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Trump Vs Biden, fascisme à l’ancienne contre fascisme du XXIème siècle

27 juillet 2020

Je vous propose une analyse de la situation politique aux Etats Unis telle qu’elle est comprise par Glen Ford de Black Agenda Report.

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Glen Ford

Black Agenda Report se présente comme un média d’information, d’analyse et de commentaire politique de la gauche noire. L’article est extrait de leur site, Black Agenda Report dispose aussi d’une page Facebook.

D’après Glen Ford, c’est en tout cas ce que j’ai compris, Donald Trump en tant que figure du passé, d’un fascisme à l’ancienne, est un accident dans le paysage politique des Etats Unis, du moins c’est ainsi que le perçoivent les élites économiques et financières. Ces dernières auraient opté pour un nouveau modèle qui inclut le management de la diversité susceptible de permettre à une infime minorité richissime de maintenir son contrôle de l’État. Ce modèle n’est pas moins fasciste (ou fascistoïde dirait Emmanuel Todd) puisque son principe est le pouvoir de cette minorité d’ultra-riches, le militarisme et la guerre perpétuelle.

Pendant que cette élite dirige, le reste de la population est lancé dans une course vers le bas, la descente dont parle Emmanuel Todd dans son livre sur les luttes de classes en France au XXIème siècle.

Glen Ford a-t-il lu Todd où s’agit-il simplement d’une convergence qui résulte de l’analyse,

 

Qui est le fasciste le plus dangereux?

Par Glen Ford, Black Agenda Report (USA) Editor 23 Juillet 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

La plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme, et les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

«Dans leur vison politique caricaturale, fasciste signifie simplement «Trump».

Après la prise d’une première tête de pont autour des bâtiments fédéraux à Portland, en l’Oregon, Donald Trump menace d’envoyer ses über alles Storm Troopers [Sections d’Assaut] de la sécurité intérieure dans les villes du pays qui, selon lui, sont «dirigés par des démocrates très libéraux [à gauche dans la terminologie américaine]… par la gauche radicale». La prochaine sur la liste est Chicago, où 150 agents fédéraux devraient être déployés dans les prochains jours. Des agents de la sécurité intérieure ont déjà été envoyés à Seattle et à Washington DC, et Trump a évoqué la nécessité de «dominer» le terrain à Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland. Pendant ce temps, le ministère américain de la Justice prévoit d’étendre son intervention urbaine «Operation Legend», qui vise actuellement la criminalité locale à Kansas City, Missouri.

Tout comme d’autres présidents américains ont historiquement utilisé l’armée comme instrument pour leur réélection, organisant des attaques contre des pays désignés par les Etats Unis comme «voyous» et «terroristes» pour consolider leur assise électorale, Donald Trump fait campagne en tant que shérif qui fera régner la loi et l’ordre dans les vastes régions du pays occupées le mois dernier par les hordes inspirées de «Black Lives Matter». Bien que l’intervention armée de Trump dans les affaires locales et étatiques semble politiquement en contradiction avec ses sympathies confédérées, son déploiement massif d’agents de la force publique paraît légal.

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Le drapeau confédéré est généralement perçu comme un symbole raciste

Leur comportement dans la rue, cependant, est une autre affaire. «Des agents fédéraux non identifiés dans des véhicules banalisés enlèvent des manifestants pacifiques dans les rues, les transportent vers des lieux inconnus, sans les informer des raisons de leur arrestation, puis les relâchent sans trace de d’une procédure d’arrestation», a déclaré Marjorie Cohn, ancienne présidente de la National Lawyers Guild. «Ces actions rappellent la police secrète des dictatures qui kidnappe e t« fait disparaître» les opposants au régime. Elles sont conçues pour dissuader les gens d’exercer leur droit au premier amendement de protester contre le racisme et la suprématie blanche.»

Oui, ça «rappelle» la police secrète à d’autres époques et dans d’autres pays, mais les agents de la sécurité intérieure se comportent en fait comme le font les flics locaux un peu partout aux États-Unis. La police de Chicago a fait fonctionner pendant des années un centre de torture pas si secret dans lequel des hommes noirs disparaissaient jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Les villes du pays déploient régulièrement des «escouades» de policiers en civil qui sautent de véhicules banalisés pour enlever des gens dans les rues de leur quartier. Et la  plupart des flics locaux chargés de réprimer les manifestations anti-police retirent leurs badges et marques d’identification. Les équipes SWAT (unités d’élite de la police) locales et fédérales portent régulièrement des masques pour cacher leurs identités. Cela aussi «rappelle» le fascisme, mais cela n’a pas commencé avec Trump en janvier 2017.

De fait Trump est plutôt amateur dans le domaine de l’art sinistre de la répression intérieure, son expérience passée se limitant à terroriser les locataires de ses immeubles d’habitation et les «apprentis» dans les émissions de télé-réalité. Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents. Le FBI de Barack Obama a coordonné la répression par la police nationale des sites d’Occupy, il y a près de dix ans – une vaste opération impliquant les actions synchronisées d’un président démocrate noir, de maires principalement démocrates et de leurs chefs de police. La maire noire de Baltimore avait qualifié les personnes qui avaient pris part à la rébellion de Freddie Gray de 2015 de «voyous» – déshumanisant ainsi ses propres électeurs – tout comme  Obama, dont les procureurs fédéraux avaient exigé et obtenu des peines sévères pour les accusés de dégradations matérielles.

Obama a marqué un tournant dans l’histoire de l’État policier quand il a obtenu l’adoption par le Congrès d’une législation autorisant la détention pour une durée indéfinie de citoyens américains sans faire l’objet d’un procès ou d’une accusation – un saut dans l’abîme que même George W. Bush n’avait pas osé faire.

Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents.

Les libertariens en matière de droits civiques sont à juste titre préoccupés par le fait que le ministère de la Justice de Trump se coordonne avec la police locale pour se servir de Facebook pour accuser ceux qui protestent contre l’assassinat de George Floyd de crimes graves – un autre signe avant-coureur du fascisme. Mais les polices locales utilisent depuis des années Facebook comme outil d’enquête de premier ordre. Et les groupes de travail de la police fédérale- police de New-York sous le titre «Operation Crew Cut» s’étaient grandement appuyés sur des déclarations faites sur Facebook pour inculper plus de 100 jeunes dans deux quartiers HLM de Harlem en 2014 et 120 autres jeunes noirs et à la peau bronzée du Bronx en 2016– un raid présenté comme la plus grande opération de «répression des gangs» de l’histoire de New York. Est-il fasciste d’utiliser Facebook contre des dissidents politiques, mais normal quand il s’agit d’expédier les «suspects habituels» (jeunes de couleur ) dans le goulag de l’incarcération de masse? Ou est-cet fasciste seulement quand Trump le fait?

Si la plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme,les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

Comme je l’ai écrit dans des articles précédents (voir «91ll Legacy: Two Contending Fascisms », 15 septembre 2018), le système Jim Crow du sud des États-Unis a servi de modèle à l’État racial d’Adolph Hitler. Le Sud ségrégationniste entièrement sous les lois Jim Crow, correspondait en fait plus étroitement à la définition largement répandue du fascisme que la plupart des fascismes européens du XXe siècle:

* Nationalisme poussé à l’extrême

* Recours fréquent au pouvoir de la foule

* Oppression d’un «Autre» interne comme principe organisateur

* Militarisme

* La domination politique des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie

“ le système Jim Crow du sud des États-Unisa servi de modèleà l’État racial d’Adolph Hitler”

Donald Trump est un fasciste américain à l’ancienne, du genre Jim Crow – mais qui est également désireux d’utiliser tous les outils modernes de répression politique et raciale pour préserver un système capitaliste dans sa phase de déclin final. La politique ouvertement raciste de Trump (avec l’oppression d’un «Autre»interne comme principe organisateur») le rend incompatible avec la doctrine de la «diversité» managériale adoptée par nécessité par les multinationales. Il entre donc en tension avec le régime capitaliste au 21e siècle – mais est extrêmement utile comme repoussoir, c’est pourquoi il a été l’adversaire préféré des démocrates liés au monde des affaires en 2016 et 2020. N’ayant rien à offrir à leur base si ce n’est une austérité sans fin («la course vers le bas ”) et la guerre, les démocrates liés au monde du business ont fait de Trump le seul enjeu de leurs campagnes.

Le capital multinational et l’État sécuritaire (CIA, etc.) trouvent Trump totalement indigne de confiance en tant que gestionnaire de l’empire américain – c’est pourquoi ils ont concocté le Russiagate en collaboration avec les démocrates.

Les républicains sont depuis plusieurs générations les vassaux des grandes compagnies pétrolières, tandis que les démocrates sont le parti privilégié du capitalisme financier qui domine désormais tous les secteurs capitalistes, y compris les médias et la haute technologie. Au sein du duopole électoral, les Noirs n’ont d’autre choix que les Démocrates, tandis qu’environ la moitié des Blancs choisissent les Républicains, ouvertement le parti des Blancs bien avant l’avènement de Trump, l’intrus impulsif. Cependant, le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion], échangeant périodiquement les rênes du pouvoir exécutif avec le moins de perturbations possible pour l’ordre capitaliste. {C’est ce qu’ils appelaient le «génie» du système. ) L’humiliation de l’establishment corporatif républicain  par Donald Trump en 2016 – avec l’aide décisive des démocrates et des grands médias – a déstabilisé le duopole politique, le mécanisme institutionnel qui, avec les médias liés au monde des affaires, médiatise les divergences entre les secteurs capitalistes et construit un récit politique commun ( mensonges) pour la consommation populaire. Le résultat a été une scission ouverte et destructrice de la classe dirigeante, les instruments étatiques de la  sécurité nationale (CIA, etc.) collaborant ouvertement avec les démocrates pour rendre politiquement illégitime un président en exercice.

“ le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion]’”

La bonne nouvelle, c’est que la guerre civile interne à la classe dirigeante a délégitimé non seulement Trump mais l’ordre impérial US lui-même. Une fois perdue, la légitimité politique peut rarement être intégralement recouvrée – et certainement pas par un ordre capitaliste en bout de course en proie à un écheveau de contradictions accumulées en son stade terminal, et dont le domaine impérial se réduit progressivement.

La mauvaise nouvelle est que la gauche US est si faible qu’elle a été incapable de proposer un discours qui explique les crises multiples qui ont été si dévastatrices pour le peuple américain, ou même d’accomplir a minima nos obligations de solidarité avec les victimes de l’impérialisme US dans le monde. Imaginant le fascisme dans les termes d’une caricature personnifiée par Trump, les gauchistes américains semblent croire que anti-Trump égale antifascisme, alors qu’en fait Trump représente un avatar de Jim Crow que les champions du capital cherchent à écarter depuis un demi-siècle afin d’exercer leur pouvoir plus efficacement. Ces champions du capital ont, par contre, construit un ordre fasciste du 21ème siècle dans lequel un tout petit nombre de milliardaires peut exercer le pouvoir sans réelle opposition, tandis qu’une bonne partie du monde est enfermé et contraint à une «course vers le bas» et que la moitié de l’humanité vit dans la terreur d’interminables guerres américaines.

Le président Obama était un agent de ce fascisme – qui n’est pas une caricature de presse, et tue des millions de gens. Il en est ainsi de tous les Démocrates du jeu institutionnel. Ils sont les plus dangereux parce que si peu de gens les considèrent comme des fascistes, en dépit de leur servilité abjecte à l’égard de la dictature du monde des affaires, de l’État carcéral et des guerres sans fin. Nous battrons Trump pour la simple raison qu’il ne représente pas la véritable classe dirigeante capitaliste. L’oligarchie veut qu’il soit battu – et elle veut que nous la remerciions d’oeuvrer pour ses propres intérêts et se débarrasser de son propre problème: le genre de service que rend l’oligarque Michael Bloomberg quand il achète le contrôle de l’infrastructure du Parti Démocrate ainsi que la loyauté d’une partie substantielle de la (pseudo) classe politique noire.

Certains gauchistes américains, incapables de sortir de leur vision caricaturale craignent que Donald Trump refuse de quitter la Maison Blanche si le scrutin lui est défavorable en novembre. Ils imaginent que les généraux de l’armée américaine soutiendront un coup de force de Trump dans un scénario de «Sept jours en mai» à l’envers. Complètement ridicule! Un coup de force militaire ne pourrait venir que du J-SOC, le Joint Special Operations Command qui supervise les forces d’opérations spéciales de toutes les branches de l’armée, comme les Bérets Verts (armée de terre) et les SEALS (marine). Les unités d’opérations spéciales ont toujours travaillé main dans la main avec la CIA – de fait, les Bérets Verts sont souvent appelés «l’armée de la CIA». Donald Trump, le candidat de «l’arrêt des des changements de régimes» [no more regime changes] en 2016 s’est ainsi gagné un ennemi implacable dans la CIA.

Si un coup de force quelconque devait se produire en novembre, ce serait en faveur des Démocrates. Et beaucoup de gens qui se présentent comme de gauche applaudiront, se figurant la CIA comme un allié dans la lutte contre le «fascisme.»

Dissolution de l’Etat national: la Turquie après la Syrie et l’Irak?

9 mai 2016

Verda Özer est une spécialiste des relations internationales chercheur à l’Istanbul Policy Center (IPC) et qui collabore avec plusieurs publications dont le journal turc Hürriyet.

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Verda Özer

Son article que je vous propose en traduction veut contredire le vice-président des Etats Unis Joe Biden, et donc la ligne officielle de Washington, selon qui les Etats où son pays intervient pour « maintenir la paix » sont des structures artificielles et qu’il faut se préparer à leur éclatement en entités plus petites mais plus homogènes.

Ce serait par exemple en Syrie, une entité alaouite, une entité kurde et une entité sunnite, ces deux dernières étant réparties sur des portions de territoires de la Syrie et de l’Irak actuels.

Mme Özer a parfaitement compris que cette argumentation s’appliquait aussi à son pays, la Turquie.

C’est pour cette raison qu’elle a souhaité contredire Joe Biden en arguant du fait que nulle part il n’existe de frontières naturelles. Et en effet, contrairement à ce que certains ont pu apprendre à l’école, les Pyrénées ne sont pas une frontière naturelle de la France. Une frontière est uniquement un fait accompli de main d’homme et un fait de droit.

Cette précision de Verda özer peut être assimilée à un coup pour rien mais ce n’est pas le cas. Elle lui permet en réalité de formuler de manière diplomatique deux conseils à un gouvernement qui n’aime pas trop en recevoir.

Le premier est celui de se tenir à l’écart des conflits en cours en Syrie et en Irak, de crainte d’un effet déstabilisateur sur la Turquie elle-même.

Le deuxième est celui de ne pas tracer des frontières (forcément artificielles) à l’intérieur du territoire national. Mme Özer pense évidemment aux Kurdes de Turquie mais pas seulement car il existe en Turquie d’autres minorités qui pourraient trouver un intérêt à la défaisance de l’Etat turc tel qu’il est actuellement établi. Je parle ici de la  minorité syrienne de l’ancien wilayet d’Antioche (Antakya) et des Alévis, une importante minorité confessionnelle.

On verra bien ce que pèsent les avertissements distillés par des spécialistes comme Verda Özer face aux plans des Etats Unis qui consistent à favoriser et accompagner la fragmentation de la région pour peu qu’elle demeure dans un niveau d’instabilité à la fois gérable, non menaçant pour leurs intérêts et favorables à ceux de l’entité sioniste. Une politique étrangement conforme au fameux plan Yinon

Vous avez peut-être tort, M. Biden

Par Verda Özer, Hürriyet (Turquie) 7 mai 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les mots du vice-président des Etats Unis Joe Biden ont fait l’effet d’une bombe cette semaine. « Pensez à tous ces endroits où nous essayons de maintenir la paix. Ce sont des endroits où nous avons tracé des lignes artificielles, créé des Etats artificiels, constitués de groupes culturels, ethniques et religieux distincts et nous avons dit, ‘C’est pour vous ! Vivez ensemble ! », a-t-il dit.

L’endroit auquel il se référait principalement comme « artificiel » était l’Irak, étant donné qu’il a tenu ces propos dans l’ambassade américaine à Bagdad au cours de sa première visite en Irak depuis cinq ans.

Le même jour, le New York Times rapportait que les « officiels des Nations Unies à Bagdad ont discrètement commencé à étudier comment la communauté internationale pourrait gérer un éclatement du pays. »

Le moment de la visite de Biden et ces déclarations sont loin d’être des coïncidences. L’Irak a été littéralement mis en lambeaux. Et en premier lieu, le gouvernement central à Bagdad est complètement dysfonctionnel depuis février dernier. Aucun des ministères n’est en situation de pouvoir travailler.

La principale raison en est que l’opposition au premier ministre chiite Haider al-Abadi et à son gouvernement est devenue hors de contrôle à cause de sa politique sectaire et d’allégations de corruption. C’est pour cette raison que al-Abadi avait promis de formé un nouveau gouvernement constitué uniquement de technocrates le 9 février. Il a cependant été incapable d’y parvenir pour l’instant. Par conséquent, l’équilibre des pouvoirs dans le pays qui est façonné par les tendances sectaires s’est retrouvé complètement sens dessus dessous.

Ce qui indique fortement que le sectarisme va sonner le glas pour [le gouvernement d’] al-Abadi exactement comme ce fut le cas pour le premier ministre chiite Nouri al-Maliki en 2014. En d’autres termes, l’Irak ne va nulle part.

La tension ancienne entre Bagdad et Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, s’étale au grand jour. Les deux parties s’accusent mutuellement de ne pas respecter l’accord qu’elles avaient conclu le 2 décembre 2014 sur le partage des revenus du pétrole.

Ce qui à son tour, s’est transformé généralement en conflit entre Kurdes et Chiites à travers le pays. Il y a eu tout récemment une escalade dans les affrontements, particulièrement du côté de Kirkouk que Bagdad et Erbil se disputent depuis longtemps. En outre, les Turkmènes chiites combattent aussi aux côtés des milices chiites contre les Kurdes dans les zones de conflit. Dit autrement, les conflits ethniques et religieux sont devenus intriqués.

Par ailleurs, le fait que l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, Daesh) soit leur ennemi commun ne change en rien la situation. Au contraire, la lutte contre l’EIIL a changé l’équation sur le terrain en faveur des Kurdes en étendant leur territoire d’environ 40 % depuis 2014, ce qui n’a fait qu’attiser la confrontation.

La tension Chiites – Sunnites, d’autre part, est omniprésente dans le pays depuis des dizaines d’années. Elle s’est pourtant encore aggravée à un tel point récemment que « l’opération de grande ampleur pour reprendre Mossoul » qui doit être lancée en septembre ou en octobre devrait, dit-on, interdire aux milices chiites d’accéder au centre-ville afin d’éviter tout affrontement éventuel avec les Sunnites qui sont majoritaires dans la ville.

Avec tout ça, les Chiites sont aussi divisés entre eux. Le leader religieux chiite Moqtada al-Sadr  a appelé avec de plus en plus de force à la démission d’al-Abadi. La même chose s’observe du côté du parti politique chiite d’al-Maliki, Dawa.

Compte tenu de tous ces éléments, l’Irak sera-t-il capable de combattre d’EIIL dans ces conditions ? En outre, l’EIIL lui-même n’est-il pas issu de la confrontation sectaire ? Il ne semble par conséquent guère possible de sauver à brève échéance l’Irak de Daesh et d’empêcher la dissolution de l’Etat à long terme.

La Syrie est pour sa part dans une situation de morte-vivante depuis un certain temps. La communauté internationale considère même sa dissolution comme plus probable et imminente que celle de l’Irak.

En novembre 2014, j’ai eu la chance d’avoir un tête-à-tête [en français dans le texte] avec Richard Haas, le président du Council on Foreign Relations (CFR), le think tank américain le mieux établi. Haas est un des plus éminents penseurs et concepteurs de politiques aux Etats Unis, ayant coordonné les politiques de Washington en Irak et en Afghanistan en des moments critiques.

Haas m’avait que « pour le moment, les Etats Unis préfèrent un Irak unifié, avec les Kurdes ayant une autonomie plutôt que l’indépendance. » Il considère cependant que ce n’est pas une perspective réaliste dans le futur parce que nous avons déjà franchi le point de non-retour aussi bien en Irak qu’en Syrie.

« L’avenir de la Syrie ne se situe plus dans le cadre de paramètres nationaux. Le pays est déjà partitionné. Al-Assad, ou quelqu’un comme lui, gouvernera la région alaouite, pas l’ensemble du pays. Les Kurdes auront une autonomie significative. El les Sunnites se débattront entre l’EIIL et différentes tribus, » avait-il expliqué.

Dans un tel scénario, les zones sunnites en Irak et en Syrie seraient à cheval des deux côtés de la frontière. La même chose pourrait se passer pour les zones kurdes. Et un tel changement fondamental de la carte de la région affectera certainement aussi la Turquie.

En réponse à ces vagues de désintégration, la Turquie doit se tenir hors de ces conflits dans toute la mesure de ses capacités et se préparer à tous les scénarios possibles. Plus important, elle doit faire valoir la paix et l’unité à l’intérieur de ses propres frontières.

Enfin et surtout, je voudrais en finit avec des histoires de « nature artificielle ». Existe-t-il quelque part une « frontière naturelle » ? Les frontières e tous les Etats nations du monde ont été tracées un jour d’une manière ou d’une autre. Ce qui importe vraiment c’est de ne pas en créer de nouvelles ; et au contraire d’effacer les frontières internes à nos territoires que nous tendons à créer nous-mêmes. Après tout, ce sont des frontières artificielles.

Joe Biden, Shakespeare et les usuriers anciens et modernes

28 septembre 2014

Comme Abraham Foxman, le patron de l’Anti-Defamation League (ADL, équivalent américain e la LICRA) aime à le dire, le vice-président des Etats Unis Joe Biden est un ami du « peuple juif ».

Ce qui ne l’a pas empêché de comparer à Shylock certains usuriers qui ont fait du profit aux dépens de militaires partis combattre en Irak,

Shylock est juif en effet, mais ce n’est pas vraiment par amitié pour le peuple auquel il appartient que Biden lui a comparé les prêteurs voraces, C’est simplement parce que citer ce nom lui permettait d’éviter une description longue et fastidieuse de ces prêteurs qui exploitent les GI’s partis faire leur devoir de patriote au Moyen Orient. En citant le nom de Shylock, il s’assurait d’être compris immédiatement par son auditoire.

Comme il est rappelé dans l’article, Shylock est un personnage de Shakespeare qui, dans la pièce « Le marchand de Venise » exige d’un de ses débiteurs une livre de sa propre chair en cas de non remboursement.

Le personnage appartient donc à la culture commune occidentale, anglo-saxonne tout particulièrement.

Cette comparaison des prêteurs véreux de l’Amérique d’aujourd’hui à Shylock n’a pas laissé sans réaction Abraham Foxman qui a fait une remontrance à Joe Biden. Une admonestation très légère bien sûr car Joe Biden est comme on l’a dit un ami du « peuple juif » et qu’il considère Abraham Foxman comme un « conseiller ».

Heureusement que je suis un ami du peuple juif!

Heureusement que je suis un ami du peuple juif!

Un conseiller en quoi ? me direz-vous

C’est simple : un conseiller en affaires juives car Joe Biden sait comme d’autres, et sans doute mieux que beaucoup d’autres, qu’il vaut mieux avoir le soutien des institutions juives dont l’influence est, selon, lui, à l’origine de la plupart des grands changements sociétaux qu’ont connu les Etats Unis, Biden donnant comme exemple le mariage homosexuel.

Tout ça , c’est de l’antisémitisme évidemment. Mais outre le fait que Joe Biden s’est excusé auprès de Foxman, l’un comme l’autre sont conscients des avantages qu’ils retirent ou peuvent retirer d’un partenariat de pouvoir.

Biden: l’utilisation du terme «Shylocks» était un mauvais choix

Biden décrivait des gens qui profitent de ceux qui ont des problèmes financiers

par Ashley Killough, CNN (USA) 17 septembre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le vice-président Joe Biden a déclaré mercredi que son utilisation du terme « Shylocks », que certains considèrent comme antisémite, était « un mauvais choix de vocabulaire. »

Sa déclaration intervient un jour après que le directeur national de l’Anti-Defamation League a publié une remontrance légère pour l’utilisation de ce terme par le vice-président, expliquant que Biden « aurait dû être plus prudent. »

Mardi, à une cérémonie marquant le 40e anniversaire de la Legal Services Corporation Biden a raconté des anecdotes tirées de l’expérience de son fils qui servait en Irak et avait rencontré des soldats qui avaient besoin d’une aide juridique en raison de problèmes chez eux.

« C’est une des choses dont il avait constaté le besoin le plus pressant quand il avait été là-bas en Irak pendant un an, » a déclaré Biden. « Les gens venaient le voir pour parler de ce qui leur arrivait au pays en termes de saisies, en termes de mauvais prêts qui étaient… Je veux dire ces Shylocks qui profitent sur le dos de, hum, ces femmes et ces hommes quand ils sont à l’étranger. »

Le Directeur national de l’Anti-Defamation League (ADL), Abraham Foxman a déclaré mercredi que le vice-président l’avait appelé.

« A l’évidence, il n’y a avait pas de mauvaise intention ici, mais Joe et moi sommes tombés d’accord pour qu’il avait besoin de potasser son Shakespeare. Il n’y a pas d’ami plus sincère pour le peuple juif que Joe Biden, » a affirmé Foxman dans une déclaration. Non seulement a-t-il été un pilier contre l’antisémitisme et la bigoterie, mais il a le courage et la franchise de reconnaître une erreur et de s’en servir comme opportunité pour apprendre et enseignes aux autres les effets néfastes des stéréotypes. Il a transformé une gaffe rhétorique en moment de pédagogie. »

Le terme « Shylock » dérive du nom du personnage de la pièce de Shakespeare « Le marchand de Venise ». Le juif Shylock était un prêteur sans scrupules dans la pièce, et un passage marquant de la pièce est son exigence d’une « livre de la chair » du marchand Antonio s’il manque à rembourser un prêt.

Diverses incarnations de Shylock

Diverses incarnations de Shylock

Mardi, Foxman a tancé Biden en disant qu’il « aurait dû être plus prudent » et en ajoutant que ce terme « représente le stéréotype médiéval sur les Juifs et reste à ce jour une caractérisation péjorative ».

Biden a déclaré que Foxman était un « ami et conseiller » de longue date et était correct dans son évaluation du terme qu’il avait choisi.

Biden qui envisage une candidature à la présidentielle de 2016 s’est rendu en Iowa mercredi pour prendre la parole à l’inauguration de la manifestation Nuns on the Bus, une association catholique libérale [de gauche dans le vocabulaire anglo-saxon] pour la justice sociale basée à Washington.

Les racines du dénouement en vue de la crise en Syrie et la chasse au Netanyahou

12 octobre 2013

J’étais parti pour faire une petite intro sur Yaïr lapid et Benjamin Netanyahou mais j’ai un peu dérivé… 

La crise syrienne a connu récemment un tournant décisif et ce tournant n’a pas été militaire mais politique,

On est en effet passé de l’exigence du départ du président Syrien Bachar al-Assad par les puissances occidentales (souvenons-nous de Laurent Roquet Fabius qui affirmait que le président syrien ne mériterait pas d’être sur la Terre) à l’exigence de la destruction des armes chimiques dont dispose l’armée syrienne,

C’est ce qu’on appelle un changement de paradigme, changement concocté par les Etats Unis, la Russie et ,,, le gouvernement syrien, prenant au dépourvu la Turquie et une diplomatie française ridiculisée dans sa vaine posture belliciste.

Le camouflet à répétition n’a pourtant apparemment pas suffi à vacciner Paris contre l’emploi d’un langage musclé qui n’est plus vraiment dans ses moyens et de toute façon ne sert pas ses intérêts.

Ne vient-on pas en effet de lire que François Hollande a assuré Benjamin Netanyahou de «toute sa fermeté» à l’égard de l’Iran?

Parce que l’élection de Hassan Rohani à la présidence de la république islamique d’Iran est aussi un des éléments qui ont joué dans l’évolution du traitement du dossier syrien. Non pas que le nouveau chef de l’Etat ait pris des positions radicalement différentes de son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, du moins sur les dossiers syrien et nucléaire, mais son image de modéré bien mise en avant dans la presse occidentale (malgré de vaines tentatives sionistes de le diaboliser comme on l’a fait pour Mahmoud Ahmadinejad) a donné l’opportunité aux Etats Unis de changer de ton à l’égard de l’Iran.

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Ahmadinejad et Rohani (faisant un salut nazi?)

La conséquence de ce changement de ton a été la rencontre entre les présidents Rohani et Hollande en marge de l’assemblée générale de l’ONU, et l’échange téléphonique entre Barack Obama et le président de la république islamique d’Iran. Il va sans dire que François Hollande avait été dûment autorisé par la maison Blanche à rencontrer son homologue iranien.

Ce rapprochement entre l’Iran et l’Occident a bien sûr pour conséquence que l’élimination du régime syrien n’a plus le caractère impérieux qu’elle avait il y a seulement quelques mois, d’autant qu’il apparaît clairement que la fraction de l’opposition polico-militaire tenue à bout de bras par Londres, Paris et Washington ne représente pratiquement rien, ni sur le terrain militaire, ni sur le terrain politique.

Un troisième facteur qui a joué un rôle absolument décisif dans le changement de posture des Etats Unis est la déposition du président Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, un coup d’état qui était motivé entre autres par le refus d’un engagement militaire de l’Egypte contre le régime syrien, même par volontaires interposés, et qui a pu s’appuyer sur l’hostilité de l’Arabie Saoudite à l’égard des Frères Musulmans.

Il faut bien se figurer en effet que, vu de Riyad, les Frères Musulmans que nous qualifierions de bourgeois conservateurs, sont perçus comme de dangereux révolutionnaires, une véritable menace pour la monarchie (l’épisode de la proclamation d’une république au Yémen par les Frères Musulmans avec à leur tête l’Algérien Fodil El Ouartilani n’a sans doute pas été oublié en Arabie).

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Fodil al Ouartilani

Si le paysage reste confus, avec des retournements qui semblent fourmiller de contradictions, il est peut-être possible de mieux saisir sa logique globale en prenant de la hauteur, c’est-à-dire en examinant la situation dans la région asiatique dans son ensemble.

On le sait, le centre de gravité de l’économie mondiale est en train de se déplacer vers l’Asie orientale (Corée, Chine, Thaïlande) quoique d’autres pôles de puissance semblent émerger ailleurs (Inde, Brésil par exemple) et tôt ou tard le politique suivra. Des tentatives d’organisation autonome de ces espaces ont vu le jour comme le BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud) ou l’Organisation de Coopération de Shangaï.

Deux pays asiatiques retiendront notre attention ici: la Chine et l’Inde, Ces deux géants ont pour point commun d’avoir d’énormes besoins en énergie (pétrole, gaz) que la production nationale est absolument incapable de satisfaire, Ces deux pays se tournent donc vers des fournisseurs étrangers dont l’Iran fait partie. Mais ce rôle de fournisseur de l’Iran n’a en réalité pas vraiment de caractère déterminant dans les inflexions de la diplomatie des Etats Unis. Ce qui est important à cet égard, ce sont les réserves d’hydrocarbures présentes dans l’Asie Centrale ex soviétique et qui font l’objet de toutes les sollicitudes. Des réserves auxquelles la Chine peut accéder par voie terrestre moyennant des aménagements en infrastructures de transport qui existent déjà et d’autres qui sont en cours de réalisation ou à l’étude.

Pour l’Inde, les choses se présentent différemment puisque son accès terrestre à l’Asie Centrale est barré par le Pakistan, l’ennemi intime depuis la sécession de 1947.

L’accès de l’Inde à l’Asie Centrale passe donc par l’Iran où l’Inde investit 100 millions de dollars dans le port et la zone franche de Chabahar, des investissements qui complètent ceux effectués dans des infrastructures routières qui relient de grandes villes afghanes à l’Iran. De son côté,la Chine s’est ménagée une ouverture portuaire semblable au Pakistan qui lui offre une route sud-nord complémentaire à la route est-ouest,

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Nouvelles routes terrestres et maritimes en Asie

Et bien sûr, ces régions d’Asie, et peut-être l’Afghanistan une fois la paix revenue, seront des fournisseurs mais aussi des clients.

Cette partie du monde est donc à la veille d’un boom économique auquel l’Iran va participer ne serait-ce que par son positionnement géographique au débouché sud-ouest de ces régions.

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Transports de gaz et de pétrole en Asie centrale et au Moyen Orient

C’est là que se situent les enjeux majeurs pour le monde, pour l’Iran et par conséquent pour le Moyen Orient et non dans une prétendue lutte entre Islam chiite et sunnite,

L’affaire syrienne a été l’occasion pour les Etats Unis de jauger la volonté de la Russie et de la Chine quant au contrôle de l’accès aux ressources et aux marchés de l’Asie Centrale et du Moyen orient.

Et les Etats Unis ont semblé conclure que cette volonté était trop forte pour qu’ils puissent tenter quoi que ce soit de significatif sans en subir de conséquences, par exemple dans l’unique position clef qu’ils occupent encore, c’est-à-dire en Afghanistan.

Sous peine d’être à moyen terme exclus de la région, la solution qui s’est imposée à eux est celle d’un rapprochement avec l’Iran.

Ce rapprochement va sans doute prendre du temps, parce qu’on ne passe pas du jour au lendemain d’un langage belliqueux et menaçant à des relations amicales et surtout en raison de la présence de l’Etat prétendu juif qui torpille toute approche rationnelle de la part des Etats Unis dans la région.

L’analyse qui semble prévaloir à Washington est que c’est Benjamin Netanyahou qui représente un obstacle et la tête de ce dernier est en quelque sorte mise à prix par la Maison Blanche qui aimerait avoir un interlocuteur plus sensible aux intérêts de l’allié américain.

Cet interlocuteur pourrait être Yaïr lapid, l’actuel ministre des finances du cabinet Netanyahou qui vient d’être reçu très chaleureusement par Joe Biden malgré le Shutdown.

Pourtant, comme l’explique l’article que je vous propose, si Yaïr lapid a une autre prestance que Benjamin Netanyahou, il est fondamentalement sur la même ligne aussi bien sur la question des négociations avec les Palestiniens que sur le dossier iranien.

Yaïr Lapid a beaucoup plus de charme que Netanyahou, mais son message est le même

par Philip Weiss, Modoweiss (USA) 11 octobre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Yaïr Lapid, le ministre des Finances d’Israël et étoile montante centriste, est reçu comme une star aux Etats Unis. Lapid s’est entretenu hier, en plein Shutdown, avec le vice-président, ils se sont apparemment bien entendus. Le vice président a tweeté la photo ci-dessus et publié une déclaration selon laquelle ils avaient une « conversation sur de nombreux sujets », notamment sur l’Iran et les négociations avec les Palestiniens. Ils avaient été rejoints par le secrétaire au Trésor Jack Lew et le coordonnateur pour le Moyen-Orient à la Maison Blanche, Phil Gordon.

Lapid était une vedette de la télévision, et ça se voit. Charlie Rose a passé beaucoup de temps avec Lapid mardi. D’abord sur le Charlie Rose Show. Puis au centre culturel 92d Street Y pour une co-présentation avec une organisation pro-israélienne, l’Israeli Policy Forum.

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Yaïr Lapid interrogé par Charlie Rose

A 92d Street Y, Rose a présenté Lapid comme étant «un des Juifs les plus célèbres du monde.» L’interview (vidéo ici) était dans l’ensemble gentille et Lapid a pu contrôler aisément la situation, comme si c’atait lui qui animait le talk show.

Il a plaisanté avec naturel l’accent sudiste de Rose et l’a rembarré quand il lui a demandé s’il aspirait à être premier ministre, et il a moqué le New York Times qui cite les gens hors contexte. Mais ses positions ne sont guère différentes de celles de Netanyahou, et on n’a pas à attendre longtemps avant que Lapid commence à parler de la Cité de David [Jérusalem].

C’est un tenant d’une ligne dure sur Jérusalem.

“Jérusalem ne sera jamais divisée. Jérusalem est la capitale d’Israël. Les pays ne renoncent pas à leurs capitales… mais oui, il y aura – certains territoires qui seront restitués…”

Rose: “Vous n’êtes pas en faveur de Jérusalem comme capital pour les Palestiniens et les Israéliens.”

“Vrai.”

Gaza ne fait pas partie de l’Etat palestinien tel qu’il peut l’imaginer.

Gaza est hors jeu. Il n’y pas de négociations avec le Hamas. Le Hamas est une… organisation terroriste qui devrait être traitée comme telle.

La vallée du Jourdain est également exclue des négociations. «Sécurité.»

Il est aussi partisan d’une ligne dure sur l’Iran.

“Le problème que nous avons avec l’Iran…c’est qu’ils construisent des armes nucléaires… et que les Iraniens financent le Hamas et le Hezbullah… Je pense que la ruse et la fraude ont toujours fait partie des instruments de la stratégie |de l’Iran].”

Lapid dit que l’Iran doit faure deux chose simples pour une levée des sanctions. Renoncer aux centrifugeuses, il y en a 18 000, et fermer son réacteur au plutonium.“parce que personne n’utilise des réacteurs au plutonium à des fins pacifiques.”

Ses attitudes par rapport à Israël sont très marquées par un chauvunisme ethnique. Son père avait échappé à l’holocauste à Budapest et il aime vivre dans un Etat juif.

“Ecoutez, je ne cherche pas un mariage heureux avec les Palestiniens. Je veux un divorce. L’idée de gouverner… environ 3 millions de Palestiniens est problématique pour l’identité juive d’Israël, et je veux vivre dans un Etat juif.…”

Quel est votre principal motif d’inquiétude pour l’avenir d’Israël? lui a demandé Rose? Une bonne partie de la réponse de Lapid est: les Arabes.

“Je dirais l’éducation…. Cette année, 49 % des élèves qui entrent à l’école élémentaire sont soit des ultra orthodoxes, soit des Arabes. Je ne veux pas dire que c’est une menace existentielle mais c’est un changement existentiel pour Israël. Et nous devons faire en sorte que tous participeront à la société israélienne.. Donc oui, je crains plusles menaces internes que les menaces externes.”

Et quand Lapid dit qu’il tend constamment la main aux autres partis, pour travailler avec eux, il parle d’autres partis juifs, du Likoud au Foyer Juif en passant par les travaillistes. Pourquoi Charlie Rose ne luii demande-t-il pas s’il parle avec les partis palestiniens, et s’il ne le fait pas, pourquoi? Ros accepte ainsi le même genre de discrimination que celui auquel il s’opposait en Caroline du Nord dans son enfance.

Lapid dit de l’extrémiste de droite Naftali Bennett que c’est un ami, et que le gouvernement de Netanyahou ne tombera pas avant l’expiration de son mandat. “Il y a une bonne énergie et la volonté de travailler ensemble.”

La première question qui vient de l’auditoire est, “Pourquoi ne pouvez-vous pas diviser la ville de Jérusalem?”

La réponse référait à la doctrine ethno-religieuse, et était un peu effrayante:

“[si nous] posons que tout relève du rationnel… alors– je serais sans doute mieux à vivre à New York . Vous savez, Israël a été créé au début pour être un havre de sécurité pour les Juifs du monde. Je ne pense pas que c’est un lieu sûr. J’entends par là que New York est un endroit plus sûr quand on est juif. Je vis en Israël parce que je veux vivre dans un pays qui n’est pas seulement un territoire, mais aussi une idée. Et Jérusalem est l’essence de cette idée. Certes, il y a… des raisons logiques pour dire OK, je renonce à Jérusalem Est, mais un pays ne peut pas survivre sans un ethos et l’ethos d’Israël est à Jérusalem Est. C’est la cité du roi David. C’est – vous savez quoi, notre droit au retour doit aussi être pris en compte – et nous sommes revenus à Jérusalem. J’aime Tel Aviv, la ville où je vis mais nous ne sommes pas rentrés après 2 000 ans pour Tel Aviv, nous sommes rentrés pour Jérusalem.

Applaudissements nourris du public à 29 dollars la place.

Lapid dit aussi croire en Dieu et lire «beaucoup» la Bible. Parce que la Bible est pleine de héros et que notre monde est celui des «anti-héros », Oui, et il préférerait vivre dans une idée, pas dans un pays. Il y a chez lui beaucoup plus de vernis que chez Netanyahou, mais l’ethos est le même.

Hosni Moubarak et Mohamed Morsi: la continuité jusque dans la rupture

3 juillet 2013

 

Le président égyptien Mohamed Morsi vient d’être renversé par un coup d’état militaire avec, dit-on, le soutien populaire.

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                  Mohamed Morsi

 

Il est certes vrai que les rues des villes égyptiennes sont depuis plusieurs jours le lieu de manifestations imposantes pour exiger le départ de M. Morsi, l’armée ayant été publiquement appelée à intervenir par les manifestants.

 

Il y a là bien sûr des manipulations évidentes de la part de ceux qui, dans l’armée, souhaitaient mettre un terme au mandat présidentiel.

 

Il y a aussi  une insatisfaction évidente de larges couches de la société mécontentes de la situation sociale et économique, mais aussi des penchants sectaires du gouvernement des Frères Musulmans. Parmi ces mécontents, il faut évidemment compter la masse des Coptes, ces chrétiens autochtones qui tendent à se sentir mis à l’écart de la vie publique et visés par des discours d’exclusion. Les affirmations de la fraternité islamo-chrétienne ou tout simplement égyptienne ont de fait été nombreuses ces derniers jours.

 

Il faut cependant reconnaître que le gouvernement de Mohamed Morsi n’est en rien l’initiateur de cette approche de cette minorité religieuse. Sur ce point comme sur d’autres, le gouvernement des Frères Musulmans est dans la continuité du régime précédent.

 

Cette continuité s’observe par exemple dans son attitude vis-à-vis de la bande de Gaza. En effet, alors que tout le monde s’attendait, y compris une bonne partie de son électorat, à ce que l’Egypte cesse de collaborer avec le régime sioniste au siège de Gaza, il n’en a rien été. Au contraire, puisque les autorités égyptiennes ont déployé un zèle sans précédent pour neutraliser les fameux tunnels qui relient Gaza à l’Egypte et servent à acheminer toutes sortes de marchandises.

 

De la même manière, le gouvernement de la confrérie a accepté de respecter les accords de paix qui lient l’Egypte à l’entité sioniste, une condition sine qua non pour que l’armée égyptienne continue à recevoir l’importante aide financière des Etats Unis.

 

Cette continuité du pouvoir des Frères Musulmans avec l’ancien régime se repère même dans les convulsions qui ont finalement abouti à la destitution de Mohamed Morsi.

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février 2011: le général Omar Souleiman annonce la démission de Hosni Moubarak

 

 

Cette continuité est parfaitement explicitée dans l’article que je vous propose.

 

On observera quand même que, à la différence de Hosni Moubarak, Mohamed Morsi tirait son pouvoir d’élections qu’il a remportées régulièrement. Même si cette élection s’inscrivait dans une démarche des USA et de l’armée égyptienne visant à mettre fin à un processus révolutionnaire qui aurait pu réserver bien des surprises.

C’est ce processus révolutionnaire qui a repris ces jours-ci et que l’armée a enfourché pour profiter d’une opportunité de se débarrasser d’un Mohamed Morsi qui n’a décidément pas su tenir la baraque. 

 

La réponse du Département d’État américain aux soulèvements en Egypte, hier et aujourd’hui

 

par Dan Murphy, The Christian Science Monitor (USA) 3 juillet 2013  traduit de l’anglais par Djazaïri

 

Au milieu de manifestations sans précédent qui ont commencé depuis trois jours, le président égyptien Hosni Moubarak a prononcé un discours provocateur  qui accusait des mains de l’étranger qui cherchent à semer le chaos dans le pays et à saper ce qu’il considère être sa propre légitimité en tant que leader.

 

Cet appel en forme de fin de non recevoir avait exaspéré les manifestants et avait, on le comprend avec le recul, ruiné le mince espoir qu’il avait à cette étape de se maintenir au pouvoir. Comme la contestation s’accentuait, les Etats Unis avaient pris lentement leurs distances avec M. Moubarak. Le 27 janvier, le vice président Joe Biden soulignait que Moubarak n’était pas un dictateur et qu’il devait rester au pouvoir. Deux jours avant, le 25 janvier, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton déclarait que l’Egypte et son gouvernement étaient «stables.»

Mais après le discours de Moubarak, les Etats-Unis  adoptèrent un ton nouveau. PJ Crowley , le porte parole du Département d’Etat à l’époque, écrivait sur Twitter le lendemain :  «Le gouvernement égyptien ne peut pas se contenter de reprendre les cartes puis rester sur son quant-à-soi. Les paroles par lesquelles le président Moubarak s’engage à réformer doivent être suivie par des actes. »

 

Le 30 janvier, Mme Clinton déclarait:

 

« Nous avons dit très clairement que les mesures concrètes de réforme démocratique et économique que le président Moubarak a évoquées dans son discours doivent être mises en oeuvre … il faut qu’un engagement soit pris par quiconque est au pouvoir de lancer dans un dialogue national avec le peuple d’Egypte, dans le but de prendre des mesures qui répondent aux revendications légitimes du peuple égyptien pour une plus grande participation … c’est un moment très grave pour l’Egypte, et nous allons faire tout ce que nous pouvons pour soutenir une transition ordonnée. « 

 

Puis, le 10 février, Moubarak a prononcé un autre discours provocateur, exaspérant à nouveau les manifestants. Les États-Unis se plaignirent que Moubarak n’avait pas fait de démarches concrètes de «réformes». Le 11 février, il  démissionnait.

 

Hier, le président égyptien Mohamed Morsi a prononcé un discours dans lequel il a rejeté la masse de manifestants comme étant manipulée par des mains étrangères qui cherchent à semer le chaos en Egypte, et il a fait référence à plusieurs reprises à ce qu’il considère comme étant sa légitimité en tant que leader de l’Egypte. Ses propos ont provoqué la fureur manifestants, qui continuent à être très nombreux à battre le pavé au Caire et dans d’autres villes.

 

Aujourd’hui, la porte-parole du département d’Etat Jen Psaki a dit:

«Nous pensons qu’il y avait une absence de mesures spécifiques significatives dans la déclaration de Morsi. Il doit faire plus pour être vraiment réceptif aux préoccupations du peuple égyptien …. Nous sommes au côté du  peuple égyptien. Nous avons été en contact avec toutes les parties -.avec  l’opposition, avec le gouvernement, avec l’armée -. et nous allons continuer à l’être. Mais pour apaiser les  inquiétudes ou éviter les suppositions, nous ne sommes pas [parties prenantes] – nous n’avons pas pris parti. [Washington s’est abstenu de critiquer l’armée égyptienne après la destitution de M. Morsi, NdT]

 

Cela vous rappelle quelque chose?

 

80 % ou 90 %, Joe Biden cherche la réponse à la question juive

24 mai 2013

Joe Biden, le vice président des Etats Unis, s’est fendu d’un discours pour le moins élogieux à l’égard de la communauté juive de son pays.

Trop élogieux disent certains…

80 % ou 90 % Joe Biden cherche la réponse à la question juive

Biden: les leaders Juifs ont été à la tête du changement en faveur du mariage homosexuel (gay)

par Josh Lederman Associated Press – ABC News (USA) traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington 22 mai 2013 (AP)

Le vice président Joe Biden a félicité les leaders Juifs pour avoir contribute à changer les attitudes des Américains à l’égard du mariage homosexuel et d’autres questions de société.

Biden a souligné que l’art et la culture changent les attitudes des gens. Il a cité les médias sociaux et la vieux feuilleton de NBC TV, «Will and Grace » comme des exemples de ce qui a aidé à faire évoluer les attitudes à l’égard du mariage homosexuel.

Biden a dit,

«Pensez que, derrière tout ça, je vous parie que 85 % de ces changements, que ce soit dans les médias sociaux ou à Hollywood, sont une conséquence [de l’action] des leaders Juifs dans l’industrie [de la communication].»

Biden a expliqué que cette influence est immense et que ces changements ont été dans le sens du bien.

Biden s’est exprimé ainsi mardi soir à la réception pour le Jewish American Heritage Month (mois du patrimoine judéo-américain) organisée par le Democratic National Committee. Il a affirmé que les valeurs juives sont une part essentielle de l’identité des Américains [essential part of who Americans are].

Ceci n’est qu’un résumé des propos dithyrambiques tenus par Joe Biden sur la place et le rôle des Juifs aux Etats Unis.

A tel point que Jonathan Chait du New York Mag estime qu’il est allé trop loin, donnant accidentellement du grain à moudre aux antisémites.

On l’aura compris en effet, le tour de force de Joe Biden  a consisté, par excès de philosémitisme à égrener les poncifs du suprématisme juif (le nombre de prix Nobel, les 11 % des élus au Congrès issus d’une communauté qui représente à peine 2 % de la population du pays) et les clichés antisémites, à savoir la volonté de détruire chez les Gentils l’attachement aux valeurs familiales ou l’énorme influence des Juifs dans le cinéma et les médias en général.

Jonathan Chait écrit :

Biden a en effet fait dans son propos un éloge vibrant et sincère avant de dériver dans un terrain très inconfortable et de prononcer un discours qui sera probablement cité par les antisémites pendant les années et les décennies à venir. (Il est déjà l’objet de discussions animées dans la communauté suprématiste blanche).

Contrairement à l’évidence, Chait considère que  le discours de Joe Biden n’était pas antisémite.

Or ce discours est antisémite malgré ce paradoxe qui tient à la nature élogieuse de propos tenus devant des Juifs influents dans le parti Démocrate et dans la société américaine en général.

Le paradoxe Biden peut s’expliquer rationnellement et j’y reviendrai sans doute à l’occasion d’un post ultérieur.

Pour l’instant, je me contenterai de la remarque finale de Jonathan Chait:

Et puis aussi, cette petite observation de rien du tout, quand on donne des chiffres complètement farfelus [out of your ass, littéralement ‘tirés de son cul’], on devrait probablement les arrondir à l’entier plutôt qu’au demi (les Juifs sont responsables à 85 % du changement des attitudes culturelles à l’égard des homosexuels ? 90 % aurait été trop haut et 80 % pas assez haut?).

Le principal problème ici, c’est que les droits des homosexuels, à la différence des droits civiques des noirs, sont politiquement controversés pour l’instant.  Bident peut trouver que c’est «une très bonne chose» que les Juifs aient utilisé leur influence sur la culture populaire pour faire changer les attitudes de la société à l’égard de l’homosexualité, mais beaucoup de gens ne trouvent pas ça bien du tout.

URUBU, le nom africain pour le vautour américain

23 octobre 2011

Les textes de Pepe Escobar sont souvent très intéressants, mais aussi difficiles à traduire, du moins pour moi. J’ai renoncé à plusieurs reprise à la traduction d’articles écrits par ce journaliste Brésilien.

Je me suis quand même décidé à traduire un se ses récents papiers parus dans Asia Times. Je suis pas vraiment satisfait du résultat, mais bon…

Dans cet article, Pepe Escobar revient sur la victoire de l’OTAN en Libye, une victoire que le président des Etats unis a d’ailleurs revendiquée comme telle, balayant ainsi toute idée saugrenue selon laquelle des «rebelles» auraient mis à bas le régime du  colonel Kadhafi.

L’action de l’OTAN en Libye correspond en fait à un nouveau concept stratégique des Etats Unis qui consiste à faire faire la partie visible du job par d’autres, en l’espèce les alliés incorporés dans l’OTAN et, dans des cas comme celui de la Libye, les monarchies démocratiques arabes.

Pour Pepe Escobar, la guerre de Libye marque un nouveau degré de la déchéance de l’Occident qui s’est trouvée réduite à s’allier avec ceux qu’elle pourfend ailleurs, les prétendus combattants du «djihad» associés à d’anciens dignitaires du régime abattu.

Un scénario que certains seraient tentés de reproduire en Syrie où, pour l’instant, le gouvernement a réussi à éviter l’apparition d’un « Benghazi » d’Orient qui pourrait servir à donner un point d’appui militaire à une intervention dite « humanitaire ».

Escobar compare les occidentaux à des vautours qui se vautrent sur la dépouille du colonel Kadhafi, chacun revendiquant sa part de responsabilité dans l’assassinat de l’ancien dirigeant Libyen. 

Les Français avaient été sans doute les premiers à claironner leur part dans le meurtre, suivis de près par les Américains. C’est maintenant au tour des Anglais qui disent que leurs forces spéciales SAS encadraient sur place à Syrte les forces du Conseil National de Transition et ont organisé la coupure des voies de retraite possibles pour Kadhafi et ses hommes. Des forces spéciales du Qatar travaillaient également avec les SAS, le Qatar étant vous le savez, une démocratie modèle.

Et last but not least, ce sont maintenant les Allemands qui revendiquent leur portion du cadavre du dirigeant Libyen. Ils le font à la manière hypocrite coutumière des occidentaux en disant qu’ils savaient depuis un moment où se trouvait le colonel Libyen mais prétendent  n’avoir «pas transmis les données de localisation précises qui ont mené à l’attaque de l’Otan jeudi dernier».

A part ça, l’Allemagne n’était pas partie prenante de l’action militaire. Mais quand vient l’heure de festoyer…

Au lieu d’utiliser le mot vautour (vulture), Escobar aurait dû utiliser la désignation brésilienne de cet animal nécrophage : URUBU.

Bernard Lavilliers avait fait une très bonne chanson sur le thème de l’urubu :

Urubus, vous n’avez pas de cri

Cri de chasse, cri d’amour, cri de peur

Urubus, vous attendez qu’on meure

Mort de faim, mort d’amour, mort de peur

Cercles noirs cisaillant le ciel vide

Sans espoirs, attentifs et avides

Sans beauté, sans couleur et sans race

Obstinés, nettoyeurs et voraces

Anonymes citoyens solitaires

………………………………..

Urubus

Les aigles sont déchus

Innombrables vous gardez les issues !

Et comme le dit Bernard Lavilliers dans l’intro de sa chanson : Urubu, c’est le nom africain du vautour américain. Un texte qui a gardé toute sa valeur ainsi qu’en témoigne ce qui se passe en Libye où nous avons le grand urubu américain et les petites hyènes d’Europe et du Canada.

Les Anglais d’Alan Parsons Project avait fait aussi un très bon titre dans une veine assez voisine avec Vulture Culture (culture de vautour), une chanson absolument d’actualité.

Comment l’Occident a vaincu en Libye

par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong), 22 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ils se disputent la carcasse comme des vautours. Le ministère français de la défense dit que c’et lui qui l’a eu avec des tirs d’avions Rafale sur son convoi. Le Pentagone dit qu’il l’a eu avec un missile Hellfire tiré d’un Predator. Après qu’un colonel Mouammar Kadhafi blessé eut cherché refuge dans un tube de drainage sous une autoroute – un rappel sinistre du “trou” de Saddam Hussein – il a été découvert par las « rebelles » du Conseil national de Transition (CNT). Et puis dûment exécuté.

Abdel-Jalil Abdel, un médecin Libyen qui a accompagné le corps de Kadhafi dans une ambulance et l’a examiné a déclaré que la mort avait été causée par deux balles, une dans la poitrine et l’autre à la tête.

Le CNT – qui a proféré mensonges sur mensonges pendant des mois – jure qu’il est mort dans un “échange de tirs”. Mais c’est peut-être la foule qui l’a tué. C’est peut-être Mohammad al-Bibi, un jeune de 20 ans qui arbore une casquette aux couleurs de l’équipe de base-ball des New York Yankees et qui a pose pour le monde entier avec le pistolet plaque or de Kadhafi, sans doute son certificat pour obtenir la coquette prime de 20 millions de dollars offerte pour Kadhafi “mort ou vif.”

Les choses sont de plus en plus curieuses quand on se souvient que c’est exactement ce que la secrétaire d’Etat US Hillary Clinton avait annoncé moins de 48 heures auparavant, lors de sa visite éclair à Tripoli : Kadhafi doit être « capturé ou tué. » La bonne fée a exaucé les souhaits de Mme Clinton qui en a été informé en regardant l’écran d’un Blackberry – et a réagi avec un tonitruant et riche de sens « Wow. »

Le butin ira aux vainqueurs. Ils ont tous participé : l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le Pentagone et le CNT. Dès la première minute, une résolution de l’ONU imposant une zone d’exclusion aérienne dans le ciel libyen s’est transformée en feu vert pour un changement de régime et le plan A a toujours été de le capture et de le tuer. L’assassinat ciblé, telle est la politique officielle de l’administration Obama. Il n’y avait pas de plan B.

Laissez-moi vous bombarder pour vous protéger

A propos de la “Responsabilité de Protéger” les civils (R2P), ceux qui doutent de ses vertus devraient s’accrocher aux explications données par le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen : « L’OTAN et nos partenaires ont appliqué avec succès le mandat historique des nations Unies pour protéger la population libyenne. » Quiconque veut vérifier la protection des civils par l’OTAN n’a qu’a monter dans un pick-up et aller à Syrte – la nouvelle Falloujah.

Les réactions ont été assez instructive. Le bureaucrate du CNT Abdel Ghoga l’a jouée Colisée dans la Rome Impériale et déclaré, “Les révolutionnaires ont eu la tête du tyran.”

Le président des Etats Unis Barack Obama a affirmé que la mort de Kadhafi signifie que “nous voyons la force du leadership américain dans le monde.” Ce qui revient à « nous l’avons eu” auquel on pouvait s’attendre, sachant également que Washington a assume pas moins de 80 % des coûts opérationnels de ces imbéciles de l’OTAN (plus d’un milliard de dollars – dont le mouvement d’occupation de Wall Street pourrait dénoncer en disant que cet argent aurait pu servir à créer des emplois aux USA). Bizarre que les Etats Unis disent maintenant « nous l’avons fait », parce que la maison Blanche a toujours affirmé que ce n’était pas une guerre ; c’était quelque chose de « cinétique ». Et ils n’étaient pas à la tête de l’intervention.

C’est le majestueux stratège de la politique étrangère, le vice président US Joe Biden, qui s’est chargé d’apporter un éclairage beaucoup plus vif que celui d’Obama : « Dans cette affaire, l’Amérique a dépensé 2 milliards de dollars et n’a pas perdu une seule vie. C’est plus de cette manière que nous traiterons les affaires du monde à l’avenir. »  Le monde est prévenu, c’est ainsi que l’empire va s’occuper de lui à partir de maintenant.

Sentez mon amour humanitaire

Alors félicitations à la “communauté international – qui est constituée comme chacun sait de Washington, de quelques membres dociles de l’OTAN et des familles royales démocratiques du Qatar et des Emirats Arabes Unis dans le golfe persique. Cette communauté, du moins, a apprécié le résultat. L’Union Européenne a salué « la fin d’une ère de despotisme.» Alors qu’il y a seulement quelques mois ils caressaient le burnous de Kadhafi, ils se renient maintenant dans des éditos sur les 42 ans de règne d’un “bouffon.”

La présence de Kadhafi au tribunal pénal international de La Haye aurait été des plus gênantes parce qu’il aurait volontiers rappelé les baises-mains, les accolades chaleureuses et les contrats juteux que l’Occident venait lui quémander après être passé du statut de «chien fou» (Ronald Reagan) à celui de « notre salaud. » Il aurait aussi avec plaisir donné des détails sur ces opportunistes véreux qui se font passer pour des «révolutionnaires» et des «démocrates.»

Parce que la notion même de droit international est au fond d’un drain aussi sale que celui où Kadhafi se terrait. Le dictateur Irakien Saddam avait au moins eu un procès bidon dans un tribunal d’opérette avant de rencontrer son bourreau. Oussama ben Laden a simplement été zigouillé, un genre d’assassinat, après une incursion en territoire pakistanais. Kadhafi a été l’objet d’une surenchère, liquidé dans un mélange de guerre aérienne et d’assassinat.

De puissants vautours encombrent les cieux. Mohammed El Senoussi, l’héritier du trône libyen (le roi Idriss avait été renversé en 1969) est disponible pour un rôle de premier plan, ayant déjà fait savoir qu’il « est un serviteur du peuple libyen qui décidera ce qu’il veut. » Traduction : Je veux le trône. Il est évidemment le candidat favori de la monarchie contre-révolutionnaire d’Arabie Saoudite.

Et que dire de ces bourricots des think-tanks de Washington qui marmonnent que c’était le “moment Ceaucescu” du printemps arabe? Si seulement le dictateur Roumain avait amélioré le niveau de vie du pays – en termes d’accès aux soins, à l’éducation, d’aides aux jeunes mariés, etc. au niveau d’une partie de ce que Kadhafi a accompli en Libye. Sans oublier le fait que Nicolae Ceaucescu n’avait pas été déposé par un bombardement « humanitaire » de l’OTAN. Il faut vraiment être en état de mort cérébrale pour gober la propagande sur le caractère «humanitaire» des plus de 40 000 bombes qui  ont dévasté l’infrastructure libyenne ramenée à l’âge de pierre (vous voulez du choc et effroi au ralenti?). Ce qui n’a jamais rien eu à voir avec la R2P – le bombardement implacable de Syrte en est la preuve.

Comme les quatre membres principaux du BRIC le savaient avant même de voter la résolution 1973 de l’ONU, il s’agissait de la domination de la Méditerranée pour en faire un lac OTAN, il s’agissait de la guerre de l’Africom contre la Chine et l’installation d’une base stratégique très importante, il s’agissait de l’obtention de contrats juteux par les Britanniques et les Français pour exploiter les ressources naturelles de la Libye à leur profit, il s’agissait de  l’arrangement du récit du printemps arabe par l’Occident  qui avait été pris au dépourvu en Tunisie et en Egypte.

Ecoutez les pleurnicheries des barbares

Bienvenue à la Libye nouvelle. Des milices intolérantes rendront infernale la vied es Libyennes. Des centaines de milliers de personnes originaires d’Afrique subsaharienne – celles qui n’ont pas pu fuir – seront implacablement persécutées. Les ressources naturelles de la Libye seront pillées. Les  nombreux missiles sol-air dont se sont emparés des islamistes seront un argument extrêmement convaincant pour transformer la “guerre contre le terrorisme” en Afrique du Nord en guerre sans fin. Il y aura du sang – qui coulera dans une guerre civile parce que la Tripolitaine refusera d’être dirigée par la Cyrénaïque arriérée.

Quant aux dictateurs encore en poste ailleurs, prenez une assurance vie auprès de l’OTAN Inc. L’Egyptien Hosni Moubarak, le Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et le Yéménite Ali Abdallah Saleh ont été asses malins pour en souscrire une. Nous savons tous qu’il n’y aura pas de R2P pour libérer les Tibétains et les Ouïghours, ou le people qui vit dans le goulag monstrueux du Myanmar, ou le people d’Ouzbékistan, ou les Kurdes de Turquie, ou les Pachtounes qui vivent des deux côtés de la ligne Durand tracée par les impérialistes.

Nous savons tous aussi que le changement ne sera crédible aux yeux du monde entier que le jour où l’OTAN appliquera une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Arabie Saoudite pour protéger les Chiites de la province orientale, et quand le Pentagone tapissera e bombes ces milliers de princes corrompus et moyenâgeux de la famille saoudite.

Ca n’arrivera pas. En attendant: c’est comme ça que l’Occident s’achève: avec un bang de l’OTAN et l’anarchie et les pleurnicheries  de quelques milliers de barbares. Dégoûté ? Mettez un masque de Guy Fawkes et donnez de la voix, faites savoir que ne l’acceptez pas. [raise hell]


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