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La culture et la lutte du peuple palestinien

19 avril 2018

Un article intéressant sur la place de l’action culturelle dans la lutte du peuple palestinien pour recouvrer ses droits nationaux.

L’auteure relève les difficultés que rencontrent les acteurs palestiniens de la culture, tant par l’absence de structure étatique que par la dispersion et la compartimentation du peuple palestinien dans sa propre patrie.

On regrettera cependant deux choses. La première est que la journaliste ne peut pas s’empêcher de signaler le coût d’un des trois musées dont parle l’article. Je vois peut-être le mal partout, mais quitte à parler du coût, elle aurait pu alors faire une comparaison avec le coût d’autres musées équivalents et nous parler précisément de l’origine des financements qui ont permis l’édification du musée.

Ensuite, et à mon sens c’est plus sérieux, à aucun moment dans l’article l’auteure n’emploie le nom Palestine pour désigner la patrie des Palestiniens. Elle emploie exclusivement l’adjectif palestinien parfois accolé au mot Etat par exemple. Le nom Palestine apparaît certes trois fois; mais deux fois dans le cadre de citations d’acteurs culturels palestiniens et une fois avec l’épithète ottomane.

Comme quoi, même un article apparemment de nature à mettre en valeur la cause palestinienne peut dissimuler un fond négationniste.

Pour des Palestiniens encore apatrides, la vie culturelle sert de pierre angulaire

Même si les espoirs de négocier un futur État palestinien semblent plus éloignés que jamais, on observe ici une tentative de construire des institutions culturelles qui poussent les gens à parler de leur histoire et leur identité à travers l’art et des expositions.

Correspondance de Dina Kraft, The Christian Science Monitor (USA) 18 avril 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ramallah, Cisjordanie – Au sommet d’une colline escarpée de la ville de Ramallah en Cisjordanie, la capitale de facto des Palestiniens, le nouveau Musée Mahmoud Darwich se déploie comme les pages d’un livre ouvert.

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Mahmoud Darwich (1941-2008)

Dans une aile du bâtiment en pierre d’un blanc laiteux, des poèmes écrits de la main soigneuse de l’homme célébré comme le poète national palestinien sont exposés aux côtés de pièces comme son bureau et la Déclaration d’Indépendance Palestinienne qu’il a rédigée.

De l’autre côté, se trouve un hall où des écrivains, des poètes, des cinéastes et d’autres artistes palestiniens établis dans tout le monde arabe animent des conférences et des débats.

Pendant la visite des locaux, Sameh Khader, directeur du musée et de sa fondation montre un amphithéâtre situé à l’extérieur et les oliviers et les citronniers transplantés depuis des villes et villages palestiniens. Il marque une pause près de la pièce centrale de la place à l’extérieur : la tombe de M. Darwich.

« Notre objectif est non seulement de commémorer Mahmoud Darwich, mais aussi d’ouvrir des horizons pour créer un autre Mahmoud Darwich. Nous ne voulons pas être simplement un beau cimetière, mais un centre culturel actif », explique M. Khader, un homme exigeant, blazer en tweed et cravate rouge. « Notre vocation est de promouvoir la scène culturelle en Palestine comme élément de notre identité nationale. »

Alors même que les espoirs de négocier un futur Etat palestinien semblent, peut-être plus que jamais, lointains, on tente ici de construire des institutions culturelles et une vie culturelle qui incitent les gens à vivre leur identité et leur histoire palestinienne à travers l’art et les expositions.

Rien que ces deux dernières années, trois grands musées palestinien s ont ouvert leurs portes, dont le Musée Darwich. Il existe aussi des centres artistiques, des écoles de musique ; des théâtres et des écoles d’art.

« Je pense que ces institutions se sont développées du fait de l’absence d’Etat. C’est une tentative d’établissement d’une niche qui aurait été sinon mise en place par l’Etat nouvellement créé, » déclare Salim Tamari, un sociologue palestinien de l’université voisine de Bir Zeit qui enseigne en ce moment à Harvard. « Elles sont une source de fierté d’appartenance pour les Palestiniens qui peuvent voir des éléments de leur patrimoine reconnus sous une forme artistique et esthétique. »

Un autre musée nouveau est le Musée Yasser Arafat au centre de Ramallah qui est un musée consacré à l’histoire palestinienne avec un accent particulier sur la vie de l’ancien dirigeant palestinien. L’édifice moderne, blanc et lumineux incorpore le bunker où il a passé les dernières années de sa vie, assiégé, encerclé par les forces israéliennes, ainsi que sa tombe gardée par deux soldats palestiniens.

Dans la ville palestinienne voisine de Bir Zeit, le Musée Palestinien, d’un coût de 35 millions de dollars, est un vaste espace moderne de 3500 m2 construit sur une colline et surplombant d’anciennes terrasses, s’est donné pour mission de mettre en valeur l’histoire et la culture de la société palestinienne. Ses fondateurs, dont Zina Jardeneh qui préside le conseil d’administration du musée, le présentent comme étant une « institution transnationale. »

Musée Palestinien à Bir Zeit

De cette manière, écrit Mme Jardeneh dans un courriel, le musée est «capable de dépasser les frontières géographiques et politiques pour toucher les Palestiniens dans la Palestine historique et au-delà. Ses collections numériques et plates-formes en ligne, ainsi que son réseau de partenariats locaux et internationaux, permettront le partage de compétences, de ressources, de programmes et d’expositions avec des particuliers et des institutions du monde entier. « 

« Renforcer l’identité nationale »

Parmi les projets en ligne du musée figurent des archives numériques de récits oraux de Palestiniens racontant leurs vies avant et après 1948, lorsqu’Israël a été fondé en tant qu’Etat et que les Palestiniens ont fui ou ont été expulsés en masse, un événement pleuré par les Palestiniens sous le nom de Nakba, mot arabe *signifiant le » désastre ».

« Nous avons la ferme conviction que nous pouvons jouer un rôle de premier plan dans la construction de la communauté et le renforcement de l’identité nationale », écrit Jardeneh. « Notre travail consiste en la sensibilisation des étudiants et de la nouvelle génération et à leur apporter des connaissances. Nous croyons que ce sont les étapes essentielles pour permettre la construction de la nation. »

Avec ce trio de musées, on compte parmi les jalons culturels récents la déclaration de la vieille ville d’Hébron en tant que site du patrimoine mondial et la construction d’un amphithéâtre de style romain – avec des sièges pour 5.000 sculptures en pierre et 15.000 spectateurs sur un terrain adjacent à Rawabi, une ville nouvelle à la périphérie de Ramallah.

Ramallah fait actuellement fonction de capitale culturelle des Palestiniens – en plus de servir de capitale politique. Elle abrite le Palais culturel de Ramallah, qui propose des pièces de théâtre et des concerts dans une salle de 750 places, et abrite le Conservatoire national de musique Edward Saïd, qui porte le nom du défunt intellectuel palestinien et a des antennes dans d’autres villes de Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza. En 2010, le Conservatoire a relancé l’Orchestre National Palestinien. Ramallah est également le site d’une école nationale des arts et, ces dernières années, des biennales d’art palestinien.

Jérusalem-Est, que les Palestiniens déclarent être leur future capitale, abrite le Centre culturel Yabbous, un centre des arts du spectacle, et est l’autre principal foyer culturel.

« Les gens veulent être vus »

La présentation de la culture palestinienne est considérée comme un outil de promotion de la libération nationale par les dirigeants palestiniens, même si le financement de la plupart des activités culturelles provient de donateurs étrangers.

Mais la nature fragmentée de la géographie politique et physique palestinienne – sa population divisée territorialement et les restrictions sur les déplacements entre la Cisjordanie et la bande de Gaza – rend difficile la vie culturelle. Pour les artistes palestiniens, il est plus facile de voyager à l’étranger pour exposer leur travail que de circuler entre les territoires palestiniens, ne parlons même pas d’aller à Jérusalem pour visiter les musées.

« Ce qui m’étonne, c’est le nombre de personnes qui veulent être vues et qui, pour ce faire,écrivent de la poésie, peignent, jouent dans des films et réalisent des films. Je pense que cela concerne une recherche de reconnaissance par l’art, la culture et la littérature. Nous cherchons un endroit où nous pouvons être égaux », dit Khader, lui-même romancier.

Dans son bureau, assis devant une photo en noir et blanc surdimensionnée de Darwich, Khader lance un diaporama sur son ordinateur présentant les quelque 100 événements qu’il a supervisés l’année dernière avant de se tourner vers la politique et de déplorer l’impasse avec Israël.

Il considère l’orientation israélienne comme belliciste et allant dans le sens d’une plus grande inclination vers la droite qui, dit-il, peut également être perçe dans des pays comme l’Italie et la France.

« La culture est un acte qui crée de l’espoir pour les gens. Mais comment pouvons-nous créer de l’espoir et promouvoir l’espoir et donner de l’espoir aux gens à un moment où le monde devient fou?», Demande-t-il.

Il fait une pause et continue, puis revient sur son message d’inspirer les gens à devenir des activistes, et il affirme : «L’espoir est le cœur du changement. »

Visite au Musée Arafat

Le musée Yasser Arafat se décrit à la fois comme un lieu de commémoration d’Arafat comme père du nationalisme palestinien et comme un musée de la mémoire contemporaine palestinienne.

« Nous avons essayé de croiser l’histoire de Yasser Arafat avec le récit palestinien », explique Mohamed Halayka, directeur du musée.

Et en effet, bien que la visite du musée commence par une visite à la tombe d’Arafat et, à la fin, du bunker où il a passé 36 mois assiégé par l’armée israélienne pendant la deuxième Intifada, le musée ressemble autant à un musée d’histoire palestinienne qu’à un  musée consacré à Arafat lui-même.

En remontant les rampes ascendantes, les visiteurs découvrent l’histoire nationale palestinienne depuis le début du XXe siècle jusqu’à la mort d’Arafat en 2004. Des toiles, des peintures murales, des photos et des vidéos décrivent des moments historiques clés – de l’arrivée de jeunes juifs européens à la ferme dans la Palestine ottomane de l’époque au début du XXe siècle jusqu’au déclenchement des deux Intifadas. Dans l’une des salles d’exposition, une longue liste de grandes personnalités de la culture palestinienne disparues, parmi lesquelles des romanciers, des cinéastes, des peintres et des poètes.

« Elles ont contribué à unifier les Palestiniens en dépit de notre fragmentation, » observe M. Halayka. « Ils ont maintenu l’esprit palestinien et l’identité collective. »

Les pages du journal d’Arafat, écrites en lettres minuscules, sont exposées aux côtés d’une paire de lunettes à monture en plastique noir épais et du pistolet qu’il portait toujours (même lorsqu’il s’exprimait aux Nations Unies). Une description des implantations de colonies juives et de leur impact sur les aspirations palestiniennes à la création d’un État est rapidement présentée après le prix Nobel de la paix obtenu par Arafat en 1994 – avec ses homologues israéliens, Yitzhak Rabin et Shimon Peres – pour avoir négocié les Accords d’Oslo.

Peut-être que l’exposition la plus puissante est celle qui n’a que la plus petite touche de la main du conservateur. C’est le quartier général souterrain d’Arafat pendant la période où il était assiégé dans la Mukatah, le centre du gouvernement palestinien.

Rampe à l’intérieur du Musée Arafat à Ramallah

Les touristes traversent la pièce où dormaient ses gardes, leurs couvertures toujours sur les lits. Il y a une salle de conférence avec un téléviseur et une longue table en bois où Arafat rencontrait ses conseillers et des invités. Des sacs de sable sont alignés contre les murs de l’espace, et dans la dernière pièce, la chambre d’Arafat, une pile de ses keffiehs, pliés et empilés avec soin, reste encore dans une armoire à archives réutilisée comme placard à vêtements.

Une conversation avec des artistes palestiniens

La tâche de construire la nation à travers la culture peut sembler particulièrement écrasante compte tenu de la situation politique sombre, explique Khaled Hourani. Peintre et ancien directeur artistique de l’Académie palestinienne des arts, M. Hourani a acquis une certaine notoriété locale en 2014 lorsqu’il a fait venir pour la première fois un tableau de Picasso à Ramallah.

« Il y a un dynamisme de la scène artistique malgré la situation politique », dit-il dans un balcon inondé de soleil hors de l’appartement de Ramallah qu’il utilise comme studio. « Mais il y a moins d’espoir que d’habitude. »

Assis à côté de lui, son ami, Mohamed Bakri qui est un acteur et réalisateur bien connu. Il est également Palestinien et vit à Ramallah, mais est né et a grandi en Israël.

« Nous faisons de l’art parce que c’est notre sensibilité. Nous ne le faisons pas pour Abou Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] ou le Hamas ou Bibi [le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu]. Nous le faisons pour notre avenir, nous-mêmes. Pour notre âme « , dit-il.

« Je meurs d’envie de faire un film qui n’est pas lié à cet endroit, je veux dire à la politique », dit M. Bakri. « Mais chaque fois que je dis que je ne veux pas faire de politique, la vie vous pousse à être politique, vous obligeant à faire avec votre identité et vos problèmes politiques. »

« J’aimerais faire juste une histoire d’amour. »

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