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L’accord de la municipalité – Etat de Hambourg avec la communauté musulmane

18 août 2012

Curieusement, ce fait qui a été signalé par plusieurs médias, comme La Croix dont je reproduis ci-dessous l’article, ou Le Monde et 20 Minutes, n’a guère été commenté. C’est pourtant un évènement important.

D’autant que l’accord dont il est question ne se limite pas aux jours fériés comme le laissent entendre certains titres puisqu’il inclut par exemple l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Les dispositions pour les jours fériés ressemblent d’ailleurs à celles qui existent en France.

En soi, cet accord marque une étape importante pour la reconnaissance de la religion musulmane en Allemagne à l’instar d’autres religions comme le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme.

Il a aussi l’intérêt de nous rappeler que la laïcité à la française est plus l’exception que la règle en Europe et que 1) l’absence de laïcité n’est pas incompatible avec la construction d’un Etat moderne où les libertés publiques sont respectées, 2) la laïcité n’est pas la seule voie permettant de garantir la liberté de conscience et 3) le vivre ensemble est possible sans laïcité.

Surtout la laïcité telle qu’elle est conçue depuis quelques années !

Mais attention, ma petite voix ne plaide pas pour un abandon de la laïcité en France. Je souhaite simplement rappeler que la laïcité dans l’Hexagone est intimement liée à l’histoire particulière de la nation française et au foyer de contestation des institutions républicaines qu’a longtemps représentée l’église catholique.

La ville de Hambourg signe un accord avec sa communauté musulmane

La Croix, 16 août 2012

Trois associations musulmanes, ainsi que la communauté alévie, ont signé avec le maire de Hambourg un accord portant sur les fêtes religieuses, les cours de religion dans les écoles, les lieux de culte et les rituels funéraires.

L’accord doit encore être ratifié par le Parlement de Hambourg, ville-Etat du Nord de l’Allemagne, mais il est déjà présenté par la presse allemande comme un «signal positif» dans la reconnaissance concrète de l’islam dans le pays.

À l’issue de cinq ans de négociations, mardi 14 août 2012, le maire de Hambourg, Olaf Scholz, a signé avec les représentants de la communauté musulmane et la communauté alévi deux accords  concernant les fêtes religieuses, l’éducation religieuse, la construction de lieux de culte et de sépulture. La question du statut juridique des associations signataires a également été abordée, mais les associations musulmanes ne pourront se voir accorder le statut de « corporations de droit public » accordé de longue date aux Églises catholique et protestante et leur permettant de percevoir l’impôt ecclésiastique.

Trois associations musulmanes ont signé – le DITIB (regroupant la communauté turque), la Choura (Association des communautés musulmanes de Hambourg) et l’Association des centres culturels islamiques (VIKZ), ainsi que la communauté alévi, religion issue de l’islam et très présente en Turquie. «La Ville avait déjà signé des contrats avec les communautés protestantes et l’Église catholique (2005) et la communauté juive (2007)» , rappelle-t-elle dans son communiqué.

LES FÊTES MUSULMANES ET ALÉVIS RECONNUES

«Alors que les dispositions de l’accord confirment largement les droits et obligations des parties découlant de la constitution et de la loi, il entraîne tout de même un changement juridique : les fêtes musulmanes et alévies les plus importantes acquièrent le même statut que les fêtes religieuses chrétiennes» , précise le texte. Ce jour-là, les salariés souhaitant ne pas travailler pourront poser un jour de vacances ou récupérer plus tard.

Cité par le Spiegel  , Aydan Özoguz, responsable du centre gauche Parti social-démocrate et député fédéral de Hambourg, a reconnu qu’«il y a une grande différence pour un travailleur musulman entre dire à son patron ‘‘je prends des vacances” , et pouvoir être plus direct et dire “ceci est mon jour de fête religieuse, et je tiens à le célébrer, donc je vais prendre un congé et faire le travail plus tard”» .

Le changement concerne surtout l’enseignement. L’instruction religieuse à l’école a une position particulière en Allemagne : elle est placée sous le contrôle de l’État, mais son contenu relève de la responsabilité des Églises. Alors que jusqu’à présent, l’Église protestante de Hambourg était responsable de l’enseignement religieux dans les écoles publiques, le dispositif prévoit, pendant cinq ans, «un développement de l’enseignement islamique et alévi avec l’objectif d’une participation égale» . Ce qui suppose «l’utilisation de professeurs de religion musulmane et alévi» .

UN « PROGRÈS EN MATIÈRE D’INTÉGRATION »

Le maire de Hambourg a salué le succès des négociations qualifiant ces accords de «progrès politique en matière d’intégration» et de «signal d’une volonté de coopération» . «Nous reconnaissons la présence de l’islam et de l’alévisme comme faisant partie de la société» , écrit-il. «Bien que de nombreuses dispositions ne fassent que répéter la loi applicable, nous voulons confirmer à ces deux communautés leurs droits et obligations dans notre société. Car c’est un signal clair, qui marque le début d’une collaboration, pas sa fin. Ces accords devront faire leurs preuves, nous y travaillerons ensemble» .

Le Parlement de la ville doit encore se prononcer sur les textes, précise le communiqué. «S’ils sont validés, ils entreront en vigueur à l’automne» .

ANNE-BENEDICTE HOFFNER

L’Egypte, les Frères Musulmans, la Turquie et la laïcité

11 novembre 2011

La diplomatie de la Turquie de Recep Tayypip Erdogan a des ambitions d’une toute autre dimension que celle qu’avaient initiée ses prédécesseurs. Tournés vers l’Europe, ces derniers semblaient aussi considérer que plus leur pays tournait le dos à son passé, plus il se rapprochait d’une adhésion à l’Union Européenne.

Une démarche qui s’est avérée chimérique car si le régime turc cherchait à faire table rase du passé, certains dirigeants Européens ne se gênaient pas pour le lui rappeler.

D’autant que ce passé est aussi un présent qui est le fait que l’écrasante majorité des citoyens Turcs est de confession musulmane et que cette dimension prend de plus en plus de place, non seulement d’un point de vue culturel mais aussi économique et donc stratégique.

Les péripéties de l’admission de la Turquie dans l’Union Européenne avec une porte tantôt entrebâillée tantôt refermée avaient masqué aux yeux de certains l’ouverture des portes au Moyen Orient et en Afrique du Nord, une partie de l’ancien territoire impérial des Osmanlis pour faire court.

C’est cette nouvelle réalité qui a amené le premier ministre Turc à se rendre en Tunisie et en Egypte, deux pays où les régimes ont succombé à la pression populaire et où des partis « islamistes » ont le vent en poupe, ce qui, suppose-t-on pourrait être favorable à un renforcement de l’influence d’une Turquie gouvernée par l’AKP.

Les choses ne sont cependant pas si simples, si on en croît l’article que je vous propose. Car si Erdogan a emmené avec lui sa mallette pédagogique sur la laïcité, son message n’a pas été compris par les Frères Musulmans en Egypte.

Et les raisons de cette incompréhension sont multiples. La première raison est historique, c’est-à-dire que la « laïcité » a été imposé en Turquie par un Mustapha Kemal auréolé d’un immense prestige pour avoir sauvé et en même temps fondé une nation dont l’effondrement complet était imminent. Ce qui lui a quand même facilité les choses.

Ensuite, comme le remarque le porte parole de la confrérie égyptienne, les choses ne se sont pas déroulés sans quelques heurts, et si la Turquie actuelle, comme d’autres pays de type démocratiques parlementaristes, se donne des airs du cycliste qui reste toujours bien peigné malgré des kilomètres parcourus sous la tempête, un premier ministre a quand même été arrêté, jugé et exécuté  en 1960. 

Parce que, aujourd’hui encore, l’armée se veut garante du respect des principes kémalistes, et gare à qui s’en éloigne un peu trop selon elle.

Et puis la laïcité turque ne correspond que vaguement à ce qu’on entend communément par laïcité.  Car si le religieux n’a pas le droit de s’immiscer dans le politique, le politique contrôle complètement le religieux avec des personnels largement fonctionnarisés.

Or la laïcité implique d’abord et surtout la neutralité de l’Etat en matière religieuse. Ce point fondamental n’est pas satisfait en Turquie et ne l’est déjà plus en France avec les fameuses lois sur la laïcité qui sont en fait des entorses évidentes à ce principe.

C’est donc cette laïcité assez étrange que M. Erdogan est allé promouvoir dans certains pays arabes. Et il n’est donc pas étonnant que,  comme l’observe Cumali Önal, les Frères Musulmans n’aient pas compris le message du premier ministre Turc sur la laïcité.

Dans l’analyse qu’elle fait du message du premier ministre Turc,  non seulement la confrérie égyptienne se montre bien informée des réalités turques, mais se garde de confondre, comme c’est souvent le cas dans les pays arabes, aussi bien chez ses partisans que chez ses détracteurs, laïcité et athéisme.

En fait, le chemin vers la laïcité est rien moins qu’évident et la France fait figure d’exception dans le monde. Si c’est la France qui a donné à la laïcité le sens qu’on lui connaît, il ne faut pas oublier que cette élaboration a été l’aboutissement d’une longue et tumultueuse histoire commencée le 14 juillet 1789 pour être parachevée avec les lois de séparation des églises et de l’Etat.

Et c’est le rôle antirépublicain, non pas de la religion catholique en tant que telle mais de l’église en tant qu’institution qui était visé. L’évolution laïque en France est avant tout un phénomène anticatholique et anticlérical et non antireligieux et elle correspond à un processus historique déterminé.

Ailleurs, dans bien des cas la laïcité est ignorée, comme au Royaume Uni, au Danemark ou même en Belgique où elle n’est qu’un courant de pensée parmi d’autres. Ce qui ne signifie pas que ces pays vivent sous l’emprise quotidienne du religieux ou que la liberté religieuse n’y soit pas effective.  Ce sont des sociétés sécularisées où le religieux n’est plus au centre de la vie politique même s’il peut rester au centre de la vie des individus.

La langue anglaise n’a pas de mot équivalent au mot français laïcité qui est traduit en anglais  par secularism, sans pourtant que ces termes soient réellement équivalents.

De même, le mot arabe « ilmania » serait l’équivalent du mot laïcité. Compte tenu de la racine de ce mot, c’est fort douteux et il est semble-t-il plutôt synonyme du mot anglais « secularism » Une difficulté que pose le mot secularism, notamment dans la traduction,  est que le français n’a pas de substantif équivalent  permettant de traduire adéquatement des situations de sociétés sécularisées : le mot sécularisme sonne comme une étrangeté,  la sécularisation renvoie à un processus comme le mot laîcisation (qui apparemment n’existe pas dans le dictionnaire),  l’adjectif séculier correspond en partie à laïc ou laïque : le clergé séculier, s’il a une fonction sacerdotale bien repérée, vit dans le monde par opposition aux ermites ou aux moines. Quant aux laïcs, ces derniers vivent la foi chrétienne dans le « siècle », c’est-à-dire dans la vie de tous les jours, au travail, dans leur quartier, leur paroisse bien entendu. Cette notion de laïc va de pair avec l’ordination des prêtres et est inconnue des églises chrétiennes dépourvues de clergé.

Si la laïcité à la turque me semble une gageure dans les pays arabes, sauf à être imposée d’une poigne de fer par l’armée, rien ne s’oppose à un processus de sécularisation qui est en fait largement amorcé dans certains pays.

La demande de certains pour que soit supprimée la référence à l’Islam comme religion d’Etat dans la Constitution n’a fait cependant qu’ajouter un motif de crispation inutile. Une telle référence, si elle est incompatible avec la laïcité, est par contre compatible avec un processus de sécularisation. Et là où les choses se passent pacifiquement comme c’est le cas en ce moment en Tunisie, l’évolution pourrait se faire plus vite que l’on ne pense.

En Egypte aussi, les malentendus à ce sujet doivent être levés car il en va quand même du destin de ce pays qui comporte une importante minorité chrétienne autochtone dont la liberté de culte et la sécurité doivent être assurés au même titre que pour les autres composantes de la population.

 

 Les Frères musulmans n’ont pas compris le message d’Erdogan sur la laïcité

 

par Cumali önal, Zaman (Turquie) 6 novembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’accent mis par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan sur l’impératif de la sécularisation pendant sa visite en Egypte mi-septembre n’a pas eu l’impact attend sur les frères musulmans, le plus important mouvement politique de ce pays.

De hauts responsables de ce mouvement soutiennent, faisant référence au type de sécularisation en vigueur en Turquie qui a beaucoup attiré l’attention sur lui ces dernières années, qu’il ne peut pas être appliqué dans un pays religieux comme l’Egypte.

S’exprimant dans l’édition dominicale de Zaman la semaine dernière, le porte parole du mouvement, Mahmoud Ghazlan, a déclaré que la différence la plus évidente entre l’Egypte et la Turquie est que le sécularisme turc est impose par les militaires, tandis que l’Egypte, ainsi qu’il est dit dans l’article 2 de sa constitution est un Etat musulman.

Ghazlan, qui observe qu’il y a beaucoup d’exemples de répression en Turquie au nom de la laïcité, a aussi souligné les nombreux coups de force qui ont été organisés par rapport à cette question et que l’ancien premier ministre Adnan Menderes avait été exécuté en 1960.

Insistant sur le fait que l’interdiction du foulard et la légitimation de l’adultère [en fait sa dépénalisation] n’étaient pas acceptables par la confrérie, Ghazlan a relevé que l’Egypte est le siège de l’université al-Azhar, un des hauts leiux de la défense de l’Islam et du Coran.

Observant que la religion et l’Etat ne peuvent pas être complètement séparés et évoquant le scandale Susurluk révélé le 3 novembre 1966, après un accident de la circulation qui impliquait une voiture dans laquelle se trouvaient le sous-directeur de la police d’Istanbul, un député Kurde et un leader nationaliste Turc, Ghazlan a soutenu que l’Etat et une mafia pourraient facilement s’interpénétrer dans un pays où la religion est exclue. Selon Ghazlan, une Egypte laïque encouragerait et promouvrait la corruption dans des nombreux domaines allant de l’ économie à la politique..

Il a souligné que la confrérie a un respect entier pour Erdogan en raison de ses efforts pour la levée du blocus de Gaza et sa passe d’armes à Davos [avec Shimon Peres]. Les Frères Musulmans sont cependant fermement opposés à un schéma qui exclut l’Islam du gouvernement.

La laïcité est un des principaux thèmes de discussion à la veille des prochaines élections en Egypte, un pays qui est encore dans une situation difficile.  Beaucoup de questions occupent l’agenda, comme les préoccupations sécuritaires, les difficultés économiques, les grèves et l’éventualité d’un coup de force par l’armée.

 

Cependant, et pour ne pas perdre de temps comme la Turquie, l’Egypte devrait tenir compte des messages transmis par Erdogan sur la laïcité. Son message visait à mettre l’accent sur la paix civile. Dit autrement, une laïcité authentique est une assurance et une garantie pour la paix civile.

Même si elle n’est pas parfait, la Turquie développe une approche et une compréhension de la véritable laïcité. Elle bénéficie aussi d’améliorations et d’expériences dans de nombreux domaines. Pour que l’Egypte passe à travers ce processus sans heurts, elle aura besoin de paix civile et de cohésion.

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Les Egyptiens sont des gens religieux, mais ils sont aussi un des peuples les plus paisibles du monde. Ils ne veulent pas le conflit. En dépit d’énormes insuffisances dans le domaine de la sécurité, le pays n’a pas basculé dans des affrontements majeurs. C’est surtout grâce à cette caractéristique singulière de leur société.

Il est cependant probable également que des gens poussent à un conflit entre Musulmans et Chrétiens en Egypte pour servir leurs desseins politiques.

On voit ce danger dans la bipolarisation et les allégeances politiques. La politique du pays est façonnée par les Frères Musulmans.

Plusieurs partis ont fondé le Bloc Egyptien  pour s’assurer que le parti de la liberté et du développement (HKP), parrainé par les Frères Musulmans ne parviendra pas au pouvoir. De nombreux partis ont néanmoins laissé le HKP et ses alliés aller seul aux élections.

 Il est indubitable que les  partis soutenus par les libéraux, la gauche, les communistes et les Chrétiens ont peu de chances d’être élus. Mais toute erreur même minime des Frères Musulmans qui pourrait alimenter le soupçon et la peur risquerait de provoquer le chaos même si la confrérie accède au pouvoir. Tous leurs messages et leurs actions doivent être très clairs.

Ce qui devrait se traduire par un sentiment de soulagement cez les Chréteiens et dans les cercles libéraux. Les Chrétiens demandent à la confrérie de clarifier son message et de montrer ses véritables intentions. Les libéraux, d’un autre côté, soutiennent que si l’HKP gagne les élections, les femmes seront obligées de porter le tchador, c’en sera fini de l’économie de marché, les activités touristiques seront gelées et le système bancaire comme le pays seront poussés dans une transition vers un autre style de dictature. 

 

En bref, pour que le pays parvienne à une situation meilleure, les Frères musulmans, en tant que meilleure chance pour le pays d’aller vers un gouvernement démocratique; doivent proposer des réponses plausible ) ces allégations et à ces doutes. Ce qui pourrait être accompli grâce à une véritable laïcité, aussi déplaisant que cela puisse paraître. Dit autrement, le pays serait dirigé par un gouvernement qui resterait à égale distance de tous et serait proche de toutes les composantes du pays en même temps.

Pas de buzz national pour les deux créneaux de piscine pour des élèves d’une école juive

23 octobre 2011

Un pour les garçons et un pour les filles car la religion juive s’oppose à la mixité dans les piscines.

Une information qui aurait fait un foin énorme au niveau national si elle concernait des élèves d’une école musulmane mais qui n’a qu’un écho local. Or, nous savons que nos politiciens, surtout ceux de droite, sont à l’affut de tout ce qui leur permettrait de remettre les questions de la laïcité au cœur du débat. Jean-François Copé est étrangement silencieux. Il a dû perdre sa langue

Et ça fait pourtant 35 ans que ça dure!


AIX-LES-BAINS (SAVOIE) / POLÉMIQUE AUTOUR DE LA PISCINE

Des créneaux réservés aux élèves des écoles juives

par Muriel BERNARD, Le Dauphiné Libéré, le 20/10/2011

 Peut-on réserver des équipements publics à l’usage exclusif d’une minorité confessionnelle ? La ville d’Aix-les-Bains (Savoie) se trouve aujourd’hui éclaboussée par une polémique axée sur le respect du principe de laïcité.

Tout commence vendredi dernier, avec une baigneuse aixoise qui se rend à la piscine municipale pour faire quelques longueurs entre midi et deux. Mais celle-ci ne peut accéder aux bassins : sur ce créneau horaire, la piscine est fermée au public. Motif : les jeunes lycéens de l’école talmudique de la ville se préparent à leur épreuve de natation au bac.

Or, tous les élèves du bassin aixois nagent régulièrement dans les eaux municipales sans que la piscine ne soit fermée aux autres baigneurs.

Et comme les filles et les garçons ne doivent pas se baigner ensemble selon la religion juive, ce n’est pas un mais deux créneaux réservés dont il est question. Les filles de l’école juive Tomer-Debora se rendent à la piscine de 7 heures à 8 heures le vendredi, avant l’ouverture au public, et les garçons occupent les bassins entre 12 heures et 13 h 30. “Ce système fonctionne depuis 35 ans”

Le député-maire de la station thermale, Dominique Dord, s’est montré embarassé par cette affaire. Celui-ci affirme que cette pratique, dont il a effectivement connaissance, a été mise en place en 1977, sous la gérance municipale d’André Grosjean.

“Ce système fonctionne depuis 35 ans sans qu’aucun maire avant moi ne change quoi que ce soit, qu’aucune opposition municipale n’aborde la question. Aujourd’hui, cette histoire est placée sous les projecteurs et je comprends qu’elle puisse faire débat.”

L’élu évite de se positionner politiquement sur cette affaire et s’en tient à des éléments de réponses techniques. Pour Dominique Dord, il n’y a pas de préjudice financier dans la mesure où la communauté juive paie pour occuper ces créneaux, alors que toutes les autres écoles font de la natation gratuitement. Les garçons s’acquittent du prix normal d’entrée (4,10 €) tandis qu’il n’en coûte aux filles que 2,40 €, sachant qu’elles sont en dehors des horaires d’ouverture. Mais il faut ajouter l’octroi d’une maître-nageuse sauveteuse…

“Il faut savoir que cet aménagement horaire n’est valable que 10 séances dans l’année, d’octobre à février. Par ailleurs, des clubs sportifs profitent aussi du centre nautique en dehors des heures d’ouverture” affirme le député-maire. Le sujet fera l’objet d’un débat

Depuis le 1 er janvier 2010, le centre nautique est passé sous le contrôle de la Communauté d’agglomération du lac du Bourget (Calb), présidée par Dominique Dord. Jean-Claude Loiseau, président de la commission tourisme à la Calb, tente une solution : ”Le centre nautique doit être rénové en 2012. Ces travaux vont être l’occasion de remettre à jour le règlement intérieur. Toutes les questions des plages horaires accordées aux clubs sportifs et au lycée talmudique seront posées et réétudiées.”

Une volonté de débattre à laquelle M. Dord met un bémol : “Avant, je vais demander une consultation juridique pour savoir si aux yeux de la loi, nous enfreignons le principe de laïcité. Si c’est le cas, alors on avisera, mais dans la concertation. Il est hors de question de stigmatiser une communauté.”

Info repérée via le site L’Islam en France

Quelques réflexions sur l’islamophobie et la laïcité

2 octobre 2011

Les sociétés occidentales connaissent une évolution idéologique assez remarquable dont une des caractéristiques est la montée de ce qu’on peut appeler l’islamophobie.

Aux Etats Unis où le changement est souvent impulsé par des « entrepreneurs » au sens où l’entend Howard S. Becker, qui se chargent d’un sujet et de son lancement sur le marché des idées, l’origine de cette évolution peut à la fois être datée et située quant à son origine.

En Europe, les choses sont plus compliquées parce que le marché idéologique est plus contraint tant par les caractéristiques propres à chaque pays que par des lois et des règlements. Le poids de l’histoire, notamment de celui de la période nazie, constitue encore un frein à une manifestation plus franche de l’islamophobie.

L’islamophobie ne pourra en effet revêtir un caractère entièrement acceptable qu’une fois que les mouvements d’extrême droite auront renoncé à la contestation de la «shoah» ou à la minimisation de « l’holocauste » et à l’antisémitisme. L’extrême droite entrera alors de plain pied dans l’échiquier politique et sera autorisée à nouer des alliances électorales ou de gouvernement comme c’est déjà le cas aux Pays Bas avec le parti de Geert Wilders

Pour l’heure, l’islamophobie recourt à des arguments qui peuvent sembler de bon sens comme ceux de ce politicien Français, avocat de son état, qui avait plaidé que toute personne devait pouvoir être identifiée, reconnue et donc avoir le visage découvert.

Une belle idée qui ne l’a cependant pas poussé à demander qu’on légifère sur les postiches, fausses barbes et autres perruques. Dommage car il aurait été là au bout de sa logique ! Lui-même n’ayant jamais eu à expliquer pourquoi il se présente publiquement sous un patronyme qui n’est pas son nom d’origine. Ce politicien a en quelque sorte mis une burka sur son véritable nom!.

Mais l’argument de cet homme politique n’est bien sûr rien à côté de ceux qui réfèrent à la  défense des droits de la femme. Ou encore de ceux qui affirment vouloir défendre la laïcité, un principe bien connu en France et que semblent découvrir certains pays européens qui l’ignoraient dans le fonctionnement de l’Etat, comme la Belgique. C’est à cette question de la laïcité que je me limiterai ici.

Si d’aucuns considèrent que l’interdiction du «voile» en Belgique est simplement une péripétie d’une question plus générale il faut noter qu’au contraire les autorités belges ont pu aisément légiférer sur la question parce que le royaume n’est pas un Etat laïque. Et que la France a légiféré à ce sujet en dérogeant précisément aux principes de la laïcité.

Récemment encore, ce fut au tour du premier ministre britannique David Cameron d’indiquer qu’il souhaitait légiférer sur la question de la tenue vestimentaire des musulmanes. Or, comme vous le savez sans doute le Royaume Uni est un Etat officiellement chrétien anglican et la reine, qui est chef de l’Etat, est aussi chef de cette église tandis que la religion anglicane est enseignée à l’école publique.

Ces problématiques identiques qui apparaissent dans des pays différents au niveau de leur rapport au religieux, de l’islam singulièrement, nous montrent l’existence d’une dynamique propre à la question de l’Islam en occident et que cette dernière n’a rien à voir avec la «laïcité».

Parce qu’alors que certaines manifestations extérieures de l’Islam, qui sont parfois plus ou moins marginales, peuvent se trouver au centre du débat public et faire l’objet d’anathèmes règlementaires, d’autres pratiques religieuses sont par contre prises en charge par les pouvoirs publics au sens large.

Ainsi, dans la France laïque, cette organisation en catimini d’une session spéciale d’’une épreuve de concours pour tenir compte d’une fête juive, le report d’un examen universitaire en 2009 ou la modification du calendrier des épreuves de la session 2005 du baccalauréat. Ou encore, cet office HLM de la couronne parisienne qui a équipé certains de ses immeubles de serrures « casher » pour éviter aux locataires Juifs pratiquants de risquer de rompre le sabbat en actionnant une serrure électrique (une info donnée par le Parisien Libéré , introuvable depuis).

Je ne discuterai pas de  la légitimité de ces mesures. je me bornerai simplement à constater que ce ne sont pas des choses dont on aime trop parler en France, parce que voyez-vous, la France est une république laïque…

Dans la grande Bretagne, qui n’est pas laïque comme on l’a dit, on a moins de gêne pour en parler. Le Daily Mail, par exemple, fait un article sur un passage protégé dans une rue aux abords d’une synagogue londonienne où le boîtier qui permet aux piétons d’appeler pour que le bonhomme de l’écran de signalisation passe du rouge au vert a été remplacé par un dispositif à minuterie automatique faisant passer le feu du rouge au vert toutes les 90 secondes,

De sorte que les Juifs pratiquants n’auront pas à enfreindre une loi religieuse qui leur interdit d’utiliser l’électricité et de faire fonctionner des machines pendant le sabbat.

Le passage piéton est proche d’une synagogue très fréquentée, et appuyer sur un bouton pour actionner le boîtier est considéré comme une infraction aux règles strictes qu’appliquent les Juifs orthodoxes.
Le trafic routier sera interrompu toutes les 90 secondes du vendredi soir à la tombée de la nuit le samedi, couvrant ainsi la période du sabbat juif.
Le passage protégé se trouve sur une des rues à forte circulation de Londres – la North Circular au carrefour Henlys Corner. Mais les autorités insistent sue la fait que la circulation ne sera pas perturbée pour autant.
La décision de placer des dispositifs automatiques sur les passages protégés après que des responsables de la Finchley United Synagogue aient expliqué leur problème à l’équipe de Transport for London, l’organisme chargé d’entretenir les principales artères de la capitale. TfL assure que le dispositif automatique n’a pas entraîné de surcoût.

Au moment où j’écris ces lignes, l’article a fait l’objet d’un peu plus de 700 commentaires de lecteurs dont beaucoup font part de leur étonnement, si ce n’est de sentiments peu amènes.

L’article conclut sur un autre “accommodement” consenti pour la communauté juive, la possibilité de délimiter dans le même quartier un érouv « controversé. Un érouv, nous dit l’article, est une zone où les Juifs pratiquants ont le droit par exemple de pousser un landau ou un fauteuil roulant sans toutefois être autorisés à utiliser l’électricité.

Il n’y pas d’érouv en France, laïcité oblige. Je veux dire qu’en fait ils existent, mais n’ont guère droit de cité dans le discours public, on n’en parle pas.

Tapez dont « érouv » sur Yahoo ou sur Google et vous verrez qui en parle : quelques blogs, des sites religieux juifs, wikipedia . S’il y en a d’autres, faut bien chercher.

Un élu comme  Michel Bulté, ancien maire RPR du 19ème arrondissement de paris l’avait dit ouvertement pourtant en 1999 :

«J’assume tout à fait la politique en faveur de la communauté juive et, contrairement à certains faux-derches qui se sont absentés lors du vote, je renouvellerai mon vote en faveur de la garantie d’emprunt [pour le centre scolaire de la rue Petit] du conseil régional » J’espère que ma compréhension envers toutes les communautés sans exclusive sera un atout pour 2001. Défendre à tout crin la laïcité dans un quartier de mosaïque religieuse, c’est l’erreur du PS.»

Vous admirerez les arguments de M. Bulté qui explique qu’il ne favorise aucune communauté mais qu’il assume tout à fait le fait d’en favoriser une. Bulté est sûrement un maître du pilpoul, une technique de bavardage proche de ce qu’on appelle plus communément ‘enculage de mouches.’ Aux dernières nouvelles, Bulté qui avait commencé maoîste avant de rejoindre le RPR puis l’UDF était au MODEM de François Bayrou. Un homme de convictions, c’est incontestable.

Avec ces propose de M. Bulté, nous sommes deux ans seulement avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis et le lancement définitif de la campagne islamophobe. Cette campagne s’accompagne paradoxalement partout d’un renforcement du communautarisme qui devient une réalité incontournable de la vie politique, un fait qui apparaît d’une manière éclatante aux Etats Unis, le modèle des néolibéraux plus ou moins assumés qui gouvernent dans nombre de pays occidentaux.

J’étais parti pour faire un billet très court mais de fil en aiguille, (et de manière peut-être un peu décousue si j’ose dire) je me suis laissé aller à réfléchir un peu plus avant sur ces questions de laïcité et d’islamophobie. J’espère que ces cogitations seront utiles aux lecteurs qui s’intéressent à ces thématiques.


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