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Syrie, exemple de désinformation: l’attaque du convoi des Casques bleus de l’ONU

31 juillet 2012

Si certains d’entre vous accordaient encore un certain crédit au journal Libération, voilà qui vous amènera peut-être à réfléchir et à économiser un peu d’argent en évitant d’acheter ce torchon.

 Voici ce qu’écrit ce pseudo-journal le 30 juillet:

30 juillet 2012 à 20:34
Un convoi transportant des observateurs de l’ONU dont leur chef, le général Babacar Gaye, a été attaqué dimanche par des « tanks de l’armée » syrienne, a indiqué lundi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. »Le général Gaye et son équipe ont été pris pour cible à deux reprises; personne n’a été blessé dans ces attaques », a ajouté M. Ban lors d’un point de presse.

C’est clair, le convoi de la mission onusienne a été visé par des tanks de l’armée syrienne.

Le même jour, le journal 20 minutes, qui a au moins l’avantage d’être gratuit, écrit à propos du même incident:

Mis à jour le 30.07.12 à 22h15
Le convoi du chef intérimaire de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (Misnus), le général sénégalais Babacar Gaye, a été attaqué dimanche, a annoncé ce lundi le secrétaire général de l’ONU.
«Hier, le convoi du général Gaye a été visé par une attaque», a déclaré Ban Ki-moon en précisant que c’était grâce au blindage des véhicules que l’on ne déplorait aucune victime. «Fort heureusement, il n’y a pas eu de blessés», a-t-il dit à la presse sans entrer dans les détails.
Mais des responsables de l’Onu ont révélé, sous le sceau de l’anonymat, que les cinq véhicules du convoi ont essuyé des coups de feu tirés par des armes légères à Talibissa, à une vingtaine de km de Homs, dans un secteur tenu par l’opposition.
Le mandat de la Misnus, qui a suspendu l’essentiel de ses missions d’observation en juin en raison de l’aggravation des violences, a été prorogé le 20 juillet pour une période de 30 jours.
Reuters

Ce n’est donc pas l’armée régulière qui a attaqué le convoi, mais bel et bien des rebelles. On aura noté au passage le rôle de Ban Ki-Moon dans la désinformation sur le évènements en Syrie.

Un regard nuancé sur la Syrie

25 juillet 2012

Quand on s’intéresse à ce qui se dit sur la Syrie dans la presse, force est de constater que le discours dominant ne fait pas dans la nuance. Bachar al-Assad semble être une nouvelle incarnation du mal (après Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein, et même le colonel Gamal Abdel-Nasser) tandis que l’opposition armée représente le Bien.

C’est l’Occident qui le dit, alors c’est vrai.

De fait, la parole des autorités syriennes est généralement inaudible dans nos médias sauf à être déformée par les artifices de propagande dont est coutumière la presse «libre.»

Certes cette parole du gouvernement syrien n’est probablement pas très nuancée non plus. On peut cependant y accéder indirectement par le site InfoSyrie qui est farouchement pro-gouvernemental mais semble pourtant s’astreindre à un minimum de pondération qu’on peine à observer dans nos journaux.

C’est précisément cette problématique que traite Stephen Starr pour Foreign Policy.

S’il n’est pas indulgent à l’égard du gouvernement syrien, Starr insiste cependant  sur la complexité de la situation, la réalité du soutien d’au moins une partie significative de la population au président en exercice, sur le fait que nous sommes sous-informés sur la situation sur le terrain et que le comportement des journalistes ne facilite en rien la compréhension des évènements.

Incidemment, il nous apprend que les journaux avec lesquels il collabore habituellement ont refusé de publier certains de ses articles qui ne collaient pas avec la vision du régime bourreau et des opposants paisibles victimes.

Une invitation à la modestie et au respect de l’éthique professionnelle de la part de quelqu’un qui n’a séjourné que cinq années en Syrie

Le brouillard de la guerre civile

Ce qui se passe en Syrie est trop compliqué pour s’expliquer dans un gros titre

Par Stephen Starr, Foreign Policy (USA) 23 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Paphos, Chypre – A Jdaydieh Artouz, une ville à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Damas qui est le foyer d’un mélange de sunnites, d’alaouites et de chrétiens, des manifestations ont eu lieu presque quotidiennement pendant près d’une année. Pourtant, les forces de sécurité, basées dans un commissariat de police à quelques centaines de mètres de l’endroit où les manifestants se rassemblaient régulièrement, les ignoraient en général. Une nuit pluvieuse et froide de janvier, alors que j’étais sorti pour chercher des sandwiches au shawarma, j’ai vu des voitures avec des portraits de Bachar al-Assad qui ornaient la lunette arrière passer à quelques mètres des irréductibles manifestants. Aucune des deux parties n’avait semblée être offusquée. A l’exception d’incidents isolés dans lesquels quelques manifestants avaient été tués, la ville est restée calme tout au long du soulèvement – jusqu’à ce 19 juillet quand des combattants rebelles ont tiré des salves de RPG sur le commissariat de police, tuant cinq agents.

Ayant résidé dans cette ville pendant les onze mois du soulèvement, j’ai essayé sans y parvenir de faire publier des articles s’interrogeant sur pourquoi le régime tolérait des manifestations ou autorisait la liberté de réunion dans certaines zones, mais pas dans d’autres. Ces incidents ne collaient pas avec le discours qui veut que toutes les manifestations aient été violemment réprimées. Elles l’ont été en majorité, bien sûr – et souvent brutalement – mais l’image d’ensemble était d’une complexité déroutante.

Cependant, comme les militants hostiles au régime ont réussi là où j’ai échoué, l’histoire de Jdaydieh Artouz a été déformée, à en être presque méconnaissable. Des centaines de vidéos diffusées sur YouTube présentent au monde extérieur une vision selon laquelle la ville était en rébellion ouverte, qu’elle était unie dans son opposition au gouvernement syrien.

Mais demandez aux familles chrétiennes, druzes et chiites parmi auprès desquelles j’ai vécu à Jdaydieh si elles soutiennent la révolution, et la grande majorité vous répondra, en privé, que ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, les chrétiens craignent de voir leurs églises étroitement contrôlées par ce qui serait probablement un gouvernement conservateur sunnite si la rébellion l’emportait. Ils se demandent si les femmes se verraient dire comment s’habiller.

A Jdaydieh, comme dans beaucoup d’autres villes et villages en Syrie, la bière, la vodka et les spiritueux se vendent de jour comme de nuit dans des kiosques aux coins des rues ; les chrétiens peuvent célébrer ouvertement leurs fêtes religieuses en marchant en procession dans les rues au centre des villes. Ils apprécient la liberté associée au – et selon leurs propres termes, «autorisées par le » – régime d’Assad. Dans l’ensemble, ils ne sont pas partie prenante de cette révolte.

Mais il n’y a pas que les minorités pour craindre le changement. La nouvelle classe moyenne de Syriens qui occupent les emplois de la banque, conduisent des voitures à 15 000 dollars et qui élèvent leurs jeunes enfants se sent menacée par la révolte. Beaucoup dans ce groupe de nouveaux riches ont peur de perdre les privilèges qu’ils ont obtenus et dont ils ont bénéficié pendant le régime d’Assad. Pour eux, la paix et la prospérité, c’est la Syrie d’avant mars 2011.

Les difficultés pour informer en Syrie – particulièrement dans les zones en dehors de Damas – sont évidentes. Beaucoup de journalistes de renom ont payé le prix ultime. (Suite à une affectation dans un secteur de Damas est qui avait été le théâtre d’affrontements entre des rebelles et l’armée syrienne, j’ai choisi de quitter le pays. J’ai rendu compte de scènes choquantes auxquelles j’ai assisté sur place et je commençais à être de plus en plus obsédée à l’idée de pâtir des séquelles de mon séjour.)

Quand je résidais en Syrie, je ne me suis jamais risqué à aller à Homs ou à Deraa, deux des villes frappées le plus durement par les troupes d’Assad, de crainte d’être expulsé – sort qu’on connu beaucoup de journalistes qui couvraient le conflit. Par conséquent, la plus grande partie de la Syrie est resté un trou noir pour moi. Je pouvais entendre le bruit des obus qui s’abattaient dans les champs autour de mon appartement, mais leur bruit sourd ne m’informait guère sur ce qui se passait en dehors de la ville.

Même dans le microcosme de Damas, il n’était pas facile d’avoir une bonne vision de ce qui se passait : les opinions des gens déformaient inévitablement leur compréhension des évènements. Passant par les checkpoints de l’armée, je me rendais régulièrement dans des villes près de la capitale, où les sunnites manifestaient tandis que les populations minoritaires se recroquevillaient dans la peur. Mes contacts dans ces villes, tous de groupes minoritaires, m’expliquaient qu’ils apportaient du whisky et de la nourriture aux forces de sécurité qui tiennent les checkpoints ; ils leur transmettent des informations, des renseignements; ils soutiennent à fond le gouvernement.

La vérité est brouillée quand les organes de presse sont obligés de recourir à des vidéos YouTube pour dire au monde ce qui se passe en Syrie. Quoique souvent authentiques, de tels vidéoclips sont extrêmement difficiles à vérifier. Le plus gênant cependant, c’est qu’elles ne sont pas nuancées par leur contexte – chose qui ne peut résulter que du travail des journalistes sur le terrain. Ce sont pourtant des vidéos faites par des militants diffusées par les chaînes de télévision du monde entier qui ont modelé notre réflexion et nos opinions sur la Syrie. Le conflit devient noir et blanc quand on le regarde par une telle lorgnette : le régime d’Assad est mauvais et les rebelles sont les bons. La vérité est, bien entendu, plus compliquée que ça.

Un autre défi de poids auquel font face les journalistes en Syrie est qu’ils doivent soit suivre la voie officielle – demander un visa auprès du gouvernement syrien et se résigner à une mascarade chorégraphiée qui fait du régime la victime de terroristes sanguinaires – ou ils doivent franchir illégalement la frontière turque ou libanaise avec l’aide des forces rebelles.

Contrairement à ce qui pu être dit, le gouvernement syrien autorise les journalistes à entrer dans le pays. Des équipes de Fox News, de la chaîne britannique ITV ont récemment obtenu des visas de dix jours pour couvrir la Syrie à partir de la capitale. Beaucoup de ces journalistes font des reportages sur les soldats blessés dans les hôpitaux et ont remarqué que la Syrie est en fait un pays divisé et qu’un soutien significatif existe en faveur du régime. Mais les limitations du journalisme officiel sont multiples. Les chaperons du gouvernement mettent des restrictions sur les déplacements et les contacts avec les locaux, ce qui rend difficile de sortir quoi que ce soit qui ne colle pas avec le discours du régime.

L’intégration [embedding] avec les rebelles, qui sont aussi avides de se présenter comme des victimes plutôt  que comme des agresseurs, est de la même manière une source d’obstacles pour accéder à la vérité. Mais les rebelles sont du genre compliqué. Elizabeth Palmer, une journaliste de CBS a récemment réussi à fausser compagnie à ses chaperons gouvernementaux et est partie à la recherche de combattants de l’Armée Syrienne Libre. Cependant, quand elle les a trouvés, ils lui ont tout de suite dit qu’elle serait exécutée en raison des cachets du gouvernement syrien sur son passeport. D’autres journalistes couvrant les évènements dans la campagne ont signalé le caractère menaçant des insurgés.

Du fait des obstacles aux reportages à l’intérieur de la Syrie, on entend peu de choses sur ce que pense l’importante communauté arménienne d’Alep. On ne comprend pas vraiment pourquoi les Ismaéliens de Syrie sont la seule minorité à soutenir la révolte. Lattaquié, sur la côte au nord-ouest, est la ville de Syrie où vit la plus grande population alaouite – mais nous ne savons pas où ils se voient dans une Syrie future. Peu de journalistes ont essayé de parler à des civils dans des parties du pays éloignées de Damas. Et les articles qui explorent les particularités individuelles des petites villes sont trop rares.

Aujourd’hui, le régime épouse ouvertement le sectarisme (il a par exemple fourni des armes aux alaouites qui vivent dans le quartier de Mezzeh 86 à Damas), mais c’est aussi le cas des civils sunnites qui soutiennent la révolte. Des civils alaouites sont assassinés pour l’unique raison de leur appartenance religieuse. Dans un cas, une institutrice alaouite a été désignée sur un réseau social et tuée par la suite. (Sa mort avait été fêtée sur des pages Facebook haineuses qui ont été ensuite retirées.) Un Syrien qui travaille pour la presse internationale m’a dit que sunnites et alaouites ne pouvaient plus vivre ensemble, qu’une partie des alaouites devraient être refoulée vers les montagnes de l’ouest de la Syrie.

Au milieu des récents combats à Damas, des militants ont demandé à Dieu d’élever la ville au même statut que La Mecque, Médine et Jérusalem. Je me demande ce qu’en pensent les druzes et les chrétiens de Syrie. Je me demande aussi ce que les sunnites pensent des chrétiens qui encouragent discrètement le régime à balayer les manifestants.

Mais il y a une fracture encore plus grande qui s’ouvre en Syrie et qui a été négligée à cause des difficultés pour couvrir le conflit. C’est la division entre les militants et les rebelles qui frappent le régime d’Assad pour le faire tomber et ceux qui veulent simplement vivre tranquillement – peu importe qui est au pouvoir. La complexité de la situation a peut-être été le mieux résumée par un dentiste de 28 ans avec qui j’avais parlé à Damas en janvier dernier : «Nous détestons le régime, mais nous voulons la paix, » avait-il dit à plusieurs reprises. «Mieux vaut le régime qu’une guerre civile.»

La nature compliquée du conflit en Syrie, couplée aux obstacles auxquels sont confrontés les journalistes, a joué en faveur d’une présentation simpliste des év-èléments. Mais la réalité est que de nombreux Syriens ne soutiennent ni le régime, ni la révolte. C’est la majorité silencieuse syrienne, et elle payera probablement un prix élevé pour ce qui a été estampillé comme une lutte du bien contre le mal. Le régime d’Assad est au point de départ de cette révolte – il avait choisi les armes au lieu du dialogue – mais sa politique de division mène depuis sa propre vie. Trop souvent aujourd’hui, de sont des Syriens qui tuent d’autres Syriens, mais en lisant les informations vous risquez de ne jamais le savoir.

Stephen Starr a vécu en Syrie de 2007 à février de cette année. Son livre, Revolt in Syria: Eye-Witness to the Uprising, a été publié en Europe. Dans le cadre de son tavail de journaliste, Stephen Starr a également couvert le Liban et l’Irak. Il collabore avc de nombreux journaux ou médias dont The Los Angeles Times, The Irish Times, USA Today,  The Times ou encore la BBC.

Syrie: la fuite des Chrétiens d’al Qusayr devant la démocratie en marche

13 juin 2012

Agenzia Fides est l’agence d’informations officielle du Vatican. Cette agence propose ses dépêches en plusieurs langues dont le français, ce qui ne suffit cependant pas pour que les informations qu’elle diffuse sur la situation en Syrie soient reprises par la presse française.

Et pour cause…

Je vous reproduis in extenso un article sur l’ultimatum adressé à la population chrétienne par les opposants armés dans la ville d’al Qusayr dont les forces gouvernementales tentent de reprendre le contrôle.

La majorité de ces Chrétiens a donc pris la fuite vers la campagne ou encore Damas. On apprend incidemment que ces Chrétiens font l’objet depuis plusieurs mois de vexations, une situation inconnue avant le début de la rébellion « démocratique » soutenue par l’Arabie Saoudite et le Qatar.

D’autres articles de l’agence Fides nous apportent des précisions supplémentaires

Un article du 12 juin nous apprend qu’un certain Maurice Bitar, un des quelques Chrétiens qui a dérogé à l’ultimatum, a été assassiné avec trois autres personnes (des Musulmans donc) par un franc-tireur.

Un article du 13 juin nous apprend qu’une église a été profanée à al Qusayr par des membres des bandes armées « démocratiques ».

Pas de quoi s’alarmer puisque vos journaux restent silencieux, à part le journal La Croix qui recherche un subtil équilibre entre les assertions du Vatican et celles des opposants armés. .

Pourtant le Vatican, avec son réseau de prêtres et de bonnes sœurs est, avec la Russie et ses 100 000 ressortissants présents en Syrie, sans doute un des Etats les mieux informés sur la réalité de ce qui se passe en Syrie.

ASIE/SYRIE – Ultimatum lancé contre les chrétiens de Qusayr

Qusayr (Agence Fides) – 9 juin 2012

Exode des chrétiens dans l’ouest de la Syrie : la population chrétienne encore présente dans la petite ville de Qusayr, dans les environs d’Homs, a fait l’objet d’un ultimatum lancé par le chef de l’opposition armée, Abdel Salam Harba. C’est ce qu’indiquent des sources locales de Fides, signalant qu’auparavant, suite à l’éclatement du conflit, 9.000 des 10.000 chrétiens présents avaient déjà quitté la ville.

Certaines mosquées de la ville ont accepté de relayer le message annonçant du haut des minarets : « Les chrétiens doivent quitter Qusayr dans un délai de six jours qui se termine vendredi ». L’ultimatum, qui a donc expiré hier, 8 juin, a apeuré le reste de la population chrétienne qui avait espéré que la présence du Père Paolo Dall’Oglio à Qusayr pour une semaine dans le but d’y prier et d’y jeûner pour la paix au milieu du conflit (voir Fides 30/05/2012) aurait pu améliorer la situation.

Les raisons de cet ultimatum demeurent obscures. D’aucuns disent que c’est pour épargner aux chrétiens de nouvelles souffrances. D’autres y relèvent une continuité dans la discrimination et la répression qu’ils expérimentent depuis des mois. D’autres encore se lamentent que certains chrétiens ont manifesté trop clairement leur loyauté à l’Etat, ce qui a provoqué ces mesures. Les familles chrétiennes demeurant à Qusayr ont commencé leur exode en direction des vallées et des campagnes environnantes. Certaines sont allées se réfugier chez des parents ou des amis à Damas. Il y a cependant beaucoup de familles qui sont restées sur place malgré l’ultimatum ne se résignant pas à abandonner leur ville natale, leurs terrains et leurs biens mais on ne sait quel destin pourra les attendre. Des sources de Fides réaffirment que des groupes extrémistes islamistes salafistes se trouvant dans les rangs de l’opposition armée considèrent les chrétiens comme des renégats, confisquant leurs biens, pratiquant des exécutions sommaires et étant prêts à déclencher une guerre confessionnelle. (PA) (Agence Fides 09/06/2012)

Journalistes envoyés à la mort en Syrie (ou de l’art consommé de la propagande)

8 juin 2012

En Syrie, la propagande occidentale bat son plein sur le mode qui lui est caractéristique et que nous avons vu à l’œuvre tout récemment en Libye et, il y a quelques années de cela, en Yougoslavie. Les massacres sont effectués avec un timing d’une rigueur impressionnante, de sorte à coïncider avec des échéances diplomatiques sensées prendre en charge l’indignation de l’opinion.

 Une indignation à laquelle n’ont pas droit, ça va de soi ,les Pakistanais ou les Afghans écrasés sous les bombes des bienfaiteurs US. Pas plus que les Palestiniens de Gaza en 2008-2009 où les Libanais en 2006. Pourtant vous ne trouverez pas un seul pays occidental qui ne se dit pas ami du Liban…

Dans la guerre de propagande, la mort de journalistes peut-être une bonne affaire et les opposants armés au gouvernement syrien l’ont bien compris qui n’hésitent pas à conduire des journalistes européens vers ce qui aurait dû être leur mort assurée.

C’est la mésaventure qui est effectivement arrivée à Alex Thomson, un journaliste de la chaîne de télévision anglaise Channel 4 et qu’il relate dans son blog.

Envoyés à la mort dans un no man’s land syrien ?

Par Alex Thomson, Channel 4 (UK) 8 juin 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Debout devant l’hôtel Safir à Homs pendant que les 4X4 blancs de l’ONU attendaient,  l’officier Irlandais  responsable est arrivé et nous adit : « Les règles habituelles Ales, OK ? Nous ne sommes pas responsables de bous, les gars. Si vous êtes dans les problèmes, on vous laissera, OK ? Vous êtes autonomes.»

 «Ouais – pas de problème Mark. C’est compris.»

Je dis toujours ça, façon de croire qu’on ne se trouvera jamais devant une telle éventualité.

Seulement deux véhicules de l’ONU plus la voiture blanche de la police locale marquée « Protocole » comme escorte, nous allons vers le sud à travers des quartiers paisibles de Homs non touchés par la guerre.

Dix minutes à peine après avoir quitté la ville par le sud, et on dit adieu au protocole. Le dernier point de contrôle de l’armée syrienne est tout droit sur l’autoroute du sud vers Damas.

Nous allons vers l’est – il n’y a qu’à suivre la direction vers laquelle pointe la tourelle du blindé à côté duquel est garée la voiture du protocole pour se faire une idée.

Il y a toujours cette petite boule dans l’estomac quand on circule dans les no man’s lands désertés, mais c’est la rase campagne, sans signes de combats.

Maintenant, les premières motocyclettes nous approchent et nous arrivons au premier checkpoint de l’Armée Syrienne Libre.

Après une longue demi-heure de pistes à travers des oliveraies, nous arrivons à al Qusayr et la prévisible scène de foule.

L’ONU s’installe pour une longue réunion aves les chefs civils et militaires locaux. A mes yeux, ça ressemble beaucoup à une «chouhra» afghane. Tout le monde est sur des coussins autour de la salle, les jambes croisées, sauf qu’on sert du café turc au lieu du thé.

Nous nous mettons en place pour filmer à l’extérieur. Il fait chaud, des femmes et des garçons nous apportent des oranges et des chaises. Des fragments d’obus nous sont montrés pour que nous les filmions. Ils nous expliquent que les bombardements reprendront dès notre départ – une affirmation qui par nature restera non vérifiée, quoiqu’il y ait certainement d’importants dégâts causés par des obus dans certaines parties de la ville.

Nous passons donc le temps, en attendant que l’ONU se déplace – ils sont bien sûr notre seul moyen de franchir les lignes avec un minimum de sécurité.

Mais le temps se traîne. Le délai qui nous est imparti tire à sa fin. Et il y a ce type vraiment casse pieds qui prétend être des « services de renseignements rebelles » et qui n’arrive pas à accepter que nous ayons un visa du gouvernement.

Dans son esprit, les journalistes étrangers sont des gens passés clandestinement et illégalement par le Liban et point final. On ne correspond pas à son profil.

Lui est ses camarades rendent aussi les choses difficiles à notre chauffeur et à notre traducteur – leurs pièces d’identité établies à Damas et notre camionnette immatriculée à Damas n’arrangent pas nos affaires.

C’est nouveau [pour nous]. Hostile. Ce n’est pas comme à Homs ou à Houla et pourtant la réunion avec l’ONU se traîne dans la chaleur de l’après-midi.

Nous décidons de demander une escorte pour prendre le chemin sûr par lequel nous sommes venus. Les deux camps, les deux checkpoints se souviendront de notre véhicule.

Envoyés à la mort ?

Soudain, quatre hommes dans une voiture noire nous invitent à les suivre. Nous partons derrière eux.

On nous emmène par une autre route. Emmenés en fait dans une zone où on tire à vue. Invités par l’Armée Syrienne Libre à suivre une route qui est bloquée au milieu d’un no man’s land.

A ce moment, il a eu le sifflement d’un projectile et un des plus lents demi-tours que j’ai jamais connus pour foncer vers l’accotement le plus proche pour nous couvrir.

Une autre impasse

Il n’y avait pas d’autre choix que de rebrousser chemin sur le champ de tir et de le traverser pour reprendre la route par laquelle on nous avait emmenés.

Comme on s’y attendait, la voiture noire qui nous avait conduits dans le piège était là. Ils ont démarré dès que nous sommes réapparus.

Je dis tout net que les rebelles ont fait en sorte que nous soyons tués par l’armée syrienne. La mort de journalistes est mauvaise pour Damas.

Ma conviction n’a fait que se renforcer une demi-heure plus tard quand nos quatre amis dans la même voiture cabossée ont fait soudain irruption depuis une rue latérale pour nous empêcher de rejoindre les véhicules de l’ONU à l’avant.

Les observateurs de l’ONU sont revenus vers nous pour constater que nous étions entourés de miliciens hurlant et ils ont quitté la ville.

Nous avons finalement pu partir aussi et sur la bonne route pour le retour à Damas.

Dans une guerre où ils égorgent des bébés jusqu’à l’os, qu’est-ce que ça peut bien faire d’envoyer une minibus plein de journaliste dans une zone où on tue ?

Ca n’avait rien de personnel.

Il n’y a pas de soulèvement populaire en Syrie

31 mai 2012

 John R. Bradley est un observateur Britannique de la scène politique du Proche Orient. Sa notice biographique nous indique un parcours assez typique de l’élite britannique avec une formation entre autres à l’University College de Londres et à Oxford.

M. Bradley publie souvent dans des organes de presse comme The Spectator, The Jewish Chronicle ou The Daily Mail comme pour l’article que je vous propose. Politiquement, il semble être un conservateur de type traditionnel, pas un néoconservateur.

Son analyse du « printemps arabe » le range aussi parmi les sceptiques, sauf qu’il a du mal à admettre que son pays et les pays alliés au sien (France, Etats Unis etc.) ont agi en connaissance de cause pour  empêcher les « révolutions » d’aller jusqu’au bout en Tunisie et en Egypte et en ont carrément fomenté en Libye et en Syrie.

M. Bradley n’arrive en effet pas à comprendre pourquoi son pays soutient des tendances politiques rétrogrades contre le gouvernement syrien qui, malgré bien des tares, assure le respect de toutes les confessions. Pour l’auteur de l’article, l’Occident soutient en Syrie un soulèvement populaire imaginaire.

Je refuse cependant de mettre, comme il le fait, dans le même sac le parti En-Nahda en Tunisie et les sectaires que les forces de l’OTAN ont aidés à éliminer Kadhafi ou ceux qui dominent la rébellion en Syrie. Entre En-Nahda et les autres, il y a plus que des nuances et un contexte intérieur et régional bien différent.

Il est par contre vrai que l’issue des évolutions en cours en Tunisie et en Egypte est des plus incertaines comme dans n’importe quel processus politique de cette ampleur.

Les autorités syriennes font en réalité face à un conglomérat redoutable de candidats à la dictature et, surtout, d’une des versions les plus sectaires des Frères Musulmans et d’autres groupes appartenant à la mouvance « salafiste ».Tous sont fortement inféodés aux monarchies pétrolières, à l’Arabie saoudite en particulier.

M. Bradley devrait savoir que si ces « islamistes » sont rigoristes en matière de mœurs et de littéralisme doctrinal, ils sont par contre libéraux en matière économique et flexibles devant le problème posé par le régime sioniste.

Et c’est tout ce qui importe.

Oui, la Syrie est une tragédie, mais ce serait folie pour la Grande Bretagne d’intervenir

par John Bradley, The Daily Mail (UK) 29 mai 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

 La spirale de la mort continue en Syrie Depuis plus d’un an, Depuis plus d’un an maintenant, ce malheureux pays arabe est en proie à la sauvagerie avec la contestation du régime autoritaire du président Bachar al-Assad par des insurgés.

La brutalité des deux côtés s’est traduite par un catalogue de plus en plus fourni d’atrocités qui provoquent chez la population syrienne une crainte de plus en plus forte de voir le pays sombrer dans la guerre civile.

Ces inquiétudes n’ont fait que s’exacerber avec les informations dur le massacre commis dans la ville de Houla où on dit que plus de 100 civils ont été massacrés la semaine dernière par les forces gouvernementales.

Parmi les tués, se trouvaient pas moins de 40 enfants et 34 femmes.

Dimanche dernier, le Conseil de Sécurité de l’ONU – réuni en urgence – a condamné à nouveau fermement Assad et a réitéré ses appels à un cessez-le-feu entre les autorités et les rebelles.

Ici, en Grande Bretagne, le ministre des affaires étrangères William Hague s’en est non seulement pris à Assad dans les termes les plus vigoureux, mais a aussi exigé une pression internationale pour provoquer sa chute. Hier, la Grande Bretagne – et d’autres puissances occidentales – ont annoncé l’expulsion des diplomates Syriens en poste chez elles.

Même l’idée d’une intervention militaire occidentale contre Assad n’a pas été écartée.

Aux Etats Unis, le général Martin E. Dempsey, chef de l’état-major interarmes, a indiqué que des troupes américaines pourraient être envoyées pour aider les rebelles. « Il y a toujours une option militaire, » a-t-il dit. Hague lui-même s’est livré à de bruyantes rodomontades ces derniers jours.

L’expression de l’indignation au sujet de Houla et les menaces subséquentes d’action militaire, tout cela s’accorde avec le schéma narratif occidental conventionnel de la crise syrienne, dans lequel Assad est dépeint comme un tyran sanguinaire et les rebelles comme des combattants héroïques de la liberté qui essayent de délivrer le peuple syrien de l’oppression.

Cette image a été soigneusement cultivée par le camp anti-Assad qui s’est montré maître dans la propagande manipulatrice destinée à de crédules politiciens Occidentaux, aux chaînes de télévision et aux organisations militantes.

Mais la vérité sur la violence en Syrie est beaucoup plus complexe que ce que voudraient nous faire croire les ennemis d’Assad.

Bien sûr, ces effusions de sang meurtrières doivent être condamnées et il est certain qu’une tragédie humaine est en cours. Le régime Assad est à l’évidence repoussant et ses actions indéfendables, ce qui fait qu’un authentique et pacifique soulèvement populaire ne peut être que justifié et compréhensible.

Cependant, contrairement à ce que Hague pourrait soutenir, nous sommes devant tout à fait autre chose qu’une confrontation directe entre une dictature et un peuple.

Si le soulèvement avait commencé par des manifestations pacifiques de Syriens ordinaires, la notion simpliste du bon contre le méchant ne reflète plus la réalité.

Même au niveau le plus élémentaire, cous ne savons pas ce qui s’est réellement passé à Houla. ‘La vérité est la première victime de la guerre’ dit sagement le vieil adage.et tout ce que nous avons pour le moment, ce sont les affirmations des deux camps.

Les rebelles accusent Assad tandis que le régime du président conteste fermement et absolument toute responsabilité dans la tuerie, soulignant le fait que la plupart des victimes semblent avoir été tuées à bout portant, à un moment où les forces gouvernementales se servaient de mortiers de gros calibre contre les rebelles.

Propagande pour se convaincre soi-même ? Peut-être, mais dans ces phases les plus sombres des conflits, les histoires d’atrocités ont souvent été exagérées et exploitées.

Rien qu’en février par exemple, juste avant un vote décisif à l’ONU sur des sanctions contre la Syrie, on nous avait dit que plus de 200 civils avaient été tués par les forces d’Assad pendant le bombardement meurtrier de Homs, un bastion rebelle.,

Mais il s’est avéré par la suite que le vrai bilan des victimes était de 55 morts.

En outre, on devrait reconnaître que les rebelles sont accusés d’actes de barbarie qui n’ont rien à envier à ceux du régime d’Assad.

Ces derniers mois, ils ont été accusés d’une série d’attaques terroristes cruelles dans les grandes villes, dont des attaques à la voiture piégée et des attentats suicide. De leur côté, ils affirment que ces attentats étaient l’œuvre d’Assad. Mais qui peut savoir la vérité ?

Cette sombre image d’une violence mutuellement meurtrière fait qu’il est absurde pour Hague de prétendre qu’il s’agit simplement d’un combat moral entre la bassesse du régime d’Assad et la noblesse de ses opposants.

Le fait est qu’il n’y a pas de soulèvement du peuple syrien contre le gouvernement. Pas plus qu’il n’y a eu de manifestations d’ampleur contre la présidence d’Assad dans les deux plus grandes villes du pays, Alep et Damas, où les seules manifestations massives à s’être tenues avaient été en faveur du président.

Certains essayent d’expliquer l’absence de manifestations massives en soutenant que c’est la nature tyrannique du régime qui les empêche, mais ça ne résiste pas à l’examen. En Egypte, la police, l’armée et les services de sécurité du président Moubarak étaient bien plus puissants que ceux d’Assad dans la Syrie d’aujourd’hui, elles n’avaient pourtant pas pu empêcher les énormes manifestations populaires..

Il n’y a rien eu de ce genre en Syrie, parce que la réalité est que l’opposition ne représente pas la volonté de la population. En fait, elle est une force majoritairement islamiste qui veut mettre un terme à l’attachement d’Assad à un régime sécularisé sous lequel – à côté de toutes les tares du régime – les drois des minorités religieuses sont respectés.

L’instance de coordination de l’opposition, le Conseil National Syrien (CNS) est dominé par la ligne dure des Frères Musulmans qui militent pour l’imposition de la charia. Le CNS est puissamment soutenu par des djihadistes armés sur le terrain qui veulent créer un Etat islamique anti-occidental en Syrie.

Ces zélotes ont obtenu armes et soutien financier auprès des régimes musulmans fondamentalistes d’Arabie Saoudite et du Qatar car tous deux veulent promouvoir un islamisme ultraconservateur dans toute la région.

Il est grotesque que notre propre ministre des affaires étrangères considère de notre devoir de prendre fait et cause pour ces fanatiques en Syrie qui n’éprouvent d’intérêt ni pour la négociation, ni pour la démocratie.

Hague est tout simplement dans l’erreur s’il pense que nous avons quoi que ce soit à gagner d’une intervention dans ce pays.

La position britannique est marquée par l’hypocrisie. Hague fulmine au sujet des droits de l’homme en Syrie parce que cette affaire domine l’actualité internationale, mais ne dit pourtant rien sur les violations des libertés en Arabie Saoudite, simplement parce que ce pays se trouve être notre allié riche en pétrole.

Il critique la Russie pour son soutien à Assad mais reste silencieux sur le soutien apporté par le Qatar à des djihadistes meurtriers.

Nos politiciens ne semblent pas non plus avoir tiré une quelconque leçon du soi-disant printemps arabe qu’ils présentaient enthousiastes l’an dernier comme un triomphe sur la dictature. Les choses ne se sont guère passées ainsi.

Dans presque tous les pays où le printemps arabe a prévalu, le résultat a été plus d’oppression, plus de paralysie économique et plus d’autocratie religieuse.

Ainsi, en Tunisie, le pays qui était auparavant le plus sécularisé et progressiste du monde arabe, des bandes de voyous salafistes arpentent désormais les rues, menaçant les femmes qui ne portent pas le voile et incendiant des magasins qui osent vendre de l’alcool. Au Yémen, al Qaïda contrôle maintenant d’importantes zones au sud du pays, tandis qu’en Egypte, le premier tour de l’élection présidentielle a débouché sur un duel entre un islamiste tenant de la ligne dure et un ancien sbire de Moubarak – pas vraiment la victoire de la démocratie qui avait été promise au peuple égyptien au plus fort de la révolution.

Tout cela explique en bonne partie pourquoi la population syrienne a majoritairement refusé de soutenir les rebelles. Elle voit ce qui s’es passé ailleurs au Moyen Orient et elle en tremble.

Assad a peut-être du sang d’enfants sur les mains, mais aux yeux de la majorité de son peuple, il offre au moins une certaine stabilité et un certain progrès économique, alors que la perspective d’un pouvoir djihadiste dignifie puritanisme et paralysie.

Il serait scandaleux de sacrifier la vie de soldats Britanniques dans ce conflit dans lequel nous n’avons aucun intérêt national.

Trop de vies ont déjà été perdues dans des aventures idéologiques en Afghanistan et en Irak. Mais le coût de ces deux guerres ne sera rien à côté ds terribles conséquences d’une intervention en Syrie

Même si nos forces réussissaient à expulser Assad du pouvoir, nous serions entraînés dans un bourbier sanglant au moment où nous tenterions de discuter d’un accord entre les factions en guerre.

Notre intervention en Libye a bien pu déposer un tyran – mais seulement au prix de la mise au pouvoir de milices islamiques meurtrières et de la dégradation de l’infrastructure de cette nation. Les dégâts que nous causerions en Syrie seraient encore plus grands.

Dans tous les cas, en cette période de coupes sombres dans le budget militaire, nous ne sommes tout simplement pas en mesure d’intervenir – alors la rhétorique agressive de Hague est  de toute façon à peine autre chose qu’une simple posture.

John R. Bradley est l’auteur de After The Arab Spring : How Islamists Hijacked tje Middle East Revolts (Palgrave Macmillan)

Pourquoi il n’y a pas eu de désastre humanitaire à Homs

7 mars 2012

Pour la simple raison que la plupart des civils avaient fort heureusement pu fuir le quartier de Baba Amr qui a été le principal théâtre des affrontements entre l’armée syrienne et l’opposition armée.

C’est ce qu’ont pu constater des membres du Croissant Rouge syrien qui ont pu entrer dans ce quartier en compagnie de Mme Valerie Amos, envoyée humanitaire de l’Organisation des Nations Unies.

20 minutes est pour le moment un des rares media français à nous donner ces informations qui proviennent d’une agence de presse. (Reuters)

Il n’y a par contre apparemment personne pour relever que Damas a accueilli favorablement la déclaration en six points de la Chine destinée à résoudre politiquement la crise syrienne.

Une démarche que les occidentaux rejetteront probablement, exactement comme ils avaient torpillé touts les tentatives de résolution politique de la crise en Libye.

SYRIE – Le quartier, visé pendant plus d’un mois par d’intenses bombardements, a été repris par les forces loyales à Bachar al-Assad.

20 minutes (France) 7 mars 2012
Des délégués du Croissant-Rouge arabe syrien (Cras) et l’envoyée humanitaire des Nations unies Valerie Amos sont entrés mercredi dans Baba Amro, quartier de Homs bombardé par les forces gouvernementales pendant près d’un mois et pratiquement vidé de ses habitants.
«Le Cras est resté dans Baba Amro pendant environ 45 minutes. Ils ont découvert que la plupart des habitants avaient quitté Baba Amro pour des secteurs déjà visités par le CICR et le Cras la semaine dernière», a déclaré à Genève le porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Hicham Hassan.
Trois jours en Syrie
Arrivée mercredi à Damas, Valerie Amos, responsable des opérations humanitaires des Nations unies, s’était entretenue avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al Moualem, avant de gagner la route de Homs. Celui-ci lui a assuré que les autorités tentaient de faire parvenir des vivres et des médicaments à la population civile malgré le poids des «injustes sanctions» internationales qui frappent la Syrie, rapporte l’agence de presse officielle syrienne Sana.
Valerie Amos, qui s’était vu refuser l’entrée en Syrie la semaine dernière, devrait rester trois jours dans le pays pour tenter de convaincre le régime de Bachar al-Assad de permettre aux travailleurs humanitaires d’avoir accès aux populations civiles.
De nouveaux bombardements ont eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi à Homs, à 150 km au nord de la capitale syrienne. D’après des groupes d’opposants, les quartiers de Karm al Zeitoun, Djoub al Djandali et Deir Balba ont été la cible du pilonnage de l’armée régulière. Des attaques de militaires ont été signalées dans les villes de Kara et de Yabroud, au nord de Damas, et à Alep, deuxième ville du pays.

La journaliste Marie Colvin tuée à Homs en tentant de récupérer ses chaussures!

26 février 2012

Je reviens sur la mort de Marie Colvin et de Rémi Ochlik, les deux journalistes tués récemment à Homs en Syrie.

Je ne voudrais pas donner l’impression de manquer de respect à leur mémoire mais ce que je viens de lire dans la presse sur les circonstances de leur disparition me dit que certains par contre se fichent carrément de notre figure.

Nous apprenons en effet que marie Colvin est morte alors qu’elle tentait de récupérer ses chaussures pour pouvoir fuir un bombardement :

Mercredi, cette reporter de guerre de 55 ans se trouvait dans le centre de presse improvisé des rebelles à Homs en compagnie d’autres journalistes quand les étages supérieurs du bâtiment ont été frappés par des roquettes. Marie Colvin et d’autres reporters avaient laissé, comme le veut la coutume, leurs chaussures à l’entrée du centre de presse. Elle s’est précipitée dans l’entrée du bâtiment après l’explosion pour récupérer ses chaussures et prendre la fuite. Mais à l’arrivée sur le seuil, une nouvelle roquette a touché la façade, ensevelissant la journaliste américaine et le photographe de guerre français Remi Ochlik, qui a lui aussi perdu la vie dans l’attaque.

Vous pouvez lire comme moi qu’il est de coutume d’ôter ses chaussures quand on entre dans un centre presse. Pas à Londres, ni à Lyon, mais à Homs oui, c’est la coutume.

Pour être juste, le centre de presse improvisé se trouvait dans la maison d’un particulier, d’où le respect éventuel de la pratique qui consiste à retirer ses chaussures pour éviter de salir les tapis par exemple.

Mais même dans ce cas de figure, j’ai du mal à y croire. Simplement parce qu’un reporter de guerre chevronné, habitué à prendre toutes sortes de précautions et qui connaît les risques encourus (Marie Colvin avait peru un œil dans une embuscade tendue par l’armée sri-lankaise)  sait qu’il doit être en mesure de prendre rapidement la fuite en cas de danger.

Or, nous dit-on, Homs et particulièrement le quartier de Baba Amr où les deux journalistes ont péri sont réputés être une zone où sont commis des «crimes contre l’humanité» selon la propagande.

Une propagande qui ne recule devant rien, même le grotesque. Et il est vrai qu’il faut s’attendre à tout de la part d’un journal comme le Sunday Times, propriété de Rupert Murdoch, modèle de probité et d’intégrité.

Pourquoi la journaliste Edith Bouvier n’a-t-elle pas été évacuée de Homs?

25 février 2012

La journaliste Française Edith Bouvier se trouve en ce moment dans le quartier de Baba Amr à  Homs en Syrie. Sérieusement blessée à la jambe, elle attend d’être évacuée pour pouvoir être soignée.

Une mission du Comité International de la Croix Rouge (CICR) a pu pénétrer hier dans ce quartier d’Homs et procéder à l’évacuation d’un petit nombre de personnes, 27 en tout, des femmes et des enfants.

Selon le CICR :

«malgré l’arrivée de nos ambulances et de nos efforts (…) auprès des groupes armés à Baba Amr, ceux-ci ont refusé de livrer la blessée [Edith Bouvier] et les deux corps [des journalistes], mettant en danger la vie de la Française et entravant le rapatriement des corps»,

Cette déclaration est répercutée par l’agence de presse officielle SANA. Il convient cependant de noter qu’elle n’a ni été démentie, ni rectifiée par le CICR.

En réalité, si la journaliste Française n’a pu être évacuée, c’est à la fois du fait des forces d’opposition et de la diplomatie française. Cet extrait d’une dépêche Associated Press reproduite par le journal américain Saint-Louis Today nous apporte tous les éléments pour comprendre ce qui s’est réellement passé et la mauvaise foi des opposants au régime syrien et d’Alain Juppé, le ministre Français des affaires étrangères : 

Un militant local, Abou Mohammed Ibrahim, joint par Skype, a affirmé que les journalistes avaient refusé de partir parce que le CICR n’est pas entré [dans Baba Amr], mais seulement le Croissant Rouge Syrien qui, selon lui, est plein de « collaborateurs du régime.»
« Les journalistes ont aussi refusé de livrer les corps [de Marie Colvin et Rémi Ochlik], » a-t-il dit. « Ils ne savent pas ce que le gouvernement va faire d’eux [des corps]. »
Il a déclaré que les quatre journalistes se trouvaient en ville, chacun se trouvant dans un appartement différent et que les deux cadavres étaient conservés dans un autre appartement où ils ont commencé à se décomposer.
Hassa, le porte parole du CICR basé à Genève, a déclaré que « en ce qui concerne la réputation du Croissant Rouge, c’est un organisme indépendant dont les bénévoles risquent leurs vies au quotidien. » Il a expliqué que le CICR avait souvent accompagné les volontaires du Croissant Rouge sur le terrain.
S’exprimant à la conférence de Tunis, le ministre Français des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré que les autorités syriennes avaient rejeté une requête pour permettre à l’ambassadeur de France en Syrie d’aller à Homs pour arranger l’évacuation.
« J’en appelle personnellement aux aux autorités syriennes pour que Mme Bouvier et les autres reçoivent les soins médicaux dont ils ont urgemment besoin, » a-t-il dit.

 Voilà qui est assez clair : non seulement Mme Bouvier et les autres journalistes refusent d’être évacués par le Croissant Rouge, mais ils refusent également que les corps de leurs collègues Marie Colvin et Rémi Ochlik sortent de la ville. Ils préfèrent que leurs cadavres se décomposent tranquillement à l’abri des manipulations du gouvernement syrien.

Et puis de toute façon, la condition première à une évacuation d’Edith Bouvier est la présence de l’ambassadeur de France, la France pourrait ainsi signer son premier coup politique à l’intérieur même du territoire syrien.


Comment la mort tragique de deux journalistes en Syrie permet de relancer la machine de propagande occidentale

22 février 2012

Deux journalistes occidentaux viennent de trouver la mort en Syrie, victimes apparemment d’un tir de mortier qui aurait touché leur centre de presse improvisé à Homs. Il s’agit de l’Américaine Marie Colvin et du Français Remi Ochlik, une journaliste chevronnée (55 ans) et un talent en pleine éclosion (28 ans).

On s’accorde généralement à accuser l’armée syrienne pour cette action, exactement comme dans le cas d’un précédent journaliste Français, Gilles Jacquier, dont il s’est avéré par la suite qu’il avait été touché par une roquette des opposants au régime.

Le Daily Mail britannique est péremptoire, non seulement ce sont les forces syriennes qui ont tué les journalistes (ce qui est tout à fait possible dans ce contexte de guerre civile) mais elles l’ont fait en toute connaissance de cause puisque l’armée syrienne a promis de tuer tous les journalistes qui foulaient le sol national.

Dans ce cas de figure, ce ne sont pas deux journaliste qui auraient dû être tués puisqu’un certain nombre d’entre eux, sans doute des dizaines, sont accrédités sur le territoire. Etait-ce le cas des deux journalistes en question? Je l’ignore.

Le Daily Mail dit tenir ses sources des services de renseignements libanais qui auraient intercepté les communications de l’armée syrienne à ce sujet et se seraient empressés de les diffuser à la presse occidentale.

Donc, ce que les services secrets US qui disposent d’énormes moyens d’écoute sont incapables de faire, les services libanais ont pu le faire. Et au lieu de partager l’info avec d’autres services de renseignements, ils se sont confiés à la presse. Chapeau bas!

Reporter de guerre en temps de guerre justement est un job à haut risque et certains de ceux qui n’étaient pas « embedded » avec les forces d’invasion en Irak l’ont appris à leurs dépends. D’ailleurs, on est bien obligé de voir sur les photos qui circulent en ce moment que Mary Colvin était borgne suite à une blessure subie dans un contexte où l’armée syrienne ne risquait pas d’être impliquée, puisqu’elle était tombée en 2001 dans une embuscade de l’armée du Sri Lanka.(cf toujours le même article du Daily Mail).

La journaliste Marie Colvin

Je n’en avais cependant jamais entendu parler, pas plus que des protestations du gouvernement des Etats Unis ou de celui de sa majesté puisque Mme Colvin travaillait pour un journal anglais.

Quoi qu’il en soit, ces deux victimes offrent l’occasion aux gouvernements occidentaux de relancer leur campagne contre le régime syrien, en décidant de nouvelles sanctions et en insistant par exemple sur la mise en place de corridors humanitaires.

M. Sarkozy a été catégorique:

« On a déjà eu un caméraman français qui a été tué. Ça suffit, ce régime doit partir », a également affirmé le chef de l’Etat. « Il n’y a aucune raison que les Syriens n’aient pas le droit de vivre leur vie, de choisir leur destin librement ». 

M. Sarkozy semble oublier qui a tué le cameraman en question (Gilles Jacquier) mais après tout, ce n’est pas la première fois que la mémoire lui fait faute.

On notera quand même que le site d’informations LCI reste prudent à la fois quant à l’origine des tirs mortels et sur le caractère délibéré du ciblage de journalistes étrangers.

J’apprends aujourd’hui qu’un journaliste a été décapité. Mais ce n’est pas en Syrie et il n’est pas Français. C’est un Afghan de 25 ans,  Samid Khan Bahadarzai, assassiné nous dit TF1 dans une zone très infiltrée par les Talibans.

A mon avis, il n’aura pas beaucoup de publicité celui là.

Et tiens, en Afghanistan toujours, six manifestants sont morts en deux jours sous les balles de la police.

Que faut-il donc encore pour que l’OTAN intervienne à titre humanitaire?

Mais où ai-je la tête moi aussi? L’OTAN est déjà sur place et s’emploie à protéger la population comme viennent de l’apprendre ces jeunes écolières blessées dans leur école bombardée par… l’OTAN.

En fait de généreux travailleurs humanitaires de l’OTAN sont venus d’un peu partout dans le monde pour aider les Afghans qui ne leur en sont pourtant pas toujours reconnaissants.

Le Venezuela fournit du carburant à la Syrie

16 février 2012

 Le Venezuela est solidaire du gouvernement syrien en proie aux manœuvres de l’Occident et des monarchies démocratiques.

Une dépêche reproduite par le journal espagnol ABC nous apprend que les autorités du Venezuela livrent par bateau du carburant qui est déchargé dans le port syrien de Banias.

Les problèmes de carburant de la Syrie sont sans doute moins dus aux sanctions qu’aux actions de sabotage de l’opposition pacifique qui veut la tête de Bachar al-Assad.

L’opposant Khaled Abou Saleh devant un oléoduc en flammes à Homs. Il semble blessé; il a dû se brûler en déclenchant l’incendie.

A part ça, cette courte dépêche a quand même des relents de propagande. Par exemple, elle confond sanctions internationales et sanctions unilatérales (qui sont des actes de guerre), elle prétend que Chavez a soutenu les dirigeants arabes qui ont fait l’objet d’une contestation, ce qui veut dire implicitement qu’il les a tous soutenus. Or M. Chavez n’a soutenu ni le président Ben Ali en Tunisie, ni M. Moubarak en Egypte pas plus que l’émir de Bahreïn ou le président du Yémen.

Même une petite dépêche comme celle-ci se donne pour objet de donner l’image d’un Chavez proche des dictateurs, sans omettre le méchant Mahmoud Ahmadinejad.

Vu la brièveté du texte, l’agence n’a sans doute pas pu rappeler que Chavez a fait l’objet d’une tentative de coup d’Etat à l’instigation du gouvernement des Etats Unis.

Eh oui, pour ça on n’aura jamais la place.

Le Venezuela livre du carburant à la Syrie

Agences, Caracas – ABC(Espagne) 16 février 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Le président du Venezuela Hugo Chavez livre du carburant à la Syrie, une mesure qui pourrait affaiblir l’impact des sanctions internationales [unilatérales, NdT] contre Damas et aider le régime de Bachar al-Assad, qui a répondu par une répression violente aux manifestations contre lui.

Une cargaison de carburant diesel à faible teneur en soufre à bord du cargo « Negra Hipolita » battant pavillon vénézuélien et exploité par une filiale de l’entreprise étatique Petroleos de Venezuela (Pdvsa) doit arriver au port syrien de Banias cette semaine, selon des informations données à Reuters par deux employés qui ont préféré garder l’anonymat.

Selon une des sources, il s’agit du deuxième chargement de combustible à partir de la raffinerie vénézuélienne de Puerto la Cruz à destination de la Syrie depuis fin novembre. Le navire ta chargé du carburant diesel à faible teneur en soufre à Puerto la Cruz il y a 15 ou 17 jours approximativement,» a indiqué un employé lié à Pdvsa. Le pétrolier n’a pas commenté, ni confirmé cette information.

 Chavez a exprimé en plusieurs occasions l’an dernier son soutien aux dirigeants Arabes sujets à la contestation. Il a ainsi défendu l’ex dirigeant Mouammar Kadhafi et il appuie le président Syrien Bachar al-Assad et son homologue Iranien Mahmoud Ahmadinejad qui subissent de plus en plus de sanctions de la part de l’Occident.


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