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Esther Koontz fait plier le lobby sioniste au Kansas

10 février 2018

La pratique du boycott est bien ancrée aux Etats Unis. Pas seulement parce que le premier amendement garantit la liberté d’expression, mais aussi parce que la lutte d’indépendance des colonies anglaises d’Amérique du Nord commença par un boycott des marchandises britanniques.

Or, dans ce pays dont les citoyens n’hésitent pas à pratiquer le boycott pour faire avancer leurs revendications ou manifester leur mécontentement, certains Etats adoptent des réglementations qui criminalisent le boycott de l’entité sioniste.

C’est le cas par exemple de l’Etat du Kansas dont la décision de pénaliser le boycott est contestée en justice. Un juge fédéral vient d’ailleurs d’émettre un avis défavorable à cette pénalisation du boycott qui est selon lui contraire à la Constitution.

De fait, cette pénalisation du boycott ne laisse pas indifférent ceux qui tiennent à protéger la liberté d’expression comme c’est le cas de la rédaction du Kansas City Star qui signe collectivement un article pour dénoncer la législation adoptée par l’Etat du Kansas.

Il est piquant d’apprendre qu’un des arguments de l’Etat du Kansas pour pénaliser le boycott de l’entité sioniste car cette dernière « pourrait refuser de commercer avec ou dans l’Etat s’il ne punissait pas les boycotteurs ».

On a carrément l’impression que ce sont les Etats Unis, qui donnent des milliards de dollars chaque année à l’entité sioniste, qui seraient les obligés de l’Etat voyou !

La loi anti-boycott du Kansas n’est pas un cas isolé.

Non, Kansas, vous ne pouvez pas interdire aux entreprises de boycotter Israël

Par le Comité de Rédaction de The Kansas City Star (USA) 31 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un juge fédéral de Topeka a statué que le Kansas ne pouvait pas dire aux entreprises ce qu’elles pouvaient et ne pouvaient pas boycotter. Ce qui devrait apparaître comme évident à quiconque au fait des protections de la liberté d’expression en vertu du Premier Amendement [de la Constitution des Etats Unis, NdT].

Mais l’été dernier, l’Etat du Kansas a adopté une loi exigeant que tous ceux qui concluent des marchés avec lui certifient qu’ils ne boycottent pas Israël.

Pourquoi? Dans son avis bloquant l’application de la loi alors que le procès de l’American Civil Liberties Union est en cours, le juge de district américain Daniel Crabtree a écrit que ses partisans [de la législation anti-boycott] à l’Assemblée législative du Kansas ont fait valoir que son but était « d’empêcher les gens de s’opposer à Israël ».

Ils ont, écrit Crabtree,  « insisté sur la nécessité de s’opposer aux campagnes de « Boycott, Désinvestissment et Sanctions, BDS qui protestent contre le mauvais traitement par le gouvernement israélien des Palestiniens dans les territoires occupés. »

Dit autrement, la loi est supposée restreindre la liberté d’expression politique. Une loi similaire proposée au Congrès [la Chambre des Représentants et le Sénat, l’Israel Anti-Boyccott Act, criminaliserait purement et simplement ce genre de prise de position.

Avons-nous oublié que la Révolution Américaine a commencé par un boycott des marchandises britanniques ? Tout comme la protection des droits civiques l’a emporté par le boycott des autobus de Montgomery ?

En 1982, la Cour suprême a confirmé que les boycotts étaient des expressions politiques protégées par la Constitution. Dans l’affaire NAACP v. Claiborne Hardware Co. , la haute cour a examiné le boycott des entreprises appartenant à des Blancs à Port Gibson, Mississippi, et a conclu que «les discours, les réunions et pétition. . . pour changer un ordre social qui avait toujours traité [les Afro-Américains] comme des citoyens de seconde classe « sont » au plus haut dans la hiérarchie des valeurs du Premier Amendement. « 

C’est pourquoi Crabtree a considéré que la «Cour suprême a jugé que le premier amendement protège le droit de participer à un boycott comme celui puni par la loi du Kansas» qui est entrée en vigueur le 1er juillet.

L’action en justice de l’ACLU pour contester la loi a été intentée au nom d’Esther Koontz, une spécialiste mennonite de didactique des mathématiques de Wichita qui a été encouragée par son église à s’associer à un boycott des entreprises israéliennes au printemps dernier.

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Esther Koontz

Deux mois après la décision par Koontz de cesser d’acheter des produits israéliens, elle a été invitée à commencer à former des enseignants à travers l’Etat dans le cadre du programme de partenariat en mathématiques et en sciences du Département de l’Education du Kansas.

Elle était impatiente d’accomplir ce travail supplémentaire qui est rémunéré 600 dollars poar jour plus les frais. Mais le directeur du programme lui a dit qu’elle devait d’abord signer un certificat attestant qu’elle ne boycottait pas Israël.

Après mûre réflexion, Koontz a décidé qu’elle ne pouvait pas faire cela en toute bonne conscience.

Le directeur du programme a déclaré que dans ce cas, elle ne pouvait pas avoir un contrat avec l’Etat.

Dans sa défense, l’Etat du Kansas a fait valoir que Koontz aurait pu obtenir une dérogation pour des raisons religieuses si elle en avait demandé une.

Mais elle est arrivée à la même conclusion sur des bases non religieuses, elle avait toujours le même droit de s’exprimer politiquement.

L’Etat du Kansas a aussi soutenu que l’Etat d’Israël pourrait refuser de commercer avec ou dans l’Etat s’il ne punissait pas les boycotteurs. Mais il n’a présenté aucune preuve d’une menace quelconque pour l’économie du Kansas.

Et comme sujet de réflexion, peut-être  les partisans Républicains de cette loi devraient-ils considérer ce que serait leur réaction si l’Etat interdisait de boycotter Keurig, ou Starbucks, ou Nordstrom [magasins de prêt-à-porter], ou Target ou encore la National Football League. [tous ces boycotts sont organisés par des sympathisants du Parti Républicain, NdT]

Pas de vente, non ? Pas dans tous les cas.

NB : Target est une chaîne nord-américaine de supermarchés qui avait annoncé que ses toilettes seraient désormais ouvertes aux clients transgenre en fonction de qui leur semblait correspondre à leur genre. De nombreux clients se sont insurgés contre cette disposition qui, en permettant à des hommes de fréquenter les toilettes pour dames facilitait la tâche aux prédateurs sexuels. Le boycott a coûté des millions de dollars à cette chaîne de magasins. Target a dû investir 20 millions de dollars pour créer des toilettes individuelles dans ses magasins.

 

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L’Union Européenne refuse la marche vers la guerre contre l’Iran

5 janvier 2018

Encore un très bon article de Moon of Alabama sur la situation en Iran et surtout, sur la façon dont les lobbies militaristes, en premier lieu le lobby sioniste, cherchent à aggraver le régime de sanctions contre l’Iran avant une éventuelle intervention militaire.

Des actions qui sont non seulement contraires aux intérêts européens, comme l’ont fait comprendre plusieurs dirigeants dont le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie suédoise, mais également contraires aux intérêts américains.

L’intérêt des Etats Unis serait en effet d’entretenir des relations correctes avec l’Iran, ce qui est exactement ce que souhaitent les dirigeants iraniens.

La seule chose qui entrave ce rapprochement, beaucoup plus que la rivalité saoudo-iranienne que les Américains et leurs amis britanniques auraient vite fait d’apaiser, c’est le régime sioniste et ses différents lobbies dont le plus puissant exerce son influence à Washington.

Iran – L’Union Européenne rejette la marche des Etats Unis vers la guerre

Moon of Alabama (USA) 4 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

La réaction aux manifestations mineures en Iran a ouvert un autre fossé entre les Etats-Unis et l’Europe. Elle expose au grand jour l’agressivité du lobby sioniste et son influence dans la politique et les médias américains. La situation montre la divergence croissante entre les véritables intérêts américains et les intérêts d’Israël.

Certaines manifestations antigouvernementales et des attaques contre les institutions publiques persistent en Iran. Mais, comme le montre le graphique, ce genre de manifestations et d’émeutes continue de diminuer. La journée d’hier a vu se dérouler des événements dans seulement 15 endroits alors que, depuis le 28 décembre, un total de 75 villes et cités ont connu une forme de protestation ou d’incidents. En plus de ces derniers événements, plusieurs marches pro-gouvernementales ont eu lieu hier, chacune étant de loin plus importante que les manifestations antigouvernementales.

La courbe jaune représente des effectifs cumulés, les deux autres des effectifs pour chaque journée de manifestations/rassemblements

Source du graphique: Ali Kadivar

La violence contre les biens publics exercée certains jeunes émeutiers leur a aliéné les manifestants légitimes du début qui avaient suffisamment de raisons économiques pour rejeter les politiques néolibérales du gouvernement iranien actuel. L’instigation de la violence à partir de l’extérieur de l’Iran, probablement du fait des machinations de la CIA, les a privés de leur voix.

J’avais déjà posé la question :

Pourquoi les États-Unis font-ils ça ?

Le plan pourrait bien ne pas être de renverser immédiatement le gouvernement iranien, mais de provoquer une réaction brutale du gouvernement iranien contre les actions militantes dans son pays. … Cette réaction peut ensuite être utilisée pour appliquer des sanctions plus larges et plus strictes contre l’Iran, en particulier de la part de l’Europe. Ces sanctions s’inscriraient comme un autre élément constitutif d’un plan plus vaste visant à étrangler le pays et seraient une étape supplémentaire vers une escalade à plus grande échelle.

Et :

L’administration [américaine] vient d’appeler à une session d’urgence de l’ONU sur la situation. Une démarche risible…

Risible en effet. D’autres membres du Conseil de Sécurité et du Conseil de l’ONU pour les Droits Humains ont rejeté le plan américain. Ce n’est pas le rôle de l’ONU de s’immiscer dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Mais même pour ceux qui considèrent que l’ONU a un droit à intervenir, les manifestations en Iran, qui n’auraient jamais rassemblé plus de 15 000 personnes en même temps et peut-être 45 000 en effectifs cumulés, sont bien trop insignifiantes pour justifier une quelconque réaction onusienne.

L’Union européenne, principale cible des Etats-Unis qui veulent à nouveau imposer des sanctions contre l’Iran, a officiellement rejeté ces tentatives. Le ministre suédois des Affaires étrangères a déclaré que ces mesures sont « inacceptables » et que la situation ne peut être considérée comme justifiant une telle démarche [de réunion urgente de l’ONU]. Le président français Macron a averti que la rupture des relations avec l’Iran conduirait à la guerre. Il a été très explicite (traduction automatique) sur les acteurs derrière de telles démarches:

L’Union européenne, principale cible des Etats-Unis qui veulent à nouveau imposer des sanctions contre l’Iran, a officiellement rejeté ces tentatives. Le ministre suédois des Affaires étrangères a déclaré que ces mesures sont « inacceptables » et que la situation ne peut être qualifiée de telle sorte. Le président français Macron a averti (français) que la rupture des relations avec l’Iran conduirait à la guerre. Il était très explicite (traduction automatique) sur les acteurs derrière ces manœuvres :

La France a des relations fermes avec les autorités iraniennes mais veut conserver ce lien « parce que ce qui est train de se jouer sinon, c’est qu’on en train subrepticement de reconstruire un ‘axe du mal' », a déclaré le président français à des journalistes, en marge de ses voeux à la presse.

« On voit bien le discours officiel qui est porté par les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, qui sont nos alliés à de nombreux égards, c’est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran », a-t-il ajouté, en soulignant sans davantage de précisions qu’il s’agissait d’une « stratégie délibérée de certains ».

Le ministre russe des Affaires étrangères a mis en garde les Etats-Unis contre toute ingérence dans les affaires intérieures de l’Iran.

Pendant ce temps, un grand journal saoudien, Al Arabiya , fait concurrence à The Onion [équivalent américain du Gorafi]  en affirmant que l’Iran a appelé le Hezbollah, des unités irakiennes et des mercenaires afghans pour l’aider à réprimer les manifestations.

Dans une tribune libre publiée par le Washington Post, le vice-président Pence dénonce le manque de réaction selon lui de l’administration Obama face aux manifestations en Iran [en 2009], mais n’annonce aucune réaction de la part de l’administration Trump. La rédaction du Washington Post y a ajouté plusieurs tribunes de lobbyistes pro-sionistes qui dénigrent l’Iran et reprochent à l’Europe de ne pas suivre la ligne de Trump.

L’anti-iranienne Foundation for Defense of Democracies (FDD) qui est financée par un spéculateur sioniste extrémiste, se voit accorder beaucoup d’espace rédactionnel dans les journaux américains :

Adam H. Johnson @adamjohnsonNYC – 4:04 AM – 3 Jan 2018

ces 72 dernières heures, la FDD a publié des tribunes libres sur l’Iran dans le New York Times, le Washington Post, le New York Post, Politico et le Wall Street Journal, répétant à chaque fois les le même argumentaire usé pro-intervention.

Adam H. Johnson @adamjohnsonNYC – 6:14 PM – 3 Jan 2018

ayant consommé leurs espaces réservés pour cette semaine dans les respectables WSJ , WaPo, Politico, et NYTimes, la FDD doit se rabattre sur le Washington Times aujourd’hui. Comme c’est triste!

Le blog Lawfare soi-disant «centriste» a publié un appel en faveur de la livraison de mines improvisées avec des «charges à fragmentation» [« Explosive Formed Penetrators »] aux manifestants iraniens. (Lors de l’invasion américaine en Irak, la résistance locale a fabriqué et utilisé de tels EFP contre les occupants américains.) L’US Army avait mensongèrement prétendu que les EFP venaient d’Iran.) Le rédacteur en chef de Lawfare , le célèbre Benjamin Wittes, semble être d’accord avec ce texte . Lui, l’éditeur du blog, écrit qu’il ne modifie jamais rien de ce qui est publié sur son site. Son seul reproche à propos de l’article est que l’appel à armer les émeutiers en Iran manque d’un raisonnement juridique explicite. (On se demande comment ceux qui écrivent dans Lawfare réagiront lorsque la Chine livrera des armes antichar lors de la prochaine manifestation du type Occupy Wall Street .)

C’est une grande campagne [politico-médiatique] qui accompagne aux Etats Unis des événements assez peu importants en Iran. La campagne est conçue pour créer une atmosphère de guerre contre ce pays. Les médias lui donnent beaucoup d’espace. Mais les États-Unis sont très isolés dans cette démarche. L’Arabie Saoudite est un tigre de papier qui ne compte pas et Israël ne peut pas agir [militairement] contre l’Iran. L’axe de la résistance est prêt pour une guerre de grande ampleur, a dit le dirigeant du Hezbollah Nasrallah . Il explique qu’une telle guerre serait menée au plus profond d’Israël.

Stephen Kinzer [kinzer est professeur de relations internationales à la Brown University ans le Rhode Island] souligne que l’animosité américaine contre l’Iran et son gouvernement ne résulte d’aucun raisonnement stratégique :

L’histoire veut que tout gouvernement iranien doive être fortement nationaliste et un défenseur vigilant des musulmans chiites partout dans le monde, de sorte que l’idée qu’un «changement de régime» produirait un Iran plus pro-américain est un fantasme. La sécurité des États-Unis ne sera pas sérieusement affectée par le cours de la politique intérieure de l’Iran.

[…]

En 1980, le président Carter avait proclamé que toute contestation de la domination américaine dans le golfe Persique serait considérée comme «une atteinte aux intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique». Il était animé par les impératifs mondiaux de son époque. Une grande partie du pétrole américain traversait le golfe Persique, et l’Occident ne pouvait pas risquer de le perdre face au pouvoir soviétique.

Aujourd’hui, il n’y a pas d’Union Soviétique et nous ne comptons plus sur le pétrole du Moyen-Orient. Pourtant, même si ce qui fondait notre politique s’est évaporé, la politique elle-même demeure inchangée, une relique d’un autre âge.

Kinzer a raison sur l’absence d’argument stratégique. Mais il néglige l’influence du lobby sioniste et son intérêt à maintenir les Etats-Unis impliqués dans la destruction de tout adversaire potentiel à son entreprise coloniale. L’intérêt véritable du peuple des États-Unis n’est pas ce qui motive la politique américaine et ce, depuis un certain temps (si jamais ce fut le cas).

Les néocons ont du mal à faire le deuil de leur rêve d’éliminer Bachar al-Assad

26 décembre 2017

Chacun se souvient certainement que, pendant les premières années du conflit en Syrie, les appels à la destitution du président syrien, voire sa mise à mort, définissaient ce qui devait être un préalable au règlement de la crise.

Sur le terrain, les jours du régime syrien semblaient en effet comptés. Pourtant le régime et son armée (constituée essentiellement de conscrits) ont fait preuve d’une remarquable résilience, d’abord en adaptant leur stratégie à la réalité du rapport de forces puis en s’appuyant sur de solides alliances qui l’ont aidé à faire basculer la situation sur le terrain. Aux côtés de l’armée syrienne, on a vu intervenir le Hezbollah libanais, l’Iran et enfin la Russie. L’intervention russe a été décisive non seulement au plan militaire mais aussi au plan diplomatique en renvoyant au statut de chimère le souhait occidental d’une élimination du pouvoir en place à Damas.

Certains Occidentaux pensent cependant encore que leur projet initial de destruction du pouvoir syrien est seulement différé dans le temps comme on a pu le comprendre, et comme le président syrien l’a compris, des propos de M. Macron lors de son interview du 17 décembre avec Laurent Delahousse sur France 2. De fait, les Occidentaux continuent à s’exprimer publiquement comme s’ils étaient les principaux acteurs, voire les seuls, de la défaite de Daesh en Syrie.

La mythologie diplomatique occidentale veut en effet que le gouvernement syrien n’a pas combattu le prétendu Etat Islamique voire même qu’il l’a parrainé.

C’est cette mythologie élaborée par des think-tanks essentiellement américains qui est dénoncée dans l’article que je vous propose. Ces think-tanks, tout en se parant de noms qui fleurent bon un académisme de bon aloi, produisent pourtant un savoir particulier en ce sens qu’il a pour but premier d’inciter des gouvernements à entreprendre certaines actions (belliqueuses) et qu’il ne s’appuie pas sur les méthodes et les travaux des chercheurs spécialisés dans les domaines de la science politique et des relations internationales.

Si on prête attention à cette tribune libre signée par deux universitaires, on comprend parfaitement que, au moins jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis donnaient la priorité non à la lutte contre Daesh mais à celle contre le gouvernement syrien dont la défaite était le préalable à l’élimination de Daesh.

Tribune libre: Les experts avaient tort à propos d’Assad et de l’État islamique. Comme d’habitude, ils ne veulent pas l’admettre

Par Max Abrahms et John Glaser, The Los Angeles Times (USA) 10 décembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

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John Glaser et Max Abrahms

L’Eta Islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2014, l’organisation extrémiste semblait avoir fait des avancées substantielles dans son projet avoué de constitution d’un Califat. Il comptait des dizaines de milliers de combattants et exerçait un contrôle sur un territoire à peu près aussi vaste que la Corée du Sud. Sous la plupart des aspects, l’Etat Islamique s’est effondré dans son bastion syrien ainsi qu’en Irak. Comme un ancien combattant étranger [de Daesh] le reconnaissait récemment, « C’est terminé ; il n’y a plus de Daesh. »

Le démantèlement de l’Etat Islamique doit choquer le chœur des journalistes et des experts qui ont passé des années à soutenir avec insistance qu’un tel résultat ne pourrait jamais être obtenu sans au préalable renverser le régime de Bachar Assad – qui est, bien sûr, toujours en place. Toute une troupe de faiseurs d’opinion ont pendant longtemps affirmé que l’Etat Islamique en Syrie allait prospérer en Syrie tant qu’Assad serait au pouvoir parce que l’Armée Arabe Syrienne faisait partie de la même maladie.

John Bolton, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies sous George W. Bush, affirmait dans le New York Times que « défaire l’Etat Islamique » n’est « ni faisable ni souhaitable » si Assad reste au pouvoir. S’exprimant dans le Wall Street Journal, les Sénateurs John McCain et Lindsey Graham prétendaient que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad. » Kenneth Pollack de la Brookings Institution prescrivait une politique de « construction d’une nouvelle armée de l’opposition syrienne capable de vaincre à la fois le Président Bachar al-Assad et les islamistes les plus militants. » De la même manière, Max Boot, qui collabore au Los Angeles Times, soutenait que vaincre l’Etat Islamique était futile sauf si les Etats Unis agissaient aussi pour déposer le « régime alaouite à Damas ». Comme d’autres marchands de changement de régime, il argumentait en faveur d’une zone d’exclusion aérienne à travers le pays pour faciliter les frappes aériennes contre le régime Assad tout en renforçant l’aide aux soi-disant rebelles modérés.

D’éminents spécialistes de la Syrie avaient aussi prétendu qu’Assad soutenait, et même parrainait l’Etat Islamique. Michael Weiss de CNN déclarait qu’Assad et le président russe Vladimir Poutine ne combattraient pas l’État islamique et que la Syrie et la Russie étaient la «force aérienne non déclarée» de l’organisation terroriste. Son co-auteur, Hassan Hassan ,  affirmait que le régime syrien n’a jamais combattu [État islamique] auparavant. »

Pendant un moment, partout où l’on regardait, les médias colportaient le même discours. Le Daily Beast présentait les combattants de l’État Islamique comme des «sbires d’Assad». Le New York Times promouvait l’idée que les «forces d’Assad aidaient» l’État islamique en « non seulement évitant » l’organisation terroriste « mais en essayant activement de renforcer ses positions ». Time Magazine répétait comme un perroquet la ligne pro-changement de régime selon laquelle « Bachar Assad ne combattra pas l’Etat Islamique. »

Mais ces arguments en vogue ont été, pour dire les choses gentiment, réfutés empiriquement [dans les faits].

Le dossier en faveur d’un changement de régime à Damas rappelait celui concocté pour Bagdad en 2003 : les interventionnistes avaient joué sur les peurs des Américains en prétendant que les dirigeants irakiens étaient de mèche avec les djihadistes salafistes (la tendance ultra-conservatrice au sein de l’Islam sunnite). Les preuves qu’Assad parrainait l’Etat Islamique était à peu près aussi solide que celle démontrant que Saddam Hussein soutenait al Qaïda.

Comme l’a relevé le spécialiste de la Syrie Aymenn Jawad Al-Tamimi en février 2014, l’Etat islamique « a des antécédents de combat contre le régime sur plusieurs fronts, y compris la zone de Cheikh Saïd dans la province d’Alep, la base aérienne militaire de Kuweiris (où une offensive est en cours sous la direction du bataillon muhajireen Suqur al-Izz, en coordination avec le Bataillon Vert, l’État islamique et Jabhat al-Nusra, à Nubl et Zahara ,  la base aérienne de la brigade 17 dans la province de Raqqa, l’aéroport militaire de Tabqa,  Qalamoun ,à Sayyida Zainab, et Sakhna dans le désert de Homs, la région de Qamishli et la province de Lattaquié. En plus de ces lieux, il faut aussi se souvenir du rôle décisif [de l’État islamique] dans la prise de la base aérienne de Mannagh . « 

L’idée que Assad « ne combattra pas l’Etat Islamique a toujours été fausse. L’idée que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad » était également fausse. Il devrait sembler évident aujourd’hui que l’Armée Arabe Syrienne a joué un rôle dans la dégradation de l’Etat Islamique en Syrie – pas seule évidemment, mais avec ses partenaires iranien et russe, sans même parler de l’impressionnante coalition emmenée par les Etats Unis. Contrairement aux attentes des experts, la disparition du groupe était inversement liée au pouvoir d’Assad. La fortune de l’État islamique diminuait à mesure que son influence [du gouvernement syrien] sur le pays augmentait.

Tout aussi contraire aux prédictions des analystes, l’organisation terroriste a implosé juste après que le soutien extérieur aux rebelles « modérés » s’est tari. L’affaiblissement des rebelles a été un revers majeur pour l’État islamique, car Assad pouvait finalement concentrer sa puissance de feu l’organisation terroriste. En outre, moins d’envois d’armes sur le théâtre des opérations signifiait moins d’armes tombées entre les mains des djihadistes salafistes.

Il est donc étrange que nous n’ayons pas entendu ces nombreux experts reconnaître leurs erreurs; ils ne sont pas pressés de faire acte de contrition pour avoir presque forcé au lancement d’une autre mission de changement de régime basée sur la base d’analyses discréditées.

Feu le bon sens commun était non seulement en opposition avec le constat empirique, mais complètement détachée des apports de la science politique. À quelques exceptions près, les chercheurs en relations internationales ont semblé se contenter de rester en retrait et de regarder les experts des think tanks faire l’analyse quotidienne de la situation en Syrie tout en ignorant les drapeaux rouges qui parsèment le domaine de la recherche.

Certaines des meilleures recherches en sciences politiques au cours des deux dernières décennies ont montré que les militants sont moins susceptibles d’émerger en réponse à des griefs politiques que des conditions propices à leur organisation. Pour l’État islamique, le « modèle d’opportunité » du terrorisme était toujours un meilleur ajustement que le «modèle des revendications». Après tout, c’est une organisation qui s’est établie dans le désert, loin de l’armée syrienne; a attaqué des cibles faciles comme les Yazidis qui n’ont jamais opprimé la population sunnite; et a implanté des branches dans des pays connus non pour leur gouvernement anti-sunnite, mais pour l’absence d’un gouvernement qui fonctionne.

Comme en Irak, une décennie plus tôt, un changement de régime en Syrie aurait créé le vide absolu de pouvoir qui aurait permis à l’État islamique de prospérer.

En outre, l’idée qu’injecter des armes et des combattants en Syrie amènerait à une réduction des troubles en Syrie est en réalité en contradiction avec tout ce que la recherche a établi. La littérature sur les conflits montre clairement qu’un soutien extérieur à l’opposition tend à exacerber et à étendre les guerres civiles qui, habituellement, ne se résorbent pas par des accords e partage de pouvoir entre des parties combattantes égales mais quand un camp – en général celui qui est déjà au pouvoir – parvient à dominer.

Le paradigme réaliste nous rappelle que les Etats Unis n’ont pas besoin de partager la même idéologie qu’un acteur international détestable pour accepter de travailler avec lui contre un ennemi commun. Avec sa sensibilité aux dépenses financières excessives et aux retours de bâton, le Réalisme souligne aussi les dangers des interventions militaires pour mettre en place des gouvernements à à travers le monde.

Même si le califat de l’Etat Islamique n’est plus, la guerre d’Assad contre les terroristes en Syrie continue. Espérons que les analyses à venir de ce conflit éviteront le genre de plaidoyers idéologiques anti-empiriques qui ont contribué à l’ascension d’al Qaïda en Irak et puis de l’Etat Islamique

Max Abrahms est professeur de sciences politiques à la Northeastern University et membre du Council on Foreign Relations. John Glaser est directeur des études de politique étrangère à l’Institut Cato.

Le modèle américain d’Hitler

23 octobre 2017

On s’en doutait un peu que les Etats Unis avaient pu inspirer les législateurs nazis qui avaient en effet découvert Outre Atlantique une codification élaborée du racisme d’Etat. Ce racisme d’Etat est incorporé dans l’hymne national, raison qui explique que certains sportifs mettent un genou à terre au moment où il est joué au lieu de l’observer debout.

Ira Katznelson, qui rend compte de la lecture d’un livre qui vient de paraître sur cette thématique du nazisme et de la législation aux Etats Unis, essaye cependant d’apporter sa propre contribution à l’analyse de ce sujet. Il pose en particulier que la différence entre le racisme institutionnalisé dans la démocratie libérale américaine et celui du régime autoritaire nazi est que ce dernier a dérivé vers le génocide tandis que l’Amérique s’est acheminée, non sans luttes précise-t-il, vers plus d’égalité.

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J’objecterai personnellement que la durée des deux régimes n’est pas comparable : en 1945, le Troisième Reich disparaissait après seulement une douzaine d’années d’existence tandis que le régime en vigueur aux Etats Unis, le même qu’aujourd’hui, avait 169 ans.

Et surtout, que si le Troisième Reich a « culminé » dans un génocide, les Etats Unis se sont fondés sur un génocide, celui des Amérindiens. Un génocide qui reste nié même par ceux qui le décrivent.

Ce que l’Amérique a enseigné aux Nazis

Dans les années 1930, les Allemands étaient fascinés par le leader mondial du racisme codifié – les Etats Unis

Par Ira Katznelson, The Atlantic (USA) novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il n’y avait pas de lieu plus extravagant pour le théâtre politique du Troisième Reich que les terrains des parades spectaculaires, deux grands stades, et le palais des Congrès à Nuremberg, un projet conçu par Albert Speer.

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Stade du Zeppelinfeld à Nuremberg d’une capacité de  plus de 300000 personnes

Entre 1933 et 1938, il avait chorégraphié des rassemblements énormes parallèlement à la conférence annuelle du Parti Nazi, des assemblées rendues célèbres par les documentaires grandioses de Leni Riefenstahl de 1933 et 1935, La Victoire de la Foi et le Triomphe de la Volonté. Nuremberg avait été le cadre du « Congrès de la Liberté » du Parti au cours duquel le Reichstag en session extraordinaire avait adopté par acclamation une loi excluait les Juifs de la citoyenneté allemande et des droits afférents, leur interdisait de se marier ou d’avoir des relations sexuelles avec des personnes identifiées comme racialement allemandes et interdisait aux Juifs d’arborer les couleurs nationales ou le nouvel emblème national, un drapeau avec un svastika.

Huit jours à peine après la proclamation formelle par Adolf Hitler de la loi de citoyenneté du Reich, de la loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands et de celle sur le drapeau du Reich, 45 juristes nazis embarquèrent pour New York sous les auspices de l’Association des Juristes Nationaux Socialistes Allemands. Le voyage était une récompense pour les juristes qui avaient codifié la philosophie juridique du Reich basée sur la race. L’objectif annoncé de la visite était d’avoir « un aperçu précis du fonctionnement juridique et de la vie économique des Etats Unis par l’étude directe et des conférences, » et le chef de la délégation était Ludwig Fischer. En tant que gouverneur du district de Varsovie une dizaine d’années plus tard, il présidera à l’ordre brutal du ghetto.

Chaque jour qui passe en ce moment nous rappelle que la démocratie libérale et la démocratie intolérante peuvent entrer dans une osmose malencontreuse, un contexte opportun pour le « Hitler’s Américan Model » [le modèle américain d’Hitler] de James Q. Whitman, qui examine comment le Troisième Reich trouva de la substance dans le droit américain pour ses initiatives basées sur la race. Après avoir débarqué, les juristes allemands participèrent à une réception organisée par l’Association du Barreau de New York. Toutes les personnes présentes étaient au courant des derniers événements à Nuremberg, et pourtant la demande de ces éminents juristes allemands d’en apprendre sur les systèmes juridique et économique américain avait été accueillie chaleureusement.

Whitman, professeur à la faculté de droit de Yale, a cherché à comprendre comment les Etats Unis, un, pays fondé sur ces principes libéraux que sont les droits individuels et la règle de droit, ont pu produire des idées et des pratiques juridiques « qui semblaient intrigants et attractifs aux Nazis. » En explorant cette apparente incongruité, son petit livre soulève d’importantes questions sur le droit, sur les décisions politiques qui affectent la portée de l’appartenance civique et sur la malléabilité des valeurs des Lumières.

Au rebours des travaux universitaires qui minimisent l’impact du modèle américain de racisme légal sur l’Allemagne nazie, Whitman réunit toute une série d’éléments qui plaident en faveur de la probabilité « que les lois de Nuremberg elles-mêmes reflètent une influence américaine directe. » L’Amérique a fourni le point de référence le plus évident au Preußische Denkschrift, le mémorandum prussien rédigé en septembre 1933 par une équipe de juristes qui comprenait Roland Freisler, qui devait bientôt se révéler en tant que président particulièrement cruel du Tribunal Populaire Nazi. Des précédents [exemples] américains ont aussi inspiré d’autres textes nazis essentiels, y compris le Manuel national-socialiste de droit et de législation de 1934-35, publié sous la direction du futur gouverneur général de Pologne Hans Frank qui sera plus tard pendu à Nuremberg. Chapitre très important de ce livre, un quart des pages des recommandations d’Herbert Kier pour une législation raciale est consacré à la législation américaine – pas seulement à la ségrégation pais aussi aux règles appliquées aux Amérindiens, aux critères de citoyenneté pour les Philippins et les Porto-Ricains ainsi qu’aux Afro-Américains, aux réglementations sur l’immigration et aux interdictions portant sur le métissage dans quelque 30 Etats [à l’époque il y a 48 Etats contre 50 aujourd’hui]. Aucun autre pays, pas même l’Afrique du Sud, ne disposait d’un ensemble de lois aussi développé en ce domaine.

Kundt,_Fischer,_Frank,_Wächter,_Zörner,_Wendler

Varsovie 1942: Ludwig Fischer et Hans Frank, respectivement 2ème et 3ème à partir de la gauche

Particulièrement significatifs étaient les écrits du juriste allemand Heinrich Krieger, « le personnage de loin le plus important pour l’assimilation par le nazisme de la législation raciale américaine », qui avait passé l’année universitaire 1933-34 comme étudiant dans le cadre d’un échange la faculté de droit de l’Arkansas à Fayetteville. Cherchant à mobiliser un savoir historique et juridique au service de la pureté raciale aryenne, Krieger avait étudié toute une série de régimes raciaux à l’étranger, dont l’Afrique du Sud contemporaine, mais en avait découvert les fondations dans le droit américain. Ses écrits très documentés sur les Etats Unis commencèrent avec des articles de 1934 dont certains concernaient les Amérindiens et d’autres qui tentaient une évaluation globale de la législation raciale des Etats Unis – des textes précurseurs de son livre majeur de 1936, « Das Rassenrecht in den Vereingten Staaten » [la législation raciale aux Etats Unis].

Le « document massue » de Whitman est la transcription d’une conférence du 5 juin 1934 qui avait réuni d’éminents juristes allemands pour débattre de la meilleure manière d’opérationnaliser un régime raciste. La transcription montre comment les plus extrémistes parmi eux, qui s’appuyaient sur les recherches approfondies de Krieger, étaient particulièrement attirés par les codes juridiques américains basés sur la suprématie blanche. Le principal apport conceptuel venait de Freiser. La race, affirmait-il, est une construction politique. Aux Etats Unis comme en Allemagne, l’importance et la signification de la race ont pour l’essentiel été déterminées moins par des réalités scientifiques ou des conventions sociales que par des décisions politiques consacrées par la loi.

Mais même les preuves indiscutables de l’intérêt soutenu des Allemands pour le modèle américain ne tranchent pas la question du rôle constitutif des lois raciales américaines, comme Whitman lui-même a la prudence de le reconnaître. Après tout, les intellectuels et les dirigeants nazis avaient bien pu utiliser des exemples américains simplement pour rendre plus légitimes les projets grotesques qu’ils envisageaient déjà de mettre en œuvre. En tout cas, répondre à la question de l’influence étrangère est en définitive moins important que l’autre objectif de Whitman qui est d’examiner le statut de la hiérarchie raciale aux Etats Unis à travers le regard des Nazis. « Ce que l’histoire présentée dans ce livre exige que nous affrontions, » écrit-il, « ne porte pas sur des questions relatives à la genèse du nazisme mais sur le caractère de l’Amérique. »

Son teste dérangeant trouve donc sa place à l’intérieur de l’histoire plus large des Etats Unis en tant que régime politique fondé sur les principes de l’égalité des hommes, de la raison des Lumières et de la limitation constitutionnelle du pouvoir de l’Etat, modelé cependant par le mal extraordinaire et les conséquences à long terme de la traite des esclaves basée sur la race. Lire « Hitler’s American Model » nous oblige à prendre en compte le fait brut que durant la période 1334-35 du Troisième Reich, environ la moitié des élus du Parti Démocrate au Congrès représentaient des Etats Jim Crow [où la ségrégation était en vigueur], et qu’aucun des deux grands parti n’avait essayé d’abolir des lois raciales qu’admiraient tant les magistrats et juristes allemands.

Comment comprendre la relation entre race et démocratie a été une question pressante depuis la fondation même des Etats Unis. La tension profonde entre les deux – résumée ironiquement par une plantation baptisée ‘Egalité’ à Port Tobacco dans le Maryland, pleine d’esclaves et propriété de Michael Jenifer Stone, un des six membres de la délégation de cet Etat à la Chambre des Représentants du Premier Congrès Fédéral – avait rendu perplexe le grand auteur sur l’égalité en Amérique, Alexis de Tocqueville. Dans « De la démocratie en Amérique », publié un siècle exactement avant les Lois de Nuremberg, il engagea une discussion sur « les trois races qui habitent le territoire des Etats Unis » en annonçant que ces objets « qui touchent à mon sujet n’y entrent pas ; ils sont américains sans être démocratiques, et c’est surtout la démocratie dont j’ai voulu faire le portrait. »

Whitman invoque le travail de chercheurs en sciences politiques qui, dans l’esprit des sphères séparées de Tocqueville, distinguent ce qu’ils appellent un ordre suprématiste blanc d’un ordre libéral et égalitaire. Mais son propre livre montre qu’une telle division est trop tranchée. Nous devons aborder la question raciale aux Etats Unis en concomitance avec les considérations sur la démocratie. Le travail de Whitman ne dénonce pas la tradition libérale des Etats Unis comme étant un simulacre ainsi que de nombreux théoriciens du droit du Troisième Reich l’ont laissé entendre quand ils soulignaient le système de subordination des Amérindiens et des Noirs. Au contraire, il invite implicitement le lecteur à considérer quand et comment, sous quelles conditions et dans quels domaines, les traits ignobles du racisme ont été les plus saillants au cœur de la démocratie libérale américaine. Inversement, nous pourrions demander, quand et pourquoi ces traits ont été réprimés, permettant un accès plus égalitaire des minorités raciales à l’espace public, au respect de leur culture, à plus de confort matériel et d’exercice de la citoyenneté ?

Les idées et les institutions libérales-démocrates aux Etats Unis, à la différence du régime hitlérien, ont toujours été à la fois vulnérables et résistantes aux exclusions racistes. Bien que les Etats Unis soient entrés dans les années 1930 en qualité d’ordre racialisé le mieux établi du globe, l’évolution à partir de Nuremberg et de Jim Crow a été très différente, l’une culminant en génocide de masse, l’autre, après bien des luttes, dans des progrès en matière de droits civiques. Pourtant, aucun de ces progrès, pas même les mandats présidentiels d’un Afro-Américain, n’a permis de retirer les questions de race et de citoyenneté de l’agenda politique. Les débats en cours nous rappellent avec force que les progrès ne sont pas des acquis garantis. Les règles mêmes du jeu démocratique – élections, médias ouverts et représentation politique – créent des possibilités persistantes de démagogie raciale, de peur et d’exclusion. Et comme Freisler et les autres juristes du Troisième Reich ne l’avaient que trop bien compris, les idées de race et les politiques racistes sont profondément des produits de décisions politiques.

 

Harvey Weinstein condamné à la mort économique par sa communauté

14 octobre 2017

Apparemment, quand on appartient au « peuple élu », on ne peut pas se résoudre à être comme les autres, même dans la déviance.

C’est cette façon de voir qui nous vaut cet article du magazine juif Tablet qui parle du caractère spécifiquement juif de la perversion du producteur hollywoodien en voie de déchéance, Harvey Weinstein.

Et si on comprend bien, les agissements du célèbre producteur, connus depuis longtemps, n’ont été étalés sur la place publique que parce qu’il a commis l’erreur de se livrer à une démonstration sexuelle devant une femme juive, lui qui auparavant ne s’en prenait qu’à des shiksas.

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Harvey Weinstein et Roman Polanski (ce dernier est recherché par la justice américaine pour viol sur mineure)

La perversion spécifiquement juive d’Harvey Weinstein

Le producteur de film déchu est un personnage sorti tout droit de l’œuvre de Philip Roth, qui réalise ses fantasmes de vengeance sur les Goyim.

par Mark Oppenheimer, Tablet (USA) 9 octobre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Note de la Rédaction: depuis sa publication des excuses ont été présentées à propos de cet article

A première vue, Harvey Weinstein a l’air d’un personnage très familier. N’est-il pas ce vieux, ce même vieux, ce même homme riche et puissant, sûr de ses droits avec sa teinture ratée qui abuse de son pouvoir pour forcer des femmes à avoir des relations sexuelles avec lui ? Harvey n’est-il pas exactement comme Roger Ailes, ou Bill O’Reilly ou, sur ce point, comme Bill Clinton? Mais examinez les détails de l’affaire et vous constaterez que la réponse est non. Harvey est différent. Harvey est, malheureusement, un genre de pervers profondément juif.

Aussi ignobles que vous puissiez trouver Ailes, O’Reilly et les autres goyim libidineux, vous reconnaîtrez que leur comportement correspond à un modèle vieux comme le monde, aussi banal que les plaintes de Fox News à propos de la « guerre contre Noël. » Les hommes sont avides de sexe et les pires parmi eux l’obtiendront par tous les moyens qu’ils jugent nécessaires. Ces messieurs méprisables ont du pouvoir et de l’influence, et ils n’hésitent pas à promettre un contrat lucratif – ou à menacer de l’annuler – pour une coucherie. Dans ces transactions, les femmes ne sont rien d’autre que des objets, et tout « consentement » n’est pas autre chose qu’une illusion. Moralement, ces hommes ne valent pas mieux que les proxénètes qui se pressent dans le bar du personnage de James Franco dans The Deuce, le nouveau feuilleton sur HBO; psychologiquement, ils ne sont pas plus complexes que les clients du bar. L’argent rentre, le foutre sort. Les femmes sont des dommages collatéraux.

Harvey a fait quelque chose de singulier – pas moins odieux, mais différent. Harvey a joué [comme un acteur]. Comme nous l’entendons dire maintenant [que nous le voulions ou pas), il aurait contraint une femme à le regarder pendant qu’il se masturbait sur une plante en pot. Et si vous voulez comprendre cet étrange comportement, n’allez pas chercher du côté de Roger Ailes, de David Vitter ou de Peter Crouch – allez voir chez Philip Roth.

Mieux sans doute que n’importe quel autre écrivain, Roth a capturé l’angoisse propre au Juif américain du 20ème siècle, qui accède finalement au pouvoir mais, n’ayant pas grandi avec, n’est pas certain de ce qu’il est censé faire maintenant. Toutes ces années à désirer des femmes non juives inaccessibles, sans avoir jamais alors les moyens de les attirer. Le résultat est Alexander Portnoy de « Portnoy et son complexe« , un homme mûr dont la vie sexuelle et émotionnelle est toujours de l’ordre du grand spectacle exactement comme à l’adolescence quand il se masturbait avec un morceau de foie.

Enfant, Portnoy rêvait d’atteindre une déesse shiksa [terme yiddish péjoratif pour désigner la femme non juive] mythique qu’il surnommait Thereal McCoy  qui fait du patin à glace « dans sa parka bleue, avec ses cache-oreilles rouges et ses grosses mitaines blanches – Miss America sur patins! Avec son gui et son pudding aux prunes (ou n’importe quoi d’autre), » mais à l’âge adulte il gagne la vraie femme qu’il surnomme Le Singe. Et que fait-il pour la rabaisser ? Il la fait coucher avec une prostituée italienne. Certes, il finit par se joindre à elles, mais pas avant qu’elles jouent dans un mauvais film – pas à Hollywood mais dans un film triple-X à San Fernando Valley. Et le surnom qu’il lui donne, Le Singe? Il vient d’un épisode de sa vie avant qu’elle rencontre Portnoy, quand un couple d’échangistes l’avait ramassée pour qu’elle mange une banane tout en les regardant copuler. Du fait d’avoir un passé qui l’excite sexuellement, elle se retrouve rabaissée avec un surnom d’animal.

Harvey est tout d’une pièce. Ayant grandi dans le Queens, il rêvait de célébrité et de fortune, et une fois qu’il les a eues, il a lutté pour les conserver en se construisant un personnage plus grand que nature. Il hurlait sur les employés comme s’il était un patron de studio des années 1920 – la seule chose qui manquait étant une cravache. Il dirigeait des campagnes pour les Oscars comme on le faisait dans le bon vieux Hollywood. Et il harcelait les femmes, pas nécessairement pour s’en servir comme instruments de plaisir mais pour d’en servir comme instruments de son pouvoir.

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Le mannequin italien Ambra Batillana et Harvey Weinstein

Il va sans dire que presque toutes ces femmes – Rose McGowan, Ambra Batillana, Laura Madden, Ashley Judd, etc – étaient des Gentilles pour mieux nourrir le fantasme vengeur d’un Weinstein sorti de son quartier de banlieue et de ses origines sémites. Mais il se trouve qu’il y avait une femme juive dans le lot, nulle autre que Lauren Sivan, celle de l’épisode de la plante en pot.

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La journaliste Lauren Sivan

C’est par cet aspect qu’il s’est par inadvertance écarté du modèle Portnoy, jouant de son vice non pour le grand spectacle américain mais pour une femme qui aurait pu être sa cousine. Harvey peut fuir ce qu’il est, mais il ne peut pas le cacher.

 

Quand un Juif organise des prières chrétiennes pour le président Trump!

11 août 2017

Le président Donald Trump a été porté au pouvoir notamment par des forces ultra-conservatrices dont les deux composantes principales sont l’Alt-Right (ou droite alternative] et les Chrétiens évangéliques.

Ces Chrétiens évangéliques utilisent des techniques bien rôdées, aussi bien au niveau du discours et de l’animation scénique, si j’ose dire, que des outils médias. Toute cette instrumentation ne porte que si elle est mobilisée autour d’une personnalité charismatique et exemplaire.

Le parcours des prophètes en réalité, et c’est bien ainsi que se désignent un certain nombre de pasteurs évangéliques.

L’article que je vous propose en évoque deux, même s’il est plus particulièrement consacré à l’un d’entre eux.

On, constate, comme on a pu le constater par ailleurs, que des Juifs, qui se considèrent comme tels, sont en capacité d’assumer un rôle dirigeant dans des communautés chrétiennes. On lit par exemple dans l’article que le dirigeant évangélique Frank Amedia a été juif autrefois. Pourtant quand on lui demande de se présenter, il dit au présent être « un Juif italien ».

On laissera de côté son parcours spirituel qui me laisse franchement dubitatif quand on voit les engagements du bonhomme qui sont en réalité axés sur les intérêts de l’Etat juif.

Le fait d’être juif n’étant pas une question de foi mais de lien de sang, d’ADN ainsi que le déclare l’autre évangélique cité dans l’article, le deuxième évangélique, Lance Wallnau. Ce dernier relatant même le propos de son père lui disant qu’il entretiendrait un « rapport instinctif » avec le peuple juif.

Voilà qui nous rappelle la vision développée par un certain Adolf Hitler!

Et il va de soi que pour ces gens, « l’Islam doit être brisé pour que le Christ puisse revenir« .

Ces Juifs passés prétendument au christianisme sont en effet les principaux promoteurs de l’islamophobie avec d’autres qui pour leur part n’utilisent pas le vecteur de l’action religieuse à proprement parler.

Le « Guerrier de la Prière » pour Trump claironne ses racines juives

Par Sam Kestenbaum August, The Jewish Forward (USA) 10 août 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un télévangéliste qui dit que ses prières ont arrêté un tsunami et qui croit que Donald Trump a été choisi par Dieu anime une campagne de prières de masse en soutien au Président – dans le cadre d’une action de protection étalée sur un mois baptisée POTUS [President Of The USA] Shield.

Frank Amedia, auparavant « chargé de liaison pour la politique chrétienne » pendant la campagne électorale de Trump et « Guerrier de la Prière » autoproclamé a lancé un projet avec d’autres « prophètes » ou « apôtres » pour créer un « bouclier de prière » protecteur autour de la présidence Trump. Il a organisé à cette fin des groupes de prière et des rassemblements au cours de ces six derniers mois.

Frank Amedia

Frank Amedia

« Ces moments forts sont toujours une occasion excitante et puissante d’écouter en coulisses le cœur qui bat derrière le POTUS Shield, » lit-on sur le site web d’Amedia,  » et ils mettent en place l’atmosphère dans la région ! »

Les leaders du POTUS Shield voient la politique comme une guerre spirituelle. Le groupe, a apporté dans un article récent Right Wing Watch [l’observatoire de l’extrême droite], s’inscrit dans ce que les spécialistes de religion qualifient de « forme de christianisme qui se développe le plus vite aux Etats Unis et peut-être dans le monde » – une tendance su protestantisme évangélique qui met l’accent sur l’expérience surnaturelle directe à travers les « dons de l’esprit. »

Image promotionnelle pour le "bouclier de prière" de Frank Amedia pour le président.

Un autre fait dont Amedia parle avec fierté ?

Il était juif autrefois.

« Je suis un Juif italien, mes parents avaient un héritage juif et un héritage italien , »a déclaré Amedia au cours d’un entretien pour une émission de télévision chrétienne l’an dernier.

Son groupe, constitué de 20 membres du conseil ne se targue pas d’accueillir des personnes très ou appartenant à de grandes familles, mais leur leader aime à parler de ses liens avec le Président. Amedia soutient avoir dit au Président qu’il avait été porté au pouvoir par Dieu dans le cadre d’un plan sacré pour bâtir une nation chrétienne forte – qui à son tour fera revenir Jésus Christ pour qu’il règne sur le monde.

« Leur théologie dit que le Christ reviendra seulement avec une église triomphante et dominatrice, » explique Peter Montgomery, auteur du rapport de Right Wing Watch. « Ils consid_rent leur activisme politique comme nécessaire pour provoquer le retour du Christ. »

POTUS Shield a programmé une série de rassemblements dans tout le pays entre maintenant et les élections de mi-mandat de 2018 où ils prévoient de rassembler des soutiens et répandre leur message. Les objectifs concrets avoués du groupe comprennent la suppression du droit à l’avortement, l’interdiction des mariages homosexuels et la révocation des juges fédéraux dont les décisions ne leur conviennent pas. Amedia et sa femme dirigent aussi Touch Heaven Ministries.

Comme beaucoup d’autres évangéliques a une grande vénération pour Israël, un autre pays qu’ils considèrent comme sacré – le shofar [instrument à vent fabrique à partir d’une corne de bélier] avait même résonné et le drapeau israélien flottait pendant la réunion inaugurale de ce groupe de prière

Dans l’entretien sur sa vie passée, Amedia a dit avoir appartenu à une su*ynagogue conservatrice mais en était venu à se sentir frustré dans sa foi. « Ce qui m’intéressait, c’était la manière de revenir à une relation où on voit Dieu, » avait-il dit. Media s’était installé dans une ferme, avait construit un autel et avait commencé à « pratiquer des sacrifices pour faire se manifester la présence de Dieu. »

Il avait observé les rites d’un prêtre juif, disait-il, se conformant aux prescriptions alimentaires et lavant soigneusement ses robes.

Mais cela aussi l’avait laissé insatisfait. Un jour d’hiver, se sentant abattu, il avait erré dans la neige. Il pleurait, disait-il, et demandait à Dieu « d’envoyer un ours pour qu’il me tue et me dévore. »

C’est à ce moment qu’il « a entendu la voix de Dieu pour la toute première fois » – une expérience transformatrice qui le conduisit vers Jésus. « J’eus la révélation que Jésus était Dieu » disait-il.

Il reçut par la suite une formation par Guillermo Maldonado, un pasteur de Miami membre de la New Apostolic Reformation, un groupe de personnes « qui s’autoproclament prophètes et apôtres des temps modernes, » selon le Christian Times.

« Il a été crédité de plusieurs prophéties incroyables, » lit-on sur son site internet et « il jouit des dons de guérir, de faire des miracles, de délivrer [du tourment?], des paroles de la connaissance, d’enseigner et il est aussi un pianiste chevronné et un auteur de psaumes. »

Amedia, qui guide des circuits religieux en Terre Sainte, évoque souvent ses origines juives – un élément qui plait à ses adeptes.

Le leader évangélique n’est pas le seul à évoquer des origines juives. D’autres personnalités, dont d’autres prophètes autoproclamés qui soutiennent Trump font la même chose.

Par exemple, l’évangéliste Lance Wallnau – qui, incidemment, dit aussi avoir prophétisé l’ascension de Trump – affirme aussi avoir des racines juives.

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Pour Amedia, Wallnau et d’autres, la judéité est évoquée en tant que lien de sang ou de lien génétique avec un peuple ancien.

Wallnau raconte une histoire dramatique sur la manière dont son propre père lui avait révélé son identité juive. « Pour le restant de ta vie, tu auras un rapport instinctif avec le peuple juif. C’est dans ton ADN, » disait son père. « C’est dans tes os. C’est dans ton identité. Tu le sauras parce que tu le ressentiras. »

 

La connivence entre sionisme et antisémitisme remise en lumière par l’actualité américaine

20 novembre 2016

On ne sait pas trop ce que va donner la présidence de Donald Trump en dépit de signaux pas forcément encourageants, mais son élection aura eu au moins le mérite de semer (provisoirement) la discorde dans les rangs de l’establishment juif aux Etats Unis.

On sait que parmi les électeurs de Donald Trump, il faut compter des extrémistes de droite nostalgiques de l’époque qui avait précédé la guerre de sécession comme par exemple les membres du Ku Klux Klan.

Difficile de dire exactement combien pèsent réellement ces électeurs qui sont sans doute assez peu nombreux mais, par contre, relativement organisés dans une mouvance qu’on appelle alt-right aux Etats Unis, fachosphère dirait-on en France. Le site internet Breitbart News a été un des principaux vecteurs de diffusion et d’expression des idées et des opinions de cette fachosphère américaine avec tout ce qu’elles comportent notamment de racisme y compris dans sa version antisémite.

Il se trouve que le patron de Breitbart News, Steve Bannon, vient d’être choisi par Donald Trump pour être son directeur de la stratégie à la maison Blanche.

donald trump steve bannon

Steve Bannon (à droite) et Donald Trump

Un choix qui fait grincer des dents dans une bonne partie de la communauté juive mais qui rencontre un accueil favorable dans d’autres secteurs de la même communauté qui saluent son engagement en faveur de l’Etat prétendu juif.

Jamais depuis les débuts de l’hitlérisme en Allemagne la connivence entre sionisme et antisémitisme n’était apparue avec une telle netteté.

Pourquoi il est ‘absolument’ possible à Steve Bannon d’être pro-Israël et antisémite.

Voici ce que les dirigeants juifs pensent du choix de Donald Trump pour le poste de responsable de la stratégie

Par Carol Kuruvilla, The Huffington Post (USA) 17 novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Steve Bannon , ancien patron de Breitbart News, a pendant des années et avec une grande fierté donné aux nationalistes blancs et aux antisémites une plateforme pour répandre leur haine.

Lorsque l’Anti-Defamation League, une des plus anciennes organisations juives américaines consacrées à la lutte contre l’antisémitisme, a dénoncé la décision de Donald Trump de faire de  Bannon son stratège en chef , les soutiens juifs du président élu se sont précipités pour défendre Bannon – le dépeignant comme un «défenseur d’Israël ».

Aaron Klein, chef du bureau de Breitbart à Jérusalem, a déclaré à BuzzFeed que Bannon est un «patriote engagé qui est profondément préoccupé par les menaces croissantes sur Israël. »

Mais certains leaders intellectuels et religieux juifs ne sont pas disposés à accepter l’argument selon lequel être pro-Israël ou s’engager fermement à protéger Israël ne disculpe pas automatiquement quelqu’un d’être un antisémite.

En fait, soutiennent ces leaders, il est absolument possible que des gens soutiennent Israël et soutiennent dans le même temps des réseaux qui promeuvent la haine à l’égard des Juifs américains.

Le Religious Action Center of Reform Judaism [Centre d’ action religieuse du judaïsme réformé] est la branche politique de l’Union for Reform Judaism, la plus grande organisation religieuse juive des Etats Unis. Dans une déclaration à The Huffington Post son directeur, le rabbin Dov Jonah Pesner, tient Bannon pour responsable de l’animation d’une plateforme pour  » l’ antisémitisme, le racisme, la misogynie et la xénophobie. »

« Nous ne pouvons le juger que par ses actes, et il était le PDG de l’entreprise de médias préférée des nationalistes blancs.  Il ne devrait y avoir aucune place pour ces opinions à la Maison Blanche, » a déclaré Pesner à The Huffington Post. « Son soutien professé à Israël ne change pas le fait qu’il n’a pas renié le travail imbibé de haine qu’il a publié. »

J Street, une organisation de lobbying pro-Israël libérale [centriste selon la terminologie américaine,NdT], a également été critique à l’égard de Bannon.  Jessica Rosenblum, vice-présidente de l’organisation chargée de la communication, a déclaré à The Huffington Post qu’il est « tout à fait adapté » d’accoler l’étiquette d’antisémite à ceux qui utilisent et promeuvent la rhétorique antisémite et qui «aident de manière routinière et soutiennent les tenants de la suprématie blanche en diabolisant les Juifs et d’ autres minorités religieuses et ethniques. »

 » Les amis de Steve Bannon à l’extrême droite de la communauté juive peuvent arguer facilement de son soutien à Israël, mais cela ne change rien au fait que Bannon propage une idéologie de haine et le sectarisme qui est extrêmement hostile et dangereuse pour les Juifs américains et toutes les valeurs – telles que la tolérance, la diversité et l’ égalité – que nous défendons et que nous protégeons dans ce pays « , a déclaré Rosenblum dans un communiqué.

La nomination de Bannon a provoqué une réaction mitigée au sein de la communauté juive américaine dans sa diversité – avec certaines organisations exprimant avec force leur mécontentement et d’autres, telles que l’Organisation Sioniste d’Amérique [Zionist Organization of America] et la Coalition juive républicaine,en faisant au contraire l’éloge et la soutenant. D’autres organisations, comme l’American Israel Public Affairs Committee [le cœur du lobby sioniste] et l’American Jewish Committee, choisissent de garder le silence ou en attendant de voir comment Bannon à l’œuvre à ce poste.

Le rabbin Abraham Cooper, vice-doyen du Centre Simon Wiesenthal, a longtemps travaillé à pister l’antisémitisme en ligne. Il a déclaré par courriel à The Huffington Post qu’il n’a pas vu de « preuve définitive » que Bannon est personnellement un antisémite, ou quelqu’un qui hait les Juifs, le judaïsme, et les valeurs juives.

« En 2016, Israël est le foyer de la plus grande communauté juive dans le monde. Il est également le centre spirituel du judaïsme et du monde juif « , a déclaré Cooper à The Huffington Post. «Compte tenu de ces faits, il serait difficile de classer quelqu’un comme un antisémite de type classique, s’il soutient et défend l’Etat juif et ses 8,3 millions de citoyens (dont plus de 6 millions de Juifs). »

 « Toutefois, compte tenu des éloges –appréciés ou pas –  que sa nomination a suscité de la part d’intolérants comme David Duke, tous les Américains, y compris les juifs américains, ont le droit et l’ obligation d’examiner attentivement tout ce que M. Bannon fait pour le président élu et chaque déclaration qu’il fait en rapport avec la politique sociale et les affaires étrangères et de les critiquer vigoureusement le cas échéant ».

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David Duke a été un Grand Dragon du ku Klux Klan

Le rabbin Jack Moline, Président de Interfaith Alliance [alliance interreligieuse], a déclaré à The Huffington Post penser qu’une personne peut «absolument» être pro-israélienne et antisémite dans le même temps. Moline se définit à la fois comme juif et sioniste. Mais il a prévenu qu’il était dangereux de confondre ces deux identités.

« Certains ont des raisons politiques, religieuses et idéologiques pour soutenir l’Etat d’Israël qui ont peu ou rien à voir avec le soutien pour le peuple juif lui-même », a affirmé Moline au Huffington Post dans un courriel. «Le fait que Bannon a gagné le soutien d’une poignée de juifs américains de droite qui partagent ses opinions politiques ne fait rien pour effacer ses propos antisémites ou la nature antisémite du mouvement alt-right que son site a favorisé. « 

Les désaccords entre Juifs américains autour de la nomination de Bannon interviennent au beau milieu d’informations sur du vandalisme et de la propagande antisémite qui se revendique de Trump en quelques endroits à travers le pays. En particulier, des journalistes juifs ont été confrontés à un déluge « quantité sans précédent » d’insultes antisémites sur internet pendant cette période électorale.

Jane Eisner, rédactrice en chef du site juif Forward, a parlé des propos haineux tenus sur internet contre elle et d’autres journalistes juifs pendant la campagne électorale. Elle pense qu’ils venaient en bonne partie de ceux qui s’identifient avec la candidature de Trump. Dans une tribune libre, Eisner a insisté sur ce qu’elle a appelé l’hypocrisie à couper le souffle » des Juifs qui soutiennent Bannon, et a condamné la logique qui veut que « tant que vous soutenez certaines politiques du gouvernement israélien actuel, il est correct de copiner avec des gens qui haïssent les Juifs « .

« Les Juifs en Amérique qui sont la cible de menaces et de harcèlement antisémites – et ici j’inclus beaucoup d’ entre nous au Forward – doivent faire cause commune avec d’ autres groupes minoritaires qui vivent cela et même pire dans l’ environnement politique toxique d’aujourd’hui», écrit Eisner. « Si, au contraire, les Juifs excusent le comportement odieux de l’extrême droite parce qu’il se trouve que certaines de ces personnes soutiennent certaines politiques en Israël – en particulier lorsque ces politiques prolongent près d’un demi-siècle d’occupation – alors ils abandonnent des alliés naturels dans la lutte pour une Amérique plus tolérante ».

« Et pire encore, ils ont abandonné leurs coreligionnaires juifs. »

 

Esclavagisme et système électoral aux Etats Unis

12 novembre 2016

Le droit constitutionnel est une discipline qui peut s’avérer intéressante et permettre de montrer quels intérêts sont cristallisés dans le texte législatif fondamental qu’est une constitution.

C’est seulement quand les rapports de force changent profondément que ce genre de texte évolue significativement ou est renouvelé complètement.

La Constitution américaine est pratiquement inchangé depuis sa rédaction au 18ème siècle par les Pères Fondateurs, ce qui donne à penser que les intérêts de l’époque restent bien représentés par ce texte, ou encore que d’autres intérêts qui ont émergés par la suite ont estimé que les lignes directrices tracées par lui leur permettent de défendre et de promouvoir leurs intérêts. Et donc que les rapports de domination contemporains sont dans leur essence de même nature que ceux qui avaient orienté la rédaction de la loi fondamentale.

L’article que je vous propose, sans aller vers ce genre de raisonnement, expose cependant un des principaux rapports de domination qui a justifié le système du Collège Electoral, ou des grands électeurs, souvent décrié, particulièrement au moment où ce système a permis à un Donald Trump légèrement distancé en nombre de voix de réunir plus de grands électeurs que sa rivale Hillary Clinton et donc de s’imposer dans la course à la présidence des Etats Unis.

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Deux  faits importants: une participation électorale en baisse et une légère avance pour Hillary Clinton en nombre de voix populaires

Une problématique à mettre en relation avec celle de l’hymne national des Etats Unis.

La raison troublante qui explique l’existence du Collège Electoral

Par Akhil Reed Amar, Time Magazine (USA)   8 novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les pères fondateurs avaient quelque chose de particulier à l’esprit quand ils ont mis en place le système électoral présidentiel américain : l’esclavage

Alors que les Américains attendent la mise en route quadriennale de la course d’obstacles qu’on appelle maintenant le Collège Electoral, il est bon en premier lieu de se souvenir de la raison pour laquelle nous sommes dotés de cet étrange dispositif politique. Après tout, les gouverneurs des 50 Etats sont élus au suffrage universel direct ; pourquoi ne pas faire de même pour le gouverneur de tous les Etats, c’est-à-dire le président des Etats Unis ? Les bizarreries du système du Collège Electoral ont été mises en évidence cette semaine quand Donald Trump a remporté la présidentielle avec une majorité de grands électeurs alors même qu’il était légèrement devance par Hillary Clinton en nombre de suffrages populaires.

Certains disent que les pères fondateurs avaient préféré le Collège Electoral au suffrage universel direct afin d’équilibrer les intérêts des Etats peu et très peuplés. Mais les coupures les plus nettes aux Etats Unis n’ont jamais été entre les petits Etats et les grands, mais entre le nord et le sud, et entre les côtes et l’intérieur.

Un argument de l’époque des pères fondateurs en faveur du Collège Electoral découlait du fait que les Américains ordinaires à travers un territoire immense ne disposeraient pas de suffisamment d’informations pour choisir directement et avec discernement parmi les candidats à la présidentielle les plus en vue.

Cette objection pouvait être justifiée dans les années 1780, quand la vie était beaucoup plus locale. Mais l’émergence précoce de partis présidentiels nationaux la rendit obsolète en associant les candidats à la présidentielle à toute une série de candidats locaux et de plateformes nationales qui expliquaient aux électeurs les positions des candidats.

Même si les rédacteurs de la Constitution à Philadelphie n’avaient pas anticipé l’émergence d’un système de partis présidentiels nationaux, le 12ème amendement – proposé en 1803 et ratifié un an plus tard – était rédigé avec un tel système partisan à l’esprit, suite à l’élection de 1800 – 1801. Lors de cette élection, deux partis présidentiels rudimentaires – les Fédéralistes dirigés par John Adams et les Républicains de Thomas Jefferson – avaient pris forme et s’étaient affrontés. Jefferson l’avait finalement emporté, mais seulement après une longue crise provoquée par plusieurs lacunes dans la mécanique électorale des rédacteurs de la Constitution. En particulier, les électeurs républicains n’avaient aucune possibilité formelle de signifier qu’ils voulaient Jefferson comme président et Aaron Burr comme vice-président plutôt que l’inverse. Certains politiciens avaient alors essayé de profiter de la confusion qui en avait résulté.

C’est le 12ème amendement adopté en 1803 qui permit à chaque parti de désigner un candidat à la présidence et un autre candidat à la vice-présidence. Les modifications du processus électoral introduites par cet amendement transformèrent le cadre défini par les rédacteurs de la Constitution, permettant aux élections présidentielles ultérieures d’être ouvertement populistes et des affaires de partis présentant un ticket avec deux candidats. C’est le système du Collège Electoral prévu par le 12ème amendement, pas la Constitution de Philadelphie, qui demeure en place aujourd’hui. Si le manque d’informations du citoyen moyen avait pu être la véritable justification du Collège Electoral, ce problème était largement résolu vers 1800. Alors pourquoi tout ce dispositif du Collège Electoral n’avait-il pas été abandonné à l’époque ?

Les cours d’instruction civique qui portent sur le Collège Electoral mentionnent rarement le véritable démon qui a condamné le suffrage universel direct au niveau national en 1887 et 1803 : l’esclavage.

A la convention de Philadelphie, le Pennsylvanien visionnaire James Wilson proposa l’élection du président au suffrage universel direct. Mais l’habile Virginien James Madison avait répliqué qu’un tel système s’avérerait inacceptable pour le Sud : « La base électorale était beaucoup plus large dans les Etats du Nord que dans ceux du Sud; » et ces derniers pourraient se retrouver sans influence sur l’élection du fait de la présence de nombreux Noirs. » En d’autres termes, avec le suffrage universel direct, le Nord pèserait beaucoup plus que le Sud dont les nombreux esclaves (plus de 500 000 en tout) n’avaient évidemment pas le droit de vote. Mais le système du Collège Electoral- dont Madison avait proposé un prototype dans le même discours – permettait à chaque Etat du sud de compter sa population servile, avec cependant une réduction des deux cinquièmes – pour le calcul de sa part de représentants au niveau national.

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Les 13 colonies fondatrices des Etats Unis

La Virginie avait été la grande gagnante – c’était la Californie de l’époque des pères fondateurs – avec 12 sur le total des 91 votes alloués par la Constitution de Philadelphie, soit plus du quart des 46 voix nécessaires pour emporter l’élection au premier tour. Au recensement de 1800, l’Etat libre de Pennsylvanie de Wilson qui avait 10 % d’habitants libres de plus que la Virginie obtint cependant 20 % de grands électeurs de moins. Par un effet pervers, plus la Virginie (ou tout autre Etat esclavagiste) achetait ou entretenait, plus son poids électoral était important. Quand un Etat esclavagiste affranchissait des Noirs qui partaient ensuite pour le Nord, l’Etat courait le risque de perdre des grands électeurs.

Si l’avantage donné par ce système à l’esclavagisme n’était pas massivement évident au moment de la ratification de la Constitution, ce fait apparut rapidement. Pendant 32 des 36 premières années de la Constitution, la présidence fut occupée par un Blanc de Virginie propriétaire d’esclaves.

Le Sudiste Thomas Jefferson, par exemple, gagna l’élection de 1800-1801 contre le Nordiste John Adams dans une compétition où les électeurs supplémentaires qui résultaient de l’esclavagisme furent la marge décisive pour la victoire ; sans les grands électeurs supplémentaires attribués du fait de la population servile, les Etats majoritairement sudistes qui soutenaient Jefferson n’auraient pas suffi à lui donner une majorité. Comme de fins observateurs l’avaient remarqué à l’époque, Thomas Jefferson s’était métaphoriquement transporté dans les murs de l’exécutif à dos d’esclaves.

La compétition de 1796 entre Adams et Jefferson avait été marquée par une division encore plus nette entre les Etats du nord et ceux du sud. Donc, à l’époque du 12ème amendement qui bricolait avec le système du Collège Electoral au lieu de le démanteler, le biais pro-esclavagiste de ce système n’était déjà plus un secret. De fait, pendant les débats parlementaires autour de cet amendement fin 1803, le député au Congrès Samuel Thatcher avait déploré que « la représentation des esclaves ajoute treize membres à cette chambre du présent Congrès, et dix-huit grands électeurs pour le président et le vice-président à la prochaine élection. » Mais la protestation de Thatcher était restée sans effet. Une fois de plus, le Nord avait cédé au Sud en refusant de pousser pour une élection nationale au suffrage universel direct.

A la lumière de cette histoire plus complète (quoique moins flatteuse) du système du Collège Electoral à la fin du 18ème et au début du 19ème siècles, les Américains devraient se demander s’ils veulent conserver cette institution bizarre au 21ème siècle.

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Le professeur Akhil Reed Amar

Akhil Reed Amar enseigne le droit constitutionnel à l’université de Yale. Cet article se base sur son livre publié récemment, The Constitution Today.

Sur la Syrie, l’opinion publique américaine préfère Vladimir Poutine à Hillary Clinton et Barack Obama

3 novembre 2016

On a ici un sondeur déçu par le résultat d’une enquête réalisée par son institut. En effet, alors même que le souhait profond de cet universitaire est que l’opinion publique américaine mette dans un même sac le président syrien Bachar al-Assad et Daesh, il se trouve la dite opinion publique, même exposée aux arguments classiques de l’impérialisme, préfèrent placer en tête de ses priorités la défaite de Daesh.

Et pire encore, cette opinion publique américaine aimerait que son gouvernement se rapproche de celui de la Russie pour une lutte plus efficace.

Le sondage est fait par un institut universitaire, ce qui a sans doute empêché l’auteur de ce papier d’en manipuler les résultats.

Les Américains détestent plus l’Etat Islamique que Poutine ou Assad. Voici comment sont structurées leurs préférences politiques

par Shibley Telhami, The Washington Post (USA) 1er novembre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Même si l’élection présidentielle aux Etats Unis n’a guère porté sur de réelles questions politiques, le conflit en Syrie et la lutte contre l’Etat Islamique ont figuré parmi les problèmes politiques sensibles souvent débattus pendant l’année écoulée par Donald Trump et Hillary Clinton. Si tous deux ont souligné la menace que représente l’Etat Islamique, ils ont divergé sur la manière concrète de lui faire face.

Une nouvelle enquête d’opinion sur les questions sensibles [critical issues] de l’Université du Maryland – conduite par Nielsen Scarborough auprès d’un échantillon représentatif au niveau national de 1528 électeurs inscrits avec une marge d’erreur de 2,5 % – apporte un éclairage nouveau sur la façon dont l’opinion publique américaine se positionne sur ces questions. Il s’avère que les Américains souhaitent mettre de côté les divergences avec la Russie pour unir les efforts contre l’Etat Islamique (ISIS dans l’enquête). Ce qui ne signifie pas que les Américains ont confiance en la Russie ou qu’ils aiment son président, Vladimir Poutine. En fait, les Américains n’aiment pas Poutine: les Démocrates l’identifient dans une réponse à une question ouverte comme étant la personne la plus détestée parmi les responsables politiques qu’ils soient américains ou étrangers tandis que les Républicains le considèrent comme la quatrième personnalité la plus détestée, tout près de Kim Jong Un mais loin derrière leurs cibles intérieures que sont le Président Obama et Mme Clinton.

Nommez SVP un dirigeant national ou étranger que vous détestez (répondants démocrates en bleu, républicains en rouge)

En dépit de l’expression de cette animosité à l’égard de Poutine, l’opinion américaine est encline à mettre de côté les différences avec la Russie pour affronter l’Etat Islamique, malgré même le fait que Moscou travaille aussi avec les opposants aux Etats Unis que sont le régime syrien du président Bachar al-Assad, le Hezbollah et l’Iran. Et alors que les Américains continuent à exprimer des réserves quant à une extension de l’engagement militaire US en Syrie, l’électorat de Trump exprime des vues beaucoup plus bellicistes non seulement par rapport à l’électorat de Clinton mais aussi par rapport aux déclarations de Trump.

Commençons par les attitudes à l’égard des relations avec la Russie sur la Syrie. Les Américains, quelles que soient leurs tendances partisanes sont d’accord sur une question : le degré auquel ils voudraient voir une plus grande coopération russo-américaine. Pour deux tiers des personnes interrogées, le niveau actuel de coopération est plus faible que celui qu’elles souhaiteraient, c’est le cas de 72 % des républicains et de 65 % des démocrates.

Dans l’ensemble, comment décririez vous le niveau actuel de la coopération russo-américaine dans le conflit syrien (les barres tout en bas correspondent à ceux qui la jugent insuffisante)

Après avoir rappelé aux personnes interrogées le fait que les Etats Unis et la Russie soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien même si les deux pays veulent vaincre l’Etat islamique, nous avons demandé aux personnes quelle était la meilleure façon de vaincre l’Etat Islamique. Quelque 60 % – dont 2/3 des républicains et une majorité des Démocrates – ont indiqué préférer que soient mises de côté les divergences avec la Russie pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat Islamique.

Quelle est selon vous la meilleure façon pour l’Amérique de combattre Daesh?

A l’évidence, un des facteurs qui sous-tend ces attitudes est le fait que l’opinion a identifié depuis des mois, dès novembre 2014,l’Etat Islamique comme étant la principale menace pour les intérêts américains. En fait, dans la présente enquête, la lutte contre l’Etat Islamique supplante même l’immigration et le déficit commercial comme priorité pour l’opinion américaine. Quand on leur a demandé de choisir leurs plus grandes priorités parmi un certain nombre de problèmes qui comprenaient la montée en puissance de la Chine et l’affirmation russe, la lutte contre l’Etat Islamique est arrivée en tête avec 53 % des répondants l’identifiant comme une de leurs deux plus grandes priorités.

Parmi les problèmes suivants, lesquels devraient être les plus grandes priorités des Etats Unis?

Cet accent mis par l’opinion publique sur la menace de l’Etat Islamique prime sur toutes les autres préoccupations, même celles qui portent sur l’assurance [retrouvée] de la Russie. Il devance aussi les inquiétudes du public relativement à Assad. Il est bien sûr possible que le public américain, distrait par sa campagne présidentielle, n’ait pas accordé suffisamment d’attention aux informations sur les bombardements de la Russie et di gouvernement syrien qui ont tué beaucoup de civils et détruit des hôpitaux. Il est aussi peu probable qu’une grande partie du public ait été informé des arguments selon lesquels Assad avait un intérêt à l’ascension de l’Etat Islamique afin de détourner les énergies locales et internationales qui se seraient, sinon, concentrées sut son éviction. Mais la crise syrienne dure depuis plusieurs années et les informations des médias américains se sont concentrées sur les atrocités et les réfugiés bien avant le début de la campagne électorale. Beaucoup d’Américains ont une aversion profonde pour Assad (il est classé sixième sur la liste des personnalités les plus détestées) et veulent voir un changement de régime en Syrie. Dans une question qui portait spécifiquement sur ce sur quoi ils aimeraient que les Etats Unis se concentrent en Syrie, 35 % des répondants disent qu’ils considèrent comme une priorité la défaite et la fin du régime Assad. Cependant 52 % considèrent que vaincre l’Etat Islamique est la première priorité contre seulement 2 % pour qui l’éviction d’Assad est la principale priorité.

Quel devrait être le premier objectif de l’engagement militaire américain en Syrie? (1 % des républicains et 3 % des Démocrates pensent que l’éviction d’Assad devrait être le premier objectif).

La préférence pour une coopération avec la Russie peut être aussi vue comme un choix entre deux mauvaises alternatives. Deux tiers des répondants craignent de donner un soutien militaire significatif aux rebelles syriens qui peuvent avoir dans leurs rangs des éléments islamistes autres que ceux de l’Etat Islamique ou d’al Qaïda. Même avoir présenté aux répondants une série d’arguments classiques pour ou contre l’envoi d’une importante force militaire terrestre américaine pour aider à vaincre l’Etat Islamique, 63 % des Américains restent opposés à une telle mesure.

Etes-vous favorable au déploiement d’importantes forces terrestres américaines en Syrie et en Irak pour combattre Daesh?

S’il existe un dossier solide pour soutenir que lutter contre Assad ou contrer la politique étrangère russe  devrait être au moins aussi important que combattre l’Etat Islamique – ou que la menace de l’Etat Islamique est peut-être exagérée compte tenu des autres priorités des Etats Unis dans le monde – cette enquête montre que les Américains ne l’ont pas entendu. Pour l’instant, confronter l’Etat Islamique l’emporte sur tout le reste, y compris l’hostilité à l’égard de Poutine et Assad.

Shibley Telhami est professeur titulaire de la chaire Sadate et directeur de Critical Issues Poll à l’université du Maryland Critical Issues Poll. Il est professeur associé à la Brookings Institution.

Femmes de pouvoir mais invisibles et innommables pour le judaïsme ultra-orthodoxe

1 novembre 2016

Un article qui vaut petit rappel sur l’attitude extrême du judaïsme ultra-orthodoxe à l’égard de l’image de la femme qui ne peut même pas être représentée dans un journal. Et on ne parle pas ici de femmes en bikini…

D’ailleurs, souvent, elles ne peuvent pas même être nommées!

Les contorsions de la presse ultra-orthodoxe juive dans ses informations sur Hillary Clinton

Dans les principales publications ultra-orthodoxes, les femmes n’existent tout simplement pas

Par Lourdes Baeza, El Pais (Espagne) 1er novembre 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Informer sur les élections aux Etats Unis sans montrer une seule image de la candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, ne semble pas être une tâche facile mais les publications ultra-orthodoxes israéliennes parviennent à le faire. De fait, elles suivent pratiquement au jour le jour la campagne présidentielle américaine depuis des mois non seulement sans publier une seule photo d’elle mais aussi sans mentionner son nom. On pourrait dire que si elle dépendait de ses propres sources d’informations, la majorité des Juifs les plus extrémistes pourraient croiser Hillary Clinton dans la rue sans la reconnaître.

Le code moral strict qui régit les principales publications haredies -ultra-orthodoxes- exigent qu’il en soit ainsi. Montrer des images de femme va à l’encontre de l’orthodoxie juive et viole le principe de pudeur en vigueur dans une grande partie de cette communauté ultra-religieuse qui représente déjà environ 11 % des 8,5 millions d’habitants qui peuplent Israël selon les derniers chiffres officiels. La solution consiste à parler d’elle en illustrant les informations avec des photographies de son concurrent, de la Maison Blanche ou même de son mari, Bill Clinton.

Aux Etats Unis, où sont également édités plusieurs journaux ultra-orthodoxes, cette catégorie de journaux peut surprendre à l’occasion et oser publier des images d’Hillary Clinton comme celle qu’a publiée en août dernier le magazine haredi Yated Ne’man, dont le siège se trouve à New York. Sur la photo, on voit seulement un bras de la candidate nord-américaine et son visage est opportunément dissimulé par le pupitre depuis lequel elle prononce un discours de campagne en Floride. Astuces ou audace – selon les points de vue – qui ne sont pas de mise en Israël.

Image de Clinton lors d'un rassemblement en Août qui a publié un environnement Haredi.

Portrait osé de Hillary Clinton dans la magazine newyorkais Yated Ne’man

Hamodia, le quotidien doyen de la presse israélienne ultra-orthodoxe n’a même pas publié d’images de Golda Meir, la première femme à devenir chef du gouvernement et qui fut premier ministre de l’Etat hébreu de 1969 à 1974. Pour Hamodia, il n’y a pas d’exceptions. Ni à l’époque, ni maintenant. L’an dernier, quand fut connue la photo officielle des membres du cabinet actuel de Netanyahou, Hamodia avait choisi de ne l’inclure dans aucune de ses éditions parce qu’y figuraient trois femmes ministres : celle des sports et de la culture, Miri Regev; celle de la justice, Ayelet Shakef et celle des affaires sociales, Gila Gamliel.

Hamodia s’était limité à publier la liste des ministres en omettant les noms des femmes membres du cabinet et ne se référant à elles que par la dénomination de leur portefeuille. Dans le même cas, d’autres publications haredies israéliennes connues comme Behadrei Haredimm – dont la rédaction se trouve à Bnei Brak, une des villes israéliennes peuplées en majorité d’ultra-orthodoxes – avaient préféré se servir de Photoshop pour effacer les visages des femmes ministres. « Nous ne montrons pas des photos de femmes par respect pour nos lecteurs et pour la tradition. Peu importe qui elles sont. Même si Mme Clinton est élue président, sa photo n’apparaîtra jamais dans notre magazine, » assure Meni Schwartz, rédacteur en chef de Behadrei Haredim.

Une pratique également habituelle chez Ha Meyaser, la troisième des principales publications ultra-orthodoxes du pays et qui a été fondée par un député de la Knesset – le parlement d’Israël – membre du parti religieux Union de la Torah. Ha Meyaser s’était fait connaître internationalement parce qu’en janvier 2015, dans la photo de la marche solidaire qui avait vu nombre de dirigeants politiques mondiaux défiler dans les rues de Paris pour protester contre les attentats contre l’hebdomadaire français Charlie-Hebdo, la rédaction avait carrément refabriqué une photo pour ses lecteurs en éliminant de la photo originale toutes les femmes qui y étaient présentes. Parmi elles, la chancelière allemande Angela Merkel et la maire de Paris Anne Hidalgo.

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Anne Hidalgo,à l’extrême gauche de la photo, Angela Merkel et Federica Mogherini (chef de la diplomatie de l’UE) entre Mahmoud Abbas et le roi de Jordanie ont été effacées de la photo publiée dans le journal ultra-orthodoxe

Il existe des publications ultra-orthodoxes comme Kikar Hashabbat qu mettent des photos de femmes sous réserve qu’elles respectent certaines normes de pudeur au niveau de l’habillement. Mais ce sont des exceptions et elles sont moins populaires chez les ultra-orthodoxes que Hamodia, Behadrei Haredim ou Ha Meyaser. « Je ne pense pas que le fait que Hillary Clinton soit élue à la présidence des Etats Unis y change quoi que ce soit. »

« Ils ont empêché pendant des années les femmes de faire partie de leurs listes de candidats à la Knesset. Dans certains domaines, nous pouvons changer les choses mais pas dans celui des moyens de communication, » reconnaît le rabbin Uri Regev qui dirige l’organisation Hiddush de promotion du pluralisme religieux.


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