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Interdire le salafisme, disent-ils

28 mars 2018

Le dernier crime commis par un terroriste présumé [mais assassin en tout état de cause] à Trèbes, une petite commune près de Carcassonne, a ravivé les polémiques sur la « radicalisation » et le salafisme dont certains demandent l’interdiction parce qu’il fournirait l’idéologie par laquelle les criminels justifieraient leurs actes.

Je ne vais pas me lancer dans une discussion théorique, ni sur la « radicalisation », ni sur le salafisme. Par contre, j’entends bien qu’on nous dit que ces criminels, qualifiés de terroristes, agissent au nom ou se revendiquent de l’organisation Etat Islamique ou Daesh.

Le terme salafisme renvoie à différents courants de la pensée islamique dont le point commun est de prôner un retour à ce que serait « l’Islam des origines ».   Personnellement, je ne vois pas trop le rapport entre maintes expressions du salafisme, et encore moins les Frères Musulmans qui appartiennent à un courant différent, et Daesh.

Pour ce qu’on peut en savoir, Daesh est une organisation dont les adhérents se situent plutôt dans le sillage du wahhabisme, la doctrine salafiste en vigueur en Arabie Saoudite. Les financements de Daesh, et d’autres organisations du même genre actives en Syrie, en provenance d’Arabie Saoudite n’ont pu échapper à personne hormis ceux qui font des affaires avec la monarchie des Saoud.

Ces derniers sont en gros les mêmes, comme par exemple l’ancien premier ministre français Manuel Valls, qui pointent du doigt avec insistance le salafisme qu’ils accuseraient presque de tous les maux. M. Valls est même allé jusqu’à suggérer l’interdiction du salafisme, une demande également formulée par Nicolas Dupont-Aignan, celui qui avait fait alliance avec le front National entre les deux tours du dernier scrutin présidentiel… Dans un esprit semblable, Mme Le Pen propose de faire « la guerre au salafisme« .

C’est pourtant bien le salafisme wahhabite, dans sa version d’exportation et pro-active, qui anime la plupart des terroristes « islamiques » ou « islamistes » comme on voudra.

En ce qui concerne les différents attentats perpétrés en France, on aimerait quand même en savoir un peu plus sur l’état d’avancement des enquêtes qui portent toutes sur des délinquants connus auparavant des services de police. Des personnes par ailleurs le plus souvent peu instruites et donc peu susceptibles d’assimiler une doctrine quelque peu élaborée. Parce que l’affirmation salafiste d’un retour aux origines est à la fois le point d’arrivée et de départ d’un cheminement intellectuel et spirituel.

Mais pourquoi donc ce wahhabisme, à priori à usage unique pour les gens de la péninsule arabique, s’est-il propagé dans différents pays arabes et musulmans, voire même, de manière marginale, dans des communautés musulmanes en Occident?

Le prince héritier Mohammed bin Salman, nouvel « homme fort » de la monarchie saoudienne a répondu clairement à la question dans un entretien accordé le 22 mars dernier au Washington Post alors qu’il était en visite officielle dans la capitale des Etats Unis.

Interrogé sur le financement de la diffusion par l’Arabie Saoudite du wahhabisme, la foi qui est dominante dans le royaume et que certains ont accusé d’être une source du terrorisme dans le monde, Mohammed a répondu que les investissements pour financer des mosquées et des écoles religieuses [madrassat] à l’étranger avaient leur origine dans la Guerre Froide quand les alliés [c’est-à-dire les puissances occidentales: Etats Unis, France et Royaume Uni principalement, NdT] demandèrent à l’Arabie Saoudite d’utiliser ses ressources pour empêcher l’Union Soviétique de prendre pied dans les pays musulmans.

Les gouvernements saoudiens successifs ont perdu de vue cette entreprise, dit-il, et maintenant « nous devons tout reprendre. » Les subventions viennent maintenant largement de « fondations » établies en Arabie Saoudite, dit-il, plutôt que du gouvernement.

 

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Octobre 2015: Manuel Valls et le prince Mohammed bin Salman à Riyad

Malgré cette franche déclaration, inutile d’espérer voir le gouvernement français ou d’autres membres de la nomenklatura hexagonale dénoncer directement la responsabilité de Riyad dans la promotion d’une idéologie violente. Cette relation est pourtant connue, énoncée dans les médias et même constatée par le Parlement Européen en 2013. Sans conséquence aucune, pas même symbolique, pour la monarchie saoudienne.

Macron visits Riyadh as Saudi-Iran tensions soar

Novembre 2017: Emmanuel Macron et le prince Mohammed bin Salman à Riyad

Normal, puisque les puissances occidentales, celles-là mêmes qui vont jusqu’à faire la guerre pour répandre l’esprit des Lumières, sont aussi responsables de cet état de fait ainsi que l’a rappelé le prince héritier d’Arabie; et que l’Arabie Saoudite est un gros pourvoyeur de contrats civils et militaires pour les industries des grandes puissances occidentales.

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Les néocons ont du mal à faire le deuil de leur rêve d’éliminer Bachar al-Assad

26 décembre 2017

Chacun se souvient certainement que, pendant les premières années du conflit en Syrie, les appels à la destitution du président syrien, voire sa mise à mort, définissaient ce qui devait être un préalable au règlement de la crise.

Sur le terrain, les jours du régime syrien semblaient en effet comptés. Pourtant le régime et son armée (constituée essentiellement de conscrits) ont fait preuve d’une remarquable résilience, d’abord en adaptant leur stratégie à la réalité du rapport de forces puis en s’appuyant sur de solides alliances qui l’ont aidé à faire basculer la situation sur le terrain. Aux côtés de l’armée syrienne, on a vu intervenir le Hezbollah libanais, l’Iran et enfin la Russie. L’intervention russe a été décisive non seulement au plan militaire mais aussi au plan diplomatique en renvoyant au statut de chimère le souhait occidental d’une élimination du pouvoir en place à Damas.

Certains Occidentaux pensent cependant encore que leur projet initial de destruction du pouvoir syrien est seulement différé dans le temps comme on a pu le comprendre, et comme le président syrien l’a compris, des propos de M. Macron lors de son interview du 17 décembre avec Laurent Delahousse sur France 2. De fait, les Occidentaux continuent à s’exprimer publiquement comme s’ils étaient les principaux acteurs, voire les seuls, de la défaite de Daesh en Syrie.

La mythologie diplomatique occidentale veut en effet que le gouvernement syrien n’a pas combattu le prétendu Etat Islamique voire même qu’il l’a parrainé.

C’est cette mythologie élaborée par des think-tanks essentiellement américains qui est dénoncée dans l’article que je vous propose. Ces think-tanks, tout en se parant de noms qui fleurent bon un académisme de bon aloi, produisent pourtant un savoir particulier en ce sens qu’il a pour but premier d’inciter des gouvernements à entreprendre certaines actions (belliqueuses) et qu’il ne s’appuie pas sur les méthodes et les travaux des chercheurs spécialisés dans les domaines de la science politique et des relations internationales.

Si on prête attention à cette tribune libre signée par deux universitaires, on comprend parfaitement que, au moins jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis donnaient la priorité non à la lutte contre Daesh mais à celle contre le gouvernement syrien dont la défaite était le préalable à l’élimination de Daesh.

Tribune libre: Les experts avaient tort à propos d’Assad et de l’État islamique. Comme d’habitude, ils ne veulent pas l’admettre

Par Max Abrahms et John Glaser, The Los Angeles Times (USA) 10 décembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

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John Glaser et Max Abrahms

L’Eta Islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2014, l’organisation extrémiste semblait avoir fait des avancées substantielles dans son projet avoué de constitution d’un Califat. Il comptait des dizaines de milliers de combattants et exerçait un contrôle sur un territoire à peu près aussi vaste que la Corée du Sud. Sous la plupart des aspects, l’Etat Islamique s’est effondré dans son bastion syrien ainsi qu’en Irak. Comme un ancien combattant étranger [de Daesh] le reconnaissait récemment, « C’est terminé ; il n’y a plus de Daesh. »

Le démantèlement de l’Etat Islamique doit choquer le chœur des journalistes et des experts qui ont passé des années à soutenir avec insistance qu’un tel résultat ne pourrait jamais être obtenu sans au préalable renverser le régime de Bachar Assad – qui est, bien sûr, toujours en place. Toute une troupe de faiseurs d’opinion ont pendant longtemps affirmé que l’Etat Islamique en Syrie allait prospérer en Syrie tant qu’Assad serait au pouvoir parce que l’Armée Arabe Syrienne faisait partie de la même maladie.

John Bolton, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies sous George W. Bush, affirmait dans le New York Times que « défaire l’Etat Islamique » n’est « ni faisable ni souhaitable » si Assad reste au pouvoir. S’exprimant dans le Wall Street Journal, les Sénateurs John McCain et Lindsey Graham prétendaient que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad. » Kenneth Pollack de la Brookings Institution prescrivait une politique de « construction d’une nouvelle armée de l’opposition syrienne capable de vaincre à la fois le Président Bachar al-Assad et les islamistes les plus militants. » De la même manière, Max Boot, qui collabore au Los Angeles Times, soutenait que vaincre l’Etat Islamique était futile sauf si les Etats Unis agissaient aussi pour déposer le « régime alaouite à Damas ». Comme d’autres marchands de changement de régime, il argumentait en faveur d’une zone d’exclusion aérienne à travers le pays pour faciliter les frappes aériennes contre le régime Assad tout en renforçant l’aide aux soi-disant rebelles modérés.

D’éminents spécialistes de la Syrie avaient aussi prétendu qu’Assad soutenait, et même parrainait l’Etat Islamique. Michael Weiss de CNN déclarait qu’Assad et le président russe Vladimir Poutine ne combattraient pas l’État islamique et que la Syrie et la Russie étaient la «force aérienne non déclarée» de l’organisation terroriste. Son co-auteur, Hassan Hassan ,  affirmait que le régime syrien n’a jamais combattu [État islamique] auparavant. »

Pendant un moment, partout où l’on regardait, les médias colportaient le même discours. Le Daily Beast présentait les combattants de l’État Islamique comme des «sbires d’Assad». Le New York Times promouvait l’idée que les «forces d’Assad aidaient» l’État islamique en « non seulement évitant » l’organisation terroriste « mais en essayant activement de renforcer ses positions ». Time Magazine répétait comme un perroquet la ligne pro-changement de régime selon laquelle « Bachar Assad ne combattra pas l’Etat Islamique. »

Mais ces arguments en vogue ont été, pour dire les choses gentiment, réfutés empiriquement [dans les faits].

Le dossier en faveur d’un changement de régime à Damas rappelait celui concocté pour Bagdad en 2003 : les interventionnistes avaient joué sur les peurs des Américains en prétendant que les dirigeants irakiens étaient de mèche avec les djihadistes salafistes (la tendance ultra-conservatrice au sein de l’Islam sunnite). Les preuves qu’Assad parrainait l’Etat Islamique était à peu près aussi solide que celle démontrant que Saddam Hussein soutenait al Qaïda.

Comme l’a relevé le spécialiste de la Syrie Aymenn Jawad Al-Tamimi en février 2014, l’Etat islamique « a des antécédents de combat contre le régime sur plusieurs fronts, y compris la zone de Cheikh Saïd dans la province d’Alep, la base aérienne militaire de Kuweiris (où une offensive est en cours sous la direction du bataillon muhajireen Suqur al-Izz, en coordination avec le Bataillon Vert, l’État islamique et Jabhat al-Nusra, à Nubl et Zahara ,  la base aérienne de la brigade 17 dans la province de Raqqa, l’aéroport militaire de Tabqa,  Qalamoun ,à Sayyida Zainab, et Sakhna dans le désert de Homs, la région de Qamishli et la province de Lattaquié. En plus de ces lieux, il faut aussi se souvenir du rôle décisif [de l’État islamique] dans la prise de la base aérienne de Mannagh . « 

L’idée que Assad « ne combattra pas l’Etat Islamique a toujours été fausse. L’idée que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad » était également fausse. Il devrait sembler évident aujourd’hui que l’Armée Arabe Syrienne a joué un rôle dans la dégradation de l’Etat Islamique en Syrie – pas seule évidemment, mais avec ses partenaires iranien et russe, sans même parler de l’impressionnante coalition emmenée par les Etats Unis. Contrairement aux attentes des experts, la disparition du groupe était inversement liée au pouvoir d’Assad. La fortune de l’État islamique diminuait à mesure que son influence [du gouvernement syrien] sur le pays augmentait.

Tout aussi contraire aux prédictions des analystes, l’organisation terroriste a implosé juste après que le soutien extérieur aux rebelles « modérés » s’est tari. L’affaiblissement des rebelles a été un revers majeur pour l’État islamique, car Assad pouvait finalement concentrer sa puissance de feu l’organisation terroriste. En outre, moins d’envois d’armes sur le théâtre des opérations signifiait moins d’armes tombées entre les mains des djihadistes salafistes.

Il est donc étrange que nous n’ayons pas entendu ces nombreux experts reconnaître leurs erreurs; ils ne sont pas pressés de faire acte de contrition pour avoir presque forcé au lancement d’une autre mission de changement de régime basée sur la base d’analyses discréditées.

Feu le bon sens commun était non seulement en opposition avec le constat empirique, mais complètement détachée des apports de la science politique. À quelques exceptions près, les chercheurs en relations internationales ont semblé se contenter de rester en retrait et de regarder les experts des think tanks faire l’analyse quotidienne de la situation en Syrie tout en ignorant les drapeaux rouges qui parsèment le domaine de la recherche.

Certaines des meilleures recherches en sciences politiques au cours des deux dernières décennies ont montré que les militants sont moins susceptibles d’émerger en réponse à des griefs politiques que des conditions propices à leur organisation. Pour l’État islamique, le « modèle d’opportunité » du terrorisme était toujours un meilleur ajustement que le «modèle des revendications». Après tout, c’est une organisation qui s’est établie dans le désert, loin de l’armée syrienne; a attaqué des cibles faciles comme les Yazidis qui n’ont jamais opprimé la population sunnite; et a implanté des branches dans des pays connus non pour leur gouvernement anti-sunnite, mais pour l’absence d’un gouvernement qui fonctionne.

Comme en Irak, une décennie plus tôt, un changement de régime en Syrie aurait créé le vide absolu de pouvoir qui aurait permis à l’État islamique de prospérer.

En outre, l’idée qu’injecter des armes et des combattants en Syrie amènerait à une réduction des troubles en Syrie est en réalité en contradiction avec tout ce que la recherche a établi. La littérature sur les conflits montre clairement qu’un soutien extérieur à l’opposition tend à exacerber et à étendre les guerres civiles qui, habituellement, ne se résorbent pas par des accords e partage de pouvoir entre des parties combattantes égales mais quand un camp – en général celui qui est déjà au pouvoir – parvient à dominer.

Le paradigme réaliste nous rappelle que les Etats Unis n’ont pas besoin de partager la même idéologie qu’un acteur international détestable pour accepter de travailler avec lui contre un ennemi commun. Avec sa sensibilité aux dépenses financières excessives et aux retours de bâton, le Réalisme souligne aussi les dangers des interventions militaires pour mettre en place des gouvernements à à travers le monde.

Même si le califat de l’Etat Islamique n’est plus, la guerre d’Assad contre les terroristes en Syrie continue. Espérons que les analyses à venir de ce conflit éviteront le genre de plaidoyers idéologiques anti-empiriques qui ont contribué à l’ascension d’al Qaïda en Irak et puis de l’Etat Islamique

Max Abrahms est professeur de sciences politiques à la Northeastern University et membre du Council on Foreign Relations. John Glaser est directeur des études de politique étrangère à l’Institut Cato.

Traduction de l’article du New Yorker: « Comment le scandale Tariq Ramadan a fait dérailler le mouvement #Balancetonporc en France »

2 décembre 2017

L’affaire Harvey Weinstein a amené une certaine libération de la parole aux Etats Unis chez des femmes, comédiennes, journalistes etc., qui ont été victimes d’abus sexuels, allant de la main aux fesses au viol caractérisé, de la part d’hommes puissants, producteurs, présentateurs TV, politiciens et même acteurs.

Cette libération de la parole a traversé l’Atlantique pour s’inviter en France mais, du fait de la personnalité d’un des hommes ciblés par une puis plusieurs accusations, le débat public a rapidement dérivé de l’oppression exercée sur des femmes par des hommes puissants, le plus souvent avec la complaisance du système politico-médiatique, vers la stigmatisation d’une oppression de la gent féminine qui serait une spécificité de l’Islam.

L’accusé en question est évidemment Tariq Ramadan, bête noire de la droite traditionnelle mais aussi de la gauche laïcarde qu’incarnent des personnalités comme Caroline Fourest et manuel Valls.

Cette dérive est analysée de manière précise par Adam Shatz dans un article qui a rencontré un écho certain chez ceux qui, tout en admettant évidemment que M. Ramadan soit sanctionné pénalement si les faits qui lui sont reprochés sont avérés, n’acceptent pas que les errements réels ou supposés de l’islamologue suisse soient l’occasion d’une accentuation de la campagne qui vise à stigmatiser la communauté musulmane française ou même au rejet de toute démarche venue de l’intérieur de l’Islam visant à mobiliser les membres d’une communauté en vue de l’exercice d’une citoyenneté respectueuse des lois du pays tout en vivant harmonieusement sa foi.

Je le dis d’autant plus aisément que, même si je ne suis pas du tout musulman pratiquant, je comprends parfaitement les enjeux considérables qu’a pointés mieux que beaucoup d’autres Tariq Ramadan. Adam Shatz rappelle à juste titre que ce qui a suscité la haine féroce que vouent des personnes comme Caroline Fourest à l’encontre de Tariq ramadan c’est qu’il a souligné la possibilité de concilier citoyenneté française et spiritualité musulmane sur la base du fait que l’Islam et la communauté musulmane, les Musulmans eux-mêmes, sont des données de la société française et non des éléments allogènes.

Or la représentation de l’Islam comme un phénomène allogène est ce qui permet à certains d’en parler en des termes qui scandaliseraient s’ils portaient sur une autre communauté religieuse et d’exiger, eux les « laïques », que cette religion se naturalise en quelque sorte.

Les accusations contre Tariq Ramadan, si elles correspondent à la réalité, et même si ce n’est pas le cas sans doute, risquent de porter un coup fatal à une approche qui, loin du prétendu double-discours dénoncé par Caroline Fourest, propose un socle minimal pour que tous les habitants de ce pays puissent cheminer ensemble quelles que soient leurs convictions religieuses.

Cette affaire a cependant permis aussi de constater de manière claire que Tariq Ramadan n’a pas que des amis parmi les Musulmans. Son discours est en effet jugé trop conservateur pour ceux qui prétendent concilier leur foi avec des valeurs de gauche, trop progressiste pour d’autres tel le fameux « Etat Islamique » pour qui M. Ramadan est un apostat.

J’ignore si M. Ramadan est coupable d’un ou plusieurs des crimes et délits dont on l’accuse. J’espère que non, mais la justice doit passer et si crime il y a il ne doit pas rester impuni.

Certes, M. Ramadan ne renvoie pas l’image d’un agresseur sadique mais c’est le propre de certains délinquants, sexuels ou autres, de renvoyer une image lisse et de garder un calme semble-t-il à toute épreuve tant que leur culpabilité n’a pas été démontrée. Et encore…

Comment le scandale Tariq Ramadan a fait dérailler le mouvement #Balancetonporc en France

par Adam Shatz, The New Yorker (USA) 29 novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Peu après la formation du mouvement #MeToo aux Etats Unis, en réaction au scandale Harvey Weinstein, « #Balancetonporc  » a surgi en France. L’effet en a été un coup sans précédent porté à ce que Sabrina Kassa  a appelé le « ventre patriarcal » d’un pays où le harcèlement et d’autres crimes sexuels ont souvent été dissimulés ou balayés par un discours gaulois sur le flirt et le libertinage.. En 2008, Dominique Strauss-Kahn, qui était le Président Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI), avait été l’objet d’une enquête interne du FMI suite à des allégations selon lesquelles il aurait contraint une subordonnée à avoir des relations sexuelles avec lui. Bien qu’il se soit excusé pour une « erreur de jugement », la presse française avait célébré en lui « le grand séducteur. » S’il n’avait pas été arrêté à New York en 2011 sur des accusations (qui seront ensuite abandonnées) d’avoir violé Nefissatou Diallo, une femme de chambre, dans la suite présidentielle de l’hôtel Sofitel, Strauss-Kahn, une personnalité influente du Parti Socialiste, aurait pu être élu président de la France en 2012.

Le mouvement #Balancetonporc a dénoncé des personnalités du monde des affaires, du divertissement et des médias, mais le scandale le plus médiatisé a été celui de Tariq Ramadan, un intellectuel et activiste musulman accusé de viol et d’abus sexuels par plusieurs femmes. (Ramadan nie toutes ces allégations) Ramadan est une figure controversée en France depuis plus d’une vingtaine d’années – une sorte écran projectif, ou de test de Rorschach pour les angoisses nationales autour de la « question musulmane ». Comme Strauss-Kahn, il a souvent été dépeint comme un séducteur, mais cette caractérisation n’était pas entendue comme un compliment : il est accusé depuis longtemps d’avoir dangereusement envoûté les jeunes membres de la population musulmane française, fragilisant ainsi leur acceptation es normes françaises, en particulier celles qui touchent à la laïcité, au genre et à la sexualité.

Né en 1962 en Suisse, Ramadan est le fils de Saïd Ramadan, un dirigeant exilé des Frères Musulmans qui était le gendre d’Hassan al-Banna, le fondateur de la confrérie. Tariq Ramadan, qui n’est pas membre des Frères Musulmans, est néanmoins un conservateur religieux – un « salafiste réformiste » selon ses propres termes – qui prêche depuis longtemps les vertus de la pudeur chez les femmes dans l’habillement et le comportement sexuel. (Son frère Hani Ramadan est connu pour son approbation de la lapidation des femmes adultères, sa haine des homosexuels et sa conviction que les attentats du 11 septembre étaient une conspiration occidentale)

Dans les années 1990, Tariq ramadan a attiré un public parmi les Musulmans français, aussi bien dans les banlieues que dans les classes moyennes. Son message était simple, révolutionnaire et électrisant : l’islam faisait déjà partie de la France, et donc les citoyens musulmans n’avaient nulle obligation de choisir entre leurs identités. Ils pouvaient pratiquer leur foi librement, même de façon stricte, et pourtant rester Français tant qu’ils respectaient les lois du pays. Les Musulmans français, soutenait-il, devaient dépasser leur « mentalité de victimes » et se prévaloir en même temps de leur foi et de leur francité. Dans le même temps, la France devrait reconnaître que l’islam est une religion française ; les citoyens musulmans n’ont guère besoin d' »assimilation » dans un pays qui est déjà le leur, une notion paternaliste enracinée dans l’histoire coloniale de la France. Il ne contestait pas la laïcité, la modalité française de la sécularisation, mais il affirmait qu’elle était appliquée de manière discriminatoire contre les Musulmans, en particulier en matière de port du foulard qui a été en définitive interdit dans les écoles publiques en 2004.

Ramadan, avec sa barbe élégamment taillée, ses vestes de sport et ses chemises ouvertes, offre une silhouette charismatique et plutôt lisse. (Il a sans doute l’inspiré le personnage de Mohamed Ben Abbes, le Musulman qui devient président de la France dans le roman de Michel Houellebecq  » Soumission. »)  Sorte de Bernard-Henri Lévy musulman, il semblait être aussi à l’aise avec le jargon de l’intellectualisme parisien qu’avec celui du Coran. Bien que n’étant pas de gauche, Ramadan a gagné le respect de certaines de ses personnalités les plus prestigieuses, dont Edwy Plenel, l’ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur et rédacteur en chef de Mediapart ; Alain Gresh, l’ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique ; et le sociologue Edgar Morin. Lorsque Ramadan prenait la parole, des politiciens et des journalistes, des célébrités et des commerçants musulmans, des imams et des militants altermondialistes l’écoutaient. Au début des années 2000, il jonglait avec tant de publics que, comme l’avait dit l’expert de l’Islam Bernard Godard, un ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, il semblait être en même temps « partout ». . . et nulle part.

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Puis, en 2003, au sommet de son influence, la démarche de Ramadan pour se rapprocher de l’intelligentsia française a commencé à se déliter. Il avait d’abord provoqué un tollé avec un article accusant un groupe d’intellectuels « juifs » de renom – dont l’un n’était pas, en fait, juif – d’avoir abandonné les principes universalistes pour défendre les intérêts juifs et israéliens. L’indignation avait été encore plus forte quand, pendant un débat télévisé avec Nicolas Sarkozy, qui était alors ministre de l’Intérieur, il avait déclaré être en faveur d’un « moratoire », mais pas d’une interdiction, de la lapidation des femmes en cas d’adultère. Ramadan avait dit clairement être personnellement opposé à cette pratique mais, en tant que théologien musulman avait-il expliqué, « Vous ne pouvez pas décider tout seul d’être progressiste sans les communautés, c’est trop facile. »

Dans « Frère Tariq », un livre publié en 2004, la journaliste Caroline Fourest avait dressé le portrait scabreux d’un Ramadan membre irréductible des Frères Musulmans qui « joue sur la faiblesse de la démocratie pour promouvoir un projet politique totalitaire ». Peu importe si Ramadan n’a pas fait mystère de ses convictions, même sur ce problème controversé de la lapidation : il pratiquait ce que Mme Fourest qualifiait de « double discours ». S’il plaidait pour le respect de la loi française à côté de l’observance de l’Islam, c’était une preuve supplémentaire de ses intentions malveillantes. Depuis lors, l’élite française en est venue à considérer Ramadan comme un danger, qui pousse les Musulmans marginalisés des banlieues agitées à l’islamisation et même vers le djihadisme. Ramadan a eu des difficultés à organiser des réunions publiques avec ceux qui le soutiennent en France ; sa tentative l’an dernier de demander la citoyenneté française (sa femme est de nationalité française) a échoué. En 2009, il a pris une chaire à Oxford – financée par l’émirat du Qatar à travers une de ses fondations – et il passe maintenant beaucoup de temps à Doha où il dirige un centre de droit et d’éthique islamiques subventionné par le gouvernement. Ces temps-ci, ses interlocuteurs ont plus de chance d’être des clercs orthodoxes que des intellectuels européens.  La plupart des Musulmans français se sont soit lassés de son culte de la personnalité un peu lourd, soit détournés de lui. Quant aux djihadistes de l’Etat Islamique (Daesh) avec lesquels certains théoriciens du complot de droite pensent qu’il est de mèche, ils l’ont condamné pour apostasie à cause de sa croyance en la démocratie.

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Caroline Fourest

Ramadan semblait sur le point de devenir un has-been-quoique avec deux millions de fans sur Facebook – quand, le 20 octobre, une musulmane de quarante ans nommée Henda Ayari l’a publiquement accusé, entre autres, de l’avoir violée dans une chambre d’hôtel à Paris en 2012. Mme Ayari, qui a depuis reçu des menaces de mort, est une ancienne salafiste qui a rompu avec l’Islam et est devenue une féministe engagée et laïque à la française. Elle est une sorte d’héroïne dans les cercles d’extrême-droite de la fachosphère, où l’islamophobie est un ticket d’entrée. (« Soit tu es voilé, soit tu es violée », a-t-elle dit sur la condition des femmes dans l’Islam.) Les affiliations politiques d’Ayari ont fait se froncer quelques sourcils, mais une semaine plus tard, une femme identifiée par le prénom « Christelle », une Française convertie à l’Islam, affirmait que Ramadan l’avait violée dans une chambre d’hôtel en 2009. Sept jours plus tard, de nouvelles accusations ont été portées, cette fois par trois anciennes étudiantes de Ramadan que ce dernier aurait violées quand elles étaient âgées entre quinze et dix-huit ans. Selon de nombreuses sources, les récits [d’agressions sexuelles] se multiplient.

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Henda Ayari avant (à droite) et après

Et pourtant, l’affaire Ramadan n’a jamais porté simplement sur le fait de savoir si Ramadan avait ou non commis les crimes dont il est accusé, ni même sur les souffrances qu’il aurait infligées à ses accusatrices. Ramadan, qui s’est mis en congé d’Oxford, dit être victime d’une campagne de diffamation. Ses plus proches partisans ont hurlé à la conspiration sioniste, une théorie reprise par Hani, son fondamentaliste de frère. Les adversaires de Ramadan dans l’establishment français ont vite fait de s’emparer de ces accusations comme d’une bonne occasion pour discréditer leurs propres détracteurs. Le 5 novembre, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, sous la présidence de François Hollande, dénonçait les intellectuels qui dialoguaient avec Ramadan comme «complices» de ses crimes présumés. Valls, fils d’immigrants espagnols, est un laïciste intransigeant qui a contribué à introduire la démagogie antimusulmane, ainsi que des préjugés anti-Roms, dans le Parti Socialiste. (Il a présenté le concept même de l’islamophobie comme étant le «cheval de Troie» des salafistes.) En tant que Premier ministre, il a aidé à faire adopter les mesures d’urgence temporaires annoncées après les attentats terroristes de 2015, dont certaines ont été transcrites dans la loi. Et donc normalisées, sous le président Emmanuel Macron.

© MARTIN BUREAU / AFP

Manuel Valls est aujourd’hui un islamologue réputé

Valls n’avait jamais auparavant exprimé beaucoup d’inquiétude pour les victimes de crimes sexuels commis par des hommes puissants. En fait, il avait déploré la «cruauté insupportable» de l’arrestation de Strauss-Kahn à New York. (Quelques membres du Parti socialiste, dont Strauss-Kahn lui-même, ont prétendu avoir été victimes d’un complot orchestré par le président Sarkozy, qui voyait Strauss-Kahn comme une menace à sa réélection. Sarkozy a nié ces allégations). Mais début octobre, Valls a condamné les journalistes de Mediapart en tant que compagnons de route de gauche de l’Islam politique ; par la suite, il a insinué que Plenel avait délibérément caché ce qu’il savait des dépravations sexuelles de Ramadan. (Valls n’a proféré aucune accusation publique contre Bernard Godard, qui travaillait sous son autorité au ministère de l’Intérieur, ou Caroline Fourest, bien que tous deux aient admis avoir au courant des rumeurs sur les mauvais traitements infligés aux femmes par Ramadan.) Ce n’est peut-être pas une coïncidence si Plenel, le président de Mediapart», avait étrillé Valls dans son livre de 2014, «Pour les musulmans», une critique éloquente de l’islamophobie dans la vie publique française, inspirée par le « Pour les juifs » d’Emile Zola publié en 1896, une dénonciation de l’antisémitisme. En fait, Plenel a pris la responsabilité de publier un portrait en cinq parties de Ramadan, par Mathieu Magnaudeix, qui le dépeint comme un « show man » autoritaire et égoïste qui « construit sa renommée sur un mélange de mauvais buzz (contre l’élite) et une séduction digne des meilleurs télévangélistes

Plenel a insisté sur le fait qu’il n’avait rien su de l’inconduite de Ramadan, ajoutant que l’un des dossiers les plus complets sur ce que Mediapart a appelé le « système Ramadan » était paru dans Mediapart à peine une semaine après le scandale. Mais le magazine satirique français Charlie Hebdo a promptement recyclé les accusations de Valls contre Plenel. Depuis le massacre perpétré dans ses locaux, en janvier 2015, Charlie Hebdo a acquis une auréole de martyre, et  » Je Suis Charlie » est devenu une devise presque aussi sacrée que » liberté, égalité, fraternité « . En même temps, le magazine est devenu de plus en plus provocateur dans sa parodie de tout ce qui touche aux musulmans ou à l’islam. La couverture du numéro du 8 novembre comportait une grille de quatre caricatures de Plenel, sous le titre « affaire Ramadan, Mediapart révèle : » Nous ne savions pas.  » Dans les dessins, il couvre sa bouche, cache ses yeux et se bouche les oreilles, les trois singes qui ne parlent pas, ne voient pas, n’entendent pas le mal. (Charlie a également publié une couverture sur laquelle Ramadan se déclare le « sixième pilier de l’Islam », tandis qu’une énorme érection gonfle son pantalon.) En quelques semaines, l’affaire Ramadan s’est transformée en l’affaire Plenel-Valls- Charlie : un débattre qui porte moins sur Ramadan et son traitement des femmes que sur des intellectuels français, leurs relations avec Ramadan et leurs points de vue sur l’islam dans la société française.

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Philippe Val, ancien rédac chef de Charlie Hebdo, aurait appris par la police que son ami et collaborateur Patrick Font était un pédophile

Sur Twitter, Plenel a tourné en dérision la caricature comparée à une  » affiche rouge », par allusion à la fameuse affiche rouge placardée par les occupants allemands à Paris, en 1944, dans le cadre de leurs efforts pour dénigrer un groupe de résistants présenté comme une « conspiration étrangère contre la vie française.  » La première page de Charlie, soutenait-il, était le prolongement d’une » campagne générale « . . . de guerre contre les Musulmans « en France. En réponse, Laurent (Riss) Sourisseau, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, a accusé Plenel de « condamner Charlie à mort une seconde fois ». Accuser Charlie d’exciter la haine antimusulmane, comme l’a fait Plenel, c’est risquer d’être accusé d’incitation [à la haine raciale], comme Valls le savait sûrement quand, le 15 novembre, il déclara au sujet, de Mediapart : « Je veux qu’ils soient écartés du débat public ».

Pour beaucoup en France, la culpabilité présumée de Ramadan n’était pas tant la preuve de la prévalence d’un comportement misogyne en France, ni d’une trahison de ses obligations religieuses, mais la preuve en fait qu’il n’était pas différent des autres «obscurantistes islamiques» qui prêchaient la pudeur aux femmes tout en en tirant cruellement avantage, comme le soutenait Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde , dans une tribune pour le New York Times. Ce prisme a une histoire aussi vieille que le colonialisme français. Comme l’explique Joan Wallach Scott dans son nouveau livre, « Sex and Secularism », la représentation du patriarche musulman répressif et pourtant lubrique a longtemps servi à détourner l’attention de la discrimination subie par les femmes dans la société française, tout comme la prétendue « situation abjecte » des femmes musulmanes tenait lieu d' »‘antithèse de tout ce que » l’égalité « signifie en Occident. »

Ces dernières années, les Musulmans en France ont découvert qu’il ne suffit pas de respecter les lois françaises : pour appartenir vraiment à la France, ils doivent dénoncer les mauvais musulmans, rendre grâce à Charlie et autres démonstrations de loyauté, tout comme leurs ancêtres dans l’Afrique coloniale du Nord et de l’Ouest avaient appris à honorer «nos ancêtres, les Gaulois». Plus ils sont français, plus leur francité, leur capacité à «s’assimiler» semble être mise en question, ce qui a accentué leur sentiment d’aliénation. Les organisations et les institutions musulmanes se sont largement abstenues de commenter le scandale Tariq Ramadan – un silence qui, pour certains, vaut expression de solidarité avec un compatriote musulman longtemps dénigré en France. Les autres qui ont été invités à commenter publiquement l’affaire du Ramadan ont choisi de rester silencieux à cause de leur sentiment de malaise, ou peut-être d’irritation, d’être convoqués pour passer un autre test décisif pour prouver leur valeur en tant que citoyens, ou à cause de l' »islamisation » de l’affaire. Une affaire dans laquelle Ramadan est soit perçu comme la victime d’une conspiration antimusulmane, soit comme un symbole de la violence sexuelle musulmane.

Lallab, une association féministe musulmane, n’a jamais été invitée à commenter #balancetonporc, mais a immédiatement été soumise à la pression des médias pour répondre aux accusations contre Ramadan. C’était, a écrit une porte-parole, « comme si nous étions musulmanes avant d’être des femmes. . . Comme si nous avions seulement le droit légitime de dénoncer la violence commise par d’autres Musulmans. »

Un autre produit de cette aliénation historique fut la naissance, en 2005, du Parti des Indigènes de la République, un groupuscule composé en grande partie de militants originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest qui brandissent leur aliénation de la société française comme un titre de fierté. Le PIR considère les musulmans français et les autres personnes de couleur comme des citoyens colonisés à l’intérieur, d’éternels citoyens de seconde zone, et préconise une politique de séparatisme beaucoup plus radicale que le message d’inclusion de Ramadan. Houria Bouteldja, la porte-parole charismatique du Parti, a connu la notoriété ces dernières années pour sa défense des hommes musulmans accusés de violences sexuelles. Elle a fait valoir que, face à la «virilité alimentée par la testostérone chez les hommes indigènes», les femmes de couleur devraient rechercher son côté rédempteur, «la partie qui résiste à la domination coloniale», et rester avec leurs frères. Mais les nombreuses accusations portées contre « Frère Tariq » semblent avoir amené Bouteldja à faire une pause. Dans une déclaration laconique et inhabituellement mesurée sur Facebook, elle a mis en garde contre « l’instrumentalisation raciste de cette affaire » mais dit aussi que la justice devra décider « si les faits sont avérés et si Henda Ayari a été honnête dans sa démarche. »

Alors que la plupart des commentateurs de l’affaire Ramadan ont été – comme c’est souvent le cas avec les discussions sur l’islam, la laïcité et le terrorisme en France – blancs et masculins, certaines des idées les plus importantes sur le scandale viennent des féministes musulmanes qui sont consternés par les préjugés de Valls et de Charlie, et déçues par l’apparente indifférence de Bouteldja envers les victimes d’abus sexuels. Pour elles, le scandale exemplifie la nécessité d’une sorte d’«intersectionnalité» ou de compréhension de la nature imbriquée de l’oppression raciste et sexiste, qui fait partie du discours féministe aux États-Unis depuis la fin des années quatre-vingt. Comme l’écrit Souad Betka dans un essai publié dans le magazine en ligne Les Mots Sont Importants, «nous les féministes musulmanes refusons de sacrifier la lutte contre le sexisme et la violence patriarcale à celle contre le racisme. » «Depuis plus de cinq ans, de nombreuses militantes associatives musulmanes de mon entourage m’ont témoigné avoir été victimes d’insultes, de manipulation et de harcèlement sexuel de la part de cet homme» [Tariq Ramadan]. Mais les organisations antiracistes dans lesquels militaient ces femmes avaient choisi d’ignorer la violence sexuelle perpétrée par des hommes «indigènes» par crainte d’attiser l’islamophobie française. Il n’est dès lors pas surprenant que des femmes musulmanes comme Henda Ayari cherchent auprès d’écrivains comme «Caroline Fourest le soutien que d’autres, plus proches, tardent à leur apporter.». Pour une grande partie de la société française, écrit Betka : « un homme musulman est toujours plus qu’un homme. Il est l’arbre qui représente la forêt, faute de la cacher. Il est la forêt. »

Pour Manuel Valls et Charlie Hebdo, Ramadan représente la menace de la conquête islamique ; pour les partisans musulmans de Tariq Ramadan, il représente l’Oumma elle-même. Pour ceux qui sont coincé entre la manipulation raciste par Valls des crimes présumés de Ramadan et le déni des partisans de ce dernier, la position la plus radicale consiste à souligner le fait qu’il n’est qu’un homme.

« Je ne suis pas une musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être »

10 mars 2017

Aux Etats Unis, il existe une presse étudiante très vivante dont le niveau éditorial n’a souvent rien à envier aux médias professionnels (ce serait même parfois l’inverse).

Cette presse étudiante à l’intérêt particulier de mettre en évidence ce que pensent les jeunes dont beaucoup feront partie de l’élite américaine et auront donc un poids particulier dans la vie publique de leur pays.

C’est le cas du Harvard Crimson, journal d’une université parmi les plus prestigieuses des Etats Unis, membre de l’Ivy League qui rassemble huit universités de renom dont certaines au nom évocateur comme Princeton ou Yale.

Shireen Yunus est une jeune éditorialiste qui collabore au Harvard Crimson où elle nous propose un article dans lequel elle dénonce avec talent la quête perpétuelle dans les médias dominants et dans le discours des politiques du « Musulman modéré », cet individu marginal voire introuvable face à la horde des Musulmans extrémistes assoiffés de violence.

Shireen

Shireen Younus

A cette demande des médias dominants, Shireen Younus a finalement choisi de répondre par une fin de non-recevoir.

Un propos qu’on peut et doit évidemment considérer comme valable pour la situation en France.

Je ne suis pas une Musulmane modéré

Par Shirenn Younus, Rédaction de The Harvard Crimson (USA) 9 février 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

A l’âge de quatre ans, ma mère m’apprit à lire le Coran. Nous commençâmes avec l’alphabet arabe. Je me souviens avoir appris comment prononcer la lettre « alif », la première lettre du mot « Allah » (Dieu), et « sheen », le première lettre de mon propre nom. Comme je grandissais, ma mère m’apprit comment placer mes mais pour la prière, mon père me parla du courage et de la piété des premiers Musulmans, mes parents m’emmenèrent dans une petite mosquée qui devait devenir comme une deuxième maison pour moi.

Je sais que mes expériences sont différentes. Je couvre mes cheveux avec un foulard. Mon livre sacré se lit de droite à gauche. Et je vais à la mosquée, pas à l’église. Mais je sais aussi qu’il n’y a là rien d’extrémiste. Ma foi m’a enseigné aussi les mêmes règles morales de base : la bonté, l’honnêteté et le respect.

C’est seulement à l’âge adulte que j’ai réalisé que, pour certains, mon enfance et mon identité n’étaient pas seulement différents mais dangereuses. Dans le monde post 11 septembre, la langue que j’ai apprise à côté de l’Anglais est associée au terrorisme, mon foulard est un autre symbole de mon altérité et la mosquée où j’avais noué des amitiés et joué à la balançoire est le signe d’une atteinte malvenue à la société américaine. C’est aussi à ce moment que j’avais réalisé qu’être Musulman ne suffisait pas – je devais me définir comme une « Musulmane modérée. »

Je dus commencer à endurer les blagues sur les terroristes et rester calme devant des accusations insultantes. Je commençais à faire ouvertement acte de contrition et à m’interroger sur comment mes erreurs avaient pu aboutir à la généralisation de stéréotypes négatifs sur les Musulmans. A l’époque, ça paraissait logique. J’entendais partout l’Amérique en appeler à des voix « musulmanes modérées. » C’était ce qui apparaissait comme la voie la plus évidente pour distinguer les convictions pacifiques de l’idéologie pervertie de ceux que je voyais à la télévision.

Même ma connaissance de l’Islam avait été affectée par mes tentatives pour être modérée. Au lieu d’aller dans le sens de ma curiosité naturelle pour la religion, j’appris comment être sur la défensive. Aujourd’hui, je suis capable de parler de l’histoire islamique des droits des femmes et de la signification du mot « djihad ». Je peux expliquer comment l’Islam valorise la modération dans la pratique religieuse. Je peux vous dire que le Coran ne prescrit pas la peine de lapidation, que la première université dans le monde fut fondée par une femme musulmane et que le mot « infidèle » n’appartient pas à la tradition musulmane.

Cependant, dans mes vaines tentatives pour être modérée, j’ai appris qu’un Musulman modéré est bien plus qu' »un Musulman qui n’est pas un terroriste. » Un Musulman modéré est plus « laïque » [secular] – moins ouvertement religieux. Un Musulman modéré doit se montrer aveuglément patriote et reconnaissant à l’égard des Etats Unis en dépit de politiques intérieures et extérieures bi-partisanes qui font quotidiennement du mal aux Musulmans partout dans le monde. Un Musulman modéré doit constamment coller au stéréotype du « Musulman libéral [au sens américain] et laïque [secular] qui est tout aussi peu nuancé que le stéréotype du « Musulman terroriste dangereux ». Un Musulman modéré ne se voir accorder qu’un minimum d’espace par les médias et par l’Amérique. Un Musulman modéré est une personne diminuée.

Je ne suis pas une Musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être.

Le qualificatif « modéré » suggère qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement violent dans l’Islam. Il pousse à conclure à tort qu’un petit groupe de « modérés » se situe en opposition à de grandes bandes d’extrémistes violents qui soutiennent Daesh. Ce n’est tout simplement pas vrai parce que la réalité est complètement à l’opposé. Quand les médias parlent de « Musulmans modérés », ils propagent un discours dangereux selon lequel l’Islam est une religion violente qui n’est pas compatible avec la société américaine.

L’expression « Musulman modéré » présume qu’être musulman n’est pas suffisant. Qu’être musulman est une menace. Elle enjoint aux Musulmans de s’abstenir de lutter pour les droits de l’Homme et un respect élémentaire. Elle nous enseigne à associer notre propre foi et nos propres mois à la violence, bien que nous sachions à quel point ce mythe est faux. Elle fait que nous nous retrouvons sans cesse à condamner le terrorisme et à nous attribuer la charge de la preuve en réaffirmant que nous sommes des gens bons, pacifiques et libéraux.

C’est épuisant, et contraignant, et j’en ai assez. Je ne pense pas qu’il soit de ma responsabilité individuelle de réaffirmer constamment mon humanité. Je ne crois pas que réaffirmer l’humanité de milliards de Musulmans dans le monde entier relève de ma responsabilité.

Mon identité, comme l’identité de tout individu musulman est diverse. Oui, je prie cinq fois par jour et le mois de Ramadan est ma période de l’année préférée. Mais je suis une inconditionnelle de Beyoncé et j’ai une propension à zapper sur Netflix. Je ne devrais pas avoir à sacrifier une quelconque partie de moi-même pour mériter votre respect.

Shireen Younus,’20 ans, est une éditorialiste du Crimson qui vit à Greenough

Sur la Syrie, l’opinion publique américaine préfère Vladimir Poutine à Hillary Clinton et Barack Obama

3 novembre 2016

On a ici un sondeur déçu par le résultat d’une enquête réalisée par son institut. En effet, alors même que le souhait profond de cet universitaire est que l’opinion publique américaine mette dans un même sac le président syrien Bachar al-Assad et Daesh, il se trouve la dite opinion publique, même exposée aux arguments classiques de l’impérialisme, préfèrent placer en tête de ses priorités la défaite de Daesh.

Et pire encore, cette opinion publique américaine aimerait que son gouvernement se rapproche de celui de la Russie pour une lutte plus efficace.

Le sondage est fait par un institut universitaire, ce qui a sans doute empêché l’auteur de ce papier d’en manipuler les résultats.

Les Américains détestent plus l’Etat Islamique que Poutine ou Assad. Voici comment sont structurées leurs préférences politiques

par Shibley Telhami, The Washington Post (USA) 1er novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Même si l’élection présidentielle aux Etats Unis n’a guère porté sur de réelles questions politiques, le conflit en Syrie et la lutte contre l’Etat Islamique ont figuré parmi les problèmes politiques sensibles souvent débattus pendant l’année écoulée par Donald Trump et Hillary Clinton. Si tous deux ont souligné la menace que représente l’Etat Islamique, ils ont divergé sur la manière concrète de lui faire face.

Une nouvelle enquête d’opinion sur les questions sensibles [critical issues] de l’Université du Maryland – conduite par Nielsen Scarborough auprès d’un échantillon représentatif au niveau national de 1528 électeurs inscrits avec une marge d’erreur de 2,5 % – apporte un éclairage nouveau sur la façon dont l’opinion publique américaine se positionne sur ces questions. Il s’avère que les Américains souhaitent mettre de côté les divergences avec la Russie pour unir les efforts contre l’Etat Islamique (ISIS dans l’enquête). Ce qui ne signifie pas que les Américains ont confiance en la Russie ou qu’ils aiment son président, Vladimir Poutine. En fait, les Américains n’aiment pas Poutine: les Démocrates l’identifient dans une réponse à une question ouverte comme étant la personne la plus détestée parmi les responsables politiques qu’ils soient américains ou étrangers tandis que les Républicains le considèrent comme la quatrième personnalité la plus détestée, tout près de Kim Jong Un mais loin derrière leurs cibles intérieures que sont le Président Obama et Mme Clinton.

Nommez SVP un dirigeant national ou étranger que vous détestez (répondants démocrates en bleu, républicains en rouge)

En dépit de l’expression de cette animosité à l’égard de Poutine, l’opinion américaine est encline à mettre de côté les différences avec la Russie pour affronter l’Etat Islamique, malgré même le fait que Moscou travaille aussi avec les opposants aux Etats Unis que sont le régime syrien du président Bachar al-Assad, le Hezbollah et l’Iran. Et alors que les Américains continuent à exprimer des réserves quant à une extension de l’engagement militaire US en Syrie, l’électorat de Trump exprime des vues beaucoup plus bellicistes non seulement par rapport à l’électorat de Clinton mais aussi par rapport aux déclarations de Trump.

Commençons par les attitudes à l’égard des relations avec la Russie sur la Syrie. Les Américains, quelles que soient leurs tendances partisanes sont d’accord sur une question : le degré auquel ils voudraient voir une plus grande coopération russo-américaine. Pour deux tiers des personnes interrogées, le niveau actuel de coopération est plus faible que celui qu’elles souhaiteraient, c’est le cas de 72 % des républicains et de 65 % des démocrates.

Dans l’ensemble, comment décririez vous le niveau actuel de la coopération russo-américaine dans le conflit syrien (les barres tout en bas correspondent à ceux qui la jugent insuffisante)

Après avoir rappelé aux personnes interrogées le fait que les Etats Unis et la Russie soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien même si les deux pays veulent vaincre l’Etat islamique, nous avons demandé aux personnes quelle était la meilleure façon de vaincre l’Etat Islamique. Quelque 60 % – dont 2/3 des républicains et une majorité des Démocrates – ont indiqué préférer que soient mises de côté les divergences avec la Russie pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat Islamique.

Quelle est selon vous la meilleure façon pour l’Amérique de combattre Daesh?

A l’évidence, un des facteurs qui sous-tend ces attitudes est le fait que l’opinion a identifié depuis des mois, dès novembre 2014,l’Etat Islamique comme étant la principale menace pour les intérêts américains. En fait, dans la présente enquête, la lutte contre l’Etat Islamique supplante même l’immigration et le déficit commercial comme priorité pour l’opinion américaine. Quand on leur a demandé de choisir leurs plus grandes priorités parmi un certain nombre de problèmes qui comprenaient la montée en puissance de la Chine et l’affirmation russe, la lutte contre l’Etat Islamique est arrivée en tête avec 53 % des répondants l’identifiant comme une de leurs deux plus grandes priorités.

Parmi les problèmes suivants, lesquels devraient être les plus grandes priorités des Etats Unis?

Cet accent mis par l’opinion publique sur la menace de l’Etat Islamique prime sur toutes les autres préoccupations, même celles qui portent sur l’assurance [retrouvée] de la Russie. Il devance aussi les inquiétudes du public relativement à Assad. Il est bien sûr possible que le public américain, distrait par sa campagne présidentielle, n’ait pas accordé suffisamment d’attention aux informations sur les bombardements de la Russie et di gouvernement syrien qui ont tué beaucoup de civils et détruit des hôpitaux. Il est aussi peu probable qu’une grande partie du public ait été informé des arguments selon lesquels Assad avait un intérêt à l’ascension de l’Etat Islamique afin de détourner les énergies locales et internationales qui se seraient, sinon, concentrées sut son éviction. Mais la crise syrienne dure depuis plusieurs années et les informations des médias américains se sont concentrées sur les atrocités et les réfugiés bien avant le début de la campagne électorale. Beaucoup d’Américains ont une aversion profonde pour Assad (il est classé sixième sur la liste des personnalités les plus détestées) et veulent voir un changement de régime en Syrie. Dans une question qui portait spécifiquement sur ce sur quoi ils aimeraient que les Etats Unis se concentrent en Syrie, 35 % des répondants disent qu’ils considèrent comme une priorité la défaite et la fin du régime Assad. Cependant 52 % considèrent que vaincre l’Etat Islamique est la première priorité contre seulement 2 % pour qui l’éviction d’Assad est la principale priorité.

Quel devrait être le premier objectif de l’engagement militaire américain en Syrie? (1 % des républicains et 3 % des Démocrates pensent que l’éviction d’Assad devrait être le premier objectif).

La préférence pour une coopération avec la Russie peut être aussi vue comme un choix entre deux mauvaises alternatives. Deux tiers des répondants craignent de donner un soutien militaire significatif aux rebelles syriens qui peuvent avoir dans leurs rangs des éléments islamistes autres que ceux de l’Etat Islamique ou d’al Qaïda. Même avoir présenté aux répondants une série d’arguments classiques pour ou contre l’envoi d’une importante force militaire terrestre américaine pour aider à vaincre l’Etat Islamique, 63 % des Américains restent opposés à une telle mesure.

Etes-vous favorable au déploiement d’importantes forces terrestres américaines en Syrie et en Irak pour combattre Daesh?

S’il existe un dossier solide pour soutenir que lutter contre Assad ou contrer la politique étrangère russe  devrait être au moins aussi important que combattre l’Etat Islamique – ou que la menace de l’Etat Islamique est peut-être exagérée compte tenu des autres priorités des Etats Unis dans le monde – cette enquête montre que les Américains ne l’ont pas entendu. Pour l’instant, confronter l’Etat Islamique l’emporte sur tout le reste, y compris l’hostilité à l’égard de Poutine et Assad.

Shibley Telhami est professeur titulaire de la chaire Sadate et directeur de Critical Issues Poll à l’université du Maryland Critical Issues Poll. Il est professeur associé à la Brookings Institution.

La Turquie, bazar à fournitures pour Daesh

29 octobre 2016

Je vous livre l’article tel quel: il parle d’un rapport de l’UE qui ne révèle que la pointe de l’iceberg du trafic qui permet aux ennemis de la Syrie d’équiper les factions terroristes, « l’Etat Islamique » (Daesh) en particulier.

Le bazar turc de l’Etat Islamique

Les djihadistes se procurent les plus de 700 composants pour la fabrication de leurs explosifs auprès d’une dizaine d’entreprises situées en Turquie

Par E. Urreiztieta/A. Escriva, El Mundo (Espagne le 29 octobre 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Un rapport de l’Union Européenne sur la guerre en Syrie montre la Turquie comme un grand trou noir – ou encore « goulot de bouteille » – lorsqu’il est question du contrôle de la fourniture des produits avec lesquels l’Etat islamique (EI ou Daesh) fabrique les IED (Engins explosifs improvisés ou bombes artisanales) utilisés en Syrie et en Irak. Même si les composants sont fabriqués dans d’autres pays, c’est par la Turquie que transite la plus grande partie des détonateurs ou des substances chimiques répertoriés dans le rapport et qui finissent entre les mains des islamistes (700 composants retrouvés dans des localités comme Kobané ou Mossoul). Les autorités turques n’ont cependant pas répondu aux questions posées par un organisme indépendant dont l’objectif était de retracer l’itinéraire des éléments avec lesquels les djihadistes assemblent leurs engins explosifs.

«Les autorités turques ont refusé de répondre aux demandes répétées d’informations et ont ainsi laissé les enquêteurs dans l’incapacité de documenter le circuit emprunté par plusieurs marques de cordeau détonant qui avaient transité par Ankara puis atteint Kobané en Syrie,  » lit-on dans le document que El Mundo a pu consulter. Et ce n’était pas un cas unique. Des entreprises iraniennes, libanaises, indiennes, japonaises, turques également ou encore autrichiennes ont ignoré les requêtes de l’Union Européenne pour qu’elles transmettent des données relatives à des matériels qu’elles ont fabriqué ou vendu et qui ont terminé, après être passés par les installations d’un ou plusieurs intermédiaires dans les stocks de l’EI. Ces réponses négatives ont rendu encore plus difficile le travail déjà compliqué de suivre les étapes de certains produits qui, ou bien ne nécessitant pas de permis pour la vente ou l’exportation, ou bien peuvent être employés pour un usage civil comme dans les mines ou l’industrie, ou encore qui, même s’ils nécessitent un certain type d’autorisation ne sont pas soumis à la même surveillance que les armes.

Les données restent néanmoins significatives : l’examen de 700 composants utilisés par l’EI dans la fabrication de ses IED a permis d’identifier 51 entreprises de 20 pays impliquées dans la vente , la production ou la réception de « matériel critique » qui est le terme appliqué pour qualifier certaines substances chimiques comme la pâte d’ aluminium, le nitrate d’ammonium ou l’ urée, le cordeau détonant, les détonateurs, les câbles, les roquettes, des sprays de vaseline [la vaseline entre dans la fabrication de certains explosifs, NdT], des téléphones mobiles ou des composants électroniques qui servent à l’ activation à distance.

Selon les chercheurs, « il n’y a aucune preuve suggérant un transfert direct entre les pays et les sociétés mentionnées dans l’enquête » vers l’EI. « Dans tous les cas identifiés, les producteurs ont cédé les composants légalement à des sociétés légales de négoce et de distribution. Ces sociétés, à leur tour, ont vendu à de plus petites entreprises commerciales qui apparaissent comme le maillon faible pour les personnes ou organisations soutenant ou associées à l’Etat islamique,  » lit-on dans le rapport.

Il s’ensuit que, pour les rédacteurs du rapport, la loi ne suffit pas. En fait, à ce stade, il y a un élément sur lequel ils attirent une attention toute particulière et qui leur permet de délivrer un certain nombre d’avertissements et de reproches importants. « Peut-être le résultat le plus important de ce rapport,  » disent-ils, « il a à voir avec la rapidité avec laquelle les forces de l’ EI peuvent acheter des composants pour leurs IDE . Ils peuvent le faire en un mois, ce qui en dit long sur l’insuffisance du contrôle par les gouvernements et les entreprises concernées « 

 «La seule exigence d’une licence ne suffit pas à empêcher l’acquisition de matériels tel que des détonateurs ou le cordeau détonant par l’EI », dénoncent-ils. Et ils soulignent : «Et on a trop peu conscience de l’utilisation potentielle qu’un terroriste peut faire de certains matériels accessibles aux civils. »

L’enquête a débuté en Juillet 2014 et a duré plus de 20 mois, jusqu’en Février 2016. Paradoxalement, les données recueillies n’ont pas empêché que, quelques semaines plus tard, le 18 Mars de cette année, les gouvernements européens ont convenu de laisser à la Turquie le la gestion de la destination des réfugiés fuyant la guerre en Syrie.

Selon les enquêteurs, après la prise de Mossoul en Juin 2014, l’EI a fabriqué et déployé « à une échelle quasi-industrielle des engins explosifs improvisés dans les territoires dont il s’était emparé..

La fonction de ces engins était de rendre plus risquée toute action offensive que ses ennemis voudraient entreprendre d’augmenter le risque d’une attaque de fonctionnement de leurs ennemis souhaitent à entreprendre et retarder le retour des populations déplacées. Les combats dans les villes irakiennes d’Al Rabia, Kirkouk, Mossoul, Tikrit et dans la ville syrienne de Ayn al-Arab ont permis de localiser l’emplacement des conteneurs et la collecte du matériel qui a été à la base de l’enquête et qui a été apporté par, entre autres institutions, la police fédérale irakienne,  le Conseil de sécurité de la province du Kurdistan et les Unités de Protection de Syrie [milice à dominante kurde].

Fûts de substances chimiques dans un dépôt de Daesh

Le résultat détaillé est révélateur : quand on parle d’activateurs chimiques, apparaissent sept sociétés turques, quatre irakiennes, et une pour chacun des pays suivants : Brésil, Roumanie, Chine, Russie, Belgique, Pays – Bas et Emirats Arabes Unis. Quant aux entreprises qui ont produit ou vendu du cordon détonant, deux sont turques, une libanaise et quatre Indiennes. Les détonateurs ont leur origine en Inde, en Autriche et en République tchèque, et les câbles dans quatre entreprises turques

Cependant, malgré les différentes nationalités mentionnés, le plus gros problème se trouve en Turquie, qui est considéré comme le «goulot d’étranglement» ou la zone grise de cette situation

« Sur les 13 sociétés turques identifiés, huit sont des intermédiaires qui ont redistribué des composants qui ont été fabriqués au Brésil, en Chine, en Inde, aux Pays-Bas, en Roumanie et dans la Fédération de Russie, » précise le rapport.

Dans le cas de l’Inde, « sept entreprises de ce pays ont fabriqué la plupart des détonateurs, des cordeaux détonants et des mèches. La réglementation indienne exige une licence pour ce genre de matériel. Tous les composants avec leurs papiers en règle ont été légalement exportés de l’Inde vers le Liban ou la Turquie, » peut-on lire. Ainsi, « les preuves suggèrent que les forces de l’EI se procurent les composants en Turquie et les transfèrent ensuite vers la Syrie et l’Irak. »

Un exemple tiré du rapport pourrait décrire ce qui se passe exactement quand les composants précités entrent en territoire turc. Les chercheurs ont détaillé le cheminement du contenu de certains dépôts découverts pendant la deuxième bataille de Tikrit, entre Mars et Avril 2015, et où la pâte d’aluminium avait été mélangée avec du nitrate d’ammonium pour la fabrication d’explosifs . Les étiquettes indiquaient que ces produits avaient été fabriqués par les firmes Aldoro au Brésil, Alba Aluminium en Roumanie et Sunrise en Chine.

Ces trois sociétés avaient vendu à trois sociétés turques sises à Istanbul. L’un des importateurs, Gultas Kimya, a répondu à l’UE qu’il vend seulement en Turquie, pas en Syrie ou en Irak, des marchés vers lesquels, comme l’ont reconnu certaines entreprises, le gouvernement turc a interdit l’exportation – ; qu’il n’a autorisé aucun de ses clients à réexporter la pâte d’aluminium qu’il avait importée; qu’il ne contrôle pas la revente par ses clients et qu’il ne connaît pas de loi qui l’obligerait à interdire à ses clients de revendre à des tiers .

La deuxième société importatrice a déclaré avoir vendu le produit à l’ Azerbaïdjan et la troisième, Metkim, a reconnu être incapable de déterminer à quel client elle avait vendu le matériel. De toute évidence, les auteurs du rapport ne pouvaient pas déterminer la «chaîne de traçabilité» de la pâte d’aluminium, tout comme ils ne pouvaient pas trouver – et dans le cas suivant, la Turquie n’était pas le pays de passage, comment a pu arriver dans un dépôt de l’EI à Kobané une grande quantité de cordeau détonant fabriqué en Inde , mais qui avait été d’abord dans les stocks du gouvernement syrien.

En ce qui concerne les composants électroniques que l’EI utilise généralement pour commander ses engins à distance, le chemin est différent. Par exemple, pour activer les bombes en Irak, les terroriste de l’auto-proclamé Etat islamique utilisent un modèle Nokia 105 type RM-908. Les mobiles  utilisés à cette fin  qui ont pu être saisis avaient été fabriquées en Suisse, au Japon et aux États-Unis, mais huit de ces dix appareils avaient été achetés par l’EI aux Emirats Arabes Unis et deux dans la ville d’Erbil, dans le Kurdistan irakien. Le rapport conclut en définitive à des failles juridiques et dans le contrôle, mais aussi, et ce n’est pas volontaire, l’extrême difficulté de restreindre l’utilisation de certains produits quand ils sont utilisés et fabriqués dans des dizaines de pays.

« La haine ne porte pas toujours de hidjab ». Ni de burkini. Un article au vitriol du Daily Mirror

25 août 2016

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet article. Moins à le traduire, because l’humour british rend la mission plus compliquée. Le résultat n’est pas complètement satisfaisant mais je dois m’en contenter.

Le Daily Mirror est un tabloïd anglais  proche du Labour Party. Il tire à environ 900 000 exemplaires par jour. En France, seuls les journaux gratuits comme 20 Minutes ou Direct Matin arrivent à de tels tirages (le Mirror n’est pas distribué gratuitement).

Chère France : s’il te plaît, arrête de fabriquer de nouveaux terroristes en arrachant les foulards des femmes

The Daily Mirror (UK) 24 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

OPINION par FLEET STREETFOX [Fleet Street est le nom de la rue où siègent les principaux journaux anglais]

Fleet Street Fox écrit une lettre ouverte à ceux qui interdisent le burkini

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Femme verbalisée sur une plage pour port de burkini

Mes idiots Française, [sic]

Pour rester diplomate, je vous féliciterai pour votre vin, une bonne partie de votre nourriture et ne mentionnerai pas Jean Michel Jarre.

(Oops.)

Mais je dois vous dire certaines choses au sujet des terroristes au sujet desquels, en dépit du fait qu’ils vous prennent si souvent pour cibles, vous semblez ne pas savoir grand-chose.

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Y’en a une! Y’en a une! Ah non,alors!

Nous aimerions tous qu’il n’y ait pas de terroristes.

Ce qui ne veut pas dire faire le genre de choses qui augmente la probabilité que quelqu’un, le cerveau sous cachetons et animé de la rage de l’impuissant, décide de foncer avec son camion dans une foule de civils,

Les terroristes sont de mauvaises gens. Pas parce qu’ils sont nés mauvais mais parce qu’ils ont été rendus mauvais par des gens encore plus mauvais.

Le travail qui consiste à les convaincre d’être méchants est rendu 85 fois plus facile si le proto-terroriste a l’impression qu’on le considère comme un moins que rien.

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Psst Pierre! Y’a un garçon basané dans la rue avec un ballon. C’est sûrement une bombe!

Une des meilleures méthodes pour amener quelqu’un à ressentir l’humiliation totale est de lui ordonner de se déshabiller devant d’autres personnes.

Les Nazis procédaient ainsi avec leurs prisonniers dans les camps de concentration. Les Khmers Rouges faisaient ainsi avec les gens qui portaient des lunettes [réputés être des intellectuels, NdT]. Daesh le fait avec ses otages.

C’est mal [en français dans le texte], d’accord?

Et c’est pourquoi, mes petites chums [amies en parler du Québec] françaises, c’est incroyablement stupide de dire aux personnes dont vous pensez qu’elles sont des terroristes potentielles d’être plus dénudées qu’elle ne le veulent..

C’est encore plus stupide quand vous considérez le fait que les dames en question :

  1. Ne sont pas des terroristes
  2. Ne cachent pas d’armes dans leurs manches [l’auteur fait un jeu de mot intraduisible qui joue sur le fait qu’en anglais le mot « arm » a le sens de bras ou d’arme selon le contexte].
  3. Et qu’à la base, porter un chapeau, un T-shirt et des leggings qui sont, d’après ce que j’ai pu constater moi-même la dernière fois, sont exactement le genre de vêtements que portent aussi vos agents de police, les habitants de votre pays et les touristes quand ils sont à la plage.
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Mme Nigella Lawson (présentatrice vedette de la télévision britannique), au cas où vous vous poseriez des questions, déteste le soleil par opposition à la liberté

Beaucoup d’entre nous peuvent regarder comme chose admirable votre volonté d’être une nation laïque [secular].

Mais si vous commencez à faire se déshabiller des femmes musulmanes qui veulent recouvrir certaines parties de leur corps, pour être justes vous devrez faire la même chose avec les nonnes, les membres de Hare Krishna, les femmes juives orthodoxes, les catholiques pendant la messe et, eh oui, les imams et les évêques aussi.

Et au sommet des réfractaires aux coups de soleil, les surfeurs dans leurs combinaisons, les mamans de tous les jours, les obèses, les poivrots, les policiers casqués, les personnels sur les routes avec leurs casques de sécurité,  les vieilles dames grecques, les grands-mères et tout ce qui porte un sari.

Et allez-vous sérieusement dire à chaque femme de retirer ses vêtements avant qu’elle puisse rencontrer le Pape lors de sa prochaine visité.

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Vos couvre-chefs sont peut-être des rampes de lancement de missiles, mesdames. Ôtez-les!

Les femmes qui portent un hidjab le font sans doute pour nombre de raisons. La meilleure manière de savoir si elles ont été forcées à le porter, c’est de le leur DEMANDER, pas de leur arracher leurs foulards par la force de la loi et de leur infliger une amende pour ce privilège [en anglais ce mot signifie aussi la faculté de savoir ce que quelqu’un pense].

Il se peut aussi qu’il vous vienne à l’idée que de nombreuses femmes CHOISISSENT d’en porter un – comme le font les nonnes, par pudeur – ou pour des raisons sociales.

Si vous souhaitez que les femmes montrent leurs cheveux, la meilleure façon d’y parvenir est de leur dire qu’elles ont de beaux cheveux.

Humilier une femme du fait de son apparence n’est pas la meilleur manière e l’amener à porter un bikini.

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Bien que vous pourriez essayer avec certains hommes, comme Peter Stringfellow si ça vous chantait

Une autre façon de faire serait de la laisser vivre dans un pays où elle a la liberté de choisir.

Parce que changer un code vestimentaire strict en imposant, euh, un autre code vestimentaire strict ne permettra pas d’emporter la conviction.

D’ailleurs, il y a cent ans de cela, nous couvrions toutes nos têtes.

Voyez-vous, cette dame sur la plage qui a commis le crime affreux de ne pas s’habiller comme Peter Stringfellow est mère de deux enfants.

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Je pense. I think.

Elle a probablement aussi un mari, un père, un frère, des cousins. Tous seront marqués par l’humiliation publique qu’elle a subie.

Et qui, s’ils ne pensaient pas déjà que la France les traitait mal, pourraient se mettre à le penser désormais.

Et si ce n’était pas le cas, ceux qui ont lu sur cette affaire ou vu les photos pourraient se mettre à le penser.

Et s’ils ne le faisaient pas, vous pouvez parier votre dernier franc que les vraies méchants qui cherchent à transformer les autres en terroristes agiteront ces photos au visage de leurs acolytes avant dîner [en français dans le texte].

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Imaginez si quelqu’un avait fait ça à la maman de la pub Oxo (marque d’ustensiles de cuisine)

Après tout, vous ne forceriez pas une nonne à se déshabiller, vous ne retireriez pas le turban de la tête d’un Sikh, ou vous ne rabaisseriez pas le chapelet de prière d’un Bouddhiste

C’est le genre de choses que font les terroristes. Pas vous. Pas nous.

Je sais que vous croyez que par la répression des vêtements de terroristes, vous réprimez les terroristes.

Le problème est que vous stoppez les vêtements, Ni les bombes, ni la haine ou l’islamo-fascisme.

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La haine ne porte pas toujours un hidjab. La journaliste Fatima Manji de Channel 4 a été victime des attaques islamophobes de Kelvin MacKenzie du Sun qui a critiqué le fait qu’elle ait été chargée par Channel 4 de couvrit la tragédie du 4 juillet à Nice

Ce que vous faites là, c’est FABRIQUER DE NOUVEAUX TERRORISTES.

Et une nation saine devrait se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle la France a subi seize attentats terroristes en quatre ans.

Ce n’est pas le fait de se recouvrir de vêtements que vous avez en tête, sinon vous devriez arrêter presque tout le monde.

C’est le fait de se recouvrir de vêtements et d’être musulman que vous ne pouvez supporter.

Laissez-moi deviner. Vous voulez qu’ils collaborent ?

La Grande Bretagne a une certaine expérience parce que nous avons essayé la même chose avec les Irlandais, les immigrés à la peau foncée, les Catholiques, les pauvres et, oh, à peu près tous les autres.

Ca n’a pas marché.

Et vos propres enquêtes montrent que sur une population de deux millions d’adultes musulmans, hommes et femmes, à peine 1900 de ces adultes portent des niqabs ou des burqas.

C’est 0.095%.Est-ce là un problème massif ?

Votre problème n’est pas le burkini. C’est que vous ne pouvez pas voir [voir au sens aussi de supporter] la personne qui est dedans.

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Les maths, c’est trop difficile, non?

Vous êtes incapables de voir qu’un pays qui INTERDIT les foulards est tout aussi mauvais que celui qui en fait une OBLIGATION.

Si la raison pour laquelle nous sommes les gentils est que nous donnons aux gens plus de liberté, la retirer quand elle est exercée n’est pas exactement une bonne idée.[en français dans le texte]

Le seul résultat de ça, c’est que ça amène des gens à penser qu’on les méprise à fond et ça transforme ces 0.095 % en le genre de personnes qui non seulement applaudissent mais peuvent même participer à un massacre.

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Pourquoi ne pas lancer du gaz lacrymogène sur les réfugiés, tant qu’à faire? Oh, vous le faites déjà!

Une chose dont aucun d’entre nous ne veut plus.

Alors, s’il te plaît la France, fais une faveur au monde et à toi-même en arrêtant d’envoyer du gaz lacrymogène sue la Jungle de Calais, arrête de ghettoïser tes immigrés, arrête de t’en prendre à des femmes d’âge mûr qui ont envie de piquer une tête dans l’eau et arrête de trouver des moyens inventifs de susciter de nouvelles vocations terroristes.

Parce qu’en même temps que tu fais ce beau travail, tu pourrais tant qu’à faire rebaptiser ton hymne national Le Chant du Clone de Daesh  pour finir.

Tu es la nation de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. S’il te plaît, montre nous que ce n’est pas du passé.

Très sincèrement,

Ton ami Foxy

Selon l’archevêque catholique syrien de Mossoul, les puissances occidentales souhaitent que les Chrétiens d’Orient quittent leurs pays

20 août 2016

Chacun sait les malheurs qu’endurent les populations en Irak, et les Chrétiens en particulier.

En ce qui concerne ces derniers, beaucoup ont été amenés par la force des choses à quitter les régions où ils étaient enracinés depuis des siècles voire des millénaires ou même à abandonner l’Irak pour d’autres pays de la région ou vers l’Europe et le continent américain.

Cette situation est due, ainsi que l’observe l’archevêque de Mossoul Yoanna Boutros Moshe, à l’intervention militaire anglo-américaine qui a non seulement renversé l’ancien chef de l’Etat Saddam Hussein mais surtout détruit l’armature de l’Etat irakien livrant ainsi le pays à une anarchie dont la minorité chrétienne a été une des premières à faire les frais.

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L’archevêque Yoanna Boutros Moshe

L’archevêque qui a dû quitter la ville de Qaraqosh où se situe le siège de son archevêché après la prise de Mossoul par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) n’est guère optimiste sur l’avenir de sa communauté.

Actuellement réfugié au Kurdistan irakien avec nombre de ses paroissiens, il n’a qu’un souhait, revenir sur sa terre ancestrale, à Mossoul. Il ne se voit pas demeurer au Kurdistan mais il n’a cependant pas le sentiment que les choses avancent en ce qui concerne la reprise de Mossoul

Et il estime que les Etats Unis ne font rien !

Selon lui, les puissances occidentales ne laissent qu’une alternative à ses coreligionnaires : se convertir à l’Islam ou quitter l’Irak.

Concrètement, ça revient à ça. Parce que dans l’avenir chaotique qui est promis à la région dans la stratégie de puissance des Etats unis, le départ massif des Chrétiens est un scénario non seulement vu comme possible par l’occident, mais inexorable et même souhaitable.

C’est du moins une conviction répandue chez les Chrétiens d’Orient à partir d’une information (apparemment non vérifiée) selon laquelle Nicolas Sarkozy aurait affirmé en 2011 au patriarche maronite que « les chrétiens n’ont plus leur place dans le Moyen-Orient et qu’ils devraient tous émigrer vers l’Europe ». Une information qui a été démentie par le gouvernement français (qui a cependant une politique préférentielle d’accueil de ces populations).

Un démenti qui n’a pas vraiment rassuré l’archevêque de Mossoul semble-t-il.

« L’Occident combat Daesh pour les ressources en pétrole »

Les paroissiens de l’église catholique syrienne qui ont fui la terreur djihadiste en 2014 édifient un nouveau sanctuaire pour prier.

L’archevêque de l’église catholique syrienne accuse la communauté internationale de ne pas protéger les fidèles. « Nous nous sentons abandonnés par les politiques. »

Par Francisco Carrione à Erbil (Irak) El Mundo (Espagne) 20 août 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Dans les faubourgs arides d’Erbil on met les bouchées doubles pour construire le nouveau diocèse de l’église catholique syrienne, une branche orientale qui suit les préceptes de Rome. Deux années après son exil forcé, ses paroisses et la mémoire des siècles de présence sont encore entre les mains de l’Etat Islamique autoproclamé.

Ses fidèles, contraints de choisir entre la conversion à l’Islam ou la fuite ont échappé à la terreur à la mi-juillet 2014. Depuis lors, ils ont construit leur refuge aux abords de la capitale autrefois prospère du Kurdistan irakien. « Ici aussi, on ressent le danger, » reconnaît Yohanna Boutros, l’archevêque catholique syrien de Mossoul qui aujourd’hui dirige une diaspora déclinante. Il est 13h, au milieu du complexe en construction un groupe de jeunes Chrétiens joue au football. Les piques de Boutros, 72 ans – archevêque de la deuxième ville d’Irak depuis 2010 – n’épargnent personne, pas même le Pape François. « Je pense qu’il pourrait faire plus que ce qu’il fait, » affirme le religieux pendant l’entretien accordé à El Mundo.

Q – Deux ans après l’exode, avez-vous un espoir quelconque?

R -Aucun. Les gens ont perdu confiance dans le gouvernement irakien parce qu’on n’a constaté aucun progrès sur le champ de bataille. Règne une grande frustration. La majeure partie [des Catholiques] est restée au Kurdistan irakien mais certaines familles ont commencé à aller en Jordanie, au Liban et en Turquie. Quelque deux mille personnes se sont établies en France.

Q – La diaspora est de plus en plus…

C’est comme ça. Nous faisons face à une grande catastrophe. Notre héritage est en train de disparaître. Les gens qui sont partis seront assimilés par d’autres rites [chrétiens essentiellement, NdT]. Si nous ne faisons pas quelque chose, l’Eglise Catholique Syrienne sera rayée de la carte.

Q – La date de l’offensive pour reprendre Mossoul n’est toujours pas fixée.

La coalition internationale a promis qu’elle reprendrait Mossoul mais elle n’a pas expliqué comment elle allait faire. Qu’en sera-t-il de notre foi ? Le retour des Chrétiens semble impossible. Nos fidèles sont traumatisés. Avant de revenir, en tout cas, nous devons d’abord avoir le sentiment qu’il y a un gouvernement qui tient la situation sous son contrôle et peut garantir nos droits. Nous ne voulons pas être des citoyens de seconde zone. Et ensuite, nous avons besoin d’une garantie internationale. Nous ne faisons pas confiance à l’armée [irakienne].

Q -Qu’a laissé votre communauté à Mossoul?

Mossoul est le centre de notre église. Elle a une longue et riche histoire liée à notre foi. Moi, par exemple, j’ai étudié et passé mes diplômes à Mossoul. Dans ma qualité d’archevêque, je résidais à Qaraqosh [une ville chrétienne proche de Mossoul et toujours contrôlée par Daesh] et, comme les autres habitants, j’ai dû quitter les lieux en août 2014 suite à l’offensive de Daesh.

Q -Depuis lors, le patrimoine chrétien dans les zones contrôlées par les djihadistes a été victime des attaques. Savez-vous quelle est leur situation ?

Nous n’avons pas de sources précises sur leur état actuel. Nous savons que les croix ont été arrachées à l’extérieur des églises et que l’Etat Islamique s’en sert comme dépendances. Certains lieux qui ont été endommagés datent du IVème siècle après JC. Ils cherchent à nous humilier parce qu’ils savent que les habitants se sentent très proches de ces monuments.

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Q -La communauté internationale fait-elle assez pour protéger vos fidèles ?

Non. Nous ne sentons pas son soutien. Les Etats Unis comme les gouvernements de l’Union Européenne ne font rien. Ca donne le sentiment que nous sommes priés de nous convertir à l’Islam ou d’abandonner notre terre. « Pourquoi ne partez-vous pas? Cette région n’est pas pour vous, » semblent-ils nous dire. Nous nous sentons abandonnés par les politiques mais pas par les Chrétiens d’Occident.

Q -Qui est derrière Daesh ?

Ceux qui ont donné le jour à Daesh et l’ont amené sur ces terres le savent. L’Occident a commencé à lutter contre cette organisation mais pas par rapport à la situation des Chrétiens, ni par rapport à la transformation de la carte multireligieuse mais par rapport aux ressources [pétrolières] qui se trouvent dans la région.

Q -Quel est votre avenir ?

Si la situation perdure ainsi très longtemps, nous finirons par partir, même du Kurdistan. Bien que les dirigeants de cette région nous aident, il y a ici aussi des forces fanatiques. Ce n’est pas une existence commode.

Q -Vos propos sont très critiques à l’égard des responsables politiques occidentaux Les Etats-Unis ont-ils une responsabilité dans la situation en Irak?

Bien sûr. Ils ont une grande responsabilité. Ils ont renversé Saddam Hussein et permis le vide du pouvoir qui lui a succédé. Avant l’invasion, il y avait des fanatiques mais nous avions de bonnes relations avec la majorité de nos voisins. A partir de 2003, les problèmes ont commencé. Il n’y avait pas de gouvernement et les attaques contre les Chrétiens étaient tolérées. Ce sont les Etats Unis qui ont détruit l’Irak.

Q -Devrait-il y avoir des indemnisations pour les erreurs du passé ?

Les Etats Unis ne feront jamais rien en Irak. Ils disent maintenant que c’est le travail des dirigeants irakiens. En quête de protection, quelques jeunes Chrétiens ont commencé à s’entraîner avec les forces irakiennes pour aider à la libération de Mossoul.

Q -Quel est votre rêve?

Retourner sur ma terre. Si ce n’est pas possible, je ne resterai pas ici. Notre vie doit être là où se trouve notre patrimoine. Et ce sont les vieilles pierres qui témoignent de notre histoire.

Combien de temps faudra-t-il au gouvernement pour comprendre que les Musulmans connaissent bien leurs propres communautés ? (à propos de la condamnation d’Anjem Choudary)

18 août 2016

Le prédicateur Anjem Choudary vient d’être condamné par un tribunal londonien pour soutien à l’Etat Islamique (Daesh). On lui reproche notamment d’avoir prêté allégeance à l’organisation susmentionnée dans une vidéo diffusée sur YouTube et d’avoir encouragé son auditoire à aller combattre en Syrie.

Tout cela paraît assez logique et normal. Ce qui l’est moins, c’est que Anjem Choudary et son acolyte Mohammed Rahman, condamné lui aussi, tenaient des discours incendiaires depuis dix ans.

Comme le remarque Siema Iqbal dans l’article que je vous propose, Anjem Choudary n’avait qu’une audience extrêmement limitée dans la communauté musulmane qui s’était détournée de ses « prêches » quand il s’exprimait dans la rue tandis que les mosquées lui avaient fermé leurs portes.

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Le Dr Siema Iqbal

Ce n’est donc pas à son influence sur la communauté musulmane qu’il devait sa notoriété mais au fait qu’il avait été désigné par les grands médias (journaux, radio et télévision) comme étant représentatif, voire le représentant, de l’Islam en Grande Bretagne.

C’est-à-dire que des médias puissants ont donné à cet individu marginal dans sa propre communauté la possibilité de distiller un message haineux et violent supposé correspondre aux dispositions d’esprit des musulmans de ce pays.

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Selon Anjem Choudary, la charia va dominer le monde. La faible profondeur de champ sur la photo laisse supposer une foule là où il n’y a peut-être que dix personnes

Dans le même temps, des personnalités musulmanes plus qualifiées étaient mises à l’écart, une législation anti-terroriste venant à point nommé les dissuader de se mettre en avant.

A y regarder de près, c’est la situation que nous connaissons en France avec un système politico-médiatique qui s’acharne à trouver et désigner des personnalités supposées représentatives de l’Islam sans se préoccuper de savoir quelle est leur légitimité. On pense immédiatement à l’imam Hassen Chalghoumi ou à Tareq Oubrou. La différence étant évidemment que ces derniers ne se livrent pas à des discours violents mais appellent plutôt les Musulmans à être des Juifs ou des Chrétiens comme les autres.

Cette ficelle est cependant tellement usée et le personnel tellement médiocre que le masque vient récemment de tomber et que le gouvernement fait appel à un non musulman, Jean-Pierre Chevènement pour présider la Fondation de l’Islam de France chargée de l’organisation de l’Islam en France.

Et si ces gens ont les faveurs des médias, c’est parce que tels sont le choix et la volonté des pouvoirs publics en place. La chose est vraie en France avec ces espèces de harkis post-indépendances et elle est vraie aussi en Grande Bretagne où les prêcheurs violents assument une fonction qui ne peut se comprendre, ainsi que le laisse entendre Siema Iqbal, que par les orientations de la politique étrangère britannique. En gardant à l’esprit que la Grande Bretagne est un pays dont les organes médiatiques, presse écrite et audiovisuelle, ont un écho considérable, peut-être inégalé, dans les pays anglophones, Etats Unis compris.

Ces « imams » prêcheurs de haine et de violence sont comme les terroristes sur le terrain : on les utilise aussi longtemps que les avantages qu’on en retire sont significativement supérieurs aux inconvénients. Cet Anjem Choudary rendait de bons services quand la politique britannique consistait à favoriser le départ de combattants pour grossir les rangs des milices qui luttent contre le gouvernement syrien. Si la Grande Bretagne n’a as encore complètement écarté l’idée d’un changement de régime en Syrie, l’envoi de combattants a montré ses aspects négatifs et n’est donc plus d’actualité.

Alors à la trappe M. Choudary comme Abou Qatada avant lui.

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Abou Qatada et son célèbre hérisson

Des harangues dans la rue à BBC News : comment les médias ont créé Anjem Choudary

Par Siema Iqbal, Middle East Eye (UK) 18 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les gros titres des médias versaient dans la délectation mercredi pour saluer le sort fait à Anjem Choudary qui, avec son camarade militant à al-Muhahiroun Mohamed Rahman, encourt jusqu’à dix ans de prison pour avoir exhorté à soutenir l’organisation de l’Etat Islamique dans des vidéos YouTube.

.Je me suis également réjouie : cette grande gueule va enfin être réduite au silence.

C’est cet homme dont les Musulmans se sont éloignés et auquel les mosquées ont fermé leurs portes. Beaucoup avaient appelé à son arrestation depuis des années.

Mais c’est aussi l’homme qui n’avait pas besoin de mégaphone pour diffuser son message quand on commença à l’éviter aux coins des rues. Au contraire, les médias, la télévision et les journaux nationaux lui donnèrent une bien plus vaste plateforme pour lui permettre de prêcher son message en faveur du terrorisme sans qu’il puisse être contredit par la partie vulnérable et marginalisée de la société [la minorité musulmane, NdT]. Plus la communauté le réduisait au silence, plus les médias lui donnaient la parole.

Il est certainement temps pour les médias de rendre des comptes et d’être l’objet d’une enquête sur leur rôle décisif de contribution à la dissémination du message que Choudary désespérait de transmettre, ce qu’il n’aurait jamais pu faire aussi facilement si les journalistes et les médias ne lui avaient pas offert une tribune.

Il était évident que pour les médias, Choudary était la personne ressource. Je pouvais être certaine que, pour n’importe quelle histoire sur la radicalisation, l’extrémisme ou même parfois l’Islam, je devrais voir son visage sur mon écran de télévision, sur internet ou dans le journal.

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Anjem Choudary invité de Newsnight sur la BBC

En fait, depuis vingt ans il se délectait de l’attention que lui accordaient des médias comme la BBC, Fox News et CNN qui tous lui donnaient une plateforme à partir de laquelle il pouvait amplifier son message. Il jouait volontiers et avec un cynisme parfait le rôle du méchant, devenant un nom familier associé au visage d’un « extrémiste » musulman vivant en Grande Bretagne, « parmi nous ». Il était la figure emblématique de l’extrémisme pour les médias.

Ce qui, bien sûr, a renforcé son statut à un niveau encore plus élevé aux yeux de ses partisans et de ses groupies.

Les médias doivent répondre à des questions

Choudary a pris de l’importance en 2001 quand il avait refusé de condamner les attentats du 11 septembre – mais pourquoi son point de vue a-t-il eu droit à du temps d’antenne ? Pratiquement tous les Musulmans condamnaient les attentats, pourtant ils n’avaient pas eu droit à la même publicité que lui.

Quand les Muslims Against Cusades [Musulmans contre les Croisades] avaient manifesté et brûlé un coquelicot [le coquelicot symbolise les soldats tués à la guerre] en 2010, menaçant de scander des slogans et de perturber la minute de silence du Dimanche du Souvenir, les médias avaient couvert l’événement. Ce faisant, ils avaient relié Choudary à un groupe de manifestants d’à peine 35 personnes alors que près de trois millions de Musulmans vivent en Grande Bretagne.

Les informations dans les médias avec Choudary comme personnage principal n’ont rien fait d’autre que d’attiser la division et d’instiller du poison entre les Musulmans et le reste de la communauté nationale, surtout quand ses points de vue sont assimilés à ceux des Musulmans ordinaires. Les présentateurs de la BBC, de Radio 4 comme John Humphreys affirmaient qu’il était « représentatif d’une partie de la communauté musulmane », ce qui avait évidemment suscité l’indignation dans la communauté musulmane.

Dans mon esprit, il ne fait pas de doute que les médias sont complices d’avoir aidé Choudary à diffuser son message sans lui opposer de contradiction et que la politique étrangère britannique était l’oxygène qui alimentait ce récit médiatique. Oui, les méchants font les gros titres et font vendre les journaux, mais à quel prix ? L’impact de tout cela n’apparaîtra qu’avec le temps. Même après sa condamnation, il est encore trompeusement présenté comme « un savant musulman » par certains médias.

Beaucoup de questions tournent autour de cette affaire, y compris celle de la raison pour laquelle il avait été autorisé à prêcher si longtemps des messages si haineux tandis que ceux qui le condamnaient lui et son discours sont maintenant marginalisés suite à une législation anti-terroriste mal conçue.

La communauté musulmane avait reconnu en Choudary un extrémiste et s’en était éloignée depuis des années. Combien de temps faudra-t-il au gouvernement pour comprendre que les Musulmans connaissent bien leurs propres communautés ? Travailler avec elles, au lieu de les intimider avec la législation anti-terroriste, voilà la marche à suivre.

Les médias devraient répondre de leurs actions, qu’elles consistent à donner une tribune à des prêcheurs de haine qui ont été mis au ban de leurs propres communautés ou à répandre la haine à travers des titres qui sèment le division. La propagation de la haine a des conséquences : des leçons doivent être tirées et personne ne devrait échapper à ses responsabilités.

– Siema Iqbal est une mère de famille, médecin et musulmane britannique engagée qui vit à Manchester. Elle fait actuellement partie et est formatrice du groupement de praticiens médicaux de Manchester Nord. Elle a le goût de l’écriture et s’exprime souvent en public en faveur d’oeuvres caritatives au Royaume Uni et à l’étranger.

Le tueur d’Orlando était pro Daesh et pro Hezbollah

13 juin 2016

Daesh et le Hezbollah se livrent  pourtant une guerre sans merci au Liban et en Syrie!

Omar Mateen, le tueur d’Orlando en Floride se serait auto-radicalisé sur Internet. C’est du moins ce qu’on peut lire dans nos journaux et n’est pas sans nous rappeler un certain Mohamed Merah.

Dans tous les cas d’auto-radicalisation, on s’apercevra que non seulement les auto-radicalisés n’étaient pas à proprement parler des loups solitaires mais qu’ ils étaient connus des services de police.

C’est bien entendu le cas d’Omar Mateen dont l’action criminelle a coûté la vie à une cinquantaine de clients d’une boîte de nuit d’orlando.  C’est d’ailleurs à la police que Omar Mateen a déclaré faire allégeance à Daesh. On dira que le message a été transmis à qui de droit…

PHOTO: Orlando shooting suspect Omar Mateen is pictured in an undated photo from Myspace.

Omar Mateen avait aussi fait allégeance au New York Police Department

Les victimes d’Orlando ont ceci de particulier qu’elles sont homosexuelles, ou membres de ce qu’on appelle aux Etats Unis, et maintenant dans le reste de l’Occident, de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).

La qualité des victimes invite tout naturellement à considérer le massacre comme motivé par l’homophobie.

C’est ainsi que sont fixés les cadres de lecture de cette ignominie et l’accent est mis tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre: l’accent mis sur l’islamophobie aux Etats Unis comme en témoignent les recensions des crimes contre les homosexuels dans ce pays, accent mis sur la façon dont Daesh traite les homosexuels en Irak et en Syrie, c’est-à-dire en les tuant avec une cruauté innommable; accent mis sur la religion musulmane en général (avec dans ce cas parfois une dérive vers l’évocation de la façon de voir d’autres religions).

Tout cela est sans doute digne d’intérêt mais passe quand même à côté de l’essentiel (après les victimes elles-mêmes). Et cet essentiel est le contexte politique dans lequel s’inscrit ce crime: dans un pays en pleine campagne pour les primaires présidentielles dans laquelle les thèmes du terrorisme et de l’Islam sont centraux; dans un pays qui déploie sa guerre contre le terrorisme dans de nombreux pays musulmans en Afrique et en Asie. Un pays qui dépêche en ce moment une importante force navale au large des côtes de la Syrie et est de plus en plus actif militairement en Afghanistan.

L’attentat s’est effectivement et tout naturellement invité dans la campagne pour l’investiture, Mme Clinton  se lançant dans un plaidoyer pour la réforme du commerce et de la détentions d’armes à feu, tandis que Donald Trump explique que l’attentat justifie ses mises en garde relatives à la présence musulmane aux Etats Unis.

Mme Clinton a également eu des accents « vallsiens » en appelant à l’unité nationale. Elle a bien senti que ce crime pourrait bien aussi compliquer sa campagne face à Trump. Et elle adresse un gage aux néoconservateurs en appelant à accroître l’engagement militaire de son pays au Moyen Orient. Un engagement qui, on le sait, est pourtant à la source de bien des déboires et de malheurs pour les Américains mais surtout pour un certain nombre d’autres peuples.

Quant à ceux qu’on appelle LGBT aux Etats Unis, ils ont souvent été et sont aux côtés du peuple palestinien, au grand dam du lobby sioniste. En ce sens, les victimes d’Orlando ne sont pas une grande perte pour les tenants du lobby sioniste à qui elle apportent beaucoup plus mortes que vives.

FBI: le tueur d’Orlando avait affirmé soutenir de multiples organisations

par Julian Hattem, The Hill (USA) 13 juin 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’homme derrière le massacre par balles le plus meurtrier de l’histoire des Etats Unis a semblé soutenir de multiples organisations différentes parfois en opposition, selon le FBI, ce qui complique la compréhension du mobile d’Omar Mateen.

Mateen a dit à un opérateur du 911 (Police Secours aux Etats Unis) pendant qu’il était retranché dans la boîte de nuit d’Orlando en Floride, qu’il avait un lien [d’allégeance avec Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh).

Mais il avait aussi fait part de son soutien aux auteurs de l’attentat à la bombe du marathon de Boston et à un Américain qui s’était fait exploser en Syrie au nom d’un autre groupe extrémiste, le Front al Nosra, qui est lié à al Qaïda, a déclaré de directeur du FBI James Comey à la presse lundi.

Au cours d’une enquête antérieure, le FBI avait aussi découvert qu’il se serait vanté d’avoir des connexions avec al Qaïda et le Hezbollah, une organisation militante chiite qui est en opposition avec la branche sunnite de l’Islam d’al Qaïda. L’enquête avait été classée en 2017 quand les officiels avaient conclu qu’il n’y avait pas assez d’éléments pour demander une inculpation dans cette affaire.

L’évocation d’organisations extrémistes multiples brosse un tableau compliqué pour le FBI qui continue à enquêter pour déterminer pourquoi Mateen a tué 49 personnes à Pulse, une boîte de nuit homosexuelle tôt dans la matinée de dimanche.

« Je ne sais pas quoi faire de ça, sauf que ça met en relief l’importance du travail que nous faisons en ce ce moment pour découvrir et comprendre tout de ses motivations et, si elles sont multiples, ce qu’elles sont et comment les démêler, » a déclaré Comey pendant un briefing au siège du FBI à Washington.

« Nous allons continuer à aller de l’avant dans cette enquête – et vers le passé, » a ajouté Comey. « Nous ne laisserons pas une pierre non retournée. Et nous travaillerons jour et nuit pour comprendre le cheminement de cet acte terrible. »

La tuerie perpétrée par Mateen fait l’objet d’une enquête pour acte de terrorisme mais Comey et d’autres officiels ont affirmé ne pas croire qu’elle a été dirigée par une organisation terroriste étrangère ou qu’elle relève d’un réseau agissant à l’intérieur des Etats Unis.


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