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Vers une grande guerre de libération de la Palestine?

26 janvier 2018

C’est le troisième article de Jeremy Salt que je traduis, et j’en suis vraiment heureux. Ses analyses sur la situation en Syrie qui faisaient l’objet des deux articles que j’ai proposés sur le blog, en 2011 puis en 2013, faisaient preuve d’une grande lucidité et ont en quelque sorte prédit assez précisément ce qui allait et devait se passer et qui s’est effectivement passé.

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Jeremy Salt est professeur d’histoire du Moyen-Orient à l’université de Bilkent en Turquie

Ici il s’intéresse plus globalement à la situation au Proche Orient en remettant comme il se doit la question palestinienne au centre de la problématique. Et il s’interroge sur la prochaine grande guerre, celle qui décidera de l’issue du conflit arabo-sioniste.

Jeremy Salt considère que la valeur combative de l’armée sioniste est grandement exagérée comme celle des forces arabes exagérément minorée, rappelant notamment à l’appui de sa thèse les succès de l’armée égyptienne en Octobre 1973, succès contrariés uniquement par la forfaiture de la direction politique égyptienne de l’époque. Selon Salt, une victoire militaire décisive des forces arabes et de leurs alliés, comme les Iraniens par exemple, dépend surtout de leur capacité à neutraliser la supériorité aérienne de l’armée sioniste avec ses hélicoptères et bombardiers.

Toute la question est là : les forces hostiles à l’entité sioniste, Hezbollah en premier lieu, disposent-elles, ou sont-elles sur le point de disposer des moyens de contrer efficacement cette menace aérienne ?

Si oui, les jours de l’entité sioniste sont comptés.

Une grande guerre se profile-t-elle à l’horizon pour Israël?

par Jeremy Salt | American Herald Tribune (USA) 21 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Après plus d’un siècle [depuis la Déclaration Balfour], les sionistes semblent prêts à donner le coup de grâce à la Palestine en annexant la Cisjordanie. Limité en premier lieu aux colonies qui auront été le précurseur de l’annexion de l’ensemble du territoire. Le statut de la population palestinienne continuera d’être en suspens en attendant qu’apparaisse une solution permanente. Après l’annexion, certains pourraient partir. Plus grand sera leur nombre, plus sera grande la satisfaction d’Israël, mais deux expulsions massives ont enseigné aux Palestiniens qu’ils doivent rester. Il pourrait encore y avoir une troisième vague d’expulsions, la guerre fournissant à nouveau l’écran de fumée [pour justifier les expulsions] et, une nouvelle fois, la guerre s’annonce Les fondateurs sionistes n’ont jamais voulu rien moins que toute la Palestine. Dès le début, ils savaient qu’ils devraient éjecter la population indigène. Le «binationalisme» de Martin Buber était une bonne idée qui n’avait aucune influence dans la classe politique. Les intentions de la direction sioniste ont dû être cachées jusqu’à ce que la colonie ait atteint le point où elle avait la force physique de reprendre la Palestine..

Les fondateurs de l’Etat sionistes n’on jamais voulu rien moins que toute la Palestine. Dès le début, ils savaient qu’ils devraient expulser la population indigène. Le «binationalisme» de Martin Buber était une bonne idée qui n’avait aucune influence dans la classe politique. Les intentions de la direction sioniste devaient être cachées jusqu’à ce que la colonie ait atteint le point où elle avait la force physique de s’emparer de la Palestine.

Weizmann et d’autres ne proclament rien d’autre que de bonnes intentions, rien d’autre que de vouloir vivre aux côtés des Palestiniens et quant à vouloir un État juif, c’était bien loin de leur esprit. Ce n’est que dans leurs journaux qu’ils consignèrent ce qu’ils voulaient vraiment, du désir de Herzl de transférer la «population démunie [les Arabes]» hors de Palestine jusqu’à la conclusion, en 1940, de Yosef Weitz, directeur du département de colonisation du Fonds national juif qu’il n’y avait pas de place en Palestine à la fois pour les colons et pour les «Arabes». Ces derniers devraient partir. Ces intentions n’étaient pas marginales mais représentatives de ce que les dirigeants sionistes réalisaient devraient être faits si la Palestine devait être la leur.

Comme les Palestiniens se battraient jusqu’au bout, la terre ne pourrait être prise que par la force. Pas à pas, les sionistes ont pu avancer vers cet objectif. Les Britanniques avaient aidé en réprimant le soulèvement palestinien en 1936-39, la première Intifada, décapitant la direction populiste qui aurait pu mener la lutte contre les sionistes dans les années 1940. Des milliers de Palestiniens furent tués et beaucoup plus arrêtés.

Le plan de partage de 1947 ne traduisait pas les véritables volontés des membres de l’ONU. Il avait été imposé à l’Assemblée générale par les menaces faites par les Etats Unis aux membres vulnérables et n’aurait sinon jamais été adopté. Israël en a bénéficié politiquement mais n’avait aucune intention d’adhérer à ses dispositions, ce qui aurait laissé les Palestiniens intacts, trois fois la taille de la communauté des colons sionistes. La guerre de 1948 était une guerre inévitable : sans le nettoyage ethnique de la Palestine, il n’y aurait pas eu d’Israël.

Les expulsions massives de 1948-1949 furent suivies d’une deuxième vague d’expulsions en 1967, suivie de la lente strangulation des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, Israël utilisant tous les moyens possibles, militaires, économiques et pseudo-légaux. Il y a eu d’autres guerres, toutes visant à consolider et à étendre l’emprise sioniste sur la Palestine et à détruire les ennemis d’Israël : Suez 1956, Liban 1978, 1982 et 2006, Gaza à de nombreuses reprises, ainsi que d’innombrables «incursions» frontalières tuant au total des dizaines de milliers de civils arabes.

Il y a eu aussi un « processus de paix », une initiative de l’OLP, qu’Israël n’a fait que suivre pour voir ce qu’il pouvait en retirer. Lancé en 1993, se termina clairement dès 1995, bien que son cadavre continue à remuer jusqu’à nos jours. Le « processus de paix » était une ruse diplomatique donnant à Israël plus de temps pour renforcer son emprise sur les territoires pris en 1967. Yasser Arafat fut accepté comme un partenaire de négociation et quand il n’eut plus rien à donner, Israël considéra à nouveau le pacificateur comme un terroriste et le tua. Mahmud Abbas (Abou Mazen à l’époque révolutionnaire) a suivi Arafat, assumant le rôle de courroie de transmission d’Israël en Cisjordanie, mais seulement pour être jeté une fois qu’il n’a plus eu d’utilisé pour Israël.

Sur la base d’une colonisation sans fin et de la reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël (rejetée par pratiquement le reste du monde), avec une réduction subséquente de l’aide américaine à l’UNRWA (l’Agence de secours des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens), l’OLP menace maintenant de «ne plus reconnaître» Israël. Si cela ramène le «problème de la Palestine» à 1948, c’est justifié que parce qu’Israël n’a jamais changé de position depuis.

Le temps qui s’est écoulé depuis 1993 jusqu’à maintenant a permis à Israël d’installer des centaines de milliers de nouveaux colons en Cisjordanie, qui selon lui [le régime sioniste] ne peuvent être évacués sans risque de guerre civile. C’est peut-être vrai, mais l’État sioniste les y a installés pour qu’ils restent, car ils rapprochent le projet sioniste de son accomplissement, et il n’a jamais eu l’intention de les faire partir. Israël a maintenant l’intention de «légitimer» ce que jusqu’à présent il a appelé les «avant-postes» illégaux des colons, comme s’il y avait une différence en droit international entre l’illégalité complète de la présence des colons en Cisjordanie, que ce soit dans les implantations ou dans les avant-postes des «jeunes de la colline qui vont et viennent comme ils veulent, frappant, brûlant et détruisant. Ils sont protégés par l’État et ce n’est pas étonnant, car c’est un état qui est en roue libre depuis plus de sept décennies.

Le porte-parole de la clique sioniste est maintenant Naftali Bennett, le ministre de l’Education, qui vient de parler de «la fin de l’ère de l’Etat palestinien et le début de l’ère de la souveraineté», par laquelle il entend l’annexion israélienne de la Cisjordanie et la souveraineté sur toute la Palestine. S’il y a une différence entre Bennett, un probable futur Premier ministre, et Netanyahu, c’est seulement que le premier parle plus clairement de ses intentions. Le désinvolte Netanyahou, qui voit toujours un avantage à parler d’un «processus de paix», a dans son parti d’autres membres qui parlent aussi ouvertement que Bennett. Tzipi Hotovely, par exemple, la vice-ministre des Affaires étrangères, parle également d’annexion : elle a hâte de voir le drapeau israélien flotter sur le Haram al Sharif et considère les anciens soldats du mouvement de protestation Breaking the Silence comme des «criminels de guerre». ‘

Bennett ne fait que montrer la direction qu’Israël prendra tôt ou tard. Du point de vue sioniste, le prochain pas important doit être l’annexion. La tactique de la paix a été menée jusqu’au bout, la solution à deux états est morte (pour autant qu’elle ait jamais existé), il n’y a plus rien à tirer de l’Autorité palestinienne et à Washington, Israël a un ami, Donald Trump, qui soutient autant et plus Israël (reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël) que n’importe quel ancien président américain d’après 1948: seule la reconnaissance d’Israël  par Truman au moment où l’Etat a été proclamé peut lui être comparé. Qu’est-ce qui peut venir maintenant sinon l’annexion ?  Bennett pense que le vent tourne en faveur d’Israël et, si on prend en considération les tractations avec les gouvernements du Golfe et le soutien encore plus généreux des Etats-Unis, il a raison.

Mais est-ce suffisant pour penser que la partie est finie et qu’Israël a fait jeu, set et match?, Peut-être pas : peut-être même pas du tout. Cette question ne concerne pas seulement les Palestiniens et n’a jamais concerné qu’eux. C’est une question arabe, une question musulmane, une question de droits de l’homme et un problème mondial. Elle n’a pas disparu et elle ne va pas disparaître. Ahed Tamimi , frappant un soldat israélien au visage après avoir été frappée par lui (est-ce que quelqu’un l’a remarqué? Certainement pas les médias mainstream) et maintenant emprisonnée pour une durée indéfinie pour ce crime haineux, est le dernier exemple de la force d’âme palestinienne face à l’oppression.

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Ahed Tamimi est le nouveau symbole de la résilience du peuple palestinien

Dès le début, malgré leur courage et leur détermination, les Palestiniens eurent à affronter des forces qu’aucun petit groupe de personnes ne pouvait surmonter seul : les Britanniques, les sionistes, les États-Unis et les énormes ressources qu’ils ont consacrées à l’occupation de la Palestine pendant un siècle. Cependant, la Palestine n’est pas seulement une question palestinienne et pas seulement une question plus générale de droits de l’homme : c’est une question qui va au coeur de l’histoire et de l’identité arabe. Le chemin de retour vers la Palestine devra toujours traverser le monde arabe. C’était clair pratiquement depuis le début. Jusqu’à présent, deux gouvernements arabes (Egypte et Jordanie) ont signé des traités de « paix » avec Israël. Ces arrangements de papier entre les gouvernements n’ont aucun soutien populaire en Egypte ou en Jordanie : ce n’est pas que leurs peuples ne veulent pas la paix, mais qu’ils ne sont pas prêts à sacrifier la Palestine pour l’obtenir. Il y a un géant assoupi ici qu’Israël semble penser endormi pour toujours. Les peuples sont la dynamite au bout de la mèche. Dans des circonstances favorables et avec les bons leaders, ils peuvent être mobilisés, comme ils l’ont été auparavant.

En tant qu’État raciste, Israël traite depuis longtemps les «Arabes» avec mépris ou les considère incapables de faire ce qu’ils ont fini par faire. Le premier exemple est celui de 1973, lorsque les Egyptiens lancèrent une brillante opération sur le canal et prirent les troupes israéliennes complètement par surprise, les mettant en débandade. Si Sadate n’avait pas trahi Hafez al Assad, en stoppant l’offensive égyptienne au bout d’une semaine, Israël aurait pu être chassé du Sinaï et du plateau du Golan. Seule une plus grande intervention des États-Unis (ils intervenaient déjà directement par le transport aérien de matériel militaire directement dans le Sinaï) aurait pu empêcher une défaite israélienne. Dans le sud du Liban occupé, Israël a subi choc après choc. Il a été pris au dépourvu par le Hezbollah et, en fait, il a été expulsé du Liban en 2000. Il a réessayé en 2006 et a été à nouveau humilié, ce qui explique pourquoi Israël est déterminé à détruire le Hezbollah la prochaine fois même s’il faut détruire le Liban avec.

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Octobre 1973: soldats égyptiens au sommet d’une position prise à l’ennemi sur la ligne Bar Lev 

Naftali Bennett était l’un des soldats d’Israël au Liban. Il projette l’image d’un personnage dur. « J’ai tué beaucoup d’Arabes en mon temps et je n’ai pas de problème avec ça », a-t-il dit. Parmi les «Arabes» qu’il a aidé à tuer, plus d’une centaine de civils libanais, dont de nombreux enfants, qui s’étaient réfugiés dans l’enceinte de l’ ONU à Qana., au sud du Liban, quand elle a été bombardée par les forces israéliennes envahissante en avril 1996. Un homme avait perdu 31 membres de sa famille, dont neuf enfants. Bennett était membre de l’unité dite d’«élite» Maglan. Quand son détachement avait été pris dans une embuscade par le Hezbollah, il avait appelé à l’aide une unité d’artillerie. Selon un autre officier, quand il est entré en communication, Bennett était hystérique, mais les obus sont arrivés et l’ont sauvé, 13 d’entre eux ayant explosé dans l’enceinte du site de l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali, avait démenti l’affirmation d’Israël selon laquelle le bombardement était dû à une erreur, étant donné que le site de l’ONU avait fait l’objet de reconnaissances par des drones et des hélicoptères israéliens. Le résultat fut qu’il perdit son deuxième mandat, les USA refusant de le soutenir, lui préférant Kofi Annan.

Bennett et ses anciens compagnons d’armes se considèrent comme des guerriers. Une opinion que ne partage pas Hasan Nasrallah qui se base sur les expériences que le Hezbollah a eues avec les Israéliens. Dans une récente interview diffusée sur la chaîne de télévision Mayadeen, Nasrallah a ironisé sur la capacité à combattre des soldats israéliens. A ses yeux, les succès de la résistance au Liban et en Palestine ont brisé le mythe de l’invincibilité israélienne (un mythe déjà démoli depuis au moins la guerre de 1973). Le Hezbollah et les forces alliées ont combattu les takfiristes pendant plus de sept années en Syrie et plus de trois années en Irak. C’était un ennemi qui entrait dans le combat avec des escouades de commandos suicide, un ennemi « prêt à mourir » sans hésitation, à comparer avec les Israéliens qui, a dit Nasrallah, n’avancent pas sans être précédés d’une force blindée, suivis par des ambulances et protégés depuis le ciel par des hélicoptères et des avions de combat. Un tel soldat est vaincu à l’avance. C’est un lâche sans volonté de se battre. Combattre l’État islamique était beaucoup plus difficile que de combattre Israël, ce qui a permis de vaincre l«bila shaq» (sans aucun doute). C’est le facteur humain qui a donné l’avantage à la résistance.

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Avril 2017 : Combattant du Hezbollah à la frontière entre le Liban et la Palestine occupée

Nasrallah a évoqué à plusieurs reprises la «grande guerre» à venir avec Israël, qui impliquerait non seulement «l’axe de résistance» (Iran, Irak, Syrie, Liban, Palestine et toutes les organisations du monde arabe «qui soutiennent cette voie») mais aussi des centaines de milliers de volontaires arabes. Nasrallah a déclaré que Sayyid Abd al Malik al Houthi avait promis d’envoyer des dizaines de milliers de combattants volontaires même si la guerre saoudo-yéménite se poursuivait. Cette guerre, dont Nasrallah a souvent dit que le Hezbollah la mènerait en Galilée à travers la ligne d’armistice et s’étendrait sur tout le front libanais et syrien avec Israël, a été le thème central de toutes ses récentes interviews.

La stratégie d’Israël dès le départ sera la destruction totale du Hezbollah le plus rapidement possible et autant du Liban que nécessaire pour détruire le Hezbollah. La puissance aérienne sera au cœur des stratégies de guerre d’Israël, comme elle l’a été dans le passé. C’est ce sur quoi le Hezbollah et ses alliés devront travailler pendant des années pour la neutraliser. Qu’Israël se prépare activement à la guerre ressort clairement des exercices aériens et terrestres qu’il a menés au cours des six derniers mois, combinant les forces aériennes, navales et terrestres, la robotique, les combats dans les tunnels et l’évacuation des civils du nord jusqu’à la ligne d’armistice ligne avec le Liban. L’état-major israélien a effectivement reconnu la piètre performance de ses troupes sur le terrain, à Gaza ou au Liban en 2006, en augmentant le ratio de soldats et d’officiers issus de milieux de colons religieux, plus fortement motivés, pense-t-il, que les jeunes hommes issus de milieux non pratiquants.

Il ne fait aucun doute que l’état-major israélien analyse chaque mot prononcé par Nasrallah, le prend au sérieux et le respecte sur la base des réalisations militaires du Hezbollah, mais peu de ce qu’il dit atteint les médias «occidentaux». Il est juste le clerc à la barbe broussailleuse régulièrement présenté comme le mandataire de l’Iran au Liban, comme s’il n’avait pas une pensée propre, et non comme l’un des esprits les plus impressionnants du Moyen-Orient. Nasrallah ne se livre jamais à des discussions creuses et ne parle que de la «possibilité» d’une grande guerre à venir, afin de ne pas alarmer les gens, alors qu’il est clair que ce n’est pas seulement une probabilité, mais une guerre qui mettra un point final. A la confrontation historique avec Israël.  En voulant infliger une défaite écrasante à ses ennemis, c’est certainement ce qu’Israël aura en tête. Le Hezbollah est prêt et Nasrallah pense qu’il peut gagner.

L’idée même qu’Israël puisse être défait sur le champ de bataille n’a aucune place dans le discours ‘occidental’ qui a été construit sur des siècles de préjugés anti-arabes et antimusulmans dans les médias. Ce serait considéré comme impensable, insensé et risible. Israël essuie des revers mais il ne perd pas de guerre : cette possibilité n’existe pas dans les esprits conditionnés par un biais médiatique sans fin. Une telle guerre devrait être considérée avec effroi : comme le dit Nasrallah, personne ne pourrait dire où cela ne mènerait pas, mais avec l’élimination de toutes les options pour la paix, le pendule va inévitablement dans cette direction. Est-ce que Hassan Nasrallah s’est éloigné de la réalité, parlant de la victoire et des centaines de milliers de combattants qui se joindront à la prochaine guerre, ou sait-il quelque chose que nous ne savons pas? Il sait évidemment beaucoup de choses que nous ne savons pas, mais pour vaincre Israël, sa puissance aérienne offensive et défensive devra être neutralisée. Est-ce que le Hezbollah et l’Iran ont trouvé comment parvenir à ce résultat Est-ce la raison de sa confiance ? Nous devrons attendre la prochaine guerre pour le découvrir.

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Un mauvais présage? Le torchon brûle déjà entre Lakhdar Brahimi et le Conseil National Syrien

19 août 2012

Si on en croit une dépêche de Reuters reprise par 20 Minutes (et plusieurs autres médias), le diplomate Algérien Lakhdar Brahimi qui vient d’être désigné par l’ONU pour succéder à Kofi Annan comme médiateur dans la crise syrienne risque d’avoir une tâche aussi ardue que son prédécesseur.

Lakhdar Brahimi

En effet, M. Brahimi n’a pas même engagé de consultations que déjà le Conseil National Syrien exige des excuses :

Le CNS exige des excuses du nouveau médiateur pour la Syrie

Mis à jour le 19.08.12 à 18h39

Le Conseil national syrien, principal groupe d’opposition, a exigé dimanche du nouveau médiateur international, Lakhdar Brahimi, qu’il s’excuse pour avoir affirmé aux médias qu’il était pour lui prématuré de dire si le président Bachar al Assad devait se retirer.

Brahimi avait refusé de prendre position

Le diplomate algérien a confirmé vendredi qu’il accepterait de remplacer à ce poste le Ghanéen Kofi Annan, démissionnaire à la fin du mois.

Dans une interview samedi à Reuters, Lakhdar Brahimi avait cependant refusé de prendre position sur la nécessité d’un départ de Bachar al Assad, contrairement à Kofi Annan qui avait déclaré dès son arrivée au poste de médiateur que le président syrien devait «quitter le pouvoir».

«Il est bien trop tôt pour que je puisse prendre position sur ce sujet. Je n’en sais pas assez sur ce qu’il se passe», avait-il dit.

Dimanche, le nouveau médiateur a paru faire machine arrière, expliquant sur la chaîne de télévision qatarie Al Djazira qu’il avait déclaré qu’il était trop tôt pour lui de dire quoi que ce soit sur «le contenu» de sa mission.

Une attitude jugée méprisante

«J’ai été nommé il y a seulement deux jours et je ne suis pas encore allé aux Nations unies ou au Caire. Il est prématuré de dire quoi que ce soit sur le contenu du dossier», a-t-il explicité en se référant aux sièges de l’Onu et de la Ligue arabe.

Pour le CNS, créé en Turquie en 2011, Lakhdar Brahimi a fait preuve de «mépris envers le sang versé par le peuple syrien et son droit à l’autodétermination». «Quiconque donne à ce régime criminel l’occasion de tuer des dizaines de milliers de Syriens supplémentaires et de détruire ce qu’il reste de la Syrie ne veut pas reconnaître l’ampleur de la tragédie», a ajouté le CNS dans un communiqué.

«Donner à Bachar al Assad le temps dont il a besoin pour détruire les fondements de la société syrienne est contraire à l’humanité et à la paix (…) Nous exigeons que l’émissaire, qui n’a pas consulté de Syriens à propos de sa mission, présente des excuses à notre peuple», lit-on dans son communiqué.

Avec Reuters

Maintenant, faisons un petit point en matière de propagande.

Par exemple, quand 20 Minutes (ou Reuters ?) écrit que :

Dimanche, le nouveau médiateur a paru faire machine arrière

Lisez attentivement le paragraphe dont fait partie ce segment de phrase et ce qui l’a précédé et dites moi où vous voyez que Lakhdar Brahimi a «paru faire machine arrière.»

Il n’a en fait pris aucune position sur la question de l’avenir à court, moyen ou long terme de Bachar al-Assad, attendant d’en savoir plus sur la situation et le résultat de ses consultations.

Or, pour le CNS, le départ du président Syrien est une condition préalable non négociable.

Ce qui signifie en langage clair un refus de toute médiation/négociation et que toute personne qui ne se rangera pas explicitement à ce point de vue sera sommée de présenter des excuses.

D’ailleurs, le CNS exige

que l’émissaire, qui n’a pas consulté de Syriens à propos de sa mission, présente des excuses à notre peuple

Le CNS devrait pourtant savoir que le cadre de la mission de M. Brahimi lui est fixé par l’ONU et la Ligue Arabe et non par telle ou telle partie syrienne, y compris celle qui prétend parler au nom du peuple syrien alors qu’elle est constituée pour l’essentiel de gens qui émargent auprès des pétromonarchies ou de la CIA.

Et c’est précisément ce même CNS qui a fait des pieds et des mains pour que des organisations internationales, OTAN y compris, s’emparent du dossier syrien.

Mais Lakhdar Brahimi est un de ces diplomates Algériens de la vieille école, et les gens appointés par la CIA devraient s’en souvenir.

Sur le même sujet, Une dépêche AFP reproduite comme il se doit tronquée dans le journal libanais L’orient le Jour, mais semble-t-il in extenso sur Afreeknews nous apprend que suite aux propos tenus par le CNS à son égard, Lakhdar Brahimi a déclaré sur al Jazeera que c’était plutôt au CNS de lui adresser des excuses :

M. Brahimi a estimé dimanche que c’était plutôt au CNS de lui adresser des excuses « car ils pouvaient m’appeler et me poser la question », assurant qu’un membre du CNS l’avait contacté samedi sans faire état de reproches de la part de l’organisation.
Le diplomate algérien a invité l’organisation à discuter avec lui, tout en insistant: « Cette affaire est très importante, trop importante pour que j’en parle sur Al-Jazeera ou sur d’autres médias ».

Des propos qui ne sont répercutés nulle part ailleurs en langue française, et pour cause

Une dépêche de l’AFP publiée dans The Hindustan Times cite directement la phrase du diplomate qui a dû se demander avec quelle bande d’abrutis il allait devoir discuter :

«Je (lui) demande de me faire des excuses, » a déclaré l’émissaire international, en faisant allusion au porte parole du CNS George Sabra qui avait réitéré auparavant sur al Jazeera la demande d’excuses.

Comme vous l’aurez sans doute compris, le CNS a reçu les ordres de ses maîtres, David Cameron, Laurent Fabius et Hillary Clinton.

Et les ordres sont de faire échouer la mission du nouvel émissaire désigné par la Ligue Arabe et l’ONU.

Syrie: quand on s’occupe du « jour d’après, » on s’occupe pas du « jour d’avant »

21 juillet 2012

Je vous propose un article qui a été signalé par plusieurs sources, dont Angry Arab et un commentateur sur le site InfoSyrie (favorable au gouvernement syrien).

Il vient en fait utilement illustrer (s’il en était besoin) l’article très documenté de Charlie Skelton sur la gestion d’une partie de l’opposition syrienne par les Etats Unis et leurs habituels associés, la Grande Bretagne et la France.

L’organisme dont il est question ici, l’U.S. Institute for Peace (USIP), s’intéresse à l’organisation institutionnelle de la Syrie le ‘jour d’après’.

Et non, le ‘jour d’après’ n’est pas celui qui suit une catastrophe, nucléaire ou climatique comme on  pu en voir sur les écrans.

Parce que le ‘jour d’après’ c’est le lendemain de la chute du régime baathiste, ce qui, du point de vue américain, serait tout sauf une catastrophe.

A lie cet article de Foreign Policy, on a presque le sentiment d’être devant des gens qui font un travail innocent et cherchent à rendre un service désintéressé. Voyez-vous, ils rendent même compte de leurs travaux à l’ONU et à la Ligue Arabe.

Le gouvernement syrien n’y est cependant pas convié. Et pour cause. Depuis quand un Etat souverain, démocratique ou non, confie-t-il sa destinée à une officine qui dépend directement d’ ‘un gouvernement étranger.

Et on croit comprendre que certains acteurs politiques ne participent pas non plus aux discussions. C’est semble-t-il le cas des Frères Musulmans et d’autres organisations qui ne sont pas « mainstream » sans qu’on sache exactement ce qui est entendu par là.

Peut-être l’opposition patriotique qui a toujours refusé de pactiser avec la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis ? En tout cas l’article laisse clairement apparaître qu’une partie de l’opposition est hostile aux manigances de l’USIP.

Le responsable de cette officine, Steven Heydemann insiste sur le fait qu’elle ne travaille pas sur les modalités d’éviction du pouvoir en place. Du moins pas directement.

De toute façon, nous précise-t-il, si son organisation travaille sur le ‘jour d’après’, d’autres travaillent sur le ‘jour d’avant.’

 C’est ce qu’on appelle la division du travail, le taylorisme appliqué à la chirurgie sociopolitique.

Au cœur de l’effort discret pour organiser une Syrie post-Assad

par Josh Rogin, The Cable – Foreign Policy (USA) 20 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ces six derniers mois, quarante hauts responsables des diverses organisations de l’opposition syrienne se sont réunis discrètement sous la tutelle de l’U.S. Institute for Peace (USIP) pour étudier les modalités de mise en place d’un gouvernement post-Assad.

Ce projet, qui l’implique pas directement des officiels du gouvernement des Etats Unis mais a été partiellement financé par le Département d’Etat, a vu sa pertinence s’accroître ce mois-ci avec le déchaînement d’une violence incontrôlée en Syrie et l’éloignement de la perspective d’une transition politique pacifique. Le responsable du projet, Steven Heydemann de l’USIP, un universitaire spécialiste de la Syrie, a présenté le plan à des officiels de l’administration Obama ainsi qu’à des officiels d’autres pays, y compris en marge de la réunion des Amis Syrie à Istanbul le mois dernier.

Le projet est baptisé «Le jour d’après : Soutenir une transition démocratique en Syrie.» Heydemann a parlé en détail du projet pour la première fois dans un entretien accordé à The Cable. Il a décrit l’action de l’USIP comme consistant à « travailler dans un rôle d’appui à un groupe important d’organisations d’opposition pour définir une Syrie post-Assad.»

Les leaders d’opposition impliqués dans le projet de l’USIP se réunissent depuis janvier et informent de leurs travaux la Ligue Arabe, le groupe des Amis de la Syrie, l’équipe de l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan et le Conseil national Syrien d’opposition.

Les efforts du groupe se concentrent sur la mise au point de plans concrets pour ce qui suivra immédiatement après l’effondrement du régime, pour atténuer les risques d’un chaos bureaucratique, sécuritaire et économique. Le projet a aussi identifié certaines choses qui peuvent être faites à l’avance pour préparer une Syrie post-Assad.

«Nous avons organisé le projet par des approches systématiques, y compris pour la réforme du secteur de la sécurité,» explique Heydemann. Nous avons apporté un appui technique aux opposants Syriens qui participent à notre projet, et les Syriens ont identifié des priorités pour des choses qui doivent être mises en œuvre maintenant.»

Il souligne que le rôle de l’USIP est principalement un rôle de facilitation et de coordination. «Les Syriens sont beaucoup à l’initiative là-dessus,» dit-il.

Dans les semaines à venir, l’USIP a l’intention de publier un rapport sur le projet qui fera fonctionde document de stratégie à l’usage du nouveau gouvernement. La phase suivante est la mise sur pied d’un réseau de soutien «pour commencer à appliquer ces recommandations au sujet des choses qui doivent se produire maintenant,» explique Heydemann.

En plus de la réforme du secteur de la sécurité, le groupe a abouti à un plan de réforme du secteur de la justice et à un cadre de travail pour le rôle de l’opposition armée dans la Syrie post-Assad. L’idée est de préserver ces structures de l’Etat syrien qui peuvent être maintenues le temps de préparer des réformes dans les secteurs qui ne peuvent pas attendre. A titre d’exemple, une bonne partie du système judiciaire syrien pourrait être conservé.

Le groupe a mis au point quelques propositions innovantes pour rendre moins chaotique la transition post-Assad. Un exemple cité par Heydemann était l’idée de brigades mobiles de contrôle judiciaire qui pourraient être déployées afin d’examiner rapidement et de libérer les détenus prisonniers du régime après sa chute.

Le projet a également essayé d’identifier les personnels du régime qui pourraient jouer un rôle utile dans  la phase suivant immédiatement la chute d’Assad.

«Les Syriens qui travaillent à ce projet comprennent très bien qu’une transition ne consiste pas à effacer l’ensemble du cadre juridique et politique de la Syrie,» observe Heydemann. «Nous avons appris quantité de choses par les participants de sorte que nous pouvons vraiment commencer un travail de sélection très grossier.» ­[de ce qui doit subsister].

Le projet conduit par l’ISIP a soigneusement évité de travailler à l’éviction du pouvoir du régime d’Assad.

«Nous avons tout à fait intentionnellement laissé de côté toute contribution directe au renversement du régime d’Assad, » déclare Heydemann. «Notre projet s’intitule ‘le jour d’après.’ Il y a d’autres groupes qui travaillent sur le jour d’avant.»

Le projet a été financé par le Département d’Etat, mais il a aussi reçu des subventions du ministère suisse des affaires étrangères ainsi que d’ONG de Norvège et des Pays-bas. L’USIP est partenaire de l’Institut Allemand des relations Internationales, c’est pourquoi toutes nos réunions se sont tenues à Berlin.

L’absence d’officiels de l’administration Obama à ces réunions, même en tant qu’observateurs, était délibérée.

 «C’est une situation où un rôle trop visible des Etats Unis aurait été extrêmement contre-productif. Il aurait donné au régime d’Assad et à [certains] des éléments de l’opposition une excuse pour délégitimer le processus,» explique Heydemann.

Il dit aussi qu’aucune des organisations qui s’écartent des courants dominants de l’opposition n’a de relations avec le projet, bien que les participants supposent que les islamistes seront une composante significative de tout nouvel ordre politique syrien.

L’idée n’est pas de prédire si, comment et quand le régime d’Assad pourrait tomber, mais plutôt de faire autant que possible, le plus discrètement possible, pour se préparer à toute éventualité.

« L’effondrement du régime pose un ensemble de défis ; une transition négociée en pose d’autres. Même si nous ne sommes pas certains qu’une transition va se produire, il serait profondément irresponsable de ne pas se préparer à une transition, » déclare Heydemann. «Nous donnons à l’opposition une opportunité pour qu’elle fasse la démonstration de sa capacité à entreprendre ce travail, ce qui est déjà très important.»

Les nouveaux « amis » de la Syrie

14 juillet 2012

Charles Glass est ce qu’on appelle communément un journaliste chevronné, du genre qui a pris des risques dans le cadre de son travail sans jamais perdre de vue les questions d’éthique professionnelle ni sa responsabilité de citoyen. Charles Glass est un homme de paix dont la culture historique et politique lui permet de situer les événements dans le contexte qui est le leur sans se faire déborder par des prétendus bons sentiments qui aboutissent comme on le sait à la guerre et à la destruction.

Il a de plus certainement des idées assez saines sur l’amitié et il nous parle justement de la prétendue affection pour la Syrie dont témoignent en ce moment des pays comme la France ou la Grande Bretagne.

Demandez-vous justement quel bien ont pu faire ces pays à la Syrie dans l’histoire contemporaine.

Pas difficile : aucun bien mais beaucoup de mal dans la foulée des accords Sykes-Picot qui créeront la situation favorable à l’enracinement du sionisme dans la région.

Les nouveaux amis de la Syrie, une bande qui cherche surtout ses intérêts

Charles Glass, The national (EAU) 11 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La semaine dernière, la France a accueilli la troisième conférence du Groupe des Amis du peuple syrien, un ramassis de 107 pays et organisations sur le modèle des Amis de la Libye qui avaient applaudi à la guerre aérienne menée par l’OTAN dans ce pays.

En France, les représentants des Etats Unis, de la Turquie, de la Grande Bretagne, de la France, du Qatar, de la Corée du Sud et d’ailleurs ont témoigné de leur amitié dans un communiqué aussi vaque que tendancieux.

Le groupe a appelé à ce nouvelles sanctions économiques, à une assistance humanitaire aux victimes de la violence et à « une action plus forte du Conseil de Sécurité des nations Unies.» Il a promis la punition des criminels de guerre du gouvernement [syrien], tout en omettant de suggérer que les rebelles qui violent les Conventions de Genève devraient recevoir ne serait-ce qu’une amende pour stationnement gênant.

Les Syriens sont désormais entourés d’encore plus de nouveaux amis qu’un gagnant du loto. Jamais , depuis l’époque où l’ex Union Soviétique signait tous ces « traités d’amitié » avec tout le monde, de la Finlande à l’Afghaistan, un pays n’a eu autant de nouveaux amis.

Comment la Syrie a-t-elle pu devenir populaire au point que la moitié des membres de l’ONU se ruent à son secours ? Quel autre pays peut prétendre posséder l’amitié de plus de 100 Etats souverains ? Qu’est-ce qui a inspiré cette subite affection pour la Syrie ?

Où se cachaient ces amis pendant ces cinquante dernières années ? Que faisaient-ils en 1967 quand Israël s’est emparé du Golan syrien ? Quelle aide ont-ils envoyée aux plus de 100 000 citoyens Syriens quand Israël a démoli leurs villages et les a expulsés de chez eux ? Quelle avait été leur réaction devant l’annexion illégale du Golan par Israël en 1981 ? Ont-ils pris position contre les 30 colonies implantées par Israël sur des terrains volés à des Syriens ? Appellent-ils à des sanctions contre Israël jusqu’à ce qu’il se retire du territoire syrien, démantèle ses colonies et permettre aux habitants du Golan de rentrer chez eux ?

Vous connaissez la réponse. Les Syriens aussi.

Serait-il malséant d’insinuer que les amis de la Syrie veulent retirer quelque chose de la Syrie pour eux-mêmes ? George Bush avait la Syrie dans le collimateur au moment où il a quitté la maison Blanche et, comme sous bien d’autres aspects, l’administration Obama prolonge cette politique.

Le 5 mars 2007, Seymour Hersh, dont les sources auprès des services de renseignements US sont incomparables, écrivait dans le New Yorker :

 «Pour affaiblir l’Iran, qui est majoritairement chiite, l’administration Bush a décidé, en effet, de redéfinir ses priorités au Moyen Orient. Au Liban, l’administration Bush a coopéré avec le gouvernement d’Arabie Saoudite, qui est sunnite, dans des opérations clandestines qui visent à affaiblir le Hezbollah, l’organisation chiite qui est soutenue par l’Iran. Les Etats Unis ont aussi pris part à des opérations clandestines contre l’Iran et son allié syrien. Un sous-produit de ces activités a été le renforcement d’organisations extrémistes sunnites qui adhèrent à une vision militante de l’Islam et sont hostiles à l’Amérique et ont de la sympathie pour al Qaïda.»

La Syrie est une maison en feu, et les Etats Unis et la Russie sont arrivés avec des lance-flammes.

Ainsi, les armes ont afflué en quantité pour les deux camps – du moins jusqu’à la semaine dernière quand la Russie a cessé ses livraisons.

Un conflit qui exige un règlement diplomatique se perpétue avec une aide extérieure, pour des intérêts extérieurs.

Si les amis de la Syrie ont entrepris la destruction de la Syrie, ils s’y prennent bien. Le vosin s’est tourné contre son voisin. Des gens qui se considéraient comme Syriens il y a deux ans, sont maintenant devenus des Sunnites, des Druzes, des Chrétiens ou des Alaouites.

La CIA arme et guide les combattants à proximité de la frontière avec la Turquie, comme elle l’avait fait autrefois avec les Contras anti-sandinistes le long de la frontière entre le Honduras et le Nicaragua.

Pour éviter le contrôle parlementaire comme dans le cas du Nicaragua, les Etats Unis se sont tournés à nouveau vers l’Arabie Saoudite. Les Britanniques dirigent des opérations contre le gouvernement syrien depuis le Liban. La France, indiquent mes sources, joue un rôle similaire depuis la Turquie et le Liban. La Russie et la Turquie se disputent l’influence dans un pays dont les citoyens détestent l’une et l’autre.

Il n’y a pas qu’une escalade meurtrière mais, à l’instar d’affrontements fratricides ce l’Espagne de 1936 à la Yougoslavie de 1992, elle devient de plus en plus personnelle et sournoise. Personne ne gagne, à part le croque-mort. Et pourtant, ça continue avec chaque camp certain de la justesse de sa cause.

Il y a beaucoup de versions de ce conflit. Elles sont toutes vraies et elles sont toutes fausses. Personne ne croit aux affirmations insistantes du gouvernement selon lesquelles ses opposants sont tous des mercenaires étrangers. Trop de Syriens à Homs et à Idlib ont péri pour qu’on puisse nier la dimension interne du conflit.

Mais les affirmations de l’opposition selon lesquelles elle a respecté le plan de cessez-le-feu d’Annan ne résistent pas à l’examen. Les forces de l’opposition ont attaqué des locaux des services de sécurité, des barrages routiers , des autobus et des casernes pour faire porter les torts au gouvernement quand il a réagi.

Ils affirment en outre que leur soulèvement est entièrement d’origine nationale, alors qu’ils reçoivent des armes, de la formation, des conseils, des moyens de transport et de l’argent de gouvernements et de services secrets étrangers.

Le rôle des acteurs externes est aussi clair qu’il l’était à l’époque où la Grande Bretagne prétextait le soi-disant « réveil arabe » pour expulser les Ottomans de Syrie en 1918. Tout comme ces rebelles ont découvert deux ans après que la liberté et l’indépendance ne feraient pas forcément l’affaire de leurs puissants soutiens.

Si les sanctions imposées par les amis [de la Syrie], l’armement de l’opposition et l’envoi d’espions et de fournitures ne réussissent pas à obtenir le résultat voulu en Syrie, les amis [de la Syrie] invoqueront les récits des oppositions armées pour exiger une intervention militaire des Etats Unis.

 » Chaque fois que nous nous lançons dans une guerre où que nous allons dans un pays,  » écrivait Edmund Wilson dans Patriotic Gore, faisant allusion à la conquête de nombreux territoires par l’Amérique depuis le Mexique jusqu’aux Philippines, «c’est toujours pour libérer quelqu’un.»

Charles Glass est l’auteur de plusieurs livres sur le Moyen Orient, dont Tribes with Flag et The Northern Front : An Iraq War Diary. Il est aussi éditeur avec la maison d’éditionCharles Glass Books à Londres.

Sang, larmes et propagande en Syrie

29 mai 2012

La récente tuerie de Houla en Syrie a légitimement suscité une très forte émotion dans le monde compte tenu du nombre et de la nature des victimes: des civils dont de nombreux enfants.

Comme l’indique le journal L’Humanité, « Houla pourrait changer la donne diplomatique ».

De fait la France par exemple, vient de décider l’expulsion de l’ambassadrice de Syrie à Paris, et l‘Australie a pris une décision semblable.

 Il est pourtant de plus en plus clair que cette tuerie n’est pas l’oeuvre du gouvernement syrien mais très probablement des tueurs qui se sont engagés dans une lutte sans merci contre les autorités, appelant même des forces étrangères à venir bombarder leur pays.

Le massacre intervient à un moment des plus opportuns, à la veille d’une visite de Kofi Annan, envoyé spécial pour la Syrie de l’ONU et de la Ligue Arabe et au lendemain de l’investiture de François Hollande à la tête de l’Etat français.Si ce dernier hésitait à rejoindre le camp atlantiste et a imposé ses vues sur l’Afghanistan, ce n’aura été que pour sauter à pieds joints dans le piège syrien.

Pour emporter la conviction, la BBC a par exemple cru utile de présenter une photo de victimes d’un massacre perpétré en Irak occupé par les Etats Unis. Que je sache, le gouvernement français n’en a pas pour autant expulsé l’ambassadeur US à Paris. La BBC aurait publié cette photo par …méprise, bernée par « l’opposition « syrienne.

On nous a dit dans un premier temps que les victimes de Houla avaient été tuées par des tirs d’armes lourdes, ce qui impliquait quasi obligatoirement les troupes syriennes qui sont les seules à en disposer.

On apprend pourtant que, loin d’avoir été victimes de tirs indiscriminés d’artillerie ou de blindés, la plupart des civils de Houla ont été assassinées de sang froid dans leurs maisons.

La vérité complète se fera peut-être jour, mais comme en Libye ou ailleurs, ce n’est pas la vérité qui guidera l’action des Etats Unis et de leurs amis de l’OTAN.

‘Rendez nous notre révolution’: un article important sur la Syrie

17 avril 2012

Je vous le livre tel quel, pas le temps de faire un commentaire, je vous laisse ce soin.

Mais à mon avis, quelle que soit la position qu’on peut avoir sur la Syrie, c’est un article important, où du moins qui sort de l’ordinaire qu’on lit habituellement dans la presse occidentale.

Des militants Syriens disent aux rebelles: rendez nous notre révolution

De nombreux militants qui avaient lance le soulèvement en Syrie il y a plus d’un an ont le sentiment que leur démarche pacifique pour le changement a été détournée par les rebelles de l’Armée Syrienne Libre. Ils se réunissent aujourd’hui au Caire.

par Gert van Langendonck, Sarah Lynch, Christian Science Monitor (USA), 16 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le militant Syrien Mohamed Alloush a fui son pays pour le Liban, mais ce n’est pas le régime du président Bachar al-Assad qui l’a poussé à partir. Ce sont les rebelles de l’Armée Syrienne Libre qui l’ont expulsé de sa ville natale d’Homs.

“En septembre de l’année dernière, j’ai été arrêté une nouvelle fois par les autorités pour avoir organisé des manifestations, » explique M. Alloush assis à la terrasse d’un café à Beyrouth. «Après qu’elles m’eurent libéré, je suis allé vers un groupe d’hommes que je savais appartenir à l’Armée Syrienne Libre. Je suis allé vers eux et je leur ai crié : « Vous les gars, vous avez volé notre révolution ! Vous êtes aussi mauvais que les shahiba,» la milice pro-régime en Syrie.

Les rebelles ont séquestré Alloush pendant quatre jours, puis lui ont dit de qu’on ne voulait plus le voir à Homs.

Alloush appartient au mouvement de jeunes révolutionnaires qui ont lance la contestation contre le régime d’Assad en mars de l’an dernier au lendemain de soulèvements semblables en Tunisie et en Egypte. Ils se sentent marginalisés par la tournure violente que le conflit a prise en Syrie depuis que l’Armée Syrienne Libre (ASL) s’est constituée l’été dernier. Organisation armée formée majoritairement d’anciens soldats qui ont déserté l’armée gouvernementale, des informations indiquent qu’elle collabore aussi avec des djihadistes sunnites et nombre de ses brigades ont adopté un ton de plus en plus sectaire.

« Notre révolution nous a été volée par des gens qui ont leur propre programme, » explique un chanteur qui parle sous le pseudonyme ‘Safinas’ parce qu’il vit toujours à Damas. « Nous ne sommes pas un peuple violent. Nous voulons revenir à la vraie révolution. C’était quelque chose de propre quand ça a commencé, mais c’est devenu autre chose maintenant. Je suis contre lé régime, mais je suis aussi contre les rebelles en armes.»

Plus de 200 militants Syriens [pour un processus] pacifique se sont réunis au Caire jusqu’à demain pour une conférence dont l’objectif est d’unifier les révolutionnaires autour d’un objectif commun : revenir aux manifestations non violentes de l’été dernier. S’ils reconnaissent que l’ASL a créé une dynamique significative, avec l’appel du Qatar et de l’Arabie Saoudite à la communauté internationale pour qu’elle arme les rebelles, ils voient une possibilité de retournement de la dynamique en faveur des militants non violents si le cessez-le-feu négocié par Kofi Annan pour l’ONU est respecté.

“Le plan de M. Annan est notre principal espoir à ce stade et nous essayons de faire en sorte que tout le monde s’y conforme,” déclare Haytham Khoury, un membre de la Plateforme Syrienne Démocratique qui participe à la conférence.

« Nous contactons d’autres organisation d’opposition, nous essayons de donner espoir aux gens à travers les media » pour faire passer l’idée que «c’est une étape positive pour épargner des vies et retourner à une révolution complètement pacifique.»

Le régime syrien a suspend les actions militaires à partir du 12 avril, mais des informations sur de nouveaux bombardements aujourd’hui soulignent la fragilité du cessez-le-feu dont le but est de mettre fin aux violences qui ont tué plus de 9 000 personnes depuis que le soulèvement a éclaté. Devant les difficultés rencontrées par la communauté internationale pour faire cesser la brutale répression par le gouvernement, certains Syriens voient l’ASL comme leur seule option pour obtenir la liberté.

“Franchement, nous ne comptons plus” sur la communauté international, déclare via Skype un militant à Damas qui se présente sous le pseudonyme Mar. «Vous nous avez laissés tomber. L’ASL est notre seul espoir de salut maintenant.»

Le gouvernement d’Assad a caractérisé le soulèvement comme étant largement l’œuvre de bandes armées et de terroristes. L’activité de l’ASL, qui a été accusée de violations des droits de l’homme dans sa lutte contre le régime, a compliqué ce qui avait commencé comme une révolution dans laquelle les masses exigeaient pacifiquement mais avec persistance des réformes politiques, comme les Egyptiens l’ont fait place Tahrir.

Certains disent que le régime d’Assad craint plus le changement politique que l’insurrection armée.

«Le régime craint plus les manifestants non violents que les islamistes armés. C’est pourquoi la plupart d’entre eux ont été obligés de quitter le pays ou sont en prison, » explique Yara Nseir, qui a été forcée de fuir la Syrie l’été dernier après avoir été emprisonnée 18 jours pour avoir distribué des tracts. « Ils [les dirigeants du pays] voulaient que ça devienne un soulèvement armé parce qu’ils peuvent alors dire au monde qu’ils combattent contre des terroristes. 

Le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a tenu des propos très parlants lors d’une conférence de presse à Istanbul le 13 avril, quand on lui a demandé si « le régime syrien avait peur de sa propre [place] Tahrir.» Il a répondu, « C’est ce que nous pensions dès le tout premier jour. »

«Je leur ai dit en face qu’ils sont des criminels

Alloush, qui a fui au Liban pour échapper à l’ASL, était parmi les premiers militants qui ont organisé des manifestations contre lé régime à Homs quand le soulèvement a commencé en mars 2011.

“A l’époque le régime aurait pu armer des provocateurs pour qu’ils se mêlent aux manifestants afin d’avoir une excuse pour tirer sur nous. Eh bien, ils n’ont plus besoin de le faire : l’ASL leur a donné la parfaite excuse pour continuer à tuer des gens. »

En février, Alloush est rentré à Homs clandestinement. Il a fait le tour des mosquées de la ville pour persuader les imams de prêcher contre le recours à la violence. Quand l’ASL s’est aperçue qu’il était en ville, il a pris à nouveau la fuite vers le Liban voisin.

Un autre jeune militant Syrien, qui se présente sous le pseudonyme Yusuf Ashamy, s’est attiré également les foudres de l’ASL.

M. Ashamy se trouvait à Tripoli au nord Liban le mois dernier pour demander à l’ASL de l’aide pour acheminer une cargaison de produits médicaux pour des villes syriennes assiégées au moment où Human Rights Watch publiait un rapport sur de graves violations des droits de l’homme commises par les rebelles Syriens.

Dans une lettre ouverte aux chefs de l’opposition syrienne, Human Rights Watch citait « les preuves de plus en plus nombreuses d’enlèvements, de torture et d’exécutions commis par des membres de l’opposition syrienne armée. »

 «Je leur ai dit en face qu’ils sont des criminels s’ils font de telles choses, et qu’ils connaissent le sens du mot liberté, » déclare Ashamy.

Ashamy s’est entendu dire qu’il ferait mieux de ne plus se montrer à nouveau à Tripoli s’il voulait rester en vie.

“Ils ont tout gâché,” dit Ashamy en parlant de l’ASL. « Au début, nous étions tous des Syriens. Mais lors de mon dernier passage à Homs [fin 2011], j’ai trouvé que les gens sur place n’avaient aucune idée de ce qui se passait ailleurs dans le pays. Ils voient les choses comme une insurrection strictement sunnite, et on m’a accusé d’être un espion parce que j’ai des origines familiales druzes.»

Pourquoi le soulèvement a reflué

Récemment, certains militants ont créé une nouvelle organisation pour faire revivre les manifestations pacifiques des premiers jours de la révolution.

“Nous sommes encore nombreux à vouloir une révolution pacifique,” explique depuis Damas via Skype une militante qui se fait appeler Céline. «Mais depuis que c’est devenu un conflit armé, beaucoup de gens qui avaient de la sympathie pour notre cause ont abandonné.»

Organiser des manifestations est aussi devenu plus dangereux. « En ce moment, nous ne parlons qu’à des personnes que nous connaissons très bien, » explique Céline.

En conséquence, les manifestations sont devenues plus petites. Céline décrit une action récente.

«Nous étions d’accord pour nous réunir à un carrefour stratégique du centre de Damas. Certains d’entre nous ont fait brûler des pneus, tandis que d’autres scandaient des slogans. Le tout n’a pas duré plus de cinq minutes. Des passants voulaient nous rejoindre, mais nous étions déjà partis.»

Ce n’est peut-être pas grand chose, «mais c’est très important que nos voix soient entendues. Et nous faisons en sorte que nos manifestations soient filmées et que les vidéos soient envoyées aux media.»

On a besoin de leaders pour ‘cette période très sensible’

Le Conseil National Syrien (CNS), l’organisation qui chapeaute l’opposition, est suppose fournir un canal pour travailler à un changement politique. Mais même Mlle Nseir, qui est la porte parole du CNS en Syrie le considère comme trop aligné sur l’ASL pour offrir une réelle alternative à la rébellion armée.

« Le CNS prétend être représentatif du people syrien. C’est tout simplement faux,» explique Nseir. « Ils ne parlent que d’armer les rebelles. Ils ne parlent jamais de résistance non violente et ils ne parlent certainement pas au nom de la majorité silencieuse qui ne soutient ni le régime ni les rebelles en armes.»

Nseir a envisagé de démissionner du CNS comme d’autres l’ont fait,” mais on m’a persuade de rester et d’essayer de changer les choses de l’intérieur.”

Elle a mis ses espoirs dans la conférence du Caire. «Nous espérons nous mettre d’accord sur un message derrière lequel toute personne opposée à une plus grande militarisation du conflit pourra se rallier.»

“L’opposition: Elle doit résoudre le problème,” affirme Ali  Ali, un militant Syrien qui s’est fortement impliqué dans l’organisation du soulèvement du pays et qui réside actuellement au Caire où il assiste à la conférence.

“Les gens qui manifestent dans les rues ne doivent plus verser leur sang et ont besoin d’une véritable opposition  pour gérer cette période sensible, » dit-il, ajoutant que comme le régime, l’opposition a la responsabilité du sang qui coule tous les jours en Syrie » et de trouver un moyen de faire cesser la violence.

«Cette conférence est une arène pour débattre de toutes les idées et visions politiques, » explique le militant Syrien Orwa Al-Ahmed, qui réside actuellement à Dubaï. « La plupart des gens sont pour une initiative pacifique. Mais pour y arriver, il faut l’implication d’autres leaders et visions politiques.»

Les militants ne sont pas naïfs : ils savent qu’on ne peut pas revenir à la situation de l’été dernier, avant que le soulèvement devienne violent. Mais ils restent déterminés à œuvrer à des solutions pacifiques.

“Il n’y a pas de retour en arrière,” déclare Alloush. « L’ASL est une réalité et nous devons l’accepter. Mais cela ne signifie pas que nous devons les accepter comme leaders de cette révolution. Je connais ces gens, et je sais que beaucoup d’entre eux veulent transformer la Syrie en république islamique. S’ils en ont l’occasion. »

L’opposition syrienne a appelé à des manifestations de masse ce vendredi pour tester le plan de paix de M. Annan. Une des conditions du plan est que le régime autorise la liberté de réunion.

 «Nous avons une fenêtre étroite, mais le temps est contre nous, » affirme le militant Safinas. « Nous luttons contre deux régimes et deux armées maintenant.»

Pourquoi le cessez-le-feu ne tiendra pas en Syrie

12 avril 2012

Les hostilités semblent s’être arrêtées ce matin en Syrie. Maintenant, la question est de savoir si le cessez-le-feu va tenir, permettant ainsi l’amorce d’une solution politique.

Rien n’est moins sûr et il est probable que le cessez-le-feu ne tiendra pas bien longtemps parce que ni l‘opposition armée, ni les pays de l’OTAN n’y ont un quelconque intérêt.

Leur intérêt est effectivement que la situation continue à se dégrader et que le pays s’enfonce complètement dans la guerre civile et devienne une proie facile pour une intervention qui se ferait selon une variante du modèle libyen puisqu’une des puissances étrangères intervenantes, la Turquie, partage  plusieurs centaines de kilomètres de frontières terrestres avec la Syrie.

L’opposition armée étant globalement neutralisée ou dominée en Syrie même, l’étincelle de départ se produira probablement à la frontière syro-turque car, ainsi que l’explique clairement Pepe Escobar, les rebelles et autres mercenaires ou soldats étrangers lancent leurs attaques à partir du territoire de la Turquie qui leur offre un sanctuaire à quelques mètres seulement du territoire syrien.

NB : l’idéal serait cependant que je doive faire mon mea culpa pour cause de cessez-le-feu durable

Que se passe-t-il à la frontière syro-turque?

par Pepe Escobar, Asia Times (Hong-Kong) 11 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il y a une vidéo qu’on pourrait intituler assez librement « Terroristes du côte turc de la frontière tirant du côté syrien », ce qui résume assez précisément ce qui se passe dans cet actuel point chaud géopolitique extrêmement volatile.

La voix qui commente dit, “C’est la frontière syro-turque, et c’est une opération de l’Armée Syrienne Libre [ASL]… La porte [celle qui se situe du côté syrien de la frontière où se trouve le point de contrôle va être prise.»

Ce qui veut dire que la Turquie abrite l’ASL à seulement quelques mètres – et non à des kilomètres – du territoire syrien. Après avoir accueilli un centre de contrôle et de commandement de l’OTAN à Iskenderun il y a plusieurs mois maintenant – un fait déjà signalé par Asia Times Online – la Turquie s’avance désormais juste à la frontière, permettant un aller et retour de guerilleros/mercenaires lourdement armés pour attaquer un Etat souverain.

Imaginez un scénario semblable se produire, par exemple, à la frontière des Etats Unis avec le Mexique, en Arizona ou au Texas.

On peut le voir comme une interprétation très particulière par Ankara des « refuges de protection » et des «corridors humanitaires» tels qu’ils sont mis en avant par le principal modèle proposé pour un changement de régime en Syrie : un rapport du Saban Center de la Brookings Institution rédigé par l’habituel de pro-Israël d’abord et avant tout et «d’experts» du Moyen orient affiliés au Qatar.

Alors attendez-vous à voir un film aux conséquences innombrables; l’ASL attaquant un poste frontalier syrien, tuant des soldats avant de se replier sous une pluie de projectiles qui troucheront inévitablement un camp de réfugiés Syriens tout proche.

L’escalade à la frontière illustre crûment le scenario plus large: la guerre civile.

Le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu – avec sa fameuse politique de « zéro problème avec nos voisins » – a dû brusquement interrompre son voyage en Chine pour rentrer en Turquie à cause de l’escalade à la frontière. Ce serait très éclairant de savoir comment la direction politique de pékin lui a fait savoir que les trucs d’agents provocateurs de la Turquie revenaient à jouer avec le feu.

L’escalade à la frontière prouve aussi que l’OTAN n’est pas du tout intéressée par la réussite du cessez-le-feu présenté généralement comme le plan de Kofi Annan (c’est en fait uenversion diluée des plans de la Russie et de la Chine). Les problèmes vont continuer à s’aggraver – comme le suggère un reportage de Russian TV.

Il est évident qu’un gouvernement souverain – la Syrie dans le cas présent – doit exiger des garanties écrites que les opposants armés se conformeront au cessez-le-feu d’Annan.

La raison la plus importante pour laquelle ils ne le feront pas – et ils l’ont souligné publiquement – n’est pas seulement que l’ASL et les guérillas dissidentes continuerons à être armés par le Qatar et la monarchie saoudienne, et renforcés par des « rebelles » Libyens envoyés en Syrie ; c’est que deux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Grande Bretagne et la France – ont également leurs forces spéciales sur le terrain, engagées dans la formation, le enseignement et des opérations de combat.

La question à mille milliards de livres turques est de savoir si Ankara ira plus loin et mettra vraiment en place les « zones refuges », ce qui reviendra à une implication directe dans la guerre civile syrienne, c’est-à-dire une déclaration de guerre contre Damas. C’est exactement ce que l’ASL implorait les Turcs de faire.

Mais même cela serait insuffisant pour renverser le régime de Bachar al-Assad.

Quant à l’appareil policier et militaire d’Assad, il serait bien inspiré de ne pas se laisser provoquer à aller vers une orgie de tortures, d’exécutions sommaires et de bombardements d’artillerie – car ce sont les conditions nécessaires pour le maintien du soutien diplomatique des principaux membres du BRICS, la Russie et la Chine. Une fois encore, les Syriens ordinaires, pris entre deux feux, seront les tragiques perdants.

 


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