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La connivence entre sionisme et antisémitisme remise en lumière par l’actualité américaine

20 novembre 2016

On ne sait pas trop ce que va donner la présidence de Donald Trump en dépit de signaux pas forcément encourageants, mais son élection aura eu au moins le mérite de semer (provisoirement) la discorde dans les rangs de l’establishment juif aux Etats Unis.

On sait que parmi les électeurs de Donald Trump, il faut compter des extrémistes de droite nostalgiques de l’époque qui avait précédé la guerre de sécession comme par exemple les membres du Ku Klux Klan.

Difficile de dire exactement combien pèsent réellement ces électeurs qui sont sans doute assez peu nombreux mais, par contre, relativement organisés dans une mouvance qu’on appelle alt-right aux Etats Unis, fachosphère dirait-on en France. Le site internet Breitbart News a été un des principaux vecteurs de diffusion et d’expression des idées et des opinions de cette fachosphère américaine avec tout ce qu’elles comportent notamment de racisme y compris dans sa version antisémite.

Il se trouve que le patron de Breitbart News, Steve Bannon, vient d’être choisi par Donald Trump pour être son directeur de la stratégie à la maison Blanche.

donald trump steve bannon

Steve Bannon (à droite) et Donald Trump

Un choix qui fait grincer des dents dans une bonne partie de la communauté juive mais qui rencontre un accueil favorable dans d’autres secteurs de la même communauté qui saluent son engagement en faveur de l’Etat prétendu juif.

Jamais depuis les débuts de l’hitlérisme en Allemagne la connivence entre sionisme et antisémitisme n’était apparue avec une telle netteté.

Pourquoi il est ‘absolument’ possible à Steve Bannon d’être pro-Israël et antisémite.

Voici ce que les dirigeants juifs pensent du choix de Donald Trump pour le poste de responsable de la stratégie

Par Carol Kuruvilla, The Huffington Post (USA) 17 novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Steve Bannon , ancien patron de Breitbart News, a pendant des années et avec une grande fierté donné aux nationalistes blancs et aux antisémites une plateforme pour répandre leur haine.

Lorsque l’Anti-Defamation League, une des plus anciennes organisations juives américaines consacrées à la lutte contre l’antisémitisme, a dénoncé la décision de Donald Trump de faire de  Bannon son stratège en chef , les soutiens juifs du président élu se sont précipités pour défendre Bannon – le dépeignant comme un «défenseur d’Israël ».

Aaron Klein, chef du bureau de Breitbart à Jérusalem, a déclaré à BuzzFeed que Bannon est un «patriote engagé qui est profondément préoccupé par les menaces croissantes sur Israël. »

Mais certains leaders intellectuels et religieux juifs ne sont pas disposés à accepter l’argument selon lequel être pro-Israël ou s’engager fermement à protéger Israël ne disculpe pas automatiquement quelqu’un d’être un antisémite.

En fait, soutiennent ces leaders, il est absolument possible que des gens soutiennent Israël et soutiennent dans le même temps des réseaux qui promeuvent la haine à l’égard des Juifs américains.

Le Religious Action Center of Reform Judaism [Centre d’ action religieuse du judaïsme réformé] est la branche politique de l’Union for Reform Judaism, la plus grande organisation religieuse juive des Etats Unis. Dans une déclaration à The Huffington Post son directeur, le rabbin Dov Jonah Pesner, tient Bannon pour responsable de l’animation d’une plateforme pour  » l’ antisémitisme, le racisme, la misogynie et la xénophobie. »

« Nous ne pouvons le juger que par ses actes, et il était le PDG de l’entreprise de médias préférée des nationalistes blancs.  Il ne devrait y avoir aucune place pour ces opinions à la Maison Blanche, » a déclaré Pesner à The Huffington Post. « Son soutien professé à Israël ne change pas le fait qu’il n’a pas renié le travail imbibé de haine qu’il a publié. »

J Street, une organisation de lobbying pro-Israël libérale [centriste selon la terminologie américaine,NdT], a également été critique à l’égard de Bannon.  Jessica Rosenblum, vice-présidente de l’organisation chargée de la communication, a déclaré à The Huffington Post qu’il est « tout à fait adapté » d’accoler l’étiquette d’antisémite à ceux qui utilisent et promeuvent la rhétorique antisémite et qui «aident de manière routinière et soutiennent les tenants de la suprématie blanche en diabolisant les Juifs et d’ autres minorités religieuses et ethniques. »

 » Les amis de Steve Bannon à l’extrême droite de la communauté juive peuvent arguer facilement de son soutien à Israël, mais cela ne change rien au fait que Bannon propage une idéologie de haine et le sectarisme qui est extrêmement hostile et dangereuse pour les Juifs américains et toutes les valeurs – telles que la tolérance, la diversité et l’ égalité – que nous défendons et que nous protégeons dans ce pays « , a déclaré Rosenblum dans un communiqué.

La nomination de Bannon a provoqué une réaction mitigée au sein de la communauté juive américaine dans sa diversité – avec certaines organisations exprimant avec force leur mécontentement et d’autres, telles que l’Organisation Sioniste d’Amérique [Zionist Organization of America] et la Coalition juive républicaine,en faisant au contraire l’éloge et la soutenant. D’autres organisations, comme l’American Israel Public Affairs Committee [le cœur du lobby sioniste] et l’American Jewish Committee, choisissent de garder le silence ou en attendant de voir comment Bannon à l’œuvre à ce poste.

Le rabbin Abraham Cooper, vice-doyen du Centre Simon Wiesenthal, a longtemps travaillé à pister l’antisémitisme en ligne. Il a déclaré par courriel à The Huffington Post qu’il n’a pas vu de « preuve définitive » que Bannon est personnellement un antisémite, ou quelqu’un qui hait les Juifs, le judaïsme, et les valeurs juives.

« En 2016, Israël est le foyer de la plus grande communauté juive dans le monde. Il est également le centre spirituel du judaïsme et du monde juif « , a déclaré Cooper à The Huffington Post. «Compte tenu de ces faits, il serait difficile de classer quelqu’un comme un antisémite de type classique, s’il soutient et défend l’Etat juif et ses 8,3 millions de citoyens (dont plus de 6 millions de Juifs). »

 « Toutefois, compte tenu des éloges –appréciés ou pas –  que sa nomination a suscité de la part d’intolérants comme David Duke, tous les Américains, y compris les juifs américains, ont le droit et l’ obligation d’examiner attentivement tout ce que M. Bannon fait pour le président élu et chaque déclaration qu’il fait en rapport avec la politique sociale et les affaires étrangères et de les critiquer vigoureusement le cas échéant ».

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David Duke a été un Grand Dragon du ku Klux Klan

Le rabbin Jack Moline, Président de Interfaith Alliance [alliance interreligieuse], a déclaré à The Huffington Post penser qu’une personne peut «absolument» être pro-israélienne et antisémite dans le même temps. Moline se définit à la fois comme juif et sioniste. Mais il a prévenu qu’il était dangereux de confondre ces deux identités.

« Certains ont des raisons politiques, religieuses et idéologiques pour soutenir l’Etat d’Israël qui ont peu ou rien à voir avec le soutien pour le peuple juif lui-même », a affirmé Moline au Huffington Post dans un courriel. «Le fait que Bannon a gagné le soutien d’une poignée de juifs américains de droite qui partagent ses opinions politiques ne fait rien pour effacer ses propos antisémites ou la nature antisémite du mouvement alt-right que son site a favorisé. « 

Les désaccords entre Juifs américains autour de la nomination de Bannon interviennent au beau milieu d’informations sur du vandalisme et de la propagande antisémite qui se revendique de Trump en quelques endroits à travers le pays. En particulier, des journalistes juifs ont été confrontés à un déluge « quantité sans précédent » d’insultes antisémites sur internet pendant cette période électorale.

Jane Eisner, rédactrice en chef du site juif Forward, a parlé des propos haineux tenus sur internet contre elle et d’autres journalistes juifs pendant la campagne électorale. Elle pense qu’ils venaient en bonne partie de ceux qui s’identifient avec la candidature de Trump. Dans une tribune libre, Eisner a insisté sur ce qu’elle a appelé l’hypocrisie à couper le souffle » des Juifs qui soutiennent Bannon, et a condamné la logique qui veut que « tant que vous soutenez certaines politiques du gouvernement israélien actuel, il est correct de copiner avec des gens qui haïssent les Juifs « .

« Les Juifs en Amérique qui sont la cible de menaces et de harcèlement antisémites – et ici j’inclus beaucoup d’ entre nous au Forward – doivent faire cause commune avec d’ autres groupes minoritaires qui vivent cela et même pire dans l’ environnement politique toxique d’aujourd’hui», écrit Eisner. « Si, au contraire, les Juifs excusent le comportement odieux de l’extrême droite parce qu’il se trouve que certaines de ces personnes soutiennent certaines politiques en Israël – en particulier lorsque ces politiques prolongent près d’un demi-siècle d’occupation – alors ils abandonnent des alliés naturels dans la lutte pour une Amérique plus tolérante ».

« Et pire encore, ils ont abandonné leurs coreligionnaires juifs. »

 

Femmes de pouvoir mais invisibles et innommables pour le judaïsme ultra-orthodoxe

1 novembre 2016

Un article qui vaut petit rappel sur l’attitude extrême du judaïsme ultra-orthodoxe à l’égard de l’image de la femme qui ne peut même pas être représentée dans un journal. Et on ne parle pas ici de femmes en bikini…

D’ailleurs, souvent, elles ne peuvent pas même être nommées!

Les contorsions de la presse ultra-orthodoxe juive dans ses informations sur Hillary Clinton

Dans les principales publications ultra-orthodoxes, les femmes n’existent tout simplement pas

Par Lourdes Baeza, El Pais (Espagne) 1er novembre 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Informer sur les élections aux Etats Unis sans montrer une seule image de la candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, ne semble pas être une tâche facile mais les publications ultra-orthodoxes israéliennes parviennent à le faire. De fait, elles suivent pratiquement au jour le jour la campagne présidentielle américaine depuis des mois non seulement sans publier une seule photo d’elle mais aussi sans mentionner son nom. On pourrait dire que si elle dépendait de ses propres sources d’informations, la majorité des Juifs les plus extrémistes pourraient croiser Hillary Clinton dans la rue sans la reconnaître.

Le code moral strict qui régit les principales publications haredies -ultra-orthodoxes- exigent qu’il en soit ainsi. Montrer des images de femme va à l’encontre de l’orthodoxie juive et viole le principe de pudeur en vigueur dans une grande partie de cette communauté ultra-religieuse qui représente déjà environ 11 % des 8,5 millions d’habitants qui peuplent Israël selon les derniers chiffres officiels. La solution consiste à parler d’elle en illustrant les informations avec des photographies de son concurrent, de la Maison Blanche ou même de son mari, Bill Clinton.

Aux Etats Unis, où sont également édités plusieurs journaux ultra-orthodoxes, cette catégorie de journaux peut surprendre à l’occasion et oser publier des images d’Hillary Clinton comme celle qu’a publiée en août dernier le magazine haredi Yated Ne’man, dont le siège se trouve à New York. Sur la photo, on voit seulement un bras de la candidate nord-américaine et son visage est opportunément dissimulé par le pupitre depuis lequel elle prononce un discours de campagne en Floride. Astuces ou audace – selon les points de vue – qui ne sont pas de mise en Israël.

Image de Clinton lors d'un rassemblement en Août qui a publié un environnement Haredi.

Portrait osé de Hillary Clinton dans la magazine newyorkais Yated Ne’man

Hamodia, le quotidien doyen de la presse israélienne ultra-orthodoxe n’a même pas publié d’images de Golda Meir, la première femme à devenir chef du gouvernement et qui fut premier ministre de l’Etat hébreu de 1969 à 1974. Pour Hamodia, il n’y a pas d’exceptions. Ni à l’époque, ni maintenant. L’an dernier, quand fut connue la photo officielle des membres du cabinet actuel de Netanyahou, Hamodia avait choisi de ne l’inclure dans aucune de ses éditions parce qu’y figuraient trois femmes ministres : celle des sports et de la culture, Miri Regev; celle de la justice, Ayelet Shakef et celle des affaires sociales, Gila Gamliel.

Hamodia s’était limité à publier la liste des ministres en omettant les noms des femmes membres du cabinet et ne se référant à elles que par la dénomination de leur portefeuille. Dans le même cas, d’autres publications haredies israéliennes connues comme Behadrei Haredimm – dont la rédaction se trouve à Bnei Brak, une des villes israéliennes peuplées en majorité d’ultra-orthodoxes – avaient préféré se servir de Photoshop pour effacer les visages des femmes ministres. « Nous ne montrons pas des photos de femmes par respect pour nos lecteurs et pour la tradition. Peu importe qui elles sont. Même si Mme Clinton est élue président, sa photo n’apparaîtra jamais dans notre magazine, » assure Meni Schwartz, rédacteur en chef de Behadrei Haredim.

Une pratique également habituelle chez Ha Meyaser, la troisième des principales publications ultra-orthodoxes du pays et qui a été fondée par un député de la Knesset – le parlement d’Israël – membre du parti religieux Union de la Torah. Ha Meyaser s’était fait connaître internationalement parce qu’en janvier 2015, dans la photo de la marche solidaire qui avait vu nombre de dirigeants politiques mondiaux défiler dans les rues de Paris pour protester contre les attentats contre l’hebdomadaire français Charlie-Hebdo, la rédaction avait carrément refabriqué une photo pour ses lecteurs en éliminant de la photo originale toutes les femmes qui y étaient présentes. Parmi elles, la chancelière allemande Angela Merkel et la maire de Paris Anne Hidalgo.

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Anne Hidalgo,à l’extrême gauche de la photo, Angela Merkel et Federica Mogherini (chef de la diplomatie de l’UE) entre Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie ont été effacées de la photo publiée dans le journal ultra-orthodoxe

Il existe des publications ultra-orthodoxes comme Kikar Hashabbat qu mettent des photos de femmes sous réserve qu’elles respectent certaines normes de pudeur au niveau de l’habillement. Mais ce sont des exceptions et elles sont moins populaires chez les ultra-orthodoxes que Hamodia, Behadrei Haredim ou Ha Meyaser. « Je ne pense pas que le fait que Hillary Clinton soit élue à la présidence des Etats Unis y change quoi que ce soit. »

« Ils ont empêché pendant des années les femmes de faire partie de leurs listes de candidats à la Knesset. Dans certains domaines, nous pouvons changer les choses mais pas dans celui des moyens de communication, » reconnaît le rabbin Uri Regev qui dirige l’organisation Hiddush de promotion du pluralisme religieux.

Le régime sioniste et l’indépendance de la Catalogne

23 octobre 2016

Je vous propose un long article du journal espagnol en ligne El Confidencial qui est un organe de presse politiquement situé au centre droit.

Cet article où on sent bien l’attachement à l’unité de l’Espagne mise à mal par divers séparatismes dont le plus puissant s’exprime en Catalogne, nous parle de l’importance particulière qu’accordent certains secteurs indépendantistes catalans à la relation avec l’entité sioniste.

Cette dernière serait en effet appelée, dans l’éventualité d’une accession de la Catalogne à l’indépendance complète, à participer au financement de l’économie du nouvel Etat dans la phase délicate qui suivra la coupure du lien avec Madrid.

Cette attente à l’égard de l’entité sioniste se fonde évidemment sur un raisonnement digne de l’antisémitisme de base qui associe Juifs, ici l’Etat juif et argent.  Et qui tient pour un fait la grande influence de cet Etat juif auprès de Washington par l’intermédiaire du fameux lobby dont personne nulle part, antisémite ou pas, ne nie réellement l’existence, la classe politique française faisant exception.

Il est touchant de voir le gouvernement espagnol, dont le soutien à l’entité sioniste s’est rarement démenti en particulier quand la droite est aux affaires, manœuvrer de manière pitoyable pour essayer de contrer le rapprochement Tel Aviv – Barcelone au lieu de taper du poing sur la table comme il devrait le faire devant un processus qui contribue à saper son autorité et renforce le séparatisme.

Mais rien ne saurait surprendre de la part de ceux que le régime sioniste et ses lobbies ont acheté et qui ont eux-mêmes introduit le ver dans le fruit qu’ils prétendent défendre en appelant paradoxalement à l’aide celui qui précisément participe quand il n’est pas à l’origine de la destruction du fruit. Ce fait évident en Espagne l’est aussi en France avec ces polticards qui font appel à des soi-disant experts de la sécurité basés à Tel Aviv qui se retrouvent aux premières loges pour mener tranquillement leurs agissements terroristes.

On remarquera toutefois que la volonté de rapprochement avec l’entité sioniste caractérise surtout la droite nationaliste tandis que d’autres tendances la considèrent d’un oeil défavorable voire même franchement hostile.

Carles Puigdemont mise sur Israël et Margallo bloque la nomination du consul honoraire en Catalogne

Puigdemont a invité secrètement à dîner l’ambassadeur d’Israël et un secteur dynamique de la communauté juive de Barcelone se mobilise en faveur de l’indépendance.

Par Ignacio Cembrero, El Confidencial (Espagne) 10 octobre 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

José Antonio Sanchez Molina, un avocat barcelonais, éloigné du nationalisme catalan, et connu pour ses liens avec le judaïsme a été désigné au début de cette année consul honoraire à Barcelone par l’ambassade d’Israël en Espagne. Neuf mois après cette désignation, il attend toujours l’approbation du ministre des affaires étrangères, José Manuel Garcia-Margallo pour ouvrir le consulat et accomplir sa nouvelle mission.

Un porte-parole de l’ambassade d’Israël a confirmé la « demande d’ouverture d’un consulat honoraire » avec Sanchez Molina à sa tête et le ministère des affaires étrangères a assuré que, malgré le retard pour l’accréditation, « il n’y avait aucun problème. » Le résultat favorable « est sur le point d’être communiqué » à Israël, ont affirmé des sources autorisées au ministère des affaires étrangères.

L’Eta hébreu disposait déjà d’un consulat honoraire à Barcelone, approuvé par un ordre signé par le roi Juan Carlos le 8 juin 1994 et inauguré en grande pompe par Jordi Pujol, alors président de la Généralité. Il avait été dirigé par le Juif de Mellila David Melul Benarroch jusqu’à sa démission en 1997 pour raisons personnelles. A l’époque, Israël n’avait eu à attendre que quelques semaines pour son ouverture. A ce jour, il dispose de deux consulats honoraires en Andalousie et en Estrémadure.

« L’épisode consulaire n’est qu’un point de friction de plus entre une Généralité aux mains des nationalistes qui aspirent à se concilier des sympathies et plus tard la reconnaissance d’une hypothétique république catalane, et les affaires étrangères qui tentent, avec un certain succès, de neutraliser les initiatives des indépendantistes, » observent des sources diplomatiques espagnoles.

Les nationalistes espèrent que l’Etat d’Israël leur accordera des crédits quand ils auront perdu le soutien de la Banque Centrale Européenne.

De tous les scénarios dans lesquels se déroule ce bras de fer, le plus houleux est peut-être la relation israélo-catalane. A en croire les déclarations de l’ancien parti Convergence Démocratique de Catalogne (CDC), rebaptisé depuis juillet dernier Parti Démocrate Catalan (PDC), Israël est la principale puissance de laquelle est attendu qu’elle donne un coup de main si arrive la période incertaine de transition vers l’indépendance. Ils espèrent que d’autres pays, comme les républiques baltes, les traitent avec bienveillance mais elles n’ont pas le même poids.

Said Alami, journaliste palestinien qui réside à Madrid, se souvient que lors d’un point de presse à la veille des Jeux Olympiques de 1992, Jordi Pujol avait déclaré se sentir « sioniste ». Près d’un quart de siècle plus tard, en mai de cette année, Artur Mas, son successeur à la tête de Convergence, affirmait la même position. « Comme en Israël, il y a aussi en Catalogne un peuple déterminé à être libre, » a-t-il dit lors de sa réception du prix de l’Association Catalane des Amis d’Israël (ACAI) et de la Communauté Israélite de Barcelone à l’occasion de Yom Ha’atzmaut (fête de l’indépendance d’Israël).

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Artur Mas à Yad Vashem

Trois amis du nationalisme

Le 23 septembre, à l’université de Barcelone, Mas fit l’ouverture de la conférence de Victor Terradellas, président de la fondation CATMon qui a pour objet de promouvoir la reconnaissance internationale de la Catalogne. Terradellas donna une conférence sur les « alliés naturels » de la Catalogne nationaliste. Il cita en premier lieu Israël, en second lieu les Etats Unis où cinq membres du Congrès de droite se sont prononcés pour l’indépendance de la Catalogne, et enfin l’Allemagne.

Les municipalités indépendantistes catalanes ne participent plus à la Red de Juderias [une association qui s’intéresse à la préservation et à la valorisation du patrimoine séfarade dans les villes et les villages où exista une communauté juive avant l’expulsion des Juifs] mais pas Barcelone.

« On espère séduire les Etats Unis avec l’aide d’Israël et de son ‘lobby’ juif », explique un ancien collaborateur de CATMon qui demande à rester anonyme. « Quant à l’Allemagne, les gens de Convergence ont à l’esprit l’idée de la répétition du rôle qu’avait joué le Chancelier Helmut Kohl, » ajoute-t-il. En décembre 1991, le Démocrate-Chrétien Helmut Kohl avait poussé l’Union Européenne à reconnaître l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, début du démembrement de la Yougoslavie et de la guerre dans les Balkans.

L’Etat hébreu figure en bonne place dans bon nombre de documents élaborés par les nationalistes pour préparer la transition [vers l’indépendance]. Entrer en relation avec les services de renseignements d’Israël pour connaître leur organisation et leurs services de sécurité » est un des objectifs des futurs services secrets de Catalogne, l’Agence Nationale de Sécurité, comme l’a révélé El Confidencial et comme l’a dénoncé le mouvement Ciudadanos au Parlement.

Le ministre des affaires étrangères a bloqué l’ouverture d’un consulat honoraire à Barcelone. Margallo a demandé à l’ambassadeur [de l’entité sioniste, NdT] de ne pas cligner de l’œil en direction des nationalistes catalans.

Dans une autre information, révélée par El Confidencial en 2015, on signale que les membres de la future force aérienne catalane devraient se former en Israël qui est le pays « qui assure la meilleure formation possible. » La Généralité a signé il y a longtemps un accord de coopération scientifique avec l’Agence Industrielle Israélienne pour la Recherche et le Développement (Matimop).

Israël remplacerait la BCE?

Les nationalistes espèrent aussi obtenir une aide d’Israël pour qu’une Catalogne nouvellement indépendante ne soit pas asphyxiée. Le juge Santiago Vida, sanctionné par le Consejo General del Poder Judicial [équivalent du conseil supérieur de la magistrature] pour avoir collaboré à la rédaction d’une constitution catalane a reconnu par exemple dans un entretien accordé au « Periodic Delta »: Nous ne pourrons pas aller vers la Banque Centrale Européenne pour financer la dette parce que nous ne serons pas encore membres de l’Union Européenne. » La solution « est qu’un autre Etat solvable, et nous parlons d’Israël et de l’Allemagne, nous fournissent des financements pendant un certain temps, » ajoutait-il. Dans les cercles nationalistes on spécule, sans véritable fondement, sur un crédit-relais israélien d’environ vingt milliards d’euros.

Israël n’est pas resté tout à fait insensible, du moins dans un premier temps, au champ de sirènes qui émanait du palais de la Généralité et de Convergencia. Une hypothétique république catalane serait un de ses plus fidèles alliés en Europe. Mas l’a prouvé pendant le voyage qui l’amena en Israël en novembre 2013 quand il était encore ‘président.’ Il visita Jérusalem Est une ville occupée aux yeux de la communauté internationale, où les dirigeants étrangers ont pour règle de ne pas aller. En outre, il n’avait entretenu aucun contact avec des représentants palestiniens.

« De façon consciente ou inconsciente, Mas a contribué à légitimer l’occupation, » avait alors déploré Xavier Abu Eid, porte-parole de l’Autorité Palestinienne. Huit mois après cette visite, Convergencia obtint, avec le soutien du Parti Populaire, que le Parlement repousse une motion qui appelait à la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. « J’aimerais bien que les Palestiniens jouissent des mêmes droits que les Espagnols qui vivent en catalogne ou au Pays basque, » avait alors déclaré à ce journaliste [l’auteur de l’article, NdT] Musa Amer Odeh, ambassadeur de Palestine à Madrid.

Un ambassadeur au Parlement

Alon Bar, qui était alors ambassadeur d’Israël en Espagne, proclama sa neutralité dans le conflit entre gouvernement et nationalistes catalans, ce qui déplut au ministère des affaires étrangères. « Je préfère ne pas m’exprimer sur le débat sur l’indépendance, » avait-il déclaré avec prudence en 2013 à une chaîne de journaux. « Je sais qu’il y a beaucoup de Catalans qui pensent qu’Israël est un modèle, » avait-il ajouté. L’ambassadeur avait accepté de comparaître en deux occasions, en mai 2012 et en juin 2013, devant la commission de l’Action Extérieure du Parlement de Catalogne comme s’il s’agissait du parlement d’un Etat [indépendant].

Une frange dynamique de la communauté juive de Catalogne a joué un rôle important dans ce rapprochement du nationalisme avec Israël. Dans l’Assemblée Nationale Catalane, une organisation civile qui promeut l’indépendance, il y a une section juive mais pas de section musulmane alors que le poids démographique de cette communauté en Catalogne représente 50 fois celui de la communauté juive. L’Association Catalane des Amis d’Israël participe aussi aux manifestations nationalistes, à commencer par la Diada [fête nationale catalane]. Son président, Toni Florido, répète fréquemment : « Je sais qu’Israël ne sera pas hostile à ce que décidera le peuple de Catalogne. »

Cette visite en Israël sonna comme un premier avertissement pour le gouvernement espagnol sur les intentions de Convergence. Il se mobilisa donc pour en limiter la portée : pour empêcher que le premier ministre Benjamin Netanyahou reçoive Mas, Garcia-Margallo appela Alon Bar [l’ambassadeur sioniste à Madrid], l’ex-président [chef du gouvernement] José maria Aznar contacta personnellement Netanyahou – avec qui il entretient des liens étroits – et il y eut même à l’époque une intervention du directeur des services de renseignements, le Général Félix Sanz Roldan; auprès de son homologue du Mossad (services secrets israéliens), selon certaines sources diplomatiques et proches de l’ancien chef du gouvernement espagnol. On fit même appel au magnat juif américain Sheldon Adelson, qui alors projetait la création d’un Eurovegas à Madrid, pour qu’il intercède auprès de Netanyahou avec qui il est lié par une grande amitié.

Netanyahou avait accepté au dernier moment, mais pas le Président de l’époque, Shimon Peres, qui était resté sur ses positions. Devant ses interlocuteurs espagnols, il expliqua qu’il avait reçu d’autres présidents de régions autonomes et qu’il n’y avait aucune raison de fermer la porte à Mas. Il évita par contre la présence d’emblèmes officiels dans le lieu où il fut photographié avec son hôte. « Israël est clairement un compagnon de voyage choisi par la Catalogne, » avait dit Mas à Peres, un chef d’Etat doté de peu de pouvoirs.

Daniel Kutner, né à Buenos Aires en 1955, a succédé à Alon Bar en qualité d’ambassadeur israélien en Espagne en août 2015. Avant de présenter ses lettres de créances au Roi, il avait été reçu au début de l’automne par Garcia-Margallo. La Catalogne avait monopolisé leur conversation. Le ministre avait souligné la « déloyauté » à l’Etat des nationalistes et il lui avait demandé de ne pas faire comme son prédécesseur qui avait donné des signaux d’encouragement [aux nationalistes] .

Au cas où les choses n’auraient pas été claires, Kutner reçut plusieurs appels téléphoniques quand, à la veille de la campagne électorale de décembre 2015, il avait effectué son premier déplacement à Barcelone. Les membres du gouvernement espagnol lui avaient fait part de leur préoccupation. Ils craignaient que les dirigeants nationalistes avec lesquels l’ambassadeur avait prévu de s’entretenir puissent profiter de sa présence pour essayer de démontrer, juste avant les élections, la sympathie d’Israël pour leur cause. En fin de compte, Kutner annula tous ses rendez-vous avec les responsables politiques catalans, y compris avec les non nationalistes, et il ne rencontra que la déléguée du gouvernement, maria de Llanos de Luna Tobarra. Il avait alors également écarté l’idée de proposer une quelconque personnalité au profil nationaliste à la fonction de consul honoraire – les noms de Lluis Bassat, Carlos Villarrubi ou David Madi furent évoqués – et il opta pour l’avocat Sanchez Molina.

Dîner secret avec Puigdemont

Pendant les 14 mois que dura sa mission en Espagne, Kutner ne commit qu’une ‘infidélité’ à l’égard de Garcia-Margallo. Il accepta, à la mi-avril dernière, l’invitation du ‘président’ Carles Puigdemont pour un dîner secret – « en privé », selon des sources à la Généralité – en son siège sur la place Sant Jaume. En raison de son caractère privé, les sources officielles de la Généralité ont refusé de s’exprimer sur ce qui a été abordé pendant ce ‘souper.’

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Palais de la Généralité à Barcelone

Ce dîner discret – la venue de Kutner ne figurait pas dans l’agenda des visiteurs du Palais de la Généralité – est révélateur des dissensions que suscitent dans le nationalisme les efforts pour resserrer les liens avec Israël. L’ambassadeur israélien était venu en compagnie de son adjoint, le conseiller Yinan Cohen, mais ce n’était pas Raul Romeva, le ‘conseiller’ pour les affaires extérieures qui était assis à côté de Puigdemont. La place était occupée par son numéro deux, Aleix Villaforo i Oliver, de Esquerra Republicana de Catalunya, secrétaire général du département qui chapeaute Romeva.

Romeva a refusé d’expliquer à notre journal les raisons de son absence, mais un de ses anciens collaborateurs nous a expliqué que l’ex-eurodéputé de Iniciativa per Catalunya, qui s’était montré très critique au Parlement Européen contre l’occupation israélienne de la Cisjordanie et le blocus de gaza, avait refusé de s’asseoir en face d’un représentant d’Israël. Trois mois plus tôt, son amie, la religieuse et militante nationaliste Teresa Forcades avait été expulsée d’Israël juste après avoir atterri à l’aéroport de Tel Aviv. Un porte-parole de Romeva a cependant souligné à notre journal que la relation entre la Généralité et l’Etat hébreu est « très cordiale. »

Les autorités israéliennes sont préoccupées par l’animosité de la gauche catalane, qu’elle soit ou pas nationaliste. Le quotidien ‘Maariv’ de Tel Aviv a publié en février dernier des câbles envoyés par les ambassades israéliennes sur le mouvement citoyen Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui veut qu’Israël soit sanctionné pour l’occupation. « Le phénomène (…) en Espagne est gênant et inquiétant, mais pour le moment il reste circonscrit à de petites villes, » dont beaucoup sont catalanes, signalait un câble diplomatique. « Quand il atteindra Barcelone et qu’il diffusera parmi les élus, l’affaire atteindra un niveau très différent, » avertissait-il.

Kutner a mis entre parenthèses le rapprochement entre Israël et le nationalisme catalan mais ce dernier continue sa déconnexion d’avec le reste de l’Espagne, également dans le domaine du tourisme culturel. Quatre municipalités catalanes à majorité indépendantiste, Gérone, Tortosa, Besalu et Castello d’Empuries ont annoncé en juillet dernier leur sortie de la Red de Juderias (réseau des quartiers juifs) de España, dont le siège se trouvait dans la capitale de la province de Gérone. Elles ont essayé d’entraîner Barcelone, la seule municipalité catalane qui reste membre de cette association mais la mairesse Ada Colau a refusé.

Une délégation saoudienne en visite à Jérusalem

22 juillet 2016

Ceux qui observent les événements en Syrie constatent généralement le soutien apporté par l’Occident aux forces qu’on appelle communément « djihadistes », c’est-à-dire l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) et al Qaïda.

Ce soutien habituellement éludé par la grande presse, à quelques exceptions près, n’a cependant pas manqué d’être relevé suite à l’assassinat par décapitation en Syrie d’un enfant (présenté comme un soi-disant enfant soldat d’une milice palestinienne pro-gouvernementale) par des combattants appartenant à une organisation soutenue par les Etats Unis ainsi que l’a reconnu le Pentagone.

On évoque par contre moins souvent le soutien apporté aux « djihadistes » par le régime sioniste, un soutien qui est particulièrement apparent dans la région du Golan et qui ne se borne pas comme certains le croient à une aide médicale.

Ce soutien de l’entité sioniste aux « djihadistes » en Syrie est bien entendu cohérent avec celui qu’apportent les pays occidentaux mais il l’est aussi avec la politique de la monarchie saoudienne qui est leur principal parrain dans la région.

Et en effet, le régime sioniste comme l’Arabie Saoudite ont un intérêt commun à affaiblir l’axe qui réunit le Hezbollah, la Syrie et l’Iran et à essayer d’éliminer le dernier régime qui se réclame du nationalisme arabe

Cette communauté d’intérêt s’est traduite par un certain nombre de signaux adressés au régime sioniste par le biais de la presse saoudienne, puis de rencontres discrètes et lus tard ouvertes sur des thématiques non directement politiques et dans des pays tiers.

 Nous sommes aujourd’hui arrivés à un stade avancé du rapprochement entre la monarchie saoudienne et le régime sioniste puisqu’une délégation saoudienne dirigée par un ancien officier supérieur de l’armée et ancien diplomate vient de séjourner dans l’entité sioniste où elle a pu rencontrer un carde du ministère des affaires étrangères et quelques députés d’opposition.

Le but de la visite était, selon ce qu’en ont dit certains députés de l’entité sioniste, d’encourager un dialogue chez les parlementaires autour de l’initiative arabe de paix.

Un prétexte qui laisse perplexe. En effet, si c’était là le véritable objectif de la visite, il aurait fallu que les rencontres ne se limitent pas à quelques députés d’une opposition marginale.

Par ailleurs, le simple fait que cette visite ait eu lieu adresse au régime sioniste le signal que le rapprochement se fera de toute façon puisqu’elle n’a pas été assortie de contreparties. En tout cas pas des contreparties en relation avec les droits du peuple palestinien.

 

Un ancien Général saoudien séjourne en Israël et rencontre le Directeur Général pour le Moyen-Orient du ministère des affaires étrangères

Pendant ce voyage des plus inhabituels, le Général en retraite Anwar Eshki a également rencontré un groupe de membres de la Knesset pour encourager le dialogue en Israël sur l’initiative arabe de paix.

Par Barak Ravid, Haaretz (Sionistan)  22 juillet 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le Général en retraite saoudien a visité Israël cette semaine et a rencontré le Directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires, le Général-Major. Yoav Mordechai.

Eshki, qui conduisait une délégation d’universitaires et d’hommes d’affaires saoudiens a aussi rencontré un groupe de membres de la Knesset pour encourager le dialogue en Israël sur l’initiative arabe de paix.

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L’ex général saoudien Anwar Eshki à la rencontre de députés sionistes

Eshki a occupé des fonctions importantes dans l’armée saoudienne et au ministère des affaires étrangères et il dirige actuellement un institut de recherche. On ignore son degré de proximité avec les responsables du gouvernement de Ryad et du palais royal. Même si ce n’était pas une visite officielle, elle était des plus inhabituelles car Eshki ne pouvait pas s’être rendu en Israël dans l’approbation du gouvernement saoudien.

Eski et Gold avaient participé à une manifestation conjointe médiatisée dans un institut de recherche à Washington en juin 2015 après plusieurs rencontres en privé dans des contextes universitaires l’année qui avait précédé. Gold avait assisté à cette manifestation quelques jours avant d’assumer le rôle de Directeur-général au ministère des affaires étrangères.

Eshki et sa délégation sont arrivées en Israël en début de semaine. Ils ont aussi rencontré le Président palestinien Mahmoud Abbas et d’autres hauts responsables du gouvernement de Ramallah.

Leurs rencontres avec les deux officiels israéliens – Gold et Mordechai – n’ont pas eu lieu dans un bureau du gouvernement mais à l’hôtel King David à Jérusalem.

L’ancien Général et les délégués ont rencontré vendredi des députés d’opposition. La rencontre a été organisée par le député du Meretz Esawi Freige et elle a vu la participation des députés Michael Rozin, du même parti, de Ksenia Svetlova et Omer Bar-Lev de l’Union Sioniste. Freige a déclaré à Haaretz que les délégués avaient aussi rencontré mardi le président de Yash Atid, Yair Lapid. Il a dit que Lapid voulait que deux membres de son parti, les députés Jacob Perry et Ofer Shelah assistent à la réunion de vendredi mais que àa n’a pas marché à cause de problèmes d’agendas.

Freige, Svetlova et Rozin ont déclaré lors de conversations avec Haaretz que Eshki et les délégués avaient voulu rencontrer des parlementaires israéliens afin d’encourager le dialogue en Israêl sur l’initiative arabe de paix. Ils ont ajouté que pendant la réunion de vendredi, les membres de la Knesset avaient proposé qu’Eshki invite les députés israéliens qui soutiennent l’initiative à une réunion en Arabie Saoudite. « Les Saoudiens veulent s’ouvrir à Israël, » a déclaré Freige. « C’est une étape stratégique pour eux. Ils disent qu’ils veulent poursuivre de que l’ancien président égyptien Anouar Sadate avait commencé. Ils veulent se rapprocher d’Israël. C’est tout à fait évident. »

Pendant la réunion, le général saoudien en retraite a parlé aux députés de sa relation avec Gold, observant que le Directeur-Général du ministère des affaires étrangères avait écrit un livre anti-saoudien intitulé « Le royaume de la haine » il y a une dizaine d’années. Eshki a dit aux membres de la  Knesset que, au cours d’une de leurs rencontres, Gold avait présenté des excuses pour ses accusations contre l’Arabie Saoudite et avait dit qu’une partie de ce qu’il avait écrit était faux et il avait souligné qu’il souhaitait renforcer les relations entre les deux pays.

Boycotter l’entité sioniste, c’est être du bon côté de l’histoire!

26 juin 2016

Le Washington Post publie une tribune d’une militante du BDS, le mouvement qui appelle au boycott, au désinvestissement et à des sanctions contre l’Etat sioniste tant qu’il ne respecte pas le droit international et continue sa politique de répression et de colonisation de la Palestine.

L’auteure, Rebecca Vilkomerson, attire l’attention sur certains aspects très importants en lien avec la campagne BDS.

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Rebecca Vilkomerson de Jewish Voice for Peace

Elle rappelle d’abord l’efficacité de cette campagne en citant notamment deux exemples de grandes entreprises qui se sont désengagées du marché de l’entité sioniste.

Elle relève ensuite l’évolution de l’opinion publique en Occident, et aux Etats unis singulièrement, qui tend à éprouver de plus en plus de sympathie à l’égard du peuple palestinien.

 Elle observe enfin que, en contradiction avec cette évolution des opinions publiques, une campagne concertée cherche à faire adopter et appliquer des réglementations qui prétendent interdire les appels au boycott au motif de leur caractère antisémite.

Ce dernier point est d’une importance particulière puisque, ainsi qu’elle le signale, et comme l’avaient déjà fait Glenn Greenwald et Andrew Fishman,  cette campagne de dénigrement du BDS a pu obtenir d’un gouverneur d’Etat, celui de New York, qu’il arrête des mesures répressives à l’encontre du BDS, passant par-dessus la tête de l’assemblée de l’Etat qui avait renoncé à voter une loi en ce sens.

On observe la même chose en France où une circulaire signée par Mme Michelle Alliot-Marie en 2010 appelle les juges à se saisir des appels au boycott de l’entité sioniste qui seraient des appels à la discrimination! Michelle Alliot-Marie était ministre d’un gouvernement de droite. L’arrivée des socialistes n’a pas entraîné l’abrogation de cette circulaire. L’actuel Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas qui, en son temps, avait manifesté son opposition à cette circulaire n’en a pas reparlé depuis…

Comme le notaient Glenn Greenwald et Andrew Fishman, certains politiciens sont ouverts, voire même enthousiastes, à l’idée de sanctionner leurs propres concitoyens quand ils appellent à œuvrer pacifiquement pour contribuer à mettre un terme à une politique d’oppression et de déni du droit !

En se comportant ainsi, ces politiciens nous disent clairement qu’ils ne sont pas là pour servir leurs électeurs de compatriotes mais plutôt pour servir les intérêts d’une puissance étrangère qui méprise le droit international depuis des dizaines d’années.

Je suis juive et je veux que les gens boycottent Israël

Ce pays doit être tenu responsable de ses violations des droits de l’homme

par Rebecca Vilkomerson, The Washington Post (USA) 24 juin 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Rebecca Vilkomerson est directrice exécutive de Jewish Voice for Peace.

En 2009, j’habitais à Tel Aviv ai moment de l’opération Plomb Durci. Pendant cette offensive, Israël a tué environ 1 400 Palestiniens à Gaza. Les quelques uns d’entre nous qui étaient descendus dans la rue pour protester contre la guerre étaient souvent bombardés d’œufs ou agressés par les passants. Quand je déposai mes enfants à l’école maternelle, les parents discutaient comme si rien d’inhabituel ne se passait. Quand ils me demandaient ce qui n’allait pas, je leur disais que j’étais très préoccupée par ce qui se passait à seulement une cinquantaine de kilomètres d’ici. Leur réponse : un silence gêné ou une défense rageuse des actions d’Israël.

Je voulais agir concrètement pour la liberté et les droits des palestiniens. Alors j’ai adhéré au mouvement Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS). Cette action non violente qui a été lancée en 2005 par une large coalition d’organisations de la société civile palestinienne est un appel à la solidarité de la communauté internationale jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international et cesse de violer les droits des Palestiniens. C’est une démarche qui a du mal à frayer son chemin – le gouverneur de mon propre Etat, New York, a récemment condamné le BDS en adoptant unilatéralement un arrêté exécutoire.

Sept ans après, il y a eu deux autres agressions horribles contre Gaza. Près de 500 enfants palestiniens ont été tués en 2014. Même quand il n’y a pas de campagnes de bombardements intenses, les Palestiniens vivent en état de siège à Gaza. Les habitants de la Cisjordanie vivent sous le contrôle extrêmement contraignant de l’appareil sécuritaire israélien, avec ses checkpoints, la détention administrative et les démolitions de maisons. En Israël, les Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne vivent dans un système d’inégalité des droits. Hors d’Israël, les réfugiés ne peuvent pas rentrer chez eux.

Bien sûr, pendant ce temps, il y a eu aussi des attaques contre des civils israéliens. Elles sont un horrible symptôme de l’occupation et de la répression comme l’a observé Ron Huldai, le maire de Tel Aviv, suite à l’attentat qui a récemment tué quatre Juifs israéliens.

Je suis convaincue qu’Israël ne changera pas de politique tant qu’il pourra ignorer les pressions venues de l’extérieur. Le BDS est un moyen puissant d’encourager l’Etat à agir. Et pendant les années que j’ai passées dans le mouvement, nous avons connu un succès grandissant. Les grandes églises [protestantes] ont retiré leurs investissements des entreprises qui profitent de l’occupation. Des dizaines de campus américains ont voté des résolutions pour le désinvestissement. Plus d’une centaine d’artistes refusent de se produire en Israël, et des sociétés multinationales comme G4S et Véolia se sont retirées du marché israélien.

Pendant ce temps, il y a aussi eu une évolution dans l’opinion publique. Un sondage effectué en 2015 par le Brookings Institute a montré que 49 % des Démocrates soutiennent l’imposition de sanctions économiques contre Israël et ses constructionsd e colonies. Un sondage effectué par Pew le mois dernier a montré que pour la première fois, les Démocrates libéraux éprouvaient plus de sympathie pour les Palestiniens que pour les Israéliens. En mai, l’institut d’étude de l’opinion Opsos a constaté que le tiers des Américains soutenaient le boycott, le désinvestissement et els sanctions contre Israël tant qu’il ne respecterait pas les droits des Palestiniens.

Mais nos efforts ont été menacés ici aux Etats Unis par une stratégie coordonnée à l’échelle nationale et financée par le gouvernement israélien et des organisations qui le soutiennent. L’an dernier, 22 Etats ont introduit ou adopté des législations anti-BDS. Beaucoup de ces mesures rendent illégales pour ces Etats toute relation contractuelle avec des entreprises qui soutiennent le BDS. Le gouverneur de New York, le Démocrate Andrew Cuomo, a franchi un palier dans cette stratégie avec un arrêté exécutoire draconien qui créée une liste noire des entreprises et des organisations qui soutiennent le BDS. L’arrêté exécutoire pris par Cuomo contourne l’assemblée législative de l’Etat où l’opposition des partisans des droits des palestiniens et de la liberté d’expression, dont de nombreux membres de Jewish Voice for Peace, avaient réussi à faire bloquer la législation anti-BDS en commission des lois.

C’est une erreur. Ce n’est pas faire de la discrimination que de tenir un Etat pour responsable de ses infractions au droit international et de ses violations des droits de l’homme. Etat d’Israël et peuple juif, ce n’est pas la même chose.

Mes filles, que je déposais à l’école maternelle à tel Aviv en 2009 sont maintenant au collège à Brooklyn. Si en tant que citoyennes israéliennes, elles choisissent un jour de vivre en Israël/Palestine, j’espère que ce sera une terre où tous, Juifs et Palestiniens, peuvent vivre libres et égaux. Je crois que le BDS est le meilleur outil à notre disposition pour faire de cette vision une réalité. Nous regarderons plus tard ces tentatives pour légiférer contre le BDS comme ayant été les dernières tentatives désespérées pour protéger Israël des pressions qui s’imposent pour qu’il change de politique. Cuomo se range du mauvais côté de l’histoire.

Le Juif éternel selon… selon qui au juste?

5 juin 2016

L’utilisation de l’imagerie antisémite n’est en rien une nouveauté, ni un fait exceptionnel chez les sionistes. Pour ces derniers, la caricature classique du Juif, avec le nez crochu en particulier, renvoie au Juif éternel, celui qui vit et travaille avec les Gentils ,ou à leurs dépens, et est nécessairement confronté à leur mépris et à leur hostilité. Bref, c’est le Juif anormal du peuple sans patrie avant que la création de l’Etat juif vienne rectifier cette situation. Selon la doctrine sioniste classique, l’antisémitisme des Gentils à l’égard de ce Juif de la diaspora est quelque chose de normal et d’inévitable.

Une collectivité locale israélienne reprend le financement de l’organisation de colons qui avait diffusé une vidéo antisémite

Le Conseil Régional de Shomron va transférer 195 000 dollars à l’organisation de colons qui a diffusé une vidéo représentant les Européens comme des Nazis et les gauchises comme des Juifs aux nez crochus qui collaborent avec eux.

Par Chaim Levinson, Haaretz (Sionistan) 25 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

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Le Juif  éternel  dans l’imagerie véhiculée par un clip produit par des colons juifs de Cisjordanie

Le Conseil Régional de Shomron a récemment décidé de renouveler son soutien au Conseil des Résidents de Samarie, une association de colons, et leur allouera 750 000 shekels (195 000 dollars). Cette décision intervient juste un an après le tollé provoqué par la vidéo antisémite diffusée par l’association, qui comparait les Européens à des Nazis et les organisations de gauche à des « Juifs lâches qui collaborent avec eux pour de l’argent. »

Le Conseil des Résidents de Samarie a été fondé il y a huit ans par des militants de la région, sous la direction de l’actuel président du conseil, Yossi Dagan, pour animer des campagnes politiques au nom des colons de Cisjordanie. L’an dernier, l’organisation s’est retrouvée au centre de ceux scandales publics: le premier avait été sa campagne pour séparer Juifs et Palestiniens dans les bus en Cisjordanie et d’interdire aux Palestiniens les bus utilisés par les colons; le second avait été une vidéo qui avait été considérée comme antisémite à cause de la manière dont elle recourait à des caricatures nazies bien connues pour représenter  les organisations de la gauche israélienne. La vidéo avait provoqué une tempête de réactions aussi bien à droite qu’à gauche et le Conseil Régional de Shomrom avait par la suite décidé de suspendre ses subventions à cette organisation. C’est pour cette raison que l’ancien président du Conseil des Résidents Benny Katzover avait décidé de démissionner.

La semaine dernière, le Conseil Régional de Shomrom a décidé de reprendre son soutien financier au Conseil des Résidents de Samarie. Selon les minutes de sa réunion, l’autorité locale a conclu que le Conseil des Résidents était éligible à recevoir des subventions pour la colonisation en Samarie et a décidé de lui allouer 750 000 shekels.En même temps, le Conseil Régional de Shomrom avait besoin de financements étatiques pour équilibrer son budget. La somme que va allouer l’autorité locale représente près de la moitié du budget de l’association qui se finance aussi par des dons et d’autres sources de revenus.

Jaffa, architecture, histoire: la destruction et l’effacement d’une métropole palestinienne

16 mai 2016

Le titre de l’article en anglais est « From Bauhaus to doghouse » et je ne suis pas du tout sûr de l’avoir traduit correctement. Mais bon, ce n’est pas vraiment grave puisque j’ai réussi à me dépatouiller avec le reste de l’article.

Nous sommes ici devant un compte rendu de lecture d’un livre écrit par Sharon Rotbard,  un architecte qui s’est intéressé aux mythes qui entourent le développement de la ville e Tel Aviv.

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Sharon Rotbard

Ce compte rendu donnent une idée explicite d’un processus qui a abouti à l’anéantissement de la ville de Jaffa, aujourd’hui banlieue de Tel Aviv mais jusqu’en 1948 métropole économique et culturelle de la Palestine.

Au passage, l’auteur écorne l’idée reçue selon laquelle la grande ville sioniste serait représentative de l’école du Bauhaus

Du Bauhaus au secret honteux

Un livre israélien déconstruit la mythologie qui entoure l’édification de Tel Aviv

The Economist (UK) 7 février 2015 | traduit de l’anglais par Djazaïri

White City, Black City: Architecture and War in Tel Aviv and Jaffa. By Sharon Rotbard. Translated by Orit Gat. Pluto Press; 244 pages; $24.95. [Ville blanche, ville noire: architecture et guerre à Tel Aviv et à Jaffa]

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En 1984, une petite exposition du Musée des arts de Tel Aviv avait voyagé à New York. « White City; International Style Architecture in Israel, A portrait of an Era » dépeignait Tel Aviv comme étant peut-être le meilleur exemple d’une ville style Bauhaus. Aucune exposition ne pouvait mieux résumer l’image d’Israël et de sa métropole moderne comme réalisation sur « une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Une série d’expositions et de livre avaient suivi, dont une intitulée « Maisons tirées du sable » qui reproduisait sur la première de couverture l’image frappante de Juifs européens portant costumes et chapeaux candidats à des parcelles sur des dunes vides. Stimulée par et stimulant la reconnaissance internationale, l’UNESCO proclamait Tel Aviv site du patrimoine mondial en 2004.

Pour Sharon Rotbard, un architecte né dans cette ville, c’est un travestissement. Trois architectes en activité à Tel Aviv dans les années 1930 étaient sortis diplômés du Staatliches Bauhaus en Allemagne, écrit-il dans « White City, Black City ». Les autres avaient étudié dans d’autres pays. Plus important, explique-t-il, le mythe ignore les liens de Tel Aviv avec sa cité mère, Jaffa, un port antique qui à l’époque de la naissance de Tel Aviv était le pôle urbain moderne de la Palestine, avec des cinémas et des imprimeries et dont la densité de l’habitat colorait littéralement la ville en noir sur les photographies aériennes.

Rotbard égratigne la façade de sa ville natale. Il décrit comment Tel Aviv a supplanté les orangeraies propriétés des Arabes et explique comment, pendant la naissance violente d’Israël en 1947-1948; les combattants des organisations paramilitaires juives s’étaient emparées puis avaient en grande partie rasé la ville d’où Tel Aviv avait émergé. Son récit de la croissance de Tel Aviv à partir d’un faubourg de Jaffa fondé en 1909 pour devenir une métropole dont la population s’était multipliée par 20 dans les années 1920 est saisissant.

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Cueillette des oranges près de Jaffa au début du 20ème siècle

Ses habitants, écrit-il, étaient pour la plupart de jeunes hommes juifs qui n’étaient pas moins idéologues que les colons actuels. Même leurs méthodes étaient souvent semblables. Ils fortifiaient des avant-postes pour rompre la continuité de l’espace de peuplement arabe. Leur premier axe de contournement, la rue Allenby, aujourd’hui un des grands axes de la ville, enveloppait le périmètre de Jaffa. Il donnait à Tel Aviv un accès à la mer mais réduisait aussi Jaffa à une enclave qui était effectivement coupée de son arrière-pays palestinien.

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Quai avec chemin de fer, port de  Jaffa à l’époque orttomane

En novembre 1947, l’ONU rendit public un plan pour diviser la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe. Jaffa devenait un isolat palestinien entouré de frontières juives. Dans les combats qui suivirent, les paramilitaires commandés par Menahem Begin, un habitant de Tel Aviv qui deviendra plus tard premier ministre d’Israël, faisaient dévaler dans les ruelles des barils bourrés d’explosifs sur les cafés de Jaffa et tiraient des obus de mortier sur les quartiers résidentiels. Au moment de la déclaration d’indépendance par Israël le 14 mai 1948, qui décida les armées arabes à intervenir, les Juifs avaient chassé de la ville les Arabes de Jaffa, n’y laissant que moins de 20 % de la population. Beaucoup de ces habitants arabes avaient été obligés de fuit par la mer. Pour la première fois depuis 5 000 ans, poursuit M. Rotbard, Jaffa « avait cessé d’exister comme entité urbaine et culturelle. » Une bonne partie de la médina [ville] arabe fut rasée au bulldozer et recouverte de végétation. Quelques monuments, dont certaines mosquées et des constructions datant des Croisés furent préservés, mais si vous vous promenez dans le Jaffa d’aujourd’hui, vous ne pourriez pas savoir que ce fut à une époque le centre économique et culturel de la Palestine arabe.

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Jaffa vers 1920

Les responsables municipaux traitèrent Jaffa comme un réceptacle pour des structures comme le quartier général de la police, des prisons et des déchetteries, ainsi que pour des gens mal vus comme les travailleurs immigrés. Par la suite, des quartiers entiers furent pavés et transformés en parkings. « Des villes comme Dresde, Berlin et Hiroshima ont toutes souffert de destructions exorbitantes pendant la deuxième guerre mondiale, mais toutes se sont relevées des cendres de la guerre pour redevenir des entités urbaines intactes et même dynamiques, » écrit l’auteur, tandis que Jaffa, soutient-il, a été éradiquée comme Troie.

L’armée a gardé quelques vestiges pour elle. D’autres ont été transformés en colonie pour artistes. La jeunesse bohême qui y vivait appelait les ruines de Jaffa « la grande zone » et en avait fait un lieu branché. Au cours d’un processus qui s’est accéléré depuis la première édition du livre de M. Rotbard en hébreu (il vient seulement d’être traduit en anglais), la promotion immobilière a rempli les espaces laissés vacants avec des projets de logements de luxe, repeuplant Jaffa avec une classe moyenne ashkénaze embourgeoisée dans des résidences au nom à consonance hellénique comme le Rocher d’Andromède ou dans des lotissements réservés aux Juifs religieux. « Les architectes, dans leurs actions et leurs œuvres, » conclut M. Rotbard, « sont ceux qui parachèvent l’occupation, la rendant irréversible. »

Pour des lecteurs peu familiers avec le langage acerbe des Israéliens ou avec leur infinie capacité à l’autocritique, c’est un texte passionnant. Les militants antisionistes vont se le procurer.  Tout comme les sympathisants d’une droite religieuse israélienne qui monte, trop contents de pouvoir accuser d’hypocrisie l’élite libérale de Tel Aviv .  Les colonies établies par les Juifs religieux dans les terres palestiniennes occupées après 1967, soutiennent-ils, ont été bien moins brutales que les dévastations subies par Jaffa.

A la fois éditeur et architecte, M. Rotbard pèse ses mots. « Les villes et l’histoire » , écrit-il, « sont construites de la même manière – toujours par le vainqueur, toujours pour le vainqueur et toujours selon la mémoire du vainqueur. » Pour lui, le surnom de « Ville blanche » évoque d’autres cités coloniales comme Alger (dont la Casbah a été laissée intacte – c’est faux, NdT). Mais elle est aussi blanche comme dans « le blanc de l’effaceur, le Tipp-Ex » ou dans les pieux mensonges [white lies en anglais].

Dissolution de l’Etat national: la Turquie après la Syrie et l’Irak?

9 mai 2016

Verda Özer est une spécialiste des relations internationales chercheur à l’Istanbul Policy Center (IPC) et qui collabore avec plusieurs publications dont le journal turc Hürriyet.

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Verda Özer

Son article que je vous propose en traduction veut contredire le vice-président des Etats Unis Joe Biden, et donc la ligne officielle de Washington, selon qui les Etats où son pays intervient pour « maintenir la paix » sont des structures artificielles et qu’il faut se préparer à leur éclatement en entités plus petites mais plus homogènes.

Ce serait par exemple en Syrie, une entité alaouite, une entité kurde et une entité sunnite, ces deux dernières étant réparties sur des portions de territoires de la Syrie et de l’Irak actuels.

Mme Özer a parfaitement compris que cette argumentation s’appliquait aussi à son pays, la Turquie.

C’est pour cette raison qu’elle a souhaité contredire Joe Biden en arguant du fait que nulle part il n’existe de frontières naturelles. Et en effet, contrairement à ce que certains ont pu apprendre à l’école, les Pyrénées ne sont pas une frontière naturelle de la France. Une frontière est uniquement un fait accompli de main d’homme et un fait de droit.

Cette précision de Verda özer peut être assimilée à un coup pour rien mais ce n’est pas le cas. Elle lui permet en réalité de formuler de manière diplomatique deux conseils à un gouvernement qui n’aime pas trop en recevoir.

Le premier est celui de se tenir à l’écart des conflits en cours en Syrie et en Irak, de crainte d’un effet déstabilisateur sur la Turquie elle-même.

Le deuxième est celui de ne pas tracer des frontières (forcément artificielles) à l’intérieur du territoire national. Mme Özer pense évidemment aux Kurdes de Turquie mais pas seulement car il existe en Turquie d’autres minorités qui pourraient trouver un intérêt à la défaisance de l’Etat turc tel qu’il est actuellement établi. Je parle ici de la  minorité syrienne de l’ancien wilayet d’Antioche (Antakya) et des Alévis, une importante minorité confessionnelle.

On verra bien ce que pèsent les avertissements distillés par des spécialistes comme Verda Özer face aux plans des Etats Unis qui consistent à favoriser et accompagner la fragmentation de la région pour peu qu’elle demeure dans un niveau d’instabilité à la fois gérable, non menaçant pour leurs intérêts et favorables à ceux de l’entité sioniste. Une politique étrangement conforme au fameux plan Yinon

Vous avez peut-être tort, M. Biden

Par Verda Özer, Hürriyet (Turquie) 7 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les mots du vice-président des Etats Unis Joe Biden ont fait l’effet d’une bombe cette semaine. « Pensez à tous ces endroits où nous essayons de maintenir la paix. Ce sont des endroits où nous avons tracé des lignes artificielles, créé des Etats artificiels, constitués de groupes culturels, ethniques et religieux distincts et nous avons dit, ‘C’est pour vous ! Vivez ensemble ! », a-t-il dit.

L’endroit auquel il se référait principalement comme « artificiel » était l’Irak, étant donné qu’il a tenu ces propos dans l’ambassade américaine à Bagdad au cours de sa première visite en Irak depuis cinq ans.

Le même jour, le New York Times rapportait que les « officiels des Nations Unies à Bagdad ont discrètement commencé à étudier comment la communauté internationale pourrait gérer un éclatement du pays. »

Le moment de la visite de Biden et ces déclarations sont loin d’être des coïncidences. L’Irak a été littéralement mis en lambeaux. Et en premier lieu, le gouvernement central à Bagdad est complètement dysfonctionnel depuis février dernier. Aucun des ministères n’est en situation de pouvoir travailler.

La principale raison en est que l’opposition au premier ministre chiite Haider al-Abadi et à son gouvernement est devenue hors de contrôle à cause de sa politique sectaire et d’allégations de corruption. C’est pour cette raison que al-Abadi avait promis de formé un nouveau gouvernement constitué uniquement de technocrates le 9 février. Il a cependant été incapable d’y parvenir pour l’instant. Par conséquent, l’équilibre des pouvoirs dans le pays qui est façonné par les tendances sectaires s’est retrouvé complètement sens dessus dessous.

Ce qui indique fortement que le sectarisme va sonner le glas pour [le gouvernement d’] al-Abadi exactement comme ce fut le cas pour le premier ministre chiite Nouri al-Maliki en 2014. En d’autres termes, l’Irak ne va nulle part.

La tension ancienne entre Bagdad et Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, s’étale au grand jour. Les deux parties s’accusent mutuellement de ne pas respecter l’accord qu’elles avaient conclu le 2 décembre 2014 sur le partage des revenus du pétrole.

Ce qui à son tour, s’est transformé généralement en conflit entre Kurdes et Chiites à travers le pays. Il y a eu tout récemment une escalade dans les affrontements, particulièrement du côté de Kirkouk que Bagdad et Erbil se disputent depuis longtemps. En outre, les Turkmènes chiites combattent aussi aux côtés des milices chiites contre les Kurdes dans les zones de conflit. Dit autrement, les conflits ethniques et religieux sont devenus intriqués.

Par ailleurs, le fait que l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, Daesh) soit leur ennemi commun ne change en rien la situation. Au contraire, la lutte contre l’EIIL a changé l’équation sur le terrain en faveur des Kurdes en étendant leur territoire d’environ 40 % depuis 2014, ce qui n’a fait qu’attiser la confrontation.

La tension Chiites – Sunnites, d’autre part, est omniprésente dans le pays depuis des dizaines d’années. Elle s’est pourtant encore aggravée à un tel point récemment que « l’opération de grande ampleur pour reprendre Mossoul » qui doit être lancée en septembre ou en octobre devrait, dit-on, interdire aux milices chiites d’accéder au centre-ville afin d’éviter tout affrontement éventuel avec les Sunnites qui sont majoritaires dans la ville.

Avec tout ça, les Chiites sont aussi divisés entre eux. Le leader religieux chiite Moqtada al-Sadr  a appelé avec de plus en plus de force à la démission d’al-Abadi. La même chose s’observe du côté du parti politique chiite d’al-Maliki, Dawa.

Compte tenu de tous ces éléments, l’Irak sera-t-il capable de combattre d’EIIL dans ces conditions ? En outre, l’EIIL lui-même n’est-il pas issu de la confrontation sectaire ? Il ne semble par conséquent guère possible de sauver à brève échéance l’Irak de Daesh et d’empêcher la dissolution de l’Etat à long terme.

La Syrie est pour sa part dans une situation de morte-vivante depuis un certain temps. La communauté internationale considère même sa dissolution comme plus probable et imminente que celle de l’Irak.

En novembre 2014, j’ai eu la chance d’avoir un tête-à-tête [en français dans le texte] avec Richard Haas, le président du Council on Foreign Relations (CFR), le think tank américain le mieux établi. Haas est un des plus éminents penseurs et concepteurs de politiques aux Etats Unis, ayant coordonné les politiques de Washington en Irak et en Afghanistan en des moments critiques.

Haas m’avait que « pour le moment, les Etats Unis préfèrent un Irak unifié, avec les Kurdes ayant une autonomie plutôt que l’indépendance. » Il considère cependant que ce n’est pas une perspective réaliste dans le futur parce que nous avons déjà franchi le point de non-retour aussi bien en Irak qu’en Syrie.

« L’avenir de la Syrie ne se situe plus dans le cadre de paramètres nationaux. Le pays est déjà partitionné. Al-Assad, ou quelqu’un comme lui, gouvernera la région alaouite, pas l’ensemble du pays. Les Kurdes auront une autonomie significative. El les Sunnites se débattront entre l’EIIL et différentes tribus, » avait-il expliqué.

Dans un tel scénario, les zones sunnites en Irak et en Syrie seraient à cheval des deux côtés de la frontière. La même chose pourrait se passer pour les zones kurdes. Et un tel changement fondamental de la carte de la région affectera certainement aussi la Turquie.

En réponse à ces vagues de désintégration, la Turquie doit se tenir hors de ces conflits dans toute la mesure de ses capacités et se préparer à tous les scénarios possibles. Plus important, elle doit faire valoir la paix et l’unité à l’intérieur de ses propres frontières.

Enfin et surtout, je voudrais en finit avec des histoires de « nature artificielle ». Existe-t-il quelque part une « frontière naturelle » ? Les frontières e tous les Etats nations du monde ont été tracées un jour d’une manière ou d’une autre. Ce qui importe vraiment c’est de ne pas en créer de nouvelles ; et au contraire d’effacer les frontières internes à nos territoires que nous tendons à créer nous-mêmes. Après tout, ce sont des frontières artificielles.

Disloquer la Syrie, pérenniser l’occupation du Golan

8 mai 2016

Eric Margolis est un journaliste américain bien connu dont la longue et multiforme carrière inclut des années de collaboration avec les journaux canadiens du groupe Sun. Si l’essentiel de sa carrière est désormais derrière lui, il n’en continue pas moins à collaborer avec différents médias comme le Khaleej Times (Emirats Arabes Unis), Dawn (Pakistan) et TV Ontario.

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Eric Margolis collabore aussi avec Russian TV

Farouchement anticommuniste, ce membre de l’International Institute for Strategic Studies de Londres, très au fait des affaires du Moyen Orient et internationales en général porte un regard très critique sur la politique de son pays non seulement sur la question de Palestine mais aussi sur les troubles en Syrie.

Selon lui, la guerre en Syrie a été fomentée [instigated] par les puissances occidentales que sont la Grande Bretagne, les Etats Unis et la France en association avec l’Arabie Saoudite.

Et le conflit qui ravage la Syrie fait bien l’affaire de l’Etat sioniste qui ne se gêne pas pour intervenir discrètement en soutien de ceux qui combattent le gouvernement syrien et espère même en tirer un profit territorial et stratégique.

Vous vous souvenez du plateau du Golan?

par Eric Margolis, 30 avril 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant la guerre israélo-arabe de 1973, l’armée syrienne avait surpris Israël et s’était rapidement rapprochée des limites du plateau du Golan conquis par Israël pendant la guerre de 1967. Il semblait alors que l’infanterie et les blindés syriens allaient reprendre le Golan puis dévaler sur la Galilée en territoire israélien.

Les satellites de reconnaissance soviétiques avaient observé qu’Israël avait sorti des missiles à tête nucléaire Jéricho de 500 kilomètres de portée de leurs abris souterrains pour les installer sur des rampes de lancement. Au même moment, on observait Israël en train d’armer de bombes atomiques ses avions de combat F-4 (Phantom) de fabrication américaine sur la base de Tel Nof.

Convaincu qu’Israël était sur le point de se servir d’armes nucléaires contre l’Egypte et la Syrie, Moscou fit pression sur ces deux pays pour qu’ils freinent la progression de leurs forces. Damas, déjà à portée des tirs de l’artillerie israélienne du Golan, ordonna à ses unités blindées sur le Golan de stopper leur avancée, ce qui permit à Israël d’organiser une puissante contre-offensive et de reprendre les hauteurs stratégiques.

En 1981, Israël a officiellement annexé la portion de 580 Km2 du Golan qu’il occupe. Cette annexion illégale a été condamnée par les Nations Unies, les Etats Unis et les puissances européennes. Mais Israël est resté au Golan et y a installé 50 000 colons dans quelque 41 colonies financées par l’Etat.

Le monde semble avoir complètement oublié à quel point il a été proche d’une guerre nucléaire en 1973 pour le Golan. Le plateau du Golan était devenu un des premiers déclencheurs potentiels de guerre nucléaire avec le Cachemire, la trouée de Fulda en Allemagne et la zone démilitarisée, frontière entre les deux Corées.

La Golan a récemment refait surface dans les informations quand le premier ministre israélien d’extrême droite Benjamin Netanyahou a dit au président russe Vladimir Poutine que son pays ne rendrait jamais le Golan à la Syrie. Dans un discours prononcé peu de temps après, Netanyahou a fait le serment qu’Israël garderait le Golan pour « toute l’éternité ». Il avait aussi reconnu pour la première fois qu’Israël avait effectué des « dizaines » d’attaques sur la Syrie, de l’autre côté de la frontière.

Le long plateau de basalte a effectivement une grande valeur. Il s’étend du Mont Hermon avec son sommet enneigé à 2814 mètres au nord au lac de Tibériade et à la rivière Yarmouk au sud. Le Golan représente 15 % des ressources limitées en eau d’Israël et il recèle peut-être du pétrole et du gaz.

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Exploitation des eaux du Golan par le régime sioniste

L’artillerie israélienne positionnée sur le Golan peut frapper la capitale syrienne, Damas ; les capteurs électroniques israéliens surveillent Damas et tous les mouvements de troupes syriennes en contrebas. Ayant circulé dans une bonne partie du Golan, côté syrien comme côté israélien, je peux attester de son importance militaire remarquable et de la puissance de ses défenses.

Après la guerre de 1967, Israël a nettoyé ethniquement le Golan, en rasant au bulldozer son chef-lieu, Kouneitra, et en expulsant la presque totalité de ses 130 000 habitants arabes et druzes. Des colons juifs ont été amenés pour les remplacer. Les Etats Unis ont protégé Israël de l’action de l’ONU et de la protestation internationale.

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Avant 2011, Israël avait laissé entendre qu’il restituerait le Golan à la Syrie dans le cadre d’un accord de paix global – à condition que Damas cesse de soutenir les revendications des Palestiniens sur leurs terres perdues Mais une fois que la guerre civile en Syrie s’est opportunément déclenchée, on n’a plus parlé du Golan.

En fait, il est assez évident qu’Israël a nourri silencieusement le conflit syrien par un discret soutien logistique et en armement à ce qu’on appelle rebelles syriens « modérés » et en faisant du lobbying pour la guerre à Washington et dans les médias américains. Netanyahou a même dit – sans sourciller – qu’Israël ne pouvait pas restituer le Golan, ni même négocier, tant que le calme n’est pas revenu en Irak et en Syrie.

Il est clair que Netanyahou suit la grande stratégie élaborée par le fondateur de son parti de droite, le Likoud, Zeev Jabotinsky, un sioniste russe militant. Jabotinsky faisait valoir que les Etats arabes étaient une mosaïque fragile de tribus arabes inamicales [les unes à l’égard des autres].

Frappez les suffisamment fort, soutenait Jabotinsky, et ils se fragmenteront en petits morceaux, laissant Israël maître du Levant. La destruction de l’Irak et de la Syrie a confirmé la théorie de Jabotinsky.

Par conséquent, Israël est ravi de voir la Syrie, un de ses principaux ennemis, tomber en ruines suite à la guerre civile provoquée par les Etats Unis, la Grande Bretagne, la Turquie, l’Arabie Saoudite et la France. Damas n’est absolument pas en mesure d’exiger la restitution du Golan et le reste du monde s’en fiche.

La destruction de la Syrie en tant qu’Etat unitaire offre au gouvernement expansionniste Likoud maintes opportunités pour étendre son influence en Syrie – comme ce fut le cas pendant la sanglante guerre civile libanaise de 175 à 1990. Ou même d’enlever plus de territoire à la Syrie « pour protéger la sécurité d’Israël. »

Les paroles du père fondateur d’Israël, David Ben Gourion résonnent encore : l’Etat d’Israël est un projet en cours et ses frontières ne doivent pas être fixées, ni même définies. Notamment les frontières avec la Jordanie et la Syrie.

Syrie: Jeffrey Sachs balance tout (ou presque)

17 février 2016

L’article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n’est pas exactement n’importe qui: c’est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l’obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d’une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l’effusion de sang.

Jeffrey Sachs

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l’entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu’il qualifie de « sunnites », la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie

par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s’est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU pour un cessez-le-feu en Syrie:

Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j’avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d’amener les parties prenantes en Syrie  à se parler.

C’est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d’y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l’obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan. C’est l’intransigeance des Etats Unis – l’intrnsigeance de Mme Clinton – qui avait abouti à l’échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l’insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n’y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l’a bien compris, la guerre en Syrie n’avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C’est surtout une guerre par procuration avec l’Iran.Et le bain de sang n’en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L’Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l’Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d’influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l’Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d’Israël. C’est pourquoi la Turquie l’ Arabie Saoudite et Israël ont tous  réclamé l’élimination de l’influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d’une naïveté incroyable. L’Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps – en fait depuis près de 2700 ans. Et l’Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n’ y  a auun moyen, et aucune raison, de « vaincre » l’Iran. Lespuissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les tôles mutuels et d’équiliration des pays arabes du Golfe d el’Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l’histoire pour regarder l’Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n’a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l’Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d’isoler et même de vaincre l’Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l’influence de l’Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d’un Plan B: renverser Assad

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s’assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l’entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l’Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position: »Assad doit partir. »

Depuis, et jusqu’au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l’ONU, les États Unis ont refusé d’accepter tout cessez-le-feu tant qu’Assad n’était pas écarté du pouvoir. La politique américaine – sous Clinton et jusqu’à récemment – a été celle du changement de régime d’abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d’Annan avaient été sabotés par l’exigence inflexible des États Unis pour qu’un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l’avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain]::

L’exigence par les États Unis d’un départ d’Assad et de l’imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d’inclure l’Iran dans le processus condamnaient la mission [d’Annan].

Clinton n’a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu’il s’occupait d’une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l’organisation des soi-disant « Amis de la Syrie » pour soutenir l’insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n’est pas parti, et il n’a pas été vaincu. la Russie est venue l’aider, l’Iran est venu l’aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas? Le chaos a ouvert la voie à l’Etat Islamique, bâti avec des officiers de l’armée irakienne mécontents (exclus de l’armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L’arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument « normal » de la politique étrangère américaine qu’elle est à peine remarquée par l’opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d’un autre pays est contraire à la charte de l’ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis?

L’instrument [la déposition d’Assad] de la politique étrangère des États Unis n’a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d’un coup d’état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement? Les autres sociétés n’aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l’opération est un « succès » ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d’état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd’hui l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide?

Et où en sont les médias de l’establishment  dans cette débâcle? Le New York Times a fini par parler d’une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l’Arabie Saoudite, dans laquelle l’argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n’y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d’opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d’armes à l’Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n’a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l’impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l’invasion de l’Afghanistan en 2001 la guerre contre l’Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l’assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l’insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

         Libye octobre 2011 -Pour  une Hillary Clinton radieuse, c’est comme si                                   Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s’entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d’historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l’Union Soviétique des ouvertures qu’il avait faites contre les objections d’une opposition de droite tenante d’une ligne dure au sein de la CIA et d’autres secteurs de l’appareil d’état américain.

Hillary Clinton n’a jamais fait montre d’un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et  jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs est le Directeur de l’Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University


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