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L’Union Européenne refuse la marche vers la guerre contre l’Iran

5 janvier 2018

Encore un très bon article de Moon of Alabama sur la situation en Iran et surtout, sur la façon dont les lobbies militaristes, en premier lieu le lobby sioniste, cherchent à aggraver le régime de sanctions contre l’Iran avant une éventuelle intervention militaire.

Des actions qui sont non seulement contraires aux intérêts européens, comme l’ont fait comprendre plusieurs dirigeants dont le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie suédoise, mais également contraires aux intérêts américains.

L’intérêt des Etats Unis serait en effet d’entretenir des relations correctes avec l’Iran, ce qui est exactement ce que souhaitent les dirigeants iraniens.

La seule chose qui entrave ce rapprochement, beaucoup plus que la rivalité saoudo-iranienne que les Américains et leurs amis britanniques auraient vite fait d’apaiser, c’est le régime sioniste et ses différents lobbies dont le plus puissant exerce son influence à Washington.

Iran – L’Union Européenne rejette la marche des Etats Unis vers la guerre

Moon of Alabama (USA) 4 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

La réaction aux manifestations mineures en Iran a ouvert un autre fossé entre les Etats-Unis et l’Europe. Elle expose au grand jour l’agressivité du lobby sioniste et son influence dans la politique et les médias américains. La situation montre la divergence croissante entre les véritables intérêts américains et les intérêts d’Israël.

Certaines manifestations antigouvernementales et des attaques contre les institutions publiques persistent en Iran. Mais, comme le montre le graphique, ce genre de manifestations et d’émeutes continue de diminuer. La journée d’hier a vu se dérouler des événements dans seulement 15 endroits alors que, depuis le 28 décembre, un total de 75 villes et cités ont connu une forme de protestation ou d’incidents. En plus de ces derniers événements, plusieurs marches pro-gouvernementales ont eu lieu hier, chacune étant de loin plus importante que les manifestations antigouvernementales.

La courbe jaune représente des effectifs cumulés, les deux autres des effectifs pour chaque journée de manifestations/rassemblements

Source du graphique: Ali Kadivar

La violence contre les biens publics exercée certains jeunes émeutiers leur a aliéné les manifestants légitimes du début qui avaient suffisamment de raisons économiques pour rejeter les politiques néolibérales du gouvernement iranien actuel. L’instigation de la violence à partir de l’extérieur de l’Iran, probablement du fait des machinations de la CIA, les a privés de leur voix.

J’avais déjà posé la question :

Pourquoi les États-Unis font-ils ça ?

Le plan pourrait bien ne pas être de renverser immédiatement le gouvernement iranien, mais de provoquer une réaction brutale du gouvernement iranien contre les actions militantes dans son pays. … Cette réaction peut ensuite être utilisée pour appliquer des sanctions plus larges et plus strictes contre l’Iran, en particulier de la part de l’Europe. Ces sanctions s’inscriraient comme un autre élément constitutif d’un plan plus vaste visant à étrangler le pays et seraient une étape supplémentaire vers une escalade à plus grande échelle.

Et :

L’administration [américaine] vient d’appeler à une session d’urgence de l’ONU sur la situation. Une démarche risible…

Risible en effet. D’autres membres du Conseil de Sécurité et du Conseil de l’ONU pour les Droits Humains ont rejeté le plan américain. Ce n’est pas le rôle de l’ONU de s’immiscer dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Mais même pour ceux qui considèrent que l’ONU a un droit à intervenir, les manifestations en Iran, qui n’auraient jamais rassemblé plus de 15 000 personnes en même temps et peut-être 45 000 en effectifs cumulés, sont bien trop insignifiantes pour justifier une quelconque réaction onusienne.

L’Union européenne, principale cible des Etats-Unis qui veulent à nouveau imposer des sanctions contre l’Iran, a officiellement rejeté ces tentatives. Le ministre suédois des Affaires étrangères a déclaré que ces mesures sont « inacceptables » et que la situation ne peut être considérée comme justifiant une telle démarche [de réunion urgente de l’ONU]. Le président français Macron a averti que la rupture des relations avec l’Iran conduirait à la guerre. Il a été très explicite (traduction automatique) sur les acteurs derrière de telles démarches:

L’Union européenne, principale cible des Etats-Unis qui veulent à nouveau imposer des sanctions contre l’Iran, a officiellement rejeté ces tentatives. Le ministre suédois des Affaires étrangères a déclaré que ces mesures sont « inacceptables » et que la situation ne peut être qualifiée de telle sorte. Le président français Macron a averti (français) que la rupture des relations avec l’Iran conduirait à la guerre. Il était très explicite (traduction automatique) sur les acteurs derrière ces manœuvres :

La France a des relations fermes avec les autorités iraniennes mais veut conserver ce lien « parce que ce qui est train de se jouer sinon, c’est qu’on en train subrepticement de reconstruire un ‘axe du mal' », a déclaré le président français à des journalistes, en marge de ses voeux à la presse.

« On voit bien le discours officiel qui est porté par les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, qui sont nos alliés à de nombreux égards, c’est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran », a-t-il ajouté, en soulignant sans davantage de précisions qu’il s’agissait d’une « stratégie délibérée de certains ».

Le ministre russe des Affaires étrangères a mis en garde les Etats-Unis contre toute ingérence dans les affaires intérieures de l’Iran.

Pendant ce temps, un grand journal saoudien, Al Arabiya , fait concurrence à The Onion [équivalent américain du Gorafi]  en affirmant que l’Iran a appelé le Hezbollah, des unités irakiennes et des mercenaires afghans pour l’aider à réprimer les manifestations.

Dans une tribune libre publiée par le Washington Post, le vice-président Pence dénonce le manque de réaction selon lui de l’administration Obama face aux manifestations en Iran [en 2009], mais n’annonce aucune réaction de la part de l’administration Trump. La rédaction du Washington Post y a ajouté plusieurs tribunes de lobbyistes pro-sionistes qui dénigrent l’Iran et reprochent à l’Europe de ne pas suivre la ligne de Trump.

L’anti-iranienne Foundation for Defense of Democracies (FDD) qui est financée par un spéculateur sioniste extrémiste, se voit accorder beaucoup d’espace rédactionnel dans les journaux américains :

Adam H. Johnson @adamjohnsonNYC – 4:04 AM – 3 Jan 2018

ces 72 dernières heures, la FDD a publié des tribunes libres sur l’Iran dans le New York Times, le Washington Post, le New York Post, Politico et le Wall Street Journal, répétant à chaque fois les le même argumentaire usé pro-intervention.

Adam H. Johnson @adamjohnsonNYC – 6:14 PM – 3 Jan 2018

ayant consommé leurs espaces réservés pour cette semaine dans les respectables WSJ , WaPo, Politico, et NYTimes, la FDD doit se rabattre sur le Washington Times aujourd’hui. Comme c’est triste!

Le blog Lawfare soi-disant «centriste» a publié un appel en faveur de la livraison de mines improvisées avec des «charges à fragmentation» [« Explosive Formed Penetrators »] aux manifestants iraniens. (Lors de l’invasion américaine en Irak, la résistance locale a fabriqué et utilisé de tels EFP contre les occupants américains.) L’US Army avait mensongèrement prétendu que les EFP venaient d’Iran.) Le rédacteur en chef de Lawfare , le célèbre Benjamin Wittes, semble être d’accord avec ce texte . Lui, l’éditeur du blog, écrit qu’il ne modifie jamais rien de ce qui est publié sur son site. Son seul reproche à propos de l’article est que l’appel à armer les émeutiers en Iran manque d’un raisonnement juridique explicite. (On se demande comment ceux qui écrivent dans Lawfare réagiront lorsque la Chine livrera des armes antichar lors de la prochaine manifestation du type Occupy Wall Street .)

C’est une grande campagne [politico-médiatique] qui accompagne aux Etats Unis des événements assez peu importants en Iran. La campagne est conçue pour créer une atmosphère de guerre contre ce pays. Les médias lui donnent beaucoup d’espace. Mais les États-Unis sont très isolés dans cette démarche. L’Arabie Saoudite est un tigre de papier qui ne compte pas et Israël ne peut pas agir [militairement] contre l’Iran. L’axe de la résistance est prêt pour une guerre de grande ampleur, a dit le dirigeant du Hezbollah Nasrallah . Il explique qu’une telle guerre serait menée au plus profond d’Israël.

Stephen Kinzer [kinzer est professeur de relations internationales à la Brown University ans le Rhode Island] souligne que l’animosité américaine contre l’Iran et son gouvernement ne résulte d’aucun raisonnement stratégique :

L’histoire veut que tout gouvernement iranien doive être fortement nationaliste et un défenseur vigilant des musulmans chiites partout dans le monde, de sorte que l’idée qu’un «changement de régime» produirait un Iran plus pro-américain est un fantasme. La sécurité des États-Unis ne sera pas sérieusement affectée par le cours de la politique intérieure de l’Iran.

[…]

En 1980, le président Carter avait proclamé que toute contestation de la domination américaine dans le golfe Persique serait considérée comme «une atteinte aux intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique». Il était animé par les impératifs mondiaux de son époque. Une grande partie du pétrole américain traversait le golfe Persique, et l’Occident ne pouvait pas risquer de le perdre face au pouvoir soviétique.

Aujourd’hui, il n’y a pas d’Union Soviétique et nous ne comptons plus sur le pétrole du Moyen-Orient. Pourtant, même si ce qui fondait notre politique s’est évaporé, la politique elle-même demeure inchangée, une relique d’un autre âge.

Kinzer a raison sur l’absence d’argument stratégique. Mais il néglige l’influence du lobby sioniste et son intérêt à maintenir les Etats-Unis impliqués dans la destruction de tout adversaire potentiel à son entreprise coloniale. L’intérêt véritable du peuple des États-Unis n’est pas ce qui motive la politique américaine et ce, depuis un certain temps (si jamais ce fut le cas).

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Les néocons ont du mal à faire le deuil de leur rêve d’éliminer Bachar al-Assad

26 décembre 2017

Chacun se souvient certainement que, pendant les premières années du conflit en Syrie, les appels à la destitution du président syrien, voire sa mise à mort, définissaient ce qui devait être un préalable au règlement de la crise.

Sur le terrain, les jours du régime syrien semblaient en effet comptés. Pourtant le régime et son armée (constituée essentiellement de conscrits) ont fait preuve d’une remarquable résilience, d’abord en adaptant leur stratégie à la réalité du rapport de forces puis en s’appuyant sur de solides alliances qui l’ont aidé à faire basculer la situation sur le terrain. Aux côtés de l’armée syrienne, on a vu intervenir le Hezbollah libanais, l’Iran et enfin la Russie. L’intervention russe a été décisive non seulement au plan militaire mais aussi au plan diplomatique en renvoyant au statut de chimère le souhait occidental d’une élimination du pouvoir en place à Damas.

Certains Occidentaux pensent cependant encore que leur projet initial de destruction du pouvoir syrien est seulement différé dans le temps comme on a pu le comprendre, et comme le président syrien l’a compris, des propos de M. Macron lors de son interview du 17 décembre avec Laurent Delahousse sur France 2. De fait, les Occidentaux continuent à s’exprimer publiquement comme s’ils étaient les principaux acteurs, voire les seuls, de la défaite de Daesh en Syrie.

La mythologie diplomatique occidentale veut en effet que le gouvernement syrien n’a pas combattu le prétendu Etat Islamique voire même qu’il l’a parrainé.

C’est cette mythologie élaborée par des think-tanks essentiellement américains qui est dénoncée dans l’article que je vous propose. Ces think-tanks, tout en se parant de noms qui fleurent bon un académisme de bon aloi, produisent pourtant un savoir particulier en ce sens qu’il a pour but premier d’inciter des gouvernements à entreprendre certaines actions (belliqueuses) et qu’il ne s’appuie pas sur les méthodes et les travaux des chercheurs spécialisés dans les domaines de la science politique et des relations internationales.

Si on prête attention à cette tribune libre signée par deux universitaires, on comprend parfaitement que, au moins jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, les Etats Unis donnaient la priorité non à la lutte contre Daesh mais à celle contre le gouvernement syrien dont la défaite était le préalable à l’élimination de Daesh.

Tribune libre: Les experts avaient tort à propos d’Assad et de l’État islamique. Comme d’habitude, ils ne veulent pas l’admettre

Par Max Abrahms et John Glaser, The Los Angeles Times (USA) 10 décembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

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John Glaser et Max Abrahms

L’Eta Islamique n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2014, l’organisation extrémiste semblait avoir fait des avancées substantielles dans son projet avoué de constitution d’un Califat. Il comptait des dizaines de milliers de combattants et exerçait un contrôle sur un territoire à peu près aussi vaste que la Corée du Sud. Sous la plupart des aspects, l’Etat Islamique s’est effondré dans son bastion syrien ainsi qu’en Irak. Comme un ancien combattant étranger [de Daesh] le reconnaissait récemment, « C’est terminé ; il n’y a plus de Daesh. »

Le démantèlement de l’Etat Islamique doit choquer le chœur des journalistes et des experts qui ont passé des années à soutenir avec insistance qu’un tel résultat ne pourrait jamais être obtenu sans au préalable renverser le régime de Bachar Assad – qui est, bien sûr, toujours en place. Toute une troupe de faiseurs d’opinion ont pendant longtemps affirmé que l’Etat Islamique en Syrie allait prospérer en Syrie tant qu’Assad serait au pouvoir parce que l’Armée Arabe Syrienne faisait partie de la même maladie.

John Bolton, ancien ambassadeur auprès des Nations Unies sous George W. Bush, affirmait dans le New York Times que « défaire l’Etat Islamique » n’est « ni faisable ni souhaitable » si Assad reste au pouvoir. S’exprimant dans le Wall Street Journal, les Sénateurs John McCain et Lindsey Graham prétendaient que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad. » Kenneth Pollack de la Brookings Institution prescrivait une politique de « construction d’une nouvelle armée de l’opposition syrienne capable de vaincre à la fois le Président Bachar al-Assad et les islamistes les plus militants. » De la même manière, Max Boot, qui collabore au Los Angeles Times, soutenait que vaincre l’Etat Islamique était futile sauf si les Etats Unis agissaient aussi pour déposer le « régime alaouite à Damas ». Comme d’autres marchands de changement de régime, il argumentait en faveur d’une zone d’exclusion aérienne à travers le pays pour faciliter les frappes aériennes contre le régime Assad tout en renforçant l’aide aux soi-disant rebelles modérés.

D’éminents spécialistes de la Syrie avaient aussi prétendu qu’Assad soutenait, et même parrainait l’Etat Islamique. Michael Weiss de CNN déclarait qu’Assad et le président russe Vladimir Poutine ne combattraient pas l’État islamique et que la Syrie et la Russie étaient la «force aérienne non déclarée» de l’organisation terroriste. Son co-auteur, Hassan Hassan ,  affirmait que le régime syrien n’a jamais combattu [État islamique] auparavant. »

Pendant un moment, partout où l’on regardait, les médias colportaient le même discours. Le Daily Beast présentait les combattants de l’État Islamique comme des «sbires d’Assad». Le New York Times promouvait l’idée que les «forces d’Assad aidaient» l’État islamique en « non seulement évitant » l’organisation terroriste « mais en essayant activement de renforcer ses positions ». Time Magazine répétait comme un perroquet la ligne pro-changement de régime selon laquelle « Bachar Assad ne combattra pas l’Etat Islamique. »

Mais ces arguments en vogue ont été, pour dire les choses gentiment, réfutés empiriquement [dans les faits].

Le dossier en faveur d’un changement de régime à Damas rappelait celui concocté pour Bagdad en 2003 : les interventionnistes avaient joué sur les peurs des Américains en prétendant que les dirigeants irakiens étaient de mèche avec les djihadistes salafistes (la tendance ultra-conservatrice au sein de l’Islam sunnite). Les preuves qu’Assad parrainait l’Etat Islamique était à peu près aussi solide que celle démontrant que Saddam Hussein soutenait al Qaïda.

Comme l’a relevé le spécialiste de la Syrie Aymenn Jawad Al-Tamimi en février 2014, l’Etat islamique « a des antécédents de combat contre le régime sur plusieurs fronts, y compris la zone de Cheikh Saïd dans la province d’Alep, la base aérienne militaire de Kuweiris (où une offensive est en cours sous la direction du bataillon muhajireen Suqur al-Izz, en coordination avec le Bataillon Vert, l’État islamique et Jabhat al-Nusra, à Nubl et Zahara ,  la base aérienne de la brigade 17 dans la province de Raqqa, l’aéroport militaire de Tabqa,  Qalamoun ,à Sayyida Zainab, et Sakhna dans le désert de Homs, la région de Qamishli et la province de Lattaquié. En plus de ces lieux, il faut aussi se souvenir du rôle décisif [de l’État islamique] dans la prise de la base aérienne de Mannagh . « 

L’idée que Assad « ne combattra pas l’Etat Islamique a toujours été fausse. L’idée que « défaire l’Etat Islamique impose aussi de vaincre Bachar Assad » était également fausse. Il devrait sembler évident aujourd’hui que l’Armée Arabe Syrienne a joué un rôle dans la dégradation de l’Etat Islamique en Syrie – pas seule évidemment, mais avec ses partenaires iranien et russe, sans même parler de l’impressionnante coalition emmenée par les Etats Unis. Contrairement aux attentes des experts, la disparition du groupe était inversement liée au pouvoir d’Assad. La fortune de l’État islamique diminuait à mesure que son influence [du gouvernement syrien] sur le pays augmentait.

Tout aussi contraire aux prédictions des analystes, l’organisation terroriste a implosé juste après que le soutien extérieur aux rebelles « modérés » s’est tari. L’affaiblissement des rebelles a été un revers majeur pour l’État islamique, car Assad pouvait finalement concentrer sa puissance de feu l’organisation terroriste. En outre, moins d’envois d’armes sur le théâtre des opérations signifiait moins d’armes tombées entre les mains des djihadistes salafistes.

Il est donc étrange que nous n’ayons pas entendu ces nombreux experts reconnaître leurs erreurs; ils ne sont pas pressés de faire acte de contrition pour avoir presque forcé au lancement d’une autre mission de changement de régime basée sur la base d’analyses discréditées.

Feu le bon sens commun était non seulement en opposition avec le constat empirique, mais complètement détachée des apports de la science politique. À quelques exceptions près, les chercheurs en relations internationales ont semblé se contenter de rester en retrait et de regarder les experts des think tanks faire l’analyse quotidienne de la situation en Syrie tout en ignorant les drapeaux rouges qui parsèment le domaine de la recherche.

Certaines des meilleures recherches en sciences politiques au cours des deux dernières décennies ont montré que les militants sont moins susceptibles d’émerger en réponse à des griefs politiques que des conditions propices à leur organisation. Pour l’État islamique, le « modèle d’opportunité » du terrorisme était toujours un meilleur ajustement que le «modèle des revendications». Après tout, c’est une organisation qui s’est établie dans le désert, loin de l’armée syrienne; a attaqué des cibles faciles comme les Yazidis qui n’ont jamais opprimé la population sunnite; et a implanté des branches dans des pays connus non pour leur gouvernement anti-sunnite, mais pour l’absence d’un gouvernement qui fonctionne.

Comme en Irak, une décennie plus tôt, un changement de régime en Syrie aurait créé le vide absolu de pouvoir qui aurait permis à l’État islamique de prospérer.

En outre, l’idée qu’injecter des armes et des combattants en Syrie amènerait à une réduction des troubles en Syrie est en réalité en contradiction avec tout ce que la recherche a établi. La littérature sur les conflits montre clairement qu’un soutien extérieur à l’opposition tend à exacerber et à étendre les guerres civiles qui, habituellement, ne se résorbent pas par des accords e partage de pouvoir entre des parties combattantes égales mais quand un camp – en général celui qui est déjà au pouvoir – parvient à dominer.

Le paradigme réaliste nous rappelle que les Etats Unis n’ont pas besoin de partager la même idéologie qu’un acteur international détestable pour accepter de travailler avec lui contre un ennemi commun. Avec sa sensibilité aux dépenses financières excessives et aux retours de bâton, le Réalisme souligne aussi les dangers des interventions militaires pour mettre en place des gouvernements à à travers le monde.

Même si le califat de l’Etat Islamique n’est plus, la guerre d’Assad contre les terroristes en Syrie continue. Espérons que les analyses à venir de ce conflit éviteront le genre de plaidoyers idéologiques anti-empiriques qui ont contribué à l’ascension d’al Qaïda en Irak et puis de l’Etat Islamique

Max Abrahms est professeur de sciences politiques à la Northeastern University et membre du Council on Foreign Relations. John Glaser est directeur des études de politique étrangère à l’Institut Cato.

Le projet américano-sioniste pour la Palestine

2 décembre 2017

Une initiative de « paix » » américaine » est imminente selon Natan Sharansky, ce dirigeant sioniste malencontreusement sorti des geôles soviétiques en 1986.

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Févrie1986: Natan Sharansky acceuilli à sa l’aéropoort Ben Gourion par Shimon Peres, premier ministre du gang sioniste à l’époque

Sharansky, président de l’Agence Juive, feint de ne rien savoir officiellement mais dit tout. En tant que président de l’agence qui a fondé l’entité sioniste, il est naturellement au courant de tout ce qui se trame en matière d’initiatives américaines pour le Moyen Orient d’autant que, comme il le dit lui-même, l’équipe de négociateurs américain est constituée exclusivement de Juifs pratiquants, dont Jared Kushner, le propre gendre de Donald Trump.

Jamais la mainmise sioniste sur les appareils d’Etat occidentaux n’aura été aussi évidente qu’aujourd’hui. C’est vrai en France, c’est vrai en Grande Bretagne, en Australie tandis que cette emprise est totale à Washington où un Donald Trump à priori peu désireux de s’impliquer au Moyen Orient a délégué le dossier à des sionistes intransigeants.

Natan Sharansky peut bien se figurer que les Etats arabes (lesquels,) acquiesceront à un plan qui vise à faire de la Palestine un bantoustan, ce qu’il ne comprend pas, n’est pas Frederik de Klerk qui veut, c’est que le refus d’aller vers une solution honorable et acceptable pour les Palestiniens, aura pour conclusion, tôt ou tard, la disparition de l’Etat juif, que ce soit par la force des armes ou d’une autre manière.

Israël obtiendra ‘plus de compréhension’ de la part des négociateurs de Trump parce que ce sont des Juifs pratiquants, déclare Sharansky.

par Philip Weiss, MondoWeiss (USA) 30 novembre 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’équipe de négociateurs de Donald Trump pour le Moyen Orient prépare une proposition de paix « sérieuse » parce que l’équipe est constituée de Juifs pratiquants qui comprennent mieux Israël que les précédents négociateurs américains, dit Natan Sharansky, le président de l’Agence Juive pour Israël.

« Franchement, oubliez le président, mais si vous prenez simplement les gens qui sont impliqués dans les négociations, sachez que ces gens comprennent beaucoup mieux Israël que les équipes précédentes », a déclaré Sharansky. « Et ils comprennent vraiment les préoccupations des Juifs, parce qu’ils en font partie … Il est vraiment très intéressant de voir que lorsque le Premier ministre [Benjamin Netanyahu] siège avec Ron Dermer, [Jared] Kushner, David Friedman, et [Jason] Greenblatt, le seul qui n’a pas de kippa est le premier ministre. Donc, vous pouvez vous attendre à plus de compréhension. « 

La fondation de la famille de Jared Kushner a donné des dizaines de milliers de dollars aux colonies israéliennes illégales. Par le passé, Netanyahou a séjourné dans la maison de la famille [Kushner] dans le New Jersey. David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël, a dirigé une organisation qui a collecté des fonds pour une colonie.

De gauche à droite: Jason Greenblatt, Jared Kushner, Benjamin Netanyahou, la conseillère US à la sécurité nationale, Dina Powell, et David Friedman, ambassadeur à Tel-Aviv

Sharansky a déclaré que le Premier ministre israélien présenterait une proposition de paix pour un Etat palestinien démilitarisé, et que les dirigeants palestiniens rejetteraient l’accord, mais que les pays arabes feront pression sur les Palestiniens pour qu’ils l’acceptent. « Ils [les Etats arabes] ne seront pas automatiquement avec les Palestiniens. C’est une nouvelle donne. « 

Sharansky s’est exprimé au Centre communautaire juif de Manhattan mardi soir. Il a dit qu’il ne basait cette prédiction sur aucune information privilégiée, bien qu’il ait passé du temps avec l’ambassadeur israélien Ron Dermer et qu’il ait assisté récemment à des discours de Netanyahou, dont il a été membre de l’équipe gouvernementale autrefois.

Si vous écoutez simplement avec attention, attentivement, il est absolument clair pour vous que quelque chose se prépare », a-t-il dit. « J’écoute simplement ce qu’il dit partout dans le monde, j’ai le sentiment, encore une fois que ce n’est pas officiel, c’est officieux, j’ai le sentiment que quelque chose de sérieux se prépare. »

En ce qui concerne les grandes lignes de l’accord, Sharansky a déclaré : « D’après les discours de Bibi, je comprends plus ou moins ce que ce sera. Les Palestiniens obtiendront probablement, eh bien, un Etat, mais les questions de sécurité ne seront pas entre leurs mains … parce que dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui la compétition sera entre le Hezbollah et le Hamas – qui sera contrôlé. Donc, Israël ne peut pas se le permettre ».

Sharansky a déclaré que le Secrétaire d’Etat du président Obama, John Kerry, n’avait jamais envisagé un Etat palestinien sans armée.

Netanyahou, a-t-il dit, « sait comment leur donner [aux Palestiniens] l’occasion de gérer leur vie, comment ne pas leur donner l’occasion de contrôler la sécurité au Moyen-Orient ».

Les Israéliens seraient en grande majorité favorables à un plan de paix, parce qu’ils veulent de l’espérance, a-t-il poursuivi. « Je suis presque sûr que … les dirigeants palestiniens ne l’accepteront pas. Et encore une fois je ne sais pas ce qui se prépare. Je suis sûr que la réaction du monde arabe sera très différente du passé. « 

Sharansky a dit qu’il avait passé toute sa vie, y compris quand il avait été emprisonné dans l’ex-Union soviétique, à essayer de construire des ponts entre les Juifs et Israël. L’organisation qu’il dirige, l’Agence Juive, a contribué à la création d’Israël au siècle dernier et travaille aujourd’hui à construire un soutien juif mondial pour l’Etat [sioniste].

Sharansky a parlé avec Jodi Rudoren du New York Times et Amir Tibon de Haaretz. En écoutant l’entretien discours, j’ai été frappé par l’arrogance de cette discussion. Pourriez-vous imaginer un forum sur les questions de harcèlement sexuel aujourd’hui dans lequel seuls les hommes auraient été invités à parler ? Impossible. Pourtant, à maintes reprises, le processus de paix est débattu aux États-Unis – et négocié aussi – et la partie la moins puissante, les Palestiniens, n’est jamais invitée d’égal à égal. Le jeu est ouvertement truqué. Et vous vous demandez pourquoi le processus de paix n’a rien produit en 25 ans.

Le tueur d’Orlando était pro Daesh et pro Hezbollah

13 juin 2016

Daesh et le Hezbollah se livrent  pourtant une guerre sans merci au Liban et en Syrie!

Omar Mateen, le tueur d’Orlando en Floride se serait auto-radicalisé sur Internet. C’est du moins ce qu’on peut lire dans nos journaux et n’est pas sans nous rappeler un certain Mohamed Merah.

Dans tous les cas d’auto-radicalisation, on s’apercevra que non seulement les auto-radicalisés n’étaient pas à proprement parler des loups solitaires mais qu’ ils étaient connus des services de police.

C’est bien entendu le cas d’Omar Mateen dont l’action criminelle a coûté la vie à une cinquantaine de clients d’une boîte de nuit d’orlando.  C’est d’ailleurs à la police que Omar Mateen a déclaré faire allégeance à Daesh. On dira que le message a été transmis à qui de droit…

PHOTO: Orlando shooting suspect Omar Mateen is pictured in an undated photo from Myspace.

Omar Mateen avait aussi fait allégeance au New York Police Department

Les victimes d’Orlando ont ceci de particulier qu’elles sont homosexuelles, ou membres de ce qu’on appelle aux Etats Unis, et maintenant dans le reste de l’Occident, de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels).

La qualité des victimes invite tout naturellement à considérer le massacre comme motivé par l’homophobie.

C’est ainsi que sont fixés les cadres de lecture de cette ignominie et l’accent est mis tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre: l’accent mis sur l’islamophobie aux Etats Unis comme en témoignent les recensions des crimes contre les homosexuels dans ce pays, accent mis sur la façon dont Daesh traite les homosexuels en Irak et en Syrie, c’est-à-dire en les tuant avec une cruauté innommable; accent mis sur la religion musulmane en général (avec dans ce cas parfois une dérive vers l’évocation de la façon de voir d’autres religions).

Tout cela est sans doute digne d’intérêt mais passe quand même à côté de l’essentiel (après les victimes elles-mêmes). Et cet essentiel est le contexte politique dans lequel s’inscrit ce crime: dans un pays en pleine campagne pour les primaires présidentielles dans laquelle les thèmes du terrorisme et de l’Islam sont centraux; dans un pays qui déploie sa guerre contre le terrorisme dans de nombreux pays musulmans en Afrique et en Asie. Un pays qui dépêche en ce moment une importante force navale au large des côtes de la Syrie et est de plus en plus actif militairement en Afghanistan.

L’attentat s’est effectivement et tout naturellement invité dans la campagne pour l’investiture, Mme Clinton  se lançant dans un plaidoyer pour la réforme du commerce et de la détentions d’armes à feu, tandis que Donald Trump explique que l’attentat justifie ses mises en garde relatives à la présence musulmane aux Etats Unis.

Mme Clinton a également eu des accents « vallsiens » en appelant à l’unité nationale. Elle a bien senti que ce crime pourrait bien aussi compliquer sa campagne face à Trump. Et elle adresse un gage aux néoconservateurs en appelant à accroître l’engagement militaire de son pays au Moyen Orient. Un engagement qui, on le sait, est pourtant à la source de bien des déboires et de malheurs pour les Américains mais surtout pour un certain nombre d’autres peuples.

Quant à ceux qu’on appelle LGBT aux Etats Unis, ils ont souvent été et sont aux côtés du peuple palestinien, au grand dam du lobby sioniste. En ce sens, les victimes d’Orlando ne sont pas une grande perte pour les tenants du lobby sioniste à qui elle apportent beaucoup plus mortes que vives.

FBI: le tueur d’Orlando avait affirmé soutenir de multiples organisations

par Julian Hattem, The Hill (USA) 13 juin 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’homme derrière le massacre par balles le plus meurtrier de l’histoire des Etats Unis a semblé soutenir de multiples organisations différentes parfois en opposition, selon le FBI, ce qui complique la compréhension du mobile d’Omar Mateen.

Mateen a dit à un opérateur du 911 (Police Secours aux Etats Unis) pendant qu’il était retranché dans la boîte de nuit d’Orlando en Floride, qu’il avait un lien [d’allégeance avec Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh).

Mais il avait aussi fait part de son soutien aux auteurs de l’attentat à la bombe du marathon de Boston et à un Américain qui s’était fait exploser en Syrie au nom d’un autre groupe extrémiste, le Front al Nosra, qui est lié à al Qaïda, a déclaré de directeur du FBI James Comey à la presse lundi.

Au cours d’une enquête antérieure, le FBI avait aussi découvert qu’il se serait vanté d’avoir des connexions avec al Qaïda et le Hezbollah, une organisation militante chiite qui est en opposition avec la branche sunnite de l’Islam d’al Qaïda. L’enquête avait été classée en 2017 quand les officiels avaient conclu qu’il n’y avait pas assez d’éléments pour demander une inculpation dans cette affaire.

L’évocation d’organisations extrémistes multiples brosse un tableau compliqué pour le FBI qui continue à enquêter pour déterminer pourquoi Mateen a tué 49 personnes à Pulse, une boîte de nuit homosexuelle tôt dans la matinée de dimanche.

« Je ne sais pas quoi faire de ça, sauf que ça met en relief l’importance du travail que nous faisons en ce ce moment pour découvrir et comprendre tout de ses motivations et, si elles sont multiples, ce qu’elles sont et comment les démêler, » a déclaré Comey pendant un briefing au siège du FBI à Washington.

« Nous allons continuer à aller de l’avant dans cette enquête – et vers le passé, » a ajouté Comey. « Nous ne laisserons pas une pierre non retournée. Et nous travaillerons jour et nuit pour comprendre le cheminement de cet acte terrible. »

La tuerie perpétrée par Mateen fait l’objet d’une enquête pour acte de terrorisme mais Comey et d’autres officiels ont affirmé ne pas croire qu’elle a été dirigée par une organisation terroriste étrangère ou qu’elle relève d’un réseau agissant à l’intérieur des Etats Unis.

La victoire en Syrie, question de vie ou de mort pour la monarchie saoudienne?

26 juin 2013

Le Belfast Telegraph nous donne un petit article dont une partie est une reprise d’une dépêche de l’agence de presse syrienne Sana qui rend compte de critiques acerbes portées par le gouvernement syrien à l’encontre de l’Arabie Saoudite accusée d’armer et de financer les «rebelles.»

Ces accusations interviennent après des propos pour le moins outranciers tenus par le prince Saoud al-Fayçal qui accuse Assad de «génocide » en Syrie.

Vous me direz que le soutien matériel et diplomatique de l’Arabie Saoudite à l’opposition armée syrienne n’est en rien une nouveauté, et vous aurez raison.

Ce qui est nouveau, c’est le langage adopté par le gouvernement syrien à l’égard de la monarchie wahhabite car Damas a, jusqu’à présent, toujours cherché à ménager la monarchie saoudienne.

Ce temps est révolu et je l’interprète par le fait que le gouvernement syrien a compris qu’il était engagé dans une lutte à mort, non pas avec la prétendue rébellion, mais avec certaines monarchies du Golfe [pas toutes en effet].

Et ces monarchies ont de leur côté compris qu’une victoire du régime baathiste signerait le glas de leur hégémonie régionale et un affaiblissement de leur situation intérieure.

Qu’on songe en effet simplement que, en dépit de ses immenses ressources naturelles et de son faible peuplement, l’Arabie Saoudite est un pays profondément inégalitaire où, à côté des gens fortunés, existent de nombreuses couches de la population qui vivent le chômage et la pauvreté.

Ce fait de société a pour l’instant rencontré essentiellement l’indifférence du régime saoudien quand la répression ne s’est pas abattue sur ceux qui réclamaient plus d’égalité dans la répartition des richesses.

L’article comporte aussi des références à des propos de Susan Rice sur la nécessité d’agir en Syrie pour des raisons «morales et stratégiques,» deux termes à la promiscuité incongrue pour un problème qui peut être résolu à coups de B 52 et de missiles Tomahawk.

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Ian Cameron, le mari de Susan Rice a prévu la petite pilule bleue

Cette conne (c’est le seul qualificatif qui me vient à l’esprit) de Susan Rice s’était déjà illustrée par son autre plaidoyer pour une guerre qui était seulement morale contre la Libye, une guerre qui lui avait permis de donner libre cours à ses fantasmes sexuels.

 

La Syrie accuse Riyad [d’être responsable] du conflit

Belfast Telegraph (UK) 26 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 

Le ministre de l’Information syrien a fustigé l’Arabie Saoudite , en disant que Riyad est responsable du conflit dans son pays. 

Omran al-Zoubi affirme que l’Arabie Saoudite donne des armes et de l’argent aux «terroristes», le terme par lequel le gouvernement désigne les rebelles qui se battent pour renverser le président Bachar al-Assad.

Damas a déjà par le passé accusé les Etats sunnites du Golfe d’être responsables de la guerre civile [en Syrie]. 

Les propos de M. Al-Zoubi interviennent après la déclaration sur la Syrie confrontée à une«invasion étrangère» par les alliés de M. Assad. 

Ses propos ont été répercutés par l’agence officielle Sana dans la soirée de mardi après que le ministre Saoudien des affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, ait discuté à Djeddah du conflit syrien avec le Secrétaire d’Etat Un John Kerry, condamnant M. Assad pour avoir renforcé son armée par l’apport de combattants Libanais du Hezbollah qui est soutenu par l’Iran.

L’Arabie Saoudite est un allié essentiel de Washington et un ennemi de l’Iran. Elle soutient les rebelles Syriens qui sont majoritairement sunnites. Téhéran soutient M. Assad.

Dans le même temps, l’échec de l’ONU à agir pour stopper le conflit en Syrie est une « honte morale et stratégique que l’histoire jugera sévèrement,» a déclaré l’ambassadrice sortante des Etats Unis [à l’ONU]. 

Elle a dit aux journalistes lors de son ultime conférence de presse mardi avant de rejoindre son nouveau poste ce conseillère à la sécurité nationale des USA que la paralysie du Conseil de Sécurité de l’ONU est une «tache» [sur cette institution] qu’elle regrettera à jamais. 

Elle a soutenu que les Etats Unis et leurs alliés n’étaient pas responsables, et elle a accuse les trois double veto de la Chine et de la Russie sur des résolutions visant à faire pression sur le président Syrien Bachar al-Assad pour qu’il mette fin à la violence, même si ces résolutions n’étaient pas assorties de sanctions.

Mme Rice a exprimé l’espoir que le peuple syrien sera en fin de compte capable de définir lui-même son destin » et que les USA étaient assurément engagés à le soutenir dans ses efforts et nous resterons ainsi [dans cette disposition]. »

Missiles S-300 en Syrie à la barbe du Mossad

30 mai 2013
L’entité sioniste avait affirmé que sa dernière action de bombardement de la région de Damas avait pour objectif de détruire des équipements militaires destinés au Hezbollah libanais et qui étaient susceptibles de représenter une menace pour l’entité sioniste.
 
Un argument qui en temps ordinaire est de nature à faire taire toute critique et exclut bien sûr toute condamnation de la part des régimes occidentaux, ceux-là même qui se prétendent « amis » de la Syrie.
 
Remarquez que ce sont les même qui étaient les « amis » du Liban en 2006…
 
Et les temps actuels sont tout sauf ordinaires puisque les dits « amis » de la Syrie considèrent qu’il est grand temps que ce pays ami change de président, même si pour cela il faut plonger le pays dans la guerre et contrevenir à la lettre et à l’esprit de la Charte des Nations Unies dont certains de ces « amis » de la Syrie sont supposés être les garants.
 
Et en ces temps peu ordinaires, l’entité sioniste ne s’est pas privée de signifier qu’elle était prête à frapper la Syrie à nouveau si elle estimait que sa sécurité l’exigeait .
 
Des menaces qui n’ont suscité qu’indifférence dans le monde des « amis » de la Syrie mais qui ont amené le gouvernement syrien à faire savoir qu’il riposterait en cas de nouvelle agression.
Des propos bien entendu jugés inadmissibles par l’entité sioniste qui est la seule à avoir le droit de se « défendre ».
 
Comme si un agresseur avait un droit quelconque à se défendre.
 
Ces derniers jours, le gouvernement sioniste a encore monté d’un ton devant les informations selon lesquelles la Russie allait fournir des missiles sol-air évolués de type S-300.
 
Un des chefs du gang sioniste, Benjamin Netanyahou en l’espèce, a même fait le voyage à Moscou pour expliquer à Vladimir Poutine qu’il devait s’abstenir de livrer ces engins à l’armée syrienne.
 
Et les terroristes sionistes ont même menacé  d’armer les ennemis de la Russie ou d’attaquer les bateaux russes qui seraient chargés d’acheminer ces missiles vers la Syrie.
 
Après tout, les terroristes sionistes ont assassiné  le Comte Folke Bernadotte (un de ses assassins ayant eu droit à un hommage de la part de François Hollande au moment de son trépas), bombardé l’USS Liberty, un navire de l’armée américaine, saboté dans le port de Fréjus un équipement nucléaire destiné à l’Irak (vous ne trouverez rien sur le net à ce sujet), assassiné des militants humanitaires dans un bateau battant pavillon turc etc.
 
Le tout dans l’impunité totale. Alors pourquoi en irait-il autrement avec les Russes?
 
De fait, les informations les plus contradictoires ont circulé sur la future livraison ou  non livraison de ces armes à la Syrie, certaines d’entre elles faisant état d’une gesticulation de Moscou pour se trouver en position de force dans les négociations qui semblent se profiler.
 
Les choses sont beaucoup plus claires aujourd’hui puisque le président Bachar al-Assad a annoncé en personne que son pays disposait désormais des fameux missiles.
Un camouflet pour les services secrets sionistes qui croyaient que ces systèmes d’armes imposants étaient encore stockés dans un hangar quelque part en Russie.
 
On verra si les gangsters sionistes mettent à exécution leur autre menace qui consiste à essayer de détruire ces équipements sur le sol syrien.
 
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Même si ces missiles sont vulnérables tant qu’ils n’ont pas été mis en ordre de bataille, il est à peu près certain que non seulement ils sont (ou seront) installés par des techniciens Russes mais aussi que, compte tenu de la sophistication de systèmes qui demandent sans doute des mois de formation pour être manipulés correctement, leurs servants seront au moins pendant un temps des membres de l’armée russe.
 
 
Autant d’éléments de nature à dissuader les sionistes de bombarder les sites qui accueillent ou accueilleront ces missiles.
 
Les S-300 ont vocation à sanctuariser le territoire syrien contre les attaques venues du ciel. Ces missiles sont même en mesure d’interdire à l’aviation sioniste une bonne partie de son « propre » (palestinien en réalité) espace aérien .
 
C’est dire que Vladimir Poutine entend fixer lui-même les limites de l’ingérence militaire étrangère en Syrie.
 
Les sionistes se consolent en se disant qu’ils ne sont « pas une cible pour Assad« , ce qui est une manière d’essayer d’induire l’opinion en erreur car ces engins n’ont pas vocation à attaquer le territoire ennemi (ce ne sont pas des missiles sol-sol) mais à défendre le territoire syrien contre les attaques de l’aviation sioniste ou, pourquoi pas, française ou anglaise.
 
A ceux qui s’inquiètent de la présence des missiles par rapport aux discussions à venir sur une sortie pacifique de crise en Syrie, on rappellera aussi que ces engins sont inutiles face à une guérilla et ne peuvent gêner que ceux qui envisageraient des attaques aériennes contre la Syrie.
 
 

Pourquoi le Hezbollah s’est-il engagé militairement en Syrie?

29 mai 2013

On a déjà évoqué ici la participation du Hezbollah aux combats en Syrie pour conclure que le rôle du Hezbollah était somme toute marginal, limité surtout à l’encadrement de communautés villageoises libanaises situées en territoire syrien et à la protection du mausolée de Sayyida Zeinab à Damas.

Il va bien sûr de soi que le Hezbollah ne reste pas les bras croisés devant les agissements des miliciens «rebelles» qui sévissent à l’intérieur du Liban, dans les secteurs limitrophes de la Syrie.

Les choses ont changé depuis, et le Hezbollah est directement engagé dans les combats aux côtés de l’armée syrienne.

Les raisons de ce changement sont explicitées dans l’article, signalé par Nidal, que je vous propose.

Et ces raisons n’ont rien à voir avec 1) une haine du Hezbollah pour les sentiments printaniers (et démocratiques) qui animeraient l’opposition armée en Syrie 2) une affinité de type sectaire qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne connaissent pas ce que sont traditionnellement les rapports entre chiites et alaouites. Et qui ignorent au passage le fait que les relations entre le Hezbollah et le gouvernement syrien n’ont pas toujours été au beau fixe.

Non, le Hezbollah a une approche stratégique rationnelle et il a compris que la Résistance jouait sa survie en Syrie.

L’article ne le dit pas, mais l’affaiblissement, voire la disparition de l’axe de la résistance au régime sioniste qui résulterait d’une défaite du régime syrien est souhaitée par les monarchies arabes de l’Atlantique au Golfe persique car elles sont impatientes de normaliser complètement leurs relations avec Tel Aviv.

C’est aussi le sens de la dernière proposition de John Kerry consistant à acheter, avec l’argent des autres pour l’essentiel, le renoncement des palestiniens à leurs droits.

 

Les Limites du Hezbollah en Syrie

 Par Wafiq Qanso, Al-Akhbar (Liban) 29 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le rôle du Hezbollah en Syrie devenant de plus en plus prononcé, Al-Akhbar examine les limites de son intervention militaire, s’interrogeant sur jusqu’où il ira pour défendre la Résistance.

Il est par exemple peu probable que nous verrons des clips YouTube avec des combattants du Hezbollah dans des régions reculées et lointaines de Syrie comme Raqqa ou Hasakah. Le Hezbollah est conscient de ses limites dans un pays vaste comme la Syrie dont le contrôle requiert une armée nombreuse dont le parti ne dispose pas.

Les opérations de combat du Hezbollah en Syrie sont en conséquence proportionnelles à la menace immédiate. Selon des sources informées, sa stratégie globale consiste à «sauvegarder la Résistance et protéger ses voies d’approvisionnement.»

Le parti s’est donc jeté dans la bataille, de crainte que des groupes takfiristes soient sur le point de prendre le contrôle des provinces syriennes riveraines du Liban, coupent également l’autoroute vers l’aéroport de Damas, ce qui créerait une «zone tampon» autour de ses bastions de la vallée de la Bekaa et couperait ses lignes d’approvisionnement. Comme le couteau se rapprochant très près de la gorge de la résistance, le Hezbollah a considéré n’avoir d’autre choix que de s’impliquer directement dans le conflit.

L’imminence du danger à la frontière nord-est du Liban coïncidait avec ce qui apparaît comme une convergence d’intérêts entre les acteurs arabes, régionaux et internationaux, dont Israël, en vue de renverser le régime de Bachar al-Assad.

De fait, compte tenu du retrait actuel de l’Egypte des affaires de la région, l’Arabie Saoudite, et le Qatar dans une certaine mesure – aspirent à dominer la région du Levant.

Dans le même temps, il est hors de doute que les Etats Unis et l’Europe désirent renverser le régime syrien, en raison notamment de son soutien à la Résistance libanaise et de son alliance avec Téhéran.

Les sources d’Al-Akhbar soulignent que le Hezbollah ne combat pas pour le compte du régime, mais à ses côtés, et seulement tant que la bataille sert à la protection des intérêts stratégiques du parti. Selon nos sources, «Tout d’abord, le Hezbollah ne se serait pas impliqué, même à Qussayr, si le régime n’était pas fort et ne jouissait pas d’un large soutien populaire.»

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Al Qussayr occupe un emplacement stratégique aussi bien pour le Hezbollah que pour l’opposition armée au régime syrien qui reçoit argent et armes via la ville libanaise d’Arsal

C’est sans doute cette cohésion qui a empêché des défections d’ampleur dans l’armée qui aurait sinon adopté une posture de neutralité dans la lutte pour renverser le président Syrien.

Il importe d’observer ici que l’administration des Etats Uni est dans l’impasse sur cette question. D’un côté l’administration US préférerait que l’armée se détache d’Assad. Mais d’un autre côté, l’administration ne veut pas voir une réédition de l’Irak, avec le démantèlement catastrophique des forces armées.

.Il est certain qu’aucune des factions de l’opposition n’est en mesure d’imposer son contrôle sur le terrain, tandis que le poids du Front al-Nosra et d’autres organisations liées à al Qaïda devient alarmant. 

Compte tenu des fortes divisions au sein de l’opposition syrienne et de la mission presque impossible d’unifier ses factions dispersées, l’administration US est de plus en plus convaincue qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise. Ce qui ne veut cependant pas dire que la sortie de crise est en vue, où que la proposition de conférence Genève 2 réussira à faire cesser le conflit. 

D’une part, les acteurs régionaux misent toujours sur un changement de régime. Cependant, les progrès accomplis par l’armée syrienne sur le terrain – en particulier dans des secteurs  cruciaux comme Deraa et Qussayr, ainsi que les préparatifs en vue de déloger les rebelles d’Alep, pourraient s’avérer être un tournant dans le cours d’une guerre qui dure depuis deux ans. 

Une conséquence de cette évolution sera peut-être que les diverses parties reconsidéreront leurs calculs et attitudes d’une manière qui – ayant finalement désespéré de l’option militaire – favorisera en fin de compte une solution politique.

Jean Aziz et le face à face Iran – Arabie Saoudite au Liban et en Syrie

30 avril 2013

La thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.

Ces forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).

Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.

Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog, grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.

Et c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en Libye.

Sauf que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !

Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.

Mais un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie, chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.

Oui, j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la région.

Même si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.

L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :

Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.

L’Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban

 

par Jean Aziz,  Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Trois semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former le nouveau cabinet.

Au début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour les élections législatives pour faire en sorte que les élections interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.

Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité  jusqu’à nouvel ordre.

Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.

Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.

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Jean Aziz prend la pose entre Michel Aoun (à droite sur la photo) et Hassan Nasrallah

De leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque : les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.

Il semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de la situation militaire en Syrie quand  cette évolution a en fait été favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370 kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli – par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.

Mais la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations: la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing, le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien ancienne.

Une autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire. Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti du Hezbollah.

Ces deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la guerre ?

Certains à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.

Toutes choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le nucléaire (si elles reprennent).

Entre temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la situation!

La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.

Jean Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.

Ajoutons que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah. Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.

Le Hezbollah et les enjeux libanais et régionaux de la guerre contre la Syrie

23 mars 2013

La crise syrienne a sans doute connu un tournant avec l’élection du premier ministre d’un gouvernement provisoire d’opposition.

Cette élection a été le moment d’un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, ce dernier émirat l’ayant emporté, obtenant l’élection de son candidat, le syro-américain Ghassan Hitto (plus Texan que Frère Musulman selon l’ex ambassadeur US en Syrie, Robert Ford).

Cette victoire du Qatar est aussi celle de la Turquie, proche de cette pétromonarchie et  elle sonne peut-être la fin de tout espoir d’une issue négociée au conflit, et même de tout espoir de sortie du conflit à bref ou moyen terme.

Comme vous l’aurez compris, il ne faut pas se laisser abuser par le mot élection : les [grands] électeurs qui ont choisi le premier ministre n’ont eux-mêmes aucune légitimité élective et le résultat du scrutin est avant tout celui des pressions exercées par des puissances étrangères, la «mieux disante» étant la monarchie du Qatar.

Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie n’a rien à voir avec une lutte pour la démocratie : dans leurs paroles, comme dans leurs actes les mouvements réunis dans le Conseil National Syrien et la Coalition sont en réalité encore moins démocratiques que le régime en place. Ce qui les distingue vraiment du régime est la tonalité sectaire de leur discours et leur agressivité vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques.

Il y a eu certes une vraie exigence de démocratisation du système politique en Syrie, mais les porteurs de cette revendication ont été contraints au quasi mutisme, pas par la répression des autorités mais par la situation de guerre étrangère imposée au pays.

Alors, si l’objet des affrontements n’est pas la démocratie, de quoi s’agit-il ? 

L’objet du conflit est en réalité d’en finir avec non seulement le régime syrien, mais surtout avec une Syrie qui reste le dernier obstacle avec le Hezbollah libanais à une normalisation avec l’entité sioniste.Ne vient-on pas en effet de voir que, après bien des rodomontades, le gouvernement turc est rentré dans le rang suite aux excuses de Benjamin Netanyahou pour les victimes  turques du Mavi Marmara. Mieux, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre Turc a

souligné son attachement à « l’amitié solide et à la coopération vieilles de plusieurs siècles entre les peuples turc et juif ».

N’a-t-on a pas vu qu’un autre «islamiste» fort en paroles, l’Egyptien Mohamed Morsi, membres des Fréres Musulmans de son état, a choisi d’appliquer scrupuleusement ce qui est exigé de lui par Barack Obama et continuer donc à participer au blocus de la bande de Gaza?

Liquider le régime syrien, c’est aussi préparer l’élimination du Hezbollah, une élimination que d’aucuns voudraient précipiter en étendant le conflit syrien au Liban au prétexte de l’implication des miliciens du Hezbollah aux côtés des forces régulières syriennes. 

C’est cet aspect de la crise en Syrie qu’examine Ibrahim al-Amin dans les colonnes d’al Akhbar, un organe de presse libanais.

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Ibrahim al Amin, rédacteur en chef d’Al-Akhbar

Al Akhbar se situe politiquement à gauche et ne peut en aucun cas être considéré comme proche idéologiquement du Hezbollah.

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Ernest Khoury dans son bureau d’Al Akhbar, sous le regard vigilant de Lénine et Karl Marx

 

 Le rôle du Hezbollah en Syrie

Par Ibrahim al-Amin, Al Akhbar (Liban) 22 mars 2013, traduit de l’anglais par Djazaïri

On parle et on spécule beaucoup depuis un certain temps au Liban, en Syrie et dans le monde arabe et en Occident sur le véritable rôle du Hezbollah dans la crise syrienne. La machine de propagande anti-Hezbollah est, comme d’habitude, particulièrement active, offrant au quotidien un flot d’informations et d’articles sur l’implication supposée de ce parti dans le conflit.

Cette machine de propagande – avec ses opérateurs Libanais, Syriens et autres – a annoncé la mort de centaines de miliciens du Hezbollah en Syrie et la capture de dizaines d’entre eux par les rebelles Syriens. Un service de sécurité officiel de Beyrouth joue un rôle central sur ce front en assurant la fuite d’informations factuelles sur lesquelles on brode ensuite. Ces gens croient qu’un tel déluge est un moyen efficace de susciter autant de rancœur que possible contre le Hezbollah dans l’opinion publique.

Le Hezbollah n’a, pour sa part, pas propose plus de précisions que ce qu’a déclaré son secrétaire général Nasrallah sur l’assistance apportée par le parti à ses sympathisants Libanais qui résident dans des villages à l’intérieur de la Syrie, mais a cependant répété que le Hezbollah n’avait pas pour l’instant participé aux combats en Syrie.

Une stratégie délibérée de provocation et d’exagération est employée contre le Hezbollah par des services de renseignements de la région et de l’étranger, y compris ceux d’Israël. Maisl a question centrale était, et demeure, est de comprendre la place du Hezbollah dans une crise syrienne qui entre dans sa troisième année. Ces services savent beaucoup de choses sur ce qui se passe sur le terrain en ce qui concerne les combats entre les forces du régime et celles de l’opposition. Ils connaissent les capacités des deux camps et exercent une surveillance continue de toutes les actions de soutien au régime, y compris par le Hezbollah.

Mais pour les autres, il est sans doute nécessaire de clarifier la perspective à partir de laquelle le Hezbollah fonde son attitude par rapport à la crise syrienne. Ce qui pourrait en aider beaucoup à comprendre les soubassements idéologiques, politiques et opérationnels de sa position.

Le Hezbollah continue à voir les choses à partir de la perspective de son rôle central dans la confrontation avec Israël. Il ne donne sans doute pas souvent de détails sur l‘objectif ultime de cette lutte, mais le parti se comporte comme s’il était partie prenante d’une campagne au long cours pour se débarrasser d’Israël, une bataille qui nécessite beaucoup de préparation. Si l’idée d’être débarrassé d’Israël ne dérangerait pas une majorité des peuples arabes et islamiques, seule une minorité est prête à mener ce combat jusqu’au bout.

Une minorité parmi les réticents pense qu’un tel discours est fou ou illusoire et ne peut en aucun cas influer sur le cours de l’histoire. Cette minorité influente ne voit aucune nécessité pour une lutte de ce genre. Elle perçoit en conséquence le Hezbollah comme une bande de cinglés qui non seulement mettent en danger leur peuple et eux-mêmes mais aussi les intérêts des peuples de la région. Cette minorité se retrouve donc dans une alliance, formalisée ou non, avec les véritables ennemis du Hezbollah, à savoir Israël, les Etats Unis et certaines capitales arabes et occidentales.

L’engagement du Hezbollah dans la résistance contre l’occupation l’oblige à faire beaucoup de choses comme éviter de se faire d’autres ennemis. Sa position sur la Syrie est cohérente avec son attitude à l’égard des mouvements de contestation dans l’ensemble du monde arabe.

Dès le début, personne n’aurait pu imaginer voir le Hezbollah prendre position contre le régime syrien. Si le parti n’ignore pas les causes internes de la crise, il n’admet pas les affrontements en cours. Son regard sur la situation d’ensemble l’empêche d’adopter une position de neutralité, tout comme le fait qu’il a un suivi plus clair et fiable de ce qui se passe en Syrie comparativement à beaucoup des organisations impliquées dans les combats.

Le Hezbollah a averti très tôt sur les liens avec l’étranger et les agendas des organisations à la tête de la contestation. Il avait des preuves claires sur les tendances idéologiques de certaines des plus influentes de ces organisations. Il avait observé comment, dès le début de la contestation, des manifestants à Deraa et à Homs avaient brûlé des portraits de Nasrallah et des drapeaux du Hezbollah, et comment la campagne d’incitation à la haine religieuse contre le parti avait été lancée à fond.

C’était avant que le parti ait dit quoi que ce soit sur les développements en Syrie – en fait, alors même qu’il était en train d’œuvrer avec divers mouvements islamistes arabes, dont le Hamas, à essayer de nouer des contacts dans le but d’éviter d’arriver à la catastrophe actuelle.

Le point de vue du Hezbollah, pour dire les choses simplement, est que la guerre en Syrie a pour but de faire évoluer politiquement et stratégiquement ce pays vers une position d’opposition à l’existence du Hezbollah. Ce qui lui fait voir le régime actuel dirigé par Bachar al-Assad comme une ligne avancée de défense du mouvement de résistance au Liban et en Palestine. Ce qui, à soi seul, place le parti au cœur de la crise.

On s’est pose beaucoup de questions et on a dit beaucoup de choses sur le rôle que joue le Hezbollah en Syrie. Ses détracteurs disent qu’il est fortement engagé dans les opérations militaires en cours. Les données du problème n’ont pas besoin de longues explications :

– le Hezbollah entraîne, arme et apporte un soutien logistique conséquent aux Libanais qui vivent dans les villages frontaliers.

– Le Hezbollah est chargé de la protection du mausolée de Sayida Zeinab dans le secteur sud de Damas depuis le départ de ses gardiens Irakiens. Sur place, les membres du parti sont déployés selon un plan qui limite leur responsabilité aux abords immédiats du sanctuaire.

– le Hezbollah a reçu des délégations de nombreuses organisations druzes, chrétiennes, chiites et ismaéliennes qui avaient le sentiment que leurs communautés minoritaires étaient gravement menacées. Il n’a pas satisfait à leurs demandes d’armement et de formation militaire, mais leur a donné les moyens d’éviter d’être déplacés.

– Le Hezbollah, qui a des liens sécuritaires et militaires avec le régime, aide les forces syriennes en protégeant les institutions scientifiques et les usines de missiles qui ont été construites ces dix dernières années en grande partie avec l’aide de l’Iran.

– Le Hezbollah a un important programme, peut-être le plus important, d’aide aux réfugiés Syriens au Liban et même à l’intérieur de la Syrie. Ce programme n’a pas pour but de remercier les Syriens pour avoir accueilli des réfugiés du Liban en 2006. Ce programme est exécuté dans la discrétion sur la base de la conviction que les réfugiés et les personnes déplacées ont droit à toute l’aide humanitaire possible quelles que soient leurs opinions politiques.

Les attitudes à l’égard du Hezbollah sont liées à toutes sortes de calculs. Certains font cependant tout ce qu’ils peuvent non seulement pour entraîner le parti dans la crise syrienne mais aussi dans un affrontement semblable au Liban. Le parti en est conscient. Il semble être en train de discuter des modalités d’une action visant à apaiser les tensions sectaires, même si ses dirigeants craignent de nouvelles effusions de sang avant l’aboutissement de ces discussions.

Fauteurs de guerre en Syrie, fauteurs de troubles au Liban (et vice versa)

1 mars 2013

Le Moyen Orient est décidément une région compliquée et la situation en Syrie nous le rappelle une fois de plus.

En effet, il est clair qu’ en l’absence d’ingérences étrangères, le conflit armé dans ce pays serait déjà terminé depuis longtemps et n’aurait certainement pas pris la dimension qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le régime de l’actuel président serait peut-être tombé sous des formes de pression populaire classiques : manifestations, grèves, journaux clandestins ou semi-clandestins etc., ou le régime aurait été contraint d’ouvrir plus ou moins largement  le champ politique à une plus grande diversité de sensibilités. Une ouverture qui aurait été un coup d’envoi d’une véritable démocratisation plutôt que son aboutissement.

Pour des raisons diverses, les puissances étrangères en ont décidé autrement et ont voulu répéter le scénario libyen.

Un scénario immédiatement compris par le régime qui a décidé de recourir à tous les moyens pour empêcher sa réédition. En effet, si le régime n’avait pas été clairvoyant et n’avait pas pris la mesure du risque encouru, la situation aurait été telle que ni Vladimir Poutine, ni Mahmoud Ahmadinejad n’auraient rien pu faire pour sauver un pouvoir condamné par la réalité sur le terrain.

Ceux qui se présentent comme des «amis» de la Syrie sont animés par des raisons diverses. Les Etats Unis, le Royaume Uni et la France sont intéressés par l’élimination d’un allié stratégique de l’Iran et du dernier Etat de la région en situation de belligérance larvée avec l’entité sioniste.

La Turquie imagine pouvoir s’instituer comme leader régional, prête pour cela à s’aliéner précisément d’autres acteurs régionaux comme l’Iran ou l’Irak.

Intéressées aussi par l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah libanais, les monarchies du Golfe sont elles désireuses de se débarrasser de la dernière république de la région et de son système politique séculier. Leur projet est même d’instaurer partout des gouvernements dominés par telle ou telle variante du salafisme, rigoriste au niveau des mœurs et libérale sur le plan économique.

Par ailleurs, il importe pour elles de faire disparaître les deux dernières forces de résistance à l’entité sioniste, ce qui serait l’ultime étape avant la normalisation des relations avec Tel Aviv.

Je sais, le régime syrien n’est pas un ennemi très vigoureux pour l’entité sioniste. On rappellera cependant qu’il est bien seul et que sa capacité militaire est insuffisante pour faire autre chose que se défendre en cas de nouvelle agression massive. En fait, l’écart de puissance de feu entre la Syrie et l’entité sioniste n’a cessé de se creuser au profit de cette dernière, un phénomène qui est lié bien sûr à la disparition du bloc communiste mais est aussi une conséquence des accords signés par la Jordanie et l’Egypte avec l’entité sioniste. Pour comprendre les écarts dont je parle, il suffit de savoir que les avions qui équipent majoritairement l’armée de l’air syrienne restent des Migs 21 et Migs 23, des appareils qui ont fait leur temps depuis longtemps.

Mais en parlant du rôle de la Syrie dans la résistance à l’entité sioniste, on omet de relever son rôle décisif dans le soutien au Hamas (jusqu’au retournement de ce dernier en 2012) et au Hezbollah.

Ce qui me donne l’occasion de souligner que, contrairement à ce que d’aucuns affirment, la vision politique du régime syrien n’est pas sectaire sinon pourquoi aurait-il soutenu le Hamas qui est une organisation proche des Frères Musulmans ? Et pourquoi soutiendrait-il le Hezbollah, une organisation chiite alors que la doctrine religieuse chiite considère les alaouites comme des… hérétiques. On se souviendra que dans un premier temps, le Hezbollah avait été durement réprimé par l’armée syrienne.

Si le Hezbollah est ciblé de manière indirecte par la destruction de la Syrie, il est aussi visé de manière plus directe en ce que, presque depuis le début des hostilités, on l’accuse d’être engagé militairement aux côtés du gouvernement syrien, une raison supplémentaire donc d’exiger la neutralisation de cette organisation qui passe par son désarmement.

Mais le Hezbollah est ciblé aussi au Liban où, crise syrienne en ingérences étrangères aidant, les pro Hariri, des groupes salafistes dûment stipendiés par certaines pétromonarchies, pensent que l’heure a sonné de réduire le Hezbollah.

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Tripoli, janvier 2011. On lit sur la bannière des salafistes: « Celui qui accuse le cheikh Saad (Hariri) de trahison accuse le Liban

C’est ce volet Hezbollah, et donc libanais, de la crise syrienne qu’évoque Jean Aziz.

Beyrouth au bord de l’explosion après le discours de Nasrallah

Par Jean Aziz, Al-Monitor Lebanon Pulse 28 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth semble sur le point d’exploser. La tension politique croissante et l’évolution de la situation sécuritaire ont atteint un niveau critique. Le secrétaire général du Hezbollah , Hassan Nasrallah, a déclaré mercredi [27 février] que «quelques jours peut-être nous séparent de la sédition. » Tout indique que les événements du 7 mai 2008 peuvent se répéter.

 La tension au Liban n’a cessé de monter depuis quelques semaines, mais elle a atteint un niveau critique dans les tout derniers jours. Les deux adversaires sont le camp chiite dirigé par le Hezbollah d’une part et le camp sunnite fondamentaliste salafiste d’autre part. Pourtant, la confrontation entre eux est le résultat de ce qui se passe hors du Liban. Il ya la guerre civile syrienne, le bras de fer régional et international avec l’Iran et la guerre entre sunnites et chiites dans le monde islamique.

Un facteur nouveau est cependant apparu sur la scène libanaise: le leader Sunnite salafiste, Cheikh Ahmad al-Assir. Dans une conférence de presse qu’il a tenue mardi 26 février dans son quartier général de Sidon, au sud Liban, le leader salafiste a indiqué qu’il donnait au gouvernement libanais jusqu’à vendredi 1er mars pour satisfaire à ses exigences : il affirme que le Hezbollah m’a mis sous siège à Sidon en se servant des habitants Chiites de la ville. Les menaces d’Assir donnaient à comprendre clairement qu’il demandait au gouvernement libanais de faire partir ces gens de Sidon ou au moins de des les expulser des alentours de son quartier général. Il a posé d’autres exigences qui s’insèrent dans le contexte du conflit qu’il a initié avec le Hezbollah. Il a dit que si ses exigences n’étaient pas satisfaites, il prendrait un certain nombre de mesures sur le terrain, plus particulièrement pour couper la route que relie Beyrouth au sud, dans la direction de Sidon.

Bien sûr, le gouvernement ne peut pas répondre positivement à ces exigences. Le cheikh salafiste avait coupé cette même route en Juillet 2012 pendant environ un mois. Elle avait été rouverte en Août sous les pressions politiques et populaires contre lui.

Mais le problème fondamental avec la menace d’Assir, c’est qu’elle isolerait les unes des autres les zones où domine le Hezbollah, en particulier les axes logistiques vitaux  et indispensables qui relient son fief dans la banlieue sud de Beyrouth et  sont extension opérationnelle, géographique et populaire dans le sud du Liban. Notons que d’autres organisations salafistes alliées avec Assir pourraient envisager de faire la même chose dans la vallée centrale de la Bekaa. Ce qui priverait le Hezbollah de deux autres artères vitales: la route entre le sud et les régions chiites de la Bekaa, et la route entre Beyrouth et Damas, où siège le régime syrien, l’allié le plus important de l’organisation chiite libanaise.

Le Hezbollah semble avoir soupesé les menaces Assir et les juge graves. En fait, l’analyse du Hezbollah est que les menances Assir sont une étape importante de la mission qui lui a été confiée: attirer le Hezbollah dans un affrontement interne [au Liban] et dans des conflits sectaires, quel qu’en soit le prix.

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Beyrouth, octobre 2012: rassemblement pour les funérailles du général Wissam Hassan, le chef des services de sécurité assassiné. On voit le drapeau du Courant du Futur (Hariri), le drapeau des « révolutionnaires » syriens (en fait celui de la Syrie sous mandat français) et bien sûr le drapeau noir des salafistes

Assir a procédé progressivement par étapes préparatoires avant de se lancer dans cette démarche. Ses miliciens et ceux du Hezbollah se sont affrontés à Sidon le 11 novembre 2012 après son exigence du retrait des affiches du Hezbollah de la zone. Deux personnes avaient été tuées. Assir avait continué à agir au même rythme jusqu’à sa dernière exigence de nettoyer la zone autour de son siège des résidents chiites et ses affrontements avec eux  le 23 février.

Il semble que le Hezbollah a décidé de donner un dernier avertissement. Nasrallah a prononcé un discours télévisé mercredi après-midi. Il a nié les rumeurs dans les médias selon lesquelles il était malade et avait été transféré en Iran. Il a également émis un avertissement sévère: Il a dit que l’incitation [à l’affrontement] sectaire conduira inévitablement à une explosion, ce qui peut n’être qu’une question de jours. Il a appelé les bonnes volontés à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le discours de Nasrallah était semblable à son discours du 6 mai 2008, quand le Liban était dans un vide présidentiel. Le Parlement n’avait pas réussi à élire un successeur au président Emile Lahoud, qui avait quitté le palais présidentiel à la fin de son mandat le 24 novembre 2007.

A l’époque, après plusieurs mois de tensions sectaires, une série d’affrontements entre sunnites et chiites hommes armés avait commencé à Beyrouth et dans ses faubourgs. Nasrallah était apparu à la télévision et avait déclaré que la sédition était proche et qu’il avait décidé de la prévenir. Dans les heures qui avaient suivi son discours, des éléments du Hezbollah s’étaient répandus à Beyrouth et  dans d’autres secteurs et ils avaient rapidement réglé la question. Ils avaient éliminé la présence de toutes les milices sunnites armées de la mouvance du Courant du Futur de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. On estime que des dizaines de personnes avaient été tuées.

Ces affrontements avaient ouvert la voie à une médiation arabe et internationale, qui avait abouti à une conférence entre les différentes parties libanaises à Doha deux semaines plus tard. La conférence avait débouché sur un accord pour élire comme président le commandant en chef de l’armée à l’époque, le général Michel Sleimane.

Le discours de Nasrallah mercredi contient de nombreux éléments de ce scénario. Le Liban est à l’approche d’un vide parlementaire. Le Parlement est divisé et incapable de s’entendre sur une nouvelle loi électorale. Les tensions de sécuritaires s’accroissent parallèlement aux tensions politiques. Il ya cependant un élément manquant dans la situation actuelle. À savoir qu’aucun pays de la région n’est en capacité de jouer un rôle de médiation, à la suite de la forte polarisation causée par la guerre en Syrie. L’Occident en général souhaite la stabilité au Liban, mais pas au point d’investir beaucoup d’efforts pour assurer cette stabilité. Par conséquent, la situation actuelle est très volatile et les choses évoluent d’heure en heure.

Jean Aziz est journaliste contributeur pour  Al-Monitor ‘s Pulse Liban. Il est chroniqueur à  Al-Akhbar , le journal libanais, et l’animateur d’un talk-show politique hebdomadaire sur OTV, une chaîne de télévision libanaise. Il enseigne également la communication à l’université américaine de la technologie et à l’Université Saint-Esprit de Kaslik au Liban.

 


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