformes dans les secteurs qui ne peuvent pas attendre. A titre d’exemple, une bonne partie du système judiciaire syrien pourrait être conservé.

Le groupe a mis au point quelques propositions innovantes pour rendre moins chaotique la transition post-Assad. Un exemple cité par Heydemann était l’idée de brigades mobiles de contrôle judiciaire qui pourraient être déployées afin d’examiner rapidement et de libérer les détenus prisonniers du régime après sa chute.

Le projet a également essayé d’identifier les personnels du régime qui pourraient jouer un rôle utile dans  la phase suivant immédiatement la chute d’Assad.

«Les Syriens qui travaillent à ce projet comprennent très bien qu’une transition ne consiste pas à effacer l’ensemble du cadre juridique et politique de la Syrie,» observe Heydemann. «Nous avons appris quantité de choses par les participants de sorte que nous pouvons vraiment commencer un travail de sélection très grossier.» ­[de ce qui doit subsister].

Le projet conduit par l’ISIP a soigneusement évité de travailler à l’éviction du pouvoir du régime d’Assad.

«Nous avons tout à fait intentionnellement laissé de côté toute contribution directe au renversement du régime d’Assad, » déclare Heydemann. «Notre projet s’intitule ‘le jour d’après.’ Il y a d’autres groupes qui travaillent sur le jour d’avant.»

Le projet a été financé par le Département d’Etat, mais il a aussi reçu des subventions du ministère suisse des affaires étrangères ainsi que d’ONG de Norvège et des Pays-bas. L’USIP est partenaire de l’Institut Allemand des relations Internationales, c’est pourquoi toutes nos réunions se sont tenues à Berlin.

L’absence d’officiels de l’administration Obama à ces réunions, même en tant qu’observateurs, était délibérée.

 «C’est une situation où un rôle trop visible des Etats Unis aurait été extrêmement contre-productif. Il aurait donné au régime d’Assad et à [certains] des éléments de l’opposition une excuse pour délégitimer le processus,» explique Heydemann.

Il dit aussi qu’aucune des organisations qui s’écartent des courants dominants de l’opposition n’a de relations avec le projet, bien que les participants supposent que les islamistes seront une composante significative de tout nouvel ordre politique syrien.

L’idée n’est pas de prédire si, comment et quand le régime d’Assad pourrait tomber, mais plutôt de faire autant que possible, le plus discrètement possible, pour se préparer à toute éventualité.

« L’effondrement du régime pose un ensemble de défis ; une transition négociée en pose d’autres. Même si nous ne sommes pas certains qu’une transition va se produire, il serait profondément irresponsable de ne pas se préparer à une transition, » déclare Heydemann. «Nous donnons à l’opposition une opportunité pour qu’elle fasse la démonstration de sa capacité à entreprendre ce travail, ce qui est déjà très important.»

Syrie et propagande guerrière: un article essentiel de Charlie Skelton

16 juillet 2012

Charlie Skelton est un de ces journalistes atypiques dont la Grande Bretagne semble avoir le secret, qui associe l’excentricité à la culture générale et à la rigueur professionnelle.

Charlie Skelton nous offre dans The Guardian (dans la rubrique expression libre, notez le bien) un article d’une importance considérable dans lequel il dévoile soigneusement la mécanique propagandiste qui s’est mise en branle contre le gouvernement syrien.

Ce dernier est en effet aux prises avec un complot ourdi de longue date qui attendait seulement le moment opportun pour donner sa pleine mesure. Le soi-disant printemps arabe a été cette opportunité.

Il va sans dire que comme le signale ce journaliste Anglais, l’opposition syrienne ne se résume pas au Conseil national Syrien ni à l’Armée Syrienne Libre. Reste que les forces d’opposition patriotiques ont été dépossédées par les Etats Unis et leurs amis d’une occasion d’obtenir pacifiquement une évolution ou une révolution de la situation politique en Syrie.

Ces opposants patriotes, vous ne les entendrez guère dans les médias occidentaux car tout simplement ils ne promettent pas aux Etats Unis le retour sur investissement qu’ils espèrent.

Cet article a été signalé par plusieurs blogueurs et un lecteur de mon blog a aussi attiré mon attention à son sujet. Le site InfoSyrie en a également fait une synthèse partielle.

Mais InfoSyrie est un site favorable au gouvernement syrien et donc suspect aux yeux de certains Pour que chacun puisse se faire une idée, je vous propose une traduction intégrale de l’article de Charlie Skelton.

De la belle ouvrage (je parle de l’article, pas de ma traduction). L’article comporte un important appareil de liens que je n’ai pas repris.

Et franchement, après avoir lu ce papier, qui est une véritable leçon de journalisme, je ne peux que souhaiter la victoire du gouvernement syrien sur ces mercenaires dollarisés qui travaillent pour le compte des «nouveaux amis de la Syrie.» C’est pas gagné malheureusement.

L’opposition syrienne : qui produit le discours ?

Les médias ont été trop passifs au sujet des sources de l’opposition syrienne, sans s’intéresser à leur nature et à leurs affiliations politiques. Il est temps d’y regarder de plus près…

Par Charlie Skelton, The Guardian (UK) 12 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

C’est un cauchemar qui se déroule en Syrie, dans les maisons d’al-Heffa et dans les rues de Houla. Et nous savons tous comment l’histoire va finir : avec des milliers de soldats et de civils tués, des villes et des familles détruites, et le président Assad battu à mort dans un fossé.

C’est l’histoire de la guerre en Syrie, mais une autre histoire doit être dite. Une histoire moins sanglante, mais néanmoins importante. C’est une histoire des faiseurs de contes : les portes paroles, les « spécialistes de la Syrie », les « militants démocrates. » Les faiseurs de déclarations. Les gens qui «exhortent,» et «avertissent»et «appellent à l’action.»

C’est une histoire sur les membres les plus cités de l’opposition syrienne et leur connexion au business anglo-américain de fabrication d’oppositions. Les médias d’information grand public ont été, pour l’essentiel, remarquablement passifs au sujet des sources syriennes : en les présentant simplement comme « portes parole officiels » ou « militants pour la démocratie » sans, en général, examiner leurs déclarations, leurs trajectoires ou leurs affiliations politiques.

Il est important de le souligner : enquêter sur la trajectoire d’un porte-parole Syrien ne revient pas à mettre en doute la sincérité de son opposition à Assad. Mais une passion haineuse contre le régime Assad n’est en rien une garantie d’indépendance. En fait, in certain nombre de personnalités importantes du mouvement syrien d’opposition sont des exilés de longue date qui étaient subventionnés par le gouvernement US pour affaiblir le gouvernement Assad bien avant le déclenchement du Printemps arabe.

Même si la déposition du président Assad par la force n’a aps encore été ouvertement affichée par le gouvernement des Etats unis, ces portes parole plaident ouvertement pour une intervention militaire en Syrie et sont de ce fait des alliés naturels pour des néoconservateurs US bien connus qui avaient soutenu l’invasion de l’Irak par Bush et font maintenant pression  sur l’administration Obama pour qu’elle intervienne. Et comme nous le verrons, plusieurs de ces portes parole ont trouvé un soutien auprès de ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, sont en faveur d’ une intervention militaire, et dans certains cas, ils ont développé d’anciennes et lucratives relations avec eux.

 « Le temps est compté » [Le sable s’écoule dans le sablier] a déclaré Hillary Clinton dimanche. Il est donc grand temps, au moment où les combats en Syrie s’intensifient, et où des bateaux de guerre russes font route vers Tartous, de regarder de plus près ceux qui parlent au nom du peuple syrien.

Le Conseil National Syrien

Les porte-paroles d’opposition les plus cités sont les représentants officiels du Conseil National Syrien (CNS). Le CNS n’est pas la seule organisation d’opposition – mais il est généralement considéré comme «la principale coalition d’opposition» (BBC). Le Washington Times le décrit comme « une organisation qui coordonne des factions rivales basées hors de Syrie. » LE CNS est certainement l’organisation d’opposition qui a les relations les plus étroites avec les puissances occidentales – et a apelé à une intervention étrangère dès les premières phases du soulèvement. En février de cette année, à l’ouverture du sommet des Amis de la Syrie en Tunisie, William Hague [ministre britannique des affaires étrangères, NdT] avait déclaré : « Je rencontrerai les dirigeants du Conseil national Syrien d’ici quelques minutes… Nous, ainsi que d’autres nations, les traiterons et les reconnaîtrons en tant que représentants légitimes du peuple syrien.»

Le plus haut porte-parole officiel du SNC est l’universitaire Syrienne établie à Paris, Bassma Kodmani.

Bassma Kodmani

Kodmani est membre du bureau exécutif et chargée des affaires étrangères au Conseil National Syrien. Kodmani est proche du centre de la structure de pouvoir du CNS, et elle est un des porte-paroles du CNS les plus actifs. « Aucun dialogue n’est possible avec le régime en place. Nous ne pouvons discuter que de la manière d’aller vers un système politique différent, » a-t-elle déclaré cette semaine. On la retrouve, citée par le fil AFP : «L’étape suivante requiert une résolution sous le chapitre VII [de la charte de l’ONU] qui autorise l’usage de tous les moyens légitimes, de moyens coercitifs, d’un embargo sur les armes ainsi que l’usage de la force pour obliger le régime à se conformer» [à la résolution].

Cette déclaration se traduit dans la une suivante : « Les Syriens appellent à une force armée de maintien de la paix » (Herald Sun, Australie). Quand il est fait appel à une action militaire internationale  de grande ampleur, il semble tout simplement raisonnable de demander : qui exactement fait cet appel ? Nous pouvons dire simplement, «un porte-parole officiel du SNC,» ou nous pouvons regarder d’un peu plus près.

Cette année, c’était le deuxième Bilderberg pour Kodmani. A la conférence de 2008, Kodmani était inscrite en tant que française ; en 2012 sa francité avait disparu et elle était inscrite simplement comme « internationale » – sa patrie était devenue le monde des relations internationales.

Bassma Kodmani quitte la conférence Bilderberg 2012

Quelques années en arrière, Kodmani travaillait pour la Ford Foundation au Caire, où elle était directrice de son programme de gouvernance et de coopération internationale. La Ford Foundation est une vaste organisation dont le siège est à New York et Kodmani avait déjà un rang assez haut placé. Mais elle était sur le point de monter d’une division.

Vers cette époque, e, février 2005, les relations syro-étatsuniennes s’étaient gravement détériorées, et le président Bush avait rappelé son ambassadeur à Damas. De nombreux projets d’opposition datent de cette période. «L’argent US pour des personnalités de l’opposition syrienne a commencé à affluer sous le président George W Bush après qu’il a effectivement gelé les relations politiques avec Damas en 2005, » explique le Washington Post.

En septembre 2005, Kodmani a été nommée directrice exécutive de l’Arab Reform Initiative (ARI)- un programme de recherche initié par une puissante organisation de lobbying, le Council on Foreign Relations (CFR).

Le CFR est un thinktank d’élite en matière de politique étrangère, l’Arab Reform Initiative est présenté sur son site web comme un « projet du CFR. » Plus précisément, l’ARI a été lancée par une organisation interne au CFR appelée le US/Middle East Project » – un groupe de diplomates de haut niveau, de financiers et d’officiels du renseignement, dont l’objectif affiché est d’entreprendre une « analyse politique» régionale de sorte «à prévenir les conflits et à promouvoir la stabilité.» L’ US/Middle East Project poursuit ces objectifs sous la supervision d’un conseil international présidé par le général en retraite Brent Snowcroft.

Brent Snowcroft (président émérite) est un ancien conseiller pour la sécurité nationale du président des Etats Unis – il avait succédé dans ce rôle à Henry Kissinger. A côté de Snowcroft dans le bureau international, nous trouvons son collègue en géostratégie Zbigniew Brzezinski qui lui avait succédé comme conseiller pour la sécurité nationale, et Peter Sutherland, le PDG de Goldman Sachs International. Donc, dès 2005, nous avions une partie du gratin de la banque et du renseignement en occident qui sélectionnait Kodmani pour diriger un projet de recherche sur le Moyen Orient. En septembre de cette année là, Kodmani avait été nommée directrice à plein temps du programme. Plus tôt en cette année 2005, le CFR avait assigné le «contrôle financier» du projet au Centre for European Reform (CER). C’est là que les Britanniques entrent en scène.

Le CER est supervisé par Lord Kerr ; le vice président de Royal Dutch Shell. Kerr est un ancien chef du service diplomatique et est conseiller principal à Chatham House (un thinktank qui réunit les meilleurs cerveaux de l’establishment diplomatique britannique).

En charge de la gestion au jour le jour du CER, nous avons Charles Grant, ancien rédacteur en chef de la rubrique défense de The Economist, et membre en ce moment de l’ European Council on Foreign Relations (ECFR), un « thinktank paneuropéen » rempli de diplomates, d’industriels, de professeurs et de premiers ministres. Dans la liste de ses membres, vous trouverez le nom : «Bassma Kodmani (France/Syrie) – Directrice Exécutive, Arab Reform Initiative.»

Autre nom sur la liste : George Soros – le financier dont l’organisation à but non lucratif ‘Open Society Foundations » est une des principales sources de financement de l’ECFR. A ce niveau, les mondes de la banque, de la diplomatie, de l’industrie, du renseignement et les divers fondations et instituts de stratégie politique se retrouvent tous ensemble et, là, au milieu de tout ça, se trouve Kodmani.

Ce qu’il faut relever, c’est que Kodmani n’est pas une quelconque «militante pro-démocratie» qui s’est retrouvée par hasard devant un microphone. Elle dispose de références diplomatiques impeccables : elle a le statut de directrice de recherche à l’Académie Diplomatique Internationale – «une institution indépendante et neutre qui a pour vocation de promouvoir une diplomatie moderne». L’Académie est présidée par Claude Cousseran, un ancien chef de la DGSE – le service de renseignements extérieurs français.

L’image qui se forme est celle de Kodmani comme fidèle lieutenant de l’industrie anglo-américaine de promotion de la démocratie. Sa « province d’origine » (d’après le site internet du CNS) est Damas, mais elle a des relations professionnelles étroites et anciennes avec précisément ces mêmes puissances qu’elle appelle à intervenir en Syrie.

Et nombre de ses collègues porte-paroles ont également de bonnes relations.

Radwan Ziadeh

Un autre représentant du SNC souvent cité est Radwan Ziadeh – directeur des relations extérieures du Conseil National Syrien. Ziadeh a un CV impressionnant : senir fellow d’un thinktank de Washington financé par le gouvernement fédéral, l’ US Institute of Peace (le conseil d’administration de l’USIP est plein d’anciens du Département de la Défense et du National Security Council; son président est Richard Solomon, ancien conseiller de Kissinger au National Security Council).

En février de cette année, Ziadeh s’est associé à un groupe de faucons de l’élite de Washington pour signer une lettre appelant Obama à intervenir en Syrie : parmi ses cosignataires figurent James Woolsey (ancien chef de la CIA), Karl Rove (le mentor de Bush junior), Clifford May (Committee on the Present Danger) et Elisabeth Cheney, ancienne directrice de l’ Iran-Syria Operations Group au Pentagone.

Ziadeh est un organisateur infatigable, un parfait initié de Washington en relation avec certains des plus puissants thinktanks de l’establishment. Les connections de Ziadeh s’étendent jusqu’à Londres. En 2009, il est devenu chercheur invité à Chatham House, et en juin de l’année dernière, il était présent dans le groupe d’experts d’un de leurs évènements – «Imaginer l’avenir politique de la Syrie » – partageant le plateau avec un autre porte-parole du CNS, Ausama Monajed (des informations sur Monajed ci-dessous) et un membre du CNS, Najib Ghadbian.

Le Wall Street Journal a identifié Ghadbian comme un des premiers intermédiaires entre le gouvernement US et l’opposition syrienne en exil : «Un premier contact entre la maison Blanche et le Front du Salut national (FSN) avait été assuré par Najib Ghadbian, un politologue de l’université de l’Arkansas. » C’était en 2005. Une année qui a marqué un tournant.

En ce moment, Ghadbian est membre du secrétariat général du CNS, et est au conseil de surveillance d’une organisation politique basée à Washington, le Syrian Center for Political and Strategic Studies (SCPSS) – une organisation dont il est le co-fondateur.

Ziadeh construit ce genre de relations depuis des années. En 2008, Ziadeh avait participé à une réunion avec des personnalités d’opposition dans des locaux gouvernementaux à Washington : une mini-conférence intitulée «Syria In-Transition». La réunion avait été co-sponsorisée par un organisme basé aux USA appelé le Democracy Council et une organisation basée au Royaume Uni appelée le Movement for Justice and Development (MJD). Ce fut un grand jour pour le MJD – son président, Anas Al-Abdah, s’était déplacé de Grande Bretagne aux Etats Unis pour l’occasion avec son directeur des relations publiques. Ci-après, une description de cette journée tirée du site internet du MJD : « La conférence a vu une affluence exceptionnelle puisque la salle était bourrée à craquer d’invités de la Chambre des représentants et du sénat, ce représentants de centres d’études, de journalistes et dde Syriens expatriés aux USA. »

La journée avait débuté par un discours inaugural de James Prince, directeur du Democracy Council. Ziadeh participait à un groupe d’experts présidé par Joshua Muravchik (l’auteur ultra-interventionniste de la lettre ouverte « Bomb Iran » en 2006). Le thème de la discussion était « l’émergence d’une opposition organisée.» Assis à côté de Ziadeh danns ce groupe de discussion, se trouvait le directeur des relations publiques du MJD – un homme qui deviendra plus tard son collègue porte-parole au CNS – Ausama Monajed.

Ausama Monajed

Avec Kodmani et Ziadeh, Ausama (ou parfois Osama) Monajed est un des plus importants porte-paroles du CNS. Il y en a d’autres, bien sûr – le CNS est une structure énorme qui comprend les Frères Musulmans. Le spectre de l’opposition à Assad est très large, mais ce sont là quelques voix essentielles.

Il y a d’autres porte-paroles officiels qui ont une longue carrière politique, comme George Sabra du Parti Démocratique Populaire Syrien – Sabra a subi l’arrestation et un long séjour en prison pour son combat contre le «régime répressif et totalitaire en Syrie.» Et il existe d’autres vois d’opposition en dehors du CNS comme l’écrivain Michel Kilo, qui parle avec éloquence de la violence qui ravage son pays. « La Syrie est en cours de destruction – rue après rue, ville par ville, village après village. Qu’est-ce que ce genre de solution ? Pour le maintien au pouvoir d’un petit groupe, tout le pays est détruit.»

Mais il est hors de doute que la principale organisation d’opposition est le CNS et on constate que ce sont souvent Kodmani, Ziadeh et Monajed qui le représentent. Monajed apparaît souvent comme commentateur sur les chaînes télévisées d’informations. On le voit ici s’exprimant depuis son bureau à Washington. Monajed n’édulcore pas son message : « Nous voyons tous les jours à la télévision des civils assassinés et des enfants assassinés et tués, et des femmes violées »

Dans le même temps, sur al jazeera, Monajed parle de « ce qui se passe vraiment, en réalité, sur le terrain,» des « miliciens d’Assad » qui « viennent et violent les femmes, tuent les enfants et les personnes âgées.»

Monajed est devenu, depuis seulement quelques jours, blogueur sur le Huffington Post UK, où il explique en long et en large ; « Pourquoi le monde doit intervenir en Syrie » – appelant à une « assistance militaire directe » et à une « aide militaire étrangère. » Une fois de plus, la bonne question pourrait être : qui est ce porte-parole qui appelle à une intervention militaire ?

Monajed est membre du CNS où il est conseiller du président et il est, selon sa biographie au CNS, « le fondateur et directeur de Barada Television,» une chaîne satellitaire basée à Vauxhall, Londres sud. En 2008, quelques mois après avoir assisté à la conférence Syria In-Transition, Monajed était reparti pour Washington, invité à dîner avec George W. Bush avec d’autres dissidents bien en cour (on peut voit Monajed sur la photo souvenir, le troisième à partir de la droite, cravate rouge, non loin de Condoleeza Rice – à l’opposé de Garry Kasparov).

A cette époque, en 2008, le Département d’Etat US connaissait Monajed en tant que « directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD) qui dirige la lutte pour un changement démocratique et pacifique en Syrie.»

Examinons de plus près le MJD. L’an dernier, le Washington Post a sélectionné une information de Wikileaks qui a publié des quantités de communications diplomatiques piratées. Ces communications montrent qu’un important flux financier va du Département d’Etat US au Mouvement pour la Justice et le Développement dont le siège se trouve en Grande Bretagne. Selon l’article du Washington Post : «Barada TV est étroitement affiliée au Mouvement pour la Justice et le Développement, un réseau d’exilés Syriens établi à Londres. Les câbles diplomatiques américains classifiés montrent que le Département d’Etat a donné pas moins de 6 millions de dollars à cette organisation depuis 2006 pour qu’elle fasse fonctionner la chaîne satellitaire et pour financer d’autres activités à l’intérieur de la Syrie.»

Un porte-parole du Département d’Etat avait réagi à cet article en déclarant : «Essayer de promouvoir une transformation vers un processus plus démocratique dans cette société ne porte pas nécessairement atteinte au gouvernement en place». » Et ils ont raison, « pas nécessairement.»

Questionné au sujet de l’argent du Département d’Etat, Monajed dit lui-même « ne pas pouvoir confirmer » un financement du Département d’Etat US pour Barada TV, mais déclare : « Je n’ai personnellement pas reçu un centime.» Malik al -Abdeh, tout récemment encore chef de la rédaction à Barada TV insiste : «Nous n’avons pas eu de liens directs avec le Département d’ Etat US.» La signification de cette phrase tourne autour du mot «directs». Il convient de noter que Malik al -Abdeh, se trouve aussi être un des fondateurs du Mouvement pour la Justice et le Développement (destinataire de 6 millions de dollars du Département d’Etat selon le câble rendu public). Et il est le frère du président de la chaîne, Anas Al-Abdah. Il est aussi copropriétaire de la marque déposée du MJD : ce que Malik al Abdeh reconnaît, c’est que Barada TV reçoit une bonne part de ses financements d’une fondation américaine : le Democracy Council. Un des co-sponsors (avec le MJD) de la mini-conférence Syria In-Transition. Donc, ce que nous avons en 2008, lors de cette même réunion, ce sont précisément les dirigeants de des organisations identifiées dans les câbles Wikileaks comme étant le canal (le Democracy Council) et le bénéficiaire (le MJD) de grosses sommes d’argent du Département d’Etat.

Le Democracy Council (un pourvoyeur de subventions basé aux Etats Unis) cite le Département d’Etat comme étant une de ses sources de financement. Il travaille ainsi : le Democracy Council sert d’intermédiaire pour gérer des subventions en tant qu’intermédiaire entre la « Middle East Partnership Initiative » du Département d’Etat et des «partenaires locaux» (comme Barada TV). Comme l’explique le Washington Post :

«Plusieurs câbles diplomatiques émanant de l’ambassade à Damas révèlent que les exilés Syriens reçoivent de l’argent d’un programme du Département d’Etat appelé la Middle East Partnership Initiative. Selon ces câbles, le Département d’Etat a fait transiter l’argent à l’organisation en exil via le Democracy Council, une fondation dont le siège se trouve à Los Angeles.»

Le même article attire l’attention sur un câble de 2009 émis par l’ambassade US en Syrie qui indique que le Democracy Council a reçu 6,3 millions de dollars du Département d’Etat pour réaliser un programme concernant la Syrie, la « Civil Society Strengthening Initiative ». Le câble la décrit comme « un discret effort de collaboration entre le Democracy Council et des partenaires locaux » dans le but de produire, entre autres choses, «divers concepts de diffusion [des idées].» Selon le Washington Post : «D’autres câbles indiquent clairement qu’un de ces concepts était Barada TV.»

Il y a encore quelques mois, la Middle East Partnership Initiative (MEPI)du Département d’Etat était supervisée par Tamara Cofman Wittes (elle est maintenant à la Brookings Institution – un thinktank influent de Washington).  Selon elle, la MEPI a «créé une ‘image’ positive des efforts des USA pour promouvoir la démocratie.» Quand elle travaillait sur ce dossier, elle avait déclaré : «Il y a de nombreuses organisations en Syrie et dans d’autres pays qui veulent des changements dans leurs gouvernements… C’est un agenda auquel nous croyons et nous allons le soutenir. » Et par soutien, elle veut dire financier.

L’argent

Ce n’est pas nouveau. Revenez un moment au début 2006, et vous avez une annonce par le département d’Etat d’une nouvelle « opportunité de subventionnement » appelée le «Syria Democracy Program.» Avec une offre de subventions d’un montant de «5 millions de dollars sur l’année fiscale fédérale 2006.» Le but de ces subventions ? «Accélérer le travail des réformateurs en Syrie.»

En ce moment, l’argent afflue encore plus vite que jamais. Au début juin 2012, le Syrian Business Forum a été lancé à Doha par des dirigeants de l’opposition, dont Wael Merza (secrétaire général du CNS). «Ce fonds a été établi pour soutenir toutes les composantes de la révolution en Syrie, » avait déclaré Merza. Le niveau de ce fonds ? Quelque 300 millions de dollars. La provenance de l’argent n’est pas claire du tout, quoique Merza « a fait allusion à un puissant soutien financier des Etats arabes du Golfe pour le nouveau fonds» (al Jazeera). A son lancement, Merza avait dit que quelque 150 millions de dollars avaient déjà été dépensés, en partie pour l’Armée Syrienne Libre (ASL).

L’organisation d’hommes d’affaires Syriens de Merza était présente à une conférence du Forum Economique Mondial intitulée «Plateforme pour la coopération internationale » qui s’est tenue à Istanbul en novembre 2011.  Tout cela s’inscrit dans le processus par lequel le SNC a grandi en réputation, pour devenir selon les propres termes de William Hague, « un représentant légitime du peuple syrien» et être capable de gérer ouvertement ces sommes énormes.

Construire la légitimité – de l’opposition, de sa représentation, de l’intervention – est l’essentiel de bataille propagandiste.

Dans une lettre ouverte publiée en février de cette année par USA Today, l’ambassadeur Dennis Ross déclarait : «Il est temps de rehausser le statut du Conseil national Syrien.» Ce qu’il voulait, urgemment, était « la création d’une aura d’inévitabilité du CNS comme alternative à Assad.» L’aura d’inévitabilité. Gagner la bataille à l’avance.

Un combattant essentiel dans cette bataille pour les esprits et les cœurs est le journaliste Américain et blogueur pour le Daily Telegraph, Michael Weiss.

Michael Weiss

Un des experts de la Syrie les plus cités dans les médias occidentaux – et un enthousiaste d’une intervention occidentale – Michael Weiss fait écho à l’ambassadeur Ross quand il dit : Une intervention militaire en Syrie n’est pas tant une question de préférence que d’inévitabilité.»

Certains écrits interventionnistes de Weiss peuvent être trouvés sur le site web beyrouthin pro-Washington appelé ‘NOW Lebanon’ – dont la section ‘NOW Syria’ est une source importante d’actualités syriennes. NOW Lebanon a été créé en 2007 par Eli Khoury, un cadre de Saatchi & Saatchi. Khoury est présenté dans l’industrie publicitaire comme « un spécialiste de la communication stratégique, spécialisé dans le développement de l’image de marque des entreprises et des gouvernements.»

En mai dernier, Weiss avait déclaré à NOW Lebanon que grâce à la fourniture d’armes aux rebelles Syriens, «nous avons déjà commencé à voir quelques résultats.» Il avait montré une approbation semblable pour les développements militaires quelques mois auparavant dans un article pour le New Republic : « Au cours des dernières semaines, l’Armée Syrienne Libre et d’autres unités  rebelles indépendantesont fait de gros progrès – à la suite de quoi, comme tout blogueur peut le faire, il avait présenté son «Plan d’action pour une intervention militaire en Syrie.»

Mais Weiss n’est pas seulement un blogueur. Il est aussi le directeur de la communication et des relations publiques de la Henry Jackson Society, un thinktank de politique étrangère ultra-ultra-belliciste.

Parmi les parrains de la Henry Jackson Society à l’international, figurent : James « ex-CIA boss » Woolsey, Michael « secrétaire à la sécurité intérieure » Chertoff, William « PNAC » [Project for a New American Century] Kristol, Robert « PNAC » Kagan’, Joshua « Bomb Iran » Muravchick, et Richard « Prince des Ténèbres » Perle. La société est dirigé par Alan Mendoza, conseiller en chef du groupe parlementaire interpartis sur la sécurité internationale et transatlantique.

La Henry Jackson Society est intransigeante sur sa « stratégie avancée » pour la démocratie. Et Weiss est chargé du message. La Henry Jackson Society est fière de la grande influence de son chef des relations publiques : «Il est l’auteur de l’influent rapport « Intervention en Syrie ? Une évaluation de la légalité, de la logistique et des risques, » qui a été repris et approuvé par le Conseil national Syrien.»

Le rapport original de Weiss a été rebaptisé « Safe Area for Syria » – et a fini sur le site web officiel syriancouncil.org, comme pièce de la littérature stratégique de leur bureau militaire. La reprise du rapport de la Hery Jackson Society a été orchestrée par le fondateur et directeur exécutif du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) – un certain Ausama Monajed

Donc, le fondateur de Barada TV, Ausama Monajed, a édité le rapport de Weiss, l’a publié via sa propre organisation (le SRCC) et l’a transmis au Conseil national Syrien avac le soutien de la Henry Jackson Society.

La relation ne pouvait pas être plus étroite. Monajed en vient même à traiter des demandes pour des « interviews de la presse avec Michael Weiss.»  Weiss n’est pas le seul stratégiste à avoir esquissé une feuille de route pour cette guerre (de nombreux thinktanks y ont réfléchi, de nombreux faucons en ont parlé), mais certains des aspects les plus saillants sont le produit de sa réflexion.

L’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme

La justification pour «l’inévitable» intervention militaire est la sauvagerie du régime du président Assad : les atrocités, les bombardements, les violations des droits de l’homme. L’information est cruciale ici, et une source domine toutes les autres quant à la fourniture d’informations sur la Syrie. Elle est citée à chaque fois : « Le directeur de l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme (OSDH) a déclaré à la Voice Of America que les combats et les bombardements avaient tué au moins 12 personnes dans la province de Homs.»

L’OSDH est communément utilisé comme unique source pour d’informations et de bilans statistiques. Cette semaine, par exemple, l’AFP a publié cette dépêche : «Les forces syriennes ont bombardé les provinces d’Alep et de Deir Ezzor et au moins 35 personnes ont été tuées dimanche dans tout le pays, dont 17 civils, a annoncé un organisme d’observation.» Différentes atrocités ainsi que des chiffres de pertes sont énumérés, tous en provenance d’une seule source : «Rami Abdel Rahman, le directeur de l’Observatoire a déclaré par téléphone à l’AFP.»

Des statistiques plus horribles les unes que les autres parviennent en nombre de «l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme » (AP) Il est difficile de trouver une information de la prese sur la Syrie qui ne le cite pas. Mais qui sont-ils à l’OSDH ? « Ils », c’est Rami Abdulrahman (ou Rami Abdel Rahman), qui réside à Coventry.

Rami Abdullrahman chez lui à Coventry

Selon une dépêche Reuters de décembre de l’an dernier : « Quand il ne répond pas aux appels téléphoniques de la presse internationale, Abdulrahman n’est qu’à quelques minutes, plus bas dans la rue, à sont magasin de vêtements qu’il gère avec sa femme.»

Quand le blog Middle East live du Guardian avait cité «Rami Abdul-Rahman de l’ Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme,» il avait aussi proposé un lien vers un article sceptique du Modern Tokyo Times, un article qui invitait les organes d’information à être un peu «plus objectifs quant à leurs sources» quand ils citent «cette soi-disant entité,» qu’est l’OSDH.

Ce nom, «Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme», sonne si respectable, si inattaquable, si objectif. Et pourtant, quand Abdulrahman et sont «ONG basée en Grande Bretagne» (AFP/NOW Lebanon) sont la seule source pour de nombreuses informations sur un sujet aussi important, il pourrait sembler raisonnable de soumettre cet organisme à un ewxamen un peu plus approfondi que ce qui a été fait jusqu’à présent.

Cet Observatoire n’est en aucun cas la seule source syrienne d’informations à qui on pourrait faire confiance aveuglément ou presque…

Hamza Fakher

La relation entre Ausama Monajed, le CNS, les faucons de la Henry Jackson Society et un média accepté sans condition peut s’observer dans le cas de Hamza Fakher. Le 1er janvier, Nick Cohen écrivait dans l’Observer : «Pour avoir un aperçu du niveau de la barbarie, écoutez Hamza Fakher, un militant pour la démocratie qui est une des sources les plus fiables sur les crimes que cache le blackout du régime sur l’information.»

Il poursuit en reprenant les horribles récits de Fakher de tortures et de massacres. Fakher parle à Cohen d’une nouvelle technique de torture dont il a entendu parler, la plaque brûlante : « imaginez toute la chair fondant jusqu’à l’os avant que le prisonnier tombe  sur la plaque.» Le lendemain, Shamik Das, écrivant sur la «base de preuves» dans le blog progressiste Left Foot Forward, cite la même source : «Hamza Fakher, un militant pour la démocratie, décrit l’affligeante réalité…» – répète le compte rendu de Cohen sur les atrocités.

Alors, qui est exactement le «militant pour la démocratie» Hamza Fakher ?

Il se trouve que Fakher est le co-auteur de Revolution in Danger, un «briefing de le Henry Jackson Society,» publié en février 2012. Il a co-rédigé ce document avec Michael Weis, le directeur de la communication de la Henry Jackson Society. Et quand il ne co-écrit pas des briefings de la Henry Jackson Society, Fakher est le directeur de la communication du Strategic Research and Communication Centre (SRCC) basé à Londres. Selon leur site web, «Il a rejoint le centre en 2011 et a été chargé de la stratégie et des produits de communication du centre.»

Comme vous vous en souvenz sans doute, le SRCC est dirigé par Ausama Monajed : «M. Monajed a fondé le centre en 2010. Il est largement cité et interviewé dans la presse et les médias internationaux. Il travaillait auparavant comme consultant en communication en Europe et aux Etats Unis t a été directeur de Barada Television… »

Monajed est le patron de Fakher.

Si ce n’était pas suffisant, pour la touche finale de Washington, on trouvera au conseil d’administration du  Strategic Research and Communication Centre, Murhaf Jouejati, profeseur à la  National Defence University, à Washington – « la première institution de formation militaire interarmes (JPME oint Professional Military Education) qui est « sous l’autorité de son président, le chef d’état-major interarmes.»

Si vous aviez envie d’aller faire un tour au « Strategic Research and Communication Centre » de Monajed, vous le trouverez à cette adresse : Strategic Research & Communication Centre, Office 36, 88-90 Hatton Garden, Holborn, London EC1N 8PN.

Office 36 à 88-90 Hatton Garden est aussi l’endroit où vous trouverez le siège londonien de The Fake Tan Company, Supercar 4 U Limited, de Moola loans (une société de crédit), d’Ultimate Screeding (for tous vos besoins de nivelage), and The London School of Attraction – «un centre de formation londonien qui aide les hommes à développer les compétences et la confiance pour rencontrer et attirer les femmes.» Et encore une autre centaine d’entreprises. C’est un bureau virtuel. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement approprié dans tout ça. Un « centre de communication » qui n’a même pas de centre, de local – un nom pompeux mais sans substance concrète.

C’est la réalité de Hamza Fakher. Le 27 mai, Shamik Das de Left Foot Forward a cité à nouveau un récit d’atrocités relaté par Fakher qu’il présente cette fois comme « le récit d’un témoin oculaire» (ce que Cohen n’a jamais affirmé) et qui maintenant s’est cristallisé comme étant «le dossier du régime Assad.»

Ainsi, un rapport sur des atrocités fourni par un stratégiste de la Henry Jackson Society qui est le responsable de la communication du service des relations publiques de Mosafed a prisl’envergure d’un «dossier» historique.

Je ne veux pas dire que les récits d’atrocités sont forcément faux, mais combien parmi ceux qui les prennent pour argent comptant s’intéressent à leurs origines ?

Et n’oublions pas, la déstabilisation qui a été entreprise dans le domaine de l’information et de l’opinion publique l’est encore plus sur le terrain. Nous savons déjà que (au minimum) «la CIA et le Département d’Etat… aident l’Armée Syrienne Libre de l’opposition à développer des routes logistiques pour acheminer des fournitures à l’intérieur de la Syrie et donnent une formation dans le domaine des [télé]communications. »

Les soutes à bombes sont ouvertes. Les plans ont été préparés.

Ces choses étaient en préparation depuis longtemps. L’énorme énergie et la planification méticuleuse qui ont été investies dans ce changement de régime – c’est à couper le souffle.  La force de persuasion et les entrées politiques des grandes fondations et des thinktanks politiques sont considérables, mais l’examen des sources ne se contente pas de titres pompeux, de bourses de recherche et de « briefings de stratégie.» On doit demander : directeur exécutif de quoi exactement. Le fait d’avoir les mots «démocratie» ou «droits de l’homme» dans l’intitulé de votre job ne vaut pas dispense de ce contrôle.

Et si vous êtes un « responsable de la communication,» cela implique que vos paroles doivent être accueillies avec une prudence extrême. Weiss et Fakher, tous deux responsables de communication sont des professionnels des relations publiques. Lors de l’évènement de Chatham House en juin 2001, monajed était inscrit en tant que « directeur de la communication de la National Initiative for Change » et il était directeur des relations publiques pour le Mouvement pour la Justice et le Développement (MJD). Le craéteuutr du site web d’informations NOW Lebanon, Eli Khoury, est un cadre publicitaire de Saatchi. Ces responsables de la communication travaillent dur pour créer ce que Tamara Witts appelait une [image de] «marque positive.»

Ils vendent l’idée d’une intervention militaire et d’un changement de régime, que la presse grand public est pressée d’acheter. Beaucoup de «militants» et de porte-paroles de l’opposition syrienne sont étroitement liés (souvent financièrement) aux Etats Unis et à Londres – ceux-là mêmes qui feraient l’ intervention. Ce qui veut dire que les informations et les chiffres donnés par ces sources ne sont pas nécessairement de la pure information – de sont des arguments de vente dans une campagne de relations publiques.

Mais il n’est jamais trop tard pour poser des questions, pour examiner des sources. Poser des questions ne fait pas de vous un admirateur d’Assad – c’est un argument spécieux. Cele vous rend seulement moins susceptible d’être induit en erreur par la propagande. La bonne nouvelle, c’est qu’il nait un sceptique par minute.

Il n’y a pas de soulèvement populaire en Syrie

31 mai 2012

 John R. Bradley est un observateur Britannique de la scène politique du Proche Orient. Sa notice biographique nous indique un parcours assez typique de l’élite britannique avec une formation entre autres à l’University College de Londres et à Oxford.

M. Bradley publie souvent dans des organes de presse comme The Spectator, The Jewish Chronicle ou The Daily Mail comme pour l’article que je vous propose. Politiquement, il semble être un conservateur de type traditionnel, pas un néoconservateur.

Son analyse du « printemps arabe » le range aussi parmi les sceptiques, sauf qu’il a du mal à admettre que son pays et les pays alliés au sien (France, Etats Unis etc.) ont agi en connaissance de cause pour  empêcher les « révolutions » d’aller jusqu’au bout en Tunisie et en Egypte et en ont carrément fomenté en Libye et en Syrie.

M. Bradley n’arrive en effet pas à comprendre pourquoi son pays soutient des tendances politiques rétrogrades contre le gouvernement syrien qui, malgré bien des tares, assure le respect de toutes les confessions. Pour l’auteur de l’article, l’Occident soutient en Syrie un soulèvement populaire imaginaire.

Je refuse cependant de mettre, comme il le fait, dans le même sac le parti En-Nahda en Tunisie et les sectaires que les forces de l’OTAN ont aidés à éliminer Kadhafi ou ceux qui dominent la rébellion en Syrie. Entre En-Nahda et les autres, il y a plus que des nuances et un contexte intérieur et régional bien différent.

Il est par contre vrai que l’issue des évolutions en cours en Tunisie et en Egypte est des plus incertaines comme dans n’importe quel processus politique de cette ampleur.

Les autorités syriennes font en réalité face à un conglomérat redoutable de candidats à la dictature et, surtout, d’une des versions les plus sectaires des Frères Musulmans et d’autres groupes appartenant à la mouvance « salafiste ».Tous sont fortement inféodés aux monarchies pétrolières, à l’Arabie saoudite en particulier.

M. Bradley devrait savoir que si ces « islamistes » sont rigoristes en matière de mœurs et de littéralisme doctrinal, ils sont par contre libéraux en matière économique et flexibles devant le problème posé par le régime sioniste.

Et c’est tout ce qui importe.

Oui, la Syrie est une tragédie, mais ce serait folie pour la Grande Bretagne d’intervenir

par John Bradley, The Daily Mail (UK) 29 mai 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

 La spirale de la mort continue en Syrie Depuis plus d’un an, Depuis plus d’un an maintenant, ce malheureux pays arabe est en proie à la sauvagerie avec la contestation du régime autoritaire du président Bachar al-Assad par des insurgés.

La brutalité des deux côtés s’est traduite par un catalogue de plus en plus fourni d’atrocités qui provoquent chez la population syrienne une crainte de plus en plus forte de voir le pays sombrer dans la guerre civile.

Ces inquiétudes n’ont fait que s’exacerber avec les informations dur le massacre commis dans la ville de Houla où on dit que plus de 100 civils ont été massacrés la semaine dernière par les forces gouvernementales.

Parmi les tués, se trouvaient pas moins de 40 enfants et 34 femmes.

Dimanche dernier, le Conseil de Sécurité de l’ONU – réuni en urgence – a condamné à nouveau fermement Assad et a réitéré ses appels à un cessez-le-feu entre les autorités et les rebelles.

Ici, en Grande Bretagne, le ministre des affaires étrangères William Hague s’en est non seulement pris à Assad dans les termes les plus vigoureux, mais a aussi exigé une pression internationale pour provoquer sa chute. Hier, la Grande Bretagne – et d’autres puissances occidentales – ont annoncé l’expulsion des diplomates Syriens en poste chez elles.

Même l’idée d’une intervention militaire occidentale contre Assad n’a pas été écartée.

Aux Etats Unis, le général Martin E. Dempsey, chef de l’état-major interarmes, a indiqué que des troupes américaines pourraient être envoyées pour aider les rebelles. « Il y a toujours une option militaire, » a-t-il dit. Hague lui-même s’est livré à de bruyantes rodomontades ces derniers jours.

L’expression de l’indignation au sujet de Houla et les menaces subséquentes d’action militaire, tout cela s’accorde avec le schéma narratif occidental conventionnel de la crise syrienne, dans lequel Assad est dépeint comme un tyran sanguinaire et les rebelles comme des combattants héroïques de la liberté qui essayent de délivrer le peuple syrien de l’oppression.

Cette image a été soigneusement cultivée par le camp anti-Assad qui s’est montré maître dans la propagande manipulatrice destinée à de crédules politiciens Occidentaux, aux chaînes de télévision et aux organisations militantes.

Mais la vérité sur la violence en Syrie est beaucoup plus complexe que ce que voudraient nous faire croire les ennemis d’Assad.

Bien sûr, ces effusions de sang meurtrières doivent être condamnées et il est certain qu’une tragédie humaine est en cours. Le régime Assad est à l’évidence repoussant et ses actions indéfendables, ce qui fait qu’un authentique et pacifique soulèvement populaire ne peut être que justifié et compréhensible.

Cependant, contrairement à ce que Hague pourrait soutenir, nous sommes devant tout à fait autre chose qu’une confrontation directe entre une dictature et un peuple.

Si le soulèvement avait commencé par des manifestations pacifiques de Syriens ordinaires, la notion simpliste du bon contre le méchant ne reflète plus la réalité.

Même au niveau le plus élémentaire, cous ne savons pas ce qui s’est réellement passé à Houla. ‘La vérité est la première victime de la guerre’ dit sagement le vieil adage.et tout ce que nous avons pour le moment, ce sont les affirmations des deux camps.

Les rebelles accusent Assad tandis que le régime du président conteste fermement et absolument toute responsabilité dans la tuerie, soulignant le fait que la plupart des victimes semblent avoir été tuées à bout portant, à un moment où les forces gouvernementales se servaient de mortiers de gros calibre contre les rebelles.

Propagande pour se convaincre soi-même ? Peut-être, mais dans ces phases les plus sombres des conflits, les histoires d’atrocités ont souvent été exagérées et exploitées.

Rien qu’en février par exemple, juste avant un vote décisif à l’ONU sur des sanctions contre la Syrie, on nous avait dit que plus de 200 civils avaient été tués par les forces d’Assad pendant le bombardement meurtrier de Homs, un bastion rebelle.,

Mais il s’est avéré par la suite que le vrai bilan des victimes était de 55 morts.

En outre, on devrait reconnaître que les rebelles sont accusés d’actes de barbarie qui n’ont rien à envier à ceux du régime d’Assad.

Ces derniers mois, ils ont été accusés d’une série d’attaques terroristes cruelles dans les grandes villes, dont des attaques à la voiture piégée et des attentats suicide. De leur côté, ils affirment que ces attentats étaient l’œuvre d’Assad. Mais qui peut savoir la vérité ?

Cette sombre image d’une violence mutuellement meurtrière fait qu’il est absurde pour Hague de prétendre qu’il s’agit simplement d’un combat moral entre la bassesse du régime d’Assad et la noblesse de ses opposants.

Le fait est qu’il n’y a pas de soulèvement du peuple syrien contre le gouvernement. Pas plus qu’il n’y a eu de manifestations d’ampleur contre la présidence d’Assad dans les deux plus grandes villes du pays, Alep et Damas, où les seules manifestations massives à s’être tenues avaient été en faveur du président.

Certains essayent d’expliquer l’absence de manifestations massives en soutenant que c’est la nature tyrannique du régime qui les empêche, mais ça ne résiste pas à l’examen. En Egypte, la police, l’armée et les services de sécurité du président Moubarak étaient bien plus puissants que ceux d’Assad dans la Syrie d’aujourd’hui, elles n’avaient pourtant pas pu empêcher les énormes manifestations populaires..

Il n’y a rien eu de ce genre en Syrie, parce que la réalité est que l’opposition ne représente pas la volonté de la population. En fait, elle est une force majoritairement islamiste qui veut mettre un terme à l’attachement d’Assad à un régime sécularisé sous lequel – à côté de toutes les tares du régime – les drois des minorités religieuses sont respectés.

L’instance de coordination de l’opposition, le Conseil National Syrien (CNS) est dominé par la ligne dure des Frères Musulmans qui militent pour l’imposition de la charia. Le CNS est puissamment soutenu par des djihadistes armés sur le terrain qui veulent créer un Etat islamique anti-occidental en Syrie.

Ces zélotes ont obtenu armes et soutien financier auprès des régimes musulmans fondamentalistes d’Arabie Saoudite et du Qatar car tous deux veulent promouvoir un islamisme ultraconservateur dans toute la région.

Il est grotesque que notre propre ministre des affaires étrangères considère de notre devoir de prendre fait et cause pour ces fanatiques en Syrie qui n’éprouvent d’intérêt ni pour la négociation, ni pour la démocratie.

Hague est tout simplement dans l’erreur s’il pense que nous avons quoi que ce soit à gagner d’une intervention dans ce pays.

La position britannique est marquée par l’hypocrisie. Hague fulmine au sujet des droits de l’homme en Syrie parce que cette affaire domine l’actualité internationale, mais ne dit pourtant rien sur les violations des libertés en Arabie Saoudite, simplement parce que ce pays se trouve être notre allié riche en pétrole.

Il critique la Russie pour son soutien à Assad mais reste silencieux sur le soutien apporté par le Qatar à des djihadistes meurtriers.

Nos politiciens ne semblent pas non plus avoir tiré une quelconque leçon du soi-disant printemps arabe qu’ils présentaient enthousiastes l’an dernier comme un triomphe sur la dictature. Les choses ne se sont guère passées ainsi.

Dans presque tous les pays où le printemps arabe a prévalu, le résultat a été plus d’oppression, plus de paralysie économique et plus d’autocratie religieuse.

Ainsi, en Tunisie, le pays qui était auparavant le plus sécularisé et progressiste du monde arabe, des bandes de voyous salafistes arpentent désormais les rues, menaçant les femmes qui ne portent pas le voile et incendiant des magasins qui osent vendre de l’alcool. Au Yémen, al Qaïda contrôle maintenant d’importantes zones au sud du pays, tandis qu’en Egypte, le premier tour de l’élection présidentielle a débouché sur un duel entre un islamiste tenant de la ligne dure et un ancien sbire de Moubarak – pas vraiment la victoire de la démocratie qui avait été promise au peuple égyptien au plus fort de la révolution.

Tout cela explique en bonne partie pourquoi la population syrienne a majoritairement refusé de soutenir les rebelles. Elle voit ce qui s’es passé ailleurs au Moyen Orient et elle en tremble.

Assad a peut-être du sang d’enfants sur les mains, mais aux yeux de la majorité de son peuple, il offre au moins une certaine stabilité et un certain progrès économique, alors que la perspective d’un pouvoir djihadiste dignifie puritanisme et paralysie.

Il serait scandaleux de sacrifier la vie de soldats Britanniques dans ce conflit dans lequel nous n’avons aucun intérêt national.

Trop de vies ont déjà été perdues dans des aventures idéologiques en Afghanistan et en Irak. Mais le coût de ces deux guerres ne sera rien à côté ds terribles conséquences d’une intervention en Syrie

Même si nos forces réussissaient à expulser Assad du pouvoir, nous serions entraînés dans un bourbier sanglant au moment où nous tenterions de discuter d’un accord entre les factions en guerre.

Notre intervention en Libye a bien pu déposer un tyran – mais seulement au prix de la mise au pouvoir de milices islamiques meurtrières et de la dégradation de l’infrastructure de cette nation. Les dégâts que nous causerions en Syrie seraient encore plus grands.

Dans tous les cas, en cette période de coupes sombres dans le budget militaire, nous ne sommes tout simplement pas en mesure d’intervenir – alors la rhétorique agressive de Hague est  de toute façon à peine autre chose qu’une simple posture.

John R. Bradley est l’auteur de After The Arab Spring : How Islamists Hijacked tje Middle East Revolts (Palgrave Macmillan)


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