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Le manifeste antisioniste de Philip Weiss

7 décembre 2011

Le blog de Philip Weiss est une référence incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au conflit qui met aux prises les Palestiniens avec les imposteurs sionistes.

On n’est pas forcément d’accord avec lui, et c’est normal, mais on ne lui retirera pas sa probité intellectuelle et, bien sûr, sa compétence de journaliste qui sait de quoi il parle.

Il nous livre aujourd’hui ce que j’estime être le meilleur manifeste antisioniste produit depuis bien longtemps par un Occidental. Un manifeste qui a une forme et un contenu particuliers puisque c’est d’abord celui d’un Juif qui s’adresse à d’autres Juifs à qui il entend faire saisir des enjeux qu’il estime fondamentaux.

C’est bien entendu aussi celui d’un homme, d’un démocrate, qui parle à tous les hommes.

Israël n’est plus une bonne chose pour les Juifs

par Philip Weiss, Mondweiss (USA) 7 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaîri

Israël n’est plus une bonne chose pour les Juifs. Telles sont les dernières nouvelles à New York.

C’est arrivé la semaine dernière, ou il y a deux ans. Le sentiment s’est profondément enraciné dans la communauté juive américaine qu’Israël nous fait du tort, nuit à notre place dans le monde et à notre avenir. Les restrictions sur la démocratie, aux droits des femmes, l’intransigeance vis-à-vis des Palestiniens quand Obama demandait qu’on avance, l’indifférence au printemps Arabe – Israël est une société dont en tant que Juifs, nous ne reconnaissons plus le caractère juif et, le pire de tout, son militarisme expose les Juifs Américains à l’accusation de double allégeance. Et nous n’aimons pas ça : Nous sommes Américains.

La goutte qui a fait déborder le vase a d’évidence été la stupide campagne de communication qui ciblait Noël et les mariages mixtes –  une campagne de com que Netanyahou a annulée. Même des lobbyistes Israéliens de droite avaient été stupéfaits du degré de nullité de cette campagne de communication. Mais elle était l’expression d’authentiques attitudes israéliennes. Et c’est pourquoi elle est si effrayante : les Juifs Américains s’éveillent au fait que la société israélienne n’est en rien comme la nôtre. Hillary Clinton n’a pu se lancer dans une critique des restrictions religieuses pour les femmes en israël que parce qu’elle sait que c’est ce que ressentent les Américains Juifs. L’ambassadeur Gutman parlait pour de nombreux Américains Juifs raisonnables quand il a dit que les politiques israéliennes font du tort aux Juifs en excitant l’antisémitisme.

Nous sommes pour l’intégration. Nous vivons en Amérique parce que nous voulons être des Juifs dans une société plurielle.  C’est en gros l’esprit de la vie juive en Amérique. Et maintenant ces sionistes – des séparatistes en qui nous n’avons jamais vraiment eu confiance quand nous débattions avec eux en Europe orientale – s’avèrent avoir tout doucement confisqué la judéité pour l’emmener dans un lieu de ténèbres sordides. Et leur plat est cuit ; Israël a produit un « apartheid sur stéroïdes », ainsi qu’un leader Juif l’écrivait en automne dernier dans The Nation (une publication de gauche, NdT) ; il  n’en voulait aucune part.

Pourtant, les séparatistes, les néoconservateurs, dont Elliott Abrams – qui a dit que les Juifs devaient rester à part dans toutes les sociétés où ils vivent excepté Israël, l’exact opposé du credo intégrationniste – essayent d’emmener notre pays encore plus loin, vers une attaque contre l’Iran ! Ce vendredi, le Secrétaire à la défense a affirmé de manière catégorique que ce n’est pas dans l’intérêt de l’Amérique :

[Attaquer l’Iran] ne détruirait pas en fin de compte, c’est ce que je pense, sa capacité à produire une arme atomique, mais ne ferait que la retarder – premier point. Plus préoccupant à mes yeux seraient les conséquences imprévisibles, qui pourraient être que finalement une attaque aurait un effet boomerang et que le régime, qui est faible actuellement, pourrait soudainement être capable de se ressaisir, être en mesure de bénéficier de soutien dans la région et que, au lieu d’être isolé il pourrait tout à coup obtenir un plus grand soutien dans une région qui le voit pour l’instant comme un paria. Troisièmement, les Etats Unis seraient évidemment accusés et nous pourrions être la cible de représailles iraniennes, frappant nos bateaux, frappant nos bases militaires. Quatrièmement – une telle attaque aurait des conséquences économiques – de graves conséquences économiques  qui pourraient secouer une économie très fragile en Europe et une économie fragile, ici aux Etats Unis.     

Et enfin, je pense que les conséquences pourraient être d’avoir une escalade qui non seulement prendrait beaucoup de vies humaines mais, je le pense, pourrait consumer le Moyen Orient dans une confrontation et un conflit que nous regretterions.

Peut-on être plus clair? Et pourtant le lobby de la droite dure israélienne nous pousse à attaquer l’Iran. Mais nous, Juifs, sommes Américains !

Il y a un siècle, une des réussites assez douteuses de Louis Brandeis avait été d’entremêler identité juive américaine et sionisme. Brandeis s’était converti au sionisme (afin d’obtenir un siège à la Cour Suprême ; Wilson voulait un Juif représentatif, pas un riche Juif Allemand), et avait déclaré qu’un bon Juif Américain devait être un sioniste, que l’amour pour deux idées de la patrie était très bien.

La réussite de Brandeis est en train maintenant de s’inverser. Qui peut aimer cette « patrie » ? Les valeurs israéliennes sont incompatibles avec les valeurs juives américaines. Même Jeffrey Goldberg [journaliste sioniste] dit que l’occupation est un «désastre moral.» . Eh bien, imaginez-vous qu’elle dure depuis 44 ans !  Avec ses bus et ses routes ségrégés, avec ses campagnes de communication contre Noël et les mariages mixtes, avec le refus de mettre fin à l’occupation – israël est une société différente de la nôtre. 

Ici, nos enfants épousent des non Juifs et fêtent même Noël, et c’est très bien. Ici, l’intolérance n’est absolument pas cool. 

JStreet [lobby juif regroupant des sionistes modérés] l’avait vu venir il y a deux ans – Dans notre équipe, nous sommes mariés à des non Juifs et certains ont des seders bouddhistes, avait dit Jeremy Ben-Ami. Cette prise de conscience s’étend maintenant dans la communauté juive au sens large. Nous sommes des intégrateurs, nous apprécions notre privilège dans la société américaine et nous comprenons qu’il comporte des obligations. Et la rage des néoconservateurs après la déclaration de Leon Panetta est simplement le reflet de l’isolement croissant des néoconservateurs. Norman Finkelstein le dit depuis des mois maintenant : les Juifs Américains sont libéraux, leur route les éloignera d’Israël pour cause de différences profondes. Donna Nevel l’a dit aussi : les Juifs Américains croient en la justice sociale. 

Il y a quelques années, Walt et Mearsheimer avaient évoqué les risques graves posés par le lobby israélien à la présence juive aux Etats Unis. Les néoconservateurs les avaient diffamés en les taxant d’antisémites, comme ils diffament Howard Gutman en ce moment. Mais gardez courage M. Gutman, le point de vue de Walt et Mearsheimer est aujourd’hui des plus communs et il a de nombreux échos au cœur de la vie juive. David Remnick se dresse pour dire que la communauté juive américaine ne sera plus longtemps la vache à lait d’un Israël de droite : « Désolé, ça ne peut pas marcher comme ça. La communauté juive n’est pas qu’un bon petit déjeuner au Regency.» Tom Friedman affirme qu’Obama est pris en «otage» par le puissant lobby israélien. Le rédacteur en chef de Haaretz, Amos Schoken affirme que le « lobby juif » aux Etats Unis est pour l’apartheid. A l’assemblée générale des Jewish Federations à Denver, une femme d’Encounter a reconnu que toute l’histoire pro-Israël qu’on a fait gober aux enfants n’était que de la «masturbation intellectuelle.» 

L’article de Ben Smith dans Politico d’aujourd’hui, «Une fissure avec Israël dans les rangs du parti démocrate,» est l’annonce que ces bouleversements atteignent maintenant la classe politique. La communauté juive, qui est l’épine dorsale du parti Démocrate, est en train de se diviser sur le soutien à Israël, et la campagne pour l’élection présidentielle cette année fera à la fin émerger cette question dans le champ de bataille politique, avec des Juifs dans deux camps sur ce sujet, et avec les non Juifs invités à dire ce qu’ils pensent. 

Et les meilleurs parmi les Américains s’exprimeront en faveur des droits des Palestiniens. Quand Jews Say No ! s’est exprimé contre la tuerie de Gaza qui a massacré 400 enfants innocents en 22 jours d’efficacité meurtrière ; quand Jewish Voice for Peace a soutenu le boycott, ils l’ont fait en tant que membres d’une communauté juive qui participe ouvertement à une société plurielle.

Hannah Arendt l’avait prédit il y a 60 ans, quand elle avait écrit qu’en commençant son existence par la violence, Israël était sur une voie qui l’amènerait à devenir une petite tribu guerrière comme Sparte :

“Leurs relations avec la communauté juive dans le monde deviendront problématiques, dans la mesure où leurs intérêts en matière de défense pourraient à tout moment être en conflit avec ceux d’autres pays où de nombreux Juifs vivaient. Les Juifs de Palestine [les sionistes, NdT] pourraient finir par se couper eux-mêmes du plus large corps de la communauté juive mondiale et son isolement pourrait aboutir à un peuple entièrement nouveau. »

Cette séparation s’est désormais produite. Parce que, soucieux de la vie juive en tant que partie intégrante de la société occidentale, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir besoin de nous séparer d’un ethos de séparation. Nous l’avons compris, Israël n’et pas bon pour les Juifs. 

Les sionistes doivent regarder la réalité en face

6 décembre 2011

Le président Turc, Abdullah Gül parlait récemment du fardeau sioniste qui pèse sur les épaules de son pays. Et il est vrai que, dans le contexte des évolutions politiques au Proche Orient, c’est la place de l’entité sioniste dans la région que le gouvernement turc aimerait redéfinir.

Pour l’heure, les Turcs, après l’épreuve de force diplomatique autour du Mavi Marmara, souhaitent plutôt faire appel à la raison des dingos qui gouvernent à Tel Aviv.

Pourtant, faire appel à la raison des fous, est un pari perdant à tous les coups et c’est peut-être bien l’avis raisonné de Semih İDİZ (cf sa conclusion) qui nous donne un article assez éclairant sur la vision stratégique de la Turquie.

Cette vision est celle d’un Moyen Orient où la Turquie joue un rôle décisif si ce n’est dominant et dans lequel elle peut se déployer économiquement et politiquement.

Du point de vue turc, l’entité sioniste peut avoir sa place dans ce schéma, mais à certaines conditions. La première est de régler par la voie des négociations les différends qui l’opposent à ses voisins. Parce que l’analyse d’Ankara est qu’à terme la position de tous les pays de la région se raidira à l’égard du régime sioniste si ce dernier refuse le processus de règlement pacifique. Le corollaire est que l’entité sioniste doit devenir un Etat ordinaire qui ne sera plus un obstacle au rayonnement de la Turquie qui veut un Proche Orient apaisé.

Enfin, la Turquie n’a certainement pas envie d’une guerre avec l’Iran dont elle subirait nécessairement des conséquences sur les plans économique et politique. Or, le déclenchement d’une telle guerre semble dépendre en bonne partie du bon vouloir des dirigeants de l’entité sioniste et certainement pas de la Turquie dont les efforts de règlement du dossier nucléaire iranien avaient été méticuleusement torpillés par ses alliés de l’OTAN (une humiliation dont elle ne leur tient pas rigueur, semble-t-il).

Les Israéliens doivent regarder la réalité en face

Par Semih İDİZ, Hurriyet (Turquie) 6 décembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Turquie et Israël auraient dû voir les choses avec hauteur et agir en conséquence, au lieu de voir leurs liens se distendre en cette période de turbulences au Moyen Orient. Mais des deux côtés, on a fait de l’incident du Mavi Marmara une affaire de dignité nationale, chacun s’arc-boutant sur ses positions.

Si on regarde les choses dans leur ensemble, cependant, les développements dans la région compliquent plus la vie à Israël qu’à la Turquie (les choses dépendront en fait du sort que connaîtra la Syrie, NdT). A la différence d’Israël, après tout, le monde parle aujourd’hui de la Turquie pour son influence positive dans la région.

Dans le même temps, Israël a commencé à montrer qu’elle n’était pas indemne des tendances négatives qu’elle attribue généralement aux Arabes. Ce n’est pas seulement un Turc qui le dit. Abraham Foxman, le président de l’Anti-Defamation League aux Etats Unis, s’inquiète aussi de “l’érosion” de la démocratie israélienne. Dans un article d’opinion pour le Huffington Post du 1er décembre, Foxman a reconnu la légitimité des préoccupations israéliennes, mais a formulé l’avertissement suivant :

“Quand, cependant, sont votées des lois qui étouffent la liberté d’expression, cherchent à affaiblir l’indépendance de la justice, visent à saper les droits des Arabes et d’autres minorités, c’est alors le caractère démocratique même de l’Etat qui est érodé,» a-t-il dit.

Mais il semble que ce n’est pas seulement la démocratie qui est «érodée» en Israël. Selon un media israélien, la Secrétaire d’Etat US Hillary Clinton a déclaré récemment pendant un forum à Washington qu’elle était consternée par la montée d’un fondamentalisme intrusif et envahissant en Israël.

Le quotidien Yediot Aharonot par exemple, écrit que Clinton a “parlé de son choc d’apprendre que certains autobus de Jérusalem faisaient une ségrégation selon le sexe et que certains soldats israéliens refusaient de participer à des événements où des femmes devaient chanter. » D’autres journaux ont cité Clinton comme disant qu’on pouvait s’attendre à ce genre de choses de l’Iran, pas d’Israël.

La vérité est qu’on a de plus en plus conscience à Washington et dans d’autres capitales occidentales de ce qu’est Israël et de ce qu’elle n’est pas.  On entend ainsi, par inadvertance en raison d’un micro resté accidentellement branché, le président Français Nicolas Sarkozy dire au président Barack Obama que le premier ministre Israélien benjamin Netanyahou «est un menteur.»

Obama à son tout, est entendu à cause du même accident de micro en train d’exprimer sa propre frustration dans ses discussions avec Netanyahou. Nous avons maintenant le Secrétaire d’Etat US à la défense, Leon  Panetta qui exprime sa propre profonde frustration devant l’intransigeance israélienne.

S’exprimant devant un forum à Washington, Panetta qui doit bientôt venir à Ankara, a exhorté Israêl à « simplement revenir à cette foutue table, » [de négociations] affirmant que « Le problème en ce moment est que nous ne pouvons pas les amener à cette foutue table, ne serait-ce que pour s’asseoir et commencer à discuter de leurs divergences.» Soulignant l’isolement croissant d’Israël, Panetta a exhorté les responsables Israéliens à faire un geste en direction de la Jordanie, de l’Egypte et de la Turquie.

Panetta a aussi rejeté l’idée d’une opération militaire contre l’Iran, au grand dam sans doute des tenants Israéliens d’une ligne dure. « Une frappe pourrait perturber les économies déjà fragiles de l’Europe et des Etats Unis, entraîner une riposte iranienne contre les forces US et finalement déclencher une réaction populaire en Iran qui renforcerait ses dirigeants,» a-t-il dit.

Ce sont des vérités évidentes depuis un bout de temps, même si certains refusent de les admettre en raison de leurs œillères pro-israéliennes. Ce sont aussi des vérités que la plupart des israéliens refusent d’accepter. Le point essentiel, cependant, est que les développements régionaux et intérieurs ne présagent rien de bon pour Israël, et les Israéliens modérés devraient s’inquiéter.

Que le gouvernement israélien s’en rende compte et change de tactique pour être en phase avec la situation en gestation dans la région reste une question ouverte. Ce qui est clair est que peu de gens se hasarderaient à miser de l’argent sur ce pari.


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