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Sheldon Adelson et la prostitution de la classe politique américaine

6 août 2012

On le sait, aux Etats Unis l’argent est aussi vital pour gagner des élections que les bulletins de vote eux-mêmes.

En fait, l’argent contribue fortement à obtenir ces fameux bulletins. Pas en les achetant, le procédé est rarement aussi grossier mais tout simplement en permettant à un candidat d’être plus visible qu’un autre, ce qui est décisif dans une ère de communication de masse.

C’est ce même procédé qui sert à nous faire acheter des savonnettes. Après, il faut que la savonnette lave vraiment et ne provoque pas de réaction allergique, mais ça, vous le savez en général seulement après l’avoir achetée.

Il est cependant vrai que si votre produit est à l’évidence de mauvaise qualité ou même nocif, la réclame ne saura convaincre que quelques nigauds.

Newt Gingrich, candidat Républicain à l’investiture présidentielle était en quelque sorte un mauvais produit et tout l’argent qu’a versé Sheldon Adelson pour sa campagne n’a pas suffi à lui assurer la victoire sur Mitt Romney.

Non pas que Romney lui-même soit un bon produit capable de réellement concurrencer Barack Obama, mais il a un aspect terroir américain traditionnel plus affirmé que Gingrich et, surtout, il est beaucoup plus en phase avec l’électorat de type «évangéliste», sioniste chrétien bien souvent, qui est la masse de manœuvre des néoconservateurs.

C’est important parce que Sheldon Adelson est un Juif orthodoxe qui finance colonies et institutions religieuses dans les territoires occupés.

Sheldon Adelson et la prostitution de la classe politique américaine

Et c’est pourquoi, bon gré mal gré, Sheldon Adelson a décidé de reporter son appui financier sur Mitt Romney. Et il l’a fait avant tout par détestation de Barack Obama.

Car, du point de vue de Sheldon Adelson, Barack Obama est une espèce de gauchiste et surtout un ennemi de l’Etat juif, alias l’entité sioniste usurpatrice.

On a compris que les hautes exigences éthiques et spirituelles de Sheldon Adelson étaient mieux satisfaites par ceux qui incarnent les valeurs conservatrices, le goût d’entreprendre pour le bien commun,  la rectitude morale et le patrimoine patriotisme.

Pour ce qui est d’entreprendre pour le bien commun, il faut juste savoir que Sheldon Adelson tire ses énormes revenus de la chaîne d’hôtels-casinos Sands dont le siège se trouve à Las Vegas. Il gère donc des endroits où on peut dormir, jouer de l’argent et sans doute faire d’autres trucs encore.

On a donc là le parfait exemple d’une réussite économique profitable à la société dans son ensemble et conforme à une éthique religieuse des plus rigoureuses.

Bon, jeux de hasard et morale sont peut-être deux choses qui ne vont pas bien ensemble ?

Il se trouve aussi que M. Adelson est visé par une plainte déposée contre lui par un de ses anciens employés, un certain Steven Jacobs qui dirigeait la filiale chinoise des hôtels-casinos  Sands.

Pour résumer, ce M. Jacobs accuse son ancien patron

d’avoir  favorisé la prostitution dans ses établissements chinois

et de

 collusion engagée avec un intermédiaire local, Leonel Alves, qui présentait l’insigne avantage d’être à la fois membre du conseil restreint de dix personnes qui entoure le chef de l’exécutif de Macao, membre d’un important conseil consultatif du gouvernement chinois à Pékin et propriétaire d’un cabinet indépendant de conseil aux investisseurs.

Bref de corruption

 A côté de cette plainte, on apprend que

Le gouvernement américain enquête pour savoir si le casino Las Vegas Sands a enfreint la loi sur le blanchiment d’argent, affirme le Wall Street Journal.

 Même si une seule de ces accusations était vraie, ça ferait quand même beaucoup. Et l’argent d’Adelson commence à peser comme un boulet au pied d’un Mitt Romney qui n’a eu pourtant de cesse de verser dans la surenchère  prosioniste !

Romney, qui n’est quand même pas tout à fait tombé de la dernière pluie, a quand même rejeté, pour l’instant, la demande formulée par Adelson d’une libération de l’espion sioniste Jonathan Pollard en cas de victoire électorale.

Parce que Romney se veut patriote américain et qu’il n’aimerait pas s’engager trop à la légère à libérer quelqu’un qui a nui aux intérêts vitaux de son pays.

Alors justement, qu’en est-il du patriotisme de Sheldon Adelson ?

Steve Sebelius du Las vegas Review-Journal nous éclaire quelque peu à ce sujet :

Les républicains adorent stigmatiser le président Barack Obama pour n’être pas suffisamment pro-Amérique.
Mais où sont leurs cris d’indignation devant la vidéo en ligne où on voit Adelson dire que malencontreusement, c’est l’uniforme américain qu’il avait porté et non l’israélien pendant son service militaire ?
«Je ne suis pas israélien,» déclare Adelson. «L’uniforme que j’ai porté à l’armée, malheureusement, n’était pas un uniforme israélien, quoique ma femme était dans l’armée israélienne et qu’une de mes filles était dans l’armée israélienne.»
Et quelle ironie d’entendre Adelson dénoncer les politiques de «type socialiste» du président Obama alors que, selon Forbes magazine, il a vu sa propre fortune faire un bond à nul autre pareil aux Etats Unis pendant le mandat d’Obama ?

Un sacré patriote américain que ce Sheldon Adelson qui regrette d’avoir fait son service militaire dans l’armée de son pays et non sans celle de l’Etat prétendu  juif!

Télé réalité iranienne aux Etats Unis

22 avril 2012

Les résultats du 1er tour du scrutin présidentiel français, tels qu’ils ressortent des estimations, sont tout à fait étonnants et annoncent un nouveau durcissement du discours de droite, en l’absence probable d’une possibilité de recomposition sous la houlette de François Bayrou.

Mais bon, je ne voulais pas vous parler de ça, mais plutôt d’un autre phénomène malencontreux que peut produire la démocratie libérale dans sa forme la plus aboutie

Admirez la conclusion de l’article.

“Télé réalité” irano-américaine

Temps pour une révolution ?

The Economist (UK) 21 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ceux qui connaissent Los Angeles savent bien que certaines parties de la ville fourmillent de riches expatriés Iraniens. Des dizaines de milliers d’entre eux, fuyant la révolution islamique de 1979, s’étaient établis dans la partie ouest de la ville, particulièrement dans des quartiers chics comme Beverly Hills. Dans le quartier de Westwood, une avenue très fréquentée qui s’est vite remplie de magasins et d’entreprises iraniens est appelée maintenant «Téhérangeles.»

Plus de trente ans après, la chaîne de télévision Bravo et Ryan Seacrest productions ont pensé que le moment  était venu pour un feuilleton télé mettant en scène les rejetons de ces immigrants. « Les Shahs de Sunset » – un show au scénario minimal [soft-scripted] qui mélange comédie et réalité et dont une deuxième série d’épisodes vient juste d’être commandée – suit la vie de six Irano-américains riches et gâtés. Quatre d’entre eux travaillent dans l’immobilier. Le nom du spectacle donne à comprendre qu’ils sont la nouvelle dynastie de Sunset Boulevard, qui traverse certains des quartiers les plus huppés de la cille.

A l’intérieur de la communauté irano-américaine très soudée, “Shahs of Sunset” a causé sa propre mini-révolution. Certains veulent que la série continue, d’autres veulent qu’elle s’arrête.

Le second groupe est écœuré par le comportement dissolu des personnages et par la manière dont certains aspects de la culture perse sont brocardés sur le petit écran.

Avant même la diffusion des premiers épisodes, Jimmy Delshad, un Irano-Américain qui a été maire de Beverly Hills, s’inquiétait du fait que la série allait “nous ramener en arrière et nous donner l’air de gens indésirables » M. Delshad, qui vit aux Etats Unis depuis des années, se rappelle de la crise des otages de 1979 – 1981 en Iran et de ses répercussions.

Après les tout premiers épisodes de Shahs”, des pétitions ont commencé à circuler dans la communauté irano-américaine pour obtenir l’interdiction de la série. Ma mairie de West Hollywood avait adopté une résolution pour la condamner. Un conseiller municipal s’inquiétait du fait que la « dissémination de stéréotypes négatifs sur n’importe quelle communauté… peut mener à de la discrimination et  même, dans des cas extrêmes à de la violence.»  D’autres Irano-Américains s’inquiètent beaucoup plus du fait que le programme est surtout devenu célèbre pour ses ignobles scènes de télé réalité comme les vomissements dans les boîtes de nuit de Las Vegas et les lavements colorectaux portés à l’écran.

La théocratie iranienne a produit cette année le lauréat de l’Oscar pour le meilleur film en langue étrangère (“Une séparation”). Certains trouvent ironique que dans le même temps, des acteurs et des actrices Irano-Américains dont les parents avaient échappé aux griffes des mollahs pour fuir vers la démocratie aient créé des joyaux du genre «Shahs of Sunset, épisode 2 : C’est mon anniversaire Salopes.»


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