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Trump Vs Biden, fascisme à l’ancienne contre fascisme du XXIème siècle

27 juillet 2020

Je vous propose une analyse de la situation politique aux Etats Unis telle qu’elle est comprise par Glen Ford de Black Agenda Report.

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Glen Ford

Black Agenda Report se présente comme un média d’information, d’analyse et de commentaire politique de la gauche noire. L’article est extrait de leur site, Black Agenda Report dispose aussi d’une page Facebook.

D’après Glen Ford, c’est en tout cas ce que j’ai compris, Donald Trump en tant que figure du passé, d’un fascisme à l’ancienne, est un accident dans le paysage politique des Etats Unis, du moins c’est ainsi que le perçoivent les élites économiques et financières. Ces dernières auraient opté pour un nouveau modèle qui inclut le management de la diversité susceptible de permettre à une infime minorité richissime de maintenir son contrôle de l’État. Ce modèle n’est pas moins fasciste (ou fascistoïde dirait Emmanuel Todd) puisque son principe est le pouvoir de cette minorité d’ultra-riches, le militarisme et la guerre perpétuelle.

Pendant que cette élite dirige, le reste de la population est lancé dans une course vers le bas, la descente dont parle Emmanuel Todd dans son livre sur les luttes de classes en France au XXIème siècle.

Glen Ford a-t-il lu Todd où s’agit-il simplement d’une convergence qui résulte de l’analyse,

 

Qui est le fasciste le plus dangereux?

Par Glen Ford, Black Agenda Report (USA) Editor 23 Juillet 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

La plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme, et les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

«Dans leur vison politique caricaturale, fasciste signifie simplement «Trump».

Après la prise d’une première tête de pont autour des bâtiments fédéraux à Portland, en l’Oregon, Donald Trump menace d’envoyer ses über alles Storm Troopers [Sections d’Assaut] de la sécurité intérieure dans les villes du pays qui, selon lui, sont «dirigés par des démocrates très libéraux [à gauche dans la terminologie américaine]… par la gauche radicale». La prochaine sur la liste est Chicago, où 150 agents fédéraux devraient être déployés dans les prochains jours. Des agents de la sécurité intérieure ont déjà été envoyés à Seattle et à Washington DC, et Trump a évoqué la nécessité de «dominer» le terrain à Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland. Pendant ce temps, le ministère américain de la Justice prévoit d’étendre son intervention urbaine «Operation Legend», qui vise actuellement la criminalité locale à Kansas City, Missouri.

Tout comme d’autres présidents américains ont historiquement utilisé l’armée comme instrument pour leur réélection, organisant des attaques contre des pays désignés par les Etats Unis comme «voyous» et «terroristes» pour consolider leur assise électorale, Donald Trump fait campagne en tant que shérif qui fera régner la loi et l’ordre dans les vastes régions du pays occupées le mois dernier par les hordes inspirées de «Black Lives Matter». Bien que l’intervention armée de Trump dans les affaires locales et étatiques semble politiquement en contradiction avec ses sympathies confédérées, son déploiement massif d’agents de la force publique paraît légal.

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Le drapeau confédéré est généralement perçu comme un symbole raciste

Leur comportement dans la rue, cependant, est une autre affaire. «Des agents fédéraux non identifiés dans des véhicules banalisés enlèvent des manifestants pacifiques dans les rues, les transportent vers des lieux inconnus, sans les informer des raisons de leur arrestation, puis les relâchent sans trace de d’une procédure d’arrestation», a déclaré Marjorie Cohn, ancienne présidente de la National Lawyers Guild. «Ces actions rappellent la police secrète des dictatures qui kidnappe e t« fait disparaître» les opposants au régime. Elles sont conçues pour dissuader les gens d’exercer leur droit au premier amendement de protester contre le racisme et la suprématie blanche.»

Oui, ça «rappelle» la police secrète à d’autres époques et dans d’autres pays, mais les agents de la sécurité intérieure se comportent en fait comme le font les flics locaux un peu partout aux États-Unis. La police de Chicago a fait fonctionner pendant des années un centre de torture pas si secret dans lequel des hommes noirs disparaissaient jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Les villes du pays déploient régulièrement des «escouades» de policiers en civil qui sautent de véhicules banalisés pour enlever des gens dans les rues de leur quartier. Et la  plupart des flics locaux chargés de réprimer les manifestations anti-police retirent leurs badges et marques d’identification. Les équipes SWAT (unités d’élite de la police) locales et fédérales portent régulièrement des masques pour cacher leurs identités. Cela aussi «rappelle» le fascisme, mais cela n’a pas commencé avec Trump en janvier 2017.

De fait Trump est plutôt amateur dans le domaine de l’art sinistre de la répression intérieure, son expérience passée se limitant à terroriser les locataires de ses immeubles d’habitation et les «apprentis» dans les émissions de télé-réalité. Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents. Le FBI de Barack Obama a coordonné la répression par la police nationale des sites d’Occupy, il y a près de dix ans – une vaste opération impliquant les actions synchronisées d’un président démocrate noir, de maires principalement démocrates et de leurs chefs de police. La maire noire de Baltimore avait qualifié les personnes qui avaient pris part à la rébellion de Freddie Gray de 2015 de «voyous» – déshumanisant ainsi ses propres électeurs – tout comme  Obama, dont les procureurs fédéraux avaient exigé et obtenu des peines sévères pour les accusés de dégradations matérielles.

Obama a marqué un tournant dans l’histoire de l’État policier quand il a obtenu l’adoption par le Congrès d’une législation autorisant la détention pour une durée indéfinie de citoyens américains sans faire l’objet d’un procès ou d’une accusation – un saut dans l’abîme que même George W. Bush n’avait pas osé faire.

Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents.

Les libertariens en matière de droits civiques sont à juste titre préoccupés par le fait que le ministère de la Justice de Trump se coordonne avec la police locale pour se servir de Facebook pour accuser ceux qui protestent contre l’assassinat de George Floyd de crimes graves – un autre signe avant-coureur du fascisme. Mais les polices locales utilisent depuis des années Facebook comme outil d’enquête de premier ordre. Et les groupes de travail de la police fédérale- police de New-York sous le titre «Operation Crew Cut» s’étaient grandement appuyés sur des déclarations faites sur Facebook pour inculper plus de 100 jeunes dans deux quartiers HLM de Harlem en 2014 et 120 autres jeunes noirs et à la peau bronzée du Bronx en 2016– un raid présenté comme la plus grande opération de «répression des gangs» de l’histoire de New York. Est-il fasciste d’utiliser Facebook contre des dissidents politiques, mais normal quand il s’agit d’expédier les «suspects habituels» (jeunes de couleur ) dans le goulag de l’incarcération de masse? Ou est-cet fasciste seulement quand Trump le fait?

Si la plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme,les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

Comme je l’ai écrit dans des articles précédents (voir «91ll Legacy: Two Contending Fascisms », 15 septembre 2018), le système Jim Crow du sud des États-Unis a servi de modèle à l’État racial d’Adolph Hitler. Le Sud ségrégationniste entièrement sous les lois Jim Crow, correspondait en fait plus étroitement à la définition largement répandue du fascisme que la plupart des fascismes européens du XXe siècle:

* Nationalisme poussé à l’extrême

* Recours fréquent au pouvoir de la foule

* Oppression d’un «Autre» interne comme principe organisateur

* Militarisme

* La domination politique des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie

“ le système Jim Crow du sud des États-Unisa servi de modèleà l’État racial d’Adolph Hitler”

Donald Trump est un fasciste américain à l’ancienne, du genre Jim Crow – mais qui est également désireux d’utiliser tous les outils modernes de répression politique et raciale pour préserver un système capitaliste dans sa phase de déclin final. La politique ouvertement raciste de Trump (avec l’oppression d’un «Autre»interne comme principe organisateur») le rend incompatible avec la doctrine de la «diversité» managériale adoptée par nécessité par les multinationales. Il entre donc en tension avec le régime capitaliste au 21e siècle – mais est extrêmement utile comme repoussoir, c’est pourquoi il a été l’adversaire préféré des démocrates liés au monde des affaires en 2016 et 2020. N’ayant rien à offrir à leur base si ce n’est une austérité sans fin («la course vers le bas ”) et la guerre, les démocrates liés au monde du business ont fait de Trump le seul enjeu de leurs campagnes.

Le capital multinational et l’État sécuritaire (CIA, etc.) trouvent Trump totalement indigne de confiance en tant que gestionnaire de l’empire américain – c’est pourquoi ils ont concocté le Russiagate en collaboration avec les démocrates.

Les républicains sont depuis plusieurs générations les vassaux des grandes compagnies pétrolières, tandis que les démocrates sont le parti privilégié du capitalisme financier qui domine désormais tous les secteurs capitalistes, y compris les médias et la haute technologie. Au sein du duopole électoral, les Noirs n’ont d’autre choix que les Démocrates, tandis qu’environ la moitié des Blancs choisissent les Républicains, ouvertement le parti des Blancs bien avant l’avènement de Trump, l’intrus impulsif. Cependant, le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion], échangeant périodiquement les rênes du pouvoir exécutif avec le moins de perturbations possible pour l’ordre capitaliste. {C’est ce qu’ils appelaient le «génie» du système. ) L’humiliation de l’establishment corporatif républicain  par Donald Trump en 2016 – avec l’aide décisive des démocrates et des grands médias – a déstabilisé le duopole politique, le mécanisme institutionnel qui, avec les médias liés au monde des affaires, médiatise les divergences entre les secteurs capitalistes et construit un récit politique commun ( mensonges) pour la consommation populaire. Le résultat a été une scission ouverte et destructrice de la classe dirigeante, les instruments étatiques de la  sécurité nationale (CIA, etc.) collaborant ouvertement avec les démocrates pour rendre politiquement illégitime un président en exercice.

“ le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion]’”

La bonne nouvelle, c’est que la guerre civile interne à la classe dirigeante a délégitimé non seulement Trump mais l’ordre impérial US lui-même. Une fois perdue, la légitimité politique peut rarement être intégralement recouvrée – et certainement pas par un ordre capitaliste en bout de course en proie à un écheveau de contradictions accumulées en son stade terminal, et dont le domaine impérial se réduit progressivement.

La mauvaise nouvelle est que la gauche US est si faible qu’elle a été incapable de proposer un discours qui explique les crises multiples qui ont été si dévastatrices pour le peuple américain, ou même d’accomplir a minima nos obligations de solidarité avec les victimes de l’impérialisme US dans le monde. Imaginant le fascisme dans les termes d’une caricature personnifiée par Trump, les gauchistes américains semblent croire que anti-Trump égale antifascisme, alors qu’en fait Trump représente un avatar de Jim Crow que les champions du capital cherchent à écarter depuis un demi-siècle afin d’exercer leur pouvoir plus efficacement. Ces champions du capital ont, par contre, construit un ordre fasciste du 21ème siècle dans lequel un tout petit nombre de milliardaires peut exercer le pouvoir sans réelle opposition, tandis qu’une bonne partie du monde est enfermé et contraint à une «course vers le bas» et que la moitié de l’humanité vit dans la terreur d’interminables guerres américaines.

Le président Obama était un agent de ce fascisme – qui n’est pas une caricature de presse, et tue des millions de gens. Il en est ainsi de tous les Démocrates du jeu institutionnel. Ils sont les plus dangereux parce que si peu de gens les considèrent comme des fascistes, en dépit de leur servilité abjecte à l’égard de la dictature du monde des affaires, de l’État carcéral et des guerres sans fin. Nous battrons Trump pour la simple raison qu’il ne représente pas la véritable classe dirigeante capitaliste. L’oligarchie veut qu’il soit battu – et elle veut que nous la remerciions d’oeuvrer pour ses propres intérêts et se débarrasser de son propre problème: le genre de service que rend l’oligarque Michael Bloomberg quand il achète le contrôle de l’infrastructure du Parti Démocrate ainsi que la loyauté d’une partie substantielle de la (pseudo) classe politique noire.

Certains gauchistes américains, incapables de sortir de leur vision caricaturale craignent que Donald Trump refuse de quitter la Maison Blanche si le scrutin lui est défavorable en novembre. Ils imaginent que les généraux de l’armée américaine soutiendront un coup de force de Trump dans un scénario de «Sept jours en mai» à l’envers. Complètement ridicule! Un coup de force militaire ne pourrait venir que du J-SOC, le Joint Special Operations Command qui supervise les forces d’opérations spéciales de toutes les branches de l’armée, comme les Bérets Verts (armée de terre) et les SEALS (marine). Les unités d’opérations spéciales ont toujours travaillé main dans la main avec la CIA – de fait, les Bérets Verts sont souvent appelés «l’armée de la CIA». Donald Trump, le candidat de «l’arrêt des des changements de régimes» [no more regime changes] en 2016 s’est ainsi gagné un ennemi implacable dans la CIA.

Si un coup de force quelconque devait se produire en novembre, ce serait en faveur des Démocrates. Et beaucoup de gens qui se présentent comme de gauche applaudiront, se figurant la CIA comme un allié dans la lutte contre le «fascisme.»

Antisionisme=Antisémitisme, les Etats Unis et la France sont synchrones

28 décembre 2019

Si en France, l’Assemblée Nationale a adopté une résolution non contraignante (ça on le verra surtout quand auront lieu les premiers procès) assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, aux Etats Unis c’est le président Donald Trump qui a signé un décret, un texte contraignant donc, qui interdit de critiquer l’entité sioniste sur les campus universitaires. L’hostilité au sionisme était ici aussi assimilé à de l’antisémitisme.

 Ce texte, qui n’a pas eu à passer par le législateur, est loin de faire l’unanimité et il sera certainement contesté juridiquement pour son caractère non constitutionnel. Les membres de la communauté juive, même sioniste, ne voient pas non plus toujours ce texte d’un très bon oeil. En effet, ce texte correspond à la vision trumpienne des Juifs comme un peuple foncièrement allogène , une communauté dirigée par des millionnaires, dont la nature est de faire allégeance à l’entité sioniste.

C’est dire que des voix s’élèvent contre ce texte et, du côté antisioniste, font savoir qu’il est hors de question qu’il soit respecté.

Opinon: Je suis juive, je combats l’antisémitisme et je soutiens les droits des Palestiniens

Par Phyllis Bennis, The Los Angeles Times (USA) 26 décembre 2019 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand j’étais une gamine juive qui grandissait dans la banlieue de Los Angeles, nous pensions qu’être juif signifiait soutenir Israël.

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Phyllis Bennis 

On n’avait pas vraiment le choix. Si vous vous identifiez comme juif, comme moi et la plupart de mes amis, l’éducation religieuse que nous recevions, les groupes de jeunes auquel nous participions et les camps d’été où nous jouions étaient tous fondés sur une seule chose. Ce n’était pas Dieu – c’était le sionisme, le projet politique de colonisation du peuple juif en Israël.

Nous ne demandions jamais – et personne ne nous l’a jamais enseigné à l’école du dimanche – qui vivait déjà sur cette terre, longtemps connue sous le nom de Palestine, lorsque les Juifs européens arrivèrent vers la fin du XIXe siècle et commencèrent à y construire des colonies.

Ma propre rupture avec le sionisme est survenue un peu après mes vingt ans, suite à la lecture des lettres du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, qui implorait Cecil Rhodes, l’architecte britannique du vol de terres en Afrique, de soutenir son projet en Palestine. Leurs projets étaient tous  deux «de nature coloniale », assurait Herzl à Rhodes.

Aujourd’hui, les jeunes Juifs posent des questions difficiles à un âge plus précoce, et un plus grand nombre d’entre eux ont activement critiqué Israël pour ses attaques contre les Palestiniens et les droits des Palestiniens.

Quand la Maison Blanche de Trump dit que critiquer ou boycotter l’État d’Israël est antisémite et émet un décret exécutif visant à faire taire la critique d’Israël sur les campus universitaires, de nombreux étudiants juifs refusent d’y adhérer . Une étudiante juive de 20 ans et membre de Hillel [association universitaire juive] à l’Université de Caroline du Nord a déclaré au New York Times qu’elle craignait que le décret « assimile faussement l’antisionisme à l’antisémitisme » et vise à éliminer la critique d’Israël.

Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, affirme que le décret a pour but de garantir que les Juifs sont protégés par «l’interdiction de la discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale» du Civil Rights Act. Il dit que le décret exécutif ne définit pas les Juifs comme une nationalité, mais il n’en affirme pas moins que «l’antisionisme est de l’antisémitisme». Cette formulation revient à qualifier d’antisémites les Juifs – ainsi que les Palestiniens et autres – qui ne soutiennent pas le sionisme.

Les juifs sont de toutes races, couleurs et ethnies. Le point de vue de Trump / Kushner est une façon insidieuse de prétendre que les Juifs sont tous liés à Israël ou ont tous des responsabilités envers Israël. Cette accusation de « double loyauté » est l’un des plus vieux clichés antisémites.

Bien sûr, même si l’administration Trump essaie de faire taire les critiques d’Israël, le véritable antisémitisme monte , en particulier pendant l’administration Trump. Nous savons à quoi il ressemble.

L’antisémitisme ressemble à l’attaque contre une synagogue près de San Diego. Il ressemble à Pittsburgh où le meurtrier présumé de la synagogue Tree of Life accusait les Juifs de «ramener des envahisseurs qui tuent les nôtres» et de soutenir l’installation de réfugiés. C’est comme les gens du Klan et les nazis scandant «les Juifs ne nous remplaceront pas» à Charlottesville.

Cet antisémitisme virulent n’émane pas des partisans des droits des Palestiniens. Il vient des suprémacistes blancs violents qui agissent de plus en plus ouvertement et fièrement à travers les États-Unis. Ces mêmes antisémites se délectent toujours du soutien du président, qui les a appelés «des gens très bien» après Charlottesville.

Le véritable antisémitisme émane également directement de la Maison Blanche elle-même – d’un président qui dit aux républicains juifs qu’il n’attend pas leur soutien parce qu’il n’a pas besoin de leur argent , qui invite à une fête de la Maison Blanche pour Hanoukka un pasteur chrétien qui dit que les juifs qui ne se convertissent pas au christianisme « vont en enfer » et qui affirme que les juifs «devront voter pour moi, vous n’avez pas le choix» parce que les démocrates proposent des hausses d’impôts aux millionnaires et aux milliardaires.

Essayer de museler la critique d’Israël alors que le gouvernement israélien devient de plus en plus répressif contre les droits des Palestiniens ne marchera pas, surtout quand la Maison Blanche elle-même est cernée par l’antisémitisme. Des organisations juves et d’autres associations étudiants progressistes affirment déjà leur intention de lutter contre ce déni de la liberté d’expression.

De même, marteler que l’antisionisme est de l’antisémitisme n’en fait pas une vérité. Une nouvelle génération de jeunes juifs – et tout un tas d’entre nous qui ne sont plus si jeunes – savent que c’est faux.

Phyllis Bennis membre de l’Institute for Policy Studies et siège au bureau national de Jewish Voice for Peace.

La tuerie de la synagogue de Pittsburgh et les racines politiques des discours de haine aux Etats Unis

31 octobre 2018

Quelques jours nous séparent maintenant de la tuerie qui a été perpétré dans une synagogue de Pittsburgh aux Etats Unis. Robert Bowers, l’assaillant, tenant d’une idéologie d’extrême-droite, s’est rendu à la police après avoir été blessé mais non sans avoir auparavant assassiné 11 fidèles au simple motif qu’ils étaient juifs et que les Juifs, selon lui, sont une menace pour la survie de son propre peuple, c’est-à-dire les Américains blancs et chrétiens.

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Blessé, Robert D. Bowers a néanmoins pu être présenté à un juge

Les commentateurs, en France comme aux Etats Unis, n’ont pas tardé à mettre ce crime au compte de Donald Trump et de sa rhétorique xénophobe, voire antisémite (au sens d’anti-juive). Alors même que chacun sait que Donald Trump a un gendre de confession juive, que sa fille Ivanka s’est convertie au judaïsme et qu’elle-même et son mari jouent un rôle politique significatif notamment sur les questions relatives au Proche Orient.
Cet état de fait aurait dû amener les commentateurs à s’interroger sur la relation en quelque sorte « constructive » entre sionisme et antisémitisme.
Ce n’est cependant pas le cas car il est des couvercles qu’on se garde bien de soulever de peur qu’ils se referment sur ses doigts.

Le blogueur Moon of Alabama nous a proposé dès le lendemain des faits une lecture politique de ce  crime. Et Moon of Alabama nous montre que ce crime, tout abject qu’il soit, s’inscrit dans une logique profonde de la vie et du discours politiques aux Etats Unis, et pas seulement dans la mouvance dite Alt-Right (droite alternative) mais dans le discours des grands partis et de responsables politiques de premier plan. Hillary Clinton nous l’a rappelé à deux reprises, en 2016 et tout récemment.

A cet égard, Donald Trump ne déroge pas à la règle.

Ces exploitations de l’attentat de Pittsburgh se moquent des victimes

Moon of Alabama (USA) 28 octobre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’attaque terroriste d’hier contre une synagogue de Pittsburgh a été commise par un homme aux opinions extrêmement anti-juives et anti-immigration. C’est la troisième attaque contre un lieu de culte en trois ans.

Comme les incidents précédents, c’est un crime odieux aux motivations ignominieuses.

Mais il y a peu de bonnes raisons de blâmer Trump pour cet incident. Il ne justifie pas non plus de prétendre faussement à un « antisémitisme accru ». L’exploiter pour une cause coloniale à caractère raciste revient à se moquer des victimes.

Le New York Times rapporte:

Armé d’un fusil d’assaut de type AR-15 et d’au moins trois armes de poing, un homme criant des insultes antisémites a ouvert le feu à l’intérieur d’une synagogue de Pittsburgh, tuant au moins 11 fidèles et en blessant deux autres ainsi que quatre policiers, ont annoncé les autorités.

L’assaillant, identifié par les responsables de la police comme répondant au nom de Robert D. Bowers, a tiré pendant plusieurs minutes et quittait la synagogue lorsque des agents, en tenue d’intervention et armés de fusils, l’ont rencontré à la porte. Selon la police, M. Bowers aurait échangé des coups de feu avec les policiers avant de se replier à l’intérieur et de se barricader dans une pièce au troisième étage. Il s’est finalement rendu.

En lisant entre les lignes, nous apprenons que le tueur n’est pas un musulman. Sinon, il aurait été qualifié de « terroriste ». Nous pouvons également conclure que le tueur était blanc. Sinon, la police l’aurait tué

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Fusil AR-15 est une déclinaison du M-16, fusil standard de l’armée américaine

Le meurtrier était extrêmement anti-juif. C’était un suprématiste blanc qui s’imaginait que les personnes de confession juive étaient à l’origine de tous les problèmes qu’il voyait :

Le suspect de la fusillade meurtrière dans une synagogue de Pittsburgh a déclaré aux policiers que les Juifs étaient en train de commettre un génocide et qu’il voulait qu’ils meurent tous, selon un document de l’accusation rendu public dans la matinée de dimanche.

Les fidèles « ont été brutalement assassinés par un homme armé qui les visait simplement en raison de leur confession « , a déclaré Bob Jones, responsable du bureau du FBI à Pittsburgh, qui a cependant averti que le mobile du tireur n’était pas encore entièrement connu.

Les publications de Robert Bowers sur les réseaux sociaux montrent que la raison immédiate de l’attaque contre la synagogue a été la cérémonie nationale de Shabbat organisée par la Hebrew Immigrant Aid Society (HIAS – Société Hébraïque pour l’assistance aux immigrants) :

Quelques heures avant la fusillade du samedi matin, un nouveau message était publié à partir de son compte |sur les réseaux sociaux]: « HIAS aime faire venir des envahisseurs pour tuer notre peuple. Je ne peux pas rester assis et regarder mon peuple se faire massacrer. Fini de jouer [le tueur emploie l’expression « screw your optics » qu’on pourrait traduire par « bloquez vos FPS, le FPS étant le tireur virtuel qui est à la place du joueur dans un jeu vidéo, note de Djazaïri], j’y vais. »

HIAS est une organisation fondée il y a 137 ans par et pour les juifs qui fuyaient les pogroms en Russie. Elle assiste aujourd’hui tous les réfugiés. La haine de l’assassins pour HIAS, souligne la proximité idéologique des suprématistes blancs et des sionistes :

À l’extrême droite juive, la Zionist Organization of America a attaqué HIAS et d’autres organisations juives pour avoir fait pression pour l’admission de réfugiés syriens aux États-Unis et a accusé HIAS de le faire dans un but lucratif.

Le New York Times tente de relier l’incident à Trump :

 [L’agression] a également eu lieu à la suite de l’arrestation vendredi matin d’un homme qui, selon les autorités, aurait envoyé plus d’une douzaine de bombes artisanales à des détracteurs de M. Trump, dont plusieurs importantes personnalités démocrates.

Les bombes artisanales, qui n’auraient pu tuer personne, ont été envoyées de Floride par un paumé pro-Trump. Toutes  ce bombes ont été détectés avant d’atteindre leur cible.

Le tueur de Pittsburgh détestait Trump. Il mobilisait contre lui sur les réseaux sociaux en expliquant qu’il [Trump] était contrôlé par des Juifs. Il a écrit qu’il n’avait pas voté pour lui. Extrait de ses tweets archivés ( partie 1 , partie 2 ):

Trump est un mondialiste, pas un nationaliste. Il n’y a pas de #MAGA [Make America Great Again, rendre sa grandeur à l’Amérique, slogan de Trump] tant qu’il y a une infestation de kikes [péjoratif: Juifs, NdT].

Mais l’article du New York Times ignore la position anti-Trump du tueur. L’incident est ensuite imputé à la rhétorique de Trump:

L’émotion soulevée par le massacre de samedi a exacerbé le sentiment de malaise national face à une rhétorique politique de plus en plus hostile. Les détracteurs du président Trump ont fait valoir qu’il était en partie responsable des récents actes de violence parce qu’il avait excité la fibre nationaliste sur Twitter et lors de ses meetings, accusations que M. Trump a rejetées.

C’est ignorer que Trump recourt à la même rhétorique nationaliste qu’utilisent tous les présidents des Etats Unis :

Obama a déclaré sans équivoque à l’US Military Academy  l’année dernière: «Je crois en l’exceptionalisme américain avec toutes les fibres de mon être».

Pas plus que les positions anti-immigration ne sont particulières à Trump. C’est Obama qu’on appelait « l’expulseur en chef » :

Plus de 2,8 millions d’immigrants sans papiers ont été expulsés au cours des huit dernières années, [les deux mandats de M. Obama],…

Le nationalisme extrême et les positions anti-immigration sont aussi américains que la tarte aux pommes. La rhétorique hostile [à l’immigration aux Etats Unis n’est certainement pas le propre d’un seul camp. C’était Hillary Clinton qui parlait de citoyens comme de gens « minables » [elle avait décrit ainsi la moitié des électeurs de Trump caractérisés comme racistes, islamophobes, sexistes etc.] C’est seulement le style de Trump, pas ce qu’il dit, qui différencie sa manière « d’exciter » l’opinion de celle d’autres politiciens. Blâmer Trump pour cet incident est une tentative d’empêcher de prendre conscience de cela.

Le New York Times amalgame le mobile anti-immigration du tueur avec l’antisémitisme quand il cite les statistiques mensongères de l’ADL [Anti Defamation League, équivalent américain de la LICRA ] :

 [Le massacre] a eu lieu dans un climat d’inquiétude croissante à propos de l’immigration clandestine et dans une décennie qui a vu une augmentation des crimes de haine [hate crime: le hate crime va de la mauvaise blague raciste  à l’assassinat, NdT]. Selon le rapport annuel publié par l’Anti-Defamatiojn League plus tôt cette année, le nombre de signalements d’incidents antisémites aux Etats Unis a bondi de 57 % en 2017, la plus forte hausse en une seule année depuis que l’ADL a commencé à recenser ce genre de délits en 1979.

L’ADL ne recense pas « ce genre de délits », mais tout incident qu’elle perçoit comme étant du harcèlement, une menace ou « antisémite ». La forte augmentation dans les statistiques de 2017 de l’ADL n’a été constatée que parce que l’ADL a truqué les chiffres, comme l’ont relevé de manière critique d’autres organisations juives, en incluant les centaines de menace qu’un adolescent juif instable a faites contre des institutions juives :

L’augmentation présumée de l’antisémitisme selon l’ADL est une « histoire de requins« 

Un homme, américano-israélien, âgé de 19 ans a été reconnu coupable d’avoir proféré des centaines de menaces d’attentats à la bombe contre des centres communautaires juifs et des écoles juives aux États-Unis, ainsi que des compagnies aériennes.

Les fausses alertes visant les centres communautaires juifs et d’autres institutions juives au cours des trois premiers mois de 2017 ont provoqué de nombreuses évacuations et fait craindre une recrudescence de l’antisémitisme. Les parents et l’avocat de Kadar n’ont pas contesté son implication dans les menaces d’attentats à la bombe, mais ont affirmé pour sa défense qu’il souffrait d’une tumeur au cerveau et d’un faible QI.

Non seulement l’ADL truque ses chiffres , mais confond  ostensiblement la haine contre des personnes de confession juive et l’activisme antisioniste comme le Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) .

Kenneth Marcus du Centre Louis D. Brandeis pour les droits de l’homme a déclaré que certains signalements d’incidents antisémites « sont ce qu’on pourrait appeler des histoires de « requins », évoquant les les informations des médias sur des attaques de requins il y a quelques étés de cela. Beaucoup de gens, avait-il dit, craignaient que les attaques de requins se multiplient tandis que les experts cherchaient à en comprendre la raison. En fin de compte, il s’était avéré que ces attaques n’étaient pas du tout en augmentation – on en avait beaucoup plus parlé dans les médias parce que ces histoires de requins avaient attiré l’attention de rédacteurs en chef et de médias influents. »

Robert D. Bowers était actif sur les plateformes de réseaux sociaux Facebook et Gab , un service comparable à Twitter avec un minimum de censure. Il a posté et reposté beaucoup de calomnies anti-juives. Gab, qui est souvent utilisé par des personnes censurées ailleurs, a réagi immédiatement après l’incident. Il a archivé et fermé le compte et informé la police. Néanmoins, il a été immédiatement censuré. Paypal, qui servait à collecter les dons, a fermé son compte sans donner de raison particulière. Une telle réaction déraisonnable ne fera que renforcer le sentiment de persécution de l’extrême droite.

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Hommage aux victimes devant la synagogue de Pittsburgh

 

Le gouvernement israélien va envoyer son membre probablement le plus raciste, le ministre de l’Education, Naftali Bennet, exploiter cet incident pour sa colonisation de la Palestine. Bennet s’est vanté d’avoir tué des Arabes :

« J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie – et cela ne pose aucun problème. »

Il appelle les réfugiés qui sont venus en Israël « des infiltrés ». Il aurait applaudi le meurtrier si la cible avait été un autre groupe religieux :

Le ministre de l’Education, Naftali Bennett, a obtenu jeudi le soutien d’un important militant anti-immigration clandestine, après s’être engagé à bloquer le projet de régularisation de centaines d’infiltrés soudanais.

Jeudi, [..], le parti de du Foyer Juif, dirigé par le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, a annoncé qu’il bloquerait l’application du plan du ministère de l’Intérieur visant à accorder des permis de séjour aux 300 Soudanais.

« Rien ne justifie d’absorber ces infiltrés en Israël. »

Israël s’est déclaré Etat d’apartheid . Son gouvernement a les mêmes opinions d’extrême droite contre les « autres » que l’assaillant de Pittsburgh. Comme lui, il confond les croyants juifs avec une race. Comme lui, il se mobilise contre l’immigration. Envoyer Bennet pour exploiter l’attaque terroriste, c’est se moquer de ses victimes.

Peut-on reprocher à Donald Trump d’avoir secouru un enfant juif?

24 octobre 2018

L’article date de 2015, époque où Donald Trump était en campagne électorale pour le scrutin présidentiel aux Etats Unis.

Le propos de cet article est des plus étranges puisque si il relate un geste humanitaire du futur président à l’égard d’une famille juive dont l’enfant était gravement malade, il semble impliquer que le milliardaire a une quelconque responsabilité à l’égard des malversations financières de la même famille sous couvert d’œuvres de bienfaisance !

La moralité de cette histoire devrait donc être : ne tendez pas une main secourable à une personne (à un rabbin?) car on pourrait vous reprocher les délits qu’elle serait amenée à commettre sans vous demander votre avis et à votre insu.

Un article en français sur ce geste de Trump paru dans un média sioniste francophone ne fait nulle mention de la dérive des parents de l’enfant secouru.

NB: je n’ai pas bien compris la nature du placement dont il est question dans l’article mais j’ai l’impression que c’est une sorte de rente viagère avec capital versé à ayant droit en cas de décès du bénéficiaire de la rente.

Fin tragique pour l’histoire de l’enfant juif « sauvé » par Trump

Le milliardaire s’était porté au secours de la famille Ten et avait transféré leur fils gravement malade de Los Angeles à New York à bord de son avion privé, mais l’histoire ne s’arrête pas là.

par Cathryn J. Prince, The Times of Israel (Sionistan) 25 août 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

New York – C’est par un triste épilogue que s’est terminée l’histoire récemment recyclée de l’aide héroïque apportée par le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump pour permettre à un garçon juif dans un état de santé critique d’accéder à des soins médicaux il y a 27 ans.

En 1988, le rabbin Harold « Hershy » Ten et son épouse Judy étaient à bout. Ils devaient transporter leur fils Andrew, alors âgé de trois ans, de Los Angeles à New York pour y recevoir des soins médicaux. Le bambin souffrait d’une maladie respiratoire rare et non diagnostiquée.

Hershy Ten

2013: le rabbin « Hershy » Ten (2ème à partir de la droite) célèbre Hanoucca à Beverly Hills

Mais les compagnies aériennes avaient refusé de transporter Andrew qui ne pouvait pas sortir de la maison sans certains équipements médicaux dont un respirateur à oxygène portable et un aspirateur de mucus, selon un article archivé de la Jewish Telegraphic Agency (JTA).

Désespérée, la famille fit appel à Trump qui accepta de mettre à disposition son Boeing 727 privé. Dès que l’avion se posa à La Guardia, Andrew fut évacué l’hôpital pédiatrique Schneider du Long Island Jewish Medical Center.

Boeing 727 Trump-vert

Le Boeing 727 privé de Donald Trump (remplacé depuis par un Boeing 757)

Dans l’article de la JTA, le père d’Andrew déclarait, « M. Trump n’a pas hésité quand nous l’avons appelé. Il avait dit, « Oui, je vais envoyer mon avion. » Et la grand-mère Feigy Ten avait déclaré avec enthousiasme, « Donald Trump est un miracle, un miracle tout simplement. »

À l’exception de la mention occasionnelle de l’incident par Trump – il y fait référence dans son livre de 2000  » L’Amérique que nous méritons  » -, cette histoire n’a pas fait l’actualité.

Jusqu’à la semaine dernière quand plusieurs médias ont ressorti l’article de la JTA – sans préciser qu’elle remontait à 27 années en arrière.

Le Times of Israel a appris cette semaine qu’Andrew était décédé dix ans après le «sauvetage» par Trump en 1998. En hommage à leur fils, ses parents avaient parrainé le camp Avraham Moshe pour les adolescents et les jeunes adultes juifs ayant des besoins particuliers.

Le camp de Los Angeles propose plusieurs activités, dont la natation, l’équitation et l’artisanat, le tout dans un cadre juif. Aujourd’hui, le camp fait partie d’ETTA / OHEL, une organisation juive de service social.

L’histoire des Tens a toutefois pris une tournure nouvelle en août 2014 lorsque la Securities and Exchange Commission, la SEC [commission des transactions financières et boursières], a accusé Harold Ten de participer à un stratagème qui «permettait à un groupe de courtiers, de conseillers en investissement et à leurs clients de tirer profit de la mort de malades en phase terminale. « 

Selon la SEC, Ten aurait utilisé sa position de président de Bikur Cholim, une organisation à but non lucratif fournissant aux patients hospitalisés des repas casher et des prêts gratuits d’équipements médicaux, afin d’aider Michael A. Horowitz, un courtier basé à Los Angeles, à identifier, et obtenir des informations personnelles auprès de Juifs en phase terminale.

La SEC a déclaré que les clients investisseurs de Horowitz avaient acheté des rentes [une formule apparentée à l’assurance vie apparemment], NdT], une forme d’assurance ou d’investissement qui verse un paiement annuel à un bénéficiaire déterminé, en désignant les patients en phase terminale comme rentiers. De cette façon, les investisseurs percevaient rapidement le paiement du capital décès et réalisaient des bénéfices considérables aux dépens de la compagnie d’assurance.

Ni l’équipe de campagne de Trump, ni la famille Ten n’ont répondu à nos demandes répétées d’informations à ce sujet.

Pamphlet antisémite : le guide des Juifs influents de l’ère Donald Trump

24 mai 2018

A vrai dire ce pamphlet antisémite n’est pas de moi, mais publié par la Jewish Telegraphic Agency, une agence de presse qui alimente nombre de titres de la presse communautaire juive un peu partout dans le monde.

Le cliché le plus répandu sur les Juifs est bien présent et parfaitement illustré de cas concrets.

Connaissez votre oligarque : Un guide des machers (mot yiddish:hommes d’influence) juifs dans l’enquête sur la Russie

Par Ron Kampeas, Jewish Telegraphic Agency (USA) 23 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – L’enquête du procureur spécial sur l’ingérence russe dans les élections de 2016 offre un voyage étrange pour quiconque est bien au fait de la communauté juive russe et du passage de la répression dans l’ex-Union soviétique aux libertés relatives de la Fédération de Russie.

Sur les 10 milliardaires ayant des liens avec le Kremlin qui ont versé des contributions [financières] politiques à Donald Trump et à un certain nombre de hauts dirigeants républicains, au moins cinq sont juifs. (Le Dallas Morning News propose une série de graphiques interactifs très parlants.)

Il y a Len Blavatnik, le citoyen binational américano-britannique qui a déversé d’énormes sommes d’argent sur les candidats républicains au cours du dernier cycle électoral, dont la plus grande partie a transité par ses innombrables sociétés d’investissement.

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Len Blavatnik et Harvey Weinstein

(Le même Len Blavatnik finance des bourses d’études pour les vétérans de Tsahal et est un ami du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.)

Alexander Shustorovich est le président d’IMG Artists, un géant parmi les impresarios, qui a donné 1 million de dollars au comité d’inauguration de Trumps. Il est arrivé en 1977 avec sa famille qui n’avait pas un sou à New York à l’âge de 11 ans, fuyant la persécution des Juifs en Union Soviétique.

La liste continue – nous explorons certains noms qui y figurent ci-dessous. Mais au fait, que se passait-il en Union Soviétique alors qu’elle se dirigeait vers l’effondrement à la fin des années 1980, ce qui a conduit à la prolifération de noms juifs parmi sa classe d’oligarques ?

« Tous les oligarques ne sont pas juifs, bien sûr, pas la majorité, mais il y en a un nombre important », observe Mark Levin, le PDG de la Coalition Nationale de Soutien à la Communauté Juive Eurasienne, qui avait intégré en 1980, en tant qu’employé, l’organisation qui l’avait précédée, le Conseil National de la Communauté Juive Soviétique.. « Ils étaient au bon endroit au bon moment. »

Voici quelques-uns des facteurs qui ont fait qu’ils étaient au «bon endroit au bon moment».

Vous pouvez rentrer au pays

Beaucoup de juifs soviétiques avaient quitté le pays parce que le sectarisme et les politiques répressives soviétiques les empêchaient, entre autres indignités, d’obtenir des emplois dans leurs professions préférées [je serais curieux de savoir lesquelles, NdT]. Mais avec l’effondrement de l’URSS et avec les opportunités qui s’ouvrirent dans leur pays un certain nombre de ces jeunes émigrés ont tiré parti de la montée de l’entrepreneuriat, de la formation dont ils avaient bénéficié et des relations qu’ils avaient nouées dans leurs nouveaux pays, aux États-Unis, Grande-Bretagne et en Israël.

À la fin des années 1980, quand ils ont appris que la politique de glasnost [transparence] libéralisait les marchés, un certain nombre d’entre eux sont retournés dans leur patrie à la recherche d’opportunités, armés de connaissances et de relations fortunées dans leurs nouveaux pays. Ils étaient sur place après 1991, lorsque la Russie et ses anciennes républiques ont tout privatisé au pas de charge, des mines jusqu’aux médias.

« Je connais des gens qui avaient quitté l’Union Soviétique, elle a implosé, ils sont revenus, ils avaient des amis et des connaissances qui leur disaient qu’il y avait de grandes opportunités », explique Levin. « Il y avait des gens du monde des affaires qui étaient en partenariat avec des gens en Russie et dans d’autres pays parce qu’ils avaient les connexions nécessaires pour conclure des transactions. »

Réseaux

Les Juifs qui étaient restés en Union Soviétique étaient restés en contact avec les amis et les membres de la famille qui connaissaient la réussite à l’étranger et étaient en mesure de faire appel à eux pour des opportunités d’investissements.

« Les Juifs de l’ex-URSS disposaient d’un réseau opérationnel de contacts de confiance aux Etats-Unis et en Israël avec qui ils pouvaient faire des affaires », déclare Oliver Bullough, essayiste et journaliste britannique expert en histoire et politique russes. « C’était plus difficile pour les Russes qui n’avaient pas de contacts à l’étranger d’y parvenir. Cela aussi, à mon avis, explique pourquoi les anciens du KGB se sont bien débrouillés du fait qu’ils avaient un réseau d’anciens espions dans d’autres pays. « 

La Glasnost a ouvert les portes

La Glasnost, ou ouverture, instituée par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique, incluait l’ouverture d’emplois dans la haute administration à des minorités jusque-là marginalisées. Cela a accéléré l’entrée des Juifs dans les niveaux élevés de la bureaucratie au moment même où il était opportun d’être en mesure de savoir quel secteur allait être privatisé et quelles entreprises publiques étaient sur le point d’être démantelées.

Un facteur facilitant fut que, contrairement aux régimes communistes d’Europe de l’Est, en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques, les élites restèrent en place – seule l’idéologie du communisme était abandonnée.

« La Russie et la plupart des Etats successeurs de l’Union soviétique sont passés par une transformation très différente de celle des anciens pays communistes européens », dit-il. « Pour l’essentiel, l’élite au pouvoir n’avait pas changé. »

De plus, les mêmes professions auxquelles [lesquelles?] les Juifs avaient été confinés sous l’ancien régime soviétique étaient celles qui se révélaient utiles dans la nouvelle économie. Les Juifs, affirme Levin, étaient plus susceptibles d’être des entrepreneurs.

« Des Juifs ont aidé à faire la transition d’une économie dirigée vers une économie de marché », dit-il.

L’essayiste Michael Wolff, dressant le profil de l’entrepreneur de la high-tech Yuri Milner en 2011, écrivait, « Les Juifs en Russie soviétique, souvent tenus à l’écart des carrières dans la fonction publique, en sont venus à prospérer dale marché informel et le marché noir. Ils étaient par conséquent les seuls capitalistes en Russie quand le capitalisme a émergé. »

Bullough explique que les disciplines scientifiques qui acceptaient les Juifs sous l’ancien système étaient soudainement très demandées sous le nouveau système.

« Les juifs étaient souvent exclus du genre d’universités qui produisaient des diplomates, et par conséquent ils allaient plus vers les sciences pures, ce qui signifiait qu’il y avait un nombre disproportionné de mathématiciens juifs qui étaient capables de s’engager dans la nouvelle industrie bancaire ».

Mais qui sait vraiment

Surtout, dit Levin, c’était le chaos. Des pans énormes de l’économie étaient en jeu. À certains moments, il semblait n’y avoir aucune autorité de contrôle. Quand la poussière est retombée, la Russie était entrée dans l’ère des oligarques. « Au début, c’était comme Chicago dans les années 1920 », dit-il. Connie Bruck, établissant le profil de Blavatnik dans The New Yorker en 2014, a cité un nouvel adage russe: « Ne posez jamais de question sur le premier million ».

Voici quelques-uns des hommes d’affaires ayant des origines juives soviétiques qui ont été cités dans des reportages sur l’enquête Trump-Russie.

 Leonard Blavatnik, 60 ans

Côté oligarque : citoyen américain-britannique. Forbes l’inscrit comme le 48e homme le plus riche du monde. Access Industries, qu’il a fondé en 1986 alors qu’il était à la Harvard Business School, a explosé dans ses premières années grâce à des investissements dans le pétrole et l’uranium au moment de l’effondrement de l’Union soviétique. Il s’est depuis diversifié dans les médias lourds. (Blavatnik rejette le terme « oligarque », le jugeant péjoratif. « M. Blavatnik n’a aucune implication dans la politique russe ou dans le gouvernement russe, et, en fait, n’a jamais été un citoyen russe », a déclaré un porte-parole à la JTA. Le porte-parole a également souligné que Blavatnik ne figurait pas sur la liste des oligarques désignés par le Trésor américain (son partenaire de longue date, Viktor Vekselberg, par exemple, figure en bonne place sur la liste).

Côté Trump : Il a donné plus de 6 millions de dollars pendant la campagne électorale de 2016, pratiquement la totalité pour les républicains, après avoir longtemps donné des sommes relativement modestes aux deux partis politiques. En relation d’affaires de longue date avec Viktor Vekselberg, l’oligarque prétendument en relation à des paiements secrets à l’avocat de Trump Michael Cohen. Blavatnik a donné l’année dernière 12 700 $ au parti Républicain, qui en a utilisé une partie pour un fonds légal qui a contribué à payer les avocats de Trump dans l’enquête sur l’influence russe. (Le porte-parole de Blavatnik a déclaré que l’homme d’affaires ne savait pas que l’argent était destiné à ce fonds légal.)

Côté Juifs : Il a siégé au conseil d’administration de l’Université de Tel Aviv, au Centre for Jewish History et à la 92nd Street Y [un important centre socio-culturel newyorkais]. Sa fondation familiale finance une banque alimentaire et un entrepôt gérés par Colel Chabad à Kiryat Malachi en Israël, qui envoie chaque mois des de la nourriture à 5.000 familles pauvres dans 25 villes israéliennes. Il est ami avec Netanyahou et a été interrogé par la police dans le cadre de l’enquête sur les cadeaux que le premier ministre aurait reçus de riches bienfaiteurs. Il finance des bourses pour les soldats de l’armée.

Andrew Intrater, 55 ans

Cousin de Vekselberg, qui a un père juif mais ne se considère pas comme juif. Intrater, un citoyen américain, est le PDG de Columbus Nova, une société d’investissement avec des liens étroits avec Renova de Vekselberg. Une déclaration à la Commission des opérations de bourse de 2007 cite Intrater en tant que président du conseil d’administration de CableCom, un opérateur de télévision par câble de la région de Moscou

Côté Trump : Columbus Nova a transféré les paiements de Renova à Michael Cohen, l’avocat de Trump. Intrater a également fait don de 250 000 $ au comité inaugural de Trump.

Côté Juifs : Intrater, fils d’un survivant de l’Holocauste, a donné plus de 500 000 $ à la Fondation Shoah de l’Université de Californie du Sud et a fait un don au Comité de la Fondation Auschwitz-Birkenau. Le frère d’Intrater, Frederick, directeur de la modélisation pour Columbus Nova, a acheté un lot de noms de domaine en relation avec « l’alt-right » [droite alternative, extrême droite, NdT] à l’été 2016, quand le soutien venu d’extrême droite en faveur du candidat Trump augmentait.et que les campagnes pour inciter à aller voter s’intensifiaient. Frederick Intrater a dit avoir les achats [de noms de domaine] sans qu’Andrew en soit informé, et plus tard, il l’a regretté, laissant noms d’URL dépérir. « Conclure que je soutiens la suprématie blanche ou l’antisémitisme n’a pas de sens compte tenu de ce que j’ai décrit ci-dessus et aussi en tenant compte du fait que je suis un Juif et fils d’un survivant de l’Holocauste, » a déclaré Frederick Intrater.

Alexander Shustorovich, 52 ans

Côté oligarque : Shustorovich, un citoyen américain, s’est rendu à Moscou en 1989, un an après avoir été diplômé de Harvard, et est immédiatement devenu un acteur dans le domaine des médias, en lançant des publications scientifiques. Il a cherché en vain à faire entrer son entreprise, Pleiades Group, dans la transaction de 12 milliards de dollars pour la vente de combustible nucléaire soviétique aux États-Unis. Il est actuellement PDG d’IMG Artists, une société qui gère des talents de la musique classique et de la danse.

Côté Trump : Shustorovich a donné 1 million de dollars au comité inaugural de Trump. On notera que sa tentative de donner à la campagne de George W. Bush 250 000 $ en 2000 avait été rejetée en partie à cause de ses liens avec le gouvernement russe à l’époque.

Côté Juifs : Shustorovich est arrivé à New York à l’âge de 11 ans en 1977 avec sa famille, qui n’avait pas assez d’argent pour acheter de la nourriture. Son père, Evgeny, avait quitté son travail de chimiste en Russie en raison des espoirs qu’il plaçait dans d’émigration et avait rejoint Kodak à Rochester, NY et il avait rapidement gravi les échelons dans son domaine. En 1986-1987, Evgeny Shustorovich était l’un des visages du mouvement juif soviétique, car il devint un fervent défenseur du droit de son frère – également nommé Alexander – à émigrer de l’ex-Union soviétique.

Simon Kukes, 72 ans

Côté oligarque : Kukes, un citoyen américain, a quitté l’Union soviétique en 1977, s’installant dans la région de Houston. Chimiste, il a exercé un certain temps à l’université puis a travaillé dans l’industrie pétrolière du Texas. Il est retourné en Russie et est devenu un dirigeant dans l’industrie pétrolière post-soviétique là-bas. En 2003, il a pris la tête de la compagnie pétrolière Ioukos après qu’un autre oligarque juif, Mikhaïl Khodorkovski, a été emprisonné par le dirigeant russe Vladimir Poutine pour évasion fiscale et vol – mais surtout, selon la plupart des observateurs, pour avoir financé des partis d’opposition.

En 2003, The Guardian a découvert des documents de la CIA liant Kukes à des dessous de table, accusations qu’il a démenties. Kukes était président de TNK, une autre compagnie pétrolière, dont les principaux actionnaires étaient Blavatnik et Vekselberg. En 2012, alors qu’il dirigeait la branche russe de la compagnie pétrolière Hess, Forbes a rapporté que l’ancien chauffeur de Kukes, qui avait gravi les échelons, était un patron de la mafia russe. L’homme a nié les accusations, mais Kukes l’a écarté de la compagnie. L’année dernière, Kukes était PDG de Nafta, une société américaine de conseil pour les investisseurs dans le secteur de l’énergie en Russie. Le site web de Nafta a depuis été nettoyé.

Côté Trump : Sans antécédent de dons importants au parti Républicain, Kukes a soudainement injecté 285 000 $ dans la campagne électorale de Trump – en grande partie après juin 2016, lorsque l’intérêt russe pour l’éventualité d’une présidence de Trump s’est intensifié.

Côté Juifs : Kukes n’a pas de liens formels apparents avec la communauté juive organisée, bien qu’il dise aux interviewers qu’il a quitté l’ex-Union soviétique parce qu’il était juif. En 2015, il a pris une participation de 12,5 % dans Leverate, une société fondée en Israël qui développe des logiciels de courtage

Yuri Milner, 56 ans

Côté oligarque : Milner n’a jamais fui l’Union soviétique – ses parents vivent encore à Moscou. Il a été le premier non-émigré de l’Union soviétique à fréquenter l’école de commerce de Wharton [à Philadelphie] et a été pendant des années engagé dans les activités bancaires russes avant d’entrer dans le domaine de la technologie. Il est connu comme un investisseur de la Silicon Valley, propriétaire de l’une des maisons les plus luxueuses de Los Altos Hills, estimée en 2011 à 100 millions de dollars. L’année dernière, il a été révélé à travers des documents divulgués que le gouvernement russe avait financé des prises de participations importantes dans Twitter et Facebook qui furent détenues pendant un certain temps par sa société, DST Global.

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Mark Zuckerberg et Yuri Milner

En 2013, Milner a rejoint Mark Zuckerberg de Facebook, Sergey Brin de Google et Anne Wojcicki de 23andme dans la création du prix Breakthrough doté de plusieurs millions de dollars pour les scientifiques.

Côté Trump : Après les révélations de l’année dernière, Milner a tourné en dérision l’idée que la Russie investissait dans les médias sociaux pour influencer les élections, soulignant qu’il n’avait jamais cherché à siéger au conseil d’administration des entreprises dans lesquelles il investissait. En 2015, Milner a investi 850 000 dollars dans Cadre, une startup immobilière lancée par Jared Kushner, le gendre de Trump, et Josh, le frère de Kushner. Milner a indiqué qu’il avait rencontré Jared Kushner une seule fois. La participation de Kushner dans Cadre était l’un des nombreuses participations qu’il avait initialement omis de déclarer lorsqu’il est devenu un conseiller de son beau-père.

Côté Juifs : Milner fréquente une synagogue quand il est à Moscou. A un moment donné, il semble avoir acquis la citoyenneté israélienne. Parlant avec Forbes en 2017 après que le magazine l’ait nommé l’un des 100 «plus grands génies des affaires vivants», Milner a déclaré qu’il était «touché et honoré» d’être «le seul citoyen russe ou israélien sur la liste».

 

L’art du deal à la manière persane – Notes de Pepe Escobar en marge de la 6ème Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne

22 mai 2018

Non seulement les Etats Unis ont annoncé ne plus être liés par l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien, mais ils ont aussi précisé qu’ils imposeraient des sanctions aux entreprises, européennes ou autres, qui commercent avec l’Iran. Il faut savoir que les Etats Unis peuvent s’opposer à une vente si le produit concerné comporte des pièces de fabrication américaine ou basées sur des brevets américains. Pis, le simple fait d’utiliser le dollar US pour une transaction peut exposer aux foudres de Washington.

Les Etats Unis viennent de présenter les douze conditions nécessaires, selon eux, à la conclusion d’un nouvel accord.

Cette proposition comme l’annonce du désengagement américain dont elle est le pendant et le train de nouvelles sanctions annoncées comme très dures, n’est évidemment pas de nature à apaiser les relations avec l’Iran. Ce dernier pays gère cependant avec beaucoup de sang froid le reniement américain dont nul ne sait s’il annonce une guerre à venir prochainement.

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Pepe Escobar

Ce sang froid iranien, le journaliste brésilien Pepe Escobar l’attribue à l’art persan du deal, de la négociation, de la transaction, un art multimillénaire.

L’article que je vous propose parle aussi de quelque chose de plus important qui tend à échapper à l’observateur occidental. Ce quelque chose, ce sont de grands courants de pensée iqui sont nés avant et/ou se sont développés contre l’esprit des Lumières ou sans référence à l’esprit des Lumières. Des courants de pensée philosophiques et politiques vigoureux, ancrés dans la tradition, qui nourrissent l’action et la réflexion des décideurs comme des acteurs sociaux à tous les niveaux et capables d’armer idéologiquement un processus révolutionnaire.

 

L’autre art du deal, à la manière de Téhéran

L’iran a accueilli la Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne et est resté froid devant le retrait de l’accord sur le nucléaire.

Par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong) 18 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’art de la transaction, pratiqué depuis 2500 ans, mène au palais de la sagesse. J’avais à peine mis les pieds à Téhéran quand un diplomate a déclaré: «Trump? Nous ne sommes pas inquiets. C’est un bazaari (un commerçant) « –  sous-entendant qu’un compromis politique sera finalement atteint.

La réponse du gouvernement iranien à l’administration Trump se ramène à une variante de Sun Tzu : le silence – surtout après la chute de Flynn [Michael Flynn, ex conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump],  qui avait « mis l’Iran en garde » après un test de missiles balistiques qui n’enfreignait pas les dispositions de l’accord nucléaire iranien, et l’idée d’un anti-Iran formé de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Uni, de l’Egypte et de la Jordanie, soit une mini-OTAN. Les manoeuvres navales iraniennes – du détroit d’Ormuz à l’océan Indien – étaient prévues depuis longtemps.

J’étais à Téhéran en tant que membre d’un petit groupe d’analystes étrangers, invités du Majlis (Parlement) pour la 6ème Conférence internationale de soutien à l’Intifada palestinienne. Aucun risque de rencontrer des membres du cercle de Trump dans un tel rassemblement – avec des délégués parlementaires venus de plus de 50 pays, une mini-ONU de facto. Pourtant, ce qu’ils ont raté avec l’impressionnante inauguration dans une salle de conférence ronde et bondée, c’était le centre du pouvoir iranien qui s’affichait : le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le président de la république Hassan Rouhani et le président du parlement, Ali Larijani.

Khamenei a admis que « les crises en cours dans chaque partie de la région et dans l’Oumma islamique méritent l’attention « , tout en soulignant que la question centrale est la Palestine. Par conséquent, la conférence pourrait devenir «un modèle pour tous les musulmans et les pays de la région pour mettre progressivement de côté leurs différences en s’appuyant sur leurs points communs.» Incidemment, la maison wahhabite des Saoud, n’était visible nulle part.

Le discours de Khamenei était un appel nécessaire à l’unité musulmane. Rares sont ceux en Occident qui savent que pendant les années 1940 et 1950, alors que la décolonisation était en marche, l’islam n’était pas déchiré par la vicieuse haine sunnite-chiite qui fut fomentée plus tard par l’axe wahhabite / salafiste-djihadiste.

Les échanges avec les analystes et les diplomates iraniens ont porté sur l’efficacité des discussions multilatérales par rapport à l’évolution des faits sur le terrain – de la construction de nouvelles colonies en Cisjordanie au mythe des deux États d’Oslo, désormais presque mort et enterré.

Sur la Palestine, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a présenté une sombre évaluation des trois solutions actuellement disponibles ; le suicide; l’abandon; ou fuir ce qui reste de la terre palestinienne. Plus tard dans la salle, j’ai interrogé le secrétaire général adjoint du Hezbollah, l’affable Naim Qassem, à propos de l’idée d’une solution à un Etat par l’administration Trump. Sa réponse, en français: « Un état signifie la guerre. Deux états signifient la paix dans leurs conditions, ce qui nous conduira à la guerre. « 

La route vers l’ère post-Lumières

Comme pour la plupart des conférences, ce qui compte, ce sont les rencontres bilatérales. Leonid Savin a confirmé que l’espace aérien russe est désormais pratiquement sanctuarisé par de multiples déploiements du système de défense antimissile S-500 contre tout ce que les États-Unis pourraient déchaîner. L’historien albanais Olsi Jazexhi a déconstruit la nouvelle poudrière des Balkans. Muhammad Gul, fils de feu l’immense général Hamid Gul, a explicité les subtilités de la politique étrangère pakistanaise et la volonté de construire le Corridor économique sino-pakistanais (China-Pakistan Economic Corridor,CPEC).

Blake Archer Williams, connu aussi sous le nom d’Arash Darya-Bandari, dont le pseudonyme célèbre le maître anglais [le poète William Blake] du « tyger tyger burning bright« , m’a donné un exemplaire de Creedal Foundations de Waliyic Islam (Lion of Najaf Publishers) – une analyse sophistiquée de la manière dont la théologie chiite la théologie a abouti à la théorie du velayat-e faqih (la guidance juriste) qui est au cœur de la République islamique d’Iran. J’envisage d’envoyer le livre à ce lecteur vorace qu’est Steve Bannon.

Pyongyang était également présent. Le délégué nord-coréen a produit un discours étonnant, expliquant essentiellement que la Palestine devrait suivre son exemple, avec une «dissuasion nucléaire crédible». Plus tard, dans les couloirs, j’ai salué les membres de la délégation, et ils m’ont salué en retour. Aucune chance d’une bilatérale cependant pour développer les points obscurs entourant l’assassinat de Kim Jong-nam.

Chaque fois que je reviens à Téhéran, je suis impressionné par les voies ouvertes à une discussion intellectuelle sérieuse. Une fois de plus, Téhéran s’est avéré être inégalé dans toute l’Asie comme théâtre où débattre de tous les courants qui s’entrecroisent impliquant les post- ou les contre-Lumières, ou les deux.

Je repensais constamment à Jalal Al-e Ahmad, le fils d’un mollah né dans le sud pauvre de Téhéran, qui plus tard a traduit Sartre et Camus et a écrit Westoxification (1962, un livre fondateur.

Il avait passé l’été 1965 dans un séminaire à Harvard organisé par Henry Kissinger et «soutenu» par la CIA, et ne s’était tourné vers le chiisme que vers la fin de sa vie. Mais c’est son analyse qui a ouvert la voie au sociologue Ali Shariati pour croiser l’anticolonialisme avec le concept chiite de résistance contre l’injustice pour féconder une idéologie révolutionnaire apte à politiser les classes moyennes iraniennes, ce qui mènera à la révolution islamique.

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Ali Shariati

Telle est la toile de fond de discussions très sérieuses sur la manière dont l’Iran (résistance contre l’injustice), la Chine (confucianisme remixé) et la Russie (eurasianisme) offrent des alternatives post-Lumières qui transcendent la démocratie libérale occidentale – un concept vidé de son sens par l’hégémonie néolibérale.

Mais à la fin, tout renvoyait inévitablement au fantôme anti-intellectuel planant sur la les lieux : Donald Trump, et c’était avant même d’avoir reçu une lettre  d’Ahmadinejad.

Puis j’ai fait ce que je fais habituellement avant de quitter Téhéran; Je suis allé au bazar, en passant par une mosquée qui le jouxte – pour me refamiliariser avec l’art du deal, à la manière persane.

Ce qui m’a conduit à Mahmoud Asgari, qui habiter dans le passage Sameyi du bazar Tajrish et à une grave discussion sur les subtilités des tapis tribaux d’avant la première guerre mondiale de Zahedan dans le Sistan-Baloutchistan. Le résultat final fut – quoi d’autre – un accord gagnant-gagnant, contournant le dollar américain. Et puis, l’argument massue: « Quand vous appellerez votre ami Trump, dites-lui de venir ici et je lui offrirai le meilleur deal. » Steve Bannon, c’est un message pour vous.

 

Mario Vargas Llosa, du sionisme au boycott? (Patience, pas encore)

21 mai 2018

Le texte que je vous propose ici est d’un intérêt certain, moins par son contenu que par son auteur.

En effet, l’auteur de cet article d’opinion est un illustre écrivain hispano-péruvien qui appartient à la même génération que Gabriel Garcia Marquez et Julio Cortazar. Comme Garcia Marquez, Vargas Llosa est lauréat du prix Nobel de la paix.

Engagé dans sa jeunesse à gauche, soutenant notamment la révolution cubaine, Mario Vargas Llosa a évolué politiquement pour se situer nettement à droite.

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Mario Vargas Llosa

Pour le sujet qui nous intéresse, il faut surtout savoir que Mario Vargas Llosa a regardé et continue à regarder l’aventure coloniale sioniste d’un œil très favorable. J’ignore depuis quand l’auteur péruvien est dans ces dispositions mais j’ai l’impression que c’est ancien et que c’est probablement d’abord lié à des amitiés personnelles entretenues avec des hommes de lettres de l’entité sioniste. Mais aussi à un vieux fond colonialiste chez cet homme originaire d’une ancienne colonie espagnole mais dont je doute qu’il appartienne à la communauté indigène de son pays. Ce fond colonialiste, je le repère dans sa reprise du mythe qui, après avoir servi en Algérie, a servi et continue à servir pour l’entité sioniste, à savoir que les colons juifs ont « construit des villes modernes et des fermes modèles là où il n’y avait que des déserts ».

On se demande comment quelqu’un d’intelligent et cultivé peut, en 2018, écrire ce genre de choses et en plus en faire un argument justifiant une entreprise de dépossession.

Une autre origine de son soutien au projet sioniste est évidemment le drame de la seconde guerre mondiale. Mais là aussi, l’écrivain parle des « Juifs expulsés d’Europe après les atroces massacres des nazis ».

J’ignore d’où Mario Vargas Llosa tient cette information mais les Juifs n’ont pas été expulsés d’Europe après la fin de la deuxième guerre mondiale. Les agents sionistes allaient par contre à la rencontre des réfugiés pour de leur vendre l’idée d’un départ vers la Palestine.

On voit comment, quand la réalité des faits ne permet pas de justifier une prise de position politique, on travestit ou déforme les faits pour qu’ils puissent assurer ce rôle justificateur.

Il n’empêche que Mario Vargas Llosa se pose des questions et qu’il se demande sérieusement si le pays qu’il a soutenu, et continue de soutenir, correspond encore au projet qu’il reconnaît chez ses quelques amis à présentables qu’il lui reste dans l’entité sioniste.

Encore un petit effort, et l’écrivain appellera au boycott de l’entité sioniste.

PS: je sais que la traduction n’est pas très bonne, mais Llosa est un écrivain (de renom), pas moi.

La boîte de Pandore

Ce ne sont pas les Palestiniens qui représentent le plus grand danger pour l’avenir d’Israël, mais Netanyahou, ses sbires et le sang qu’ils ont versé

Par Mario Vargas Llosa, El Pais (Espagne) 20 mai 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Au moment même où Ivanka Trump, enveloppée dans une robe diaphane qui devait parler à ceux qui étaient présents, découvrait la plaque inaugurant la toute nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, l’armée israélienne tuait par balles soixante Palestiniens et en blessait mille sept cents, qui jetaient des pierres, en essayant d’approcher les barbelés qui séparent Gaza du territoire d’Israël. Les deux événements n’ont pas coïncidé par hasard, le dernier était une conséquence du premier.

La décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, annoncée lors de sa campagne électorale, brise soixante-dix ans de neutralité [sur ce point, NdT] des États-Unis. Ces derniers, comme ses alliés en Occident, soutenaient jusqu’à présent que le statut  de Jérusalem, revendiquée comme capitale par les Palestiniens et les Israéliens, devrait être décidé dans l’accord entre les deux parties en vue de la La boîte de tonnerrecréation de deux Etats existant côte à côte dans la région. Bien que la théorie des deux Etats soit encore parfois évoquée par les dirigeants des deux pays, personne ne croit que cette formule est encore possible, compte tenu de la politique expansionniste d’Israël dont les colonies de Cisjordanie dévorent les territoires et isolent un peu plus chaque jour  les villes et villages qui devraient former l’État palestinien. Si cet Etat existait, il serait à l’époque actuelle à peine moins qu’une caricature des bantoustans sud-africains du temps de l’apartheid.

 Le président Trump a affirmé que sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël était «réaliste» et que, au lieu d’entraver l’accord [entre les parties au conflit, NdT], elle le faciliterait. Il est possible qu’il ne l’ait pas seulement dit mais, dans sa formidable ignorance des affaires internationales auxquelles il pense quotidiennement d’une manière si irresponsable, qu’il le croie. Mais je doute que r beaucoup d’autres, à part lui et la poignée de fanatiques qui ont applaudi comme des enragés quand Ivanka a dévoilé la plaque dont Bibi Netanyahou qui, les larmes aux yeux, a hurlé : « Quel jour glorieux. » En effet, Trump a ouvert la boîte de pandore avec cette décision et, outre la confusion et la perplexité dans lesquels il a plongé ses alliés, il a provoqué en bonne partie la tuerie cruelle et stupide qui est venue s’ajouter au supplice qu’est, depuis longtemps déjà, la vie pour les malheureux habitants de Gaza.

La création des deux États coexisteraient en paix était la formule la plus sensée pour mettre fin à cette guerre larvée qui dure depuis soixante-dix ans au Moyen-Orient, et de nombreux Israéliens y ont cru pendant longtemps. Malheureusement, à l’époque d’Arafat, les Palestiniens rejetèrent un projet de paix dans lequel Israël fit des concessions notables, comme la restitution d’une grande partie des territoires occupés et l’acceptation de Jérusalem comme capitale d’Israël et de la Palestine.

Depuis lors, cet immense mouvement de l’opinion publique israélienne qui voulait la paix est allé déclinant tandis que croissait le nombre de ceux qui, comme Sharon, pensaient que la négociation était impossible et que la seule solution viendrait d’Israël seulement et serait imposée aux Palestiniens par la force. Et il y a beaucoup de gens dans le monde, comme Trump, qui le croient aussi et qui sont prêts à soutenir cette politique insensée qui ne résoudra jamais le problème et continuera à remplir le Moyen-Orient de tension, de sang et de cadavres.

Ce processus a été rendu possible un gouvernement tel que celui  présidé par Netanyahu, le plus réactionnaire et arrogante qu’ait jamais eu Israël, et sûrement le moins démocratique donc convaincu de sa supériorité militaire absolue dans la région, qui harcèle sans relâche ses adversaires, vole chaque jour un peu plus de territoire et, les accusant d’être des terroristes qui mettent en péril l’existence du petit Israël, leur tire dessus et les blesse et les assassine à sa guise au moindre prétexte.

Je voudrais citer ici un article de Michelle Goldberg paru dans The New York Times du15 mai, à propos de ce qui s’est passé au Moyen-Orient et qui porte le titre de: « Un spectacle grotesque à Jérusalem ». L’article décrit en détail la concentration fantastique d’extrémistes israéliens et de fanatiques évangéliques américains venus célébrer l’ouverture de la nouvelle ambassade et la gifle que fut pour le peuple palestinien ce nouvel affront infligé par la Maison Blanche. L’auteur n’oublie pas l’intransigeance du Hamas, ni le terrorisme palestinien, mais rappelle également les conditions indescriptibles dans lesquelles les habitants de Gaza sont condamnés à vivre. Je les ai vues de mes propres yeux et je connais le degré d’abjection dans lequel survit à grand peine cette population, sans travail, sans nourriture, sans médicaments, avec des hôpitaux et des écoles en ruines, avec des bâtiments effondrés, sans eau, sans espoir, soumise à des bombardements aveugles chaque fois qu’il y a un attentat.

Mme Goldberg explique que l’image du sionisme a souffert dans l’opinion publique mondiale avec la droitisation extrême des gouvernements israéliens et qu’une partie importante de la communauté juive aux Etats-Unis ne soutient plus la politique actuelle de Netanyahu et des petits partis religieux qui lui donnent une majorité parlementaire. Je crois que cela s’applique également au reste du monde, à des millions d’hommes et de femmes qui, comme moi, ressentaient une identification à un peuple qui avait construit des villes modernes et des fermes modèles là où il n’y avait que des déserts et au sein duquel un nombre très important voulait vraiment une paix négociée avec les Palestiniens. Cet Israël n’existe malheureusement plus. Maintenant, c’est une puissance militaire, sans aucun doute, et d’une certaine manière coloniale, qui ne croit qu’en la force, surtout ces derniers temps,

Toute cette puissance ne sert pas à grand-chose si une société reste en permanence sur le qui-vive, dans l’attente de passer à l’attaque ou d’être attaquée, à s’armer chaque jour davantage parce qu’elle se sait haïe par ses voisins et même par ses propres citoyens, à exiger de sa jeunesse qu’elle passe trois ans dans l’armée pour assurer la survie du pays et continuer à gagner les guerres, et punir avec férocité et sans relâche, à ma moindre agitation ou protestation, ceux dont la seule faute est d’avoir été là, pendant des siècles  quand commencèrent à arriver les Juifs expulsés d’Europe après les atroces massacres des nazis. Ce n’est pas une vie civilisée ou désirable, vivre entre deux guerres et tueries, aussi puissant et fort que soit un Etat.

Les vrais amis d’Israël ne devraient pas soutenir la politique à long terme suicidaire de Netanyahou et de sa clique. C’est une politique qui fait de ce pays, qui était aimé et respecté, un pays cruel et sans pitié pour un peuple qu’il maltraite et subjugue tout en se présentant en même temps comme une victime de l’incompréhension et du terrorisme. Ce n’est plus vrai, si ce fut jamais le cas.

J’ai beaucoup d’amis en Israël, en particulier parmi ses écrivains, et j’ai défendu à plusieurs reprises son droit à l’existence, avec des frontières sûres, et, surtout, à ce qu’il trouve un moyen pacifique de coexister avec le peuple palestinien. Je suis honoré d’avoir reçu le Prix de Jérusalem et je suis heureux de savoir qu’aucun de mes amis israéliens n’a participé au « spectacle grotesque » qui mettait en vedette l’emblématique Ivanka Trump dévoilant la plaque inaugurale, et je suis sûr qu’ils ont ressenti tout autant de tristesse et d’indignation que moi pour la tuerie sur les barbelés de Gaza. Ils représentent un Israël qui semble avoir disparu ces jours-ci. Mais espérons qu’il revienne. En leur nom et en celui de la justice, nous devons proclamer haut et fort que ce ne sont pas les Palestiniens qui représentent le plus grand danger pour l’avenir d’Israël, mais Netanyahou et ses acolytes et le sang qu’ils font couler.

 

Le rêve sioniste converge avec le cauchemar suprémaciste

17 mai 2018

Un  texte intéressant de Lluís Bassets. Si l’article figure dans la rubrique opinion du journal El Pais, il n’en reste pas moins que Bassets est non seulement journaliste (et pas n’importe lequel) mais également directeur adjoint de ce journal espagnol pour la Catalogne.

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Lluís Bassets

Bassets capte bien l’essentiel de ce qui se joue en ce moment en Palestine, terre où s’exerce  avec une force inégalée l’idéologie agressive et suprémaciste  qui domine actuellement aux Etats Unis, pays où elle n’a jamais disparu malgré les succès de la lutte pour les droits civiques. C’est la convergence de ces suprémacismes qui est au cœur du texte présenté ici.

Comme le dit Lluís Bassets en conclusion, la Palestine est le miroir où chacun peut se regarder et où sont condensés tous les maux qui affectent le monde et l’empêchent de vivre en paix.

Avec Netanyahou et Trump, le rêve sioniste converge avec le cauchemar suprémaciste

Par Lluís Bassets, El Pais (Espagne) 17 mai 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

La mutation est achevée. Le rêve a tourné et ne se différencie guère maintenant, 70 ans plus tard, du cauchemar Trumpien. Au moment même où des habitants de Gaza tombaient, tués par des tirs de snipers [sionistes], la fille de Donald Trump et son mari, Jared Kushner, accompagné par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inauguraient l’ambassade américaine à Jérusalem. Douleur pour les uns et gloire pour les autres, le même jour et à seulement environ 80 kilomètres de distance.

El primer ministro de Israel, Benjamin Netanyahu, junto a  Ivanka Trump y a Jared Kushner frente a la nueva embajada estadounidense en Jerusalén, el pasado 14 de mayo.

14 mai 2018: inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem occupée.       Sara et Benjamin Netanyahou, Ivanka Trump et Jared Kushner

Le statut de la ville est l’un des trois sujets majeurs d’un différend persistant (les deux autres sont la restitution des territoires occupés et le droit au retour des Palestiniens expulsés). Dans tous les plans de paix, la question de Jérusalem devait être abordée en dernier. Ce ne sera plus le cas, puisque Washington, qui avait jusqu’alors prétendu agir en médiateur honnête, l’a laissée au bon vouloir de son président.

Trump tient ainsi sa promesse électorale. Au Moyen-Orient, on n’est pas dupe: il fait ce que veut Netanyahou, que ce soit rompre l’accord nucléaire avec l’Iran, ou reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Ce n’est pas une question de politique internationale. La seule politique qui l’intéresse est la politique intérieure des États-Unis, où il soigne son électorat avant les élections de mi-mandat au cours desquelles la majorité républicaine est en jeu au Congrès et au Sénat et l’éventualité d’une réélection à la présidence en 2020

Le geste aura un impact international relatif. Peu de pays, et seulement de petits pays, le suivront dans la relocalisation des ambassades. Mais la répression militaire qui s’abat sur les Gazaouis est déjà de toute évidence disproportionnée. La tuerie isole encore plus Israël et détériore son image de démocratie civilisée, bien que cela ne soit guère important pour Netanyahou du moment que Trump est inconditionnellement de son côté.

La dérive de Washington laisse un vide que personne ne comblera. La Russie ne le fera pas, qui est revenue dans la région avec des réflexes tactiques de superpuissance prudente, mais sans la capacité d’agir comme un médiateur honnête. C’est encore moins le cas de la Chine, pas encore mûre pour agir comme une superpuissance mondiale. Ce n’est pas le cas non plus de l’Union Européenne qui, comme l’a souligné Jeremy Shapiro dans Foreign Affairs, manque d’unité et de volonté (« Pourquoi Trump peut-il tranquillement ignorer l’Europe? Ses dirigeants s’empressent de condamner mais n’agissent jamais »).

Selon Netanyahou, également maître dans l’art de l’inversion du sens, Trump a fait l’histoire dans un grand jour pour la paix. C’est pourquoi il donnera son nom à une place, à une gare et même à un club de football, le Beitar Jerusalem qui ajoutera le nom du président à son nom.

La lumière parmi les nations est maintenant un miroir du monde. De l’unilatéralisme, du désordre international, du bellicisme, et aussi des inégalités, de l’injustice, de la discrimination, de l’extrémisme, du suprémacisme. Dans ce territoire disputé, deux nations sont dans une étreinte sanglante , victimes de différents moments historiques: l’une ayant obtenu réparation et l’autre mise à terre, 70 ans ensemble, mais sans paix, sans pitié, sans pardon. Le miroir où nous regarder.

 

Donald Trump, l’accord sur le nucléaire iranien et l’argent

6 mai 2018

On saura bientôt, le 12 mai en principe, si Donald Trump dénonce l’accord sur le nucléaire iranien qui engage les Etats Unis mais aussi la Chine, la Russie, le Royaume Uni, l’Allemagne, la France et l’Union Européenne. Un accord multilatéral donc, dont la dénonciation unilatérale décrédibiliserait les Etats Unis.

A moins évidemment que les autres puissances occidentales finissent par se rallier à leur parrain étatsunien en dénonçant à leur tour l’accord. Les signaux envoyés pour l’instant sont mitigés puisque le président français Emmanuel Macron, chargé de porter la voix de l’UE en plus de celle de la France lors de sa dernière visite à Washington a quand même parlé de discuter d’un nouvel accord, une proposition qui a fâché tout net le gouvernement iranien.  

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Signé le 14 juillet 2015, l’accord sur le nucléaire iranien n’engage pas que les Etats Unis

Un des arguments avancés par le président Donald Trump pour critiquer l’accord avec l’Iran consiste à insister sur les dépenses occasionnées aux finances américaines avec plus de 150 milliards de dollars qui seraient passés des caisses du Trésor fédéral à celles du trésor public iranien.

Un argument de poids pour un homme d’affaires comme Donald Trump.

Et aussi pour ceux qui soutiennent le régime sioniste et rêvent de faire de l‘Iran une république bananière à défaut de vitrifier ce pays. Ces gens sont évidemment peu scupuleux du droit, à la différence des Iraniens comme on le constatera encore dans cette affaire.

Ce sont ces gens sans scrupules qui sont en réalité à la manœuvre dans les couloirs de la Maison Blanche où Trump est désormais leur prisonnier en dépit de quelques manifestations de volonté propre comme quand il a désavoué Nikki Haley, sa représentante à l’ONU qui avait annoncé un nouveau train de sanctions contre la Russie.

Nikki Haley a cependant entrepris de faire payer au président l’outrage subi.

Vérification des faits par AP : l’histoire souvent racontée par Trump des paiements à l’Iran effectués par les Etats Unis

Associated Press (USA) 24, avril 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Le président Donald Trump aime à raconter que les Etats-Unis ont versé des milliards de dollars à l’Iran dans le cadre de l’accord multilatéral qui gèle son programme nucléaire et assouplit les sanctions contre ce pays. Ce qu’il ne dit pas, c’est que la plus grande partie de cet argent appartenait à l’Iran. Le reste se rapporte à une vieille dette que les États-Unis avaient envers l’Iran.

Les chiffres et quelques détails changent dans son récit – qui remonte à la campagne électorale de 2016 – mais la chute est toujours le même : l’administration Obama a été bernée pour donner à l’Iran tout cet argent, dont une partie versée en cachette en énormes sommes d’argent liquide.

La dernière itération de cette affirmation mardi dernier et la réalité qui est derrière elle :

TRUMP: « L’accord avec l’Iran est une affaire terrible. Nous avons payé 150 milliards de dollars. Nous avons donné 1,8 milliard de dollars en liquide, de l’argent, des barils d’argent. C’est insensé. C’est ridicule.  Cet accord n’aurait jamais dû être. Mais nous allons en parler.  » – propos tenus avant une rencontre avec le président français Emmanuel Macron. Lors d’une conférence de presse mardi, il a parlé de « leur donner, à l’Iran, 150 milliards de dollars à un moment donné »

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LES FAITS: Il n’y a pas eu de versement de 150 milliards de dollars de la part du Trésor américain. L’argent dont il parle consiste en des avoirs iraniens détenus à l’étranger qui avaient été gelés jusqu’à ce que l’accord soit conclu et Téhéran a alors été autorisé à accéder à ses fonds.

Le versement d’environ 1,8 milliard de dollars est une question distincte. La chose remonte aux années 1970, lorsque l’Iran avait payé 400 millions de dollars aux Etats Unis pour du matériel militaire qui n’a jamais été livré parce que le régime [impérial] avait été renversé et que les relations diplomatiques avaient été rompues.

C e qui avait laissé des gens, des entreprises et les gouvernements de chaque pays endettés à des partenaires dans l’autre, et il a fallu des dizaines d’années de tribunaux et d’arbitrages pour traiter des réclamations complexes. Pour sa part, l’Iran a versé plus de 2,5 milliards de dollars à des citoyens et des entreprises américains.

Le lendemain de la mise en œuvre de l’accord nucléaire, les États-Unis et l’Iran ont annoncé qu’ils avaient réglé la réclamation relative à la commande d’équipement militaire des années 1970, les États-Unis acceptant de payer 400 millions de dollars avec environ 1,3 milliard de dollars d’intérêts. Les 400 millions de dollars ont été versés en espèces et transportés à Téhéran à bord d’un avion-cargo, ce qui a donné lieu aux récits spectaculaires de Trump sur l’argent contenu dans des barils ou des caisses et livré en pleine nuit. L’arrangement prévoyait un paiement ultérieur des intérêts, autrement qu’entassés dans des conteneurs.

L’islamophobie sera le nouvel antisémitisme selon le Professeur John L. Esposito

20 avril 2018

Le point de vue exposé ici est celui d’un Chrétien qui professe dans une prestigieuse université catholique de Washington aux Etats Unis. Quelqu’un qui est donc solidement ancré dans ses convictions chrétiennes, ce qui ne l’empêche pas de constater la réalité de l’islamophobie.

Il est détesté par les islamophobes qui lui reprochent notamment ses prises de position jugées trop favorables à la cause palestinienne. De fait, s’il est franchement abusif d’affirmer que derrière chaque islamophobe se cache un Juif, on peut dire que bien souvent se cache un sioniste ou une officine sioniste.

Le professeur Esposito ne propose malheureusement pas  une analyse des causes internes de la montée de l’islamophobie dans les sociétés occidentales. Mais peut-être que cette interview n’était pas le lieu adéquat pour ce genre de développement ?

« L’islamophobie sera le nouvel antisémitisme »

Rencontre avec John L. Esposito, professeur à l’université de Georgetown

Par Rosa Meneses, El Mundo (Espagne) 20 avril 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

John L. Esposito (né en 1940 à New York), professeur à l’Université de Georgetown , est l’un des plus grands spécialistes mondiaux du dialogue interreligieux et un auteur prolifique, avec plusieurs livres consacrés à la connaissance de l’islam. Parmi ses anciens étudiants figurent le roi Philippe VI d’Espagne, le roi Abdullah de Jordanie ou l’ancien président américain Bill Clinton. Mercredi, Esposito a été nommé docteur ‘honoris causa’ par l’Université Pontificale Comillas ICAI-ICADE et hier, juste avant de partir pour la Malaisie, il a donné une interview à EL MUNDO.

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Le Professeur John L. Esposito

L’université [pontificale] vous a distingué pour votre travail en faveur du dialogue inter-religieux, en particulier entre Christianisme et Islam. Après des siècles d’existence, nous n’avons toujours pas appris à vivre ensemble ?

Je pense que nous avons bien réussi en termes de coexistence, mais au cours de ces dernières années, il y a eu des reculs importants. Si nous regardons, par exemple, la situation politique mondiale, nous voyons de grandes divisions entre l’Europe, les États-Unis, la Russie ou la Chine. Nous vivons dans un monde globalisé et, que cela plaise ou non, nous sommes interdépendants culturellement, politiquement et économiquement. Mais aujourd’hui, nous voyons comment les politiciens d’extrême droite aux États-Unis et en Europe prêchent un discours d’exclusion, contre les immigrés et les musulmans. Et à titre d’exemple, nous avons la situation ridicule de pays comme la République tchèque, la Pologne et la Hongrie [qui connaissent une poussée xénophobe, NdT] où il n’y a même pas un grand nombre de musulmans ou d’immigrés. Je pense que la coexistence est un défi et je n’exagère pas quand je dis que ce sont des temps dangereux à vivre.

De Donald Trump à Marine Le Pen ou Viktor Orban, nous assistons à la montée du populisme dans le monde. Pourquoi leur discours commun est-il une réaction contre l’Islam ?

Oui, il y a une réaction contre les musulmans, mais cela fait partie d’une réaction générale contre les immigrants. Nous oublions que, pour de nombreuses personnes en Europe et aux États-Unis, leurs relations avec l’islam et les musulmans ont commencé avec la révolution islamique iranienne en 1979. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme en 1974, l’islam et les musulmans étaient invisibles. Après la Révolution de 1979 – qui a été suivie par l’assassinat de [le président égyptien, Anouar] Sadate et ensuite par la montée d’Al-Qaïda – les musulmans ont été vus d’une fenêtre très étroite à travers laquelle on généralise. Les problèmes survenus en 1979 avaient eu une couverture médiatique qui avait vraiment exacerbé la situation.

Sommes-nous, nous les médias, responsables de la mauvaise image de l’islam et des Musulmans ?

Non, les terroristes sont responsables. Mais les médias ont une grande influence. Je ne dis pas qu’ils offrent une image négative d’une manière délibérée, mais c’est une réalité. Il existe une très grande disparité entre la couverture médiatique des sociétés musulmanes et la couverture médiatique de l’extrémisme. Dans une étude réalisée en 2015 et 2016 au Royaume-Uni et en Allemagne, huit reportages sur dix étaient négatifs et traitaient de l’extrémisme religieux. Les dirigeants politiques et les élites éduquées ont une vision de la réalité basée sur celle fournie par la télévision, les médias et même les réseaux sociaux. Le problème est lorsque cette vision est utilisée comme une arme par des politiciens qui jouent avec la peur parce qu’elle leur donne des votes et de l’argent.

Pensez-vous que l’islamophobie est devenue un problème dans nos sociétés actuelles tout comme l’antisémitisme le fut dans l’Europe des années 1930 ?

Il y a un risque que l’islamophobie devienne le nouvel antisémitisme. C’est une idée sur laquelle j’ai mis en garde dans mes écrits depuis des années. Aux Etats-Unis, il y a même des organisations juives qui ont reconnu ce problème et qui, ces dernières années, ont soutenu des projets contre l’islamophobie, parce qu’elles voient une ressemblance qui leur est familière avec ce qui s’est passé en Europe. Des études publiées en 2015 et 2016 montrent que l’islamophobie est là pour rester et qu’elle est également en cours de normalisation dans le sens que vous pouvez dire des choses contre les musulmans et l’islam publiquement (dans les médias, etc.) en bénéficiant de la liberté d’expression, alors que ce ne serait pas admis si ces choses visaient d’autres groupes parce qu’elles seraient considérées comme racistes. Et cela conduit à un discours de haine ou à des crimes de haine comme les attaques contre des mosquées qui ont eu lieu au Royaume-Uni. Nous sommes restés sourds à ces signaux.

L’islam politique a-t-il changé suite aux révolutions arabes ?

Pas tellement l’islam politique. Je crois que ce qui s’est passé est qu’une partie de la vague de changement a rendu certains pays plus autoritaires. L’Egypte ou les pays du Golfe, par exemple. La Tunisie est un bon exemple de ce que l’islam politique peut faire. En Egypte, il y a eu beaucoup d’erreurs mais le moyen de canaliser la situation avec Mohamed Morsi, qui a été élu démocratiquement, aurait dû être d’attendre les élections. Cependant, les militaires [égyptiens] craignaient ce qui pouvait résulter des élections. Donc, ce que nous voyons maintenant, c’est qu’ils ont géré les élections comme auparavant, quand le leader se présente et obtient 97% des voix. Quand les islamistes sont autorisés à participer au système politique comme n’importe quel autre groupe de citoyens et qu’il existe une vaste société civile, vous pouvez voir comment ils sont intégrés dans ce système. Au cours des 20 dernières années, nous avons vu des élections en Jordanie, au Koweït, en Malaisie, en Indonésie, au Sénégal, au Maroc, où les islamistes participent au système. Mais cela est caché à la fois par les politiciens et les médias de droite, qui mettent tous les islamistes dans le même sac et, au lieu de parler de leur participation à la société, ils concentrent leur attention uniquement sur Al-Qaïda et l’État islamique. .

L’Islam a-t-il besoin d’une réforme religieuse pour s’adapter à l’époque?

J’ai écrit beaucoup de livres à ce sujet. La réalité est que les réformateurs ont toujours existé, mais que leur démarche été entravée. Il est très difficile de préconiser des réformes dans les pays autoritaires, surtout s’il est question de réformer les traditions religieuses parce que tout ce qui affecte la société en termes culturels et politiques est une menace pour les régimes autoritaires. D’un autre côté, il y a des chefs religieux conservateurs qui bloqueront tout changement à cet égard. Pour que les réformes puissent se frayer un chemin, elles ont besoin d’une société ouverte.

Avons-nous surmonté le discours du «choc des civilisations»?

Huntington et moi avons débattu ensemble plusieurs fois. L’expression «choc des civilisations» a beaucoup été utilisée au fil des années, mais elle a signifié différentes choses. Parce que la question est : « quelle est la direction de ce choc ? » La notion de «confrontation» est utilisée par les deux parties ; elle est également utilisée par les extrémistes musulmans. D’un autre côté, j’ai travaillé pendant de nombreuses années avec Gallup et dans nos études nous voyons que les musulmans admirent beaucoup de choses de l’Occident : les libertés, l’éducation, la démocratie, l’économie, par exemple … Mais ils critiquent le double standard en termes de la défense de la démocratie. Ils disent que l’Occident ne fait que promouvoir la démocratie pour lui-même, alors que pour le Moyen-Orient, il préfère promouvoir la sécurité et les affaires, comme George W. Bush l’a fait et comme le fait maintenant Trump. La sécurité est à nouveau l’axe des relations entre les États-Unis et l’Union européenne avec les pays du Moyen-Orient. Trump est revenu pour articuler cette politique dans laquelle on dit aux autocrates : « Ce que vous faites dans votre pays est votre affaire ».


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