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L’Etat et le régime turcs à l’épreuve de la Syrie

20 janvier 2014

Un petit article qui en dit long : des gendarmes Turcs, donc des militaires, interceptent des camions chargés d’armes destinées à la Syrie,

Et l’équipage de ces camions n’est pas constitué de membres d’une quelconque milice du genre Jabhat al-Nosra mais tout simplement d’agents secrets agissant sur ordre des autorités de leur pays,

L’incident décrit ici attire notre attention sur l’hypocrisie du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan mais surtout sur le manque de confiance et même l’animosité qui règnent dans l’appareil d’Etat turc.

 La gendarmerie turque fouille des camions près de la frontière avec la Syrie

Hürriyet (Turquie) 19 janvier 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

ADANA – Des équipages de gendarmerie ont intercepté trois camions dans la province méridionale d’Adana le 19 janvier suite à un renseignement reçu selon lequel ils transportaient des armes et des munitions.

Le bureau du gouverneur d’Adana a publié un communiqué indiquant que les personnes qui se trouvaient dans les camions appartenaient aux services de renseignements turcs ((MİT) et étaient en mission officielle.

Les camions sont repartis après la fouille, ajoute le communiqué.

Les services de sécurité ont saisi des armes dans les camions, selon le quotidien Radikal.

Les camions avaient été interceptés au péage de Ceyhan sur la route principale entre les provinces d’Adana et de Gaziantep.

Adana et Gaziantep sont deux pièces maîtresses du dispositif militaire de l'OTAN en Turquie

Adana et Gaziantep sont deux pièces maîtresses du dispositif militaire de l’OTAN en Turquie

Plus tard dans la même journée, le nombre de camions interceptés par les services de sécurité était monté jusqu’à sept, selon les informations de presse.

Des mesures de sécurité auraient été prises contre le risque d’explosion pendant l’opération, avec des dispositifs de brouillage déployés sur place.

La police a arrêté au moins deux journalistes qui avaient pris des photos des camions, a indiqué Doğan News Agency.

Début janvier, le gouverneur du Hatay, Celalettin Lekesiz, avait empêché la fouille d’un camion en prétextant que son chargement était un secret d’Etat. Le camion avait continué sa route après que le procureur avait pris note de cet élément.

Le gouvernement avait ensuite annoncé que le camion transportait de l’aide pour les Turkmènes en Syrie.

« Il y a des Turkmènes [en Syrie]. L’aide est pour eux. Chacun doit savoir ce qu’il a à faire ; » avait dir le ministre de l’intérieur Efkan Ala sans donner de précisions sur la nature de cette aide.

Les membres des services de sécurité qui avaient intercepté le camion avaient été par la suite relevés de leurs fonctions.

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L’Armée Syrienne « Libre » affame le peuple syrien

20 décembre 2012

On connaît bien As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab sur ce blog. Ce professeur d’université qui intervient souvent dans les médias occidentaux ou arabes est résolument hostile au pouvoir en place en Syrie. Et il est également hostile aux prétendus opposants démocrates qui ont pris les armes en Syrie avec l’appui de l’OTAN et des monarchies pétrolières.

Ce qui lui vaut d’être vilipendé des deux côtés.

Mais aussi d’avoir accès à des sources d’information de première main, tel ce journaliste turc qui évoque un aspect inédit du comportement des miliciens de l’Armée Syrienne Libre, à savoir des vols de machines, de voitures mais surtout de quantités de grain, ce qui a provoqué une grave crise de l’approvisionnement en nourriture dans Alep, cette ville qu’ils prétendent libérer.

Des activités de l’Armée Syrienne Libre qui ne sont pas rapportées par la presse occidentale

Par As’ad AbuKhalil, The Angry Arab, 20 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un journaliste turc qui travaille dans la région proche de la frontière avec la Syrie m’a envoyé des informations sur certaines activités de  l’Armée syrienne Libre (ASL) non rapportées dans la presse. Il écrit:

 «A peine deux jours avant la «crise de la nourriture» à Alep, j’ai entendu beaucoup de mes amis du Hatay dire qu’ils commençaient à voir certains Syriens vendre du  pain en  ville. Les pains turcs ne sont pas les mêmes que ceux de Syrie, même au Hatay.

 Et je dois vous donner un nom. Abdulqader As Salah, un commandant des brigades Tawhid [Unicité] qui a des liens très étroits avec les services secrets turc. Il vend en ce moment du « blé » à Gaziantep, une province de la Turquie. Je suis un journaliste turc qui suit cette crise depuis le début, j’ai entendu la même chose de la part de Kurdes à Ceylanpinar (une ville frontalière près de Ras Al Ayn) . Les Kurdes qui ont fui les affrontements entre l’ASL et les milices kurdes m’ont dit avoir vu certains membres de l’ASL piller les silos à blé.

Mais je n’y avais pas accordé d’attention jusqu’à ce que je voie ces informations. C’est peut-être pourquoi les gens à Alep protestent en ce moment contre l’ASL en la qualifiant «d’armée de Harami (voleurs).» J’essaye maintenant de comprendre ce qui se passe et pourquoi les habitants du Hatay ont commencé à voir des pains syriens dans la province. Quand j’aurai fait mon reportage, je vous l’enverrai aussi.  Au Hatay les gens ont une apparence très proche de celle des syriens et sont accoutumés à la culture syrienne…

Pillage du blé à Alep

Pillage du blé à Alep

J’ai vu quelques photos de Reuters qui montrent des membres de l’ASL sur les silos à grain à Alep.  Mais comme d’habitude, elles sont légendées « Des forces fidèles à Assad bombardent les silos et les membres de l’ASL », quelque chose comme ça. Je vais essayer de vous envoyer la photo. J’ai entendu pour la première fois des rumeurs à ce sujet à Ceylanpinar/Sanliurfa. Des kurdes m’avaient dit que… Mais je n’y avais malheureusement pas fait attention. Puis j’ai vu cette photo. Puis j’ai vu les informations sur la famine en Syrie. Maintenant je me renseigne. Et un de mes amis journalistes m’a informé sur ce « Abdulqader As Salah ». Je n’ai pas rassemblé toutes les infos sur lui mais on dit qu’il est le chef de la brigade Tawheed, qu’il habite à Gaziantep et qu’il vend actuellement du blé et des voitures d’occasion.

Tawheed est une des organisations les plus étroitement liées aux services secrets turcs. Tout le monde le sait. Je travaille là-dessus en ce moment, quand j’aurai fini, je vous enverrai un exemplaire de mon travail…

Ils volent même des engins de forage pétrolier en Syrie et ils les amènent en Turquie… C’est vrai… Les militants de l’ASL volent du blé en Syrie et ils l’amènent en Turquie pour le vendre.

J’ai contrôlé mes sources et j’ai parlé avec beaucoup de gens dans les provinces du Hatay et de Sanliurfa. Ils m’ont dit que certains membres de l’ASL (qui parlent l’arabe syrien) vendent maintenant des pièces détachées automobiles et qu’à Gaziantep ils ont un dépôt de grain.

Un de mes amis dignes de foi m’a dit que les choses ont commencé en septembre… Un journaliste pro Assad à Hatay m’a dit que tout se faisait en accord avec les autorités turques. Les rebelles ramènent du blé, des voitures et même du mobilier de Syrie par le poste frontière de Bab al Haya qui se trouve de l’autre côté de la porte du Hatay-Cilvegozu…  Les militants de l’ASL ont pris le contrôle de ce poste frontière en juin.

Ils pillent aussi les villages kurdes quand ils les attaquent à partir du côté turc ainsi qu’ils l’ont fait à Ras Al Ayn… C’est pourquoi les kurdes ne veulent pas qu’ils viennent dans leurs régions.»

Les bienfaiteurs Turcs et le démon de Damas

25 septembre 2012

Il était une fois un premier ministre et un ministre des affaires étrangères Turcs qui s’étaient épris du peuple syrien dont ils se firent les bienfaiteurs bénévoles..

Ce peuple arabe, abondamment massacré par un dictateur sanguinaire répondant au nom de Bachar al-Assad, n’avait pu trouver de salut qu’en franchissant la frontière pour se réfugier dans les bras de la nation turque accueillante.

Les hautes autorités de l’Etat turc s’étaient mises en quatre pour veiller aux besoins de cette masse de réfugiés venue demander asile.

Cet amour des gouvernants Turcs pour le peuple syrien était si fort que, ne pouvant se résoudre à se passer du moindre de leurs hôtes, ils faisaient tout leur possible pour les retenir dans leur giron bienveillant, les dissuadant par toutes sortes de moyens fraternels de retourner se jeter sous les griffes du démon de Damas.

Bon, ça c’est la légende (sauf pour la rétention plus ou moins amicale).

Parce qu’en réalité, le gouvernement turc qui pensait rapidement être débarrassé d’un voisin devenu brusquement infréquentable se retrouve maintenant face à un flot de réfugiés qu’il estime presque insupportable tandis que l’ophtalmologue diabolique refuse obstinément de céder à ceux qui lui enjoignent de partir (ou de mourir comme le lui suggère Laurent Fabius, travailleur humanitaire bien connu).

Le plus beau étant que, par son attitude, le gouvernement turc a contribué grandement à faire grossir le flux de réfugiés.

Les autorités d’Ankara souhaitent donc partager ce fardeau avec la «communauté internationale,» bien souvent la même qui les a encouragées à mettre de l’huile sur le feu dans le pays voisin.

Et surprise, la dite «communauté internationale» ne répond que mollement à ces appels à l’aide d’Ahmet Davutoğlu, le chef de la diplomatie turque.

Cette réticence a plusieurs raisons.

La première est que le gouvernement turc réclame avant tout de l’argent, ce qui n’est pas tout à fait dans les normes de l’assistance internationale qui passe par le truchement d’ONG reconnues et d’institutions de l’ONU.

Ensuite, donner de l’argent au gouvernement turc, revient d’une manière ou d’une autre à abonder son budget, ce qui n’est certes pas la mission de l’aide internationale.

Enfin, le gouvernement turc refuse de confier la gestion des camps de réfugiés présents sur son sol aux institutions de l’ONU pour des raisons de souveraineté nationale. Pour les mêmes raisons, la Turquie s’oppose à la simple présence des ONG et de l’ONU.

Il est cependant assez clair que, comme le soutient l’opposition turque, ces camps de réfugiés sont confiés à l’opposition syrienne, du moins celle qui est en cheville avec l’Etat turc, qui encadre politiquement les réfugiés et se livre à des entraînements militaires. 

C’est une raison de plus d’ailleurs des réticences des donateurs qui ne veulent pas que leur argent aille à des milices à la botte de la Turquie alors qu’eux-mêmes ont parfois leurs propres opposants Syriens à promouvoir.

L’Occident et la Turquie divisés sur l’aide aux Syriens

Par Barçın Yinanç- Hürriyet (Turquie) 25 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Malgré une charge croissante sur ses épaules à cause de l’afflux de réfugiés Syriens, le gouvernement a du mal à convaincre les puissances mondiales de donner de l’aide. Ankara a sollicité une aide financière, mais l’Occident semble réticent.

Ayant refusé l’assistance internationale quand les Syriens en fuite ont commencé à arriver en Turquie il y a un an et demi, le gouvernement turc a maintenant du mal à convaincre les membres de la communauté internationale d’aider avec ce problème toujours plus important, au moment où l’afflux de réfugiés est sur le point de dépasser la capacité d’accueil des réfugiés par la Turquie.

La demande de la Turquie pour une assistance financière et son degré de coopération avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR de l’ONU), que les tierces parties jugent insuffisant, sont perçus comme étant les principales raisons de la réticence de la communauté internationale à apporter son aide, selon des sources diplomatiques occidentales.

«On nous demande de faire un chèque pur le gouvernement turc. Mais les choses ne se passent pas comme ça. Nous préférons élargir l’aide par l’intermédiaire d’institutions de l’ONU,  a déclaré un officiel de l’Union Européenne à Hürriyet Daily News.

 «Nous coopérons avec le HCR, mais nous ne permettrons certainement pas que les camps passent sous le contrôle du HCR. Nous n’abandonnerons pas nos droits souverains. Et à notre connaissance, le HCR est complètement satisfait de notre coopération,» a affirmé un officiel Turc proche de ce dossier, ajoutant que ces tierces parties qui rechignent à mettre la main à la poche se cachent derrière des arguments «sans fondements.»

Le même officiel a relevé que l’appel du HCR à une aide pour les réfugiés Syriens a eu un écho limité. Le HCR a conçu deux programmes pour faire face au problème, l’un prévu pour être appliqué à l’intérieur de la Syrie et l’autre pour aider les pays voisins, et il a exhorté les pays membres à financer ces programmes. Seulement 104 millions de dollars sur les 193 millions demandés pour le programme régional, et 94 millions sur les 180 millions attendus pour le programme destiné aux populations à l’intérieur de la Syrie, ont pu être collectés. La Turquie à elle seule a dépensé presque le double de cette somme apportée par la communauté internationale pour les deux programmes combinés, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu ayant évoqué récemment un chiffre de plus de 300 millions de dollars dépensés à ce jour.

Il semble que la Turquie pâtisse de son choix initial de ne pas faire appel à la solidarité internationale et de ne pas partager le fardeau de l’aide dès le début quand les premiers Syriens commencèrent à arriver en avril 2010 quand la vague du printemps arabe a atteint la Syrie.

La déception du ministre des affaires étrangères

A l’époque, les autorités turques avaient indiqué être capables de faire face à l’afflux et n’avoir pas besoin pour le moment d’un soutien international. Cependant, la déception de Davutoğlu devant la faiblesse de la réaction de la communauté internationale une fois que la Turquie a demandé l’assistance internationale est apparue clairement dans le discours qu’il a prononcé lors de la réunion de l’ONU sur la Syrie en août dernier. « On a de plus en plus le sentiment en Turquie qu’en faisant de tels sacrifices et en prenant en charge un problème énorme par nous-mêmes, nous incitaons la communauté internationale à la complaisance et à l’inaction,» avait-il dit.

En avril dernier, la Turquie a fait savoir au HCR qu’elle accepterait des propositions de la communauté internationale pour partager le fardeau. C’est d’abord et avant tout une aide financière qui est demandée, a déclaré un officiel Turc au HCR. Pour l’aide en nature, la Turquie a transmis une liste de produites qu’elle accepterait et a créé des centres de réception de l’aide internationale à l’aéroport d’Adana et au port de Mersin.

Coopération avec les ONG

Récemment, la Turquie a commencé à s’intéresser à des actions qu’il fallait entreprendre à l’intérieur du territoire syrien. Ce mois ci, la Turquie a commencé à fournir de l’aide humanitaire au kilomètre zéro de la frontière et a créé des centres de réception de l’aide humanitaire à Kilis, Gaziantep et Hatay à cette fin.

Dans le même temps, des sources occidentales affirment qu’une coopération accrue avec le HCR ainsi qu’avec des Organisations Non Gouvernementales (ONG) internationales contribuera à la recherche par la Turquie d’une aide internationale plus importante car elle donnera de la légitimité aux camps qui ont été une source de controverse entre le gouvernement et les partis d’opposition qui ont affirmé qu’ils servaient pour l’entraînement militaire des opposants Syriens. La Turquie a refusé d’accepter l’assistance d’une dizaine d’ONG, soutenant que cela provoquerait des problèmes de sécurité et de maintien de l’ordre. «Nous n’accepterons de faire exception pour aucune ONG parce que si nous ouvrons les portes à l’une, nous finirons par avoir plus de 100 ONG qui demanderont à venir,» a déclaré à Hürriyet un officiel Turc.

Syrie – Turquie, les affaires reprennent!

5 septembre 2012

Au moment où le premier ministre Turc déclare que «la Syrie est devenue un Etat terroriste,» on apprend qu’une société de transport maritime turque s’apprête à lancer une ligne maritime régulière entre le port turc d’Iskenderun et le port syrien de Tartous.

Le patron de la société explique en détail pourquoi il ouvre cette ligne et comment vont ensuite être transportées depuis Tartous les marchandises débarquées du bateau.

Et tenez-vous bien, ces marchandises, essentiellement des fruits et légumes, seront transbordées sur des camions qui traverseront la Syrie pour les livrer aux clients qui se trouvent en Jordanie, au Koweit, en Arabie Saoudite et au Qatar.

Les camions partis de Tartous doivent passer par la région de Homs, celle de Damas puis de Dar’a

Apparemment, ce transporteur et les autres, ceux qui possèdent les camions, ignorent que la Syrie est à feu et à sang, contrôlée pour sa plus grande partie par l’Armée Syrienne «Libre» et qu’on ne peut y circuler qu’en véhicule blindé ! Et encore.

Où alors nous aurait-on menti ?

J’apprends de source sûre que des Algériens continuent à se rendre normalement, comme avant, à Damas pour y faire des affaires. Ils ignorent aussi que le pays est à feu et à sang.

Un service roulier pour les exportations vers la Syrie

Par Ipek Yezdani, Hürriyet (Turquie) 5 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La compagnie de navigation Sabay Shipping devrait commencer un service de transport roulier (Roll-on Roll-off, Ro-Ro)  entre le port d’iskenderun au sud du pays et le port syrien de Tartous pour transporter les exportations turques vers les pays arabes et du Golfe dans un effort pour ranimer les économies des villes frontalières.

«Les chefs d’entreprises Turcs de Hatay [province du sud-est] qui avaient l’habitude de commercer en Syrie et dans la région environnante en empruntant les routes syriennes ont beaucoup souffert à cause de l’actuelle crise en Syrie. L’économie de la province de Hatay est presque à l’arrêt. Nous essayons de faciliter les efforts de ces chefs d’entreprises Turcs pour relancer le commerce, notamment leurs relations commerciales avec les pays du Golfe, avec un service de transport en ferry,» a déclaré Bülent Aymen, le propriétaire de Sabay Shipping dans un récent entretien avec Hürriyet Daily News.

Bülent Aymen

Le service roulier commencera le 5 septembre avec un bateau immatriculé en Egypte qui fera quatre voyages par semaine.

Comparés à la même période en 2011, les huit derniers mois ont vu une baisse de 12 % des exportations de fruits et de légumes frais, affirme Aymen.

«Presque tout le trafic TIR de la Turquie passait par le Hatay pour rejoindre la Syrie et d’autres pays arabes avant le début de la crise syrienne. Cependant, particulièrement après la dégradationdes relations entre la Turquie et la Syrie et après l’embargo, les chefs d’entreprises turcs qui travaillent dans le sud-est méditerranéen de la Turquie se sont retrouvés dans une position très difficile quand tout le trafic commercial avec la Syrie a été stoppé» explique Aymen.

Aymen précise que les productions turques, notamment les fruits et légumes frais qui doivent être expédiés immédiatement pour être mis en vente, seront transportées par ce ferry vers le port de Tartous où elles seront chargées sur des camions TIR porteurs de plaques d’immatriculation arabes pour être acheminées vers des pays comme la Jordanie, le Koweit, Qatar ou l’Arabie Saoudite.

Le projet de mise en place d’un service de roulage a été établi suite à des demandes de chefs d’entreprises du sud de la Turquie, explique Aymen. Les demandes les plus pressantes viennent de Hatay et de Gaziantep, deux villes situées près de la frontière avec la Syrie dont les économies ont souffert à cause de la crise syrienne.

«Il y a déjà des services maritimes partant de Turquie via le port égyptien d’Alexandrie pour le transport de marchandises turques mais le délai d’acheminement des fruits et légumes frais vers leur destination est beaucoup trop long par cet itinéraire. Ce nouveau service de transport maritime permettra de transporter ce genre de marchandises plus rapidement et moins cher,» déclare Aymen.

Une première: Robert Fisk autorisé par le gouvernement syrien à rencontrer des prisonniers faits par l’armée

2 septembre 2012

Message liminaire à Louise : j’espère qu’il n’a pas déjà été traduit !

Le journaliste Anglais Robert Fisk a eu la permission de rencontrer des détenus dans une prison syrienne.

En soi, c’est un évènement qui en dit long sur le souhait des autorités syriennes d’établir des canaux de communication avec l’opinion occidentale. Et le fait que ce soit Robert Fisk, un reporter très connu qui n’a jamais caché son antipathie pour le régime de Damas, qui ait obtenu ce privilège exceptionnel pour un journaliste est très significatif.

Bien sûr, Robert Fisk n’est pas dupe de ce que lui racontent les détenus qu’il a rencontrés (quatre alors qu’on lui proposait d’en rencontrer encore d’autres) mais on peut néanmoins retenir certaines choses.

Par exemple que les détenus avec qui il a pu parler, s’ils ont sans doute fait l’objet de mauvais traitements sur une durée plus ou moins longue (ou courte) ne semblent pas avoir été torturés. Ce qui ne signifie bien sûr pas que d’autres prisonniers n’ont pas fait et ne continuent pas à faire l’objet de sévices.

Et que les prisonniers ont pu être entendus, sur requête du journaliste, hors la présence du personnel pénitentiaire, l’hypothèse d’un dispositif d’écoute étant exclue puisque les entretiens se sont déroulés dans le bureau du directeur de la prison qui ne s’attendait pas à en être «chassé.»

Et puis, j’ai été personnellement bien intéressé par le cas de ce Franco-Algérien rencontré par Robert Fisk. Nous voyons là encore quelqu’un en situation professionnelle précaire, mais avec femme et enfants, qui plaque tout pour aller guerroyer sur le chemin de Dieu en Syrie.

Il est vrai que ces grenouilles de bassin à ablutions ont souvent l’habitude de vivre d’aides sociales ou carrément de se reposer sur les revenus de leurs épouses.

Pas en Palestine le djihad? lui demande ingénument le journaliste.

Eh non, il paraît que c’est un peu compliqué de passer la frontière pour entrer en Palestine occupée.

Il reste que ce quadragénaire, arrivé en France si on comprend bien, à l’âge adulte, a été soldat dans l’armée française.

Il a donc tout à fait le profil des pseudo-djihadistes qui travaillent avec les services secrets pour des motivations qui tiennent à un cocktail qui mêle des convictions sans doute rudimentaires à un espoir de gros gain financier.

En langage laïco-assimilationniste, on appelle ce genre de personnes des mercenaires. 

La seule question qui se pose est l’identité de son employeur : les services français ? ceux du Qatar ? une fondation wahhabite ?

La route de Syrie, du djihad à la prison

Un journaliste occidental a obtenu pour la première fois l’accès aux prisonniers détenus par l’armée d’Assad.

Par Robert Fisk, The Independent (UK) 2 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ils sont entrés dans la pièce un par un, la tête basse et les mains croisées sur le devant, comme s’ils avaient l’habitude d’être menottés. Dans une des prisons militaires les plus redoutées de Syrie, ils ont raconté l’histoire extraordinaire de l’aide qu’ils ont apporté à l’opposition armée au régime de Bachar al-Assad. L’un était un Franc-Algérien d’une quarantaine d’années, un homme de petite taille,  dos voûté et longue barbe ; un autre était Turc, avec ce qui avait l’air d’être un œil au beurre noir, qui a parlé de de son entraînement dans un camp taliban à la frontière pakistano-afghane. Un prisonnier Syrien a décrit la manière dont il a aidé deux kamikazes à commettre un attentat à l’explosif meurtrier au centre de Damas, tandis qu’un mufti a parlé de ses vaines tentatives pour unifier les factions en guerre contre le régime syrien.

Compte tenu du caractère sans précédent de notre accès  à une prison syrienne de haute sécurité, nos rencontres avec ces quatre hommes – leurs geôliers avaient d’autres détenus à notre disposition pour une interview – ont été une expérience glaçante qui donne à réfléchir. Deux d’entre eux ont fait clairement allusion au traitement brutal qu’ils ont subi immédiatement après leur arrestation. Il a fallu dix minutes pour persuader le gouverneur de la prison militaire, un général entre deux âges aux cheveux grisonnants  dans son treillis militaire –  et son officier du renseignement en bras de chemise de quitter la pièce pendant nos conversations. Nous avons refusé des demandes ultérieures des autorités syriennes pour accéder aux enregistrements des entretiens.

Chose incroyable, ils ont quitté leur bureau de sorte à ce que nous puissions être seuls pour parler avec leurs captifs.

Deux de ces hommes ont parlé de leur recrutement pas des prédicateurs islamistes, un autre de la façon dont les chaînes satellitaires arabes l’ont convaincu de se rendre en Syrie pour faire le djihad. Ce sont les récits que les autorités syriennes voulaient évidemment que nous entendions, mais les prisonniers – qui ont dû dire la même chose lors de leurs interrogatoires – étaient vraiment désireux de nous parler, ne serait-ce que pour rencontrer des occidentaux et nous alerter de leur présence après des mois de captivité. Le Franco-Algérien a englouti la boîte de poulet-frites que nous lui avions donnée. Un des Syriens avait reconnu qu’il était maintenu constamment en confinement solitaire.

Nous avons promis aux quatre détenus que nous donnerions leurs noms et les précisions utiles à la Croix Rouge Internationale.

Mohamed Amin Ali al-Abdullah, 26 ans, était en quatrième année de faculté de médecine dans la ville de Deir Ez-Zor, une ville du nord de la Syrie. Fils d’une «simple» famille paysanne de Lattaquié, il était assis dans le fauteuil du gouverneur de la prison vêtu d’une chemise à rayures bleus et d’un pantalon propres – qui lui ont été donnés, dit-il, par les autorités – et nous a dit avoir rencontré des «problèmes psychologiques» pendant sa deuxième année d’études. Il a fondu en larmes à deux reprises pendant notre conversation. Il a expliqué avoir suivi une prescription médicale mais avoir aussi accepté l’aide d’un «cheikh» qui lui avait suggéré de lire certains passages du Coran. « C’était une manière de pénétrer dans ma personnalité, et de temps en temps, il me donnait des disques sur la cause salafiste, surtout des discours de cheikhs saoudiens comme Ibn Baz et Ibn Ottaimin. Par la suite, il m’avait donné des vidéos qui rejetaient toutes les autres sectes de l’Islam et qui attaquaient les soufis et les chiites. Le «cheikh» avait été incarcéré pendant un an mais il trjoignit plus tard Mohamed comme colocataire à Damas. «Il me montrait alors des vidéos d’opérations de djihadistes contre l’OTAN et les Américains en Afghanistan.»

Quand le soulèvement débuta en Syrie l’an dernier, Mohamed explique que le «cheikh» et deux autres hommes lui avaient conseillé de participer à des manifestations contre le régime. «Quand les prières du vendredi étaient terminées, l’un d’entre nous se plaçait au milieu de la foule pour crier des slogans au sujet de l’injustice et de la mauvaise situation ; les quatre autres se mettaient dans les coins et criaient ‘Allahu Akbar’ [Dieu es grand] pour encourager la foule à faire de même.»

Vers cette époque, explique Mohamed, il a été présenté à un salafiste nommé « Al-Hajer » qui lui avait demandé son aide pour un soutien logistique et médical à son mouvement – cacher des hommes recherchés par les autorités et trouver des refuges sûrs.» Al-Hajer avait commencé » à fréquenter le domicile de Mohamed, «et il m’avait proposé une forme [de rituel] d’allégeance, vous serrez les mains de cet homme et vous lui dites que vous le reconnaissez comme un chef auquel vous allez obéir, et que vous suivrez le djihad dans jamais lui poser de question.»  Al-hajer avait ramené des étrangers au domicile de Mohamed.

«Ils m’ont mis dans leur cercle. J’avais laissé ma raison ‘ailleurs’ à cette époque et puis j’ai compris que ce groupe faisait partie d’al Qaïda. Le 10 avril de cette année, l’un d’entre eux m’a demandé d’aller avec lui dans une voiture. Je suis allé dans un endroit où j’ai vu des cylindres de 2,5 m de hauteur, avec des compartiments pour les remplir d’explosifs.

Ils étaient une dizaine là-dedans. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait appel à moi – peut-être pour m’amener à m’impliquer. Il y avait un palestinien et un Jordanien qui étaient les auteurs de l’attentat suicide et trois Irakiens. Nous étions partis en voiture devant les deux kamikazes. Je ne savais pas où ils allaient se faire exploser, mais 15 minutes après être rentré chez moi il y a eu une très forte explosion. J’ai compris la catastrophe quand j’ai regardé la télévision et que j’ai vu que la bombe avait explosé dans une rue bondée dans le quartier de Bazzaz ; il y avait des maisons démolies par les bombes et toutes les victimes étaient des gens de la classe moyenne et des pauvres. J’étais tellement désolé.

Par la suite, un des salafistes demandera à Mohamed d’aller voir sa mère à l’hôpital – parce qu’il était docteur et que le salafiste aurait été reconnu – mais les services secrets syriens l’attendaient. «Je leur ai dit très franchement : ‘je suis content d’être arrêté – c’est mieux que de participer à une telle organisation ou d’avoir un rôle dans d’autres effusions de sang.’ Je ne sais pas commenet j’ai pu me retrouver avec ces gens. Je me suis mis moi-même dans une ’benne à  ordures.’ Maintenant, je veux écrire un livre pour dire aux gens de qui m’est arrivé pour qu’ils ne fassent pas comme moi. Mais on ne m’a pas donné de stylo et de papier.»

Mohamed a vu son père, un instituteur, sa mère et une de ses sœurs il y a eux mois. Nous lui avons demandé s’il avait été maltraité. «Un seul jour, » a-t-il dit. «Ce n’était pas de la torture.» Nous lui avons demandé pourquoi il y avait deux marques foncées sur un de ses poignets. «J’ai glissé aux toilettes,» a-t-il dit.

Jamel Amer al-Khodoud [un nom qui ne sonne pas algérien, sans doute un pseudo, NdT], un Algérien dont la femme et les enfants vivent à Marseille et qui a servi dans le 1er régiment de transport de l’armée française, est un homme de 48 ans plus discret et son histoire assez pathétique de la quête du djihad – encouragée par les informations d’al Jazeera sur la souffrance des Musulmans en Syrie, dit-il – qui laisse un homme quelque peu désillusionné. Né à Blida, il avait émigré en France mais, quoique parlant le français couramment, il n’avait qu’une vie de petits boulots et de chômage puis, «après une longue hésitation, j’ai décidé d’aller en Turquie pour aider les réfugiés Syriens.»

Il était, dit-il, un «salafiste modéré, » mais dans les camps en Turquie, il a rencontré un cheikh Libyen, de nombreux Tunisiens et un imam Yémenite « qui m’ont donné des leçons sur le djihad.» Il a franchi la frontière avec un fusil de chasse et, avec d’autres hommes, il a attaqué des barrages de l’armée et dormi dans des maisons abandonnées et dans une mosquée dans les montagnes au-dessus de Lattaquié. Entraîné avec de l’armement français, il n’avait jamais tiré avec un Kalashnikov – on lui avait permis de tirer trois cartouches sur une pierre pour d’entraîner, dit-il – mais après quelques semaines de misère où il a découvert que le djihad en Syrie n’était pas pour lui, il a résolu de retourner en Turquie pour rentrer en France. «Ce que j’avais vu à lé télévision, je ne l’avais pas vu en Syrie. »

Capturé par des villageois soupçonneux, il a été emmené dans une ville (probablement Alep) et puis transféré par hélicoptère à Damas. Pourquoi n’a-t-il pas choisi la Palestine plutôt que la Syrie pour son djihad, lui avons-nous demandé. «Un ami palestinien m’avait dit que son peuple avait plus besoin d’argent que d’hommes,» a-t-il répondu.  «En plus, c’est une frontière difficile à  franchir.» Quand je lui ai demandé s’il avait été maltraité en captivité, il a répondu : «Dieu merci, je vais bien.» A la même question il a fait la même réponse.

Un imam Syrien – de la mosquée Khadija al-Khobra à Damas – au visage sombre et émacié, nous a parlé de sa rencontre cette année à damas avec quatre «groupes de militants» qui avaient des objectifs religieux et nationalistes différents et de ses tentatives pour les unifier avant de décougvrir que c’étaient des voleurs, des assassins, des violeurs plutôt que des djihadistes. C’est du moins ce que dit cheikh Ahmed Ghalibo. Emaillant la conversation avec les noms de ces hommes ; le cheikh a expliqué qu’il avait été atterré par la façon dont ces groupes avaient liquidé ceux qui étaient en désaccord avec eux, parfois sur la base de simples soupçons, «découpant les cadavres, les décapitant et les jetant dans les égouts. Il a dit avoir été témoin de sept meurtres de ce genre ; de fait, faire disparaître les corps dans les égouts est quelque chose de courant à Damas.

Sachant qu’il était mufti de la mosquée al-Khobra et apparemment au courant qu’il avait rencontré les quatre dirigeants extrémistes, le police syrienne a arrêté Ahmed Ghalibo le 25 avril de cette année. Il nous a dit avoir fait des aveux complets parce que «ces militants ne sont pas une ‘Armée Libre’», et il a inisté pour dire qu’il a été très bien traité par ceux qui l’ont interrogé, il a condamné l’émir du Qatar pour avoir ourdi la révolution en Syrie et affirmé qu’il pensait qu’il serait relâché «parce que je me suis repenti.»

Cuma Öztürk vient de la ville de Gaziantep au sud-est de la Turquie, et il dit être entré en Syrie après s’être entraîné plusieurs mois dans un camp taliban à la frontière pakistano-afghane. Il ne sait parler ni pachto, ni arabe mais il a laissé derrière lui sa femme, Mayuda, enceinte, et leur fille âgée de trois ans à  Gaziantep pour aller à Damas. Il ne parlait que vaguement de djihad mais explique qu’on lui avait demandé de mettre en place une route de «contrebande » entre la Turquie et la capitale syrienne qui aurait aussi permis de faire passer des hommes à travers la frontière. Il a été arrêté alors qu’il se trouvait à Alep pour les obsèques de sa belle-mère. «Je regrette tout ce qui m’est arrivé, » dit-il avec tristesse ; il est bien traité «maintenant.» Il nous a demandé de faire connaître sa présence en prison aux autorités turques.

Quand nos quatre heures trente d’entretien se sont achevées, nous avons appelé le gouverneur de la prison à permettre aux détenus d’avoir plus de contacts avec leurs familles, une requête que son sourire fatigué nous a donné à comprendre comme n’étant pas de son ressort. Nous avons aussi demandé un stylo et du papier pour Mohamed al-Abdullah et nous avons parlé – sans succès cependant – de lé nécessité d’appliquer le droit international aux détenus.

Les prisonniers ont serré la main du gouverneur de la prison de manière assez amicale, même si peu de sentiments amènes semblaient passer entre eux et l’homme des services secrets en bras de chemise. Chaque prisonnier est retourné dans sa cellule dans la même posture que celle qu’il avait à l’arrivée dans le bureau du gouverneur – tête basse, les yeux regardant le sol.

Syrie: montée de l’exaspération en Turquie

29 août 2012

Nous avons d’une part les rodomontades d’Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, ou les propos grotesques et grossiers de François Hollande comparant les opposants armés au gouvernement syrien aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) dans leur lutte pour libérer Paris de l’occupation allemande (puisque le régime de Vichy ne contrôlait pas l’ex capitale française).

Et nous avons d’autre part une inquiétude qui monte en Turquie dans des segments de la population de la Turquie qui sont ouvertement hostiles à la politique syrienne menée par leurs autorités.

Ces segments de population sont tout sauf négligeables : les 500 000 alaouites arabes de la province de Hatay, les 15 à 20 millions d’alévis et les 15 millions de kurdes.

Ce n’est à mon avis pas pour rien si le gouvernement turc cherche à stopper un afflux de réfugiés syriens qui, tout en étant important certes, n’a rien à voir avec les flux colossaux engendrés par des situations de conflit en d’autres lieux (Palestine, Libye sous les bombardements amicaux de l’OTAN, Irak émancipé par les chars américains…).

Parce que les forces qui secouent la Syrie existent aussi à leur manière en Turquie et ce n’est pas un hasard si la presse turque donne de plus en plus souvent la parole à des universitaires qui mettent en garde contre une politique aventureuse.

Ces intellectuels ont d’autant plus de mérite qu’ils doivent veiller à ne pas franchir certaine limites, comme quand il s’agit de la question kurde, limites dont le dépassement leur vaudrait quelques ennuis. 

Les 120 pays  Non Alignés réunis à Téhéran devraient appeler à une solution politique qui passe par une discussion impliquant les acteurs de la région, dont la Turquie. Qui disait que l’Iran était un pays isolé ?

Il n’y a à mon avis aucune chance qu’une telle démarche se concrétise dans la mesure où les puissances occidentales veulent que la Syrie continue à s’enfoncer dans une spirale destructrice et meurtrière.

Notons cependant que le mouvement des Non Alignés se caractérise par un égalitarisme qu’on aura de la peine à retrouver dans la clique des prétendus « amis de la Syrie » animée par des pétromonarchies et des puissances néocoloniales qui manient carotte et bâton pour rameuter du monde à leurs orgies de sang.

Dans la ville frontière avec la Turquie, le soutien d’Erdogan aux rebelles syriens suscite la colère

par Alexander Christie-Miller, Christian Science Monitor (USA) 28 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans la ville d’Antakya à la frontière turco-syrienne, le soutien du gouvernement turc à l’opposition syrienne a déconcerté les habitants qui appartiennent à la même secte chiite que le président Assad.

Le réfugié syrien Abdulhefiz Abdulrahman se souvient qu’il avait de nombreux amis dans la ville turque d’Antakya, mais cette époque semble révolue.

Ce dissident politique avait fui la Syrie pour arriver dans cette cité frontalière plusieurs mois avant que le soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad éclate l’an dernier.

«J’ai eu beaucoup d’amis alaouites ici», dit M. Abdulrahman, se référant à cette branche du chiisme à laquelle une grande partie de la population d’Antakya adhère.

Les alaouites dominent le régime en Syrie, où le soulèvement de 18 mois a divisé le pays selon des lignes sectaires, opposant la minorité alaouite privilégiée contre la majorité sunnite [il est ridicule et faux d’affirmer que la minorité alaouite est privilégiée, note de Djazaïri].

À Antakya, où le soutien au régime alaouite d’Assad est profond, l’hostilité monte envers les rebelles syriens et les dissidents qui ont établi une base temporaire sur place. Et partout dans la province, le soutien apparent [évident, note de Djazaïri] de la Turquie à l’opposition syrienne met à mal un délicat équilibre ethnique.

«Avant, quand je disais que j’étais un réfugié, ils me respectaient,» a déclaré Abdulrahman au Monitor. «Ils ne me disent même plus bonjour dans la rue.»

Désormais, la frustration locale à propos de la décision apparente du gouvernement de laisser les dissidents et les combattants syriens opérer sur le sol turc pourrait exciter de plus grandes tensions ethniques dans le pays.

Le soutien de la Turquie aux rebelles suscite la colère

Le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a fortement soutenu l’opposition syrienne, appelant au renversement du régime.

Même si la Turquie est un pays laïque, elle est de plus en plus considérée comme un acteur sunnite [dans le conflit syrien], aux côtés de l’Arabie saoudite et du Qatar», déclare Bulent Aliriza, directeur du Programme Turquie au Centre for Strategic and International Studies à Washington . «Cela affecte inévitablement le corps politique».

Le 26 août, le chef du Parti Républicain du Peuple, le principal parti d’opposition en Turquie, a accusé le gouvernement de former les combattants syriens anti-régime après qu’une délégation de son parti  se soit vue refuser l’accès à un camp de réfugiés à la frontière syrienne.

J’ai envoyé nos députés inspecter le camp dont on disait qu’il était plein d’agents et d’espions, mais les autorités leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le camp,» a déclaré Kemal Kilicdaroglu aux journalistes. «maintenant, j’attends une réponse du gouvernement : Qu’est-ce qu’il y a dans ce camp ? Qui entraînez-vous dans ce camp ? Recrutez-vous des homes pour répandre du sang musulman ?»

Ankara dément offrir un soutien à l’opposition syrienne armée, ou lui permettre d’opérer librement à partir du territoire turc. Mais quand le Christian Science Monitor a visité hier le poste frontière de Reyhanli près d’Antakya, un officier rebelle qui attendait là nous a dit que les autorités lui permettaient de passer en Syrie, alors même qu’il n’avait pas de passeport. Et Reuters, citant des sources à Doha, a rapporté le mois dernier qu’Ankara a mis en place une base secrète près de la frontière syrienne, en coopération avec l’Arabie saoudite et le Qatar, pour fournir une assistance militaire et des moyens de communication aux rebelles.

‘Solidarité sectaire’

Pendant ce temps, la tension monte à Antakya. La semaine dernière, certains habitants ont organisé une manifestation appelant à l’expulsion [des militants syriens] de la ville, tandis que des militants syriens ont indiqué au Monitor, qu’ils avaient été convoqués à une réunion avec des responsables militaires turcs et des officiels de la municipalité qui leur ont dit qu’ils devaient quitter la ville « pour leur propre sécurité. » Les officiels turcs nient qu’une telle réunion ait eu lieu.

 «Les gens de Hatay ont vécu ensemble pendant des milliers d’années sans tenir compte de l’origine ethnique ou de la religion», explique Mehmet Ali Edipoglu, un député local du parti d’opposition de M. Kilicdaroglu. « Le fait que les tentatives de changement de régime en Syrie se sont transformées en une guerre sectaire nuit [à ce vivre ensemble]. « 

 «Ce ne sont pas des réfugiés qui viennent à Antakya, mais les militants syriens qui sont armés par le gouvernement pour qu’ils retournent en Syrie », dit-il, décrivant ceux qui  vivent ici [à Antakya] comme des «assassins».

M. Edipoglu accuse le gouvernement de mener une politique étrangère sectaire. «[Le gouvernement turc] ne soutient pas un mouvement laïc, il soutient un mouvement sunnite dont même les sunnites ne veulent pas», dit-il.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à la tête du Parti de la Justice et du Développmement au pouvoir (AKP) a déclaré à plusieurs reprises que son opposition au régime Assad est nourrie par les violations des droits de l’homme par ce régime, non par  une solidarité  avec l’opposition sunnite contre le régime . Mais cela n’a pas empêché des personnalités de haut niveau de l’AKP de lancer des accusations similaires contre l’opposition au gouvernement turc.

M. Kilicdaroglu, le chef de l’opposition, est un alévi, un membre d’une secte alaouite turque distincte de la secte alaouite arabe et qui est forte de 15 à 20 millions de personnes en Turquie. Le nombre d’alaouites est d’environ 400.000, qui vivent presque tous à Hatay.

En dépit d’origines et de rites religieux différents, les deux groupes ont tous deux des interprétations laxistes et peu orthodoxes de l’Islam, et ont ainsi en partage un historique de persécution par les musulmans sunnites au milieu desquels ils forment une minorité.

Le 6 août, M. Erdogan a mis en colère les alévis quand il a suggéré que leurs édifices religieux, connus sous le nom de cemevis , n’étaient pas de véritables lieux de culte. Se référant à la mosquée, il a dit aux journalistes que « il doit n’y avoir qu’un seul lieu de culte pour les musulmans. » Le mois précédent, la Direction turque des affaires religieuses avait conclu que les cemevis n’étaient que des « centres culturels ».

En Juillet, Huseyin Celik, vice-président de l’AKP, a  confondu Alaouites et Alevis quand il a suggéré qu’une «solidarité sectaire» était derrière les critiques répétées de M. Kilicdaroglu contre la position de la Turquie sur la Syrie, affirmant que le chef de l’opposition soutenait le régime Assad.

La Syrie sème-t-elle discrètement la discorde ? 

Quelles que soient les motivations du soutien d’Ankara à l’opposition syrienne, certains craignent que Damas réponde à la ligne dure de la Turquie en essayant d’attiser les hostilités avec les minorités que la Turquie a eu du mal à réprimer, en particulier avec les Kurdes, qui sont au nombre d’environ 20 millions en Turquie et ont subi des décennies de persécutions par l’Etat.

Plus tôt ce mois-ci une voiture piégée a tué neuf personnes, dont un enfant de 12 ans dans la ville frontalière de Gaziantep. La Turquie a imputé l’attaque à la guérilla du Parti des Travailleurs du Kurdistan PKK), mais elle a également enquêté sur d’éventuelles connexions syriennes et iraniennes dans cet attentat.

L’attentat a provoqué des tensions entre les Turcs et une minorité kurde de plus en plus agitée.

Le mois dernier, la Turquie avait réagi avec fureur après la cession par damas du contrôle d’une grande partie du territoire syrien à population kurde à une milice liée aux rebelles kurdes qui opèrent en Turquie.

Erdogan a déclaré que le territoire syrien était utilisé pour monter des raids transfrontaliers en Turquie, « une intervention serait donc notre droit naturel.»

À Antakya aujourd’hui, le gouverneur de hatay Mehmet Celalettin Lekesiz a réfuté une récente série de reportages dans les médias turcs,et a affirmé que les Syriens dans la province n’étaient ni armés, ni aidés par l’État, ni persécutés par la population locale.

Il a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que ces allégations faisaient partie d’une campagne  «systématique» visant à ébranler la paix dans la province. « Ces tentatives pour trouver des histoires [pour la presse] ne sont ni morales, ni raisonnables. Ne contribuons pas aux tentatives de répandre l’hostilité entre les gens», a-t-il dit.

Koray Caliskan, politologue à l’Université du Bosphore à Istanbul, estime qu’avec la campagne d’Ankara pour le renversement du régime Assad, il est inévitable que Damas cherche à attiser l’instabilité chez son voisin.

« Je crois que si nous nous engageons dans des politiques dangereuses, comme un changement de régime dans les pays voisins, ils se livreront à des activités perturbatrices du même genre dans le nôtre», dit-il.

La Turquie paye déjà le prix fort pour son alignement sur l’OTAN en Syrie.

30 juillet 2012

La question est maintenant de savoir si elle est prête à courir le risque d’aller au désastre.

La crise syrienne doit donner  en effet plus que des migraines au gouvernement turc. Non seulement le soutien apporté aux « rebelles » (comment des combattants étrangers peuvent-ils être qualifiés de rebelles, il faut le demander à la presse aux ordres de Rothschild et de Lagardère) par la Turquie et ses amis de l’OTAN et des monarchies pétrolières (démocratiques) a précipité l’accès à l’autonomie des Kurdes de Syrie, mais la Turquie se trouve peut-être à la veille d’entrer en guerre si on en croit le dispositif militaire qu’elle met en place à la frontière avec son voisin du sud-est.

Blindés de l’armée turque se préparant à faire mouvement vers la frontière avec la Syrie

Il s’agit peut-être d’une gesticulation de plus de la part du gouvernement turc qui a semblé toujours vouloir éviter d’entrer directement dans le conflit syrien, mais une gesticulation qui pourrait déboucher sur une véritable entrée en guerre, soit du fait d’une erreur de jugement d’une des parties, ou de provocations soigneusement organisées.

Reste que l’opinion publique turque campe dans une posture isolationniste au plan politique et, comme la plupart des opinions publiques, est plutôt hostile à la guerre. Mais il est vrai qu’il existe divers moyens pour faire accepter un conflit armé à des populations qui n’en voulaient pas…

Une telle guerre, quelle que soit son issue, aura nécessairement des conséquences sur l’ensemble de la région, donc sur la Turquie.

Parce que, au risque de me répéter, la Turquie aurait pu jouer un rôle d’apaisement en Syrie, en facilitant le dialogue. Mais elle a choisi de faire le jeu de l’OTAN et des monarchies en offrant, entre autres, un sanctuaire aux «rebelles» et en permettant le passage de combattants étrangers.

En dehors de la Turquie, aucun pays de l’OTAN n’a de frontière commune avec la Syrie. Aucun pays de l’OTAN n’abrite une importante population kurde, répartie comme on sait sur quatre pays de la région.

L’Arabie Saoudite quant à elle n’a pas de frontière avec la Syrie, et ce sont deux pays qui économiquement se tournent le dos.

Ce qui n’était pas le cas avec la Turquie avant le début de la crise. En effet, les échanges commerciaux avec la Syrie atteignaient 2 milliards de dollars en 2010, avec 1 milliard d’excédent pour la Turquie ! Ce volume devait atteindre les cinq milliards de dollars à court terme, une évolution favorisée par un accord de libre-échange signé en 2004.

Il va sans dire que cet accord ne s’applique plus et les échanges entre les deux pays sont descendus à presque rien.

Ce qui ne va pas sans poser de gros problèmes aux régions du sud-est de la Turquie qui ne sont déjà pas les plus riches du pays et qui connaissent maintenant une crise sans précédent.

Hatay subit le poids de la crise en Syrie

Par Mehmet Ezer, Hürriyet (Turquie) 30 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Hatay, à la frontière entre la Turquie et la Syrie, subit tout le poids ses troubles dans le pays voisin avec de nombreuses entreprises locales au bord de la faillite. Certaines entreprises sont incapables de payer leurs dettes, le tourisme est quasi inexistant

La province méridionale de Hatay, à la frontière nord de la Syrie, n’a jamais connu de crise comme celle qui se produit en ce moment, a déclaré Gülay Gül, la présidente de l’Association des Industriels et des Entrepreneurs de Hatay (HASIAD) au cours d’un entretien accordé au journal Hürriyet.

Gûl a expliqué que de nombreuses entreprises de la province étaient au bord de la faillite à cause de la crise en Syrie et de son impact sur l’économie. Il y a deux ans, 2,5 millions de touristes passaient par les deux postes frontaliers de Hatay, mais ce chiffre est aujourd’hui tombé à zéro, dit-elle.

«Industriels, sociétés de transport, exportateurs, importateurs, les secteurs du tourisme et de l’agriculture, tous ont été touchés très sévèrement. Les négociants locaux, les marchands et les hommes d’affaires ont tous été rudement affectés économiquement. Elle observe aussi que les entreprises qui avaient contracté des emprunts pour développer leur activité souffrent beaucoup et que celles qui sont endettées auprès des banques sont au bord de la faillite.

Une aide des pouvoirs publics est nécessaire

«Le gouvernement doit en tenir compte et prendre des mesures de sauvegarde. Les commerçants et hommes d’affaires qui ont été touchés ont besoin du soutien de l’Etat. Les remboursements d’emprunt devraient être rééchelonnés et le gouvernement devrait faire en sorte que les banques proposent des prêts à long terme avec de faibles taux d’intérêt, » dit-elle.

Gül explique que le poste frontalier de la province à Civegözü était la plus importante porte d’entrée vers le Moyen Orient, et qu’avec sa fermeture les partenaires du Moyen Orient sont en train de perdre confiance en la Turquie et se tournent à la place vers l’Allemagne et la Chine.

Gül explique que l’HASIAD cherche des solutions pour le tourisme et qu’elle tourne son attention vers le Liban, où d’importantes réunions et négociations ont eu lieu. Gül indique que les chefs d’entreprises veulent lancer des vols aériens réciproques de et vers le Liban, ainsi que des  traversées en ferry afin de relancer le tourisme dans le Hatay.

Hikmet Çinçin, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (ASTO) confirme que la situation en Syrie vait un impact négatif sur le Hatay, précisant que le commerce entre les deux pays était maintenant presque inexistant.

«En 2008, nos exportations à partir du Hatay vers la Syrie étaient de 123 millions de dollars, elles étaient de 186 millions en 2009, 250 millions en 2010, 150 millions en 2011, mais maintenant elles sont presque à zéro en 2012. Selon Çinçin, le trafic de poids lourds du Hatay venait au deuxième rang après Istanbul, mais depuis mai 2011, le trafic de poids lourds avec la Syrie a diminué e 41 %, ce qui est la preuve des difficultés économiques du Hatay.

Par ailleurs, Mehmet Ali Kuseyri, président de la bourse des matières premières d’Antakya a déclaré que les relations commerciales des 800 kilomètres de la zone frontalière, qui comprend Hatay, Gaziantep, Mersin, Adana, Kilis et Mardin on subi des coups sévères. Kuseyri a aussi indiqué qu’il y avait une augmentation du chômage, une perte de parts de marché, moins de production et d’exportations, et une hausse du coût du transport.

Au peuple turc, les « rebelles » syriens reconnaissants

22 juillet 2012

Un petit article intéressant qui nous en dit long sur la mentalité d’au moins une partie des opposants Syriens qui se sont réfugiés en Turquie.

Loin d’être reconnaissants au pays qui les héberge, ils y ont transporté leur mentalité sectaire à un point tel que le fait de se retrouver avec des Turcs [des Turkmènes en fait] en Turquie leur est insupportable.

Et ce n’est pas là une simple réaction de colère (peu importe l’acceptabilité ou pas de sa justification) de réfugiés ordinaires, mais celle d’hommes qui sont capables d’investir des locaux de police, d’abaisser le pavillon national du pays qui les héberge pour le remplacer par le leur.

C’est donc bien une réaction politique qui serait inimaginable si les «réfugiés » Syriens n’étaient pas conscients de l’état de soumission des autorités turques vis-à-vis des puissances sui tirent réellement les ficelles dans la crise syrienne, à savoir le Qatar et l’Arabie Saoudite d’une part, et l’axe anglo-saxon d’autre part

Après l’épisode des camions turcs pillés et brulés par les «rebelles» en Syrie, c’est donc une nouvelle marque d’estime adressée au gouvernement d’Ankara pour son soutien

Et on a comme l’impression que la population turque a un peu marre de ces « rebelles » syriens.

Révolte des Syriens qui font flotter leur propre drapeau dans un camp de réfugiés en Turquie

Hürriyet (Turquie) 22 juillet 2012

GAZİANTEP – Doğan News Agency – traduit de l’anglais par Djazaïri

Des réfugiés Syriens ont provoqué une émeute aujourd’hui dans un camp de réfugiés, retirant le drapeau turc pour hisser le leur à la place, rapporte l’agence d’informations Doğan.

Les réfugiés Syriens de ce camp ont commencé par protester au sujet des 1 500 réfugiés Turkmènes qui étaient venus d’ajouter au camp. Précipitant de vifs échanges verbaux avec les agents des services de sécurité. La dispute s’est rapidement transformée en émeute quand des centaines de Syriens ont pris les agents de police Turcs en otage et se sont emparés de leurs armes. Le drapeau turc à l’entrée du camp a été abaissé et les régugiés l’ont remplacé par le leur [le drapeau de l’opposition, NdT].

Les réfugiés Syriens ont aussi fortement endommagé l’immeuble tout proche de la police en détruisant des ordinateurs et des véhicules de service qui se trouvaient sur place. Les autorités locales ont immédiatement demandé des renforts.

Les forces spéciales sont arrivées rapidement et ont pénétré dans le camp pour disperser les émeutiers. Des citoyens Turcs ont aussi essayé d’intervenir mais en ont été empêchés.

Crise syrienne: la montée du mécontentement en Turquie

14 avril 2012

Apparemment le mécontentement monte en Turquie contre la politique syrienne menée par le gouvernement actuel. Ce mécontentement est exprimé publiquement par l’opposition au pouvoir actuel mais il est aussi le fait des milieux d’affaires qui s’inquiètent des conséquences directes et indirectes sur leurs activités commerciales qui résultent des sanctions contre la Syrie adoptées par leur gouvernement.

Le papier que je vous propose a été écrit par Güven Sak, un professeur de sciences économiques qui n’a rien d’un anti-occidental primaire puisqu’il contribue aux débats de l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), institution phare du monde capitaliste et qu’il semble avoir joué un certain rôle dans le processus (inachevé) d’admission de son pays dans l’Union Européenne (UE)

L'économiste Güven Sak

Güven Sak relève un des éléments très importants pour comprendre l’ampleur des  problèmes posés par la politique de MM. Erdogan et Davutoglu.

Le premier est que la Turquie est le seul pays de lé région à avoir adopté les mesures de sanctions décidées par les Etats Unis et l’Union Européenne.

Le deuxième est que les sanctions contre la Syrie pénalisent l’activité économique turque notamment dans sa relation avec un espacé géopolitique qui était en train d’acquérir une importance considérable pour la Turquie.

Or, les choix du gouvernement se sont faits pour satisfaire un ensemble géopolitique, l’Union Européenne, dont la part dans les échanges commerciaux turcs tend à baisser et qui refuse toujours d’intégrer la Turquie. Ce que relève subtilement l’auteur de l’article qui évoque l’accord douanier unique en son genre qui lie la Turquie et l’UE.

Au nom de l’UE et de l’OTAN, l’attitude du gouvernement turc, aussi bien vis-à-vis de la Syrie que de l’Iran,  contribue par contre à fragmenter un espace qu’au contraire il aurait eu tout intérêt à unifier par le dynamisme économique de son pays.

Si la Syrie est durement touchée par les sanctions économiques, c’est aussi le cas des entreprises et les travailleurs Turcs qui s’en souviendront peut-être au moment des prochaines élections.

La crise syrienne est mauvaise pour les affaires

par Güven Sak, Hurriyet (Turquie) 14 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Turquie a été un des premiers pays à se conformer aux sanctions contre la Syrie, et a été le seul voisin de la Syrie à le faire. L’Irak, le Liban et la Jordanie ont choisi de rester neutres. Ces trois pays sont d’importants partenaires commerciaux de la Syrie, mais là encore, c’est aussi le cas de la Turquie.

C’est ce nouveau que réside le mécontentement devant la décision di gouvernement Erdogan d’appliquer les sanctions:  de nombreuses provinces qui exportent en Syrie se retrouvent en grave difficulté économique. Gaziantep et Hatay sont les deux plus affectées. Les sanctions contre la Syrie sont-elles un mauvais coup pour l’économie syrienne ? Oui, mais elles sont aussi mauvaises pour l’économie turque. Ce n’est dons pas seulement la résistance de l’économie syrienne qui est soumise à un test de résistance ici, mais également la patience et l’endurance de la communauté d’affaires turque.

Le plus important partenaire commercial de la Turquie est l’Union Européenne, et nous sommes le seul pays candidat à l’accession à avoir signé un accord douanier avant l’adhésion. Les exportations de la Turquie vers l’Union Européenne  ont reçu un coup sévère au début de la crise de 2008. La moindre recherche de qualité en Europe tend à avoir un impact négatif sur les performances de la Turquie à l’export. Ce qui a amené à une nouvelle augmentation de la part déjà croissante du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) comme débouchés des exportations turques. Alors que la région MENA absorbait seulement 9 % des exportations turques dans les années 1980, cette part est passée à 27 % aujourd’hui, avec une baisse en proportion de la part de l’UE comme débouché des exportations. Cette augmentation a commencé avec l’invasion de l’Irak par les Etats Unis qui a introduit de l’argent venu de l’étranger et provoqué un boom de la demande, ouvrant ainsi la porte aux marchandises turques. Maintenant, les troubles en Syrie menacent de refermer cette porte, pour un temps du moins.

Pourquoi un mécontentement en Turquie contre la décision prise au sujet de la Syrie ? Un regard sur le rythme de la création d’emplois dans les provinces turques après la crise mondiale peut apporter une réponse. La création d’emploi est positive en Anatolie Centrale et dans les provinces du sud-est, mais négative sur les côtes occidentales. Les provinces qui avaient une part plus importante d’exportations vers la région MENA avaient un bilan positif en termes de créations d’emplois. Le basculement de l’orientation de nos exportations vers la région MENA a été un impératif du processus de relance de la production en Turquie. Avec une crise en Europe qui attend toujours sa solution, le «Réveil Arabe» dans l’incertitude et une crise peut-être de longue durée en Syrie, l’économie turque navigue dans des eaux agitées.

Je ne parle pas seulement de l’impact direct de la crise syrienne sur l’économie de la Turquie, c’est-à-dire du déclin du commerce bilatéral et du nombre de touristes Syriens à Gaziantep et à Hatay. Un commerçant Jordanien a expliqué à lé télévision les effets indirects. Il faut avoir à l’esprit que la Jordanie est un pays sans débouchés maritimes [hormis sur la mer Rouge par le port d’Akaba] pour lequel les routes terrestres sont de la plus haute importance «J’importais auparavant des textiles turcs via la Syrie, » disait-il, « il me fallait seulement quelques jours pour recevoir la marchandise. Maintenant, je dois faire transiter la marchandise par Akaba. Ce qui prend environ un mois.» Amman est à environ quatre heures de route d’Antakya. Il faut maintenant près d’un mois pour transporter des marchandises à Amman. Si vous étiez un chef d’entreprise avec un réseau de distribution en Jordanie, comment vous sentiriez-vous ?

L'enclavement de la Jordanie est aggravé par la présence d'une entité sioniste

La politique du zéro problème nous avait dit que la Turquie allait devenir le carrefour commercial de la région. Dans un monde où l’économie de marché n’existe pas, il faut être en bons termes avec les capitales étrangères pour pénétrer sur leurs marchés. Ce qui a un coût en période de transformation politique. Un processus sanglant de transition politique est en cours, et ce n’est certainement pas bon pour les affaires.


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