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Sur les crimes de guerre russes à Alep

9 octobre 2016

Le blogueur américain Moon of Alabama est sans doute un des observateurs les plus perspicaces de la situation en Syrie et de l’escalade à laquelle on assiste dans ce pays entre la Russie et les Etats Unis, la diplomatie française ne dédaignant pas le rôle d’idiot utile de l’Oncle Sam.

Ici, Moon of Alabama analyse la dernière évolution sur le plan diplomatique avec les accusations de crimes de guerre portées par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry à l’encontre de l’armée russe en Syrie.

Et le blogueur fait parfaitement le lien entre la situation intérieure aux Etats Unis et ce moment politique dont un point culminant aura été le veto opposé par la Russie à un projet de résolution déposé par la France à l’ONU.

Une administration Obama désespérée recourt au mensonge et peut-être plus.

Moon of Alabama (USA) 8 octobre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 28 septembre, la mission diplomatique française à l’ONU a affirmé que deux hôpitaux d’Alep-est avaient été bombardés. Elle documentait l’événement avec la photo de bâtiments détruits à Gaza. Les Français ont par la suite effacé ce tweet.

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Ce n’est pas la première fois que de telles affirmations mensongères et manipulations sont faites par des officiels occidentaux. Mais habituellement ils évitent les mensonges purs et simples.

Pas le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis John Kerry. Dans un point de presse hier, avant les discussions sur une nouvelle résolution de l’ONU avec le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, il a déclaré (à 1″ dans la vidéo) au sujet de la Syrie :

La nuit dernière, le régime a attaqué encore un autre hôpital, 20 personnes ont péri et 100 ont été blessées. Et la Russie et le régime doivent au monde plus qu’une explication sur la raison pour laquelle ils continuent à frapper des hôpitaux, des structures de soins et des femmes et des enfants. Ce sont des actes qui exigent une enquête appropriée pour crimes de guerre. Et ceux qui les commettent devront et doivent être tenus pour responsables de ces actions.

Aucune organisation de l’opposition n’a soutenu qu’un événement d’une telle gravité s’était produit. Aucune. Aucune agence de presse n’en a trace. L’officine de désinformation du MI-6, l’OSDH [Observatoire Syrien des Droits de l’Homme] en Grande Bretagne, qui recense avec une certaine fiabilité toutes les pertes annoncées et est souvent cité par les « médias occidentaux » n’a rien dit concernant un événement de ce genre en quelque lieu en Syrie.

Le grave incident affirmé par Kerry ne s’est pas produit. Kerry l’a inventé. (Etait-il prévu qu’il se produise et Kerry a-t-il omis la note de service ?). Kerry s’est servi de ce mensonge pour appeler à une enquête et des sanctions pour crime de guerre. Il l’a fait devant des caméras, pendant un événement officiel avec un hôte étranger dans le contexte d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU.

C’est grave. C’est presque aussi grave que les affirmations mensongères de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Les premiers reportages, comme celui-ci sur CBSNEWS répètent les assertions de Kerry:

Kerry a déclaré que les forces syriennes ont touché un hôpital la nuit dernière, tuant 20 personnes et en blessant 100, décrivant ainsi ce qui serait la plus récente frappe par Moscou ou son allié de Damas sur une cible civile.

Mais l’article du New York Times qui traite de l’événement, s’il parle bien de la demande par Kerry d’une enquête pour crime de guerre, ne mentionne pas ses affirmations sur le bombardement de l’hôpital. Il n’en dit rien. Pour l’auto-proclamé « journal de référence », le mensonge de Kerry n’a jamais existé. Même chose au Washington Post dont l’article ne mentionne pas l’affirmation mensongère de Kerry.

La dernière dépêche de l’AP rédigée par Matthew Lee omet aussi le mensonge. C’est bizarre parce que Matt Lee en est à l’évidence conscient. Le point de presse quotidien du Département d’Etat a un long passage sur cet aspect. La vidéo (à 3″ »30′) montre que c’est Matt qui pose ces questions:

QUESTION:  Okay. Sur la Syrie et les propos du Secrétaire d’Etat dans la matinée : Savez-vous de quel bombardement il parlait dans ses propos sur un hôpital bombardé dans la nuit à Alep?

MR KIRBY: I think the Secretary’s referring actually to a strike that we saw happen yesterday on a field hospital in the Rif Dimashq Governorate. I’m not exactly positive that that’s what he was referring to, but I think he was referring to actually one that was –

Je crois que le Secrétaire d’Etat faisait en réalité allusion à une frappe dont nous avons appris qu’elle s’est produite hier sur un hôpital de campagne dans le gouvernorat de Damas Rif. Je ne suis pas tout à fait certain que c’est à cela qu’il faisait allusion, mais je pense qu’il faisait allusion à un bombardement qui…

QUESTION: pas un bombardement sur Alep?

MR KIRBY:  Je crois que c’était – je pense que c’était – je crois qu’il – je suppose qu’il – je suppose qu’il s’est un peu trompé sur la localisation en faisant allusion à…-

QUESTION:  mais vous n’avez pas de certitude cependant?

MR KIRBY: Non. Pour ce que j’en sais d’après mes informations, c’est qu’il faisait plus probablement allusion à un bombardement hier dans le gouvernorat mais c’était peut-être une erreur de bonne foi.

QUESTION: Si nous pouvions – si nous avions la possibilité de trancher avec certitude sur ce dont il parlait…

MR KIRBY: Je ferai tout mon possible, Matt.

Le passage dure encore. Mais il n’y a pas eu de bombardement dans le Rif de Damas, ni à Alep. Par la suite, Kirby, le porte-parole du Département d’Etat reconnaît pour l’essentiel que Kerry a menti : « Je ne peux pas le confirmer. »

Il s’avère aussi que Kerry n’a pas la moindre preuve d’un quelconque crime de guerre et aucune possibilité crédible d’initier une procédure criminelle internationale sur de tels crimes. Et dans quel but ? Pour intimider la Russie ? Peu de chances que ça marche, ce serait une démarche sans espoirs et Kerry devrait le savoir.

Kerry est désespéré ; Il a complètement perdu la main en Syrie. La Russie joue le premier rôle et fera tout ce qu’i soit être fait. L’administration Obama, à part commencer une guerre mondiale, n’a plus aucun moyen d’influer significativement sur l’action de la Russie.

Kerry n’est qu’un instrument parmi d’autres de l’administration Obama. Dans la journée, le directeur de la National Intelligence des Etats Unis James Clapper a émis d’autres accusations contre la Russie :

La communauté du renseignement des Etats Unis est convaincue que le gouvernement russe a dirigé les récentes intrusions dans les courriers électroniques de personnes et d’institutions américaines, dont ceux d’organisations politiques américaines. La récente divulgation du contenu d’e-mails présumés piratés sur des sites comme DCLeaks et WikiLeaks et par Guccifer 2.0 correspondent bien aux méthodes et aux motivations d’agissements dirigés par les Russes. Ces piratages et ces divulgations ont pour but d’interférer avec le processus électoral aux Etats Unis. Une telle activité n’est pas nouvelle de la part de Moscou – les Russes ont utilisé des procédés et des techniques semblables à travers l’Europe et l’Eurasie pour, par exemple, influencer l’opinion publique dans ces régions. Nous croyons, sur la base de l’étendue et de la précision de ces agissements, que seuls de hauts responsables officiels russes pouvaient avoir autorisé ces activités.

Traduction : « NOUS NE SAVONS pas du tout (« Nous sommes convaincus », « nous croyons », « dirigées ») qui a commis ces piratages et NOUS N’AVONS pas la moindre preuve (« correspondent bien », « sur la base de l’étendue et de la précision ») que la Russie est impliquée, alors laissez-moi vous jeter un peu de poudre aux yeux et essayer de vous embobiner tous autant que vous êtes. »

L’ancien ambassadeur de Grande Bretagne Craig Murray qualifie cela de flagrant mensonge néocon. C’est pourtant à l’évidence le DNC (Democratic National Committee)  qui a manipulé le processus électoral en, en contradiction avec son mandat, promouvant Clinton face à Sanders. Les hackers en ont simplement donné la preuve. Il est également facile de voir pourquoi ces accusations sont lancées maintenant. Murray :

Que l’administration Obama fasse une accusation formelle contre la Russie sans se baser sur une seule preuve est, en soi, étonnant. Mais elle est motivée par le désespoir. WikiLeaks a déjà annoncé disposer d’un énorme stock d’autres éléments relatifs aux manigances d’Hillary. La Maison Blanche cherche simplement à les discréditer à l’avance en les associant mensongèrement entièrement aux services secrets russes.

L’administration Obama est en train de perdre. Sur la Syrie comme sur les élections, elle ne peut plus affirmer ses volontés. Trump, en dépit de tous les propos grossiers qu’il peut tenir, a une chance significative d’accéder à la présidence. Lui (-44%) et Clinton (-41%) sont plus détestés par l’électorat américain que Poutine (-38%). N’importe quelle solution en Syrie sera plus à l’avantage de la Russie que de Washington.

Un tel désespoir peut être dangereux. Mentir sur la Russie est une manière pour Kerry de s’accrocher désespérément. Le président et ses collègues au Pentagone et à la CIA ont des moyens plus énergiques [kinetic] de s’exprimer. Iraient-ils jusqu’à ordonner quelque chose de vraiment stupide ?

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Disloquer la Syrie, pérenniser l’occupation du Golan

8 mai 2016

Eric Margolis est un journaliste américain bien connu dont la longue et multiforme carrière inclut des années de collaboration avec les journaux canadiens du groupe Sun. Si l’essentiel de sa carrière est désormais derrière lui, il n’en continue pas moins à collaborer avec différents médias comme le Khaleej Times (Emirats Arabes Unis), Dawn (Pakistan) et TV Ontario.

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Eric Margolis collabore aussi avec Russian TV

Farouchement anticommuniste, ce membre de l’International Institute for Strategic Studies de Londres, très au fait des affaires du Moyen Orient et internationales en général porte un regard très critique sur la politique de son pays non seulement sur la question de Palestine mais aussi sur les troubles en Syrie.

Selon lui, la guerre en Syrie a été fomentée [instigated] par les puissances occidentales que sont la Grande Bretagne, les Etats Unis et la France en association avec l’Arabie Saoudite.

Et le conflit qui ravage la Syrie fait bien l’affaire de l’Etat sioniste qui ne se gêne pas pour intervenir discrètement en soutien de ceux qui combattent le gouvernement syrien et espère même en tirer un profit territorial et stratégique.

Vous vous souvenez du plateau du Golan?

par Eric Margolis, 30 avril 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant la guerre israélo-arabe de 1973, l’armée syrienne avait surpris Israël et s’était rapidement rapprochée des limites du plateau du Golan conquis par Israël pendant la guerre de 1967. Il semblait alors que l’infanterie et les blindés syriens allaient reprendre le Golan puis dévaler sur la Galilée en territoire israélien.

Les satellites de reconnaissance soviétiques avaient observé qu’Israël avait sorti des missiles à tête nucléaire Jéricho de 500 kilomètres de portée de leurs abris souterrains pour les installer sur des rampes de lancement. Au même moment, on observait Israël en train d’armer de bombes atomiques ses avions de combat F-4 (Phantom) de fabrication américaine sur la base de Tel Nof.

Convaincu qu’Israël était sur le point de se servir d’armes nucléaires contre l’Egypte et la Syrie, Moscou fit pression sur ces deux pays pour qu’ils freinent la progression de leurs forces. Damas, déjà à portée des tirs de l’artillerie israélienne du Golan, ordonna à ses unités blindées sur le Golan de stopper leur avancée, ce qui permit à Israël d’organiser une puissante contre-offensive et de reprendre les hauteurs stratégiques.

En 1981, Israël a officiellement annexé la portion de 580 Km2 du Golan qu’il occupe. Cette annexion illégale a été condamnée par les Nations Unies, les Etats Unis et les puissances européennes. Mais Israël est resté au Golan et y a installé 50 000 colons dans quelque 41 colonies financées par l’Etat.

Le monde semble avoir complètement oublié à quel point il a été proche d’une guerre nucléaire en 1973 pour le Golan. Le plateau du Golan était devenu un des premiers déclencheurs potentiels de guerre nucléaire avec le Cachemire, la trouée de Fulda en Allemagne et la zone démilitarisée, frontière entre les deux Corées.

La Golan a récemment refait surface dans les informations quand le premier ministre israélien d’extrême droite Benjamin Netanyahou a dit au président russe Vladimir Poutine que son pays ne rendrait jamais le Golan à la Syrie. Dans un discours prononcé peu de temps après, Netanyahou a fait le serment qu’Israël garderait le Golan pour « toute l’éternité ». Il avait aussi reconnu pour la première fois qu’Israël avait effectué des « dizaines » d’attaques sur la Syrie, de l’autre côté de la frontière.

Le long plateau de basalte a effectivement une grande valeur. Il s’étend du Mont Hermon avec son sommet enneigé à 2814 mètres au nord au lac de Tibériade et à la rivière Yarmouk au sud. Le Golan représente 15 % des ressources limitées en eau d’Israël et il recèle peut-être du pétrole et du gaz.

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Exploitation des eaux du Golan par le régime sioniste

L’artillerie israélienne positionnée sur le Golan peut frapper la capitale syrienne, Damas ; les capteurs électroniques israéliens surveillent Damas et tous les mouvements de troupes syriennes en contrebas. Ayant circulé dans une bonne partie du Golan, côté syrien comme côté israélien, je peux attester de son importance militaire remarquable et de la puissance de ses défenses.

Après la guerre de 1967, Israël a nettoyé ethniquement le Golan, en rasant au bulldozer son chef-lieu, Kouneitra, et en expulsant la presque totalité de ses 130 000 habitants arabes et druzes. Des colons juifs ont été amenés pour les remplacer. Les Etats Unis ont protégé Israël de l’action de l’ONU et de la protestation internationale.

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Avant 2011, Israël avait laissé entendre qu’il restituerait le Golan à la Syrie dans le cadre d’un accord de paix global – à condition que Damas cesse de soutenir les revendications des Palestiniens sur leurs terres perdues Mais une fois que la guerre civile en Syrie s’est opportunément déclenchée, on n’a plus parlé du Golan.

En fait, il est assez évident qu’Israël a nourri silencieusement le conflit syrien par un discret soutien logistique et en armement à ce qu’on appelle rebelles syriens « modérés » et en faisant du lobbying pour la guerre à Washington et dans les médias américains. Netanyahou a même dit – sans sourciller – qu’Israël ne pouvait pas restituer le Golan, ni même négocier, tant que le calme n’est pas revenu en Irak et en Syrie.

Il est clair que Netanyahou suit la grande stratégie élaborée par le fondateur de son parti de droite, le Likoud, Zeev Jabotinsky, un sioniste russe militant. Jabotinsky faisait valoir que les Etats arabes étaient une mosaïque fragile de tribus arabes inamicales [les unes à l’égard des autres].

Frappez les suffisamment fort, soutenait Jabotinsky, et ils se fragmenteront en petits morceaux, laissant Israël maître du Levant. La destruction de l’Irak et de la Syrie a confirmé la théorie de Jabotinsky.

Par conséquent, Israël est ravi de voir la Syrie, un de ses principaux ennemis, tomber en ruines suite à la guerre civile provoquée par les Etats Unis, la Grande Bretagne, la Turquie, l’Arabie Saoudite et la France. Damas n’est absolument pas en mesure d’exiger la restitution du Golan et le reste du monde s’en fiche.

La destruction de la Syrie en tant qu’Etat unitaire offre au gouvernement expansionniste Likoud maintes opportunités pour étendre son influence en Syrie – comme ce fut le cas pendant la sanglante guerre civile libanaise de 175 à 1990. Ou même d’enlever plus de territoire à la Syrie « pour protéger la sécurité d’Israël. »

Les paroles du père fondateur d’Israël, David Ben Gourion résonnent encore : l’Etat d’Israël est un projet en cours et ses frontières ne doivent pas être fixées, ni même définies. Notamment les frontières avec la Jordanie et la Syrie.

Le soutien des Etats Unis et du régime sioniste à al Qaïda en Syrie

23 novembre 2014

Dans la guerre livrée au régime syrien, à l’Iran et au Hezbollah, les Occidentaux utilisent des stratégies complexes aux effets parfois imprévus, d’autant qu’elles ne font pas forcément toujours consensus en Occident même où leur mise en œuvre dépend des rapports de forces entre les gens, disons raisonnables, et les néoconservateurs.

Ces néoconservateurs, ainsi que l’expliquait Robert Parry, restent très présents dans l’appareil politico-militaire des Etats Unis et leur poids peut être très important dans un pays comme la France où ils se cachent aussi derrière de nobles idéaux humanitaires, alors que la seule chose qui leur importe est le sort du régime sioniste.

Dans ces pays occidentaux qui mènent une guerre non déclarée à la Syrie, on feint de s’étonner de la présence sur le terrain de combattants « djihadistes » dont les noms et prénoms évoquent parfois plus le camembert que le leben.

Le "djihadiste" français Abou Mariam exhibe la tête tranchée d'une résistante kurde

Le « djihadiste » français Abou Mariam exhibe la tête tranchée d’une résistante kurde

Mais qu’y a-t-il de surprenant à voir de jeunes Français répondre à l’appel au meurtre du chef de l’Etat syrien lancé par Laurent Fabius, l’actuel chef de la diplomatie française ?

De la même manière, on ne sera pas surpris de voir en Syrie les puissances occidentales soutenir des forces officiellement affiliées à al Qaïda même si les choses sont quelque peu obscurcies par les bombardements exécutés par les USA et leurs alliés arabes contre certaines forces djihadistes en Syrie.

Le blogueur Moon of Alabama nous aide à mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain et dans les officines de Washington : une partie des forces djihadistes est entrée en conflit avec les intérêts de Washington en s’attaquant notamment au Kurdistan irakien où l’armée américaine entretient une base, Cette confrontation était à tel point inattendue que le gouvernement turc, allié de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) a eu du mal, et a toujours du mal, à modifier son positionnement stratégique à l’égard de cette puissante milice.

Ce qui est important dans l’article que je vous propose, c’est surtout ce fait que l’aviation américaine bombarde le Jabhat al-Nosra, une importante milice affiliée à al Qaïda, dans le nord syrien tandis qu’elle soutient la même milice au sud du pays dans la région proche du Golan occupé par l’entité sioniste et la frontière jordanienne. L’objectif des Etats Unis n’est donc pas de détruire cette milice mais d’en écarter les éléments rétifs à une alliance avec eux sur le terrain.

Et c’est sans doute le même objectif qui est poursuivi avec les frappes contre l’Etat Islamique en Irak et au Levant.

Comment les Etats Unis et Israël aident al Qaïda dans le sud de la Syrie

par Moon of Alabama (USA) 21 novembre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand l’administration Obama a déclaré avoir bombardé le « groupe Khorasan » dans le nord syrien, les spécialistes se sont demandés ce que cela voulait dire. Il n’existait et il n’existe aucune organisation de ce nom. Ce que l’administration Obama appelait groupe Khorasan était des dirigeants du Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d’al Qaïda qui était active en Afghanistan et au Pakistan il y a quelques années avant de venir en Syrie. Alors pourquoi faire une distinction enre le Jabhat al-Nosra qui est actif dans toute la Syrie et un groupe dirigeant de la même organisation situé dans le nord de la Syrie ?

Mon sentiment est qu’il existe une coopération active entre le Jabhat al-Nosra et les Etats Unis, particulièrement dans le sud syrien, et que la distinction a été faite pour maintenir en place une forme quelconque d’alliance dans le sud. Les mercenaires de l’Armée Syrienne Libre dans le sud de la Syrie ont été entraînés et armés par la CIA en Jordanie et sont contrôlés depuis une salle d’opérations multinationale quelque part à Amman.

Dans le sud, le Jabhat al-Nosra combat activement aux côtés de l’Armée Syrienne Libre qui reçoit aussi un soutien d’Israël. Au cours de ces derniers mois l’ASL, avec les combattants d’al-Nosra comme troupes de choc, s’est emparée de portions importantes de territoire le long de la frontière de la Syrie avec la Jordanie et Israël. Leur but est, ainsi que nous l’avions signalé il y a deux mois, d’ouvrir un corridor vers Damas. Leurs avancées au détriment de l’armée syrienne dans la zone frontalière ont été réalisées avec l’appui des tirs de soutien de l’artillerie israélienne.

Reuters confirme aujourd’hui que Nosra, comme nous l’écrivions, est à la pointe des combats dans le sud :

Des combattants du Front al-Nosra affilié à al Qaïda et d’autres insurgés ont attaqué et fait uen brève incursion à Baath City dans le sud de la Syrie jeudi, le dernier bastion important de l’armée dans une province qui jouxte les hauteurs du Golan sous occupation israélienne.

……

Des centaines de combattants d’al-Nosra qui ont fui la province orientale de Deir al-Zor après en avoir été chassés par l’Etat Islamique dans le courant de cette année se sont regroupés dans le sud de la Syrie où ils ont renforcé la présence rebelle dans ce secteur, selon es activistes.

« Il [ce renfort] a permis aux combattants de prendre le dessus dans cette zone, » déclare Abou Yahia al-Anari, un combattant d’Ahrar al-Sham.

Les gains des insurgés depuis le début de cette année ont principalement été obtenus par le Front al-Nosra en association avec d’autres rebelles et brigades islamistes qui combattent en alliance avec l’Armée Syrienne Libre soutenue par l’Occident. A la différence des rebelles qui combattent dans le nord, ils se sont bien coordonnés jusqu’à présent.

Au nord, le Jabhat al-Nosra combat des groupes de mercenaires soutenus par la Turquie et les Etats Unis. Au sud, il coopère par contre avec ce genre de groupes qui sont soutenus, équipés et entraînés par les Etats Unis à partir de la Jordanie et d’Israël. Al-Nosra au nord a été rebapptisé « groupe Khorasan » de sorte à ce qu’on puisse le bombarder sans mettre en danger l’alliance au sud entre l’Armée Syrienne Libre et le Jabhat al-Nosra.

Les combattants de Nosra dans le sud utilisent bien entendu des ermes et d’autres équipements que les unités de l’Armée Syrienne Libre reçoivent de la CIA et d’autres services secrets. Ces groupes combattent ensemble et partagent naturellement leurs ressources.

En octobre, un mois après que j’ai signalé les opérations dans le sud, le Washington Institute, une pièce du lobby sioniste aux Etats Unis, a reconnu ces plans et a exhorté à plus de soutien d’Israël et des Etats Unis sur le front sud. Il minimisait bien sûr sciemment la participation d’al-Nosra.

Une assistance coordonnée dans le sud de la part des Jordaniens, des Israéliens et des alliés pourrait permettre de renforcer les rebelles syriens modérés dans cette région, d’éviter une prise de contrôle par les extrémistes et faciliter la campagne en cours contre l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Pour l’instant, l’essentiel du soutien israélien aux bataillons locaux modérés et non islamistes le long de la frontière s’est borné à une aide humanitaire, tels les soins apportés à 1 4000 Syriens malades et blessés dans des hôpitaux israéliens, la fourniture de médicaments, de nourriture et de moyens de chauffage à des villageois etc. Certains groupes rebelles sont en contact constant avec l’armée israélienne, avec par exemple de fréquentes réunions secrètes qui se tiendraient à Tibériade, mais seule une petite quantité d’armes leur a été fournie, essentiellement des lance-roquettes.

Les opérations dans le sud n’ont rien à voir avec l’EIIL qui reste peu présent dans le sud, mais sont exclusivement dirigées contre l’armée syrienne, le gouvernement syrien et la population de Damas. Les combats sont conduits, comme l’a reconnu Reuters aujourd’hui, par des miliciens du Jabhat al-Nosra et un soutien américain et israélien est apporté aux groupes locaux de l’Armée Syrienne Libre qui sont étroitement alignés avec al-Nosra.

Les Etats Unis et Israël sont certainement au courant ce ce que Reuters rapporte et que nous avions affirmé auparavant. Ils ont armé et continuent à armer des groupes qui coopèrent étroitement et partagent avec al Qaïda leurs ressources obtenues auprès d’Israël et des Etats Unis.

Le pouvoir syrien repose sur une base majoritairement musulmane sunnite

4 novembre 2014

Un article intéressant sur la situation en Syrie qui relève en passant ce fait important (et évident) que les Musulmans sunnites sont la principale assise du pouvoir de Bachar al-Assad.

La Syrie d’Assad, amputée, malmenée – mais intraitable.

Par Diaa Hadid, The Big Story (Associated Press) 2 novembre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Tartous, Syrie – Les hommes d’affaires syriens repartent de zéro après la destruction de leurs magasins et de leurs usines. Des familles qui ont perdu leurs maisons peinent à louer de nouveaux logements et à joindre les deux bouts. Le long des autoroutes qui s’étirent à travers les zones contrôlées par le gouvernement se trouvent les ruines de villes auparavant contrôlées par la rébellion et aujourd’hui parsemées de points de contrôle.

La Syrie sous contrôle gouvernemental est tronquée dans ses dimensions, malmenée et appauvrie. Mais elle fait face, soulignant la manière dont le président syrien Bachar al-Assad s’est accroché au pouvoir malgré une rébellion armée qui essaye de le déboulonner depuis près de quatre ans.

Des visites la semaine dernière dans la capitale Damas et dans la région côtière de Tartous, un bastion du soutien au gouvernement, montrent à quel point les Syriens se sont adaptés à la vie dans ce pays tronqué. Les immeubles administratifs sont entourés d’épaisses barrières peintes en rouge, noir et blanc, les couleurs du drapeau syrien. Les portraits d’Assad sont partout :en soldat, en homme d’affaires et en père de famille.

Après des années de reculs et d’avancées, le régime gouverne Damas et une bande de territoire à l’ouest de la région de la côté méditerranéenne dans laquelle se trouvent les plus grandes villes de Syrie ainsi que certaines zones au sud de la Capitale. Les rebelles tiennent quelques banlieues dans la campagne qui entoure Damas et des parties du nord-ouest. L’État Islamique extrémiste a imposé son pouvoir sur un territoire qui recouvre un tiers de la Syrie et de l’Irak voisin.

La guerre est toujours présente. Le bruit persistant des bombardements dans les zones proches tenues par les rebelles est le fond sonore de Damas.

Les checkpoints sont omniprésents sur les routes, souvent des abris en béton ornés de posters d’Assad découpés en forme de cœur. Les soldats se reposent sur une literie usée.

« Auriez-vous une cigarette, monsieur ? » demande optimiste un soldat à un chauffeur.

Les milices locales pro-gouvernementales veillent aussi sur les villes et les quartiers, apportant leur aide à une armée d’Assad dont les forces sont tendues.

Des hommes moustachus armés de fusils d’assaut sautent dans des voitures à l’entrée qu quartier historique de Bab Touma à Damas. Ce quartier majoritairement chrétien est une des cibles favorites des tirs de mortiers en provenance du quartier voisin de Khobar tenu par les rebelles. Les militants anti-Assad accusent certaines milices pro-Assad d’être plus brutales que les soldats et affirment qu’elles exigent des pots de vin et qu’elles volent des voitures.

Quand on quitte Damas, le revêtement de l’autoroute est bon, comme cette partie de la route fraîchement goudronnée. Non loin, se trouvent les ruines de la ville de Nabak dont les habitants s’étaient révoltés contre Assad au début du soulèvement. Le jaune de la grande roue du parc de loisirs de Nabak est délavé.

On lit sur un graffiti non loin, « Assad pour l’éternité. » Un autre proclame : « Je t’aime Lulu ».

Carte politique de l'Irak et de la Syrie aujourd'hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n'a guère de sens)

Carte politique de l’Irak et de la Syrie aujourd’hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n’a guère de sens)

On ne sait pas avec précision combien de Syriens vivent dans les zones respectivement contrôlées par le gouvernement et par les rebelles, étant donné le bouleversement démographique dans un pays où près de la moitié de la population a fui son domicile. Des zones auparavant dominées par des minorités fidèles à Assad, comme la région littorale de Tartous, majoritairement alaouite, ont vu la typologie de leur population changer avec l’accueil de quelque 350 000 personnes déplacées, en majorité des Musulmans sunnites.

Cela aura en définitive un effet à long terme : il sera difficile au régime d’Assad de se tailler un bastion alaouite comme certains de ses détracteurs l’accusent de le faire – ce que les responsables du gouvernement contestent.

Cela met aussi en lumière le fait que les Sunnites, qui sont le groupe confessionnel majoritaire dans le pays, forment la principale assise du pouvoir d’Assad, alors même que la rébellion est dominée par des Sunnites. Les minorités, comme les Alaouites, les Chiites et les Chrétiens soutiennent généralement le gouvernement ou sont restées neutres.

Parmi les déplacés, se trouvent un prédicateur musulman, Mustafa Shihi et sa femme, Faten Shaar qui ont fuit vers une ville de la province de Tartous après que des rebelles ont incendié leur usine pharmaceutique. Sobhi explique que les rebelles de sa ville d’origine, Alep au nord du pays, l’ont puni parce que son fils Majed était dans l’armée. Majed a été tué en mars de l’année dernière.

L’autre fils de Sobhi vent maintenant des sandwiches devant une université locale. Les biens de cette famille de la classe moyenne-supérieure ont été détruits dans la guerre, mais ils sont sains et saufs à Tartous, déclare Sobhi.

« Nous devons être comme une seule main, » dit-il assis à côté de son épouse sur un mince matelas posé sur le sol,l’unique mobilier de l’appartement. Un grand portrait de son fils tué en uniforme de l’armée et un autre faisant l’éloge d’Assad sont fixés au mur.

Parmi les déplacés, figurent des commerçants sunnites d’Alep, qui était le poumon économique du pays. Certains ont ré-ouvert leurs entreprises à Tartous mais à une échelle réduite.

Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)

Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)

Mohammed Jallad, un fabricant de fours, a fui quand les combats se sont intensifiés dans son quartier à Alep. Sa maison et son entreprise ont été détruites dans les bombardements.

Un prêt lui a permis de rouvrir une affaire à Tartous, partageant un espace d’activité industrielle avec quatre autres Alépins. Il dort dans un coin au dessus de ses fours pour économiser de l’argent.

Le prix de location de son local commercial a triplé en deux ans avec l’augmentation de la demande par des personnes déplacées. Alors qu’il faisait travailler 15 ouvriers à Alep, il n’en emploie plus que deux.

Jallad dit qu’il ne veut pas fuir à l’étranger, par crainte de subir le sort des quelque 3 millions de réfugiés syriens qui vivent en majorité dans des conditions misérables.

« Je voulais travailler, alors où aurais-je pu aller ? La situation à l’étranger est humiliante, » dit-il.

En luttant pour s’en sortir, les Syriens se sont adaptés à la réalité.

Taghrid, brodeuse à Damas, dit avoir envoyé son fils en âge d’être incorporé dans l’armée en Égypte pour éviter la conscription, ce que beaucoup de familles ont fait.

« Puisse Dieu le protéger, » dit-elle devant la grande mosquée des Omeyyades à Damas. Elle n’a donné que son prénom par crainte de mettre son fils en danger.

Les services de l’État existent toujours, quoique de manière décousue. Les travailleurs touchent leurs salaires même si la monnaie locale se déprécie. Il y a toujours de l’électricité même si les coupures de courant sont la routine. Les soins restent gratuits quoique les habitants disent que l’attente est longue car des médecins abandonnent leur poste.

« Le gouvernement syrien tient et se cramponne à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie. Et c’est pour nous une affaire sacrée, » affirme la conseillère d’Assad Bouthaina Shaaban.

La vie suit son cours pour les Syriens riches. Cafés et restaurants sont à moitié remplis, leurs propriétaires arguant du fait que la reprise des études par les jeunes a réduit leur affluence. Des hommes d’affaires ont ouvert un centre de loisirs et un centre commercial à Damas et un centre commercial sur sept étages à Tartous.

Au centre commercial Malki à Damas, une pancarte annonce une compétition de selfies. Dans le centre commercial presque vide de Tartous, l’investisseur Ali Naddeh fume une pipe à eau et dit que les boutiques vont bientôt ouvrir.

« C’est une époque d’opportunités, » dit-il.

Syrie: seule l’opinion publique française peut empêcher la guerre

1 septembre 2013

Après la décision inattendue de Barack Obama de demander au Congrès l’autorisation d’attaquer la Syrie, certains se sont pris à espérer que cette autorisation lui serait refusée comme elle l’a été à David Cameron par les députés britanniques.

Si le gouvernement syrien a salué une « reculade historique« , on est bien conscient à Damas que l’hypothèse que l’autorisation d’attaquer la Syrie soit accordée par le Congrès des Etats Unis reste d’actualité.

L’idée qui prévaut est qu’en cas d’accord du Congrès, l’armée américaine procédera à des bombardements limités sur des cibles militaires sans toucher au coeur du régime syrien.

Vu qu’on sait à peu près comment les guerres commencent mais rarement comment elles évoluent et finissent, Je vais me hasarder à une autre hypothèse (farfelue je l’espère): si Barack Obama a décidé contre toute attente de se tourner vers le Congrès, c’est qu’il envisage une attaque d’ampleur qui visera à mettre à bas le régime et conduira nécessairement à occuper ou faire occuper militairement la Syrie.

A cela il y a plusieurs raisons. La première est que les sionistes fanatiques, Bernard-Botul-Henri Lévy en tête, ont décidé qu’il fallait mettre un terme au régime baathiste et l’ont clairement notifié au président des Etats Unis.

L’autre raison tient à la situation politico-militaire en Syrie même. Depuis quelques temps, l’armée gouvernementale prend le dessus partout où elle a décidé de passer à l’offensive, ainsi qu’on a pu le voir à Homs, à al Qussayr et dans la Ghouta. L’hypothèse d’un succès décisif et définitif de l’armée syrienne est un scénario inacceptable pour tous les prétendus « amis » de la Syrie comme Laurent Fabius, Barack Obama , Recep Tayyip Erdogan où les différents potentats du Golfe.

Laurent Fabius et Barack Obama ne souhaitent cependant pas une victoire des djihadistes ou takfiristes qu’ils ont pourtant encouragés à combattre le régime syrien. Or ces djihadistes, takfiristes et autres Frères Musulmans sont la véritable force militaire que le gouvernement syrien doit affronter, l’Armés Syrienne Libre ayant surtout une existence documentaire et de relations publiques.

Par ailleurs, l’opposition en cour dans les chancelleries occidentales, la fameuse Coalition au nom à rallonge,

« ne contrôle pas de manière significative les événements sur le terrain, il n’y a donc pas [d’opposition cohérente] pour empêcher [les organisations islamistes] d’occuper l’espace, et c’est ce qu’on observe constamment sur le terrain. »

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« Si Assad tombe, on ne sait pas trop ce qui comblera le vide. Ce serait probablement un mélange d’un peu de tout [car] aucune organisation n’est assez forte. Les combats continueraient donc, avec le renforcement des extrémistes dans tous les camps. »

Nous avons donc la situation paradoxale d’une coalition d’opposition qui est avant tout une réalité virtuelle qui existe surtout dans la communication et les réunions avec des dirigeants étrangers mais qui est pourtant reconnue et présentée comme le représentant authentique du peuple syrien. Un paradoxe qui avait un peu gêné  le ministre des affaires étrangères britanniques William Hague qui avait résolu le problème en qualifiant la coalition de « légitime mais pas populaire.« 

En cas de chute du régime, le scénario le plus probable est une Syrie scindée en fiefs (pas exclusivement selon des clivages confessionnels) qui passent leur temps à se combattre et poseraient un risque sécuritaire pour tous les Etats de la région.

Le seul moyen logique d’éviter un tel scénario est une occupation militaire

La dernière raison qui plaide pour l’hypothèse d’une intervention militaire décisive, c’est que les gouvernements français et américain sont allés beaucoup trop loin non seulement sur le plan du soutien politique et militaire aux forces d’opposition, mais aussi sur le plan rhétorique. Qu’on songe seulement à Lolo (Laurent Fabius) selon qui Assad ne mériterait pas d’être sur la Terre, à John Kerry, le Secrétaire d’Etat US qui parle du président syrien comme d’un voyou et d’un assassin.

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Pour M. et Mme Kerry, dîner avec un voyou avait été une expérience agréable

Las but not least, Harlem Désir se laisse aller à dénoncer l’esprit munichois de l’UMP.

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Nos trois physionomistes ont le coup d’oeil pour reconnaître les « munichois »

Et quand ces gens, qu’ils s’appellent Harlem Désir, Bernard Kouchner, Bernard-Botul-Henri Lévy ou Benjamin Netanyahou parlent d’esprit munichois, c’est qu’ils sont prêts à tout et ne reculeront pas devant les crimes les plus abjects quitte à les affubler du doux nom de guerres humanitaires.

Seule l’opinion publique française peut aujourd’hui faire avorter les projets guerriers concoctés avec les néoconservateurs américains par les socialistes à la manière Guy Mollet. Si la France renonce à ses projets d’agression, on peut concevoir que l’es Etats Unis renoncent à agir dans un isolement quasi total.

 

PS: mon scénario est sans doute inepte (mais pas plus que les propos d’Harlem Désir après tout)

 

Selon Youssef al Qaradawi, le Tomahawk sera l’instrument de la vengeance divine en Syrie

31 août 2013

La dernière trouvaille de ce tocard de Youssef al Qaradawi : les armées occidentales qui interviendront en Syrie seront l’instrument de la vengeance divine.

Que n’appelle-t-il point à l’exercice de cette vengeance divine contre ceux qui occupent la Palestine ?

Ah oui, ce sont ces mêmes vengeurs du peuple syrien qui soutiennent financièrement, politiquement et militairement ceux qui oppriment le peuple palestinien.

Franchement, je me demande si ce al Qaradawi n’est pas un adepte de Satan

Al Qaradawi soutient l’attaque de la Syrie par l’Occident dont il suggère qu’il est un « instrument de Dieu » pour la vengeance.

DOHA,  Reuters/Europa Press – 30 août 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Le célèbre dignitaire sunnite égyptien Youssef al Qaradawi, a apporté ce vendredi un soutien tacite à toute attaque par l’Occident contre la Syrie en réponse à l’agression à l’arme chimique qu’aurait perpétrée le président syrien Bachar al-Assad et il a suggéré que les puissances étrangères sont un instrument de la vengeance divine.

 «Nous voulons être en mesure de venger nos frères qui ont été assassinés par centaines »  a dit al Qaradawi dans son sermon hebdomadaire à Doha, où il a souligné que «Dieu prépare ceux qui peuvent exercer sa vengeance. »

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Al Qaradawi est une référence pour Obama (et Sarkozy) en matière d’exégèse coranique

 « Nous demandons à Dieu de les punir pour ce qu’ils ont fait. Ils méritent ce qui est en train de se passer » a déclaré le religieux en référence aux forces fidèles à Assad dans un discours qui a été diffusé sur la télévision d’Etat du Qatar.

L’Arabie saoudite et le Qatar, qui soutiennent les rebelles syriens qui tentent de renverser Assad, ont préconisé une intervention militaire en Syrie, bien que plusieurs pays arabes s’opposent à cela.Le Royaume-Uni a annoncé qu’il ne participerait pas à une éventuelle attaque suite au refus du Parlement.

Les Etats Unis et la France envisagent de lancer une action militaire pour punir el président syrien pour la supposée attaque à l’arme chimique de la semaine dernière dans laquelle des centaines de personnes ont péri dans la périphérie de Damas. Mais le gouvernement syrien a nié avoir utilisé une telle arme.

Al Qaradawi, président de la Fédération internationale des savants musulmans, jouit d’une large audience dans le monde arabe et il a soutenu les soulèvements contre les autocrates arabes depuis 2011. En Juin, il a exhorté à la guerre contre les forces d’al-Assad, après que le Hezbollah, le parti chiite libanais a envoyé des combattants en  Syrie pour aider à combattre les rebelles.

Syrie et armes chimiques: la force de destruction du mensonge

26 août 2013

Jason Diltz d’Antiwar nous parle des armes chimiques en Syrie. Plus précisément, il fait le point sur la manipulation grotesque mise en place par les gouvernement occidentaux pour accuser les autorités syriennes d’avoir utilisé de telles armes contre la population civile.

A ceux qui veulent une preuve de l’étendue de la manipulation, celle-ci est apporté par Diltz qui signale que le gouvernement des Etats Unis a essayé d’obtenir du Secrétaire Général de l’ONU qu’il ordonne le retrait des inspecteurs spécialisés qui se trouvent en ce moment même en Syrie.

Apparemment, les régimes occidentaux seraient prêts à en découdre contre la Syrie et une attaque serait prévue dans les deux semaines à venir.

De fait, tout en stigmatisant une éventuelle agression occidentale contre la Syrie, la Russie a fait clairement savoir qu’ elle ne s’opposerait pas militairement à une telle entreprise.

On comprend bien que la Russie n’en a ni les moyens et encore moins la volonté. Mais qu’elle a sans doute reçu des garanties que les bombardements auraient une portée somme toute limitée sur le plan politique, c’est-à-dire qu’ils ne viseraient pas à détruire la direction politique syrienne mais à l’affaiblir significativement et à entretenir ainsi le chaos dans le pays.

Fait nouveau, le régime sioniste a également fait savoir nettement qu’il encourageait une telle démarche agressive contre le pouvoir syrien.

Pour prendre la mesure de l’émotion suscitée en effet par l’usage (certain d’après François Hollande) supposé d’armes chimiques par l’armée syrienne, il suffit de constater l’état de confusion mentale d’un Laurent Fabius qui est allé confier son affliction à son ami Shimon Peres, un utilisateur pourtant avéré de l’arme chimique contre le peuple palestinien.

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Le Journal du Dimanche « le président (sioniste) Shimon Peres, qui embrasse Laurent Fabius comme un membre de sa famille »

Ce qui déclenche ces poussées humanitaires (traduisez bellicistes) chez les dirigeants occidentaux, c’est tout simplement l’état de déconfiture politique et militaire de leurs protégés qui sont repoussés partout où l’armée gouvernementale a décidé de passer à l’offensive. Ce fut le cas à al Qussayr , aux alentours de Lattaquié et c’est maintenant le cas dans la périphérie de Damas.

Les offensives de l’armée syrienne se soldent à chaque fois par de lourdes pertes chez l’adversaire qui les compense en faisant de plus en plus appel à des gamins qu’on endoctrine  contre le gré des familles ou avec l’accord de celles qui ont un besoin désespéré de moyens de subsistance et qui acceptent donc de recevoir une indemnisation [le salaire de l’enfant soldat) et peuvent même passer en tête de liste pour l’accès à l’aide alimentaire.  

On signale même une tendance nouvelle, l’arrivée de jeunes mineurs venus de Tunisie, d’Algérie et d’Europe pour combattre en Syrie.

L’ONU rejette un appel des Etats Unis à retirer ses inspecteurs de Syrie tandis que la guerre menace

Les Etats Unis se préparent à attaquer, mais les inspecteurs contunuent ) enquêter sur les accusations

Par  Jason Ditz, Antiwar (USA) 26 août 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon a rejeté aujourd’hui les demandes américaines de retirer de Syrie les inspecteurs en armement chimique, les personnes informées de la teneur de la conversation affirmant qu’il est «resté ferme sur le principe.»

Les dirigeants des Etats Unis et d’autres pays occidentaux cherchent désespérément à préserver leur version sur l’usage d’armes chimiques par la Syrie et semblent craindre que cette dernière soit sérieusement mise à mal par l’enquête onusienne.

C’est pourquoi, après avoir d’abord exigé que les inspecteurs puissent se rendre sur site, les Etats Unis ont brusquement tourné  casaque quand la Syrie a accepté, insistant pour dire qu’il était «trop tard.» Depuis, les officiels [occidentaux] ont soutenu être déjà convaincus de la culpabilité [de l’armée] syrienne sur la base d’informations de presse et de déclarations des rebelles, et se préparent à lancer des attaques dans les quinze jours à venir.

Les dirigeants britanniques ont franchi un pas supplémentaire et ont essayé d’anticiper sur les conclusions de l’enquête en affirmant que les preuves ont probablement été détruites ou «trafiquées» et que ce que les enquêteurs diront au monde sur ce qui s’est passé à Jobar sera dépourvu de fiabilité.

A l’instar de ce qui avait conduit à l’invasion de l’Irak, les dirigeants occidentaux ont déjà pris leur décision et sont maintenant en train de faire tout leur possible pour éviter la production de preuves qui ruineraient leur projet.

Syrie: au tour des rebelles de faire défection

25 juillet 2013

Je vous propose en traduction intégrale un article dont des extraits sont déjà disponibles sur internet, chez Allain Jules par exemple.

Cet article expose une démarche importante du gouvernement syrien qui consiste à encourager les défections parmi les membres des groupes de combattants rebelles.

Grosso modo, c’est un dispositif qui ressemble à celui de la «concorde civile» qui a contribué à l’arrêt presque complet des hostilités en Algérie. Il rappelle aussi la « paix des braves» que le général de Gaulle avait proposée aux moudjahidine de l’Armée de Libération Nationale (ALN).

La «concorde civile » a fonctionné en Algérie, non sans grincement de dents, tandis que l’offre gaullienne n’avait rencontré pratiquement aucun écho.

C’est que la valeur de ce dispositif ne lui est pas entièrement intrinsèque mais dépend beaucoup de la situation militaire et politique sur le terrain.

La « paix des braves » avait trouvé en face d’elle un FLN et une ALN unis sur une ligne politique claire assise sur un large soutien populaire.

La « concorde civile » avait permis d’éponger des maquis disparates (dont certains étaient sans doute des contre maquis), sans objectif politique précis, si ce n’est réaliste dans le contexte plus général d’une population lasse des tueries et des destructions. Par ailleurs, sans être vraiment devenu démocratique, le système politique est resté ouvert au multipartisme, certains partis ayant même accepté de composer avec le pouvoir en place. A quoi il faut ajouter que la hausse des prix des hydrocarbures a permis de donner satisfaction à une partie de la base sociale de l’ex Front Islamique du Salut… Gare à une éventuelle future chute des prix des hydrocarbures, vu que le pays vit encore largement sur le mode rentier.

La situation syrienne est assez proche de celle de la guerre civile en Algérie, à la différence près que les forces rebelles ont adopté une stratégie de prise de contrôle des villes, et même des grandes villes là où l’opposition armée en Algérie était surtout active dans les campagnes.

C’est cette stratégie de contrôle des zones urbanisées qui a donné son caractère spectaculaire au conflit syrien avec ces images de villes en partie détruites.

Cette stratégie nous informe au demeurant sur la nature des principaux acteurs proprement syriens de l’opposition armée : tout simplement d’anciens militaires de carrière dont le projet s’inscrit certes en opposition avec le régime en place mais sur un principe qui n’est pas différent d’autres épisodes plus anciens de défections, parfois dans le cercle familial même de l’actuel chef de l’Etat.  Ce qui a changé, c’est le contexte régional qui leur a ouvert des perspectives inespérées (le fameux « printemps » arabe).

Ces gens là n’on bien sûr aucun projet démocratique.

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Ahmed Jarba, Le chef de la coalition syrienne qui vient d’être reçu à Paris et ce prince saoudien ont deux points communs: ils sont démocrates et polygames

Leurs fantassins sont par contre des citoyens Syriens, Les relations de ces derniers avec le commandement de l’Armée Syrienne Libre (ASL) restent cependant lâches et leurs motivations comme leurs affiliations peuvent varier, parfois en fonction de qui paye, soit que ces fantassins combattent pour l’argent, soit plus simplement qu’ils ont des familles à nourrir.

Ce sont ces combattants qui sont les plus susceptibles de céder à la tentation de l’offre d’amnistie gouvernementale. Parce que, si on en croit l’article, certains d’entre eux considèreraient non seulement que la bataille est perdue mais que le sens du combat actuel ne correspond pas du tout à ce qui les avait motivés au début.

En tout cas, c’est avec ce levier de l’amnistie que l’armée syrienne a pu obtenir la reddition d’une bonne partie des combattants assiégés dans al Qusayr. Et c’est aussi pour cette raison que la bataille d’al Qusayr n’a pas tourné à la boucherie que d’aucuns prédisaient.

La stratégie de «concorde»» rencontre cependant en Syrie des obstacles qui n’existaient pas dans la guerre civile en Algérie : la présence de nombreux combattants étrangers, dans l’encadrement notamment ainsi que l’afflux d’argent et d’armes venus aussi de l’étranger. Ce soutien matériel et le soutien politique de la part de puissances importantes, aussi bien dans le monde que dans la région entretiennent en effet l’espoir des dictateurs de substitution 

Ce qui semble à peu près clair, c’est que le rôle de l’ASL sur le terrain est maintenant assez réduit et que même son allégeance à la direction politique (la coalition au nom à rallonge) est pour le moins sujette à caution tandis que le noyau dur et efficace de la «rébellion» syrienne est constitué d’organisations «islamistes»les combattants étrangers continuent d’affluer.  

Des rebelles syriens passent dans le camp du gouvernement

Par Ruth Sherlock, The Daily Telegraph (UK) 24 juillet 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth: Des centaines d’hommes qui avaient pris les armes contre le président Bachar al-Assad font de nouveau défection pour repasser du côté du gouvernement.

Déçus par la tournure islamiste prise par la «révolution» en Syrie, épuisés après plus de deux années de conflit et ayant le sentiment d’être en train de perdre, un nombre croissant de rebelles acceptent une amnistie négociée offerte par le régime d’Assad.

Dans le même temps, les familles des combattants qui se retirent du combat ont entamé discrètement leur retour dans le territoire contrôlé par le gouvernement, considérée comme un endroit sûr pour vivre tandis que le régime continue une offensive militaire intense contre les zones tenues par les rebelles.

Cette évolution est un signe d’une plus grande confiance en lui du régime, qui a mis en place ce qu’il appelle un «ministère de la réconciliation » avec pour tâche de donner la possibilité à d’anciens opposants de revenir du côté du gouvernement.

Ali Haider, le ministre chargé de ce dossier, a déclaré: «Notre message est:« Si vous voulez vraiment défendre le peuple syrien, déposez vos armes et venez défendre la Syrie dans le droit chemin, à travers le dialogue. « 

M. Haider, qui a une réputation de modéré au sein du régime, a mis en place un système dans lequel les combattants de l’opposition déposent leurs armes en échange d’un sauf conduit vers des zones tenues par le gouvernement.

Les combattants rebelles reconnaissent en privé être au courant de l’offre d’amnistie, et que certains hommes ont choisi de l’accepter, même si ils disent que les effectifs concernés ne représentent encore qu’une petite proportion de ceux qui luttent contre le gouvernement.

 «Je me suis battu pour la révolution, mais maintenant je pense que nous avons perdu ce pour quoi nous nous battions »,  déclare Mohammed, un rebelle musulman modéré de la ville septentrionale de Raqqa qui a refusé de donner son nom de famille. « Maintenant les extrémistes contrôlent ma ville. Ma famille a déménagé vers la zone gouvernementale, car notre ville est trop dangereuse. Assad est terrible, mais l’alternative est pire. »

La prévalence des groupes islamistes extrémistes dans les zones tenues par les rebelles, en particulier dans le nord, a amené certains combattants de l’opposition à «abandonner» leur cause.

Ziad Abu Jabal est originaire de l’un des villages de la province de Homs dont les habitants ont récemment convenu de cesser de combattre le régime. «Quand nous avons rejoint les manifestations, nous voulions avoir plus de droits droits », dit-il.. « Après avoir vu la destruction et la puissance des djihadistes, nous sommes arrivés à un accord avec le gouvernement. »

M. Haider  dit avoir assisté à une cérémonie mardi après-midi au cours de laquelle 180 combattants de l’opposition ont rejoint les forces de police du gouvernement, d’où ils avaient fait auparavant défection.

Bien qu’il n’ait pas été possible de vérifier cette affirmation, lorsque le Daily Telegraph de Londres avait  visité le siège du ministère de la réconciliation à Damas le bureau était bondé de membres de familles de rebelles qui combattent dans la banlieue de la ville qui affirmaient que leurs hommes voulaient rentrer.

Un négociateur du ministère, qui n’a donné comme nom que  Ahmed, était en train d’organiser la défection d’un commandant rebelle et de 10 de ses hommes dans le secteur de la Ghouta.

 «Il nous a fallu trois mois de négociations et ceci a valeur de test », a-t-il dit. « Si tout se passe bien, le commandant dit que 50 autres suivront. »

Il a décrit les mesures prises pour permettre le retour des combattants prêts à déposer les armes. Tout d’abord, dit-il, un négociateur doit traverser la ligne de front pour une réunion dans le territoire tenu par les rebelles. «Nous devons espérer que le commandant rebelle ordonne à ses tireurs embusqués de ne pas nous tirer dessus.»

Les transfuges potentiels reçoivent des documents qui leur permettent de passer les contrôles de l’armée syrienne avant de rejoindre un lieu sûr en attendant que les officiels puissent faire retirer leurs noms des listes de personnes recherchées tenues par les administrations plus dures que sont le ministère de la défense et les services de renseignements.

Les rebelles «ne s’étaient pas engagés pour appartenir aux organisations islamistes extrémistes qui ont maintenant gagné en influence,» dit-il. «Ils veulent maintenant retourner à une vue normale.»

Dans les jours qui avaient précédé la prise de la ville de Qusayr le mois dernier, le Daily Telegraph avait vu des médiateurs à la frontière libanaise travailler avec l’armée syrienne pour obtenir une amnistie pour les combattants qui acceptaient de se rendre.

Le téléphone sonnait avec les appels désespérés des parents des rebelles. «Ces mères savent que c’est la dernière chance pour leurs fils. S’ils ne déposent pas les armes maintenant, ils mourront parce qu’ils sont en train de perdre la bataille,» affirme Ali Fayez Uwad, le médiateur.

Syrie: information de terrain et terrain de propagande

1 juillet 2013

Je vous livre ce papier de Patrick Cockburn à peu près tel quel. Cockburn attire notre attention sur l’information propagande en Syrie d’où qu’elle vienne, même s’il observe qu’à ce jeu les « rebelles » sont bien plus compétents que le pouvoir en place et bénéficient d’oreilles pour le moins complaisantes dans les médias occidentaux.

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Patrick Cockburn est un journaliste irlandais

Ce n’est pas que je n’aimerais pas commenter un peu plus cet article, mais je suis crevé du fait de mes activités professionnelles très denses en ce moment. J’ai d’ailleurs renoncé à traduire les quelques vers de Milton en fin d’article (traduire de la poésie est un exercice d’une difficulté redoutable).

La représentation du conflit par les medias internationaux est dangereusement imprécise

Regard sur le monde: Il est naïf de ne pas admettre que les deux parties sont capables de manipuler les faits pour servir leurs propres intérêts

Par Patrick Cockburn, The Independent (UK) 30 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Chaque fois que je viens en Syrie, je suis frappé par la façon dont la situation sur le terrain diffère de la façon dont elle est dépeinte à l’étranger.  Les informations sur le conflit syrien  données par les médias étrangers sont certainement aussi inexactes et trompeuses que tout ce que nous avons vu depuis le début de la Première Guerre mondiale. Je suis incapable de penser à une autre guerre ou  une autre crise parmi celles que j’ai couvertes  dans laquelle des sources propagandistes, tendancieuses ou de seconde main ont été aussi facilement acceptées par les journalistes comme attestant de faits objectifs.

Une conséquence de ces distorsions est que les politiciens comme le consommateur ordinaire de journaux  et d’informations télévisées  n’ont jamais eu  ces deux dernières années une idée claire de ce qui se passe à l’intérieur de la Syrie. Pire encore, des plans à long terme sont basés sur ces idées fausses. Un rapport sur la Syrie publié la semaine dernière par l’International Crisis Group basé à Bruxelles, affirme que «une fois confiant en une victoire rapide, les alliés étrangers de l’opposition sont allés vers un paradigme dangereusement déconnecté de la réalité ».

Les slogans remplacent la politique: les rebelles sont représentés comme les gentils et les partisans du gouvernement comme les méchants ; si on lui donne plus d’armes, l’opposition peut soi-disant remporter une victoire décisive; soumis à une pression suffisante militaire, le président Bachar al-Assad acceptera  des négociations pour lesquelles une  des conditions préalables est la capitulationdu régime. Un des nombreux inconvénients de la rhétorique diabolisatrice à laquelle se sont adonnés  Susan Rice, nouvellement nommée conseillère à la sécurité nationale des USA, et William Hague, c’est qu’elle interdit des négociations sérieuses et un compromis avec le pouvoir en place à Damas. Et comme Assad contrôle la plus grande partie de la Syrie, Rice et Hague ont mis au point la recette pour une guerre sans fin tout en arguant de leur souci humanitaire pour la population syrienne.

Il est difficile de prouver la véracité ou la fausseté de toute généralisation sur la Syrie. Mais m’appuyant sur mon expérience de ce mois-ci , à voyager dans le centre de la Syrie entre Damas, Homs et la côte méditerranéenne, il est possible de montrer à quel point les informations dans les médias s’écartent nettement de la réalité sur le terrain. Ce n’est que par la compréhension et la prise en compte de l’équilibre réel des forces sur le terrain qu’on pourra arriver à un progrès quelconque vers une cessation de la violence.

Le mardi je suis allé à Tal Kalakh, une ville de 55.000 âmes, juste au nord de la frontière avec le Liban, qui était un bastion de l’opposition. Trois jours auparavant, les troupes gouvernementales ont repris la ville et 39 chefs de  l’Armée Syrienne Libre (ASL) avaient déposé les armes. Après avoir parlé avec des officiers de  armée syrienne, avec un transfuge de l’ASL et avec des habitants de la ville, il semblait évident qu’il n’y avait pas eu de passage instantané de la guerre à la paix [dans la ville]. C’était plutôt qu’il y avait eu une série de trêves et de cessez le feu arrangés par des notables de Tal Kalakh tout au long de l’année précédente.

Mais au moment même où je me trouvais dans la ville, Al Jazeera arabophone relatait des combats sur place entre l’armée syrienne et l’opposition. De la fumée était supposée s’élever au-dessus de Tal Kalakh comme les rebelles combattaient pour défendre leur place forte. Heureusement, cela apparaissait comme l’œuvre de l’imagination et, pendant les quelques heures que j’ai passées dans la ville, il n’y a pas eu de tirs, aucun signe que des combats avaient eu lieu et pas de fumée.

Bien sûr, toutes les parties dans une guerre prétendent qu’aucune position n’est perdue sans une défense héroïque contre un ennemi à la supériorité numérique écrasante. Mais un fait important a été occulté dans les comptes rendus dans les médias de ce qui s’est passé à Tal Kalakh: l’opposition en Syrie est fluide dans ses allégeances. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les 11 membres des soi-disant «Amis de la Syrie », qui se sont réunis à Doha la semaine dernière, veulent armer les rebelles qui ne sont pas des fondamentalistes islamiques, mais l’écart n’est pas si grand entre ces derniers et ceux qui ne sont pas liés à al-Qaïda. Un combattant du Front al-Nosra affilié a al Qaïda a expliqué avoir fait défection pour un groupe plus modéré parce qu’il ne pouvait pas combattre sans cigarettes. Les fondamentalistes paient plus et, compte tenu de l’extrême paupérisation de nombreuses familles syriennes, les rebelles seront toujours en mesure faire de nouvelles recrues. « L’argent a une part plus importante que l’idéologie», m’a dit un diplomate en poste à Damas.

Alors que j’étais à Homs, j’ai eu un exemple de la raison pour laquelle la version des événements par les rebelles est si souvent acceptée par les médias étrangers de préférence à celle du gouvernement syrien. Elle est peut-être biaisée en faveur des rebelles ; mais souvent il n’y a aucune version gouvernementale des événements, ce qui laisse un vide comblé par les rebelles. Par exemple, j’ai demandé à aller dans un hôpital militaire dans le quartier al-Waar de Homs et j’en ai obtenu la permission, sauf que quand je me suis rendu sur place, on m’a refusé l’entrée. Pourtant, des soldats blessés au combat contre les rebelles seraient probablement  des défenseurs éloquents et convaincants du camp gouvernemental (j’avais visité un hôpital militaire à Damas où j’avais pu parler avec des soldats blessés). Mais l’obsession du gouvernement pour le secret signifie que l’opposition aura toujours une longueur d’avance quand il s’agit de faire un plaidoyer convaincant.

Retour dans le quartier chrétien de la vieille ville de Damas, où je suis installé, il y a eu une explosion près de mon hôtel jeudi. Je suis allé sur les lieux et ce qui s’est passé ensuite montre que rien ne peut remplacer la déclaration d’un témoin oculaire impartial. La télévision d’Etat prétendait que c’était un attentat-suicide, visant peut-être  l’Eglise orthodoxe grecque ou un hôpital chiite qui est encore plus proche. Quatre personnes avaient été tuées.

Je pouvais voir une petite indentation dans le trottoir qui m’avait paru très semblable à l’impact d’un obus de mortier. Il y a avait un peu de sang à proximité immédiate, quoique à environ une dizaine de mètres de l’impact. Alors que j’étais en train de regarder dans les parages, un second obus de mortier s’est abattu sur le toit d’une maison, tuant une femme.

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), si souvent cité comme source par les journalistes étrangers, dira par la suite que ses propres investigations montraient que l’explosion avait été causée par une bombe laissée dans la rue.  En fait, pour une fois, il était possible de savoir avec certitude ce qui s’était passé, parce que l’hôpital chiite a une caméra de surveillance qui montre l’obus de mortier quelques fractions de secondes dans les airs juste avant de toucher le sol, puis la chemise blanche d’un passant qui a été tué par l’explosion. Ce qui venait de se produire était probablement un de ces habituels  bombardements  de mortier faits au hasard par les rebelles dans le quartier proche de Jobar.

Au milieu d’une guerre civile féroce, l’idée des journalistes selon laquelle l’une ou l’autre des parties au conflit, gouvernement ou rebelles, ne va pas  concocter ou manipuler des faites relève d’une crédulité intéressée. Pourtant, une bonne partie de la couverture de presse étrangère se fonde sur une telle hypothèse.

Le plan de la CIA et des Amis de la Syrie pour chercher en quelque sorte la fin de la guerre en augmentant la fourniture d’armes est également absurde. La guerre n’amènera que plus de guerre encore. Le sonner de John Milton, écrit pendant la guerre civile anglaise de 1648 en hommage au général parlementariste Sir Thomas Fairfax qui venait juste de s’emparer de Colchester, montre une plus profonde compréhension de ce à quoi ressemblent les guerres civiles que n’importe quoi qui a pu être dit par David Cameron ou William Hague. Il écrivait :

For what can war but endless war still breed?

Till truth and right from violence be freed,

And public faith clear’d from the shameful brand

Of public fraud. In vain doth valour bleed

While avarice and rapine share the land.

Missiles S-300 en Syrie à la barbe du Mossad

30 mai 2013
L’entité sioniste avait affirmé que sa dernière action de bombardement de la région de Damas avait pour objectif de détruire des équipements militaires destinés au Hezbollah libanais et qui étaient susceptibles de représenter une menace pour l’entité sioniste.
 
Un argument qui en temps ordinaire est de nature à faire taire toute critique et exclut bien sûr toute condamnation de la part des régimes occidentaux, ceux-là même qui se prétendent « amis » de la Syrie.
 
Remarquez que ce sont les même qui étaient les « amis » du Liban en 2006…
 
Et les temps actuels sont tout sauf ordinaires puisque les dits « amis » de la Syrie considèrent qu’il est grand temps que ce pays ami change de président, même si pour cela il faut plonger le pays dans la guerre et contrevenir à la lettre et à l’esprit de la Charte des Nations Unies dont certains de ces « amis » de la Syrie sont supposés être les garants.
 
Et en ces temps peu ordinaires, l’entité sioniste ne s’est pas privée de signifier qu’elle était prête à frapper la Syrie à nouveau si elle estimait que sa sécurité l’exigeait .
 
Des menaces qui n’ont suscité qu’indifférence dans le monde des « amis » de la Syrie mais qui ont amené le gouvernement syrien à faire savoir qu’il riposterait en cas de nouvelle agression.
Des propos bien entendu jugés inadmissibles par l’entité sioniste qui est la seule à avoir le droit de se « défendre ».
 
Comme si un agresseur avait un droit quelconque à se défendre.
 
Ces derniers jours, le gouvernement sioniste a encore monté d’un ton devant les informations selon lesquelles la Russie allait fournir des missiles sol-air évolués de type S-300.
 
Un des chefs du gang sioniste, Benjamin Netanyahou en l’espèce, a même fait le voyage à Moscou pour expliquer à Vladimir Poutine qu’il devait s’abstenir de livrer ces engins à l’armée syrienne.
 
Et les terroristes sionistes ont même menacé  d’armer les ennemis de la Russie ou d’attaquer les bateaux russes qui seraient chargés d’acheminer ces missiles vers la Syrie.
 
Après tout, les terroristes sionistes ont assassiné  le Comte Folke Bernadotte (un de ses assassins ayant eu droit à un hommage de la part de François Hollande au moment de son trépas), bombardé l’USS Liberty, un navire de l’armée américaine, saboté dans le port de Fréjus un équipement nucléaire destiné à l’Irak (vous ne trouverez rien sur le net à ce sujet), assassiné des militants humanitaires dans un bateau battant pavillon turc etc.
 
Le tout dans l’impunité totale. Alors pourquoi en irait-il autrement avec les Russes?
 
De fait, les informations les plus contradictoires ont circulé sur la future livraison ou  non livraison de ces armes à la Syrie, certaines d’entre elles faisant état d’une gesticulation de Moscou pour se trouver en position de force dans les négociations qui semblent se profiler.
 
Les choses sont beaucoup plus claires aujourd’hui puisque le président Bachar al-Assad a annoncé en personne que son pays disposait désormais des fameux missiles.
Un camouflet pour les services secrets sionistes qui croyaient que ces systèmes d’armes imposants étaient encore stockés dans un hangar quelque part en Russie.
 
On verra si les gangsters sionistes mettent à exécution leur autre menace qui consiste à essayer de détruire ces équipements sur le sol syrien.
 
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Même si ces missiles sont vulnérables tant qu’ils n’ont pas été mis en ordre de bataille, il est à peu près certain que non seulement ils sont (ou seront) installés par des techniciens Russes mais aussi que, compte tenu de la sophistication de systèmes qui demandent sans doute des mois de formation pour être manipulés correctement, leurs servants seront au moins pendant un temps des membres de l’armée russe.
 
 
Autant d’éléments de nature à dissuader les sionistes de bombarder les sites qui accueillent ou accueilleront ces missiles.
 
Les S-300 ont vocation à sanctuariser le territoire syrien contre les attaques venues du ciel. Ces missiles sont même en mesure d’interdire à l’aviation sioniste une bonne partie de son « propre » (palestinien en réalité) espace aérien .
 
C’est dire que Vladimir Poutine entend fixer lui-même les limites de l’ingérence militaire étrangère en Syrie.
 
Les sionistes se consolent en se disant qu’ils ne sont « pas une cible pour Assad« , ce qui est une manière d’essayer d’induire l’opinion en erreur car ces engins n’ont pas vocation à attaquer le territoire ennemi (ce ne sont pas des missiles sol-sol) mais à défendre le territoire syrien contre les attaques de l’aviation sioniste ou, pourquoi pas, française ou anglaise.
 
A ceux qui s’inquiètent de la présence des missiles par rapport aux discussions à venir sur une sortie pacifique de crise en Syrie, on rappellera aussi que ces engins sont inutiles face à une guérilla et ne peuvent gêner que ceux qui envisageraient des attaques aériennes contre la Syrie.
 
 

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