Posts Tagged ‘Egypte’

Syrie: les choses bougent sur le plan diplomatique

3 octobre 2012

On peut lire dans la presse, ici Le Nouvel Observateur, que

L’Egypte et la Turquie ont dénoncé dimanche le régime « cruel » de Bachar el-Assad en Syrie, à l’occasion de la visite à Ankara du nouveau président égyptien Mohammed Morsi, venu renforcer les liens entre les deux pays.

Une dénonciation qui en elle-même n’apporte aucun élément nouveau, tant on sait que depuis le début les autorités turques ont encouragé la sédition armée en Syrie et que le nouveau président Egyptien a des affinités idéologiques avec une partie de l’opposition au régime de Damas, celle qui est organisée dans la branche syrienne des Frères Musulmans.

Il n’y a là donc aucune information à proprement parler.

Là où il y a de l’information, par contre, c’est quand on lit :

Assad doit partir mais pas par la force. Le président égyptien, Mohamed Morsi, a accordé une interview à la chaine américaine PBS, ce mardi 25 septembre, la veille de l’Assemblée générale des Nations unies à son siège, à New-York. Au cours de cet entretien, le premier président civil d’Egypte, élu en juin 2012, s’est dit opposé à l’intervention d’une force militaire étrangère en Syrie, préférant la diplomatie quartette -l’Egypte, l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie – pour pousser Bachar al-Assad vers la sortie.

Nous avons là un discours clair qui est assez mal relayé et obscurci par des déclarations tonitruantes mais creuses comme celles tenues à Ankara.

De fait, les deux gouvernements, égyptien et turc sont engagés dans une démarche de recherche de solution négociée aux côtés de l’Arabie Saoudite et de l’Iran.

Ce quartette est le fruit à la fois des efforts des autorités iraniennes et du sommet des Non Alignés qui a eu lieu récemment à Téhéran.

Et justement ce quartette vient de se réunir, mais réduit à un trio car l’Arabie Saoudite a boudé pour la troisième fois consécutive la réunion du quartette.

La presse a aussi boudé cette réunion puisqu’on a quand même un peu de mal à trouver des infos à ce sujet.

Dans la vie, comme dans la démarche de connaissance, l’important est de se poser les bonnes questions.

Et présentement, les bonnes questions consistent à se demander pourquoi l’Arabie Saoudite et la presse boudent ces rencontres qui oeuvrent pour une sortie de crise pacifique en Syrie.

D’autant que les choses semblent bouger en ce qui concerne la Syrie et pas seulement sur le terrain militaire.

On apprend ainsi que :

Une délégation de responsables sécuritaires Egyptiens de haut niveau est partie lundi pour la Syrie, ont annoncé des officiels de l’aéroport du Caire. La mission de la délégation n’est pas connue pour le moment.

Les officiels de l’aéroport ont indiqué que la délégation allait rester deux jours en Syrie. Tous les officiels se sont exprimés sous condition d’anonymat parce qu’ils ne sont pas autorisés à parler aux médias.

Si Yasser Ali, le porte-parole de Mohamed Morsi a démenti cette information, un haut responsable militaire, sans démentir, a simplement dit ne pas être au courant.

On peut donc espérer une évolution positive en Syrie, que cette dernière implique ou pas le maintien, même provisoire, de l’actuel chef de l’Etat dans ses fonctions.

Cette évolution dépendra aussi bien sûr de l’attitude des puissances occidentales qui n’ont cessé depuis le début de mettre de l’huile sur le feu. Et l’attitude de l’Arabie Saoudite témoigne peut-être de la volonté persistante de l’Occident de plonger la Syrie complètement dans le chaos.

 

 

 

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Hidjab et niqab à l’université Al-Azhar du Caire

18 septembre 2012

Angry Arab publie cette photo très intéressante:

Il s’agit d’un cours de théologie à l’université Al-Azhar au Caire.  Si l’auditoire est exclusivement féminin, vous noterez que l’enseignant est un homme et qu’apparemment aucune des jeunes femmes ne porte ce qui ressemblerait à un hidjab ou à un niqab.
La photo a été prise dans les années 1960, à l’époque où le colonel Nasser dirigeait le pays.
Pour mémoire, la mosquée Al-Azhar a été fondée au Xème siècle par Jawhar ben Abdallah as-Siqili (le Sicilien) qui s’était emparé de l’Egypte au nom du souverain Fatimide qui gouvernait à l’époque le Maghreb.
Pour mémoire aussi, les Fatimides étaient des chiites.

De la démocratie turque aux prisons turques…

11 septembre 2012

… il n’y a qu’un pas.

Selon la presse française, ce sont en effet 44 journalistes dont le procès s’est ouvert lundi à Istanbul, la capitale économique de la Turquie. 36 d’entre eux sont d’ailleurs en détention préventive.

On leur reproche

d’appartenir à l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), qui serait selon les autorités la branche urbaine du PKK. S’ils sont reconnus coupables, ils sont passibles de peines allant de sept à vingt ans de prison. Quarante-six autres journalistes attendent leur procès dans des prisons turques pour d’autres affaires, selon le groupe «Plate-forme de solidarité avec les journalistes arrêtés».

44 journalistes jugés simultanément, c’est un record me semble-t-il, d’autant que 46 autres attendent en prison de passer à leur tour en jugement. Des chiffres qui sont révélateurs d’un gros problème avec ce que certains ont qualifié un peu hâtivement de démocratie turque ( la presse espagnole parle de son côté de 67 journalistes concernés par la procédure en cours).

Parmi ces «certains,» on compte bien sûr M. Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque et le premier ministre Recep Teyyip Erdogan qui ont proposé ouvertement l’imitation de leur modèle par des pays comme l’Egypte ou la Syrie. Dans ce dernier pays, le gouvernement turc a d’ailleurs joint l’acte à la parole en encourageant des bandes terroristes supposées lutter pour la démocratie.

J’ai compris Laurent,  la démocratie, c’est comme la cravate, il faut serrer.

Alors, vive la démocratie turque !

Il n’y a pas de soulèvement populaire en Syrie

31 mai 2012

 John R. Bradley est un observateur Britannique de la scène politique du Proche Orient. Sa notice biographique nous indique un parcours assez typique de l’élite britannique avec une formation entre autres à l’University College de Londres et à Oxford.

M. Bradley publie souvent dans des organes de presse comme The Spectator, The Jewish Chronicle ou The Daily Mail comme pour l’article que je vous propose. Politiquement, il semble être un conservateur de type traditionnel, pas un néoconservateur.

Son analyse du « printemps arabe » le range aussi parmi les sceptiques, sauf qu’il a du mal à admettre que son pays et les pays alliés au sien (France, Etats Unis etc.) ont agi en connaissance de cause pour  empêcher les « révolutions » d’aller jusqu’au bout en Tunisie et en Egypte et en ont carrément fomenté en Libye et en Syrie.

M. Bradley n’arrive en effet pas à comprendre pourquoi son pays soutient des tendances politiques rétrogrades contre le gouvernement syrien qui, malgré bien des tares, assure le respect de toutes les confessions. Pour l’auteur de l’article, l’Occident soutient en Syrie un soulèvement populaire imaginaire.

Je refuse cependant de mettre, comme il le fait, dans le même sac le parti En-Nahda en Tunisie et les sectaires que les forces de l’OTAN ont aidés à éliminer Kadhafi ou ceux qui dominent la rébellion en Syrie. Entre En-Nahda et les autres, il y a plus que des nuances et un contexte intérieur et régional bien différent.

Il est par contre vrai que l’issue des évolutions en cours en Tunisie et en Egypte est des plus incertaines comme dans n’importe quel processus politique de cette ampleur.

Les autorités syriennes font en réalité face à un conglomérat redoutable de candidats à la dictature et, surtout, d’une des versions les plus sectaires des Frères Musulmans et d’autres groupes appartenant à la mouvance « salafiste ».Tous sont fortement inféodés aux monarchies pétrolières, à l’Arabie saoudite en particulier.

M. Bradley devrait savoir que si ces « islamistes » sont rigoristes en matière de mœurs et de littéralisme doctrinal, ils sont par contre libéraux en matière économique et flexibles devant le problème posé par le régime sioniste.

Et c’est tout ce qui importe.

Oui, la Syrie est une tragédie, mais ce serait folie pour la Grande Bretagne d’intervenir

par John Bradley, The Daily Mail (UK) 29 mai 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

 La spirale de la mort continue en Syrie Depuis plus d’un an, Depuis plus d’un an maintenant, ce malheureux pays arabe est en proie à la sauvagerie avec la contestation du régime autoritaire du président Bachar al-Assad par des insurgés.

La brutalité des deux côtés s’est traduite par un catalogue de plus en plus fourni d’atrocités qui provoquent chez la population syrienne une crainte de plus en plus forte de voir le pays sombrer dans la guerre civile.

Ces inquiétudes n’ont fait que s’exacerber avec les informations dur le massacre commis dans la ville de Houla où on dit que plus de 100 civils ont été massacrés la semaine dernière par les forces gouvernementales.

Parmi les tués, se trouvaient pas moins de 40 enfants et 34 femmes.

Dimanche dernier, le Conseil de Sécurité de l’ONU – réuni en urgence – a condamné à nouveau fermement Assad et a réitéré ses appels à un cessez-le-feu entre les autorités et les rebelles.

Ici, en Grande Bretagne, le ministre des affaires étrangères William Hague s’en est non seulement pris à Assad dans les termes les plus vigoureux, mais a aussi exigé une pression internationale pour provoquer sa chute. Hier, la Grande Bretagne – et d’autres puissances occidentales – ont annoncé l’expulsion des diplomates Syriens en poste chez elles.

Même l’idée d’une intervention militaire occidentale contre Assad n’a pas été écartée.

Aux Etats Unis, le général Martin E. Dempsey, chef de l’état-major interarmes, a indiqué que des troupes américaines pourraient être envoyées pour aider les rebelles. « Il y a toujours une option militaire, » a-t-il dit. Hague lui-même s’est livré à de bruyantes rodomontades ces derniers jours.

L’expression de l’indignation au sujet de Houla et les menaces subséquentes d’action militaire, tout cela s’accorde avec le schéma narratif occidental conventionnel de la crise syrienne, dans lequel Assad est dépeint comme un tyran sanguinaire et les rebelles comme des combattants héroïques de la liberté qui essayent de délivrer le peuple syrien de l’oppression.

Cette image a été soigneusement cultivée par le camp anti-Assad qui s’est montré maître dans la propagande manipulatrice destinée à de crédules politiciens Occidentaux, aux chaînes de télévision et aux organisations militantes.

Mais la vérité sur la violence en Syrie est beaucoup plus complexe que ce que voudraient nous faire croire les ennemis d’Assad.

Bien sûr, ces effusions de sang meurtrières doivent être condamnées et il est certain qu’une tragédie humaine est en cours. Le régime Assad est à l’évidence repoussant et ses actions indéfendables, ce qui fait qu’un authentique et pacifique soulèvement populaire ne peut être que justifié et compréhensible.

Cependant, contrairement à ce que Hague pourrait soutenir, nous sommes devant tout à fait autre chose qu’une confrontation directe entre une dictature et un peuple.

Si le soulèvement avait commencé par des manifestations pacifiques de Syriens ordinaires, la notion simpliste du bon contre le méchant ne reflète plus la réalité.

Même au niveau le plus élémentaire, cous ne savons pas ce qui s’est réellement passé à Houla. ‘La vérité est la première victime de la guerre’ dit sagement le vieil adage.et tout ce que nous avons pour le moment, ce sont les affirmations des deux camps.

Les rebelles accusent Assad tandis que le régime du président conteste fermement et absolument toute responsabilité dans la tuerie, soulignant le fait que la plupart des victimes semblent avoir été tuées à bout portant, à un moment où les forces gouvernementales se servaient de mortiers de gros calibre contre les rebelles.

Propagande pour se convaincre soi-même ? Peut-être, mais dans ces phases les plus sombres des conflits, les histoires d’atrocités ont souvent été exagérées et exploitées.

Rien qu’en février par exemple, juste avant un vote décisif à l’ONU sur des sanctions contre la Syrie, on nous avait dit que plus de 200 civils avaient été tués par les forces d’Assad pendant le bombardement meurtrier de Homs, un bastion rebelle.,

Mais il s’est avéré par la suite que le vrai bilan des victimes était de 55 morts.

En outre, on devrait reconnaître que les rebelles sont accusés d’actes de barbarie qui n’ont rien à envier à ceux du régime d’Assad.

Ces derniers mois, ils ont été accusés d’une série d’attaques terroristes cruelles dans les grandes villes, dont des attaques à la voiture piégée et des attentats suicide. De leur côté, ils affirment que ces attentats étaient l’œuvre d’Assad. Mais qui peut savoir la vérité ?

Cette sombre image d’une violence mutuellement meurtrière fait qu’il est absurde pour Hague de prétendre qu’il s’agit simplement d’un combat moral entre la bassesse du régime d’Assad et la noblesse de ses opposants.

Le fait est qu’il n’y a pas de soulèvement du peuple syrien contre le gouvernement. Pas plus qu’il n’y a eu de manifestations d’ampleur contre la présidence d’Assad dans les deux plus grandes villes du pays, Alep et Damas, où les seules manifestations massives à s’être tenues avaient été en faveur du président.

Certains essayent d’expliquer l’absence de manifestations massives en soutenant que c’est la nature tyrannique du régime qui les empêche, mais ça ne résiste pas à l’examen. En Egypte, la police, l’armée et les services de sécurité du président Moubarak étaient bien plus puissants que ceux d’Assad dans la Syrie d’aujourd’hui, elles n’avaient pourtant pas pu empêcher les énormes manifestations populaires..

Il n’y a rien eu de ce genre en Syrie, parce que la réalité est que l’opposition ne représente pas la volonté de la population. En fait, elle est une force majoritairement islamiste qui veut mettre un terme à l’attachement d’Assad à un régime sécularisé sous lequel – à côté de toutes les tares du régime – les drois des minorités religieuses sont respectés.

L’instance de coordination de l’opposition, le Conseil National Syrien (CNS) est dominé par la ligne dure des Frères Musulmans qui militent pour l’imposition de la charia. Le CNS est puissamment soutenu par des djihadistes armés sur le terrain qui veulent créer un Etat islamique anti-occidental en Syrie.

Ces zélotes ont obtenu armes et soutien financier auprès des régimes musulmans fondamentalistes d’Arabie Saoudite et du Qatar car tous deux veulent promouvoir un islamisme ultraconservateur dans toute la région.

Il est grotesque que notre propre ministre des affaires étrangères considère de notre devoir de prendre fait et cause pour ces fanatiques en Syrie qui n’éprouvent d’intérêt ni pour la négociation, ni pour la démocratie.

Hague est tout simplement dans l’erreur s’il pense que nous avons quoi que ce soit à gagner d’une intervention dans ce pays.

La position britannique est marquée par l’hypocrisie. Hague fulmine au sujet des droits de l’homme en Syrie parce que cette affaire domine l’actualité internationale, mais ne dit pourtant rien sur les violations des libertés en Arabie Saoudite, simplement parce que ce pays se trouve être notre allié riche en pétrole.

Il critique la Russie pour son soutien à Assad mais reste silencieux sur le soutien apporté par le Qatar à des djihadistes meurtriers.

Nos politiciens ne semblent pas non plus avoir tiré une quelconque leçon du soi-disant printemps arabe qu’ils présentaient enthousiastes l’an dernier comme un triomphe sur la dictature. Les choses ne se sont guère passées ainsi.

Dans presque tous les pays où le printemps arabe a prévalu, le résultat a été plus d’oppression, plus de paralysie économique et plus d’autocratie religieuse.

Ainsi, en Tunisie, le pays qui était auparavant le plus sécularisé et progressiste du monde arabe, des bandes de voyous salafistes arpentent désormais les rues, menaçant les femmes qui ne portent pas le voile et incendiant des magasins qui osent vendre de l’alcool. Au Yémen, al Qaïda contrôle maintenant d’importantes zones au sud du pays, tandis qu’en Egypte, le premier tour de l’élection présidentielle a débouché sur un duel entre un islamiste tenant de la ligne dure et un ancien sbire de Moubarak – pas vraiment la victoire de la démocratie qui avait été promise au peuple égyptien au plus fort de la révolution.

Tout cela explique en bonne partie pourquoi la population syrienne a majoritairement refusé de soutenir les rebelles. Elle voit ce qui s’es passé ailleurs au Moyen Orient et elle en tremble.

Assad a peut-être du sang d’enfants sur les mains, mais aux yeux de la majorité de son peuple, il offre au moins une certaine stabilité et un certain progrès économique, alors que la perspective d’un pouvoir djihadiste dignifie puritanisme et paralysie.

Il serait scandaleux de sacrifier la vie de soldats Britanniques dans ce conflit dans lequel nous n’avons aucun intérêt national.

Trop de vies ont déjà été perdues dans des aventures idéologiques en Afghanistan et en Irak. Mais le coût de ces deux guerres ne sera rien à côté ds terribles conséquences d’une intervention en Syrie

Même si nos forces réussissaient à expulser Assad du pouvoir, nous serions entraînés dans un bourbier sanglant au moment où nous tenterions de discuter d’un accord entre les factions en guerre.

Notre intervention en Libye a bien pu déposer un tyran – mais seulement au prix de la mise au pouvoir de milices islamiques meurtrières et de la dégradation de l’infrastructure de cette nation. Les dégâts que nous causerions en Syrie seraient encore plus grands.

Dans tous les cas, en cette période de coupes sombres dans le budget militaire, nous ne sommes tout simplement pas en mesure d’intervenir – alors la rhétorique agressive de Hague est  de toute façon à peine autre chose qu’une simple posture.

John R. Bradley est l’auteur de After The Arab Spring : How Islamists Hijacked tje Middle East Revolts (Palgrave Macmillan)

TOZ pour le roi d’Arabie Saoudite!

1 mai 2012

Le torchon brûle entre l’Egypte et la monarchie saoudienne. Les raisons de cette situation sont politiques et ont trouvé un un catalyseur avec les mésaventures d’Ahmed Al-Gizawi, un avocat Egyptien arrêté arbitrairement en Arabie Saoudite. Votre presse en parle un peu, mais on n’entend aucune voix connue pour s’élever contre les pratiques des roitelets d’Arabie.

Ahmed Al-Gizawi

Cet avocat a été arrêté parce que c’est un militant des droits de l’homme et qu’il aurait insulté le monarque,  mais les autorités saoudiennes prétendent maintenant qu’il est en fait à la tête d’un réseau de trafic de stupéfiants.et qu’il aurait essayé d’introduire dans le royaume une grosse quantité de psychotropes.

Du coup, les Egyptiens qui n’ont pas oublié que la monarchie a été un des soutiens les plus déterminés de la dictature de Moubarak ne se gênent pas pour insulter à qui mieux mieux le monarque

Au milieu du florilège de graffiti avec lesquels les Cairotes ont décoré les murs de l’ambassade saoudienne dans leur ville, Angry Arab a relevé ce magnifique portrait d’Abdallah, le roi d’Arabie:

Toz est une onomatopée dont le sens varie en fonction du contexte. On peut la  traduire par zut, quand on répond par exemple zut à la demande de quelqu’un. On peut la traduire aussi par quelque chose comme « dans le baba », « dans l’os » ou encore « tu peux toujours courir ».


L’Egypte, les Frères Musulmans, la Turquie et la laïcité

11 novembre 2011

La diplomatie de la Turquie de Recep Tayypip Erdogan a des ambitions d’une toute autre dimension que celle qu’avaient initiée ses prédécesseurs. Tournés vers l’Europe, ces derniers semblaient aussi considérer que plus leur pays tournait le dos à son passé, plus il se rapprochait d’une adhésion à l’Union Européenne.

Une démarche qui s’est avérée chimérique car si le régime turc cherchait à faire table rase du passé, certains dirigeants Européens ne se gênaient pas pour le lui rappeler.

D’autant que ce passé est aussi un présent qui est le fait que l’écrasante majorité des citoyens Turcs est de confession musulmane et que cette dimension prend de plus en plus de place, non seulement d’un point de vue culturel mais aussi économique et donc stratégique.

Les péripéties de l’admission de la Turquie dans l’Union Européenne avec une porte tantôt entrebâillée tantôt refermée avaient masqué aux yeux de certains l’ouverture des portes au Moyen Orient et en Afrique du Nord, une partie de l’ancien territoire impérial des Osmanlis pour faire court.

C’est cette nouvelle réalité qui a amené le premier ministre Turc à se rendre en Tunisie et en Egypte, deux pays où les régimes ont succombé à la pression populaire et où des partis « islamistes » ont le vent en poupe, ce qui, suppose-t-on pourrait être favorable à un renforcement de l’influence d’une Turquie gouvernée par l’AKP.

Les choses ne sont cependant pas si simples, si on en croît l’article que je vous propose. Car si Erdogan a emmené avec lui sa mallette pédagogique sur la laïcité, son message n’a pas été compris par les Frères Musulmans en Egypte.

Et les raisons de cette incompréhension sont multiples. La première raison est historique, c’est-à-dire que la « laïcité » a été imposé en Turquie par un Mustapha Kemal auréolé d’un immense prestige pour avoir sauvé et en même temps fondé une nation dont l’effondrement complet était imminent. Ce qui lui a quand même facilité les choses.

Ensuite, comme le remarque le porte parole de la confrérie égyptienne, les choses ne se sont pas déroulés sans quelques heurts, et si la Turquie actuelle, comme d’autres pays de type démocratiques parlementaristes, se donne des airs du cycliste qui reste toujours bien peigné malgré des kilomètres parcourus sous la tempête, un premier ministre a quand même été arrêté, jugé et exécuté  en 1960. 

Parce que, aujourd’hui encore, l’armée se veut garante du respect des principes kémalistes, et gare à qui s’en éloigne un peu trop selon elle.

Et puis la laïcité turque ne correspond que vaguement à ce qu’on entend communément par laïcité.  Car si le religieux n’a pas le droit de s’immiscer dans le politique, le politique contrôle complètement le religieux avec des personnels largement fonctionnarisés.

Or la laïcité implique d’abord et surtout la neutralité de l’Etat en matière religieuse. Ce point fondamental n’est pas satisfait en Turquie et ne l’est déjà plus en France avec les fameuses lois sur la laïcité qui sont en fait des entorses évidentes à ce principe.

C’est donc cette laïcité assez étrange que M. Erdogan est allé promouvoir dans certains pays arabes. Et il n’est donc pas étonnant que,  comme l’observe Cumali Önal, les Frères Musulmans n’aient pas compris le message du premier ministre Turc sur la laïcité.

Dans l’analyse qu’elle fait du message du premier ministre Turc,  non seulement la confrérie égyptienne se montre bien informée des réalités turques, mais se garde de confondre, comme c’est souvent le cas dans les pays arabes, aussi bien chez ses partisans que chez ses détracteurs, laïcité et athéisme.

En fait, le chemin vers la laïcité est rien moins qu’évident et la France fait figure d’exception dans le monde. Si c’est la France qui a donné à la laïcité le sens qu’on lui connaît, il ne faut pas oublier que cette élaboration a été l’aboutissement d’une longue et tumultueuse histoire commencée le 14 juillet 1789 pour être parachevée avec les lois de séparation des églises et de l’Etat.

Et c’est le rôle antirépublicain, non pas de la religion catholique en tant que telle mais de l’église en tant qu’institution qui était visé. L’évolution laïque en France est avant tout un phénomène anticatholique et anticlérical et non antireligieux et elle correspond à un processus historique déterminé.

Ailleurs, dans bien des cas la laïcité est ignorée, comme au Royaume Uni, au Danemark ou même en Belgique où elle n’est qu’un courant de pensée parmi d’autres. Ce qui ne signifie pas que ces pays vivent sous l’emprise quotidienne du religieux ou que la liberté religieuse n’y soit pas effective.  Ce sont des sociétés sécularisées où le religieux n’est plus au centre de la vie politique même s’il peut rester au centre de la vie des individus.

La langue anglaise n’a pas de mot équivalent au mot français laïcité qui est traduit en anglais  par secularism, sans pourtant que ces termes soient réellement équivalents.

De même, le mot arabe « ilmania » serait l’équivalent du mot laïcité. Compte tenu de la racine de ce mot, c’est fort douteux et il est semble-t-il plutôt synonyme du mot anglais « secularism » Une difficulté que pose le mot secularism, notamment dans la traduction,  est que le français n’a pas de substantif équivalent  permettant de traduire adéquatement des situations de sociétés sécularisées : le mot sécularisme sonne comme une étrangeté,  la sécularisation renvoie à un processus comme le mot laîcisation (qui apparemment n’existe pas dans le dictionnaire),  l’adjectif séculier correspond en partie à laïc ou laïque : le clergé séculier, s’il a une fonction sacerdotale bien repérée, vit dans le monde par opposition aux ermites ou aux moines. Quant aux laïcs, ces derniers vivent la foi chrétienne dans le « siècle », c’est-à-dire dans la vie de tous les jours, au travail, dans leur quartier, leur paroisse bien entendu. Cette notion de laïc va de pair avec l’ordination des prêtres et est inconnue des églises chrétiennes dépourvues de clergé.

Si la laïcité à la turque me semble une gageure dans les pays arabes, sauf à être imposée d’une poigne de fer par l’armée, rien ne s’oppose à un processus de sécularisation qui est en fait largement amorcé dans certains pays.

La demande de certains pour que soit supprimée la référence à l’Islam comme religion d’Etat dans la Constitution n’a fait cependant qu’ajouter un motif de crispation inutile. Une telle référence, si elle est incompatible avec la laïcité, est par contre compatible avec un processus de sécularisation. Et là où les choses se passent pacifiquement comme c’est le cas en ce moment en Tunisie, l’évolution pourrait se faire plus vite que l’on ne pense.

En Egypte aussi, les malentendus à ce sujet doivent être levés car il en va quand même du destin de ce pays qui comporte une importante minorité chrétienne autochtone dont la liberté de culte et la sécurité doivent être assurés au même titre que pour les autres composantes de la population.

 

 Les Frères musulmans n’ont pas compris le message d’Erdogan sur la laïcité

 

par Cumali önal, Zaman (Turquie) 6 novembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’accent mis par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan sur l’impératif de la sécularisation pendant sa visite en Egypte mi-septembre n’a pas eu l’impact attend sur les frères musulmans, le plus important mouvement politique de ce pays.

De hauts responsables de ce mouvement soutiennent, faisant référence au type de sécularisation en vigueur en Turquie qui a beaucoup attiré l’attention sur lui ces dernières années, qu’il ne peut pas être appliqué dans un pays religieux comme l’Egypte.

S’exprimant dans l’édition dominicale de Zaman la semaine dernière, le porte parole du mouvement, Mahmoud Ghazlan, a déclaré que la différence la plus évidente entre l’Egypte et la Turquie est que le sécularisme turc est impose par les militaires, tandis que l’Egypte, ainsi qu’il est dit dans l’article 2 de sa constitution est un Etat musulman.

Ghazlan, qui observe qu’il y a beaucoup d’exemples de répression en Turquie au nom de la laïcité, a aussi souligné les nombreux coups de force qui ont été organisés par rapport à cette question et que l’ancien premier ministre Adnan Menderes avait été exécuté en 1960.

Insistant sur le fait que l’interdiction du foulard et la légitimation de l’adultère [en fait sa dépénalisation] n’étaient pas acceptables par la confrérie, Ghazlan a relevé que l’Egypte est le siège de l’université al-Azhar, un des hauts leiux de la défense de l’Islam et du Coran.

Observant que la religion et l’Etat ne peuvent pas être complètement séparés et évoquant le scandale Susurluk révélé le 3 novembre 1966, après un accident de la circulation qui impliquait une voiture dans laquelle se trouvaient le sous-directeur de la police d’Istanbul, un député Kurde et un leader nationaliste Turc, Ghazlan a soutenu que l’Etat et une mafia pourraient facilement s’interpénétrer dans un pays où la religion est exclue. Selon Ghazlan, une Egypte laïque encouragerait et promouvrait la corruption dans des nombreux domaines allant de l’ économie à la politique..

Il a souligné que la confrérie a un respect entier pour Erdogan en raison de ses efforts pour la levée du blocus de Gaza et sa passe d’armes à Davos [avec Shimon Peres]. Les Frères Musulmans sont cependant fermement opposés à un schéma qui exclut l’Islam du gouvernement.

La laïcité est un des principaux thèmes de discussion à la veille des prochaines élections en Egypte, un pays qui est encore dans une situation difficile.  Beaucoup de questions occupent l’agenda, comme les préoccupations sécuritaires, les difficultés économiques, les grèves et l’éventualité d’un coup de force par l’armée.

 

Cependant, et pour ne pas perdre de temps comme la Turquie, l’Egypte devrait tenir compte des messages transmis par Erdogan sur la laïcité. Son message visait à mettre l’accent sur la paix civile. Dit autrement, une laïcité authentique est une assurance et une garantie pour la paix civile.

Même si elle n’est pas parfait, la Turquie développe une approche et une compréhension de la véritable laïcité. Elle bénéficie aussi d’améliorations et d’expériences dans de nombreux domaines. Pour que l’Egypte passe à travers ce processus sans heurts, elle aura besoin de paix civile et de cohésion.

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Les Egyptiens sont des gens religieux, mais ils sont aussi un des peuples les plus paisibles du monde. Ils ne veulent pas le conflit. En dépit d’énormes insuffisances dans le domaine de la sécurité, le pays n’a pas basculé dans des affrontements majeurs. C’est surtout grâce à cette caractéristique singulière de leur société.

Il est cependant probable également que des gens poussent à un conflit entre Musulmans et Chrétiens en Egypte pour servir leurs desseins politiques.

On voit ce danger dans la bipolarisation et les allégeances politiques. La politique du pays est façonnée par les Frères Musulmans.

Plusieurs partis ont fondé le Bloc Egyptien  pour s’assurer que le parti de la liberté et du développement (HKP), parrainé par les Frères Musulmans ne parviendra pas au pouvoir. De nombreux partis ont néanmoins laissé le HKP et ses alliés aller seul aux élections.

 Il est indubitable que les  partis soutenus par les libéraux, la gauche, les communistes et les Chrétiens ont peu de chances d’être élus. Mais toute erreur même minime des Frères Musulmans qui pourrait alimenter le soupçon et la peur risquerait de provoquer le chaos même si la confrérie accède au pouvoir. Tous leurs messages et leurs actions doivent être très clairs.

Ce qui devrait se traduire par un sentiment de soulagement cez les Chréteiens et dans les cercles libéraux. Les Chrétiens demandent à la confrérie de clarifier son message et de montrer ses véritables intentions. Les libéraux, d’un autre côté, soutiennent que si l’HKP gagne les élections, les femmes seront obligées de porter le tchador, c’en sera fini de l’économie de marché, les activités touristiques seront gelées et le système bancaire comme le pays seront poussés dans une transition vers un autre style de dictature. 

 

En bref, pour que le pays parvienne à une situation meilleure, les Frères musulmans, en tant que meilleure chance pour le pays d’aller vers un gouvernement démocratique; doivent proposer des réponses plausible ) ces allégations et à ces doutes. Ce qui pourrait être accompli grâce à une véritable laïcité, aussi déplaisant que cela puisse paraître. Dit autrement, le pays serait dirigé par un gouvernement qui resterait à égale distance de tous et serait proche de toutes les composantes du pays en même temps.


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