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Jaffa, architecture, histoire: la destruction et l’effacement d’une métropole palestinienne

16 mai 2016

Le titre de l’article en anglais est « From Bauhaus to doghouse » et je ne suis pas du tout sûr de l’avoir traduit correctement. Mais bon, ce n’est pas vraiment grave puisque j’ai réussi à me dépatouiller avec le reste de l’article.

Nous sommes ici devant un compte rendu de lecture d’un livre écrit par Sharon Rotbard,  un architecte qui s’est intéressé aux mythes qui entourent le développement de la ville e Tel Aviv.

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Sharon Rotbard

Ce compte rendu donnent une idée explicite d’un processus qui a abouti à l’anéantissement de la ville de Jaffa, aujourd’hui banlieue de Tel Aviv mais jusqu’en 1948 métropole économique et culturelle de la Palestine.

Au passage, l’auteur écorne l’idée reçue selon laquelle la grande ville sioniste serait représentative de l’école du Bauhaus

Du Bauhaus au secret honteux

Un livre israélien déconstruit la mythologie qui entoure l’édification de Tel Aviv

The Economist (UK) 7 février 2015 | traduit de l’anglais par Djazaïri

White City, Black City: Architecture and War in Tel Aviv and Jaffa. By Sharon Rotbard. Translated by Orit Gat. Pluto Press; 244 pages; $24.95. [Ville blanche, ville noire: architecture et guerre à Tel Aviv et à Jaffa]

rotbard book

En 1984, une petite exposition du Musée des arts de Tel Aviv avait voyagé à New York. « White City; International Style Architecture in Israel, A portrait of an Era » dépeignait Tel Aviv comme étant peut-être le meilleur exemple d’une ville style Bauhaus. Aucune exposition ne pouvait mieux résumer l’image d’Israël et de sa métropole moderne comme réalisation sur « une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Une série d’expositions et de livre avaient suivi, dont une intitulée « Maisons tirées du sable » qui reproduisait sur la première de couverture l’image frappante de Juifs européens portant costumes et chapeaux candidats à des parcelles sur des dunes vides. Stimulée par et stimulant la reconnaissance internationale, l’UNESCO proclamait Tel Aviv site du patrimoine mondial en 2004.

Pour Sharon Rotbard, un architecte né dans cette ville, c’est un travestissement. Trois architectes en activité à Tel Aviv dans les années 1930 étaient sortis diplômés du Staatliches Bauhaus en Allemagne, écrit-il dans « White City, Black City ». Les autres avaient étudié dans d’autres pays. Plus important, explique-t-il, le mythe ignore les liens de Tel Aviv avec sa cité mère, Jaffa, un port antique qui à l’époque de la naissance de Tel Aviv était le pôle urbain moderne de la Palestine, avec des cinémas et des imprimeries et dont la densité de l’habitat colorait littéralement la ville en noir sur les photographies aériennes.

Rotbard égratigne la façade de sa ville natale. Il décrit comment Tel Aviv a supplanté les orangeraies propriétés des Arabes et explique comment, pendant la naissance violente d’Israël en 1947-1948; les combattants des organisations paramilitaires juives s’étaient emparées puis avaient en grande partie rasé la ville d’où Tel Aviv avait émergé. Son récit de la croissance de Tel Aviv à partir d’un faubourg de Jaffa fondé en 1909 pour devenir une métropole dont la population s’était multipliée par 20 dans les années 1920 est saisissant.

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Cueillette des oranges près de Jaffa au début du 20ème siècle

Ses habitants, écrit-il, étaient pour la plupart de jeunes hommes juifs qui n’étaient pas moins idéologues que les colons actuels. Même leurs méthodes étaient souvent semblables. Ils fortifiaient des avant-postes pour rompre la continuité de l’espace de peuplement arabe. Leur premier axe de contournement, la rue Allenby, aujourd’hui un des grands axes de la ville, enveloppait le périmètre de Jaffa. Il donnait à Tel Aviv un accès à la mer mais réduisait aussi Jaffa à une enclave qui était effectivement coupée de son arrière-pays palestinien.

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Quai avec chemin de fer, port de  Jaffa à l’époque orttomane

En novembre 1947, l’ONU rendit public un plan pour diviser la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe. Jaffa devenait un isolat palestinien entouré de frontières juives. Dans les combats qui suivirent, les paramilitaires commandés par Menahem Begin, un habitant de Tel Aviv qui deviendra plus tard premier ministre d’Israël, faisaient dévaler dans les ruelles des barils bourrés d’explosifs sur les cafés de Jaffa et tiraient des obus de mortier sur les quartiers résidentiels. Au moment de la déclaration d’indépendance par Israël le 14 mai 1948, qui décida les armées arabes à intervenir, les Juifs avaient chassé de la ville les Arabes de Jaffa, n’y laissant que moins de 20 % de la population. Beaucoup de ces habitants arabes avaient été obligés de fuit par la mer. Pour la première fois depuis 5 000 ans, poursuit M. Rotbard, Jaffa « avait cessé d’exister comme entité urbaine et culturelle. » Une bonne partie de la médina [ville] arabe fut rasée au bulldozer et recouverte de végétation. Quelques monuments, dont certaines mosquées et des constructions datant des Croisés furent préservés, mais si vous vous promenez dans le Jaffa d’aujourd’hui, vous ne pourriez pas savoir que ce fut à une époque le centre économique et culturel de la Palestine arabe.

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Jaffa vers 1920

Les responsables municipaux traitèrent Jaffa comme un réceptacle pour des structures comme le quartier général de la police, des prisons et des déchetteries, ainsi que pour des gens mal vus comme les travailleurs immigrés. Par la suite, des quartiers entiers furent pavés et transformés en parkings. « Des villes comme Dresde, Berlin et Hiroshima ont toutes souffert de destructions exorbitantes pendant la deuxième guerre mondiale, mais toutes se sont relevées des cendres de la guerre pour redevenir des entités urbaines intactes et même dynamiques, » écrit l’auteur, tandis que Jaffa, soutient-il, a été éradiquée comme Troie.

L’armée a gardé quelques vestiges pour elle. D’autres ont été transformés en colonie pour artistes. La jeunesse bohême qui y vivait appelait les ruines de Jaffa « la grande zone » et en avait fait un lieu branché. Au cours d’un processus qui s’est accéléré depuis la première édition du livre de M. Rotbard en hébreu (il vient seulement d’être traduit en anglais), la promotion immobilière a rempli les espaces laissés vacants avec des projets de logements de luxe, repeuplant Jaffa avec une classe moyenne ashkénaze embourgeoisée dans des résidences au nom à consonance hellénique comme le Rocher d’Andromède ou dans des lotissements réservés aux Juifs religieux. « Les architectes, dans leurs actions et leurs œuvres, » conclut M. Rotbard, « sont ceux qui parachèvent l’occupation, la rendant irréversible. »

Pour des lecteurs peu familiers avec le langage acerbe des Israéliens ou avec leur infinie capacité à l’autocritique, c’est un texte passionnant. Les militants antisionistes vont se le procurer.  Tout comme les sympathisants d’une droite religieuse israélienne qui monte, trop contents de pouvoir accuser d’hypocrisie l’élite libérale de Tel Aviv .  Les colonies établies par les Juifs religieux dans les terres palestiniennes occupées après 1967, soutiennent-ils, ont été bien moins brutales que les dévastations subies par Jaffa.

A la fois éditeur et architecte, M. Rotbard pèse ses mots. « Les villes et l’histoire » , écrit-il, « sont construites de la même manière – toujours par le vainqueur, toujours pour le vainqueur et toujours selon la mémoire du vainqueur. » Pour lui, le surnom de « Ville blanche » évoque d’autres cités coloniales comme Alger (dont la Casbah a été laissée intacte – c’est faux, NdT). Mais elle est aussi blanche comme dans « le blanc de l’effaceur, le Tipp-Ex » ou dans les pieux mensonges [white lies en anglais].

Une stratégie de judaïsation totale de la Palestine

5 octobre 2012

Certains se font des illusions sur l’acceptation par l’entité sioniste de l’existence d’un Etat palestinien sur la bande de Gaza et la Cisjordanie et supposent qu’une discussion avec un gouvernement représentant une tendance plus modérée du sionisme permettrait d’atteindre cet objectif.

C’est une illusion sous deux aspects. Tout d’abord, rien ne permet de dire que des élections organisées par le gang sioniste déboucheraient sur l’arrivée au pouvoir d’une équipe plus «réaliste» ou plus ouverte au dialogue. Ensuite, non seulement les sionistes colonisent patiemment la Cisjordanie mais ils entreprennent d’en faire de même à l’intérieur des frontières de l’entité sioniste ou subsiste une communauté palestinienne qui forme 20 % de la population de la dite entité.

L’idée étant de mener la vie impossible aux Palestiniens et de les contraindre à aller s’établir ailleurs. Par exemple dans un futur Etat sunnite sur tout ou partie de la Syrie actuelle ?

Une idée d’exode palestinien qui est acceptée par l’Occident, il suffit de discuter un peu franchement avec les politiques pour le savoir.

J’ai écrit le mot «frontières,» mais ce mot n’est pas approprié puisque l’entité sioniste a toujours refusé de définir ses frontières avec le futur Etat palestinien, car selon sa doctrine, il n’existait, et il n’existe, rien qu’on aurait pu appeler nation palestinienne

J’ai traduit le mot anglais «devout» par fanatique au lieu de dévot parce que c’est bien de fanatiques (de la religion ou de la race) que parle l’article, pas simplement de gens dévots.

Des Juifs fanatiques s’installent dans les villes arabo-juives

par AMY TEIBEL, ABC News (USA) 4 octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des Juifs orthodoxes Israéliens, la force vive du mouvement de colonisation de la Cisjordanie, ont commencé à tourner leur attention vers I’intérieur même d’Israël, et à s’installer dans les quartiers arabes de villes mixtes dans le but d’y consolider la présence juive.

Des militants affirment que ces dernières années, plusieurs milliers de fanatiques Juifs se sont insinués dans les quartiers arabes décrépis de Jaffa, Lod, Ramle et Acre, des villes pauvres divisées en quartiers juifs et arabes. Leur arrivée a menacé de perturber les relations ethniques délicates avec la construction d’écoles religieuses et de logements exclusivement réservés aux Juifs.

« Israël doit agir en tant qu’Etat de ses citoyens », déclare Mohammad Darawshe, co-directeur exécutif d’ Abraham Fund Initiatives, une fondation qui promeut la coexistence entre Juifs et Arabes en Israël. La «préférence ethnique est clairement quelque chose d’injuste, qui viole les principes de la démocratie. »

Environ 20 % des citoyens d’Israël sont arabes. Ils vivent en majorité dans des viles et des villages arabes, à quelques exceptions notables dont tout particulièrement Haïfa, la ville portuaire qui est la troisième plus grande agglomération d’Israël.

Avant la création d’Israël en 1948, ces villes mixtes étaient peuplées d’Arabes. Beaucoup s’enfuirent ou furent expulsés pendant les deux années de guerre qui suivirent la création d’Israël. Les Arabes commémorent cet évènement comme une «catastrophe» (nakba).

L’arrivée de Juifs dans les quartiers arabes pour des raisons idéologiques rappelle la ferveur nationaliste des premiers colons Israéliens en Cisjordanie à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Ils installaient des camps de caravanes et squattaient des maisons vides, déterminés à occuper le terrain pour des raisons religieuses et de sécurité.

Le mouvement des colons est devenu une énorme entreprise qui, avec le soutien du gouvernement, a attiré plus de 300 000 Israéliens en Cisjordanie.

Alors que les colonies sont considérées comme étant un obstacle aux discussions de paix et comme illégales par les Palestiniens ainsi que par la plus grande partie de la communauté internationale, la campagne actuelle se déroule à l’intérieur des frontières israéliennes.

Pourtant, la venue de Juifs nationalistes et religieux dans les viles mixtes est promue au même rang d’action pionnière que le mouvement à l’origine de la colonisation en Cisjordanie. Les colons eux-mêmes ne font pas de distinction entre les deux côtés de la ligne verte], et affirment que tout devrait appartenir à Israël.

L’ Israel Land Fund, une des organisations qui encourage ces installations, aide les Juifs à acheter des biens immobiliers aussi bien en Israël qu’en Cisjordanie avec pour objectif de «s’assurer que la terre d’Israël reste dans les mains du peuple juif pour toujours. »

Selon Arieh King, son directeur, le fonds aidé par un donateur qui a apporté des centaines de milliers de dollars, a contribué à amener une cinquantaine de familles à Jaffa, une ville majoritairement arabe qui fait maintenant partie de Tel Aviv. Il n’a pas voulu identifier ce donateur.

«Il y a des endroits à Jaffa où le Mouvement Islamique et d’autres organisations se sont radicalisés,» explique King. «Les gens avaient peur de hisser le drapeau national (israélien) par crainte de la réaction des Arabes.» maintenant, dit-il, les Juifs se sentent beaucoup plus à l’aise là-bas.

L’ Israel Land Fund est à la recherche d’investisseurs pour un projet immobilier et de centre hôtelier et de loisirs dans la ville portuaire d’Acre au nord dont la vieille ville majoritairement arabe a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

«Comme toujours, les récompenses financières sont moins importants que les bénéfices spirituels et idéologiques consistant à savoir que ces projets auront un impact énorme dans la lutte pour que Acre reste une ville juive,» affirme la publicité pour le projet du front de mer.

Acre, une ville d’environ 50 000 habitants est à 72 % juive et à 28 % arabe. Alors que les relations sont en général paisibles, Acre a été secouée par été secouée par de violents affrontements ethniques il y a trois ans après qu’un habitant Arabe eut circulé en voiture dans un quartier à majorité juive pendant le jour sacré du Yom Kippour, quand même les Juifs laïques [ ? secular] s’abstiennent de prendre leur voiture.

Les efforts pour amener des Juifs à Acre ont été salués dans les hautes sphères gouvernementales. Le vice premier ministre Silvan Shalom. Le vice premier ministre Silvan Shalom avait salué la création d’un séminaire juif à Acre l’an dernier en tant que mesure «participant au renforcement de la tendance de judaïsation de la Galilée.»

«Il n’y a rien de honteux dans ce constat,» avait-il dit à l’époque.

L’adjoint Arabe au maire d’Acre, Adham Jamal, a averti que ces activistes risquaient de briser un fragile statu quo.

Les nouveaux arrivants «ne comprennent pas la mentalité des Juifs et des Arabes qui vivent ensemble,» déclare Adham qui collabore avec un maire Juif. «Ceux qui arrivent maintenant ne viennent pas pour vivre à Acre. Ils viennent pour chasser les Arabes.»

Le maire d’Acre, Shimon Lankri, insiste sur le fait qu’il n’y a pas de politique de «judaïsation,» mais a déclaré être favorable à une demande encore non approuvée de permis pour construire 100 appartements pour des Juifs religieux dans la ville.

De tels projets immobiliers, où les habitants pourraient être contraints à s’habiller pudiquement et à respecter le sabbat juif en s’abstenant de conduire ou de jouer fort de la musique, existent dans de nombreuses agglomérations en Israël.

 «Est-ce que j’ai une politique qui discrimine, qui favorise les Juifs ? Il n’y a pas de politique de ce genre,» déclare Lankri. «J’ai moi-même vécu pendant cinq ans dans un immeuble avec des Juifs et des Arabes.» Il a soutenu que les habitants Juifs et Arabes avaient accès aux mêmes services dans sa ville.

Des militants Arabes ne sont pas d’accord et affirment subir de la discrimination à Acre et dans d’autres villes mixtes. Les rues et les bâtiments sont souvent délabrés dans les quartiers arabes, et il y a un manque d’écoles et de services sociaux.

Acre

Avant que les Juifs religieux commencent à s’installer à Acre il y  a quelques années, les Arabes étaient préoccupés par le manque d’égalité, explique Adham. Avec l’influx de nationalistes religieux Juifs, «le sujet principal est devenu celui des Arabes et des Juifs, et c’est dangereux,» dit-il. «Le discours porte maintenant sur la démographie.»

Lankri estime à 200 le nombre de familles religieuses qui ont emménagé à Acre ces dernières années.

Un processus semblable est en cours à Lod, a peu près à mi-chemin entre Jérusalem et Tel Aviv.

George Habache était natif de Lydda (Lod)

Le militant Juif religieux Aharon Atias explique qu’après leur mariage, sa femme et lui avaient «d’abord pensé» a s’établir dans une colonie en Cisjordanie. Puis, ils étaient arrivés à la conclusion qu’ils pouvaient transplanter l’ethos de la colonisation dans la ville natale d’Atias.

Il entreprit d’inverser le flux qui voyait les Juifs quitter sa ville natale déclinante, qui est à environ 25 % arabe et 75 % juive, en faisant venir des Juifs religieux. Son projet avait commencé avec deux familles à la fin des années 1990, dit-il.

«Maintenant, nous sommes un empire,» déclare Atias. Il affirme que 400 nouvelles familles religieuses ont emménagé, et que six dispensaires, trois écoles, un séminaire [religieux] et une  académie prémilitaire ont été construits pour eux. Trois autres projets pour les Juifs religieux sont en construction, avec quelque 660 unités d’habitation qui devraient être peuplées dans les deux ans à venir, dit-il.

Un de nos projets se développe dans un quartier arabe, et les deux autres dans des quartiers mixtes pauvres.

«Nous voulons empêcher les Arabes de devenir majoritaires,» explique Atias. «Avec l’aide de Dieu, la ville de Lod a été une ville juive où vivent des non juifs, et elle doit rester ainsi.»

Les militants Arabes se cabrent à l’idée que les Juifs doivent dominer.

«Ils sont comme un cancer qui entre dans le corps et n’en sort plus,» explique la militante Horia ElSadi, native de Lod, reflétant l’amertume persistante laissée par l’établissement d’un Etat juif. «Ils veulent vivre entre eux. Ils veulent que Lod soit une ville juive.»


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