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128 bus de pèlerins Turcs refoulés par les autorités irakiennes

18 octobre 2012

En prenant position comme elle l’a fait sur le dossier syrien, c’est-à-dire en participant activement non seulement à la structuration politique de l’opposition au régime de Damas mais aussi à l’équipement et à la formation militaire des bandes armées qui sèment le chaos en Syrie, la Turquie a foncé tête baissée dans le piège que lui a tendu l’Occident.

Elle n’en sera récompensée ni par une accession à l’Union Européenne, ni même par un abandon définitif des projets de législation sur le génocide arménien.

En attendant, la Turquie doit assumer en grande partie le fardeau que constitue l’aide aux réfugiés de Syrie, pour la bonne raison qu’elle refuse de laisser les institutions internationales (ONU, Croix Rouge entre autres) administrer les camps de réfugiés (pour l’autre bonne raison que ce ne sont pas de simples camps de réfugiés, mais aussi des camps d’entraînement militaire) et son commerce avec la Syrie s’est réduit à presque rien, au grand dam des entreprises des régions limitrophes de la Syrie. L’impossibilité de faire transiter des marchandises destinées aux marchés jordanien et au delà saoudien ou koweïtien par la Syrie est aussi un problème sérieux pour l’économie turque.

A ces aspects s’ajoutent d’autres problèmes plus politiques qui sont autant de menaces pour l’unité de la Turquie.

Au niveau régional, les relations avec l’Arménie, déjà pas très bonnes sont devenues carrément exécrables, tandis que celles avec l’Iran sont passées de bonnes ou même chaleureuses à un niveau oscillant entre tiédeur et froideur.

Et puis il y a l’Irak, ce pays révélateur des contradictions de la Turquie. Ankara a prétendu entretenir de bonnes relations avec Bagdad tout en court-circuitant l’autorité centrale du pays afin de passer des accords dans le domaine pétrolier directement avec la province autonome du Kurdistan irakien.

Autant de choses qu’Ankara refuserait, même en rêve, pour les Kurdes de Turquie que l’armée et la police turques combattent sans relâche non seulement sur le sol turc mais aussi en territoire irakien.

Et le gouvernement turc le fait en fonction d’un «mandat » qui lui est attribué par le parlement… turc !

Ce mandat vient d’être renouvelé par les législateurs d’Ankara alors même que le gouvernement irakien a fait savoir qu’il s’opposait à ce  que l’armée turque intervienne sur son territoire.

Mais il n’y a pas de problème puisque :

le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu s’est entretenu lundi à Ankara avec des dirigeants Kurdes d’Irak pour obtenir leur soutien dans la lutte menée par les forces turques contre le PKK.

Je dirai seulement une chose aux dirigeants Turcs : à force d’actionner et de soutenir des forces centrifuges dans les pays voisins, vous récolterez ce que vous aurez semé, c’est-à-dire la mise en branle de ces mêmes forces dans votre pays.

En attendant, le régime irakien est furieux de tout ce qui se passe, aussi bien dans le Kurdistan qu’en Syrie où le dénouement de la crise pourrait s’avérer funeste en cas d’accession au pourvoir des poulains de la monarchie saoudienne. La recrudescence des attentats meurtriers attribués à des organisations pro saoudiennes n’est d’ailleurs qu’un avant-goût de ce qui attendrait alors l’Irak.

Les autorités irakiennes, sans doute lasses de ne pas être entendues par celles d’Ankara, essayent cependant de leur montrer que la patience a des limites. C’est ainsi qu’on apprend que 128 autocars transportant des pèlerins pour La Mecque viennent d’être refoulés alors qu’ils s’apprêtaient à entrer en Arabie Saoudite par le poste frontière d’Arar au sud-est de l’Irak.

les bus n’ont pas été autorisés à passer à Arar parce que les visas des passagers avaient été délivrés par les autorités régionales kurdes et non par le gouvernement central, ont déclaré des officiels.

Point de passage d’Arar

«Ni Ankara, ni l’ambassade turque à Bagdad n’ont contacté les autorités irakiennes à propos de l’entrée d’un aussi grand nombre» de personnes et «nous ne savons pas vraiment si ce sont des pèlerins,» partis pour La Mecque, a déclaré Mussawi [conseiller du premier ministre Irakien].

Pèlerins Turcs au poste frontière d’Arar. Ceux-ci ont les documents de voyage adéquats

Mussawi fait apparemment une allusion assez transparente aux pèlerins Iraniens capturés en Syrie par l’opposition armée et présentés par cette dernière comme étant en réalité des Gardiens de la Révolution.

Pour comprendre ce qui se passe, et ce que ne veut pas comprendre le gouvernement turc, il faut juste savoir admettre que les Kurdes ont un projet national et qu’ils divergent avant tout sur les modalités de sa concrétisation et sur qui doit en assumer le leadership. En nouant des relations étroites avec la province kurde autonome d’Irak, les Turcs ne font que renforcer une faction porteuse de ce projet national, et cette faction se retournera contre eux le jour où elle sera assez sûre de sa force.

Qu’on le veuille ou pas, le projet national kurde, sous sa forme actuelle, est antithétique avec le maintien de la carte de la région telle qu’elle a été fixée au lendemain de le 1ère guerre mondiale.

D’un autre côté, les Turcs devraient aussi savoir que le pouvoir de Bagdad dont la nature centrale reste bien théorique aspire de toutes ses forces à redevenir un véritable pouvoir central, exactement comme au temps de Saddam Hussein.

Ce pouvoir est chiite, nous dit-on. Et constitué de personnes hostiles à l’ancien régime irakien. La belle affaire ! C’est un pouvoir d’abord irakien au sens où il est de cette terre et de ce pays et qu’il ne peut que reprendre un projet sans lequel il ne sera plus question d’Irak.

Espérons quand même que le problème du passage des pèlerins pourra être résolu car ils ne sont sans doute que les victimes des agissements de leur gouvernement.

Coûts apparents et coûts cachés de la politique syrienne de la Turquie

5 septembre 2012

Si des pays comme la France ou la Grande Bretagne peuvent se permettre d’entretenir le brasier syrien sans subir d’autres conséquences que l’arrivée sur leur territoire de quelques réfugiés, le plus souvent triés sur le volet, il en va autrement pour la Turquie.

En effet, la Turquie a une longue frontière avec la Syrie qui était il y a encore peu de temps un partenaire commercial important, non seulement par les achats de produits turcs effectués par les entreprises syriennes, mais aussi comme voie de transit pour les marchandises destinées aux marchés jordanien et saoudien.

A celà s’ajoutent des caratctéristiques de l’Etat turc qui le rendent vulnérable aux mêmes facteurs de désagrégation que ceux qui sont à l’oeuvre en Syrie. D’une certain manière, ces facteurs sont encore plus puissants dans une Turquie moins unifiée linguistiquement que la Syrie mais qui est aussi traversée par des lignes de fracture sectaires potentielles.

A côté de ces facteurs de risque, la question du fardeau des réfugiés,sans être négligeable, revêt un aspect presque accessoire.

Je vous l’ai dit à plusieurs reprises sur ce blog, l’inquiétude monte chez une bonne partie des élites turques tandis que la masse de la population est indifférente ou hostile à la politique syrienne conduite par son gouvernement.

L’article signé Yusuf Kanli que je vous propose expose cette inquiétude de manière on ne peut plus claire et appelle à un changement conforme aux intérêts fondamentaux de son pays.

Incidemment, il est particulièrement piquant de voir le gouvernement turc, qui a foncé tête la première dans le piège syrien tendu par la Grande Bretagne et la France protester contre l’introduction du genocide arménien dans les manuels scolaires français.

Le coût augmente

Par Yusuf Kanli, Hürriyet (Turquie) 5 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La guerre en Syrie va-t-elle se terminer avant le début de l’hiver? Dès le début, les décideurs politiques Turcs avaient annoncé que les jours du régime baathiste étaient comptés et que sa chute était imminente. Sauf que ces mêmes décideurs politique ont fait des prévisions presque identiques tout au long des 18 mois de tragédie en Syrie.

Il est évident que ces pronostics irréalistes et à courte vue manquent de logique et de rationalité, mais sont fondés sur les immenses espoirs des collaborateurs sunnites locaux de la phase «Printemps Arabe» de la conspiration pour le Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Sur les débris des fables sur l’évolution démocratique dans la région, des dictatures sont en voie d’être remplacées par des régimes totalitaires de substitution, régis cette fois ci par la mentalité théocratique des Frères Musulmans.

Il reste néanmoins que les Frères musulmans, qui emmènent toute la région vers une «gouvernance démocratique avancée» n’ont fait aucune avancée au Bahreïn. La communauté internationale a fait la sourde oreille et est restée aveugle aux développements au Bahreïn, mais permettez-moi de vous le rappeler : le soulèvement a été maté avec une intervention militaire saoudienne. Pourquoi ? Parce que, au Bahreïn, ce n’étaient pas des sunnites, mais plutôt des chiites qui remettaient en cause la monarchie.

Le coût de ce “printemps” pour la Turquie a atteint de telles proportions cependant que, ne pouvant plus se contenter de la formule «à part ça tout va bien,»  le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a commence à avouer qu’il avait eu tort d’espérer un soutien généreux à l’aide “humanitaire” et “généreuse” apportée par la Turquie aux rebelles Syriens. C’est ce dont ils s’est plaint à l’ONU la semaine dernière. La Turquie a déjà dépensé 300 millions de dollars pour héberger quelque 80 000 réfugiés Syriens. La facture syrienne de la Turquie, ainsi que le nombre de réfugiés, vont malheureusement doubler ou meme tripler dans les semaines à venir. D’un aute côté, la Turquie n’est plus aussi enthousiaste qu’elle l’était quand Davutoğlu avait emporté ans ses bagages des millions de dollars pour acheter la loyauté des rebelles Libyens et qui ont été perdus dans la compétition libyenne remportée par la France et la Grande Bretagne…

Quel a été le coût réel du “printemps Arabe” pour les finances turques, mis à part les milliards perdus dans le commerce bilatéral, ainsi que dans le transport de marchandises vers des pays tiers via les territories en conflit? Dépenser 300 millions de dollars pour les réfugiés ou d’autres forms d’assistance “humanitaire” aux rebelles Syriens ne représente certes pas grand chose pour une économie comme celle de la Turquie. Par ailleurs, par de nombreux canaux très discrets, les amis Qataris, Saoudiens et Américains de la Turquie ont probablement aidé Ankara.

Le coût véritable ne réside cependant pas dans l’argent dépensé mais dans les retombées sue l’économie, la stabilité, la sécurité et l’intégrité du territoire national de la Turquie. Les Turcs en ont assez d’entendre jour après jour la liste de leurs fils tombés sous les coups du terrorisme separatist. L’inquiétude s’accroît sur les consequences le jour d’après [la crise syrienne], indépendamment du cours que suivront les évènements en Syrie. La Syrie et l’Irak parviendront-ils à preserver leur intégrité teritoriale? Que va-t-il arrive à l’Iran? La Turquie réussira-t-elle à préserver son intégrité au milieu de tant de volatilité régionale?

Dénigrer Davutoğlu est devenu une mode.  Mais Davutoğlu a-t-il conçu et appliqué seul ces politiques ratées qui lui ont valu à juste raison le titre de “pire ministre des affaires étrangères que la Turquie ait jamais eu”? La Turquie devrait-elle le sacrifier pour continuer dans l’aventurisme? Cela ferait-il une différence?

 Le temps est peut-être venu d’analyser les coûts de manière réaliste et de donner une nouvelle orientation à la politique étrangère turque.

La Turquie, l’Iran et les deux Azerbaïdjans

14 mai 2012

On sait que l’Iran se trouve dans la région du Moyen Orient et entretient une frontière avec l’Afghanistan à l’est et l’Irak à l’ouest. On oublie ou néglige cependant trop souvent le fait que ce pays se trouve aussi aux marches du Caucase, une région  dont l’instabilité n’a rien à envier à celle des Balkans.

Ceci pour dire que l’Iran se trouve au cœur d’un jeu d’influences et de rapports de forces  complexe avec des risques évidents d’affrontements militaires. Ces rapports de force locaux s’insèrent aussi , pétrole et gaz obligent, dans les stratégies géopolitiques des grandes puissances, les Etats Unis en premier lieu.

Comme on l’a vu, un des foyers de tension dans la région a trait aux relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie d’une part et l’Arménie d’autre part. Ce dernier pays pouvant compter sur  l’amitié historique de l’Iran, république islamique ou pas.

En fait la qualité des relations entre l’Arménie est d’un tel niveau qu’un certain nombre d’Azeris s’en trouvent irrités au plus haut point.

On peut ainsi lire sur le site francophone d’une agence de presse azerie que :

Un groupe de jeune ont tenu le 11 mai vendredi des actions de protestation devant l’ambassade de l’Iran en Azerbaïdjan.

Un peu plus loin, on peut lire ce que reprochent ces jeunes au gouvernement iranien :

Mahmoud Ahmadinejad qui n’a parlé jamais au génocide commis par les arméniens contre les azerbaïdjanais à Karabakh, a déposé des fleurs sur le monument de génocide soi-disant arménien. Nous, les jeunes azerbaïdjanais ne donnerons pas la possibilité aux propagandes iraniennes dans notre pays.

Voilà, Mahmoud Ahmadinejad, le négateur de l’holocauste a déposé une gerbe de fleurs sur le monument dédié au génocide arménien à Erevan.

Pourtant Mahmoud Ahmadinejad n’ignore pas que ce geste a un poids symbolique incommensurablement plus faible que quelques minutes de recueillement en kippa à Yad Vashem. Ce que les Azeris semblent savoir également.

Et si Ahmadinejad est un laïc, on peut supposer d’après le slogan entendu à Bakou qu’il n’est pas le bienvenu en Azerbaïdjan :

«Les mollahs iraniens homosexuels n’ont pas de place en Azerbaïdjan !»

Charmant !

Ceci pourrait paraître un peu anecdotique et ne pas prêter vraiment à conséquence. Voire, parce que plusieurs millions d’Azeris  (les estimations varient de 15 à 30 millions !) vivent dans la région iranienne d’Azerbaïdjan . Et qu’il existe à Bakou des velléités d’unification de l’Azerbaïdjan en incluant la région iranienne qui porte ce nom dans l’actuel Etat azeri.

Je dirais que la situation est quand même gérable tant que d’autres puissances ne s’immiscent pas dans cette affaire.

Une période qui est sans doute en train de se terminer puisque la Turquie, sans doute moins par panturquisme que dans le cadre d’une mission attribuée par l’OTAN pour déstabiliser l’Iran vient de s’inviter dans les relations irano-azeries.

On peut ainsi lire dans le journal turc Zaman que :

Les Azeris Iraniens créent un conseil national en Turquie et aspirant à l’indépendance.

Ces indépendantistes Azeris se présentent cependant comme “indépendants” de puissances tierces:

Les Azeris Tucs ont aussi souligné pendant la conférence de presse – désireux sans doute de ne pas être associés à des intentions d’Israël ou des Etats Unis à l’égard de l’Iran –que leur recherche de l’indépendance n’a rien à voir avec une possible intervention militaire en Iran par les Etats Unis ou avec une frappe aérienne israélienne contre les sites nucléaires iraniens. Ils assurent que leur but est un rêve séculaire qui remonte à une époque antérieure à la fondation de l’Iran moderne en 1925 et est donc indépendante de toute autre initiative.

 Rien à redire ?

Ben si, parce que le Dr. Yasemen Karakoyunlu, responsable des études stratégiques de ce conseil azeri ajoute ce qui suit :

Si les Etats Unis ont des plans quelconques pour l’Iran, ils devraient en parler non seulement avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, mais aussi avec les Azeris Turcs en Iran.

On nous dit certes que ces nationalistes Azeris critiquent les autorités d’Ankara parce qu’elles s’intéressent de près au dossier palestinien  (tiens, tiens !) pour lequel elles donnent de la voix mais ne s’intéressent pas à l’Azerbaïdjan iranien. Et qu’une première réunion de ce conseil national a été empêchée à Ankara les 12 et 13 mai par le gouvernorat d’Ankara suite à des « pressions iraniennes « .

Ils ont pourtant pu se réunir dans la même ville trois jours après et tenir une conférence de presse !

Or, il va de soi que si elles l’avaient voulu, les autorités turques auraient aisément pu interdire cette réunion et/ou la conférence de presse.

Alors, est-ce là un moyen de plus de mettre la pression sur Téhéran ?

 En tout cas, la Turquie joue dans la région un jeu extrêmement dangereux dont elle ne sortira gagnante qu’en rêve.

L’Arménie et l’Iran

26 avril 2012

A l’occasion de la commémoration par l’Arménie du ‘génocide’ que ce pays accuse la Turquie d’avoir commis, le journal espagnol ABC a eu la bonne idée d’interviewer l’ambassadeur d’Arménie en Espagne, Khorén Terterián.

Ce qui nous permet d’avoir un rare aperçu des prises de position de l’Arménie sur la crise qui oppose l’Iran au bloc occidental, entité sioniste incluse.

En fait, on découvre tout simplement que prise entre le marteau turc et l’enclume azerie, la république d’Arménie a tout à perdre d’une agression militaire contre l’Iran. En effet, si l’Arménie n’a que 35 kilomètres de frontières communes avec la république islamique, ce sont 35 kilomètres d’une importance vitale. Et l’Iran est par ailleurs un soutien de poids dans un environnement que le gouvernement arménien définit comme hostile.

A méditer.

Nous n’avons pas d’autre solution que d’avoir de bonnes relations avec Téhéran»

Les Arméniens commémorent leur «génocide» face à une Turquie influente et s’accrochent à leur volonté de se rapprocher plus de l’Union Européenne sans renoncer à leur amitié avec l’Iran.

Par Luis de Vega, à Madrid, ABC (Espagne) 24 avril 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

 «Nous avons payé le prix pour garder notre langue, notre culture et nitre foi chrétienne,» affirme Khorén Terterián, chargé d’affaires de l’ambassade d’Arménie à Madrid, un pays qui commémore ce 24 avril le début du «génocide» par les Turcs entre 1915 et 1923. Les autorités d’Erevan, capitale de l’Arménie, estiment qu’environ 1,5 millions de ses nationaux furent massacrés. Ce chiffre et le fait que ce fut une extermination planifiée n’ont jamais été reconnus par Ankara qui parle de 300 000 morts.

Le poids de plus important de la Turquie dans les relations internationales représente un frein important pour les aspirations arméniennes à la reconnaissance de ces faits. La volonté de ces deux pays d’être admis dans l’Union Européenne (UE) ne semble pas être un argument suffisant pour que leurs positions de rapprochent même à minima.

A cheval entre l’orient et l’occident et sans façade maritime, cette ancienne république soviétique marquée aujourd’hui par les conflits avec ses voisins, la Turquie et l’Azerbaïdjan avec lesquels les frontières sont fermées. Avec le premier pays, le conflit porte sur la négation du génocide et avec le deuxième, sur l’enclave du Nagorno Karabakh, peuplée majoritairement d’Arméniens mais que l’ONU reconnaît comme azerie en dépit d’une indépendance autoproclamée il y a une dizaine d’années pendant la guerre de 1991 à 1994.

Ce qui oblige l’Arménie à dépendre de la Géorgie au nord, pour avoir accès à la mer Noire et, surtout, de l’Iran au sud qui est devenu, nonobstant les différences religieuses – les uns sont Chrétiens et les autres Musulmans – le principal soutien des Arméniens à l’international, comme le reconnaît Terterián. «En dépit des sanctions, nous n’avons pas d’autre solution que d’avoir de bonnes relations avec Téhéran,» explique le chargé d’affaires pendant un entretien accordé à ABC dans lequel il  observe clairement que la fermeture  des frontières avec ses voisins met son pays à très rude épreuve.

 «Les Etats Unis le comprennent, » répond le diplomate à la question sur les relatiosn de son pays avec les ennemis du régime des ayatollahs. Terterián reste très prudent quand il évoque le climat qui assombrit la région à cause des pressions dur le programme nucléaire iranien qu’il considère comme ayant des fins « pacifiques,» alors que Washington est également un soutien importants pour son pays.

 «Nous ne voulons pas de problèmes dans la région, et encore moins en Iran, » dit-il, sans cacher une certaine préoccupation. «Nous attendons la conclusion d’un accord avec les responsables du programme nucléaire sans un recours à la force qui serait désastreux pour nous,» ajoute-t-il. Vous imaginez qu’on ferme notre frontière avec l’Iran ? » questionne-t-il en parlant de ces 35 kilomètres essentiels pour son pays.

Le jeu compliqué des alliances internationales dont dépend l’Arménie amène également le diplomate à ,e pas se mouiller par rapport au conflit en Syrie. «Question difficile,» admet-il. Moscou, dont la position est qualifiée de «positive» est un autre des piliers dont dépend ce petit Etat de 30 000km2 et de trois milliosn d’habitants, mais qui compte avec une importante diaspora. Mais sa défense de la Russie, fervent allié de Damas, ne l’empêche pas de se positionner sur plusieurs tableaux : « Nous saluons la position de l’Union Européenne et le plan Annan avec ses observateurs pour arrêter les combats. »

 L’Arménie a gagné une petite bataille avec la reconnaissance en 2001 du génocide par la France où vivent plusieurs centaines de milliers de personnes d’origine arménienne. Nicolas Sarkozy a impulsé tout récemment un projet de loi pour faire de la négation du génocide un délit, au risque de nuire à ses relations avec la Turquie. Le chargé d’affaires Arménien à Madrid n’exclut pas l’idée que ce pouvait être un moyen pour le président de s’attirer des votes en vue de sa réélection ou encore d’un message pour Ankara : «Si vous voulez faire partie de l’UE, comportez vous comme des Européens.»

  «Personne ne doute de l’holocauste [des Juifs, NdT] et l’Allemagne est vue comme un pays civilisé qui, en outre, entretient de bonnes relations avec Israël, » conclut-il.

Le mur du génocide arménien et la double humiliation de la Turquie

22 décembre 2011

Je ne vais pas bloguer pendant une semaine. Pas parce que nous sommes en période de fêtes, quoique même si je ne suis pas chrétien Noël a une signification toute particulière pour moi, mais parce que je pars quelques jours pour Alger et peut-être le Hodna.

Mais avant de partir, je vous livre quelques observations sur l’état (calamiteux) de la diplomatie turque.

Le gouvernement turc vient de subir un camouflet de la part de l’Assemblée Nationale française qui a adopté en première lecture une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien.

D’où la forte irritation des autorités d’Ankara qui ont décidé de rappeler leur ambassadeur et de geler la coopération avec la France. Ankara n’a pas dit si ce gel concernait les manigances que la Turquie mène conjointement avec la France pour déstabiliser le gouvernement syrien.

Cette crise avec la France nous en rappelle une autre, celle des relations avec le régime sioniste suite à l’arraisonnement sanglant du Mavi Marmara et la mort de 9 militants humanitaires Turcs assassinés par les terroristes sionistes.

Pourtant, comme je vous le disais tantôt, la Turquie est en train de rentrer doucement au bercail pour renouer avec le gouvernement de Tel Aviv. Et c’est même ce dernier qui pourrait sortir la tête haute d’un bras de fer où la sincérité des Turcs s’est heurtée à la contradiction de leurs engagements et à ce que je considère comme l’absence de respect d’une vision stratégique pourtant clairement tracée par les spécialistes Turcs de ces questions.

Ainsi, on apprend que les autorités sionistes ont décidé de ne pas fournir à la Turquie certains matériels militaires avancés dont la livraison devait intervenir le mois prochain. Le motif de cette annulation est

La crainte qu’Ankara puisse transférer cet équipement à des tierces parties hostiles [à l’entité sioniste].

On se demande bien quelles peuvent bien être ces parties hostiles au régime sioniste depuis que le torchon brûle entre la Turquie d’une part, et l’Iran et la Syrie d’autre part.

Ce refus est probablement surtout destiné à marquer clairement que c’est bien la «puissante» Turquie qui est en train de sortir perdante du bras de fer avec Tel Aviv.

Car on apprend en effet d’autre part que :

La Turquie et Israël ont réactivé un mécanisme de coordination de leurs forces aériennes des mois après sa suspension en raison des tensions politiques au sujet des conclusions d’un rapport d’enquête de l’ONU sur un raid israélien sanglant contre une flottille humanitaire au cours duquel neuf militants Turcs avaient été tués.
Un officier supérieur de l’armée de l’air israélienne dont le nom n’est pas cité a déclaré que ce mécanisme de coordination a été réactivé récemment dans le cadre des efforts des deux pays pour “stabiliser et améliorer les relations.” Il y a deux semaines, l’attaché militaire Turc en Israël a participé avec d’autres officiers étrangers à un briefing des forces aériennes israéliennes sur la base aérienne d’Ovda, en marge de manœuvres conjointes des aviations israélienne et italienne.
Cet officiel a  aussi déclaré que les forces aériennes israéliennes inviteraient probablement la Turquie à participer à un exercice aérien international à grande échelle qui aura lieu en Israël en 2013. «Rien ne les empêche d’y participer,» a déclaré l’officiel.

Le gouvernement français n’a donc pas trop de souci à se faire…

La Turquie devant le mur du génocide arménien

20 décembre 2011

Les dirigeants turcs vont finalement de déconvenue en déconvenue du fait de leurs illusions selon lesquelles ils auraient été admis comme puissance alliée à part entière par les Etas européens.

Pourtant aussi bien les manœuvres dilatoires que les propos rejetant clairement une admission de la Turquie dans l’Union Européenne auraient dû leur mettre la puce à l’oreille.

Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre et le « printemps arabe » a redonné vigueur à ceux qui, derrière le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu pensent qu’Ankara peut-être le gendarme de l’Occident sur ses marches asiatiques.

Un raisonnement digne de l’homme malade de l’Europe qu’est restée finalement la Turquie maintenant affrontée à une proposition de loi française sur la pénalisation de la négation du génocide arménien.

Là encore, le gouvernement turc a froncé les sourcils et levé la voix contre ceux avec qui il fait pourtant de grands projets concernant la Syrie voisine : menaces de rappel de l’ambassadeur de Turquie à Paris ou de mesures de rétorsion économiques.

Deux délégations turques viennent d’arriver en France, l’une composée de députés, l’autre de représentants du grand patronat dans le but d’essayer de contrecarrer l’examen et l’adoption de cette proposition de loi.

Les choses semblent ne pas bien se présenter pour elles car, nous apprend la presse turque, la délégation d’hommes d’affaires dépêchée par la Turquie vient de se voir refuser la location d’une banale salle de conférence par un grand hôtel parisien.

La salle réservée par la délégation au Grand Hôtel Intercontinental, a été annulée à la dernière minute par la direction de l’hôtel pour cause d’indisponibilité, mais des informations sous-entendent que des pressions politiques sur la direction en seraient la véritable raison.

Du coup la délégation a changé précipitamment d’hôtel et décidé de tenir sa conférence de presse dans les locaux du consulat général de Turquie à paris.

Un dur rappel à certaines réalités pour les dirigeants Turcs.

Je vais me permettre d’adresser un conseil personnel à M. Erdogan, le premier ministre Turc en cas d’adoption de cette loi par le corps législatif Français. Je suis d’accord qu’on ne doit pas légiférer sur l’histoire mais, si le parlement français le fait…

Alors M. Erdogan plutôt que de se contenter d’agiter devant les autorités françaises le souvenir de leurs agissements en Algérie devrait se rappeler qu’en 1830, année de la prise d’Alger, par l’armée française, la régence d’Alger était sous suzeraineté ottomane et que l’empire Ottoman était donc lui-même victime d’une agression.

A ce titre, le parlement turc serait tout à fait fondé à légiférer pour adopter une loi reconnaissant le génocide commis par la France en Algérie et pénalisant sa contestation.

Voilà une réponse qui aurait une plus grande portée que les rodomontades et les jérémiades qu’on entend à Ankara.

La Turquie est-elle restée l’homme malade de l’Europe?

15 décembre 2011

J’ai personnellement beaucoup de mal à comprendre ce que cherche la Turquie dans la crise syrienne. Tout semble en effet indiquer que, quel que soit le sort du régime baathiste, elle sortira perdante de cette affaire.

Ahmet Davutoglu, le ministre Turc des affaires étrangères a certes obtenu de la France, et donc de l’Union Européenne, le feu vert pour accroître la répression contre ses propres rebelles Kurdes, ce qui nous vaut cette photo de deux ministres satisfaits:

Alain Juppé et Ahmet Davutoglu

Mais ce feu vert n’est en fait en rien une nouveauté car l’attitude des Européens vis-à-vis de la Turquie et des kurdes a varié au gré de ce qu’ils considéraient être comme leur intérêt. Ici, cet intérêt est perçu comme consistant à inciter la Turquie à mettre la pression sur la Syrie, politiquement, économiquement et militairement. Une fois l’affaire syrienne réglée, les Européens réutiliseront la question kurde à leur guise et les Turcs auront perdu une occasion de plus de régler politiquement un problème qu’ils croient pouvoir gérer par la force.

Rien n’indique non plus que les prises de position d’Ankara faciliteront l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne

D’autre part, comme je l’avais signalé, l’affaiblissement de la Syrie servira in fine à rendre le rapport de forces régional encore plus favorable à l’entité sioniste, ce qui va contre l’apaisement durable des tensions dont a besoin la Turquie.

Et comme si la France avait voulu ramener la Turquie à ce qu’elle est restée pour elle, une nation foncièrement allogène dans le pré européen, c’est le parlement français qui s’apprête à votre une loi qui pénalisera la négation du génocide arménien.

Imaginez-vous que n’importe quel responsable politique turc en visite en France pourrait être poursuivi et même arrêté si cette loi était adoptée!

On comprend donc la colère exprimée par le porte parole de l’ambassade de Turquie à Paris qui considère cette proposition de loi

comme un acte hostile de l’exécutif français, a-t-il poursuivi, ajoutant qu’en cas d’adoption de la proposition de loi présentée par une députée de la majorité présidentielle, toute coopération avec le gouvernement français, tous les projets communs seront gelés.

Ahmet Davutoglu (le copain d’Alain Juppé sur la photo) a tenu des propos très fermes:

Il n’est pas question de laisser sans réponse les tentatives menées par les dirigeants, le gouvernement ou le Parlement de quelque pays que ce soit, pour déshonorer notre pays et notre nation, a déclaré mercredi soir devant le Parlement turc Ahmet Davutoglu, le ministre des Affaires étrangères, à propos du débat parlementaire en France

Les autorités turques pourraient même rappeler leur ambassadeur à Paris en cas d’adoption de la loi.

Décidément, la Turquie est restée dans la tête des Européens l’homme malade de l’Europe et elle est la seule à ne pas le savoir..

Comment le lobby sioniste tient la Turquie

12 décembre 2011

Dans les paramètres qui dictent la conduite de la diplomatie turque, il en est un et non des moindres que j’ai omis, c’est la question du génocide arménien.

J’en avais déjà parlé pourtant sur ce blog.

Sans prendre position sur l’adéquation du terme génocide pour qualifier ce qu’ont subi les Arméniens au début du siècle dernier, il faut cependant se rappeler que la Turquie craint énormément l’adoption par les Etats Unis d’une législation qui la sommerait de reconnaître avoir perpétré un tel génocide.

Une telle législation n’aurait bien entendu pas pour but de mettre un point final à un livre d’histoire mais signerait plutôt le début de gros ennuis pour la Turquie qui se verrait obligée d’abord de réécrire justement ses manuels d’histoire.

Mais ce n’est bien sûr pas la conséquence la plus importante d’une législation américaine sur le génocide arménien. Une autre conséquence serait en effet que le gouvernement turc se trouverait tôt ou tard mis en demeure d’indemniser les familles des victimes arméniennes et, pourquoi pas, devoir à terme faire face à des revendications territoriales  sur la partie de l’Anatolie autrefois peuplée d’Arméniens.

De bien sombres perspectives que la Turquie a toujours pu s’épargner autant grâce à son rôle éminent dans l’OTAN que par le précieux soutien du lobby sioniste.

Les sionistes ont en effet toujours marchandé ainsi leurs relations avec la Turquie : maintien d’une politique conforme aux intérêts de l’entité sioniste de la part d’Ankara en échange du blocage des efforts arméniens pour obtenir que les députés US adoptent une législation contraignante sur le génocide arménien.

Il y a bien eu un moment de flottement qui a vu le lobby sioniste faire mine de pencher en faveur d’une telle législation, mais tout est finalement rentré dans l’ordre et c’est bien le signe qu’en dépit de ses gesticulations, le gouvernement turc ne fera rien de sérieux contre l’entité sioniste alors qu’il fait feu de tout bois contre les autorités syriennes.

David Boyadjian nous en dit plus sur les déboires des Américains d’origine arménienne face aux organisations sionistes.

Face à l’histoire, l’Anti-Defamation League et le Silence des Agneaux

Par David Boyajian,HETQ (USA-Arménie) 6 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’hostilité de l’Anti-Defamation League à l’égard des Arméno-Américains n’est pas un secret. L’ADL et son directeur national, Abraham Foxman, ont collaboré avec la Turquie pour nier le génocide arménien et faire échec à la résolution du Congrès sur le génocide arménien. Ce fut donc un choc d’apprendre que Facing History and Ourselves (FHAO), une organisation nationale d’éducation à l’holocauste et aux droits de l’homme dont le curriculum comprend le génocide arménien, allait être « partenaire » de Foxman pour le groupe de discussion sur « le nouvel Antisémitisme » organisé par l’ADL le 7 novembre 2011 à Boston.

Alertés par une lettre ouverte à FHAO écrite par un Arménien, de nombreux Arméniens ont exhorté cette organisation à annuler son partenariat avec Foxman. J’ai interpellé moi-même à FHAO, sans succès.

La lettre type de FHAO

FHAO a au contraire répondu aux Arméno-Américains par une lettre type qui soutenait hypocritement que Foxman avait reconnu le génocide arménien. FHAO ne s’était même pas fatigué à répondre sur l’opposition hypocrite de l’ADL à la résolution sur le génocide arménien, que Foxman continue à qualifier de «diversion contreproductive.»

Même si la fameuse déclaration du 21 août 2007 de Foxman mentionnait le « mot en G » [génocide], elle impliquait aussi que les morts arméniens de 1915 étaient une « conséquence » de la situation de guerre plutôt qu’intentionnelles. Le critère «d’intentionnalité» est justement ce que le droit américain exige pour considérer un acte comme relevant du génocide. Foxman le savait quant il a fait sa déclaration.

A l’instigation de militants des droits de l’homme de d’Arméno-Américains, une dizaine de villes du Massachussetts et la Massachusetts Municipal Association avaient condamné les tours de passe-passe rhétoriques de Foxman et, en 2007 et 2008 – après la déclaration de Foxman – avaient cessé toute relation avec le programme de l’AFL «No Place for Hate» (pas de place pour la haine).

Lettre ouverte au Genocide Education Project

Une deuxième lettre ouverte (31 octobre 2011) a appelé l’organisation arménienne de San Francisco, le Genocide Education Project (GEP), dont la mission principale est d’éduquer au génocide arménien, à demander à FHAO de renoncer au co-parrainage de l’événement organisé par Foxman.

Pourquoi GEP? Parce que son conseil consultatif et celui de FHAO se chevauchent : les professeurs Peter Balakian et Richard Hovannisian sont dans les deux instances. Et les dirigeants de FHAO, Adman Strom, fils du fondateur de l’organisation, et Jack Weinstein figurent dans le conseil consultatif de GEP

J’ai contacté GEP qui a répondu qu’elle déciderait de la marche à suivre et me recontacterait. Elle ne l’a jamais fait. D’autres Arméniens ont aussi exhorté GEP à demander à FHAO de ne pas coopérer avec Foxman.  J’ai fait par la suite une autre tentative pour contacter GEP, sans succès. Finalement, GEP a gardé le silence. GEP devait des réponses au public concerné. Le silence appelle la spéculation. GEP craignait-elle de perdre ses bonnes relations avec FHAO ? Si oui, une organisation arméno-américaine devrait-elle collaborer avec ce genre d’organisations si ça l’empêche de s’exprimer ?

Heureusement, la Coalition to Recognize the Armenian Genocide, composée de Juifs et d’Arméniens, a saisi l’occasion. Pendant la manifestation organisée par l’ADL, elle a distribué des tracts invitant « toutes les organisations et tous les officiels à se détourner de l’ADL jusqu’à ce quelle reconnaisse sans équivoque le génocide arménien » et qu’elle « cesse de faire pression contre » la résolution sur le génocide arménien.

Des questions et des problèmes intéressants sont soulevés par ce triste spectacle du partenariat FHAO-ADL et du silence de GEP.

Les droits de l’homme comme paravent

Si une organisation reconnait, et même informe sur le génocide arménien, cette reconnaissance repose-t-elle sur des principes et est-elle consistante ? Où est-elle surtout un moyen pour cette organisation de faire avancer ses propres objectifs ?

Nous savons après tout, que des organisations se servent des droits de l’homme ou de l’éducation sur le génocide pour masque leur propre agenda. L’ADL en est un exemple.

L’ADL a de nombreux programmes aux noms “politiquement corrects”  et qui sonnent bien : « Pas de Place pour la Haine », «Lutter contre les brimades,» «Faire valoir la Diversité», «Les Différences sur le Lieu de Travail,» « récits de l’histoire des gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels» et autres. Ces programmes, avec leurs importants financements et le prestige qu’on leur attribue, ont permis à l’ADL d’entrer dans des centaines d’écoles élémentaires, lycées et facultés publics, d’entreprises et administrations publiques (FHAO a, incidemment, plusieurs programmes semblables à ceux de l’ADL). Eduquer aux droits de l’homme n’est cependant pas le véritable but de l’ADL. Les programmes de l’ADL sont juste un moyen détourné pour instiller de la familiarité avec elle-même, les préoccupations du peuple juif, l’holocauste et Israël.

Comment pouvons-nous le savoir? Parce qu’aucune véritable organisation des droits de l’homme ne pourrait jamais collaborer aussi étroitement – comme l’ADL l’a fait – avec un gouvernement turc qui viole les droits de l’homme et nie le génocide arménien pour mettre en échec une résolution du Congrès sur le génocide arménien, alors même que cette organisation plaide au Congrès pour la reconnaissance de l’holocauste [juif] et pour des indemnisations.

Et devons-nous respecter le “tabou” qui interdit de critique des organisations juives comme l’ADL, même quand elles sont nos adversaires déclarés ?

Ce tabou pourrait expliquer la réticence, il y a trois ou quatre ans, de beaucoup de dirigeants et d’organisations politiques et d’universitaires arméno-américains, particulièrement sur la côte ouest à imiter la très réussie et internationalement reconnue campagne du Massachussetts (www.NoPlaceForDenial.com) contre le biais anti-arménien de l’ADL.

Quand les leaders Arméno-Américains s’abstiennent de critiquer d’influents adversaires, défendent-ils les intérêts de la communauté ou les leurs ?

Une autre question. Quand un individu reconnaît le génocide arménien, cette reconnaissance est-elle basée sur des principes et est-elle consistante ? Où n’est-elle qu’un moyen pour faire avancer ses propres intérêts ? Les responsables politiques en sont les exemples les plus évidents.

Le leurre du génocide

Le candidat à la présidentielle Barack obama reconnaissait le génocide arménien et promettait de le reconnaître une fois élu. En conséquence, il avait obtenu le soutien d’Arméno-Américains. Une fois à la maison Blanche, il a vite oublié sa promesse. Et voyez Jane Harman qui, en tant que parlementaire avait soutenu la résolution sur le génocide avant de malhonnêtement la vider de son sens. Et puis il y a Richard Gephardt, qui avait été à un moment chef de la majorité à la chambre des représentants. Il avait même pris la parole lors d’une commémoration du génocide arménien à Capitol Hill. N’empêche, après avoir quitté le Congrès en 2005, Gephardt est devenu un consultant rémunéré pour la Turquie et a fait pression contre la résolution sur le génocide arménien qu’il soutenait auparavant. Et souvenez-vous de Samantha Power, la prétendue spécialiste du génocide et «amie» des Arméno-Américains.

Résistance à la critique

Il y a trois ans, Samantha Power avait toit à fait publiquement exhorté les Arméno-Américains à voter pour Barack Obama parce qu’il reconnaîtrait notre génocide. Elle est actuellement à la Maison Blanche où elle dirige l’“Office of Multilateral Affairs and Human Rights” (son mari, Cass Sunstein, qui est un vieil ami d’Obama, est le « patron de la règlementation » auprès du président). Nous n’avons plus de nouvelles de notre « amie » Samantha depuis quelques années. A l’heure qu’il est, les organisations arméno-américaines auraient dû adresser quelques critiques la protectrice des droits de l’homme en Amérique. Mais non, elles sont aussi discrètes qu’elle. Cela doit servir de leçon au sujet de Power ou les motifs derrière la rhétorique et les promesses que n’importe qui d’autre fait aux Arméniens.

Et des intérêts particuliers, et non les intérêts supérieurs du peuple arménien, pourraient-ils expliquer pourquoi les « leaders » et organisations de la diaspora arménienne n’ont pas été plus nombreux à critiquer la corruption des membres du gouvernement et les oligarques Arméniens?

Les Arméno-Américains attendent de leurs organisations et de leurs dirigeants politiques qu’ils se fassent entendre avec force quant nos intérêts sont en cause. La crainte de déplaire à ceux qui nous blessent est une pauvre excuse.


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