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Hosni Moubarak et Mohamed Morsi: la continuité jusque dans la rupture

3 juillet 2013

 

Le président égyptien Mohamed Morsi vient d’être renversé par un coup d’état militaire avec, dit-on, le soutien populaire.

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                  Mohamed Morsi

 

Il est certes vrai que les rues des villes égyptiennes sont depuis plusieurs jours le lieu de manifestations imposantes pour exiger le départ de M. Morsi, l’armée ayant été publiquement appelée à intervenir par les manifestants.

 

Il y a là bien sûr des manipulations évidentes de la part de ceux qui, dans l’armée, souhaitaient mettre un terme au mandat présidentiel.

 

Il y a aussi  une insatisfaction évidente de larges couches de la société mécontentes de la situation sociale et économique, mais aussi des penchants sectaires du gouvernement des Frères Musulmans. Parmi ces mécontents, il faut évidemment compter la masse des Coptes, ces chrétiens autochtones qui tendent à se sentir mis à l’écart de la vie publique et visés par des discours d’exclusion. Les affirmations de la fraternité islamo-chrétienne ou tout simplement égyptienne ont de fait été nombreuses ces derniers jours.

 

Il faut cependant reconnaître que le gouvernement de Mohamed Morsi n’est en rien l’initiateur de cette approche de cette minorité religieuse. Sur ce point comme sur d’autres, le gouvernement des Frères Musulmans est dans la continuité du régime précédent.

 

Cette continuité s’observe par exemple dans son attitude vis-à-vis de la bande de Gaza. En effet, alors que tout le monde s’attendait, y compris une bonne partie de son électorat, à ce que l’Egypte cesse de collaborer avec le régime sioniste au siège de Gaza, il n’en a rien été. Au contraire, puisque les autorités égyptiennes ont déployé un zèle sans précédent pour neutraliser les fameux tunnels qui relient Gaza à l’Egypte et servent à acheminer toutes sortes de marchandises.

 

De la même manière, le gouvernement de la confrérie a accepté de respecter les accords de paix qui lient l’Egypte à l’entité sioniste, une condition sine qua non pour que l’armée égyptienne continue à recevoir l’importante aide financière des Etats Unis.

 

Cette continuité du pouvoir des Frères Musulmans avec l’ancien régime se repère même dans les convulsions qui ont finalement abouti à la destitution de Mohamed Morsi.

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février 2011: le général Omar Souleiman annonce la démission de Hosni Moubarak

 

 

Cette continuité est parfaitement explicitée dans l’article que je vous propose.

 

On observera quand même que, à la différence de Hosni Moubarak, Mohamed Morsi tirait son pouvoir d’élections qu’il a remportées régulièrement. Même si cette élection s’inscrivait dans une démarche des USA et de l’armée égyptienne visant à mettre fin à un processus révolutionnaire qui aurait pu réserver bien des surprises.

C’est ce processus révolutionnaire qui a repris ces jours-ci et que l’armée a enfourché pour profiter d’une opportunité de se débarrasser d’un Mohamed Morsi qui n’a décidément pas su tenir la baraque. 

 

La réponse du Département d’État américain aux soulèvements en Egypte, hier et aujourd’hui

 

par Dan Murphy, The Christian Science Monitor (USA) 3 juillet 2013  traduit de l’anglais par Djazaïri

 

Au milieu de manifestations sans précédent qui ont commencé depuis trois jours, le président égyptien Hosni Moubarak a prononcé un discours provocateur  qui accusait des mains de l’étranger qui cherchent à semer le chaos dans le pays et à saper ce qu’il considère être sa propre légitimité en tant que leader.

 

Cet appel en forme de fin de non recevoir avait exaspéré les manifestants et avait, on le comprend avec le recul, ruiné le mince espoir qu’il avait à cette étape de se maintenir au pouvoir. Comme la contestation s’accentuait, les Etats Unis avaient pris lentement leurs distances avec M. Moubarak. Le 27 janvier, le vice président Joe Biden soulignait que Moubarak n’était pas un dictateur et qu’il devait rester au pouvoir. Deux jours avant, le 25 janvier, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton déclarait que l’Egypte et son gouvernement étaient «stables.»

Mais après le discours de Moubarak, les Etats-Unis  adoptèrent un ton nouveau. PJ Crowley , le porte parole du Département d’Etat à l’époque, écrivait sur Twitter le lendemain :  «Le gouvernement égyptien ne peut pas se contenter de reprendre les cartes puis rester sur son quant-à-soi. Les paroles par lesquelles le président Moubarak s’engage à réformer doivent être suivie par des actes. »

 

Le 30 janvier, Mme Clinton déclarait:

 

« Nous avons dit très clairement que les mesures concrètes de réforme démocratique et économique que le président Moubarak a évoquées dans son discours doivent être mises en oeuvre … il faut qu’un engagement soit pris par quiconque est au pouvoir de lancer dans un dialogue national avec le peuple d’Egypte, dans le but de prendre des mesures qui répondent aux revendications légitimes du peuple égyptien pour une plus grande participation … c’est un moment très grave pour l’Egypte, et nous allons faire tout ce que nous pouvons pour soutenir une transition ordonnée. « 

 

Puis, le 10 février, Moubarak a prononcé un autre discours provocateur, exaspérant à nouveau les manifestants. Les États-Unis se plaignirent que Moubarak n’avait pas fait de démarches concrètes de «réformes». Le 11 février, il  démissionnait.

 

Hier, le président égyptien Mohamed Morsi a prononcé un discours dans lequel il a rejeté la masse de manifestants comme étant manipulée par des mains étrangères qui cherchent à semer le chaos en Egypte, et il a fait référence à plusieurs reprises à ce qu’il considère comme étant sa légitimité en tant que leader de l’Egypte. Ses propos ont provoqué la fureur manifestants, qui continuent à être très nombreux à battre le pavé au Caire et dans d’autres villes.

 

Aujourd’hui, la porte-parole du département d’Etat Jen Psaki a dit:

«Nous pensons qu’il y avait une absence de mesures spécifiques significatives dans la déclaration de Morsi. Il doit faire plus pour être vraiment réceptif aux préoccupations du peuple égyptien …. Nous sommes au côté du  peuple égyptien. Nous avons été en contact avec toutes les parties -.avec  l’opposition, avec le gouvernement, avec l’armée -. et nous allons continuer à l’être. Mais pour apaiser les  inquiétudes ou éviter les suppositions, nous ne sommes pas [parties prenantes] – nous n’avons pas pris parti. [Washington s’est abstenu de critiquer l’armée égyptienne après la destitution de M. Morsi, NdT]

 

Cela vous rappelle quelque chose?

 

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Coptes et Musulmans doivent s’unir pour chasser Satan d’Egypte

7 avril 2013

Les nouvelles sur les relations entre la minorité copte et la majorité musulmane en Egypte ne sont pas bonnes.

Les tensions religieuses ont en effet été exacerbées sous les présidences Anouar es Sadate et surtout Hosni Moubarak dans le souci de détourner l’attention de l’opinion des problèmes économiques et politiques. Il n’est cependant pas du tout sûr que le gouvernement des Frères Musulmans soit en mesure d’enrayer de phénomène qui a aussi maintenant sa vie propre.

J’y vois deux raisons. La première est que les ennemis de la confrérie ont tout intérêt à attiser les passions sectaires. La deuxième est que certains éléments de la confrérie sont également animés par une volonté d’en découdre avec les coptes et que ce n’est pas l’exil dans les pétromonarchies fondamentalistes qui a pu contribuer à les calmer sur ce plan.

Pourtant les coptes sont la plus importante minorité religieuse en Egypte et, comme le nom même de leur église l’indique, ce sont des égyptiens dont la foi est antérieure à l’arabisation et à l’islamisation de l’Egypte.

Je ne connais pas assez l’Egypte pour identifier les interrelations du quotidien, dans la culture et l’éthos populaires entre église copte et Islam, sans parler de ce qui survit de l’ancienne religion du temps des pharaons.

Mon propos n’est pas ici de me placer du point de vue de telle ou telle doctrine religieuse, mais simplement d’inviter à s’intéresser à la réalité de la vie quotidienne d’un peuple qui appartient à une civilisation plurimillénaire avec toutes ses composantes, arabe et musulmane, mais aussi copte et tout simplement égyptienne.

L’article du journal El Mundo que je vous propose en est une illustration.

 Le ‘djihad’ contre Satan se mène dans les églises

Par Francisco Carrión, El Mundo (Espagne) 6 avril 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Le Caire – On dit que la foi déplace les montagnes. Les chrétiens égyptiens prétendent que c’est leur ferveur qui a fait se soulever Moqattam, une colline de terre sèche et craquelée, vers l’extrémité sud-est du Caire. Mille ans après un miracle si extraordinaire, une procession de ‘possédés par le démon’ avance vers les contreforts de la colline pour se libérer de Lucifer. 

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                           Colline de Moqattam

Creusée dans la roche, l’église de Saint Siméon rassemble chaque jeudi plusieurs milliers de fidèles chrétiens et musulmans avides de rédemption. La route qui conduit au purgatoire passe par le quartier où les chiffonniers mènent une existence infernale. Dans ses rues poussiéreuses et sombres, les rats se cachent  au milieu de tonnes de déchets entassés devant les portes des maisons. 

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Quartier des chiffonniers

Le père Samaan a construit ce lieu de culte dans les années 1990 et cepuis lors, il livre entre ses murs sa guerre particulière contre les ravages de Satan. La cérémonie hebdomadaire est sue succession de cantiques et de prières fréquemment interrompues par les cris effrayants des possédés qui peuplent les bancs au premier rang. «Le curé a dans son corps l’esprit de Jésus Christ. Je suis venue une fois parce que j’avais mal aux yeux et il m’a soignée avec de l’huile,» explique à El Mundo Oum Ashraf, une chrétienne qui traîne son corps usé à 57 ans. 

Avec sa soutane noire et sa longue barbe, «baba» Samaan – comme l’appelle son bataillon d’adeptes – est un des exorcistes les plus réputés de ce pays arabe. Attirés par une promesse de guérison, les pèlerins parcourent des centaines de kilomètres. Il est même arrivé qu’une fois un musulman fasse le voyage depuis la Syrie en quête de salut pour sa fille handicapée. Selon ses fidèles, le prêtre résout chaque année des centaines de cas de possession par le démon. 

Les symptômes» de la possession 

On assure que la présence du malin se manifeste au travers de douleurs prolongées à la poitrine ou dans le dos et par certaines maladies graves. Le manque d’appétit sexuel chez les femmes mariées est également perçu comme un symptôme du fait que, sans le savoir, ces femmes entretiennent des relations extraconjugales avec Lucifer.

«Je guérirai tous ceux qui sont possédés par Satan,» assure au microphone le septuagénaire Samaan lorsque, à la fin d’une messe de deux heures en prélude aux exorcismes. «Quiconque touchera une goutte de cette eau peut être certain que Jésus le guérira.» 

La voix rauque du vieillard, ses nombreuses plaisanteries qui provoquent des sourires dans le public, installent une attente tendue dans l’église. L’odeur de l’encens reste suspendue dans l’atmosphère quand le prêtre abandonne l’autel pour s’approcher, escorté par une armée de jeunes volontaires, des travées où se tordent ceux qui sont sous l’emprise de Belzébuth. 

Une jeune femme musulmane, avec les cheveux recouverts du «hidjab» (voile), est une des premières personnes souffrantes que Samaan asperge d’eau bénite. «Au nom de Jésus Christ, je t’ordonne de sortir,» lance-t-il tandis que des spasmes secouent le corps de la jeune fille et que des cris de frayeur se propagent chez ceux qui attendent leur tour. «Sors de ce corps,» insiste-t-il armé d’une petite croix en bois. 

 Quelques secondes plus tard, la lutte s’arrête. La terreur disparaît soudainement du visage. La tête cesse son agitation fébrile. Les extrémités arrêtent de marteler le sol. Et le corps fébrile de la jeune femme, qui n’oppose plus aucune résistance, s’abandonne dans les bras du curé. Les acclamations de joie résonnent sur la pierre quand le jeune femme, trempée et éperdue, sort de la transe et se lève avec l’aide de ses amies. 

Samaan trace avec un stylo des croix sur le front et la paume des mains et fend la foule pour se lancer dans le espiritu suivant. L’efficacité du traitement n’est pas toujours aussi rapide. Si Satan s’accroche, l’exorciste frappe et crache sur le malade jusqu’à ce que l’ennemi s’enfuie et que la personne – sous l’effet des coups et de la salive – s’évanouisse ou vomisse. 

Quand elles ont pu reprendre leur souffle, les personnes purifiées se rappellent rarement leurs quelques secondes d’agonie. Celles qui disent s’en souvenir parlent de langues de feu qui les dévoraient. «Je suis malade. Je suis allée voir de nombreux médecins sans ressentir le moindre soulagement. Mes amis m’ont conseillée de venir parce qu’on m’a fait de la magie noire,» raconte Manal Adl Falil, une musulmane âgée de 35 ans qui vient de la province de Menufiya dans la région fertile du delta du Nil. 

La sorcellerie «habite» aussi le corps de la musulmane Azza, une mère de familel âgée de 28 ans qui habite la cité méditerranéenne d’Alexandrie. «Elle est possédée par le démon depuis six années. Elle crie tout le temps et quand elel écoute réciter le Coran, elle se plaint de douleurs au niveau du cœur et elle s’effondre,» assure sa fille Zeinab. «C’est la première fois que nous entrons dans une église parce qu’à la mosqu »e, ils n’ont pas pu la guérir.» 

Des siècles de péché 

Le «djihad» (guerre sainte des musulmans) contre le Léviathan se livre à coups de messes et de versets de la Bible. La puissance fulgurante du rituel de la minorité chrétienne – qui représente 10 % de la population égyptienne – séduit depuis des siècles ceux qui croient en Allah. C’est ainsi que la tradition raconte qu’au 19ème siècle, le gouverneur Mohamed Ali, père de l’Egypte moderne , avait eu recours à un exorciste chrétien pour chasser le démon de l’âme de sa fille Zohra.

 «Les exorcismes sont nécessaires parce qu’à chaque fois on commet de nouveaux péchés, ce qui a pour conséquence de déclencher la maladie,» explique à notre journal un autre exorciste, Makari Yunan. Licencié en théologie et en pédagogie, Yunan déclare chaque vendredi la guerre à Lucifer depuis la vieille cathédrale copte du Caire.

La rue égyptienne, sujette à l’insomnie, ne se repose jamais et le prêtre croule sous les demandes d’expulsion du diable qui habite des gens peu dévots, qui professent les «péchés de l’argent ou de la chair comme l’adultère» et vénèrent «la passion de l’amour propre, l’ambition pour le pouvoir et l’égoïsme.» Pour «s’infiltrer,» ils disent que l’antéchrist profite des moments de vulnérabilité : l’obscurité, la visite de certaine maisons, les chutes au sol ou quand on va dans la salle de bain. 

Des dizaines de vidéos attestent du «don divin» dont Unan a commencé à se servir en 1976 et grâce auquel il a parcouru la planète. «Ce n’est pas moi qui guérit mais Jésus Christ. Personne ne peut prendre le dessus sur le diable à part Jésus Christ,» précise-t-il avant de gloser sur un ses derniers ‘miracles’. Vendredi dernier deux femmes atteintes d’un cancer et une autre de paralysie ont dit avoir été guéries,» ajoute le prêtre.

La Bible comme le Coran mentionnent les «génies ifrit» (esprits du diable) et les cheikhs pratiquent aussi l’exorcisme. Mais certains de leurs fidèles finissent par échouer dans les églises, fascinés par la lumineuse cérémonie copte et tourmentés par leurs pèlerinages infructueux auprès de prédicateurs ou de guérisseurs.

«Toute personne, quelle que soit son appartenance sociale ou religieuse et quelle que soit sa maladie est bien accueillie. Nos jours sont comme la vapeur d’eau. Ils se vivent fugacement et disparaissent. Il faut accepter Jésus Christ avant l’arrivée de la fin des temps,» conclut le prêtre.

70 000 Coptes manifestent au Caire pour soutenir Bachar el-Assad

15 novembre 2011

Sauf erreur de ma part, aucun media ne nous a parlé de cette grande manifestation  qui a mobilisé des dizaines de milliers de Coptes dans un stade du Caire le 12 novembre dernier.

Ces gens prient pour la sauvegarde de la Syrie et de la personne de son chef de l’Etat. Ils ont parfaitement compris ce qui se passe et risque de se passer en Syrie sous la houlette de ces nouveaux hérauts de la démocratie que sont les monarchies du Golfe.

Via Joshua Landis (Syria Comment)


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